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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 09:09

Le dernier western de Clint Eastwood est probablement l'un des plus aboutis de ses films sur le bilan d'une vie, la vieillesse, et le décalage entre un monde en perpétuelle évolution, et un être coincé dans une bulle faite de nostalgie, de souvenirs et de rancoeur. Il y aura, bien sur, d'autres oeuvres importantes dans ces domaines, à commencer par le faussement futile Space Cowboys, ou bien sur de façon évidente Invictus (Sur le bilan des combats d'un homme), Million Dollar Baby ou surtout l'admirable Gran Torino, à lui seul une autre somme des thèmes de prédilection de Clint Eastwood...

William Munny est un tueur, un bandit sans foi ni loi racheté par l'amour, qui a construit sept années durant une petite vie tranquille avec son épouse Claudia, leur petite ferme sur la frontière, leurs cochons, leurs enfants... Et qui expie ses crimes passés dans un veuvage qui le rend particulièrement amer. Un jour, un jeune inconnu lui propose une affaire en or, deux cowboys à tuer pour le compte de prostituées: l'une d'entre elles a subi un traitement injuste, et ensemble elles ont mis la tête des deux responsables à prix. Après hésitation, il se rend à Big Whiskey, Wyoming, en compagnie de Ned (Morgan Freeman), son complice de toujours, et de Schofield Kid, le jeune outlaw qui lui a proposé le contrat, et va affronter la-bas Little Bill (Gene Hackman), un shériff qui ne souhaite pas voir sa ville envahie par la racaille.

Que laisse un homme au soir de sa vie? C'est une préoccupation de Munny, dont les enfants regardent sans vraiment comprendre leur vieux père tenter désespérément de monter sur un cheval qui ne souhaite pas qu'on l'utilise, pour retourner vers des pêchés qu'il n'a jamais su leur avouer. Mais Munny n'a plus le coeur à vivre de cette manière austère qui se justifiait tant du vivant de son épouse, et rame pour joindre les deux bouts, ce qui le pousse à accepter le contrat. Mais une fois sur place, la vieillesse est définitivement là, et c'est une épave qui arrive à Big Whiskey. De son coté, le Kid, le jeune fanfaron qui propose le contrat à Ned et Munny, n'est pas vraiment en mesure de faire grand chose: sa vue est très faible, et malgré toutes ses vantardises, il n'a jamais tué un homme auparavant, ce qui ouvre la porte à tout une réflexion sur l'image des manieurs de gâchettes du film: English Bob (Richard Harris), un personnage secondaire, débarque à Big Whiskey en compagnie de son biographe attitré, auréolé de ses exploits mi-criminels, mi-chevaleresques... Mais little Bill démontre qu'il ne s'agit que d'un hors-la-loi vantard, ivrogne et incapable, avant de s'approprier le biographe, et de tomber absolument dans les mêmes travers... on constate en revanche que Munny comme Ned ne se vantent jamais: ils agissent, quelquefois avec une réelle amertume.

 A la tentative de se racheter face à l'humanité, ou Dieu, ou la mémoire de son épouse, ou lui-même, de Munny, Eastwood oppose Little Bill, un personnage fascinant, d'ailleurs confié à l'ambiguité de Gene Hackman: Bill est bien le shériff de Big Whiskey, un homme amené à trancher dans le cadre de la loi: il ne va par exemple pas laisser le délit des deux cowboys au début impuni, mais va le considérer sous l'angle du droit, proposant un dédommagement des prostituées plutôt qu'une punition. Son approche de la loi est pragmatique, mais peine à masquer un amour sadique de la violence et d'un certain autoritarisme. Et puis, comme Munny, il construit un nid, une maison à laquelle on le voit souvent travailler, mais dont il délaissera souvent les travaux pour se consacrer à sa propre légende... Eastwood dans son film joue de la différence entre Billy et le Kid d'un coté, deux hommes entreprenants, qui tentent d'attraper chacun à leur façon le train du progrès (Kid en saisissant au vol la perspective d'un contrat, Bill en faisant respecter l'ordre et en contribuant à bâtir une ville), et Munny et Ned de l'autre, rangés mais hantés par leur passé, comme des fantômes d'une frontière qu'on croyait définitivement disparue. sa réflexion sur le temps qui passe et les hommes qu'elle laisse de côté renvoie d'une certaine manière à tous les losers magnifiques de son oeuvre, qu'ils soient Red Stovall (Honky Tonk Man), (The outlaw) Josey Wales, ou bien sur Charlie Parker (Bird)... Comme Munny, ils sont passés, ont laissé quelque chose, bon ou mauvais, et comme lui ils ont aspiré à une tranquillité qu'ils n'ont jamais atteinte. Le style crépusculaire d'Eastwood est ici à son apogée, dans un film à l'obscurité envoûtante...

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Western