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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 18:22

Une fois indépendant, Mankiewicz a donc de son propre aveu souhaité se livrer tout entier à un film selon son coeur, et il serait difficile de ne pas voir dans ce nouveau film un retour à ce qui reste à ce moment le plus grand succès du metteur en scène, son film All about Eve. Beaucoup de choses y renvoient en effet, depuis le cadre du monde du cinéma qui rappelle un peu celui du théâtre, au principe des narrateurs qui se passent le relais. Mais si le film est indéniablement un grand moment, on n'est pas devant un chef d'oeuvre absolu et sans conditions, encore moins sans concessions. Il y a de fâcheux bémols, qui n'entâchent pas trop le film mais finissent par se laisser voir...

 

Les narrateurs de ce film sont au nombre de trois, même s'il faut ajouter une quatrième personne. comme souvent chez Mankiewicz, il s'agit de dresser le portrait d'un personnage vu par les autres, dans des dimensions différentes selon les points de vue. L'histoire est celle de la découverte en Espagne par des producteurs d'une jeune femme, puis son passage éclair dans le monde du cinéma, enfin sa mort suite à un mariage avec un noble Italien à problèmes. le tout est conté par les trois narrateurs alors qu'ils assistent à l'enterrement de Maria Vargas, dite Maria d'Amata (Ava gardner). Les trois narrateurs sont Harry Dawes (Humphrey Bogart), un réalisateur lessivé et repêché par un magnat à la Howard Hughes, Oscar Muldoon (Edmond O'Brien), un agent de relations publiques travaillant au départ pour ce même magnat, et le comte Vincenzo Torlato-Fabrini (Rossano Brazzi), le veuf. Le quatrième narrateur est Maria, qui raconte sa découverte du secret du comte Torlato-Favrini par le biais d'un flash-back intégré à la narration de Dawes. A ces personnages viennent s'ajouter celui de Kirk Edwards (Warren Stevens), le multi-milliardaire (Maria vargas le définit comme 'le proriétaire du Texas'), mais aussi Alberto Bravano, un riche sud-Américain qui s'empare de Maria comme d'une richesse.

 

Cendrillon est partout ici, tout d'abord, par la présence aux cotés de maria de sa "bonne fée", le réalisateur Harry Dawes, qui la convainc de tenter sa chance à Hollywood en la protégeant contre le grand méchant Kirk Edwards, puis la transforme, et enfin respecte symboliquement sa liberté absolue par le rituel des chaussures (Un emprunt au conte souligné un grand nombre de fois et bien sur mis en valeur par le titre du film); ensuite, le passage de la souillon aux palais est encore sorti tout droit d'un conte de fées, mais tempéré par le verve légendaire d'un Mankiewicz toujours aussi méchant quand il le veut... La peinture du monde du cinéma est ici limitée aux coulisses, à ces échanges d'affaires et ces transferts d'argent. Le meilleur reflet de cette situation est dans l'extraordinaire prestation dEmond O'Brien en Oscar Muldoon: ce type qui confond l'Italien et l'Espagnol (un illettré, donc quelqu'un de louche a priori dans un film de Mankiewicz), donne des arcanes du hollywood en mutation des années 50 une version cauchemardesque et pour tout dire très réjouissante. On voit bien Howard Hughes à travers Edwards, bien sur, et Harry Dawes pourrait être n'importe lequel des réalisateurs mythiques qui traversent une mauvaise période à ce moment. Maria vargas, en le rencontrant, montre sa connaissance du cinéma Américain en comparant Dawes à Lubitsch, La Cava, Fleming, Van Dyke, ce qui inspire à Dawes un commentaire désabusé: ils sont, en effet, tous déja morts en 1954...

 

Dawes est donc un héros de la marge dans le film; s'il est au début le premier narrateur, depuis son trench-coat trempé de pluie, Bogart n'aura toutefois que peu d'autres choses à faire que de compter les points. C'est assez insatisfaisant, mais Mankiewicz, pas du genre à se retenir pourtant dans la vie, a choisi de faire de son alter ego un homme amoureux et fidèle vis-à-vis de son épouse Jerry. Ce qui fait immanquablement un vide dans le film, selon moi... Par ailleurs, sa double casquette de scénariste et réalisateur est souvent mise en avant par le personnage, mais c'est surtout de script qu'il est question. Dawes agit peu en réalisateur, une fois qu'il a mis la star sur le plateau, mais se réfère constamment à la construction de scripts et d'intrigues... Une sorte d'aveu de la part de Mankiewicz qui ne fait pas de mystères quant à ses propres priorités. Si le film est élégamment mis en scène et présente des morceaux de bravoure indéniables (la première scène dans le cabaret en Espagne fait admirablement monter la tension sans aucun dialogue, le recours à une scène vue de deux angles différents, par deux narrateurs), il doit finalement autant à la photo superbe de Jack Cardiff qu'à la mise en scène soignée, mais très soumise à un script qui fait la part belle à des échanges parfois très longs, en particulier entre Bogart et Gardner. Cette dernière, de surcroit, n'est pas forcément aussi magnétique qu'on l'espérerait...

 

Si on retrouve tout l'univers de Mankiewicz c'est bien sur parce que le réalisateur fait enfin selon ses propres dires, un film selon son coeur. il s'agit d'une production indépendante de Figaro Inc, qui ne vivra pas longtemps et qui est bien sur une création de Mankiewicz, qui avait envie d'être son propre patron enfin. Parmi ses caprices de luxe, la photo en Technicolor (Première fois!!) de Jack Cardiff lui donne totalement raison; mais certains points du script laissent planer un doute: le comte, donc, est impuissant, et tue Maria puisque elle trouve ses petits bonheurs avec d'autres (On soupçonne en particulier le chauffeur). Mais Mankiewicz disait qu'il avait au départ l'intention de faire de Torlato-Favrini un homosexuel qui tuait sa femme parce que celle-ci découvrait son secret. Honnêtement, si c'était effectivement son intention, on a de la chance qu'il ait fait machine arrière; d'une autre coté, il reviendra à l'homosexualité maladive dans au moins deux autres films ultérieurs, donc...

 

Pour conclure, le film est un classique, célébré en particulier en france, mais il n'est pas aussi satisfaisant qu'il aurait pu être. Le pouvoir de fascination à l'oeuvre dans All about Eve est loin de fonctionner à 100% ici, même si le film reste un grand Mankiewicz.... Il a pu faire ce qu'il voulait, c'est sur, mais il a fait mieux... Au moins, on retrouve de toute façon son univers et ses splendides joutes verbales avec un plaisir constamment renouvelé.

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Published by François Massarelli - dans Joseph L. Mankiewicz