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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 08:12

Dans l'abondante carrière de William Wellman, Track of the cat est un western d'une genre spécifique et relativement sous-représenté, un film qui frappe par sa cohérence esthétique et thématique, et par la noirceur de son propos, contrastant de façon spectaculaire avec l'omniprésence du blanc de ses paysages enneigés.

 

Call of the wild (1935) et Island in the sky (1954) sont deux films de Wellman à rapprocher de celui-ci, décrivant d'une manière différente l'épopée de la survie, qui est un thème à part entière dans l'oeuvre du réalisateur, que cette survie soit face aux conditions naturelles, ou face à la société (Safe in hell). La famille Bridges vit donc dans un ranch de haute montagne (Califonie du nord ou Etat de Washington), et c'est l'hiver. le film commence par une matinée durant laquelle un animal sauvage se manifeste, un gros félin omniprésent mais qu'on ne verra jamais. Les trois frères Bridges se lèvent, et le meneur, Curtis (Robert Mitchum), décide de partir à la recherche du fauve, autour duquel plane une légende locale relayée par le vieux Joe Sam, un Indien qui aide au ranch. La petit déjeuner est un festival d'attaques personnelles en tout genres, entre les trois frères, le gentil Arthur, le benjamin Harold et Curtis qui distribue les vacheries à tous et toutes. Participent en effet à la zizanie la mère (Très religieuse et rigoriste, elle est bien à la peine devant le coté vicelard de Curtis), le père (alcoolique et dépassé par les évènements) et la soeur Grace, qui prend la présence de Gwen, la petite amie de Harold, comme une bouffée d'air frais. Le sentiment qui domine est celui d'une vie entièrement soumise à Curtis, représentant à la fois l'esprit de la discorde et l'âme du ranch.

 

Curt et Art partent pour traquer la bête, constatent les dégats sur le bétail, et se séparent pour trouver l'animal... qui attaque Art et le tue. Curt renvoie alors la dépouille de son frère chez eux, puis part à pieds dans la montagne pour tuer le chat...Le reste du film est ensuite partagé entre le périple de Curt et le réveil brutal de la maison confrontée à la mort du fils. Alors que Curt affronte la mort, le ranch se délivre d'un coup, comme si la parole était libérée par l'absence du mal. Curt porte une veste rouge, au départ; on ne peut pas la manquer: se détachant focément sur la neige, la couleur est de toute évidence poussée à l'extrême, et de nombreux plans donnent l'impression dun film en noir et blanc avec une seule tâche rouge qui se déplace. Mais cette veste est vite abandonnée par Curt, qui s'en sert pour couvrir la dépouille de son frère, le marquant ainsi symboliquement de son empreinte.

 

A la thématique bien huilée de la survie du chasseur (Provisions, construire un feu, s'emmitouffler), Wellman oppose une maison manifestement opulente et très confortable, dans laquelle pourtant la famille Bridges semble ne pas pouvoir trouver la paix ni le confort. Tout confirme l'impression de départ, que cette famille survit dans cette maison, comme Curt à l'extérieur, et que les gens qui y vivent ne se (re) connaissent pas, à l'image de Joe Sam, que certains aiment et que d'autres rejettent. La haine et la rancoeur qui s'expriment trouvent en Curt un commentateur qui aime souffler sur les braises , en en Gwen une possible libératrice. la seule vraie complicité qui s'exprime dans la maison, dans une scène du début, est entre les duex jeunes femmes qui rient ensemble, hors champ, pendant le petit déjeuner; de son coté, Gwen désespère de jamais convaincre son petit ami Harold de devenir un homme, c'est-à-dire de l'embrasser ou plus sans qu'il ait à demander l'autorisation... une scène audacieuse montre d'aiilleurs les deux tourtereaux qui s'apprêtent à (Enfin!!) bâtifoler dans le foin, avant que le jeune homme ne soit interrompu par sa maman...

 

Dur, âpre et volontairement austère, le film ne fait pas de compromis. il conte la fin d'un règne, celui de Curt, dans une atmospère oppressante rendue encore plus inquiétante par les grands espaces et a météo plus que maussade; la montagne ici est belle, ioui, mais surtout cruelle et dangereuse. comme dans Island in the sky, s'aventurer à l'extérieur, c'est risquer d'être tué par cette mythique bête invisible qui mourra de toute façon à la fin d'un film qui ressemble à une lutte à mort entre le mal, et le diable...

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Published by François Massarelli - dans William Wellman