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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 17:43

La fonction sociale du cinéma n'a pas attendu les révolutions. Un excellent exemple, sombre et ironique comme d'habitude chez cet auteur, se trouve dans ce qui est l'un des plus longs films de Bauer, ainsi d'ailleurs que l'un de ses plus anciens: dans ce mélodrame implacable, on voit vivre une maison, plus par ses domestiques que par ses propriétaires, de riches nobles. La bonne souhaiterait faire une pause pour voir ses enfants, mais la maîtresse de maison refuse. La fille (Dora Chitorina) du portier, une adolescente, se propose pour la remplacer et lui permettre quelques jours de repos. Pavel, le fils de la maison (Alexandre Chargonine) accepte... Et se montre un peu trop affectueux avec elle. C'est qu'il souffre: la femme qu'il aime (Elsa Kruger) est volage, et semble passer plus de temps avec un autre homme, un Baron. Du coup, Pavel se console avec la jeune domestique. Mais tout ne va pas bien se passer pour elle...

Le message est clairement orienté, le public n'a pas d'autre choix que de condamner sans appel, aussi bien le comportement de prédateur sexuel du jeune homme, que le fait qu'il s'affiche ensuite, quand sa "fiancée" a changé d'avis, avec sa future épouse devant la jeune femme qu'il a séduite. De même, la façon dont il se comporte vis-à-vis d'elle avec un invité, la tripotant sans vergogne devant lui, donne une assez bonne idée de ce que cette bonne société pense de ses domestiques. Mais le titre, qui tranche avec le fait que la jeune femme est plus une victime qu'un témoin, est surtout là pour anticiper sur le fait que c'est la jeune héroïne qui va devoir sacrifier un peu plus en essayant dans une séquence de remettre la future épouse sur le droit chemin... Ainsi les domestiques, sensés vivre dans l'ombre, influent immanquablement et au détriment de leur propre vie, sur celle de leurs employeurs et maîtres...

Ca ressemble beaucoup à une intrigue de mélodrame théâtral, sans que quoi que ce soit au générique ne nous le prouve. Mais Bauer a contourné comme à son habitude toute possibilité d'enfermer sa mise en scène, en jouant sur les décors, les mouvements et les placements de caméra. Et comme il sait su bien le faire il nous livre un drame humain, riche et baroque, qui se finira pour la jeune domestique à la fois tristement et sans drame. Le métier qui rentre, en quelque sorte...

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Published by François Massarelli - dans Muet Yevgueny Bauer 1914
19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 17:17

Le film se passe dans un futur indéterminé; le Dr Chris Kelvin (George Clooney), un psychologue, survit au suicide de son épouse. Il reçoit un appel à l'aide émanant d'une station, en orbite autour de la planète (Ou du phénomène) Solaris. Son ami, le commandant Gibarian lui prie instamment de venir se rendre compte des problèmes par lui-même, et ajoute mystérieusement que Kelvin y trouvera aussi son compte. Mais quand il arrive, Gibarian (Ulrich Tukur) est décédé: il s'est suicidé. Ne restent que Snow (Jeremy Davies), un informaticien manifestement secoué, et Gordon (Viola Davis), le médecin de la station: celle-ci s'est barricadée dans sa chambre... Pendant la nuit, Kelvin a une "visite", celle de Rheya (Natascha McElhone), son épouse décédée: elle est bien réelle... Kelvin comprend que le problème qui a emporté son ami Gibarian est lié à un phénomène d'apparition de copies d'êtres humains liées affectivement aux résidents de la station...

Produit par James Cameron, ce film a essuyé beaucoup de critiques, étant le remake d'un autre Solaris, celui de Andreï Tarkovski. Mais le scénario de Soderbergh s'est directement inspiré du roman de Stanislaw Lem, sans trop aller du côté du film, avec lequel les différences sont nombreuses. Pour commencer, Soderbergh (qui est plus que jamais l'auteur complet du film, en ayant rédigé le script, tourné avec la double casquette de chef opérateur et réalisateur, et par dessus le marché effectué le montage!) a délibérément resserré l'intrigue à 98 mn par opposition à Tarkovski qui avait étiré son Solaris sur 3 heures... Et là ou Tarkovski laissait aller son inspiration vers une sorte de SF bucolique, Soderbergh choisit de retourner l'intrigue vers les codes graphiques de la science-fiction spatiale: vaisseau, modules, oxygène, les codes sont tous là. 

