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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 15:37

Sur un navire de la marine Américaine, Porky Pig est l'un des marins anonymes. Dans un premier temps, le film s'amuse de la vie quotidienne à bord, du rapport conflictuel entre les marins et leurs officiers, puis on passe à l'intrigue proprement dite: un sous-marin pirate écume les mers, son périscope est mis à prix... C'est bien sûr le canonnier Porky Pig qui va empocher la récompense...

Mouais... D'une part, je suis sceptique devant un dessin animé qui à ce stade (Alors que Tashlin, Avery et Clampett ont bien montré la voie à suivre pour le personnage porcin, et qu'elle ne passe absolument pas par ce genre d'héroïsme) nous montre un personnage aussi falot que Porky se livrer avec conviction à des actions d'éclats; d'autre part, le film est bien fait, tout le travail (en particulier le travail de décors) est fait avec soin. Hardaway et Dalton ont bien repris les model-sheets de Clampett, et leurs personnages sont convaincants. Disons que leur film est un looney Tune de 1938 dont le script renvoie plutôt à un Mickey Mouse de 1935...

Pour finir (J'ai fait des recherches car le mot ne m'était absolument pas familier), "gob" est un mot d'argot pour désigner un marin, mais pas le modèle premier choix. Un marin, quoi, un matelot, pas un officier... 

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes
2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 09:24

Avec ce septième long métrage, Pierre Salvadori reprend la formule du triangle, dont il avait offert une intéressante variation avec le splendide Après vous. Et il reprend de ce dernier film la notion, si cruciale dans la comédie Américaine, d'embarras... Mais cette fois, ce n'est pas le personnage principal qui est l'objet de cet embarras, et il en résulte un effet intéressant de... cruauté.

Emilie a un admirateur secret, dont elle reçoit un jour une lettre brûlante d'amour. elle choisit tout simplement d'ignorer celle-ci, et de ne pas chercher à connaître son admirateur... Ce qu'elle ne sait pas (mais nous, nous le savons), c'est que l'homme qui travaille à la maintenance (Technique, électrique, logistique) de son salon de coiffure, Jean est précisément ce correspondant anonyme. Et lorsqu'elle demande à cet homme qu'elle côtoie tous les jours de se dévouer pour faire semblant d'être l'admirateur secret de sa mère, dépressive et en quête d'amour, les limites du tranquille ne tardent pas à être franchies.

Souvent drôle, mais parfois grave, une comédie subtile de plus, d'un admirateur de Lubitsch, avec Audrey Tautou, Nathalie Baye, et l'excellent Sami Bouajila en victime expiatoire des égarements de la femme qu'il aime... En Anglais, le film est connu sous un joli titre: Beautiful lies... Les menteurs, il y en a beaucoup dans le cinéma de Pierre Salvadori... Il y en aura peut-être d'autres. Quelques années après le triomphe The artist, de Michel Hazanavicius, il convient de rappeler que les Anglo-Saxons plébiscitent de nouveau la comédie Française de qualité, et c'est justement vers ce film que s'est portée leur attention: il a eu semble-t-il plus de succès à l'étranger que chez nous.

La situation, donc, part d'un quiproquo: la lettre qui a été une source d'agacement pour Emilie, devient avec quelques changements une lettre qui réveillera complètement sa mère Maddy. Puis on se dirige vers l'embarras: Jean, qui ne peut avouer être l'auteur de la lettre, doit désormais en endosser la responsabilité vis-à-vis de Maddy, et Emilie qui inspirait son amour, devient son tourment, d'où la cruauté. Mais à côté, on appréciera aussi la petite vie parfois burlesque dans le salon, sa coiffeuse-esthéticienne Paulette (Judith Chemla), complètement timorée et qui ne comprend rien à rien, les conflits diplomatiques avec la co-propriétaire Sylvia, et les dialogues toujours justes, et souvent drôles, notamment quand Audrey Tautou, se trouvant face à un électricien sur-diplômé, se prend à réaliser que la correction grammaticale lui met de sérieuses barrières dans sa communication au quotidien. 

