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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 18:36

Marcel L'herbier n'avait peur de rien et encore moins du ridicule. C'est simple: il suffit de se pencher sur n'importe lequel de ses films muets pour s'en rendre compte. Seulement à tort ou à raison, il habitait ses oeuvres, il se mettait tout entier derrière chaque scène, chaque plan, et se donnait corps et âme. C'est déjà un signe de forte respectabilité, qui fait de lui l'égal d'un Stroheim, d'un Vidor ou d'un Gance... quand ses films sont réussis. Et outre le splendide Feu Mathias Pascal où L'Herbier fait sienne l'ironie de Pirandello en y ajoutant son sens hallucinant du visuel, et laisse Ivan Mosjoukine faire montre de son talent exceptionnel, L'argent est 'un de ces films dans lequel un metteur en scène qui ose tout oser obtient des résultats uniques, brillants et inoubliables...

C'est irracontable: il y est tellement question de spéculation, que le fonds exact des malversations, transactions, coups fourrés et trahisons me semble, après plusieurs visionnage, tout bonnement incompréhensible. Peu importe d'ailleurs: dans ce film adapté plus ou moins de Zola mais transposé dans le Paris boursier de 1928, le metteur en scène nous montre un arroseur arrosé, un de ces hommes qui croit être au-dessus de tout, et posséder tout le monde. Il va jouer, beaucoup gagner, spécule, tenter de s'approprier les êtres, et finalement perdre... mais pas pour longtemps. L'Herbier lui impose surtout ses semblables, et à Saccard (PIerre Alcover), le banquier sans scrupules, il ajoute Gunderman, (Alfred Abel) un homme qui prend ses distances et qui se réfugie lui derrière un style moins carnassier... avec d'excellents résultats. On verra aussi la Sandorf (Brigitte Helm), une dame qui règle les élans de son coeur sur les comptes en banque des prétendants, et bien d'autres. Contrairement au Saccard de Zola qui montrait quelques penchants antisémites chez celui qui n'avait pas encore écrit J'accuse, celui de L'Herbier est surtout un enfant de son siècle, un homme qui a choisi une voie dictée par les dieux de la bourse. Sandorf et Gunderman, chacun avec sa manière (Froide et efféminée chez Gunderman, féline et calculatrice chez Sandorf) lui ressemblent beaucoup.

Mais le petit peuple de la bourse est une faune dans laquelle on trouve de tout, et on y trouve aussi des gens qui se sont perdus en route: ainsi les Hamelin donnent ils un angle d'approche intéressant, qui renvoie qui plus est à l'actualité: Jacques Hamelin (Henry Victor) est un aviateur doublé d'un home d'affaires, qui cherche un financement. Saccard va spéculer sur le héros et mettre tout ce petit monde en danger, et surtout il va essayer de s'approprier Madame Hamelin (Marie Glory) en l'absence de son mari. Une séquence, filmée au plus près des corps, nous montre une tentative de viol d'une violence rare...

Outre le jeu des acteurs, totalement irréprochable (Et à la liste ci-dessus il faudrait ajouter Alexandre MIhalesco, Yvette Guibert, Antonin Artaud et Jules Berry, excusez du peu) c'est bien sur la mise en scène enfiévrée, faite de plans mouvants, L'Herbier ayant tout fait pour bouger ses caméras dans tous les sens; on pense souvent au Dernier des hommes, pour situer, mais le metteur en scène ajoute un angle inattendu: à Murnau, démiurge de l'image, il répond par une sorte de détournement du style documentaire. Il construit des décors intrigants, habités par ses acteurs et sa figuration, et place sa caméra au milieu, en captant le plus souvent l'action centrale à travers le reste: il en ressort un fourmillement, une vie intérieure rare dans un film Français de l'époque. Et comment ne pas penser en voyant ces cercles boursiers vus d'en haut, avec ce grouillement des personnes, à une fécondation bizarre, ou pour le moins à une expérience délirante? L'argent est un joyau vénéneux, un film qui se mérite, le couronnement de la carrière muette de son auteur.

