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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 19:00

A sa façon, ce film est plus ou moins un remake d'un film de Rex Ingram, The Arab, qui était le premier film du metteur en scène à se situer dans le monde Arabo-Musulman. Je ne l'ai pas vu, et s'il existe effectivement des copies en circulation, ça reste un film rarement montré. Ce n'est absolument pas le cas de ce film réalisé à la MGM en 1933, par un vétéran chevronné, pas du genre à faire la chochotte sur un tournage, et avec la star du premier film qui fait son numéro habituel: l'exotisme de l'orient, un visage d'ange qui cache bien des choses, et une ou deux chansons pour qu'on entende son filet fluet de ténor... Je veux bien sur parler de Ramon Novarro, qui finissait quasiment sa carrière de jeune premier, avant de tomber dans l'oubli.
mais si aujourd'hui The Barbarian est très facile à dénicher, souvent montré sur TCM, et fréquemment montré comme un exemple particulièrement typique de ce qu'était la période pré-code, c'est sans doute plus pour Myrna Loy, qui elle était en pleine ascension...

Myrna Loy interprète Diana Standing, une jeune femme Américaine qui vient rejoindre son fiancé (Reginald Denny) en Egypte avant un mariage attendu, et que le jeune homme voit venir comme la récompense à tant de mois d'attente. D'ailleurs il passerait volontiers cette étape, mais étant Anglais, il se retient. Le jour de son arrivée, Diana devient la proie de Jamil (Novarro), un jeune escroc qui sous couvert de faire découvrir le pays à des touristes, tend à les mener en bateau voire devenir si indispensable qu'il devient très facile de leur soutirer de l'argent. Au grand désespoir de son fiancé Gerald, Diana mi-troublée, mi-amusée laisse Jamil occuper le terrain, jusqu'au jour où ça dérape.

Autant le dire tout de suite: le film est un documentaire fascinant sur l'état des lieux du racisme anti-Arabe en 1933... Mais à son corps défendant; l'intrigue, pour être clair, joue sur les deux tableaux en laissant les personnages d'Anglais qui accompagnent Diana faire toutes les remarques désobligeantes. Mais Diana a de sérieux préjugés: la peur du viol, notamment... qui s'avère d'ailleurs tout à fait justifiée.

Sinon, il plane sur ce film le spectre de la peur du mélange: Diana est attirée par Jamil, presque autant que lui est attiré par elle. Mais ce qui l'arrête, c'est cette sale impression de l'impossibilité du mélange de ce que les humains les moins intelligents appellent les "races"... Et pour permettre au film de se résoudre sans attirer toutes les foudres de la censure sur lui, il a fallu avoir recours à un stratagème: la maman de Diana était Egyptienne, apprend-on. Donc ça va, on peut y aller!

Le film se divise en deux parties. La première ressort de la comédie, avec l'omniprésence canaille de Ramon Novarro qui met souvent les rieurs de son côté. la deuxième concerne l'enlèvement de Diana, qui va subir toutes les avanies possibles, jusqu'à une tentative de mariage imposée. C'est cette partie qui est d'une part aussi proche d'un rêve, voire d'un fantasme (celui de Diana?) que possible, tout en jouant à fond la carte du film d'aventures exotiques...

Myrna Loy est fantastique, mais ça on le sait déjà... Elle porte ce film sur les épaules, qui sont comme chacun sait adorables, et qu'on aperçoit assez souvent dans le film du reste. Pour ceux qui ne seraient pas au courant, mais vous avez ici une photo, c'est aussi un de ces films où une héroïne qui doit se laver de tout le sable du désert qu'elle a sur le corps, prend un bain dans une baignoire de rêve... une scène qui prolonge à la fois l'impression d'un songe, et celle d'assister au fantasme ultime d'une Américaine de 1933. Ce que confirme la fin, mais aussi l'interdiction du film, une fois le code de production qui régentait la censure en vigueur.

Il aurait de toute façon été impossible d'atténuer ce film en le coupant: il n'aurait pas duré plus de deux bobines.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 16:24

J'accueille avec plaisir toute opportunité de voir une épopée biblique basée sur l'ancien testament, et qui ne soit pas à propos de la bisbille entre Moïse et Pharaon! Après tout on a toujours besoin de s'instruire un peu, non? 