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pierre Salvadori
1 novembre 2017 3 01 /11 /novembre /2017 09:39

Après les cartons successifs de On the town, An American in Paris et Singin' in the rain, le premier et le troisième étant co-réalisés par Kelly et Stanley Donen, il était inévitable que Gene Kelly tente une aventure complètement solo. C'est ce qu'est cet étrange film, unique en son genre dans l'histoire de l'unité d'Arthur Freed. Mais le moins qu'on puisse dire c'est que ce film était voué à l'échec commercial... Il est formidable d'ailleurs qu'il ait pu être réalisé...

Le projet prend sa source d'une part dans l'esprit bouillonnant de Kelly, qui a trop d'idées à la minute pour ne pas avoir envie de les exploiter, et dans la volonté d'étendre le musical au-delà des frontières communément admises depuis les années 30 et 40. Donc, après avoir, le plus souvent à la MGM, créé des ballets de plus d'un quart d'heure qui s'intégraient de façon impressionnante dans des narratifs plus traditionnels, et réalisé prouesse technique après prouesse technique (Danser avec une souris de dessin animé, avec un fantôme de lui-même, ou encore transformer les rues, les vraies et celles de studio, en un terrain de jeu), Kelly avait révolutionné le musical de façon durable en créant pour le public une figure identifiable, un brave type comme eux. Le temps était venu de faire un film entièrement consacré à la danse...

Donc, en trois ballets cinématographiques, Invitation to the dance se débarrasse des oripeaux conventionnels de la comédie musicale, en supprimant l'intrigue et les dialogues. Et Kelly s'est entouré d'un nombre impressionnants de talents Européens notamment, pour danser avec lui: Tamara Toumanova, qu'on reverra aussi bien dans Torn Curtain d'Hitchcock, que dans The private life of Sherlock Holmes de Billy Wilder, ou encore Claude Bessy font des apparitions notables (Toumanova hors de son registre classique); le metteur en scène a vraiment voulu créer une version totalement cinématographique de la danse. Une fois de plus, les prouesses de ce film (Qui reprend l'idée d'utiliser le cartoon sur un des trois ballets) sont uniquement disponibles sur film, les ballets en sont impossibles à reproduire hors de l'espace filmique...

Ce n'est absolument pas une surprise, Invitation to the dance doit énormément au cinéma muet, dont il reprend l'expressivité. Le premier des trois ballets contient d'ailleurs des allusions à Chaplin et au Cirque; le titre en est Circus. Il s'y inspire aussi partiellement de la fameuse séquence de pantomime policière qui ouvre les enfants du Paradis pour faire bonne mesure. Le deuxième segment, Ring around the rosy, le plus "moderne", reprend l'idée de La ronde, en montrant au passage avec une grande ironie une vision surréaliste de la bonne société "avancée" de New York. La musique en est signée par André Prévin, très présent au piano. Enfin, Sinbad the sailor reprend le fétiche du danseur-comédien-metteur en scène-chorégraphe pour l'uniforme, en contant un Sinbad danseur, qui passe du pays des mille et une nuits, au pays des cartoons de Hanna et Barbera. C'était j'imagine prévu comme le clou du film... Mais je pense que le deuxième segment reste le meilleur moment du film. On peut noter que la partition de ce conte est inévitablement tirée de l'increvable Schéréhazade de Rimsky-Korsakov.

Pourquoi l'échec, alors? Les gens avaient besoin d'une histoire, d'une part. Et si Freed a soutenu Kelly, on ne peut pas en dire autant du studio, qui a tout fait pour étouffer le film (Tourné en 1952, post-produit en 1953, prévu pour sortir en 1954, et sorti finalement en double programme en 1956, rare film Américain à sortir en 1: 33:1 au milieu des superproductions en Cinémascope qui envahissait les écrans... Je ne suis pas surpris. Mais je le suis beaucoup plus qu'on ait fini par oublier un peu ce film, qui me semble résumer à sa façon, en 90 minutes bien remplies, l'art si particulier d'un des plus grands chorégraphes de tous les temps, qui n'oublie jamais d'être avant tout un cinéaste.

