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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 11:48

Le titre du roman d'Hugo a un coté provocateur et coup de poing, un aspect définitif et même publicitaire, que reprend à son compte Capellani. je pense que le metteur en scène, exalté, se veut à l'avant-garde de la production cinématographique Française. Au-delà même du coté prétentieux du nom de la société productrice, la S. C. A. G. L., Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettre (il fallait bien rivaliser avec "les Films d'art"), Capellani voulait établir le long métrage comme la référence principale en matière de format, à une époque ou peu de monde suivait réellement les Italiens et les Danois dans cette direction, en particulier pas les Américains. les Français, eux, ont déja sorti des films imposants, et parmi ceux-ci, on trouve justement les autres films de Capellani... Mais Quatre-vingt-treize, qui fait suite à deux autres adaptations de Hugo (Notre-dame de Paris et Les misérables) ajoute un élément national, il relate des faits qui se sont produits lors d'évènements fondateurs de la République.

Epique? oh oui! Aussi bien Hugo que Capellani ont convoqué l'histoire avec un grand H, et les histoires de petites gens, en définissant un certain nombre de personnages qui prennent leur temps dans une narration fleuve, marquée par un grand nombre d'extérieurs riches et expressifs, décidément un forte du réalisateur, et un jeu aussi naturaliste que possible, même si on tiquera peut-être devant certaines scènes un peu appuyées, notamment les scènes de fraternité entre Cimourdain et Gauvain, d'un genre (Avec poignée de main virile) qu'on retrouve du reste chez Gance 10 ans plus tard... L'intrigue de ce classique concerne le début du soulèvement de L'Ouest durant la révolution, et la radicalisation des dirigeant révolutionnaires qui entraine une fracture dans le soutien apporté par certains humanistes. Les personnages ont tous une identité très forte: Cimourdain, ancien prêtre, est acquis aux idéaux de la révolution; jusqu'au boutiste, il a été motivé par l'extrême misère du peuple et l'injustice. Gauvain, un aristocrate, a décidé de rejoindre Cimourdain, mais ne veut pas participer à des massacres. Son humanisme le fait repérer par les dirigeants, qui prennent cette qualité pour une faiblesse. L'oncle de Gauvain, Lantérac, est lui aussi comme Cimourdain un extrémiste, mais dans l'autre camp. Pourtant, inattendu, un moment d'humanité le sauve aux yeux du spectateur, et de Gauvain. Capellani prend son temps avec sa narration, détaillant le parcours de ses héros, et de fait le film est passionnant.

Maintenant, venons-en à l'inévitable légende de ce film, inachevé à la déclaration de guerre, stoppé, et laissé dans les cartons en raison de la censure qui ne pouvait, en temps de guerre, laisser impunément des faiseurs de film montrer une guerre civile. Oui, je sais, c'est contradictoire, mais que voulez-vous, l'humain ne peut pas chercher trop de logique dans le militaire. Quoi qu'il en soit, Capellani parti aux Etats-unis, le film laissé en plan, tout aurait sans doute été laissé en l'état si la SCAGL n'avait eu l'idée de demander à André Antoine de "finir" le film en 1919. Finir comment, on ne sait pas: il y e peut-être eu un tournage proprement dit, mais les coutures ne se voient pas (Et pourtant le cinéma a bien changé en 5 ans); il a du se charger surtout du montage, qui est en somme proche de ce qu'on est en droit d'attendre de la part de Capellani à la vue de ses autres films. Nul doute que le film sorti en 1921 a du être considéré comme une pièce de musée. Nul doute que vu aujourd'hui, il est bien plus: une merveilleuse et violente vision de l'homme, dans la complexité de ses idéaux, dans le sacrifice, la fureur et le sang. Bref, un grand film, quoi.

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Published by François Massarelli - dans Muet