Hélas... Le peplum, sous toutes ses formes, n'a jamais été affaire d'instruction (Ce qui en soi n'est pas un drame, après tout), ni de bon goût (Ca c'est un problème!!). Et ce film, situé tardivement dans le cycle du genre dans les années 60, est sans doute l'un des plus mauvais films Américains du canon que j'aie pu voir! On n'échappe à rien: les acteurs gâchés (David Farrar en Pharaon, raide comme un piquet, George Sanders manifestement las de tourner, tant et si bien que ça se lit sur son visage, etc), les dialogues crétins en pseudo-vieil anglais, imposés avec tellement d'emphase dans la voix qu'on croirait entendre des chèvres, des chorégraphies idiotes accompagnées de musiques martiales sonnées dans des trompes moches, par des figurants qui n'ont aucun sens du rythme, et bien sur une actrice dépêchée par la production pour en montrer un maximum, sans pour autant déclencher les foudres de la censure... un bain, peut-être? Au fait, Gina Lollobridgida est plus nulle que jamais, sans parler de sa vulgarité...

Bien sur, on se demandera quelques instants ce que le très grand cinéaste, auteur de The big parade et The crowd, allait faire dans cette galère. Et on essaiera de se rassurer en se disant, après tout, c'était la fin de sa carrière, il lui était sans doute difficile de trouver du travail, il lui fallait sans doute prendre ce qu'on lui donnait... Mais ce serait faire fausse route. D'une part, ce naufrage est du pur Vidor, dans lequel on retrouve les conflits d'égoïstes magnifiques: le roi Salomon contre la plantureuse païenne... Et on y retrouve ce subtil mélange de ferveur et de passion érotique qui parcourt toute l'oeuvre de Vidor depuis au moins Wild oranges! Quant au fait que ce soit la fin de sa carrière, c'est indéniable: comment voulez-vous confier le moindre budget au metteur en scène de Solomon and Sheba?

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Published by François Massarelli - dans King Vidor Navets
31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 09:43

Comment commencer? Le film choisit justement de surprendre, d'autant qu'on est en 1942: la guerre, après tout, bat son plein... Et alors que commence l'intrigue, à Varsovie en 1939, on trouve Hitler. Qui se promène, tranquillement, sous les yeux des passants. Mais on nous l'explique très vite: c'est un acteur, qui vient de s'engueuler avec l'auteur d'une pièce sur l'actualité brûlante, intitulée Gestapo! On contestait sa ressemblance avec le Fuhrer, et il a choisi de prouver que ses collègues avaient tort en faisant quelques pas dans la rue...

...Mais une petite fille qui vient lui demander un autographe lui a prouvé qu'il n'était pas si ressemblant que ça.

Le ton est donné: c'est une comédie, mais les événements qui se déroulent autour des acteurs du Théâtre Polski n'ont rien de drôle. Les comédiens qui jouent au théâtre vont aussi jouer leur vie, mais s'ils vivent pour le théâtre, il n'en reste pas moins que beaucoup d'entre eux sont d'abominables cabotins. Et si le mot n'est jamais prononcé dans le film, Lubitsch et le scénariste Edwin Justus Mayer ne cachent jamais que la plupart de ces acteurs sont juifs. De Greenberg (Felix Bressart) qui rêve de jouer Shylock et en connaît le monologue du Marchand de Venise par coeur, à cette merveilleuse contorsion autour du mot "ham", qui désigne bien sur le jambon (donc un plat qu'un Juif qui respecte sa religion ne mangera pas), mais aussi un cabotin, en Anglais dans le texte (Un acteur à un autre: ce que tu es, je ne le mangerais pas!)... 

Les deux vedettes de la troupe sont M. et Mme Tura, respectivement Jack Benny (Joseph) et Carole Lombard (Maria). Leur relation est bien sur amoureuse, mais ce sont d'abord et avant tout des gens de spectacle, donc ils sont, quoi qu'on en dise, en concurrence permanente pour le devant de la scène. Et Mme Tura apprécie les compliments, de sorte que, sans pour autant tromper son mari, elle laisse un jour entrer un bel officier (Robert Stack) dans sa loge pendant que son mari interprète le monologue de Hamlet...

Et c'est là que se situe le premier sens de cet extrait Shakespearien: Lubitsch détourne l'un des moments de théâtre les plus emblématiques qui soient, l'un des passages obligés les plus sacrés de tous les temps... pour en faire un signe de vaudeville, un gag qui plus est récurrent! Et comme M. Tura est particulièrement imbu de lui-même, l'effet comique de ce jeune officier qui se lève au moment où Tura est supposé briller de mille feux, est parfait.