 

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Published by François Massarelli - dans Musical Gene Kelly
31 octobre 2017 2 31 /10 /octobre /2017 17:06

En cette fin 1938, Bob Clampett se retrouve souvent seul à faire fonctionner la machine des Looney Tunes consacrés à Porky Pig... Et il a plus ou moins carte blanche, comme en témoignent plusieurs chefs d'oeuvre: What price Porky en était déjà un; Porky in Wackyland aussi. Et enfin ce film paradoxal, dans lequel le metteur en scène et ses animateurs osent aller loin dans la déformation. Il est quasi irracontable: disons que dans une clinique (Dirigée par le Dr Quack, soit Dr Charlatan), on assiste à des opérations terrifiantes, sabotées par l'assistant Daffy Duck, en mode fou furieux...

Ca se terminera par une vision de Porky Pig (Le patient) et Daffy Duck après leur passage dans un poumon d'acier. Voir photos...

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Bob Clampett
31 octobre 2017 2 31 /10 /octobre /2017 17:01

Avec un titre pareil, on se dit qu'on va voir les pyramides, le Sphinx... Eh bien pas du tout. Porky est un touriste qui est arrivé trop tard pour prendre le chameau collectif en direction du "tombeau de la Momie", il doit donc se contenter d'un modèle une place, mais cet animal (Le chameau, bien entendu) est tout sauf efficace, et ils se perdent dans le désert. Donc, mirage, et crises de folie à répétition... C'est à la fois typique de l'oeuvre en noir et blanc de Clampett, et un peu frustrant...

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Bob Clampett
31 octobre 2017 2 31 /10 /octobre /2017 16:54

Avec ce film, Clampett tente une nouvelle fois un élargissement familial de l'univers de Porky Pig. Et l'heureux élu est... une fripouille: le neveu particulièrement mal-intentionné du dit cochon, qui l'accompagne lors d'une sortie baignade au lac du coin... les gags abondent, et souvent ils ont un rapport avec la présence de maillots de bain. Oui, ces animaux qui se promènent sans pantalon en ville, ont tous besoin d'un maillot de bain, et l'absurde règle initiée chez Disney (Tout comme celle qui fait que Donald Duck qui là encore est cul nu en permanence, se sent obligé de se couvrir d'une serviette quand il sort de sa douche) est donc ici soulignée avec insistance. Sinon, il y a une course amusante, l'occasion pour quelques gags physiques, et un gag "risqué", comme on dit en anglais: un baigneur qui ressemble à Eddie Cantor aperçoit une bouée, et s'en sait en disant "Une bouée, enfin!" 

Et alors, me direz-vous? Eh bien, Eddie Cantor était gay, et bouée se dit Buoy en anglais, mais c'est prononcé plus ou moins comme "Boy". Si, si: dans un Looney Tune de 1938.

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Bob Clampett
31 octobre 2017 2 31 /10 /octobre /2017 00:10

Un cinéaste doué et inventif met son imagination débordante au service d'une histoire touchante et drôle, celle d'une personne inventive et farfelue, mais qui a besoin d'un petit coup de pouce dans la vie... Jeunet touché par la grâce, ce n'est pas la dernière fois, ce n'est pas la première fois... Mais on y revient avec joie.

Et pour commencer, à replacer ce film dans le contexte des longs métrages de Jeunet, il y a de quoi être surpris: les trois premiers films du metteur en scène sont systématiquement placés dans un contexte proche de la science-fiction, même si les deux premiers restent sérieusement mélangés à des bribes de réalisme poétique (Je sais pour l'avoir vu dans un documentaire, jeunet a une affiche originale de Quai des brumes dans son bureau, ce n'est donc pas un hasard...), mais à un dosage différent. Et tout à coup, le metteur en scène a ressenti le besoin de resserrer les boulons, et de se reconstituer un univers plus personnel. Plus personnel en tout cas que le cauchemar logistique d'être aux commandes d'un film dont tout lui échappe (Alien Resurrection, 1997). D'où le retour à Paris, et aussi le retour de la "famille" Jeunet: désormais, le metteur en scène partagera sa plume avec Guillaume Laurant, et il fait appel à des gens qui ne sont pas des petits nouveaux. Acteurs, bien sûr: nombre d'entre eux sont déjà passés par là. Mais aussi Amélie Poulain consacre le retour de Bruno Delbonnel, le chef-opérateur des courts métrages...

