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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 16:55

Royal Tenenbaum est un dandy vieillissant, revenu de tout, et qui n'a rien réussi, traversant la vie en affichant un mépris souverain pour les règles et les convenances, détaché de sa famille qu'il voulait nombreuse, mais dont il n'a pas su éviter les crises: marié, il a eu deux enfants, et en a adopté une autre. Mais Chas, Richie et Margo ne se sont jamais remis de leur impressionnante précocité, pas plus sans doute de la fuite du domicile familial de leur père mis dehors par une épouse qui en avait marre de ses infidélités. Après avoir été respectivement un financier génial (Chas), un champion de tennis (Richie) et une dramaturge reconnue (Margo), tous ont commencé à s'essouffler, et le temps a fait le reste. Les cassures de leurs vies se sont symboliquement traduites par d'authentiques fêlures: Margo, qui s'est mariée à un médiocre psychologue dépassé par les événements et qui poursuit des ambitions étranges (Notamment écrire un livre sur un pré-ado imbécile), a perdu un doigt dans des circonstances étranges; Richie se coupe les cheveux (Qu'il porte longs depuis toujours, c'est un tennisman) avant de tenter de se suicider, et Chas ne met plus de costumes, il porte en permanence un jogging rouge qu'il impose aussi à ses deux garçons. Son épouse est décédée, et il a pris la décision de revenir au domicile familial.... C'est la période durant laquelle Royal revient lui aussi, en prétextant qu'il va mourir. Il a surtout envie d'empêcher Etheline, son épouse, de se remarier avec un homme qui lui, a réussi: Henry Sherman, en effet, est un homme du monde à succès. C'est le début d'une folle et chaotique période pour la famille Tenenbaum...

Le choix des acteurs, dans la famille Anderson (Luke et Owen Wilson, Bill Murray, Seymour Cassel) ou pas (Gene Hackman, Ben Stiller, Gwyneth Paltrow, Anjelica Huston pour sa première collaboration avec le cinéaste) est parfait. Chacun a su faire sienne la manière étrange, dénuée d'expression directe des émotions, de vivre les psychodrames, qu'on les personnages du petit cirque intime et burlesque du réalisateur. Le scénario, co-écrit avec Owen Wilson (qui s'est ménagé un rôle annexe, celui d'Eli, un voisin qui ambitionne de 'devenir un Tenenbaum'!) est en fait une variation sur les mécanismes de l'échec, la médiocrité après la puissance, la déconfiture, et le renfermement sur soi, qui réussit d'une part à être drôle, grâce à un savant univers de décalages en série (Les trois clones en jogging, les errances de Margo, en fourrure, qui promène son rictus Keatonien de cigarette en cigarette, les "souris dalmatiennes" qui envahissent la maison sans que personne ou presque n'y prête attention), et une légère exagération Lubitschienne. Surtout, la tendresse naturelle du metteur en scène revient mettre suffisamment de bon ordre la-dedans pour qu'on finisse par croire avoir assisté à une histoire édifiante. Ce film, l'un des meilleurs de son auteur, est une étape indispensable, un objet fascinant, dominé par le jeu sur les ambitions littéraires (Chaque personnage est présenté par un livre qu'il ou elle a écrit), et c'est un sacré roman...

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson Comédie