Ce qui nous amène au deuxième sens de ce To be or not to be, qui symbolise à la fois le théâtre dans son quotidien (la guerre menace, la pièce Gestapo est donc annulée, et les acteurs se rabattent sur Hamlet), mais aussi le théâtre comme carrière prestigieuse, avec ses aspirations à la grandeur (Arrivé en Grande-Bretagne, Tura a un désir secret: jouer Hamlet au pays de Shakespeare!). Une aspiration qu'on retrouve chez tous ces acteurs: Bronski (Tom Dugan) qui jouait Hitler au débit du film, aspire à faire autre chose que de la figuration, comme Greenberg et son désir de jouer Shylock. Parce qu'il souhaite occuper le terrain, Rawitch (Lionel Atwill) en rajoute des tonnes, au grand désespoir de ses partenaires... En Anglais, quand un acteur sur-joue, on dit qu'il "mâche le décor" (To chew the scenery). A ce niveau, Rawitch est insatiable... Et pourtant, comme le dit Erhardt,le colonel nazi (Sig Ruman), Joseph Tura a fait à Shakespeare ce que les nazis font à la Pologne... Bref, tous ces acteurs ne sont probablement pas les meilleurs du monde. Ce qui ne les empêche pas de trouver le rôle de leur vie.

Et c'est là qu'on en arrive au troisième sens du titre et de cette allusion à cette sacrée scène: Être ou ne pas être, donc... pour un acteur, c'est une question de métier! Il s'agit de devenir un autre, mais à quel moment l'autre prend-il le pouvoir sur vous? Jamais si on est en contrôle, c'est ce qui va faire que dans ce film les déguisements, les imitations, les usurpations d'identité vont devenir monnaie courante. Et celui qui n'a pas pu jouer Hitler sur une scène de théâtre, va le jouer dans la vraie vie... Ce n'est pas pour rien que la sortie de ce film dans la France d'après-guerre s'est faite sous le titre "Jeux dangereux". Car ces gens risquent leur vie... et plus encore. Et si l'art imite la vie, Lubitsch nous montre souvent à quel point la vie imite l'art.

Lubitsch, je le disais plus haut, n'a pas laissé dans son film le mot "Juif" apparaître une seule fois. Non que ce soit interdit, après tout Chaplin l'a placé sans arrêt dans son script de The great dictator. C'était plutôt un petit arrangement demandé par des producteurs, dont beaucoup étaient eux-mêmes Juifs, et qui souhaitaient ne pas mettre en avant cette identité. Mais le choix de contourner cette règle non-écrite devient ici un facteur de réelle inventivité, sans parler de l'humour des jeux de mots, et du fait que ce qui aurait du être drôle, devient parfois poignant. Ainsi l'acte de bravoure de Greenberg, qui joue Shylock en vrai, sans maquillage, devant un parterre de nazis, et devant Hitler (mais un faix Hitler, bien sur... alors que les nazis sont tous vrais), est-il un acte de résistance, un vrai, un beau.

Et la guerre qui nous est présentée, est l'occasion pour Lubitsch de rappeler qu'il est un metteur en scène qui sait tout faire: des comédies "de portes", comme disait Mary Pickford qui n'avait rien compris, des comédies musicales, des comédies sentimentales... et des séquences dramatiques, et du suspense. Une scène de parachutage dangereux est traitée avec le plus grand respect, et une efficacité maximale. Les "jeux dangereux" d'espionnage auxquels se livrent les acteurs contraints et forcés sont l'occasion de faire monter la tension. Et pourtant les nazis sont incarnés à travers essentiellement trois personnages: le professeur Siletsky (Stanley Ridges), un Polonais collaborateur qui fait un peu d'espionnage, et qui est sans doute le plus menaçant des salopards du film. Mais il ne dure pas très longtemps... Sig Ruman interprète le Colonel Erhardt, le principal représentant des nazis à Varsovie, et Schultz (Henry Victor) est son aide de camp: ce dernier, quoique joué de façon droite et sans aucun artifice par Victor, est le lampiste désigné de son supérieur... Et Erhardt, bien qu'on l'ait surnommé "Concentration camp Erhardt", ce qui le fait lui-même beaucoup rire, reste la principale source de comédie du film! Il est interprété il est vrai par un génie du timing, mais quand même! Lubitsch savait parfaitement ce qu'il faisait, et comme Chaplin, il était déterminé à rappeler que les nazis sont des salauds, oui, mais ce sont aussi des idiots, des vrais.