Amélie, tout le monde la connait. ...Mais à l'en croire, personne ne s'intéresse à elle... Elle est serveuse au café des Deux moulins, à Montmartre. Et un jour, un hasard la met sur le chemin d'une vieille boîte oubliée par un gamin des années 50, dans l'appartement qu'elle occupe désormais. Elle trouve le moyen de la faire revenir à son propriétaire, et elle l'observe de loin. Sa réaction, une grande émotion, pousse la jeune femme à tenter de récidiver, et à améliorer un tant soit peu le quotidien de ses voisins, de son père, et d'autres quidams... Mais elle en vient très vite à la conclusion qu'il faudrait qu'elle s'aide un eu elle-même, d'autant qu'elle a presque rencontré un garçon dont tout porte à croire qu'il est fait pour elle et réciproquement. Tout est pour le mieux, alors? Non, car Amélie Poulain a un gros problème: se confronter à a réalité des choses lui est quasi impossible...

Cet univers est plus réaliste que celui de Delicatessen, c'est une version à peine revue et corrigée du monde contemporain, mais vu à travers une nappe à carreaux, une boîte à gâteaux légèrement poussiéreuse, ou une émission de télévision d'autrefois. Le décalage léger sied bien à Jeunet qui peut ainsi laisser ses acteurs véhiculer eux-même la poésie par leurs actions, leurs dialogues voire leurs principes. Des acteurs reviennent une fois de plus, dont Rufus en père soucieux, Ticky Holgado qui fait une savoureuse apparition, ou bien sûr Dominique Pinon en amoureux ombrageux. La encore, les micro-univers de tous ces gens se croisent, au fur et à mesure de la progression des manigances d'amélie-Audrey Tautou. Le fin fond du film reste bien sur marqué par sa jolie histoire d'amour avec Nino (Mathieu Kassovitz), dont la serveuse Gina dit qu'il ne peut qu'être bon, puisqu'il connait ses proverbes... Tout le film est une fois de plus un kaléidoscope sur le droit de chacun au plaisir, fut-il d'orgueil (L'écrivain Hipolito, interprété par Artus de Penguern, jamais publié qui découvre au hasard d'une rue de Montmartre une citation signée de son nom sur un mur), d'amour (le fait d'indiquer avec un doigt naïf les endroits on l'on souhaite être embrassé), de collectionner les objets les plus hétéroclites (Cette tendance de Nino renvoie à un personnage de Foutaises, le "cousin de Gueugnon". Gueugnon est d'ailleurs cité dans le film, et c'est une tendre private joke pour Jeunet...). Et puis bien sur, il y a pour Jean-Pierre Jeunet resté trop longtemps en studio avant son quatrième long métrage, le plaisir de filmer Paris, les balades dans St germain des Prés, ou de s'asseoir sur les toits pour compter les orgasmes simultanés de quinze personnes...

Alors bien sûr, on est parfois tombé à bras raccourcis sur ce film, suspect parce qu'il a été un phénomène populaire, et qu'il a eu un énorme succès. Jeunet revendique d'ailleurs son cinéma comme étant ludique, par opposition à une frange intellectuelle de la critique française. Soit. Mais vouloir croire qu'on puisse limiter ce film au plaisir qu'on a à la voir, fut-il immense, c'est tout de même un peu court. D'une part parce que si Delicatessen était une sorte de définition de la direction dans laquelle Jeunet (Avec Caro) souhaitait aller dans la première décennie de son métier de metteur en scène établi, le moins qu'on puisse dire est que ce Fabuleux destin d'Amélie Poulain est un nouveau départ, qui anticipe sur tous les films qui ont suivi. Un nouveau Jeunet, donc? Pas si vite: d'une part, il y a entre Delicatessen et Amélie plus d'un point commun, et Amélie renvoie aussi à deux courts métrages, d'ailleurs tournés sans le concours de Marc Caro à la mise en scène: Pas de repos pour Billy Brakko, 1983, et Foutaises, de 1989. Au premier, Jeunet reprend une tendance éblouissante au montage virtuose (Image ET sons) qui va être très importante du début à la fin de ce nouveau film. Et à Foutaises, déjà cité plus haut, Jeunet reprend l'idée du "J'aime, j'aime pas", qui lui permet avec bonheur de placer des personnages dans son exposition, grâce à la narration de André Dussolier. Et si Jeunet s'est lancé en effet dans ce que les anglo-saxons auraient appelé un "feel-good movie", il n'en oublie pas les petites piques à ses semblables: les vieux couples qui s'engueulent, les parents trop prévenants qui sabotent le caractère d'un enfant et rendent leur fille totalement incapable de s'ouvrir au monde, les méchants (Représentés par l'affreux Collignon). Mais Amélie/Jeunet leur réserve des tours de cochon. Oui,car Amélie ne se contente, après tout, pas que de faire le bien autour d'elle... Comme le fil rouge du film, Lady Diana, dont la mort signe le point de départ du film, Amélie doit se situer constamment sur le fil, entre faire le bien, et la préservation de sa vie privée... Bien maigre, cette dernière!

