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Dimanche 27 mars 2011 7 27 /03 /Mars /2011 17:05

La découverte d'un nouveau pan de l'héritage de Hal Roach est toujours excitante, d'abord parce que le studio ou s'illustrèrent Harold Lloyd, Charley Chase, Our gang, et bien sur Laurel & Hardy a su installer sur les écrans une tradition de qualité rare en matière de comédie, et aussi parce que le petit monde des acteurs qui s'y égayaient, qu'ils soient de premier plan ou second rôle, est toujours une source de plaisir. Avec la parution chez Edition Filmmuseum de ces deux DVD, on a un intérêt supplémentaire: contrairement à Charley chase ou Harold Lloyd, ou bien sur Laurel & Hardy, les comédies de Max Davidson, à deux exceptions près, sont bannies des formats numériques, et ce n'est probablement pas demain la veille qu'une parution Américaine aura lieu. La raison? ces films qui eurent un grand succès à l'époque de leur sortie concernent un humour basé sur la représentation de stéréotypes qu'on considérerait comme raciaux aujourd'hui (Bien qu'ils soient culturels et non basés sur une idée de race, ce qui est d'ailleurs toujours une source de bêtise). La série a été abandonnée en 1929 précisément pour cette raison...

 

Max Davidson, né à Berlin en 1875, vient au cinéma au début des années 10, et va se spécialiser dans des petits rôles, dont un voisin de Mae marsh dans Intolerance (1916) de Griffith! le succès de la pièce Abie's Irish rose lui ermet de trouver un rôle dans l'une des troupes qui sillonnent les Etats-Unis pour y représenter la comédie. Cette histoire de famille Juive qui doit accepter la venue d'une fiancée Irlandaise est à la base d'un courant 'ethnique' de la comédie Américaine, qui met en scène des familles antagonistes Irlandaises et juives, vues souvent du point de vue des Juifs: The Cohen and the Kellys est une série de courts produite par Universal en 1925. Davidson fait alors son entrée au royaume des secondes rôles de luxe, dès 1922. Un coup d'oeil sur les noms des personnages qu'il interprète ne laisse aucune ambiguité: Abe Rosenstein, Solomon Levinsky, Moe Ginsberg... l'acteur impose une silhouette en dépit ou peut-être à cause de sa petite taille (Il est plus petit que Nicolas Sarkozy, tout petit président de 2007 à 2012 d'un tout petit pays xénophobe), et va introduire à l'écran un paquet de manièrismes et de tics observés durant sa jeunesse. Il joue à merveille le père Juif comique sur lequel le ciel tombe à chaque coin de rue. C'est à ce titre qu'il interprète, chez Hal Roach, aux cotés de Charley Chase un second rôle dans Long fliv the King, de Leo McCarey. Il y joue non seulement aux cotés de Chase, mais il y partage aussi l'affiche avec Martha Sleeper, qu'il retrouvera bientôt. Roach se lance dans l'aventure de la comédie ethnique lui aussi, avec Leo McCarey pour lancer la série, et les deux hommes produisent vite 5 films de court métrage avec Max Davidson en vedette, dans un contexte familial qui sied tant au studio. Devant le succès, Roach rempile pour une autre série, vue d'un bon oeil par la MGM qui va désormais distribuer les films du petit studio. Mais en 1929, après un film parlant, la série est arrêtée: le succès est au rendez-vous, il n'y a eu aucune plainte en rapport avec le coté ethnique des films, mais la MGM a peur que le parlant n'accentue la caricature; de plus, on sait que les dirigeants de studio, s'ils viennent pour beaucoup de l'immigration des Juifs d'europe centrale, ont eu à coeur d'étouffer cet aspect de leur histoire en vue de s'assimiler; ils ne souhaitent pas continuer à voir sur l'écran un reflet de ce qu'ils étaient avant, à savoir un acteur qui joue un Juif immigré de fraiche date qui se trouve confronté à l'Américanisation de ses enfants, et reste sur la défensive, freinant in fine toute assimilation. La série est finie, et la carrière de star de Davidson, décidément trop typé pour Hollywood, aussi.