Et le bonheur, c'est que ces idiots-là, on peut, on a le droit, que dis-je, on a le devoir d'en rire.

Mais ça n'empêchera pas la gravité, et il y a de la gravité dans ce film: comment pourrait-il en être autrement? Comme le dit Shylock/Greenberg: "N’ai-je pas des yeux ? N’ai-je pas des mains, des organes, des sens, des dimensions, des affections, des passions ? Ne sommes-nous pas nourris de la même nourriture, blessés par les mêmes armes, sujets aux mêmes maladies ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ? Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez, ne mourons-nous pas ?" Bref, un homme est un homme est un homme. Même ces cons de nazis.

Le rire, le théâtre, le déguisement, mais aussi le refus de la barbarie et le refus de la défaite, la résistance deviennent ici l'essence même de l'humanité. Avec le sourire...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Ernst Lubitsch
31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 09:22

1937: Mrs Henderson (Judi Dench), de la plus haute société Britannique, perd son mari; elle est seule, son fils est mort 22 années auparavant dans une tranchée, et on lui conseille de se trouver quelque chose à faire, mais aussi de ne plus limiter ses achats frivoles, maintenant que son mari n'est plus là pour s'y opposer... Elle va faire les deux, et acheter un théâtre. Sous le patronage de Mrs Henderson, le producteur Vivan Van Damm (Bob Hoskins) produit une revue, intitulée Revudeville: c'est un succès éphémère. Afin de faire repartir la fréquentation du lieu, Mrs Henderson propose une idée inattendue: épicer les spectacles en y introduisant une dose de nudité, ce qui n'a jamais été fait. Pour contourner la censure, les effeuillages doivent se limiter à des tableaux vivants... La digne septuagénaire et son producteur se mettent en quête des filles idéales...

On a coutume de commencer à chroniquer un film Britannique en soulignant à quel point il est Britannique, justement: ça ne vous énerve pas? Je n'imagine pas parler de La belle équipe en insistant sur le caractère Français, ou commencer un article sur Stagecoach en signalant que John Ford est Américain. Bien. Mais là, comment faire autrement? Cette production de Bob Hoskins est un film BBC! Situé à Londres, envahi tout du long par ce merveilleux accent, et dominé par la merveilleuse Judi Dench... D'ailleurs, à bien des égards, le film ne semble pas faire beaucoup d'efforts pour ressembler à autre chose qu'une production télévisée. Je pense que c'est volontaire: le budget autorisait Frears à viser plus haut, mais il a sans doute souhaité cet aspect bon marché, qui rend finalement le film plus intime...

Nul doute que la motivation principale des gens qui travaillaient au Windmill (Dont l'histoire est authentique) n'avait rien d'artistique, mais était plutôt bassement mercantiles: les filles qui se déshabillent ont beau se dire des artistes, elles sont souvent le sel d'une revue dont les chants et les danses des vedettes deviennent un prétexte à aller voir de la chair fraîche, un délicieux paradoxe. Et c'est ce lieu de perdition (Qui réussit à rester décent contre vents et marées) qui devient, dans le film, un refuge symbolique des Londoniens qui résistent à la guerre...

Mené par un couple de grands acteurs géniaux, habité par la bonne humeur et l'esprit positif de l'Angleterre de toujours, et traversé de superbes performances des quatre ou cinq filles que Frears n'a pas engagé pour n'être que des potiches (Parmi lesquelles Kelly Reilly brille d'un éclat singulier, mais c'est une habitude chez elle), le film est une expérience... très satisfaisante. Il n'échappera à personne que ça n'est pas non plus le film du siècle, mais il y a là comme un plaisir redondant face à tant de... caractère Britannique.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 11:37

Je n'ai pas vu le film Under two flags, de Tod Browning. Ce grand succès de 1922 est bien sûr la source de ce court métrage parodique, un domaine dans lequel Laurel a beaucoup donné à cette époque, quelle que soit la compagnie: ici, c'est chez Roach, mais il l'a aussi fait pour Amalgamated/Metro, et pour Joe Rock/Universal deux ans plus tard.

Privé du sel de la comparaison, je ne peux que constater: dans un premier temps, Laurel imite un peu l'atmosphère du film dramatique qu'il parodie, tel qu'on peut en juger à partir de photos. Par exemple, une photo publicitaire de Under two flags qui circule beaucoup montre Priscilla Dean danser pour des militaires dans une taverne, elle-même portant un uniforme. C'est Mae Laurel qui joue ici le rôle, avec un manque absolu de subtilité... Sinon, il y a un petit rôle pour Katherine Grant, en "princesse"... Et le film se conclut sur cinq minutes de comique troupier.

Sinon, "jag", serait une crise. Par exemple une crise de colère ou une crise de rire. Ce film n'en déclenche hélas pas beaucoup.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach Laurel & Hardy
30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 11:30

Toujours chez Hal Roach, Laurel tourne à nouveau avec George Jeske, un film souvent drôle, mais un peu vain. En cause: une non-intrigue qui vire un peu trop vite à la course-poursuite sans queue ni tête. J'ai déjà avancé l'hypothèse que Laurel avait besoin d'un personnage qui avait besoin lui-même d'une motivation, qui devait impérativement être liée à un environnement palpable: aucun de ces trois ingrédients ne fonctionnent ici.

Laurel est un nettoyeur de rue, un "white wing" (Un métier lié à la période, qu'exerceront d'ailleurs dans leurs films aussi bien Keaton, que Langdon, que Chaplin). Le film se sert de ce prétexte pour le voir en bisbille avec la loi, et poursuivi tout le film durant par un policier corpulent, qui n'est pas Hardy, mais Marvin Loback. Sans que ça s'explique vraiment, la deuxième partie voit le comédien devenu dentiste ambulant, aux prises avec plusieurs clients, dont James Finlayson et une mamie un peu nymphomane sur les bords.

Bref.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach Laurel & Hardy
30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 11:19

De retour chez Hal Roach, Laurel n'est pas venu les mains vides: il a des idées. Et ce film en est la preuve. Il ne l'a pas réalisé, même si il aurait pu... Mais il en est clairement l'inspirateur, comme il l'avait été pour le film The egg de 1922. Les deux courts métrages ont le même environnement, et la même inspiration, qu'on retrouvera d'ailleurs pour un court avec Hardy en 1928, The finishing touch

Laurel est charpentier, et comme ses collègues, il ne fait pas forcément grand chose quand on ne les surveille pas... Le titre provient du fait que toute la matinée d'une journée de travail est occupée à attendre la sonnerie du repas, the noon whistle... C'est la raison pour laquelle son patron demande à son contremaître (James Finlayson) de redoubler de vigilance. C'est bien sur Laurel que l'ombrageux moustachu va concentrer ses efforts...

C'est finalement la même intrigue que pour le film The egg, à ceci près que The noon whistle est débarrassé de l'intrigue liée à la corruption. On n'a finalement que des gags liés au travail, et Laurel avec des planches de bois, c'est toujours digne d'un ballet: ça l'inspire, que voulez-vous... Ce qui l'inspire aussi, c'est le partenariat avec un acteur qui reviendra souvent dans son oeuvre: James Finlayson. Certains gags qui étaient bons mais sans plus dans The egg deviennent ici franchement percutants, et le film passe tout seul, ce qui est assez rare parmi les films limités à une seule bobine, dans lesquels Laurel a souvent été mal à l'aise. Ce n'est absolument pas le cas ici...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach Laurel & Hardy
29 juillet 2017 6 29 /07 /juillet /2017 17:33

A Yoshiwara, le quartier chaud "officiel" de Tokyo, se tient le club "Dreamland", un bordel tout ce qu'il y a de classique. le patron y emploie cinq filles, certaines avec des heures de vol, d'autres plus jeunes. Chacune a son histoire, et ses soucis: Hanae (Michiyo Kogure) est mariée, et elle a un enfant... Mais le mari est sans emploi, et ils ont besoin de l'argent qu'elle ramène pour vivre. La veuve Yumeko (Aiko Mimasu) travaille avec acharnement pour subvenir aux besoins de son fils, qui arrive à l'âge de travailler. La plus âgée, Yorie (Hiroko Machida), se cramponne à une promesse de mariage, qui est son joker pour s'en sortir. De son côté, la plus jeune Yasumi (Ayako Wakao) abat un travail considérable en gérant de façon impressionnante son argent, ainsi qu'en manipulant tout le monde, le patron, comme les collègues, comme les clients. Enfin, la provocante Mickey (Machiko Kyo) a une vision assez rock 'n roll de son métier, mais c'est principalement par pudeur: elle a fui sa famille...