Et le film, qui peint le monde tel que Jeunet aurait aimé qu'il soit, nous apprend en deux heures de pur cinématographe, images et son, montage, musique, ralenti et accéléré, avec animation en 3d, regards caméra et autres brèches dans le quatrième mur, à cesser de vivre dans le passé, à en faire enfin table rase et à vivre tout court. Il repose sur une actrice qui a un lourd travail: incarner à la fois l'héroïne du film, et son point de vue permanent (Le nombre de fois qu'elle nous prend à témoin!). Et comme tout ceci se passe plus ou moins dans son ressenti, elle n'est définie que par ses actions et réactions, contrairement à ceux qui se présentent, comme M. Dufayel (Serge Merlin) et sa maladie, ceux qui sont présentés par les autres, comme le pauvre Lucien qui s'en prend plein la figure, ou bien sur Nino qui est introduit par sa collègue. Mais Audrey Tautou est excellente, car elle utilise, comme les enfants que Jeunet sait si bien diriger, son instinct d'abord et avant tout. Et le film, d'anecdote en anecdote, file tout seul, parce qu'il joue sur tous les aspects du souvenir, et tous les sens. Je jure que dans ce film, on a tout: il y a des images, des sons, et... de la substance et même, même des goûts (Poulet, café) et des odeurs: celle des légumes traités avec amour par Jamel, par exemple. Ou encore celle des gares. Celle du café des Deux Moulins... On y retournera, comme on retourne vers Carné, vers Tati, ou Clouzot. Parce que Jeunet a trouvé certains secrets du cinéma éternel. Voilà.

 

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Published by François Massarelli - dans Jean-Pierre Jeunet Comédie
30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 17:10

Adapté d'un roman de Reif Larsen, intitulé The selected works of T.S.Spivet, ce film de Jean-Pierre Jeunet est sa deuxième aventure anglophone, mais là s'arrête la comparaison avec Alien resurrection! Sous le patronage de Gaumont, avec son complice Guillaume Laurant, son co-scénariste sur tous ses films depuis Le fabuleux destin d'Amélie Poulain, en compagnie de ses collaborateurs attitrés, Jeunet a tout fait pour que ce long métrage Franco-Canadien tourné aux Etats-Unis, notamment dans le Montana, reste son oeuvre, porte sa marque. Bref, c'est un film de Jean-Pierre Jeunet du début à la fin. Même si on pense ça et là à un autre réalisateur, ce qui n'est sans doute pas un hasard, mais plus un profond lien, un véritable cousinage entre les deux artistes... j'y reviendrai.

Tecumseh Sparrow Spivet (Kyle Catlett), plus communément appelé T.S., est un enfant de dix ans qui a des capacités d'invention phénoménales. Depuis son plus jeune âge, il se passionne pour la science et ses possibilités. Au point d'en développer une certaine frustration, puisque les professeurs auxquels il est confronté dans son coin du Montana ne manifestent qu'un sentiment évident d'insécurité face à ce gamin qui les écrase tous de sa supériorité. Mais le simple fait de les écraser n'est pas son plaisir, non, il souhaite présenter ce qu'il sait faire, et à ce titre a envoyé en secret une invention au Smithsonian Institute de Washington.

Sa famille est assez pittoresque: son père (Callum Keith Rennie), "né 100 ans trop tard", veut absolument se contenter de la vie d'un cow-boy; sa mère (Helena Bonham Carter), entomologiste, étudie avec acharnement tous les insectes qu'elle peut trouver; sa soeur, Gracie (Niamh Wilson), souhaite ardemment partir du Montana par la plus grande porte qui soit, et voudrait participer à tous les concours de beauté imaginables, au plus grand désespoir de sa mère... Enfin, Layton (Jakob Davies), le frère jumeau de T.S., qui tenait clairement de son père, est mort. Et à ce sujet, T.S. a un secret, mais il ne va pas nous le déballer aussi vite, non.

