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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 09:40

Chaplin dans la machine: une icône établie, le reflet d'un immense classique, qu'il était facile de reprendre à toutes les sauces, ce que personne n'a manqué de faire. Tout le film, d'ailleurs, fait office d'étendard, pouvant à lui seul être une vitrine fascinante du cinéma Américain, d'un cinéma de protestation, d'une évolution de la comédie burlesque passée enfin à l'age adulte, et bien sur du cinéma de chaplin. sinon, des coemmntateurs survoltés font aussi de ce film la preuve d'un cinéaste engagé, communiste, ce qui est drôle, mais il faut bien dire que Chaplin n'a pas fait grand chose pour les décourager. Bref, un superbe reflet de son époque, et un film primordial dans la carrière de son éminent metteur en scène.

 

Pour commencer, David Robinson, le précieux biographe de Chaplin, a fait état de la découverte de carnets préparatoires de ce film qui prouvent que City lights aurait du être le dernier film muet de son auteur; ce n'est pas rien, tant ce nouveau film est anachronique: si la Russie, le Japon ou la Chine se sortent tout juste du muet, les Etats-Unis ont bel et bien enterré tout ce qui y renvoie... Donc, Chaplin avait écrit des dialogues pour Modern Times, et a même commencé à tourner certaines scènes. la raison pour laquelle le film est finalement plutôt muet, c'est tout simplement afin de conserver au personnage qui renvoie à son vagabond habituel (Ici crédité comme "un ouvrier d'usine") sa dimension. On n'a jamais entendu sa voix, et sa diction, il fallait pour Chaplin préserver une part de mystère. Sinon, toutes les voix entendues le sont par le biais de machines, radio, télévision, etc... A l'exception de la voix de Chaplin entendue lors de la chanson finale. Si ce film est le dernier balbutiement du muet,c'est donc pour des raisons moins militantes qu'il y parait. Du reste, le désir de faire un film parlant qui avait été l'intention première a eu une conséquence inattendue: Chaplin, je le disais, a écrit un scénario, un vrai. Il a de fait tout tourné en séquence, et a planifié avec soin son tournage. Mais si le film s'en resent au niveau des décors par exemple, il ressemble à tous ses autres films muets... Par contre, il y a fort à parier que Chaplin s'y est retrouvé financièrement, d'autant que si le réalisateur a su conserver sa position financière, son studio inoccupé en 1933 et 1934 n'a pas été épargné par la crise...

 

Le film fonctionne beaucoup comme un ensemble de sketches dont l'unité est toujours, comme à l'époque de la Mutual, ancrée sur un lieu et une idée forte. On a donc la scène de l'usine qui démarre le film, les déambulations citadines, avec la conviction de l'ouvrier moustachu qu'il serait finalement mieux en prison dans cette période de crise, le grand magasin, et enfin à sa sortie de prison, le restaurant avec la "gamine", jouée par Paulette Goddard. Celle-ci évolue seule dans la première moitié du film, et représente un peu une actualisation du personnage de Jackie Coogan dans The Kid, auquel elle renvoie dans un plan, lorsqu'elle fait signe à chaplin de la rejoindre, alors qu'elle se situe au coin d'une rue. ce genre de compositions rappelle évidemment les tribulations de Charlie et Jackie... En dépit de cette structure épisodique (J'ai évoqué les films Mutual, on a même les appareillages sur les quels les gags sont centrés, machine à manger, escalator, patins à roulettes, etc...), le film garde une unité par le recours au contexte, et à la notion de survie.