Et tout ce petit monde est sur la sellette: au parlement, on ne parle plus que d'un projet de loi qui envisage de mettre la prostitution hors la loi, et pénaliser les clients. Les filles, mais aussi leur patron et leur supérieure, tout le monde a un avis sur la question... Mais si la loi passe, qu'adviendra-t-il des filles qui travaillent au Dreamland. ...Et même si la loi ne passe pas, d'ailleurs?

Le dernier film de Mizoguchi, comme tant d'autres, parle de prostitution, de tous les aspects de la prostitution légale dans les années 50, soit l'exploitation de la femme par l'homme autant que l'exploitation de la concupiscence masculine par la femme comme dernier recours...Quoique... on n'est pas prêt à oublier le regard de la jeune adolescente qui commence sa première nuit, au moment d'aborder un client: c'est la dernière séquence du film, et elle fait froid dans le dos. C'est tout l'ambiguïté de l'oeuvre de Mizoguchi qui passe par ce regard, toutes les contradictions d'un homme qui a jeté un regard de compassion sur cette humanité-là, mais qui lui-même était un client régulier des filles qui travaillaient dans des clubs "sains" et "légaux" comme le "Dreamland". Du coup, le film acquiert un réalisme impressionnant, mais qui ne vire jamais au misérabilisme. Mizoguchi nous montre la prostitution de l'intérieur, comme un environnement. S'il ne s'approche pas de trop près, censure oblige, il appelle assez souvent un chat un chat, et le film est sans concession: certaines de ces femmes finiront mal dans le film... Et l'une d'entre elles se débrouillera en revanche très bien.

Le film aurait du être tourné sur les lieux même du commerce qu'il décrit, dans des conditions semi-documentaires. Ca n'a pas pu se faire, les professionnels locaux ayant eu peur des retombées. Le fait d'avoir reconstruit un club en studio permet au moins à Mizoguchi de contrôler la situation à 100%, et aux actrices de faire un travail remarquable. On ne fait pas que du sexe à Dreamland: on vit, on mange, on échange, on se chamaille, on rigole... Elles sont toutes fantastiques. 

Et pour finir, deux notes contextuelles: d'une part la loi dont il est question (Elle est battue dans le film) a été votée dans la réalité, quelques semaines après la sortie. Et Mizoguchi est mort d'une leucémie foudroyante trois mois après.

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Published by François Massarelli - dans Kenji Mizoguchi
29 juillet 2017 6 29 /07 /juillet /2017 10:36

Xavier (Romain Duris) fait face à une nécessité, s'il veut réussir sa vie rêvée et une carrière intéressante: cet étudiant en économie, pour devenir aisément recrutable, va devoir améliorer son Espagnol et sa connaissance de l'économie Ibérique. Une seule solution: un échange Erasmus, et une année d'études à Barcelone. Pour ça, il va falloir tout quitter, sa maman (Martine Demaret), sa petite amie (Audrey Tautou), etc... Arrivé à Barcelone, il galère un peu avec la langue (D'autant que régionalement, la langue officielle n'est pas l'Espagnol qu'on enseigne dans les écoles, mais le Catalan), mais aussi trouver un logement: il est aidé au départ par un couple de Français rencontré dans l'avion, Jean-Michel (Xavier de Guillebon) et Anne-Sophie (Judith Godrèche), puis il trouve à se placer dans un appartement loué par des étudiants Européens. Avec  Wendy (Kelly Reilly), Tobias (Barnaby Metschurat), Lars (Christian Pagh), Soledad (Cristina Brondo), Alessandro (Federico d'Anna) et Isabelle (Cécile de France), la vie s'organise...