Quand il reçoit une invitation du Smithsonian à accepter un prix pour son invention, une machine à créer e mouvement perpétuel, T.S. comprend bien que ses interlocuteurs croient donner le prix à un adulte. Devant la possibilité d'un embarras, d'un malentendu dont la conséquence serait l'annulation pure et simple de sa participation au prix, il prend la décision inévitable: partir en douce pour Washington, avec l'ingéniosité qui le caractérise. Pour le reste, on verra bien...

Le film a donc choisi un point de vue et n'en dévie quasiment jamais. Mais T.S. n'est pas à proprement un narrateur omniscient, car le moins qu'on puisse dire est qu'il se fait un film, comme on dit souvent. Il vit dans une réalité altérée, souvent adoucie par rapport au grand drame de sa vie, et celui de sa famille: la mort de Layton. T.S. s'en sent responsable, comme on le verra quand il osera, pour la première fois, en parler... Mais il n'est pas différent des autres membres de sa famille, qui ont juste poussé un peu leurs intérêts respectifs (La vue à la dure dans l'ouest, l'entomologie, les concours) dans le but d'oublier... 

Pourtant, le film n'est pas soumis à un rythme mortifère, pas plus qu'il ne se contente d'être un "road-movie". Jeunet étant en contrôle, il n'est pas venu sans son univers bien particulier, qu'il doit ici adapter, c'est vrai, aux magnifiques paysages de l'Ouest! Et de fait, la partie du voyage durant laquelle T.S. est passager clandestin dans un camping-car véhiculé sur un train, contraste de façon impressionnante avec la poésie urbaine qui caractérise souvent les productions du metteur en scène. Mais si on a parfois un peu peur que le plaisir de tourner dans les grands espaces ait fait perde le sens de la mesure à Jean-Pierre Jeunet, on constatera que le voyage est émaillé de rencontres... dont une avec un vagabond interprété par Dominique Pinon, on ne se refait pas. Et T.S. laisse son imagination galopante faire le reste, et c'est là que Jeunet s'amuse, avec des incrustations qui tiennent lieu de split-screen, un effet qu'on a déjà vu dans ses trois derniers films. Car Jeunet, ici, n'oublie jamais de triturer l'image à sa guise afin de nous inviter dans la tête de son héros. A ce sujet, une fois de plus on est impressionné par le travail de Jeunet avec un enfant, ce qu'il nous avait certes démontré plus d'une fois...

Et la partie située à Washington, sensée correspondre à l'accomplissement d'un rêve de T.S., est surtout l'occasion pour Jeunet de confronter son héros à un monde qui pourrait le corrompre en un clin d'oeil. Le rôle de "passeur" est confié à Judy Davis, qui reçoit le jeune homme au nom de l'institut prestigieux, et s'attache à tout faire pour l'exploiter purement et simplement. Elle est fantastique, comme souvent, même si elle ne fait pas dans la subtilité. Et à travers le personnage de ce garçon excentrique, invité à entrer dans "le monde normal", comment ne pas penser à Tim Burton? Le reste du film nous rappelle aussi à son petit monde, et en particulier à Big fish, peut-être son plus grand film... D'autant qu'Helena Bonham Carter est là.

Mais cela reste fermement un film de Jean-Pierre Jeunet, qui nous montre une fois de plus des êtres engagés dans une vie parallèle, qui ne pourront pas être corrompus, parce que leur vie intérieure, leur imaginaire, ou ici leur univers de scientifique, leur sert à la fois de définition personnelle et de rempart contre le reste du monde. Le film nous conte certes une crise, la fugue d'un enfant, mais la morale, c'est que c'est un passage obligé dans lequel les choses à dire vont, enfin, être dites. Et la famille, sans que quiconque abandonne son obsession, va sortit grandie. Comme d'habitude, et bien qu'il troque des boîtes à gâteaux en étal contre des épis de maïs, Jeunet nous montre en images formidables qu'il faut savoir rester soi-même. Tout simplement.

Je suis d'accord.

