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22 novembre 2017 3 22 /11 /novembre /2017 17:29

 

Après l'expérience Monty Python, mis de coté en 1975, Terry Gilliam était déterminé à passer définitivement à la réalisation. Toute son activité d’animateur allait dans le sens d’une expression exacerbée de l’explosion graphique; de plus, son goût pour les cinémas de Pier Paolo Pasolini, Federico Fellini et Akira Kurosawa lui donnait envie d’essayer des formes de narration baroques inspirées de ces géants. Après avoir insufflé son grain de folie personnel dans Monty python and the holy grail en 1975 (Co-réalisé par l’autre Python Terry Jones), Gilliam a donc sauté le pas et écrit un scénario, inspiré principalement par le monstre créé par Lewis Carroll pour Through the looking glass, et par l’esprit de Holy grail d’autre part: montrer le moyen âge de façon aussi réaliste que possible, tout en louchant d'une manière appuyée vers Pieter Brueghel et Hieronymus Bosch.

Dennis Cooper (Michael Palin), fils de tonnelier, est un esprit moderne : il veut faire avancer le concept des finances en un moyen âge tellement rétrograde que tout le monde le prend pour un benêt, y compris la famille de Griselda (Annette Badland) sa douce amie. D’un autre coté, la préoccupation principal du quidam moyen est de survivre, puisque un monstre atroce décime les campagnes. Il faut un champion pour tuer la bête… Lors de son voyage vers la grande ville, Dennis va être mêlé de près à cette quête, menée par le roi Bruno, dit le douteux (Max Wall).

La reconstitution, comme dans le film des Python, est impressionnante, et cette vie bouillonnante et souvent intime (On défèque et urine dans à peu près toutes les scènes, c’est peu ragoutant) doit beaucoup aux films coquins de Pasolini et à Bosch aussi bien sûr. L’esthétique "moyen-âge" indéterminée a son charme, et les décors choisis par Gilliam se marient bien avec son sens déjà fantastique du cadrage, et de la lumière. Visuellement, c’est comme Duellists, de Ridley Scott: le talent éclate et fuse de tous cotés, on sent que ce metteur en scène ira loin, et qu’on le suivra. Et il remplit son but dans ce petit film avec un certain talent: non seulement le décor, le grouillement de personnages, explosent dans tous les coins, mais le script, dû à Gilliam et Charles Alverson, est une préfiguration de tant d'autres films: une peinture d'une société en déliquescence, vue par le plus petit des vermisseaux, alors que le roi règne, sous la surveillance de commerçants qui utilisent l'ombre de la bête pour garder leur consommateurs près d'eux...

Par contre, pour rester fidèle à l'esprit de Lewis Carroll dont le poème a inspiré le film, il fallait un monstre. En ces temps reculé, l'animateur Gilliam a choisi de passer par du physique, du tangible. Donc une créature de caoutchouc, habitée par un figurant... Le résultat, contrairement à ce que fera le metteur en scène avec ses créatures géantes dans Time bandits et Brazil, est fort décevant.

Gilliam a commencé à développer avec ce film plus qu'honorable une œuvre personnelle, dont diverses obsessions sont d’ores et déjà bien présentes : dans ce moyen âge infesté par une humanité mal foutue, Dennis Cooper est un rêveur, un être doué d’une infinie pré-science, dont l’heure finira par arriver. Il préfigure de beaucoup les rêveurs futurs, sous toutes leurs formes, qui viendront peupler les films du cinéaste … celui-ci s’est fait plaisir avec la peinture d’un système bureaucratique en perdition, très inspiré de l’Angleterre des années 70. Ce système, nous le reverrons, en particulier dans Brazil. Enfin, l’amour de Dennis pour la solide Griselda est maudit, mais je n’en dis pas plus...

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Published by François Massarelli - dans Terry Gilliam