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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 16:29

"Why not call it Joe Mankiewicz's western?", aurait dit le metteur en scène à ses producteurs afin de résoudre le problème du titre de ce film... There was a crooked man commence par un générique assez typique des années 70, dans lequel des illustrations westerniennes à la fois traditionnelles dans leur imagerie, et modernes dansleur style psychédélique accompagnent les crédits alors qu'une chanson folk se fait entendre... Dès le départ, le film se situe entre traditions western et parodie. Le scénario de cet avant-dernier film de Mankiewicz est crédité à David Newman et Robert Benton, et le film ne possède pas de dialogues ouvragés coutumiers du cinéaste; mais par contre, celui-ci reprend le thème de la manipulation, et le cynisme généralisé du film lui convient plutôt bien...

Paris Pitman Jr (Kirk douglas) et un certain nombre d'autres malfrats (Deux petits escrocs, un jeune homme qui a tué le père de sa petite amie par erreur, un Chinois qui en a tué un autre, et un braqueur) se retrouvent dans une prison de l'Arizona, un trou infect. Après quelques semaines, le directeur tué par un prisonnier lors d'une émeute est remplacé par un ex-shériff (Henry Fonda), incapable de reprendre ses activités suite à une rencontre avec le braqueur précité, Floyd Moon (Warren Oates); ce nouveau directeur, humaniste et rigoureux, a à coeur de changer les méthodes de direction de la prison afin de responsabiliser les détenus, et en faire des exemples; il croit pouvoir se fier à Pitman, qui va jouer le jeu tout en lançant un ambitieux plan d'évasion.

Dès le départ, on a une idée de ce qui sera le destin du personnage principal, qui peu de temps avant de se faire épingler, a planqué son magot dans un trou de serpents à sonnettes, ce qui du reste donne au film son titre Français. Paris Pitman est un anti-héros particulièrement tordu, qui n'hésite pas à se débarrasser de tous ses complices pour réussir son évasion, mais le Shériff de Fonda, sans être le même Henry que dans Il était une fois dans l'ouest, n'est pas jusqu'au bout le modèle de vertu affiché durant une bonne part du film: dès sa première apparition, en fait, lorsqu'il se rend dans la chambre d'une prostituée pour lui faire quitter la ville; elle lui offre un tour de manège gratuit, qu'il refuse. Mais il finira par se rendre compte que sa chevalerie et son austérité sont décidément bien vieux-jeu. D'ailleurs, le film nous montre un Mankiewicz qui a fait peau-neuve, appelle désormais un chat un chat: Pitman se fait pincer dans un bordel, en pleine activité alors qu'une des victimes de ses rapines est de l'autre coté du mur à le reluuquer, puis le reconnait; Coy, le jeune condamné à mort, se fait pincer pour meurtre après avoir failli avoir des rapports avec une jeune délurée sur une table de billard; enfin, les deux escrocs (John Randolph et le vieux complice Hume cronyn) sont un couple homosexuel qui passe son temps à se disputer de façon fort caricaturale...

Le film souffre un peu de venir après que le public se soit fait à des films de prisonniers, comme Stalag 17 ou The great escape. Y compris le personnage de William Holden dans le film de Wilder, tous les protagonistes de ce genre de film doivent avoir quelque chose de solide au bout; mais les manigances pas très catholiques de Pitman ne le rendent pas extrêmement sympathique aux yeux du public; et l'impression d'ensemble, à l'exception de Coy, C'est que tous ces gens, prisonniers ou gardiens sont trop vieux, qu'ils ont cessé d'imprimer la légende de l'ouest, à l'image de Fonda qui envisage manifestement le job de directeur de prison comme un passe-temps utile en attendant la retraite; on note ce motif dès l'apparition de "Missouri Kid", la légende de l'ouest, qui lorsqu'il apparaît est en fait le plus vieux des vieillards de toute la prison.

Film pour continuer à exister, ou pour prouver qu'il était encore capable de suivre la mode, ce western bien peu traditionnel, mais dont le postérieur est sérieusement rivé entre deux chaises n'est pas un grand Mankiewicz. il est distrayant toutefois, parfois embarrassant par ses fausses audaces, mais on se dit que Mankiewicz n'était sans doute pas taillé pour le western, un genre dont les codes décidément ne lui conviennent pas.

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Published by François Massarelli - dans Joseph L. Mankiewicz Western