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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 15:11

Enfonçons si vous le voulez bien une porte ouverte: Rear window est l'un des joyaux de son réalisateur, un très grand film de l'époque classique d'Hollywood, et ses cinq acteurs principaux sont tous fabuleux, y compris le méconnu Wendell Corey en détective irritable qui va s'investir dans cette enquête bizarre uniquement pour prouver à son copain qu'il a tort, y compris la grande Thelma Ritter en infirmière pittoresque. L'intrigue concerne comme chacun sait un photographe immobilisé par un accident qui est si désoeuvré qu'il n'a pas d'autre ressource d'espionner ses voisins, mais finit par tomber sur ce qui ressemble bien à un meurtre.

 

Le thême du faux coupable, si cher à Hitchcock, échappe à ce film, qui se concentre à la place sur un grand nombre d'autres aspects, tous aussi fascinants les uns que les autres, et qui ont toujours une résonnance à notre époque de voyeurisme. On pourrait dire sans trop exagérer que L.B Jefferies (James Stewart) est un ancêtre du zappeur, mais la perversité de la situation est troublante.

Un autre aspect qui découle de la multiplicité des appartements à voir par cette "fenêtre de derrière", c'est le fait que tout ce qui s'y passe parle d'amour, et non seulement renvoie à ce curieux couple formé par Jeff et Lisa (Grace Kelly), il commente en plus leur valse hésitation, la souligne, l'illustre ou la parodie...

Jeff utilise d'ailleurs consciemment cette analogie, ce qui pousse Lisa à participer à sa fascination pour ces fenêtres étrangères avant même d'être persuadée comme lui de la tenue d'un meurtre sordide en face de chez eux. Hitchock utilise d'ailleurs toutes ces fenêtres pour pousser le bouchon un peu loin, et le soupçon du sexe hors mariage entre Lisa et Jeff est plus que souligné du début à la fin. Sinon, le crime qui a eu lieu (Tout le monde le sait, s'en doute, on peut le dire sans révéler grand chose) est perpétré par un être humain, qui n'a rien d'un grand criminel, interprété par Raymond Burr, qui en fait un homme peu sur de lui, manifestement réservé et brutal, timide et dangereux. Le tour de force pour Burr comme pour Hitchcock, c'est de faire cette caractérisation à distance, non seulement de Jeff, mais aussi du spectateur, et du micro: on l'entend très peu. Certaines scènes doivent beaucoup à son regard (Lorsqu'il aperçoit l'alliance de sa femme sur le doigt de Lisa, et qu'il surprend son geste, il jette un regard direct sur la caméra), et paradoxalement la confrontation finale, qui nous permet enfin d'entendre sa voix à la fois inquiète et menaçante, nous laisse voir un homme qui se sait brisé, condamné. Il fait pitié...

Le scénario est très cohérent, qui fait usage de tous les aspects du regard, personnifié par les objets du photographe, les objectifs et les jumelles, dans un jeu de regards et de points de vue remarquables, surtout que Hitchcock, fidèle aux défis les plus fous, ne sort pas ou presque pas de l'appartement...

 

Enfin, décidément, ce film est un hommage au cinéma, représenté par toutes ces fenêtres, qui renvoient une image muette, de façon perverse, puisque nous n'avons pas le droit de regarder ce qui se passe chez nos voisins, mais HItchcock semble nous dire: Au cinéma, on peut...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock