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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 21:16

Douglas Fairbanks, à l'aube des années 20, était clairement prêt à franchir le pas: ce film montre à quel point ses ambitions vont vers le film d'aventures spectaculaires, même si The Mollycoddle est une comédie avant tout. Un "mollycoddle", c'est une poule mouillée. Douglas Fairbanks incarne donc un Américain fier de ses racines, mais qui a quitté les Etats-Unis à l'age de quatre ans, et se comporte comme une femmelette, résidant à Monte Carlo, portant monocle et s'imaginant New York comme une ville du far West dans laquelle les gens se déplacent en diligence. Il n'a jamais travaillé de sa vie, porte une moustache ridicule, et voit venir les touristes Américains avec une certaine curiosité naïve... Quelques amis Américains, justement, de passage à Monte-Carlo le persuadent de "rentrer au pays" avec eux, mais il tombe alors dans une sombre histoire d'espionnage dans laquelle on va justement le soupçonner d'être un espion...

Histoire de métamorphose, comme souvent les petits films d'aventures produits par Fairbanks, The Mollycoddle sera suivi d'un film important: The mark of Zorro (Fred Niblo, 1920). Les deux films ne sont pas sans rapports... Il est tentant d'imaginer que le mystérieux espion qui surveille les agissements louches d'un contrebandier en diamants (Wallace Beery, en "villain" classique), soit précisément le personnage incarné par Fairbanks. C'est d'ailleurs ce que croient les bandits pendant un temps. Mais il est, contrairement à Don Diego dans le futur film de Niblo, authentiquement un naïf au coeur pur! D'une certaine façon, la moustache de Fairbanks est l'emblème de son inefficacité, et lorsqu'il devient un homme (Et quel home, quelle fougue, quelle prestance!), il la coupe. Mais dans les films d'aventures musclées qui suivront, Zorro sera le seul héros qui n'aura pas droit à sa moustache chez Doug Fairbanks!

Un petit film, certes, mais pas de temps mort, et les images authentiques captées sur la réserve Hopi de l'Arizona sont magnifiques. Fleming, pour sa deuxième et dernière collaboration avec l'acteur-producteur, fait merveile avec les constantes ruptures de ton de ce film qui commence en comédie mondaine, se poursuit sur un bateau, avant de se terminer dans les déserts magnifiques de l'Ouest Américain. Complice de toujours dans les films de Fairbanks, Charles Stevens interprète un petit rôle, bien qu'il soit le petit-fils de.... Geronimo. C'est du moins ce que la publicité a si souvent annoncé, alors que c'était en réalité totalement inventé. Par contre la passion du producteur pour la culture Indienne débouche sur des images respectueuses, et surtout authentiques, du territoire des Hopis, pas si souvent filmés. Donc ce film mineur sur la contrebande de diamants est une mine d'or!

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Victor Fleming
17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 13:52

Beaucoup des films du jeune Spielberg s'intéressent d'une façon ou d'une autre à l'âme Américaine, que ce soit en créant du suspense à partir du mythe de la route (Duel), ou de l'univers des stations balnéaires (Jaws), en racontant un folk tale qui dépoussiérerait presque les légendes de l'Ouest Américain tout en révélant de façon poussée le dangereux culte des armes au Texas (The Sugarland Express), ou en s'intéressant à la famille sous l'angle inattendu... de la science fiction (Close encounters of the third kind, E.T.). Spielberg a aussi, dans cette première décennie, exploré le passé glorieux du cinéma d'aventures en participant comme chacun sait à la création en compagnie de George Lucas d'un personnage doté désormais d'un univers solide, et si éminemment Américain (Raiders of the lost ark)... Donc 1941 ne ressemble pas tant à un accident de parcours qu'on a bien voulu le dire depuis sa sortie qui avait comme on s'en rappelle débouché sur un flop, et engendré un désamour persistant de la critique voire d'une partie du public, désamour facile à motiver: le film est raté.

En décembre 1941, la Californie vit dans une certaine psychose bien compréhensible: Pearl Harbor attaqué par les Japonais, tout porte à croire que l'état richissime est le suivant sur la liste. On s'y prépare donc. La défense civile anti-aérienne, l'aviation, la marine, toute l'armée est sur le pied de guerre, et les civils s'attendent au pire. Le risque de sombrer dans la folie paranoïaque sera-t-il franchi? ...Oui. D'autant qu'un sous-marin Japonais croise justement au large de Santa Monica, et que bien des militaires, rendus fous par l'attaque inattendue et spectaculaire du 7 décembre, sont au-delà de leurs esprits dans des proportions inédites...

L'alliance entre Spielberg et le duo Zemeckis-Gale était inévitable, tant Spielberg, jeune producteur, appréciait leur esprit, tel qu'il s'était déchaîné en particulier dans le film I wanna hold your hand, qui contait le chaos qui régnait dans les coulisses d'une visite des Beatles aux Etats-Unis. En gros, 1941, c'est le même film, mais cette fois dans les coulisses de l'après Pearl Harbor. Sans doute Spielberg qui savait quel était son enviable statut en tant que principal des jeunes loups qui s'étaient établis dans les années 70 (Aux côtés de Scorsese, Lucas, Cimino, ou le plus âgé Coppola), et souhaitait devenir un chef de clan, en produisant et mettant le pied à l'étrier des plus jeunes. Peut-être avait-il jugé que Zemeckis était trop peu aguerri pour mettre lui-même le film en scène, ou peut-être la stature de Spielberg permettait-elle d'accumuler les grands noms: après tout, on peut voir ici, rien moins que Robert Stack, Slim Pickens, Christopher Lee, ou Toshiro Mifune. Les jeunes vedettes qui montaient à l'époque, Dan Aykroyd ou John Belushi, y côtoient des acteurs qui s'étaient illustrés dans le film de Zemeckis: Bobby Di Cicco, Nancy Allen ou l'insupportable Wendy Jo Sperber, dont l'énergie en apparence inépuisable finit par devenir lassante... après deux secondes. Parce que le problème du film, c'est que l'excès pour l'excès, ça ne marche pas. Aucun dosage, aucun répit, tout part en vrille dès le départ. Parfois, c'est drôle: Belushi en aviateur fou arriverait à nous faire rire plus facilement, si par exemple tout ce qui l'entoure n'était pas plongé dans le chaos. Robert Stack, en général ému par Dumbo aux larmes, est splendide, et le duo incarné par Mifune et Lee, en général Japonais et en saleté de Nazi SS respectivement, est mémorable, mais le film peut parfois nous arracher un sourire grâce à ses allusions au cinéma: de Spieberg d'abord (Une scène de Duel est rejouée par la même actrice, avec un avion en lieu et place de camion), de Ford ensuite (une bagarre se déroule au son de la même musique folklorique Irlandaise que The Quiet Man).

Peut-être que Kubrick, qui avait expérimenté (Dr Strangelove) le même type d'exploration du chaos avec tellement plus de réussite que Spielberg, estimait que ce genre de film ne devait surtout pas être vendu comme une comédie, afin que le décalage fonctionne. Il avait sans doute raison, ais il faut ajouter que dans ce film dont les cinq premières minutes sont le sommet du film (En particulier si on a vu l'ouverture de Jaws), on surtout la preuve éclatante que Spielberg est certes un génie, mais qu'il ne sait pas tout faire, loin de là. L'intention de montrer l'Amérique profonde, et la Californie en particulier, en proie au chaos était bonne, mais ces deux heures (Et 25 minutes dans la version intégrale) sont souvent dures à passer.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg comédie Robert Zemeckis
15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 16:49

Le scénariste génial de The Truman Show (Peter Weir, 1998), et réalisateur célébré de Gattaca (1997) a bien grandi, et il continue à explorer des voies inédites de la science-fiction, tout en décrivant avec un certain talent notre monde dans toute sa splendeur... Voulez-vous savoir pourquoi vous n'êtes pas riches? Parce qu'il faut bien que certains le soient à votre place. Et si le temps était de l'argent, ce ne serait que bien plus vrai encore. Avec deux nouveaux Bonnie and Clyde qui n'auraient pas besoin de mourir, Niccol renouvelle le cinéma à vocation sociale, et le fait avec des poursuites en voiture! Bien sur il sera assez facile de déceler ce que son cinéma a de fabriqué tant le metteur en scène aime à se reposer sur des gimmicks, et le fait d'ailleurs avec une certaine constance de film en film. Mais lui, contrairement à Nolan, ne se prend pas pour un génie, et utilise un concept simple (Comme le principe du héros de série inconscient de ce qui se passe autour de lui) comme point de départ, sans jamais perdre son public. Sa mise en scène s'attache à des personnages dont le but es clairement identifié, et comme on est dans un cinéma de genre par excellence, le film présente son lot de scènes gratifiantes...

Le concept de In time (Time out selon le titre Français...) est une fois de plus simple et respecté à la lettre dans tous ses développements: dans un futur proche et hypothétique, l'argent a été remplacé par du temps: le corps s'arrête de vieillir à 25 ans, mais une pendule se met en route, qu'il fait alimenter au fur et à mesure, mais si on ne fait rien, l'arrivée à 0 tue immédiatement l'humain... Et certains ont eu les moyens d'accumuler une fortune (Et donc d 'être virtuellement immortels), alors que d'autres vivent le plus souvent avec un crédit d'une heure, et sont habitués à croiser les cadavres de ceux dont l'horloge a fini sa course... Le système est savamment entretenu par les puissants de façon à ce que les zones soient aussi hermétiques que possible, et qu'ils soit toujours lus difficile de changer de classe sociale, pardon, de zone temporelle. C'est ce que va vérifier Will Salas, un jeune homme qui un jour sauve la mise d'un riche oisif qui se promène dans la zone avec une centaine d'années de crédit au compteur, et une folle envie de se suicider: Will se réveille avec une fortune au compteur et les policiers aux trousses, il va alors tenter de passer de l'autre côté.

Le darwinisme est ici repensé en fonction de cette notion de temps, mais le réalisateur dénonce, naïvement ne manqueront pas de dire les uns et les autres mais c'est un conte après tout, une société qui fonctionne selon des règles établies par ceux qui en profiteront le plus... son film peut être vu, bien sur, comme un divertissement, ce qu'il est sans aucun doute, mais il est satisfaisant de voir qu'un cinéaste parle, à sa façon, et avec humour en plus, d'une situation d'inégalité établie, pensée et en apparence immuable, et balance là-dedans deux robins de bois beaux comme des dieux, irréels, et soyons francs, qu'on suivrait jusqu'au bout du monde: Justin Timberlake et Amanda Seyfried. On peut adhérer à ce film rafraîchissant qui nous rappelle que le monde est malade de ses inégalités, ou... aller se faire voir chez les Grecs.

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Published by François Massarelli - dans Andrew Niccol Science-fiction
15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 08:59
The Sugarland express (Steven Spielberg, 1974)

Lou Jean Poplin (Goldie Hawn), une jeune femme qui sort de prison, fait évader son mari Clovis (William Atherton), afin de récupérer leur fils Langston, dont les services sociaux lui ont dit qu'ils avaient perdu la garde. Dans leur quête pour rejoindre le petit, il vont être forcés de voler des voitures, prendre un otage (Michael Sacks interprète Maxwell Slide, un "state trooper") et de négocier avec le capitaine Tanner (Ben Johnson), policier dur à cuire mais aussi mesuré et compatissant. Ils vont aussi se promener à travers le Texas, avec derrière leur véhicule une queue de dizaines de voitures de police, et un cirque médiatique de plus en plus encombrant...

Sept ans après Bonnie and Clyde et une année après Badlands, le premier film de Steven Spielberg sorti en salles aux Etats-Unis n'est as sans rapports avec ces deux productions, mais il ne possède pas la charge dévastatrice et profondément romantique du premier, ni le naturalisme sobre et poignant du second. Le terrain choisi par Spieberg me fait penser, avec quelques décennies d'avance, au style des frères Coen, cette capacité impressionnante à placer des personnages dans une région dont on va imperceptiblement mais surement accentuer tous les détails folkloriques afin de déboucher sur une bonne dose de caricature. A ce titre, le film se passe dans un Texas dont l'accent est omniprésent, et beaucoup de protagonistes semblent tellement authentiques qu'on imagine aisément le réalisateur faisant du porte-à-porte à la recherche de ses acteurs! La couleur locale érigée au rang de style, on n'attendait pas forcément d'un film de Spielberg une telle idée, mais il s'en sort bien, d'autant qu'il est aidé par la présence de Ben Johnson qui joue avec une grande finesse le capitaine Tanner. Le grand acteur de westerns, échappé des films de Ford et de Peckinpah, coupe court à la comédie car c'est de lui que viendront toutes les révélations sur l'inévitable destin de la prise d'otage, et c'est donc par lui que le film passe de la comédie au drame... Seul adulte, finalement, face aux délires des deux enfants que sont Clovis et Lou Jean, il tente par tous les moyens des les épargner, mais sait que les jours leurs sont comptés.

Sous ces aspects de fausse comédie, et de "road-movie" pathétique, le film de Spielberg prolonge aussi de manière inattendue le conte sur roues qu'était Duel! Spielberg a acquis une telle maîtrise dans la narration de son téléfilm qu'il a utilisé ce savoir-faire dans on premier long métrage de cinéma, comme en témoignent ces longs plans-séquences qui installent l'ambiance très particulière de cette prise d'otage, au moment en particulier ou les Poplin et leur otage de plus en plus consentant sont rejoints sur la route par le capitaine Tanner. Spielberg réussit à rythmer son film sur l'accumulation de véhicules de police qui accompagnent l'étrange périple, sans que le film vire au ridicule. Le metteur en scène profite aussi à merveille de son cadre élargi, et s'amuse dans sa composition avec l'écran large, la profondeur de champ. Et son Texas, fait de couleur locale (Accents, chapeaux) se pare aussi des couleurs de conservatisme de ses pionniers, lorsque les fous de la gâchette s'invitent à la fête. Si le but des Poplin est de préserver leur famille, les dingues du fusil sont surtout là pour tirer sur tout ce qui bouge, et vont, inévitablement, corser la fête. Spielberg nous montre d'ailleurs que les Texans, champions de la liberté sous toutes ses formes, sont prêtes aussi bien à soutenir l'absurde mais touchante quête des fuyards, que le fait de les dézinguer sans sommation...

Quoi qu'il en soit, s'il ne paie pas de mine, le premier long métrage "pour de vrai" de Spielberg fait entendre une voix singulière: un technicien ultra-compétent qui sait s'entourer (Le compositeur du film est un certain John Williams, et son "score" est fantastique, mélange de folklore et de musique dramatique modèle); qui est profondément touché par la notion de famille, ne sachant pas encore qu'il en ferait le théâtre quasi-systématique d'une majorité de ses films, mais encore trop jeune, timide ou trop inconscient de la portée de cette notion de cercle affectif pour s'impliquer totalement, au-delà d'une narration héroïque et picaresque de deux gosses qui ont cru qu'ils avaient le droit de mener leur barque comme bon leur semblait...

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg
14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 11:15

La cupidité est au coeur de l'oeuvre de Pabst, en particulier ses films muets: l'argent est le moteur de nombreux personnages de La Rue sans joie, le pharmacien du Journal d'une fille perdue est prêt à vendre sa fille pour garder son commerce, et certains amis de Loulou semblent aisément et dangereusement corruptibles... Ce premier film du metteur en scène sous forte influence de l'expressionnisme cinématographique Allemand, qui vivait ses derniers feux en cette année 1923 (Le cabinet des figures de cire, de Paul Leni), s'appelle justement Le trésor, et va tourner autour de réactions différentes à l'appât d'un magot, qui pour rejoindre une autre préoccupation majeure du cinéaste, est assimilé à la sexualité, et l'amour...

En actuelle Slovénie, chez un artisan, on parle d'un trésor légendaire: quand les Turcs ont envahi la région de Vienne, un magot phénoménal aurait été caché dans les environs. C'est un conte plus ou moins accepté comme une légende, mais un homme y croit dur comme fer, un assistant (Werner Krauss) de l'artisan (Albert Steinruck). Arrive un travailleur itinérant (Hans Brausewetter) qui demande et obtient de s'installer avec eux, et entend parler du trésor. Il n'y croit pas, préférant s'intéresser à a fille du patron, mais celle-ci (Lucie Mannheim) lui fait comprendre qu'il y a peut-être du vrai dans cette histoire... La compétition devient rude entre les deux assistants, que ce soit pour trouver ce fameux trésor, ou pour les faveurs de la jeune femme...

La préférence de Pabst, elle, ne fait aucun doute. Werner Krauss, qui sera bientôt (Dans la magnifique La rue sans joie de 1925, le troisième film de Pabst) un boucher qui fournit de la viande aux jeunes femmes contre des faveurs sexuelles, joue ici un homme inquiétant, presque animal, dont l'obsession sexuelle est soulignée dès les premières séquences, au moyen du regard terrifiant et fixe avec lequel il dévisage l'objet de son désir. On le verra, le trésor est pour lui plus qu'une obsession, ce sera la clé de ses fantasmes puisqu'il échangera l'usufruit du magot une fois celui-ci trouvé contre la fille... Mais le éros, pourtant un cavaleur de première classe trouvera lui en la fille de la maison l'amour, et saura s'arrêter à temps. L'intrigue, comme celle de beaucoup de films muets Allemands, tient en vraiment peu de péripéties, mais Pabst a surtout soigné son image, en combinant avec adresse des décors inspirés de l"expressionnisme, mais bien plus réalistes, un clair-obscur adroit (Du au chef-opérateur Otto Tober) et un jeu divisé en deux tendances: excessif pour les obsédés du trésor, plus raisonnable pour les autres. Pabst, on le sait,ira vers le naturalisme avant la fin de la décennie, pour l'instant il est amené à étudier et exploiter l'héritage expressionniste avec une certaine finesse, dans un petit film miraculé comme tant d'autres...

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Published by François Massarelli - dans Pabst Muet 1923
11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 21:32

THX 1138 (Robert Duvall) et Luh 3417 (Maggie McOmie) sont deux êtres humains à part dans une cité futuriste aussi déshumanisée que possible: ils s'aiment, et sous l'impulsion de Luh qui traffique les dosages de médicaments qui contrôlent normalement les pulsions des gens, vont laisser libre court de la façon la plus naturelle qui soit à leur affection réciproque... Ce qui va être le début d'une longue série d'ennuis en tous genres...

Le premier long métrage de Lucas est donc une extension de son court métrage d'études (Electronic labyrinth: THX 1138 4EB, tourné en 1967) , et c'est probablement l'un des films de science-fiction les plus distinctifs qui soient: décor unique, et largement dominé par des pièces uniformément blanches, toutes les têtes rasées, et des acteurs qui jouent des êtres totalement asservis à une société totalitaire par les drogues qu'on leur fournit quotidiennement: tout est mécanisé, prévu, automatisé, et chaque humain n'est qu'un maillon de la chaîne. Le sexe, réflexe de liberté, est proscrit au profit d'une reproduction assistée de l'extérieur. Quant à essayer de se sortir du carcan, impossible... Contrairement à sa réputation, le film possède même un peu d'humour notable, et quelques éléments qui anticipent, de façon embryonnaire sur les aspects esthétiques de l'"Empire"... La mise en scène de Lucas, des années avant ses films tournés systématiquement en virtuel, se signale déjà par une recherche du décor nu absolu, et l'invention et la débrouille se devinent encore malgré le vernis contre-nature d'effets spéciaux numériques ajoutés par Lucas qui décidément ne peut s'empêcher de refaire ses films. Quelle sale manie.

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Published by François Massarelli - dans George Lucas Science-fiction
11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 15:22

Beaucoup des films Artcraft de Fairbanks, produits en indépendant mais avant la création de la compagnie United Artists, ont été perdus. C'est la raison pour laquelle, en dépit de qualités exceptionnelle de A modern musketeer, paru en 1917 soit plus d'un an avant celui-ci, il semble y avoir un gouffre entre ces deux films! Fairbanks entend bien jouer dans la cour des grands avec ce long métrage extravagant et d'une exceptionnelle richesse. Ses films feront désormais six bobines, et il va déployer une impressionnante galerie d'effets spéciaux pour donner vie à une intrigue qui ressemble à du Fairbanks concentré, mais aussi sérieusement enrichi. L'ancien chef-opérateur Victor Fleming est désormais à la manoeuvre, une idée qui me parait excellente tant les péripéties de cette intrigue nécessitaient une maîtrise de l'image que bien des metteurs en scène n'avaient pas. On peine d'ailleurs à croire qu'un tel log métrage puisse venir d'un débutant, et pourtant Fleming n'avait jamais réalisé de film avant. Par contre, comme chacun sait, il ne va pas s'arrêter en si bon chemin...

Un préambule incongru nous montre un scientifique, le Dr Ulrich Metz (Herbert Grimwood), qui devant un parterre de confrères annonce sa décision de se lancer dans une expérience inédite: il va manipuler un être humain jusqu'à provoquer sa mort, réclame, et obtient leur approbation... L'être humain en question est Daniel Boone Brown (Douglas Fairbanks), un jeune homme tellement superstitieux qu'il se complique la vie en permanence. Les manigances du Dr Metz le rendent en retard chez son employeur, qui est aussi son oncle (Ralph Lewis) Celui-ci le met à pied pour lui apprendre la vie, et durant sa période de chômage technique, il rencontre une jeune femme aussi toquée que lui (Kathleen Clifford), et c'est bien sur le coup de foudre réciproque. Sauf que... Lonette, la jeune femme, est plus ou moins promise, et à un escroc en plus (Frank Campeau), et celui-ci vient justement en ville, pour faire affaire avec l'oncle. Il va donc y avoir du sport, des cris et des quiproquos, sous le regard inquiétant du Dr Metz....

Quel autre film peut se vanter de montrer son protagoniste en plein cauchemar, courant au ralenti pour échapper à une tourte, un homard, un oignon et du fromage Gallois qui le poursuivent? Dans quel autre film un savant fou s'adresse-t-il à une assemblée de scientifiques pour leur faire part de son projet de tuer un être humain à titre expérimental? Et quel autre film de la période passe ainsi de la comédie de boulevard, avec triangle amoureux et poursuites d'une pièce à l'autre, à une représentation des rêves de son héros puis à une inondation géante? Ca aurait bien sur pu être très brouillon, mais la réussite de l'ensemble (Découpage, interprétation, effets spéciaux, etc...) est telle que le problème ne se pose pas. Une fois de plus, Douglas Fairbanks réussit à nous faire croire qu'il est un homme timoré, empêché cette fois de briller par une superstition maladive, jouée avec cocasserie, mais il montre aussi le chemin à d'autres: Lloyd et Keaton (Qui se souviendra de l'effet dramatique d'une inondation dans Steamboat Bill Junior) tireront tous deux la leçon de ce film brillant et unique en son genre.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919 Victor Fleming
9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 10:20

Un agent recruté par le service le plus secret de la planète, un décalage (Age, éducation, style) entre son principal complice et lui, puis une intrigue qui débouche sur service secret d'élite contre méchant à l'échelle planétaire: qu'est-ce qui différencierait Kingsman d'une fusion entre MenInBlack et n'importe quel James Bond de consommation courante? Eh bien beaucoup de choses, tant de qualités même qu'on ne va pas les énumérer ici, ce serait stérile. D'autant que le film a eu un succès bien mérité, de par son esprit, sa construction, et l'atmosphère généralisée... Plus qu'un gigantesque défouloir, plus qu'une brillante parodie, c'est aussi une manière très Britannique de célébrer le passé, tout en l'envoyant aux orties, soit la quadrature du cercle pour un film d'action, un terme auquel je répugne souvent tant il me semble idiot d'en faire un genre: le film, ça bouge, non?

Un jeune délinquant dont le père a fait partie d'un service ultra-secret d'espions, Kingsman, est recruté par eux afin de faire partie de la brochette de remplaçants probables d'un agent mort en mission; Gary surnommé Eggsy (Taron Egerton), est le plus inattendu des candidats, car il ne vient ni d'Oxford, ni de Cambridge, ni d'une famille "posh", et bien sur il va être parmi les meilleurs, ce qui va lui permettre de participer à la lutte de Kingsman contre Richmond Valentine (Samuel L. Jackson), le très excentrique milliardaire préoccupé d'environnement, qui envisage de massacrer les 99/100e de la population... Donc faire ses classes, convaincre des supérieurs exigeants, acquérir un minimum d'éducation pour devenir un gentleman, et bien sur sauver la planète en prime, ce n'est donc pas une mince affaire...

Le film ne ressemble pas à un produit de grande consommation, bon ou mauvais peu importe pour une seule et bonne raison: il est absolument imprévisible. Rien, ou peu de choses, se déroulent comme on les attendrait, et il n'est pas rare que Kingsman déborde joyeusement du cadre si souvent rassurant de ce genre de film. On se doute que Iron man a une vie échevelée, mais peut-on l'imaginer sauver le monde en quatrième vitesse parce qu'une princesse lui a promis une faveur sexuelle à laquelle il va d'ailleurs avoir droit? Peut-on imaginer, dans le cadre policé d'un James Bond, une séance d'église qui dégénère en un massacre ultra-graphique, dont aucun détail ne nous est épargné, tout en restant une chorégraphie de la violence? Comme le Britannique qu'il est, Matthew Vaughn sait conserver une distance salutaire vis-à-vis du genre, tout en y sacrifiant avec bonheur, et avec en guise de cerises sur le gâteau, rien moins que Colin Firth, impeccable bien sur, et Michael Caine. Michael Caine!! Je passe sur la performance impeccable de Samuel Jackson (Le méchant qui zozotte, et qui est obsédé par les films à l'ancienne, et qui réussit à avoir une certaine consistance), je passe aussi sur une apparition de Mark Hamill soi-même, je passe aussi sur une trace de mauvais goût des effets spéciaux inspirés du pire film au monde, Matrix, pour saluer ce qui est une réussite, dont on espère qu'elle ne va pas être déclinée en suites: ça ne sert à rien.

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Published by François Massarelli - dans Matthew Vaughn
6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 23:13

Comme pour passer à a vitesse supérieure, Douglas Fairbanks s'attache les services d'Allan Dwan, un vétéran déjà, pourtant encore à l'aube d'une carrière de cinquante années. L'un (Fairbanks) et l'autre (Dwan) avaient semble-t-il un attachement particulier à la personne de D'Artagnan, et un autre de leurs dix films ensemble (Tous muets, sortis de 1916 à 1929) sera d'ailleurs de nouveau consacré au personnage de Dumas: The Iron Mask (1929). Mais en attendant, Douglas Fairbanks est encore dans ce film co-écrit avec Dwan le héros moderne et bondissant de films d'aventures comiques, situées dans l'Amérique contemporaine, les deux hommes vont donc user d'un stratagème pour permettre au comédien, pour une petite partie du film, d'incarner le mousquetaire de légende... Et ce pour servir en réalité une autre cause, qui prend tout son sens en examinant la carrière et la filmographie de l'acteur...

Donc, un prologue nous rappelle l'ardeur, la vivacité et le style de D'artagnan, bien sur interprété par Fairbanks, qui comment un acte chevaleresque (Rendre à une belle dame son mouchoir qu'un bandit lui a volé) en fauchant tout ce qui bouge de son épée adroite. Mais Doug a bien pris soin de s'avancer vers la caméra, pour montrer d'un clin d'oeil complice à ses admirateurs qu'il est bien toujours le même sous l'étonnante moustache, en tout point similaire à celle qu'il fera vraiment pousser à partir de 1921, et gardera jusqu'à la fin de ses jours. A la fin de ce court prologue, le Doug moderne s'avance de nouveau vers la caméra pour effectuer une transition, par un nouveau clin d'oeil. C'est un étrange début, assez en phase avec la structure chaotique de ce long métrage, par ailleurs l'un des meilleurs de cette première période de Fairbanks... en même temps que son plus décousu.

L'intrigue proprement dite démarre par une nouvelle allusion, lorsque Ned Thacker, né sous le double signe de D'Artagnan qu'aimait tant sa maman, et d'un cyclone qui ravageait le Kansas au moment de sa naissance, quitte le domicile familial avec un véhicule offert par son papa. Ultime allusion, la voiture est...jaune. En chemin vers l'Ouest, il rencontre des touristes: Madame Dodge (Kathleen Kirkham), accompagnée de sa fille Elsie (Marjorie Daw) et d'un intrigant multigame qui cherche à accrocher Elsie à son tableau de chasse, Forrest Vandeteer (Eugene Ormonde). Ils font route ensemble vers le Canyon du Colorado, ou ils vont rencontrer des Indiens Hopis, menés par le dangereux Chin-de-Chah (Frank Campeau qui lui aussi, tout comme Ned bien sur, convoite la jolie Elsie. Mais qui, des trois amoureux, l'emportera? A votre avis?

Je mentionnai plus haut une cause qui justifierait l'emploi du personnage de D'artagnan et du Paris de Dumas, mais c'est à mon avis évident que Fairbanks a déjà l'ambition de révolutionner le film d'aventures comme il le fera plus tard avec ses grands films. Le prologue et le thème servent ici de ballon d'essai, tout comme l'élargissement spectaculaire des décors, en passant par le grand Canyon, et la façon dont Dwan et ses chefs-opérateurs utilisent l'arrière-plan, sont la marque d'une ambition, qui passe ensuite, suprême audace, par une liberté de ton, et une liberté de filmer, qui me semble absolue. Le film est superbe, impertinent, et "Fairbanksien" en diable, tout en se situant sans aucune tricherie dans un décor mythologique, avec ses vrais villages Hopis, et ses vrais canyons! L'acteur a su trouver le ton parfait, et signe son premier chef d'oeuvre, voilà tout.

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Published by François Massarelli - dans Muet Douglas Fairbanks 1917 Allan Dwan
5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 18:43

Le dernier film de l'équipe rassemblée autour de Doug Fairbanks, avec Anita Loos et John Emerson, Victor Fleming à la photo (Assisté de Sam Landers) et Eileen Percy en vedette, Reaching for the moon prouve que désormais Douglas voit grand. Il commence à tenter de faire reculer les limites du cadre qui est le sien: cinq bobines, c'est assez pour des comédies, mais... il voit plus grand, plus loin... Quatre ans plus tard, il sautera le pas comme on le sait, mais pour l'instant il trouve des moyens d'élargir son champ d'action sans pour autant renier les côtés sportifs, modernes et optimistes de ses petites productions...

Alexis Brown est né, de son propre aveu, sous un patronage exigeant: sa mère qu'il n'a jamais connue l'avait en effet prénommé Alexis Caesar Napoleon, en hommage bien sur à deux autocrates bien connus, mais aussi au roi Alexis, de son lointain pays, la Vulgaria. Et Alexis, qui ne s'y est jamais rendu, est persuadé que son destin est lié à ce royaume, où il serait appelé à faire de grandes choses. Il lit en permanence des livres de pseudo-philosophie dont il ne comprend pas le sens, et s'imagine fait pour la grandeur, au grand dam de son amie Elsie, qui l'aime désespérément, mais qui souhaiterait qu'il retombe sur terre, tout comme son patron, d'ailleurs, qui espère que son imagination galopante va un jour servir les destinées de l'entreprise qui l'a embauché. Mais peine perdue: le rêve reste le maître mot d'Alexis, qui va justement se laisser embarquer dans une histoire particulièrement délirante...

L'introduction au film nous montre Doug qui tente de saisir la lune, comme le propose le titre. Au figuré, il s'agit d'une injonction à être ambitieux, et si le film tend à nous montrer que c'est bien joli, mais qu'il fait aussi savoir avoir les pieds sur terre, de fait on sent que Fairbanks se laisse emporter lui aussi par des rêves de grandeur, qui donnent justement au film une certaine classe: la portion qui se passe en Vulgaria a permis à l'équipe de faire construire des décors et de multiplier les costumes des nombreux figurants; désormais, Fairbanks entend bien jouer dans la cou des grands; il filme encore à New York (Dont il nous montre des images tournées en toute liberté), mais se rend aussi en Californie, une partie du film ayant été tournée à Venice. Il ne tardera pas à s'y installer définitivement. Pour finir, Fairbanks gardait un bon souvenir de ce petit film, au point d'en voler le titre pour un de ses films parlant, mais qui semble n'avoir rien en commun avec cette intrigue...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917