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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 17:03

 

Les films sur la guerre de Sécession sont nombreux, et probablement tous une expression très forte et très complexe d'appartenance, non pas à un camp, les sudistes ou les nordistes, mais bien à la Nation américaine. Et celle-ci, certes perfectible, notamment dans l'utilisation qu'elle fait de sa toute-puissance à l'étranger et dans les efforts à faire en matière de justice sociale et d'intégration des défavorisés, reste quand même malgré tout une démocratie, construite sur un certain nombre de champs de batailles. Il serait faux d'imaginer que seule la guerre d'indépendance, appelée là-bas la Révolution Américaine, a permis l'éclosion de cette nation. Le choix à faire en 1860, entre les droits des états au mépris de l'union, et la sacro-sanctitude de l'unité nationale au détriment des particularismes régionaux, a déterminé une bonne fois pour toutes la naissance d'une vraie cohésion nationale, regroupée in fine autour d'un Lincoln qui est entré dans l'histoire non seulement comme un parieur intransigeant (Il fallait l'être pour oser aller contre l'esclavage, qui déterminait toute l'économie du Sud) mais surtout comme un rassembleur qui n'hésitait pas à aller jusqu'au bout, y compris si cela devait amener une guerre; et celle-ci fut, comme on le prédisait, sanglante.

C'est de cela que se rappellent, chacun à sa manière, des films aussi divers et importants que The Birth of a nation, le brulot raciste de David wark Griffith (1915), Gone with the wind, le fameux film de David Selznick, Victor Fleming, George Cukor et Sam Wood (1939), Glory (1989), de Edward Zwick, ou encore Ride with the devil. Ici, on a une vision moins habituelle des combats, vus sous l'angle de l'escarmouche, de la simili-résistance: le film s'attache à décrire les engagements de Bushwhackers, les partisans sudistes qui ne rejoignaient pas l'armée, plus à l'est, mais se lançaient dans des activités de quasi-terrorisme, en prenant les armes, selon l'esprit du deuxième amendement. Cette petite manie était rendue possible par la confusion qui régnait dans certains états, officiellement partisans de l'un ou l'autre camp, mais dans lequel les citoyens tendaient tout simplement à suivre leur coeur: ceux qu’on a nommés les ‘Border States’, soit le Missouri, le Kentucky, mais aussi le Kansas et le Texas se sont illustré de la sorte. 


 

 Ang Lee, réalisateur Taiwanais, a embrassé cette histoire à bras-le-corps, confiant à des jeunes acteurs de génie des rôles en or, de Tobey Maguire à Jonathan Rhys-Meyer en passant par Skeet Ulrich. Mais celui qu'on ne peut faire que remarquer, c'est bien sur Jeffrey Wright, qui incarne une contradiction ambulante: dans cette guerre ou le Sud cherche à protéger son système ouvertement raciste d'esclavagisme, il est Daniel Holt, un noir passé du coté de la confédération, et qui doit défendre non seulement ses idées sudistes avec ses frères d'arme, mais aussi se défendre contre l'agressivité raciste de ses propres compagnons. Il est souvent appelé "Nigger" par se propres amis, mais le film va montrer comment la camaraderie va aplanir les différences... ou pas. Il est rejoint dans son infortune par un autre "déplacé", le Sudiste né Allemand Jake Roedel (...mais appelé "Dutchy", en référence à "Deutsch"), soupçonné systématiquement d'appartenance aux idées du nord, en raison de son origine des immigrés Allemands de la Nouvelle-Angleterre, il est vrai rarement passés du coté du Sud dans le conflit. Sinon, le film conte aussi un parcours qui mène à la vie d'adulte pour Jake, et le fait dans un lyrisme épique qui rappelle le chant désespéré de The ice storm, et la beauté plastique de Tigre et dragon: Ride with the devil est un grand film, qu'il est temps de réhabiliter.

 

Son lyrisme s’exprime dans des paysages de sous-bois qui sont autant authentiques que peu exploités dans les films du genre, et la geste à la structure volontairement lâche, privée de véritable climax, traversée de poésie et d’une lente douceur, est une belle chevauchée. Quant au diable du titre, il a plusieurs incarnations. La tentation du chaos? Le personnage diabolique de Pitt (Rhys-Meyer) qui se révèle dans les combats et les meurtres qui lui permettent d’assumer son sadisme? le personnage historique de Quantrill, le jusqu’au-boutiste qui a mis son savoir-faire douteux de bandit au service de l’idéologie d’un Sud de plus en plus acculé par les avancées du Nord ? Ou tout simplement la période post-adolescente durant laquelle le jeune Jake doit faire son apprentissage d’être humain, avant de prendre femme (Dans des circonstances comiques qui tranchent avec le ton du film) ? A chacun de déterminer.

 

Quant à Ang Lee, dont certains s'étaient inquiétés du fait qu'il réalise avec The ice storm un film sur la Nouvelle-Angleterre des années 70, on imagine que les mauvaises langues ont du se délier de manière intense quand il a débarqué ensuite avec un western, qui plus est sur la fin de la Guerre de Sécession!! Mais comme d'habitude le metteur en scène s'est plu à prendre des points de vue différents, au risque bien entendu de trahir le genre (ce qui pour lui fait précisément partie du plaisir...), et  cette fois-ci choisi de s'attacher aux pas de Daniel Holt, un noir pris dans un conflit du côté des racistes, et Jacob Roedel, un immigré qui a du mal à se situer. Pas un hasard, sans doute...

 

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee Western