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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 14:51

The devil's passkey (Le passe-partout du diable, 1920) est un film perdu. C’est même l’un de ces titres particulièrement perdus, puisque en 1943, le négatif a été retrouvé sous la forme d’un tas de poussière dans les archives de la Universal, et que toutes les copies recensées avaient, avec d’autres films muets, été détruites pour en récupérer des composants chimiques dans le but de fournir l’industrie d’armement ( !). Ce n’est plus un film perdu, c’est un film super-perdu. Pourtant, situé entre deux films plus souvent défendus par leur auteur, Blind Husbands et Foolish wives, celui-ci a été un grand succès, dont Laemmle était particulièrement fier, puisque il avait été tourné vite, monté vite, et avait rencontré un grand succès avec une histoire sophistiquée, qui se passait à Paris, dans les hautes sphères de la société, autour d’intrigues adultérines diverses, avec moult figurants. Y faisaient leur première apparition, dans de sublimes seconds rôles, Maude George en entremetteuse-maquerelle et Mae Busch en danseuse. Le luxe de la reconstitution de Paris s’ajoutait à la première des mises en scène de foule de Stroheim, qui a toujours été à l’aise pour recréer en studio (Ou non) les atmosphères urbaines, avec des passants qui font plus vrais que nature. Les photos qui subsistent en témoignent. On peut en voir quelques-unes sur le livre Stroheim: a pictorial record, de Herman G. Weinberg. Le film est aussi intéressant puisque Stroheim n'y jouait pas et n'avait pas d'alter ego, ce qui est rare (Trois films, en fait: Celui-ci, Greed et Walking Down Broadway), et que tout cela se passe bien loin du chocolat Viennois.

Quoiqu’il en soit, le film a permis à Stroheim d’obtenir le feu vert pour un projet de grande envergure : Foolish Wives, dont on sait à quel point il est important, aussi bien pour la grandeur que pour la chute de son auteur…


Il convient peut-être ici de profiter de cette petite note pour essayer de comprendre quel fut le parcours de Stroheim à la Universal, ses appuis, et surtout son statut vis-à-vis du studio. On a coutume de considérer que Stroheim se trouvait en porte-à-faux avec ses producteurs, mais au vu de ce qui s’est passé entre 1919 et 1923, c’est particulièrement faux : Considéré comme le jeune prodige dès Blind Husbands, soutenu et considéré comme le plus important des réalisateurs maison, devant Browning ou Julian, Stroheim avait la confiance de Laemmle, qui ne mettait il est vrai que rarement son nez dans les affaires du studio. C’est donc avec l’appui du studio qu’il allait se lancer dans un projet pharaonique, et c’est sans aucune retenue que notre héros a laissé les dollars s’accumuler sur ce tournage. C’est d’ailleurs devenu un argument publicitaire, les chiffres ayant été gonflés par le studio afin d’insister sur la puissance financière d’une entreprise que d’aucuns prenaient de haut. C’est avec l’arrivée de Thalberg à la supervision que les rapports avec le studio se sont dégradés : ce dernier, un peu trop philistin aux yeux de Stroheim, ne comprenait pas qu’on puisse laisser faire une telle débauche de mégalomanie. Ces deux-là, chacun ayant son génie particulier, ne pouvaient pas s’entendre…

Néanmoins, la période durant laquelle le réalisateur a été hébergé à la Universal reste historiquement importante, et montre que même un maverick comme Erich Von pouvait se sentir chez lui dans un studio, du moins jusqu’à un certain point… plus dure sera la chute.

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Published by François Massarelli - dans Erich Von Stroheim Muet