Pour moi, le film est finalement plus sous l'inspiration de Kubrick et Resnais, que de Tarkovski, achevant de détacher ce film de l'influence de la première version. Le rythme volontairement très lent du film (Réminiscence de la SF "adulte" de 2001), et sa chronologie inattendue, ses chevauchements de périodes (en particulier au début du film, qui renvoie à l'expérience de Resnais sur son film de 1968 Je t'aime je t'aime, dans lequel il a délibérément découpé son intrigue en petits bouts de moins d'une minute), sont particulièrement déroutants: ils ont d'ailleurs poussé une bonne partie du public à rester chez eux.

Et ils ont bien tort: ce film se mérite, certes, mais il est une réflexion riche, et jamais close, sur l'humain: la culpabilité d'un homme face à sa responsabilité dans la décision de son épouse de se tuer, le regret d'un homme d'avoir abandonné sa famille pour une carrière qui prend toute la place, et des problèmes non-résolus quant à un rapport fraternel qui est parti en eau de boudin: les humains de la station ont tous une "entité" qui est venue à eux de leur psyché, de leurs rêves, de leurs regrets.

Les "entités", c'est entendu, ne sont pas humaines, mais elle sont réelles... Et se pose la question aussi de la responsabilité de ceux qui les reçoivent face à ces apparitions: Kelvin incrédule fait fuir la sienne, avant de succomber au bonheur que lui procure le "retour" de Rheya... Tout en reconnaissant d'un point de vue scientifique qu'elle ne peut rien avoir d'humain. Gordon, quant à elle, a une vision plus dramatique: elle pense que la seule façon de faire triompher l'humanité est de détruire ces "entités". Quant à Snow, on apprend qu'il a reçu son frère décédé, et que... celui-ci l'a tué: car l'informaticien n'est que son reflet. Jeremy Davies, au passage, est sans doute la grande révélation de ce film, avec son interprétation en mode bi-polaire, lancé en permanence dans une conversation avec lui-même.

Mais au fur et à mesure de l'intrigue, la station se rapproche inlassablement de Solaris, précipitant manifestement d'autres décrochages de chronologie, dans un développement excitant par son côté énigmatique. Et au final, on quitte ce film avec plusieurs questions, plusieurs possibilités: et si Solaris était une divinité? Si c'était la mort? Kelvin, lui ne se pose plus la question, car d'une certaine manière il y a trouvé ce qu'il ne savait même pas qu'il cherchait.

De par son ouverture permanente, et l'ensemble des éléments qui peuvent stimuler l'esprit, ce film est une vraie merveille, l'un des meilleurs films de Soderbergh en tout cas, et une sacrée cause perdue! 

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 17:01

Musidora est tellement associée à son rôle d'Irma Vep dans Les Vampires de Feuillade, ou à l'inquiétante Diana Monti de Judex, qu'on a tendance à ignorer la foule de choses que cet impressionnant petit bout de bonne femme a fait durant les années 10 et 20. Et bien sur, là ou on n'attend pas vraiment une femme parce que les hommes sont stupides, elle a réalisé des films. Et pas qu'un peu... Mais pas beaucoup sont arrivés jusqu'à nous. Dans les années 10, l'essentiel de ses réalisations s'est fait dans l'ombre de Feuillade, sous la tutelle de Gaumont. Mais dans les années 20, la jeune femme décidément indépendante a laissé sa propre curiosité prendre le dessus, et s'est intéressée à l'Espagne... C'est là qu'elle a tourné ce film également connu sous le nom de L'Espanola, un mélodrame d'un peu moins d'une heure dans lequel elle interprète deux rôles, amoureuses d'un seul et même homme.

Juana est une modeste serveuse dans une auberge d'Andalousie, et elle aime une gloire locale, un torero. Mais un jour, celui-ci s'intéresse à une jeune femme de passage, une étrangère. La jalousie que manifeste Juana passe par de nombreux appels au secours, et la jeune femme se met en danger, allant jusqu'à provoquer un taureau. Mais en baissant sa garde, le torero aussi se met en danger... Et un jour, dans l'arène, c'est le taureau qui gagne... Le règlement de comptes qui s'ensuit sera sanglant...

Le romantisme noir qui imprègne le film est semble-t-il un reflet de l'atmosphère qui régnait sur le plateau, Musidora était en effet tombée amoureuse de son consultant es-taureau, ce qui lui a inspiré de mettre beaucoup d'accent sur cette activité dont je ne me lasse pas de dire qu'elle ne me satisfait que quand l'humain est massacré. Mais revenons à nos moutons... Le film est surprenant non seulement par sa brièveté qui le rend plus noir encore, mais aussi par le brio avec lequel Musidora interprète une femme et son contraire, le soleil blond et factice d'une étrangère de passage, et la douleur sombre d'une femme aux cheveux noirs comme la mort, fière comme pas deux. Et la réalisatrice sait le pouvoir vénéneux de son visage, et sa caméra ne s'éloigne guère des expressions de ces protagonistes, obtenant une tension dramatique impressionnante.