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Published by François Massarelli - dans 1928 Marcel L'Herbier Muet
18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 08:45

Lors de ses débuts à la Columbia, le jeune Capra connaissait déjà furieusement son métier, et privilégiait la vitesse, avec une sûreté d'exécution qui laisse pantois. Cette histoire de reporter ambitieux est excellente: Clem Rogers, journaliste, est las de devoir faire les chiens écrasés (Ou la météo), et obtient une dernière chance de son patron. Il se retrouve dernier arrivé sur les lieux d'un crime mais le hasard fait bien les choses: il assiste à la fuite d'une jeune femme, et suite à un quiproquo, écrit un papier qui accuse la jeune femme, la fille d'un politicien en campagne... mais la jeune héritière victime de l'histoire en question se rebiffe, et les deux font alliance pour faire éclater la vérité.

Energique, élégant, et attendrissant. un film pré-Tintin qui a bien pu inspirer Hergé, qui était très fan du cinéma Américain (plus que des Etats-Unis eux-mêmes, d'ailleurs...). On y retrouve cette vitesse, cette atmosphère des salles de rédaction qui va envahir en quelques années les films des années pré-code, et Douglas Fairbanks Jr, dont le personnage est souvent considéré comme un ado capricieux par ses collègues, avance dans cette enquête cousue de fil blanc avec humour et charme. Et puisqu'on en parle, il y a aussi un atout fantastique: face à lui, la délicieuse Jobyna Ralston!

Pour vraiment anticiper sur les futures réussites de Capra, il aurait peut-être fallu développer une partie consacrée au doute, mais Clem Rogers, en route vers une carrière prestigieuse, n'a pas de temps à consacrer à une remise en question. Et puis... c'est une comédie.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928 Frank Capra Comédie
18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 08:13

Peu après l'arrivée d'un certain nombre d'immigrés Russes fuyant la ou les révolutions, les films ont commencé à envahir assez joyeusement les écrans Français, le plus souvent pour le meilleur. Après L'angoissante aventure de Jacob Protozanov, et avant La maison du mystère d'Alexandre Volkoff, ce film est le deuxième mis en scène par Tourjanski, qui a d'ailleurs débuté sa carrière de réalisateur en ces circonstances troublées! Le film fait la part belle à un romantisme échevelé, et on pourra apprécier le soin avec lequel l'équipe a utilisé les décors! Mais l'essentiel de ce film de pur divertissement repose bien sur dans le faux suspense; les contes des mille et une nuits tiennent surtout à un fil narratif tout simple: c'est parce qu'il pèse sur elle la menace de mourir après sa nuit de noces, que Schéhérazade invente pour son époux une histoire passionnante, qui dure si longtemps qu'une nuit n'y suffira pas!

On assiste donc à l'histoire de cette princesse (Nathalie Kovanko) qui passe d'esclavage en captivité, au gré des pérégrinations, et de son beau prince (Nicolas Rimsky) qui la sauve parce qu'elle est musulmane comme lui, et il se tient prêt à affronter les barbares de la terre entière pour ses beaux yeux. L'aspect religieux est traité avec respect, n'en déplaise aux salauds Islamophobes qui se multiplient comme des lapins aujourd'hui (Et c'est d'ailleurs un trait commun à pas mal de ces films Russes), mais les deux acteurs principaux n(ont pas grand chose à faire d'autre que de courir dans tous les sens au milieu des décors impeccables. Bref, l'intérêt de cette production luxueuse est aujourd'hui principalement... décoratif.

A noter que si le film a survécu, c'est dans deux copies sévèrement tronquées: l'une, en 35 mm, fait environ une heure, et l'autre, celle que j'ai vue (Un transfert est disponible sur Youtube), est une réduction du film sur 9,5 mm, et elle est certes rapide, mais totalement cohérente.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albatros 1921
17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 14:34

Hollywood, années 50: Trois artistes, une actrice (Lana Turner), un metteur en scène (Barry Sullivan) et un scénariste-écrivain (Dick Powell), sont contactés par un producteur, Jonathan Shields (Kirk Douglas). Ils lui raccrochent violemment au nez! Mais réunis autour d'un intermédiaire, le fidèle Harry Pebbel (Walter Pidgeon), ils l'entendent leur faire à tous les trois une proposition, celle de faire pour Shields un film qui permettrait à ce dernier de se remettre en selle. ils vont, à travers trois flash-backs, exposer au public les raisons de leur inimitié pour le producteur...