 

On ne jugera pas ces films de la même manière qu'on parlerait de courts métrages de Laurel, avec ou sans Hardy, de Chase, de chaplin ou de Keaton: tous ces gens sont les auteurs complets de leurs films, un atout qu'ils ont pris le temps de conquérir: on n'en laissera pas le temps à Max Davidson, qui est aujourd'hui non seulement oublié, mais aussi invisible, honteux, alors que ses films sont le résultat du travail des meilleures équipes de comédie de court métrage de leur époque, avec le concours des réalisateurs Leo McCarey, Fred Guiol, Hal yates, Clyde Bruckman, et d'autres; du chef-opérateur George Stevens, des scénaristes Roach et McCarey (oui!) parfois assistés par laurel (oui aussi!!), avec les acteurs Davidson, mais aussi sa nemesis, en fait son fils incarné par le jeune Spec O'Donnell, ou encore la grande Martha Sleeper, voire Viola richard, ou encore Edgar Kennedy, Oliver Hardy, James Finlayson, Leo willis ou Noah young.

 

Le jeu de Davidson, stéréotypé en effet, n'est pourtant pas à mes yeux une source de délire antisémite. Au contraire, le personnage est souvent à la base de quiproquos et d'embarras, mais le Judaïsme des protagonistes n'y est qu'une couleur locale, une coloration culturelle. L'historien Paolo Cherchi Usai ne s'y est pas trompé, qui a vu en Davidson un cas rare: "Le fait que ses films parodient les particularités ethniques sans le moindre soupçon de racisme est ce qui confère de la grandeur à Davidson", dit-il, cité dans l'essai de Richard Bann qui est inclus dans le beau livret exhaustif qui accompagne les DVD.

 

Seules 12 comédies ont survécu sur les 19, et certaines dans des fragments à peine exploitables. c'est à porter au crédit des compilateurs d'avoir pris le parti de restaurer toutes les images qui bougent d'une part (Ainsi l'un des films, réduit à à peine une minute, est-il l'objet d'une reconstuitution sous forme de montage de photos dans lequel on a glissé en continuité les deux passages de film qui subsistent: Love'em and feed'em.), et d'avoir donné à voir pour tous les films un dossier sur DVD-Rom, de documentation, images, scripts, qui permet un accès à tout ce qui subsiste de certains films perdus. Un travail éditorial exemplaire, complété par un livret avec des essais très pertinents... Le tout, en Anglais et en allemand; il ne faut pas rêver... Les films sont en Anglais (Intertitres) avec des sous-titres Allemands optionnels.

 

Why girls say no (Leo McCarey, 1927)

Le premier film est une sorte d'exposition pour un grand nombre des courts qui suivront: Davidson se soucie du fait que sa fille ait été chercher un jeune homme qui a l'air plus Irlandais qu'autre chose. On remarque Oliver Hardy dans un rôle de policier soupçonneux, qui se trouve face à son pire ennemi: le trou d'eau d'1m50 situé à un coin de rue dans le studio Roach.

 

Jewish Prudence (Leo McCarey, 1927)

L'un des deux films qui a été publié, récemment, sur le 21e volume de la collection Laurel & Hardy en Grande-Bretagne: Laurel en est le scénariste. Un film tout à fait solide, avec à nouveau un mariage en vue pour la fille de Max (Martha Sleeper), cette fois à un avocat. Problème: m'avocat en question doit défendre des clients CONTRE Max...

 

Don't tell everything (Leo McCarey, 1927)

Celui-ci est hallucinant: au moment de faire sa cour à une riche héritière, Max cache à cette dernière l'existence de son fils (Spec O'Donnell). celui-ci n'a d'autre moyen pour vivre aux coté de son père que de se faire passer pour... la bonne!

 

Should second husbands come first? (Leo McCarey, 1927)

Max est le choix d'une veuve pour se remarier; lorsqu'ils le voient, les deux fils de la dame décident de le dissuader et se livrent à tout un tas de stupidités. Très drôle, et un dispositif (Une personne qui assiste héberlué à des gens qui se livrent à des excentricités absurdes pour son seul bénéfice) qui resservira...

 

Flaming fathers (Leo McCarey, 1927)

Petit tour à la plage, avec Max qui surveille de près sa fille (Martha Sleeper) qui est avec son fiancé... Le policiier local, joué par Tiny Sanford, aura beaucoup de mal à passer une après-midi tranquille tant il est impossible pour Max Davidson d'aller à la plage sans devenir une attraction...