Bref, voilà une redécouverte qui s'impose.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1922 Musidora
19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 11:04

Maintenant plus que jamais, il me paraît pertinent de rappeler ce qui distingue Spielberg des autres réalisateurs, ce qui fait l'essence même de son cinéma.

Peut-être faut-il aussi avant tout rappeler qu'un cinéaste, c'est une personne qui fait en sorte de créer des images, de les assembler et de les présenter sous une forme cohérente, selon le plan qu'il ou elle s'est donné, dans le but de raconter une histoire, qu'il ou elle n'a pas, ou pas forcément écrit. Théoriquement, il ne sert à rien de considérer la mise en scène sous l'angle du script, qui n'est qu'une partie du tout. Ce n'est que théorique: Spielberg est la patron, et comme Hitchcock en son temps, même sans mettre la main su scénario il réussira à le faire aller dans le sens qu'il veut.

Mais l'essentiel de Spielberg, tient en trois points: premièrement,  il considère l'humanité, sa vie et les rapports qui sont entretenus par les individus dans leur vue et leurs aventures, sous un angle bien précis: celui du regard. Vivre c'est voir et voir c'est vivre...

Ensuite, le metteur en scène aime à montrer, faire voir, et bien sur montrer des gens qui voient, c'est la base même de son cinéma. On se souvient tous du plan dans Jaws du shérif Brody, sur la plage, qui voit ce dont il a tant peur, l'attaque d'un requin sont il a tant peur. C'est par la vue que Sam Neill, dans Jurassic Park, comprendra enfin où il est, et tout mot deviendra inutile.

Et troisièmement, et c'est particulièrement lié aux deux exemples dont je viens de parler, Spielberg est toujours motivé, et ce depuis son premier film, par le défi de montrer et donc de faire voir ce qu'on ne verra peut-être jamais: recréer des moments- clés (Le vote du 13e amendement dans Lincoln ou le débarquement en Normandie dans ce film), montrer des choses intenses comme on ne les a jamais aussi bien vues (La fuite de la famille dans The war of the Worlds, la scène de suspense haletante dans The lost world, ou tout Jaws), et enfin montrer l'inmontrable, ce qui n'existe pas, ou ce dont on ne peut pas témoigner parce qu'on n'y survivra certainement pas, et en plus on n'a pas toujours une caméra sur soi (Une attaque de requin, une rencontre avec un alien, ou le chaos créé par la psychose d'une attaque des japonais en Californie après Pearl Harbor!).

Et ces trois aspects sont particulièrement en évidence dans ce film, qui questionne, annule et remplace tout ce qui faisait jusqu'à présent le film de guerre, en en raffinant la technique jusqu'à l'extrême, et en y trouvant une nouvelle façon de gérer les deux aspects indissociables et inconciliables du genre: the big picture, comme disent les anglo-saxons, ici le débarquement et sa suite; et the small picture donc: c'est quoi, exactement, débarquer? se prendre une balle? sauver un copain? tuer un ennemi? perdre ses organes? Tout le film passera de l'un à l'autre et ça tombe bien car c'est effectivement le sujet de ce film profondément, mais jamais aveuglément, humaniste.

La première séquence est une courte introduction, qui engage le spectateur dans son premier rapport au regard, situé à l'orée de 27 minutes à couper le souffle; un vieux soldat Américain se rend, 50 années après la guerre, sur un cimetière Français en compagnie de sa famille. Il cherche une tombe, la trouve: un gros plan de son visage nous le montre, regardant intensément dans ses souvenirs. Ces souvenirs, ce sont donc les moments du débarquement, tel qu'on ne l'a jamais vu. Spielberg nous plonge a coeur de l'action et contrairement à ce que l'équipe de Darryl Zanuck avait souhaité faire en 1962, il nous réserve les vues d'ensemble pour la fin, épousant en permanence le point de vue des soldats dans ce qu'ils vient, et donnant à voir ces moments brutaux et hallucinants dans tout leur réalisme, à hauteur d'homme... Ce qui n'avait jamais été fait aussi bien. 