 

Un reflet de son temps, voilà ce que Chaplin cherchait à faire; cela ne va pas sans quelques coquetteries éditoriales, comme la phrase ironique située à l'ouverture du film, qui rappelle que les Etats-Unis ont comme objectif la recherche du bonheur pour tous, ou les intertitres qui assènent des vérités assassines: dans les années 20, on pouvait en effet aller en prison pour la simple raison qu'on était soupçonné d'être un leader "rouge". Entendez par la "Bolchevik..." Et chaplin, alors, ou se situe-t-il? eh bien, si il se fait en effet arrêter dans ce film pour avoir agité un chiffon rouge devant une man,ifestation, on le voit bien, c'ets un hasard; l'auteur se refuse à faire de son personnage un activiste, tout son comportement dans le film va dans le sens de la survie, face à un système dont il ne fait partie qu'en extrême recours, lorsqu'il a charge d'âme: on le voit en effet courir et dépasser les autres afin d'être le dernier pris dans une usine ou on embauche au compte-gouttes, parce que désormais, il a la jeune femme à ses côtés...

 

Reflet de son temps, oui, et comme souvent reflet de ce qu'il a vu: on a beaucoup polémiqué sur le fameux procès en plagiat de la Tobis, qui accusait Chaplin d'avoir volé des idées à A nous la liberté. Ce n'est pourtant pas un problème: d'une part, en effet, Chaplin a surement vu le film de René Clair, et s'en est inspiré. Il a gardé l'essence des idées, et les a magnifiquement remodelées. René Clair l'en a même remercié, estimant qu'on lui faisait honneur... Ensuite, c'est comme ça que le burlesque a toujours fonctionné, il suffit de rappeler le fameux gag du miroir, qui passe de Chaplin à Max Linder et Billy West, de Billy West à Charley Chase, de Charley Chase aux Marx Brothers, via Leo McCarey... Aucun de ces gens n'a jamais accusé les autres de plagiat! Et du reste, Fritz lang aurait tout aussi bien pu intenter un procès à Chaplin pour l'utilisation de la télévision, qui retransmet les ordres odieux d'Allan Garcia, comme elle transmet les informations de Joh Fredersen dans Metropolis.

 

Comme d'autres films (On va refaire la liste, il convient de le rappeler, tant il me semble qu'on est trop indulgent avec Chaplin vis-à-vis de cette sale manie: The Kid, A woman of Paris, The gold Rush, Limelight, A king in New-York, et selon Pierre Leprohon, The circus), Chaplin a légèrement coupé ce film dans les années 50. Il me semble que la raison de la coupe est on ne peut plus claire, mais ce n'est selon moi pas celle qui est généralement invoquée; en tout cas, on peut juger sur pièces, la séquence étant en bonus sur les DVD MK2 et sur la magnifique et indispensable édition http://deadwrite.files.wordpress.com/2011/01/modern-times.jpgAméricaine Criterion... la coupe concerne un dernier couplet de la chanson en langage inventé, qui manifestement raconte une histoire très précise. Officiellement, Chaplin l'a coupée parce qu'il estimait qu'elle était trop longue. Mais elle recèle une caricature maladroite d'usurier Juif, qui a du quand même sembler embarrassante. ce n'est pas de l'antisémistisme, mais un autre reflet de son temps, et d'une époque ou l'humour ethnique était monnaie courante, comme chez Keaton, Larry Semon voire Harold Lloyd....

 

Bon, tout le monde connait sans doute ce classique, qui est de fait le denier film Américain muet historique, et l'un des films les plus connus de son auteur; les images fortes y abondent, les gags inoubliables aussi; on y retriouve tout ce qu'on aime de Chaplin, sa lisibilité, sa dextérité (Hallucinante partie de patins à roulettes), son goût pour les gags limites (Le ballet de l'ouvrier fou devenu un satyre, les borborygmes...) son univers de conscience sociale qui contraste tant avec la douceur de vivre Californienne, dont il donne une parodie avec la cabane délabrée au bord des eaux boueuses du port... Et puis il y a un final justement célèbre, qui résume à lui tout seul l'idée que le bonheur est peut-être au bout de la route, pour tout le monde, mais qu'en attendant il n'y a qu'à marcher.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet 1936