 

Call of the cuckoos (Clyde Bruckman, 1927)

celui-ci est connu, puisque les invités de luxe ont pour nom Laurel, Hardy, Chase, ou encore Finlayson: Davidson souhaite vendre sa maison, à cause des abominables voisins qui se livrent en permanence à des excentricités  insupportables (Les comiques Roach improvisent des bêtises devant la caméra). Il trouve un client, qui vient avec une affaire: il échange sa maison contre cellede Max. ce que ce dernier ne sait pas, c'est que la maison ou ils vont est encore plus invivable que celle de buster Keaton dans One week... le film est bon, et possède la plus magnifique des introductions pour le personnage du fils de Max, interprété comme d'habitude par O'Donnell: Love's greatest mistake: la plus grande erreur de l'amour...

 

Love 'em and feed 'em  (Clyde Bruckman, Hal Roach, 1927)

Hardy et Davidson cherchent de l'or et font fortune, ils mènenet ensuite la grande vie dans un palace, et vont se trouver à la base d'une séquence de tartes à la crême que je donnerais cher pour voir: elle a été perdue, comme 95% du film... Quelques mètres de pellicule nous présentent l'interaction entre Max et Martha Sleeper en dactylo pincée, donc c'est déja ça...

 

Pass the gravy (Fred Guiol, 1928)

Chef d'oeuvre: ce film est hilarant. max est le voisin d'un irascible éleveur de poules, qui exhibe son coq de concours à tout le monde. Ils passent leur temps à se chamailler, mais la fille de Max (Martha sleeper) et le fils de Schultz, le voisin (Gene Morgan) viennent de se fiancer, et pour fêter ça, Max demande à spec de lui ramener un poulet... devinez lequel. une situation, un décor, cinq personnages, et un poulet fumant, une mine d'or pour gags géniaux. J'ai l'air d'être très enthousiaste à l'égard de martha Sleeper, ancienne partenaire de Charley Chase: ce film me donne raison. Elle imite la poule à la perfection, et paie de sa personne en permanence.

 

Dumb daddies (Hal Yates, 1928)

Max surprend une répétition de pièce de théatre criminelle entre Spec et Viola richard, sans savoir qu'il s'agit de théâtre, et croit être témoin d'un crime... Un rôle en or pour Edgar Kennedy, en policier dépassé par les évènements. la moitié de la première bobine a disparu.

 

Came the dawn (Arch Heath, 1928)

Max, Polly Moran, Gene Morgan leur fils et Viola richard leur fille passent une nuit d'halloween agitée dans leur nouvelle maison, dont ils viennent d'apprendre qu'un meurtre y a été commis. un sujet facile, auquel se sont livrés presque tous les comiques de l'époque. Difficile de juger, il n'en reste que des fragments disjoints.

 

The boy friend (Fred Guiol, 1928)

Parce que sa fille (Marion Byron) a rencontré un inconnu avec lequel elle s'est tout de suite trouvé des affinités, Max et Mme vont essayer de faire fuir le jeune homme en se livrant à la même routine que les deux gamins de Should second husbands come first?.

 

Hurdy Gurdy (Hal Roach, 1929)

Comme tous les premiers films parlants de l'écurie roach, un film qui y va prudemment, et qui transforme relativement bien l'essai. cette histoire de petit mystère (pourquoi Thelma Todd a-t-elle besion de tant de pains de glace, que cache-t-elle?) entre voisins pendant une canicule vaut surtout pour son melting pot: accents et partcularismes se mélangent joyeusement. max davidson n'y est qu'un des acteurs, ce n'ets pas un film qui le mette particulièrement en vedette.

 

The itching hour (Lewis Foster, 1931)

Jouant les faire valoir pour Louise Fazenda, max y apparait aux cotés de Spec O'Donnell, mais cette histoire d'hotel hanté fait plus bailler qu'autre chose. des gags toutefois rappellent que l'équipe de ce court métrage RKO a vu les films de Davidson, et sinon on y aperçoit le grand Lon Poff, silhouette inquiétante dans de nombreux films des années 20, dont Greed.

 

Voilà: en sachant que les films sont en Anglais, et les seuls sous-titres en Allemand, en tout cas, pour ma part, c'est une découverte essentielle, et un pur bonheur. Quant à l'embarras suscité par le coté marqué et stéréotypé, je rappelle qu'on trouve des DVD de Birth of a nation à tous les coins de rue, donc ce ne devrait pas être un problème; et d'ailleurs, contrairement à Griffith, Davidson, McCarey et Roach ne prèchent pas la haine, mais ils sont des messagers du gag.

Par François Massarelli - Publié dans : Muet
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