Ensuite, une fois les soldats (Et un capitaine, qui encaisse avec difficulté la situation, et qui sera notre principal "héros") débarqués, et la situation permettant d'avancer, l'intrigue proprement dire peut commencer; un des soldats morts s'appelle Ryan; on voit ce qui se passe quand l'armée doit donner la nouvelle de la mort d'un soldat à sa famille. Et le problème, c'est que Mrs Ryan, qui avait perdu un de ses quatre fils la semaine passée, va devoir faire face cette fois à la mort de deux d'entre eux. Une décision est prise, symbolique bien sur; en très haut lieu: retrouver, sauver,et rapatrier le quatrième, James Francis Ryan (Matt Damon). Cette mission échoit à un homme auquel on a semble-t-il beaucoup demandé, le capitaine Miller que je mentionnais plus haut (Tom Hanks): pas un héros professionnel, juste un home qui fait le travail qu'on lui confie et tente de le faire bien. Pas le genre non plus à discuter un ordre mais il n'est pas bête: il sait qu'il va devoir, dans une quête absurde, risquer la vie de plusieurs hommes pour en sauver un seul...

Les hommes en question sont issus de toutes les couches de la société Américaines, sauf que tous sont blancs... Dans les statistiques, c'est tout à fait réaliste; hélas: à ce stade du débarquement, la grande majorité des soldats Afro-Américains était déjà décimée... N'en demandez pas plus, je pense que c'est inutile! Mais sinon on a un groupe de personnalités réunies derrière Tom Hanks, avec un petit soupçon de convention bien dosée: Caparzo (Vin Diesel), le docteur Wade (Givanni Ribisi), Mellish (Adam Goldberg), un juif qui s'amuse d'ailleurs beaucoup à montrer un pendentif avec une étoile de David à des prisonniers Allemands, il y a aussi le sergent Horvath (Tome Sizemore), le sniper Jackson (Barry Pepper), le soldat Reiben (Edward Burns) et enfin le caporal Upham (Jeremy Davies), un traducteur qui n'a jamais été au combat. Le rapport qui s'établit entre eux est un mélange assez usuel de camaraderie et de chamailleries douteuses. Mais tous s'entendent plus ou moins sur un point: pourquoi aller risquer sa vie pour trouver un type? 

Malgré tout, quand ils le trouvent, il s'avère que c'est un vrai rave type, qui commence par dire qu'il est hors de question surtout maintenant qu'il a perdu ses trois frères, de laisser ses frères de combat se débrouiller... 

Le film avance donc en trois parties distinctes: le prologue à Omaha Beach, la recherche du soldat Ryan, et enfin une fois qu'il a été trouvé, une bataille improvisée pour garder un pont, qui sera l'occasion pour la petite troupe d'être assez largement décimée. J'ai parlé de point de vue, tout à l'heure: celui des Allemands, ou celui des Français voire des Anglais, sont totalement absents: c'est un parti-pris qui n'a rien de gênant car il permet justement de se concentrer sur le point de vue de ceux dont la mission embarrassante est de sauver le Soldat Ryan: les SS sont leurs ennemis, et quand d'aventure ils en ont un entre les mains, il passe un sale quart d'heure. L'héroïsme dans ce film est réel et authentique: on ne se lève pas en se disant qu'on deviendra un héros, on prend juste des décisions au moment ou il fait les prendre: quelquefois, ce sera la bonne... Quelquefois pas. tous ces hommes ont parfois un comportement admirable et parfois pas. Mais la vue d'ensemble est toujours là pour qui veut bien la voir: et c'est le Capitaine Miller qui s'en charge.

L'expérience de ce film est sensorielle, fatigante et comme je disais plus haut, divisée en trois. Il est de bon ton, et en effet ça se justifie, de dire que le film n'est jamais meilleur que dans ses premières 27 minutes. Mais il serait stupide de condamner le reste qui est parfois critiqué pour ses émotions: pour commencer, peut-on imaginer une guerre sans émotions? Et le metteur en scène a su différencier ses trois parties pour rendre le tout vraiment intéressant: la deuxième partie vire parfois au picaresque, et montre de quelle façon les hommes sont poussés à s'opposer (Notamment sur le sort d'un prisonnier de guerre). Le rôle de Upham, le novice et le naïf, est important pour faire le lien avec le spectateur. Mais la troisième partie reprend le réalisme dur de la première, sans qu'il y ait cette notion de parcours, d'avancée propre au débarquement.