 

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Published by François Massarelli - dans Jean-Pierre Jeunet
30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 14:14

Alors qu'il se rend à la messe, Porky Pig entame le dialogue avec un mauvais garçon qui fume un cigare. Ce dernier le met au défi d'en faire autant, et Porky fume un cigare... Jusqu'à en être tellement malade qu'il va faire un rêve très productif...

On n'attendrait pas Frank Tashlin sur le terrain de la moralisation... Et pourtant, il a fait ce film qui est un peu un message au premier degré, à la Disney donc, pour empêcher les petits garçons de fumer. Mais rassurez-vous! C'est vrai, généralement, que ce genre de message par ailleurs nécessaire fait tâche, surtout dans un studio aussi sainement malsain que l'était celui de Leon Schlesinger avant les années 40... Mais ce film est tellement inventif qu'on finit par oublier le message, et prendre du plaisir dans les variations délirantes du rêve, qui détourne à peu près toutes les marques de cigarettes et de tabac possibles. Pour un peu, ça donnerait envie de fumer...

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes
30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 08:55

Mal-aimé de la saga Alien, et pas forcément apprécié, ni même parfois connu, des fans de Jeunet, ce film sensé plus ou mettre fin au cycle (Comme le précédent, Alien3) est en réalité situé au confluent de trois univers. Il ne peut être pris que comme une rencontre, donc, entre d'une part l'univers d'Alien (Ripley, les "Xénomorphes", l'ombre de Weyland-Yutani), d'autre part les thèmes chers au scénariste Joss Whedon (Buffy the vampire slayer, Firefly, Angel, Dollhouse, dont le péché mignon est de questionner la féminité dans un contexte de science fiction ultra-référencée), et enfin le monde de Jean-Pierre Jeunet, fait de bricolage, d'une efficacité narrative se reposant sur un enchaînement logique d'événements, et bien sûr son excentricité visuelle... 

Rappelons l'histoire, tout d'abord: sur un vaisseau spatial appartenant à un conglomérat terrien, en collaboration avec l'armée, on attend une cargaison particulière. Des scientifiques présents sur le vaisseau ont réussi, à partir de prélèvements effectués avant la mort de Ripley (Dans Alien3), à cloner cette dernière, interprétée une fois de plus par Sigourney Weaver, évidemment. Après 8 tentatives, ils ont obtenu de la "ressusciter', elle est l'alien qui est en gestation dans son abdomen. L'alien a été 'extrait' de façon chirurgicale, ce qui était le but de la manoeuvre, mais contre toute attente, Ripley a survécu... Un médecin (Brad Dourif) a donc décidé de la garder en vie, ce qui n'était pas prévu au départ, pour voir...

La cargaison attendue, donc, est un chargement d'humains frais, en hibernation: quand la "reine" Alien va être opérationnelle, elle ne manquera pas de pondre, et il faudra, pour chaque oeuf, un humain prêt à devenir l'hôte d'un petit. La cargaison en question est amenée par des commerçants d'un genre particulier, à la fois convoyeurs et mercenaires, ils sont des spécialistes des jobs difficiles, dangereux, qui dépassent allègrement les limites de la légalité. Ils sont 6: Elgyn, le capitaine du vaisseau (Michael Wincott), sa compagne et mercenaire Hillard (Kim Flowers), Christie, rompu au maniement des armes (Gary Dourdan), le grand costaud Johner (Ron Perlman), gros bras, gros flingue et petite tête, Vriess (Dominique Pinon), qui se déplace en fauteuil roulant, ce qui ne l'empêche ni d'être efficace, ni d'être dur à cuire, et enfin la petite nouvelle, Call (Winona Ryder). Autant le dire tout de suite, c'est un robot, nouvelle génération, ceux qui sont créés et maintenus par des robots. Et elle est sacrément militante: elle s'est introduite sur le vaisseau-cargo dans le but d'infiltrer la mission de recréation des aliens, car elle a une mission: protéger les humains contre leurs mauvais instincts...

Trois choses vont donc se passer: d'une part, quand on manipule des aliens, ça finit toujours de la même façon. Ensuite, Call va tenter d'intervenir, simultanément à l'évasion des aliens, qui échappent à leurs gardiens et se retrouvent en liberté totale dans le grand vaisseau. Et Ripey, qui est rappelons le un clone issu de la résurrection d'une Ripley AVEC une reine alien à l'intérieur, est, pour le moins, imprévisible! Lors de la pagaille monumentale qui s'ensuit, elle s'allie avec les "commerçants"... Mais jusqu'où?