Le but n'est pas tant de faire rire en accumulant les gags et les scènes cocasses, même si effectivement on rit beaucoup. Comme la narration de départ tendrait à l'indiquer, le film tisse plus pour le spectateur un réseau de souvenirs, liés à l'amitié, l'entraide, et finalement une expérience dont on devine très vite qu'elle représente les plus beaux jours d'une vie, ceux qui vous définissent pour le reste de l'existence, et... après lesquels on courra sans jamais parvenir à les revivre. La narration, au début, est chaotique, emballée et nerveuse, installant une tendance à faire feu de tout bois et se livrer à toutes les expériences avec la bande-son, notamment, mais aussi avec les images, à chaque fois que ce sera possible. Mais une fois trouvé le foyer ou Xavier va s'installer, tout s'éclaircit.

Aucun sentimentalisme excessif ne vient entacher le plaisir qu'on prend aux aventures comico-sentimentales de cette bande de joyeux lurons de tous les pays. Klapisch a le bon goût de ne pas finir son film en permettant à Xavier de trouver l'amour définitif parmi ses co-locataires: ça fait bien plus que de permettre une suite, ça ouvre une raie vie, ça donne donc de la vérité à ces personnages. Et l'abattage des acteurs est impressionnant, surtout qu'ils ont été guidés vers l'improvisation. Finalement, la partie la moins convaincante du film reste les amours maladroites de Xavier avec Anne-Sophie, Judith Godrèche ayant interprété la maladresse sociale de la bourgeoise avec un style que je me permettrais de qualifier de Romherien.

Et dans mon vocabulaire, c'est tout sauf un compliment.

Mais le film vaut vraiment la peine, ne serait-ce que pour mesurer à quel point le langage est important: il est à la fois tout (Cette impression, une fois lâché dans un pays étranger, qu'on n'y comprendra jamais rien) et rien (une fois la communication établie, on se débrouille: dans l'appartement, on parle au moins quatre langues ensemble). Le langage est à la fois le sujet d'études commun de tous ces gens, quelle que soit leur spécialité, et le vecteur de leur communication. Et du coup, le film profite de cette obligation de versions originale: Klapisch a trouvé la solution définitive contre cette abominable vermine fasciste qu'est le doublage, cette solution de facilité qu'on doit, je le rappelle, à cette ordure de Mussolini. Et Klapisch réussit aussi à nous entraîner dans les souvenirs de quelqu'un qui est un écrivain, ou tente de l'être, parce que quand il était petit il avait décidé d'écrire. Mais ce n'est pas facile... Au moins Xavier, avec ses copains d'un peu partout, ne manquera jamais de choses à raconter. ...Et à sa façon, il a l'art et la manière.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Cédric Klapisch
28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 16:52

Le titre Japonais de ce film est une transposition de Yang Kwei Fei, le titre sous lequel il est le plus connu. Yang Kwei Fei, en Mandarin, veut à peu près dire "La première concubine Yang", et le film raconte comment une jeune femme est placée par une famille d'intrigants, les Yang, auprès de l'empereur de Chine. Elle ressemble tant à l'impératrice décédée, qu'il la choisit aussitôt comme concubine. Mais le peuple gronde, et l'armée menace de se révolter: non contre l'empereur, mais contre la famille Yang...

La principale motivation de Mizoguchi n'était pas, ici, de s'intéresser à ce parcours de femme, même si Machiko Kyo (qui retrouve en l'empereur son partenaire de Rashomon, Masyuki Mori) a interprété avec bonheur ce personnage tiré d'un conte de fées, de file de rien passée concubine de premier choix, mais qui reste jusqu'à la fin une femme au pedigree louche. Il y aurait eu des choses à dire pour l'auteur de tant de portraits de femmes à l'ombre de la prostitution! Non, la principale motivation du metteur en scène, c'était de faire sa première expérience avec le cinéma en couleurs...

Et de fait, on a le sentiment que tout ici est décoratif. D'ailleurs, l'histoire de la production de ce film peut très bien l'expliquer: souhaité par une compagnie de Hong-Kong, la Shaw and sons, le film a fini par échouer sur les bureaux de Daiei, et s'est vue confier à Mizoguchi. Le but des producteurs Chinois était de faire un film Chinois, sur une histoire Chinoise, interprétée en Mandarin... Au final, c'est en Japonais, uniquement interprété par des acteurs Nippons, et... ils jouent la carte de l'exotisme. A croire que Mizoguchi leur a demandé de jouer lentement pour faire Chinois!

Donc non seulement on ne dépasse pas le cadre du décoratif, mais en plus le film se traîne, en dépit de quelques jolies scènes, et... de couleurs superbes, ça va de soi.

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Published by François Massarelli - dans Kenji Mizoguchi