Premier collaborateur de Shields, Fred Amiel le metteur en scène a beaucoup profité de son association avec lui, jusqu'au jour où pour sauver un film, le producteur a pris une décision radicale; de son côté, Georgia Lorrison sait qu'elle doit beaucoup à celui qui a été son pygmalion, mais elle a souffert de ne pas comprendre toute la situation à l'époque; enfin, James Lee Bartlow, en dépit de ses réserves sur Hollywood, avait énormément apprécié de travailler avec Shields... jusqu'à un certain jour.

C'est passionnant: aidé par un script génial, mélange étonnant de passion, de comédie,et de vitriol, Minnelli accompagné de cinq acteurs de génie revisite les quinze dernières années de Hollywood dans un film définitif. On y devine derrière cette intrigue qui pose forcément trois énigmes (Pourquoi chacun des trois protagonistes a-t-il fini par haïr Shields?), un portrait en creux, non pas d'un producteur à la Val Lewton ou à la David O. Selznick, même si les deux ont servi partiellement de modèle. Non, c'est plutôt un portrait de ce qu'est l'esprit d'Hollywood, son essence même. Il n'y a pas grand chose de plus à dire, sinon que la mise en scène est parfaite, qui réussit un tour de force: même si Kirk Douglas y est l'objet de la narration, il réussit à faire passer son point de vue à lui sur chacune des trois intrigues... Et les anecdotes, qui convoquent des personnages hauts en couleurs (Les producteurs cités plus haut, le tournage de Cat People parodié dans l'un des épisodes, mais aussi le personnage d'un metteur en scène qui aurait pu être Michael Curtiz...), sont croustillantes, passionnantes et irrésistible. Et comme dans Lust for life et The bandwagon, le film est une fois de plus une déclaration d'amour à mort pour l'art, par un artiste qui sait fort bien de quoi il parle.

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Published by François Massarelli - dans Vincente Minnelli
17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 14:22

Après Ran, Kurosawa a pris un virage inattendu, d'autant plus étonnant que le financement de ses films de venait de plus en plus compliqué! Il avait fallu Lucas et Coppola pour rendre Kagemusha possible en 1980, il lui fallait maintenant l'appui de Scorsese et Spielberg! Mais si le financement et la distribution (Du moment ou Warner était engagé, la production n'a plus posé le moindre problème) étaient pilotés de l'occident, le film est totalement personnel, et basé sur une expérience totalement Japonaise: le metteur en scène va jusqu'à se représenter lui-même, et le film devient la somme de ses propres rêves. Mais des rêves dont le sujet est onirique, pas la réalisation. 

Huit rêves donc forment l'essentiel de la narration, dont les deux premiers concernent la jeunesse du metteur en scène, les autres en revanche voient un protagoniste (Il porte un "bob", l'éternel chapeau porté par Kurosawa sur ses tournages) qui est un double du metteur en scène se confronter à divers aspects de sa vie toujours en relation avec la mort, l'art, et l'histoire du Japon... Le plus célèbre épisode concerne une visite sublime des tableaux de Van Gogh, qui est interprété par Marty Scorsese. Le rêve en question est partagé entre Français et Anglais, le reste est bien sur en Japonais...

Ce n'est plus l'épopée, désormais: comme dans Rhapsodie en Aout et Madadayo, ses films à suivre, Kurosawa ralentit le rythme et se laisse aller à une méditation sur la vieillesse, ses angoisses (La mort, omniprésente, qu'elle soit la sienne propre, celle des gens qu'on aime, ou celle des autres, via la guerre), et son art. C'est volontiers lent, et parfois c'est en arrêt. le film est contemplatif, parfois ardu. Il est toujours d'une beauté incroyable...

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Published by François Massarelli - dans Akira Kurosawa
14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 18:41

Je suis partagé devant ce vaste film (150 minute) qui raconte avec la cruauté habituelle de Shohei Imamura le parcours d'une jeune femme qui n'a rien à elle: abandonnée par sa mère, engrossée par son patron, mariée de fait parce qu'il faut bien, et même son fils ne l'appelle pas forcément Maman, mais Sadako, et la traire comme une bonne... Un jour qu'elle est seule, elle est violée par un étudient de passage, qui ne va pas tarder à s'installer dans sa vie, car il sait que sa venue n'a pas été si dramatique pour elle... Entre les révélations d'une vie minable, les coucheries de son mari avec une collègue de travail, et les visites toujours surprises de son amant paradoxal, Sadako semble ne pas progresser des masses...

Et c'est bien ça qui me dérange, derrière ce film d'une infinie noirceur, on devine un auteur surtout soucieux de pousser le bouchon de la censure dans le cadre compliqué et compartimenté du cinéma Japonais. Et les audaces sont nombreuses, mais le film n'en est pas folichon pour autant...

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Published by François Massarelli - dans Shohei Imamura
14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 18:24

Au début des années 20, la jeune Helen Morgan (Ann Blyth) monte à Chicago pour y percer dans le show-business... Des rêves plein la tête, elle va surtout tomber dans l'alcool de contrebande, entre deux engagements pour Ziegfeld, et attendre toute sa vie le prince charmant, qui bien entendu ne vendra jamais...

Après quatre années d'absence, michael Curtiz revient momentanément à la Warner et pour la seule fois durant ses années "free-lance", fait un film pour le studio ou il a tourné Casablanca, Mildred Pierce, Captain Blood, Angels with dirty faces... A moins que ce ne soit Mammy ou Night and Day: Car ce film tardif de l'auteur de Doctor X appartient en fait plus ou moins au genre "musical" tel que le metteur en scène le concevait. C'était un maître indéniable du film noir, de l'aventure, du drame aussi; un cinéaste baroque, inventif et exigeant... Mais lui qui travaillait dans le studio de 42nd street n'a jamais été foutu de comprendre le musical! Alors tous ses films qui sacrifient au genre sont en fait des films situés dans le milieu du spectacle, qui sacrifient à une demi-douzaine de chansons, toutes présentées dans un contexte "réaliste": les musiciens jouent sur scène, et la mise en scène ne s'autorise qu'un discret habillage, sans jamais aller chercher ailleurs!

Et ce film qui fouille mollement les années 20 pour y dénicher des anecdotes de la vie d'Helen Morgan, de jeune femme qui monte à la capitale en scènes de speakeasies, enquille cliché après cliché dans une construction morne de deux heures environ, et rien ou presque ne surnage. De plus, si on compare avec Some like it hot, sorti deux années plus tard, on réalise à quel point il n'est pas donné à tout le monde de recréer les années 20!

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz
6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 21:52

Trois en un? Entre le mélodrame formidable Forbidden et le baroque et sublime The bitter tea of General Yen, Capra s'essaie en effet à un style qui combine tout ce qu'il sait faire, et qui pour la première fois délivre un message politico-économique certes naïf et idéaliste en diable, mais dont la générosité fait mouche. et pour ce faire, il choisit non pas un, mais deux héros, deux braves types: Tom Dickson (Walter Huston) est le directeur d'une banque, un homme qui préfère faire son métier en rendant service aux gens car il pense que la banque se nourrit de la bonne santé financière des gens qu'elle aide. De la même façon, il traite ses salariés avec humanité, et refuse les affaires sur lesquelles il peut s'enrichir, mais qui lui donneront mauvaise conscience... Comment s'étonner que, bien q'il aime tendrement sa femme (Kay Johnson), celle-ci ne se sente délaissée par son mari qui sacrifie tout à sa banque? De son côté, Matt Brown est un employé modèle. Il sait qu'il doit tout à son patron, pour lequel il a plus que du respect. Il attend sagement une promotion, mais il aime de toute façon son métier, lui qui fait encore partie des petites mains. Il attend aussi le bon moment pour se marier avec Helen (Constance Cummings), la secrétaire de Dickson. Ils pensent avoir été discrets dans leur idylle, mais tout le monde est au courant à commencer bien sur par ce brave M. Dickson...

 

Dans ce contexte propice à la comédie, Riskin et Capra se lancent dans trois intrigues dramatiques différentes, qui vont se télescoper dans une crise comme on en a rarement vues...

1:

La banque est certes en bonne santé mais le conseil d'administration, formé de Dickson et de messieurs nettement moins sympathiques que lui, souhaite faire évoluer la banque vers le gros business en poussant vers une fusion qui mettrait en danger le type de pratiques de bon voisinage souhaitées par Dickson. A la faveur d'un problème dans la vie de celui-ci, les affreux banquiers tentent de pousser leur avantage...

2: 

Cluett (gavin Gordon), un employé, fringant jeune homme un peu séducteur et un peu dandy sur les bords, a tellement brûlé la chandelle par les deux bouts que la pègre le tient. Il accepte de leur donner accès aux coffres, mais lorsque le cambriolage tourne mal, un veilleur de nuit est abattu...

3:

Matt a surpris Mrs Dickson dans les bras de Cluett, et ça le mine. Doit-il intervenir, et leur rappeler que son patron est la crème des hommes, ou se mêler de ce qui le regarde, au risque d'avoir le sentiment de trahir son patron?

Les trois intrigues, en un peu plus de 75 minutes, vont multiplier les passerelles entre elles, depuis l'adultère potentiel qui sera déjoué par Matt, mais qui résultera sur son impossibilité d'avoir un alibi, car bien sur c'est lui qui sera soupçonné d'avoir ouvert le coffre pour les bandits. Et après le casse, les clients vot tous se précipiter les uns à la suite des autres pour retirer leur argent, mettant sérieusement en danger la position de Dickson, et l'avenir de ses "petits" clients.

Voilà, on y est: Capra nous parle des petits, des sans-grade, de ceux qui économisent sou après sou en ne demandant pas grand chose à personne, mais qui sauront se mobiliser pour leur bienfaiteur. La formule reviendra, et déjà le metteur en scène est galvanisé par ce défi qu'il s'est fixé. I réussit un film-synthèse dense et énergique, servi par une interprétation en tous points excellente. Entre deux chefs d'oeuvre, cette comédie dynamique est une nouvelle preuve de la santé merveilleuse des films de celui qui reste l'un des plus importants cinéastes populaires de tous les temps. Voilà.

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra Comédie Pre-code
4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 14:25

Le Nord de la France, décembre 1944: lors d'un hiver particulièrement rigoureux, une division de G.I. qui s'apprêtait à rejoindre l'arrière pour prendre du bon temps à Paris est envoyée pour une mission secrète sur la petite ville de Bastogne... Une fois arrivés, les soldats découvrent que la mission n'a rien de secrète, que les Allemands sont parfaitement au courant, et qu'ils sont totalement déterminés à garder la ville, un endroit stratégique pour pouvoir espérer inverser la donne contre les alliés. dans les bois des alentours, à partir de la nuit, la neige, le brouillard et les SS déguisés en soldats Américains vont mener la vie dure à une troupe d'infanterie qui ne connaîtra jamais le repos...

L'héroïsme, façon Wellman: cinq années après les faits, le metteur en scène donne de la bataille de Bastogne une vision particulièrement décalée. Ses soldats sont des rustres, des hommes qui n'en peuvent plus, ne sont pas toujours, du moins en apparence, très sympathiques les uns avec les autres (une jeune recrue, dont ce sera le premier combat, se voit totalement ignoré e arrivant au campement...), préoccupés par tout ce qui pourrait leur permettre de penser à autre chose que la réalité brutale du conflit qui les occupe. Mais ce sont bien sur des coeurs d'or, des hommes à la bravoure d'autant plus palpable qu'il savent devoir survivre, et des héros dans la mesure où chacun de leurs gestes va dans le bon sens: libérer l'Europe. seulement, personne dans le film n'aura l'impudeur de le dire.

Le metteur en scène, on le sait, et il l'a si souvent prouvé (Wings!!!) n'aime pas la guerre, même s'il a souvent fait état de ses souvenirs de vétéran, et s'il n'a jamais caché son plaisir de pouvoir expliquer "sa" guerre. de montrer ce qu'il a lui touché du doigt, la rudesse des combats, les moments où tout bascule, la perte des copains, mais aussi la camaraderie, seule façon de s'en sortir. Et ses soldats, pouilleux, sales et râleurs, ont beau être étudiés par Dore Schary et les autres pontes de la MGM comme on crée un produit de marketing, le metteur en scène a su garder une véracité touchante à ses acteurs: Van Johnson en boute-en-train qui doit valer frustration après frustration, John Hodiak en intellectuel qui ronge son frein, Ricardo Montalban en Angeleno d'origine Hispanique qui s'émerveille d'avoir pu jouer pour la première fois dans la neige, etc... Et il fait semblant, comme d'habitude, de tourner sans s'en soucier, mais le vétéran iconoclaste qu'est Wellman ne peut pas ne pas signer le film à sa façon: il met en scène la confusion dans laquelle les soldats coincés entre les Allemands, la neige et le brouillard se retrouvent dès qu'ils entrent dans les bois, et bien sur n'oublie pas d'envelopper la violence dans une certaine part de mystère en dosant la part d'"action" que nous voyons. Le film est prenant, âpre et splendide, comme d'habitude.

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Published by François Massarelli - dans William Wellman
4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 14:02

L'un des plus fameux films de Capra pré-It happened one night, le serait-il tout autant si Jean Harlow n'y interprétait pas un rôle de garce? Au passage, toute comparaison entre la même Harlow en 1931 chez Wellman (The public enemy) et chez Browning (The iron man) permet de constater soit que la dame apprend très vite, soit que Capra était un fabuleux directeur d'acteurs! Car elle est ici excellente de bout en bout...

Donc, dans une rédaction si typique d'un film du début des années 30, la star des reporters Stewart "Stew" Smith (Robert Williams) se voit confier une mission importante: récolter des informations sur le dernier scandale de la très respectable famille Schuyler. Une fois arrivé chez eux, ils essaient de faire jouer leur atout principal, la séduction de la petite dernière, Annd (Jean Harlow) mais le plumitif intraitable ne fera rien pour leur faire plaisir, et le journal publiera bien les informations. Seulement, il revient à la charge et séduit Anne... et le couple convle en juste noces lors d'un mariage éclair! Deuxième scandale, mais pas seulement pour les Schuyler: la jeune collègue de Stew, sa meilleure amie Gallagher (Loretta Young) le prend particulièrement mal... Mais l'arrivée de l'électron libre Stew chez les Schuyler va prooquer quelques tempêtes cocasses.

Evacuons de suite ce qui dérange le plus: Robert Williams. Il joue ici un rôle assez proche du style de journalistes que pouvait jouer Lee Tracy, qui généralement n'en faisait qu'à sa tête, et le fait de plonger ce zozo chez les Schuyler tendrait presque à nous les rendre sympathiques! Avec Stew, on est bien loin des Deeds et des Smith, dont la candeur serait un bon vecteur pour s'attirer la sympathie du public. D'ailleurs, il est intéressant de constater un certain nombre des ingrédients qui feront justement le succès de Deeds: une presse aux aguets, une famille bourgeoise sous investigation, des personnages manipulateurs, et un éléphant dans un magasin de porcelaine...

Le film est plus qu'un brouillon, d'abord parce qu'il anticipe joyeusement, sans jamais céder la place au drame (Contrairement aux films plus baroques que sont Ladies of leisure, Forbidden, ou The miracle woman), sur l'oeuvre future de Capra et sur ses thèmes de prédilection. Le scénario dû pour une large part à l'ami Robert Riskin fait la part belle aux dialogues qui font mouche, et il est construit sur une progression limpide et étanche. Et le metteur en scène a su choisir son rythme avec une assurance rare, en se ménageant des petites haltes comiques ou même absurde qui font toujours respirer le film...enfin, le film, deux ou trois ans avant, anticipe aussi sur tout un style dont Capra sera brièvement un maître, temps d'un film mémorable, It happened one night: la screwball comedy.

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra Pre-code Comédie Screwball comedy