"Pagaille", disais-je: c'est le maître-mot. Depuis Alien (Ridley Scott, 1979), on est habitué à la montée progressive d'un suspense de plus en plus étouffant. Mais ce qu'on a ici, c'est plus l'annonce d'un catastrophe qui se produit trop tôt, suivie d'une longue, mais alors logue agonie du film. On aimait l'alternance, d'un film à l'autre, entre une invasion d'un vaisseau, ou d'une planète (Alien3, David Fincher, 1991) par un seul individu, et la plongée des humains dans un nid, un nuage, une marée, un océan d'aliens (Aliens, James Cameron, 1985)... Mais ici, ça tourne au trop-plein: trop de bestioles, trop de possibilités, et... trop de gore, ça oui. Ca tourne même au ridicule absolu quand la reine, qui provient du même mélange que le clone de Ripley, accouche littéralement d'un être mi-humain, mi-alien, qui est d'une laideur inconfortable, et qui va rencontrer l'une des fins les plus dégueulasses qui puissent être. Voyez le film avec une cuvette à cet égard... Donc, si le film offre à Ripley une "fin" plus décente que celle que lui avait donnée Fincher, il tend à gâcher l'héritage en permanence.

La faute à qui? On a envie d'utiliser le dicton anglais "Too many cooks in the kitchen spoil the broth", dont vous irez si vous ne la connaissez pas chercher la signification sur internet, autant que ça serve ces petites machines. Comme tous les autres films de la saga, il y a eu du monde sur ce bébé-là, et... y-avait-il un capitaine? On sait qu'il y en avait un sur tous les autres films, y compris quand la Fox et Brandywine Productions mettaient des bâtons dans les roues de David Fincher. On sait aussi que sur un plateau de Jean-Pierre Jeunet, il est le seul maître à bord, engagé à 300% sur son film. Mais... le langage, peut-être? la timidité face à la tâche titanesque? Jeunet n'est pas à son aise, ni dans le genre, qu'il connaît bien en tant que fan, ni dans les règles imposées, qui sont habituellement imposées... par lui. Ici, le cahier des charges n'est absolument pas de sa responsabilité, et ça se sent. Alors on retrouve certains aspects de son oeuvre, des inventions inattendues comme le cube de whisky, des bricoleurs de génie comme la troupe de mercenaires, ou encore quelques moments qui reposent sur un enchaînement d'événements, mais... c'est assez peu. Reste son efficacité? Oui, mais elle est mise à mal par le souci du langage, et un script dont les dialogues possèdent peu de subtilité ('Die, you motherfucker'). Au final, on sait que c'est du Jeunet, tout de même. Il y a Dominique Pinon!

Et Joss Whedon dans tout ça? Même si ça ne sauve pas le film, on constate que dans ce script probablement conçu au début des années 90 par le jeune aspirant scénariste, on retrouve beaucoup, mais alors beaucoup de ses thèmes. La prépondérance des femmes, avec ici quatre figures de féminité, de la maternité carnassière (la Reine), à l'amazone fragile (La scène durant laquelle Hillard perd son amant est touchante), en passant par les deux bizarres: Call, le robot que certains mercenaires auraient bien mise dans leur lit, et bien sûr la Ripley-Alien, qui est au centre de toutes les interrogations. Elle a été au bout de l'enfer, et en est revenue, comme Buffy, ou Darla (Dans la série Angel). Et comme elles, elle est revenue... différente. une constante, là encore des personnages féminins de Whedon: Fred/Illyria, Cordelia Chase, Echo, Skye, River Tam... Mais ce qui frappe aujourd'hui, c'est à quel point Whedon avait en tête, des années avant, une équipée à la Firefly: un équipage de bras cassés revenus de tout, effectuant des livraisons légales ou illégales, dans un vaisseau cassé de partout et rafistolé, et tous rompus au maniement des armes. Bon, admettons quand même que Firefly est bien, bien meilleur, et de très loin, que ce film dans lequel une fois de plus un(e) héros/héroïne questionne son humanité, film sympathique, mais...

...raté.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Jean-Pierre Jeunet Joss Whedon