Lors de ces scènes de la bataille finale, Spielberg fait faire du sur-place à ses soldats, et invoque l'héritage de Kubrick et de Full Metal jacket, mais aussi celui de Kurosawa pour la recherche de la maîtrise des armes dans le chaos de l'adversité. La façon dont Miller déploie ses troupes renvoie aux Sept Samouraïs... une bonne dose de lyrisme en moins. e sont ces scènes qui font vraiment s'affronter les hommes qui se trouvent être Américains (mais auraient pu être de n'importe quelle nationalité) et leurs ennemis, se trouvant être des Allemands. C'est là qu'on trouve des plans extraordinaires de vie et de mort et cette troisième partie, âpre et sans compromis, donne tout son sens au film: on y montre la guerre dans toute son horreur, mais aussi dans toute sa nécessité: on m'attaque, je me défends. Je l'attaque, il se défend. Bref, les actes et les faits de la guerre. Rien de plus, rien de moins.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg
19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 10:42

On va évacuer ça tout de suite: y a-t-il film plus inutile à la base que cette troisième visite de la franchise? Les carrières de Barry Sonnenfeld et Will Smith sont-elles tellement en danger, que la seule solution pour les sauver était une nouvelle visite de la franchise, confirmant après coup l'impression insistante que le deuxième film était lui-même essentiellement alimentaire? On reprend d'ailleurs un élément de ce deuxième film dans le troisième: il faut "retrouver" K. Bref, toujours reconstituer le duo, car il y a urgence: invasion alien, ou... banqueroute pour les deux compères qui ont fait le succès du premier film...

Donc on pourrait aussi énumérer ce qui ne va pas: ces répétitions, l'omniprésence de Will Smith et de sa façon de verbaliser sa présence dans le monde, et une tendance à utiliser des outils merveilleux (Les images modulables à merci de l'animation 3D) pour essentiellement faire quelque chose de repoussant: le personnage de Boris l'animal, franchement... 

Mais il est aussi probable que les avis particulièrement tranchés sur ce film (Qui a pourtant eu plus de succès encore que les deux autres)  sont dus à un problème de l'homo sapiens avec un truc qui ne pose pourtant aucun problème à certains: le paradoxe temporel. Certains humains n'ont en effet aucun problème à accepter l'idée du voyage dans le temps et les ramifications de conséquences, principal ingrédient rigolo de ce nouveau film. D'autres en revanche, ne s'y feront jamais...

Donc pour faire court: un alien a perturbé l'espace-temps et tué l'agent K en 1969, créant ainsi les conditions de la survie de son espèce, qui en profite pour venir détruire la terre. J va lui aussi remonter le temps pour empêcher ça...

Voilà, pas besoin d'en savoir plus: Will Smith a beau jouer un personnage qui lui ne s'en fout pas, Will Smith en revanche s'en fout complètement... Comment voulez-vous qu'on s'y intéresse vraiment? Cet aspect des choses plombe toutes les tentatives de recourir à l'émotion, et il y en a. Mais ce qu'on cherche dans ce genre de film, ce sont les gags: il y en a. Un peu... La recréation d'une époque a été effectuée, de façon fonctionnelle dirons-nous, et Josh Brolin est à son plus hait niveau de Josh Brolinitude pour interpréter un Tommy Lee Jones jeune, et là aussi ça marche... Pour peu qu'on ne s'en foute pas trop.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Barry Sonnenfeld
18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 16:47

Dans le Montana, en 1873, le Dr Joe Frail (Gary Cooper) vient s'installer dans un petit village minier: dans ce territoire qui n'allait devenir un état qu'en 1889, on vit encore une situation précaire. Une ville n'existe que le temps qu'on trouve de l'or dans les parages, et le Docteur a déjà bourlingué, il sait qu'il lui faudra probablement encore voyager. Mais il a de toute façon quelque chose à fuir, semble-t-il, et les gens locaux le savent bien.

Le turbulent, impulsif Frenchy Plante (Karl Malden) est un mineur, un filou qui aimerait bien trouver à s'associer pour poser un "claim", parce qu'il n'a pas assez d'argent. Mais personne ne lui fait vraiment confiance, donc il est bien obligé de travailler pour les autres. C'est dans ces conditions qu'il est amené à tirer sur un voleur, un jour... Plus pour le plaisir de tuer, semble-t-il...

Mais l'homme (Ben Piazza) n'est pas mort, et se réfugie chez le médecin, qui le guérit, et l'emploie. Rune, le jeune homme, est intrigué par le médecin, son mélange d'humanisme, de rigueur morale, de froideur, et... de secrets inavouables. Mais comme lui aussi a un secret, et qu'il ne souhaite pas qu'on le reconnaisse comme étant le mystérieux voleur, il se tait...

Le dernier personnage a faire irruption dans le drame est une femme: Elizabeth Mahler (Maria Schell) est une immigrante suisse, seule rescapée de l'attaque d'une diligence. Elle a l'infortune d'avoir eu la vie sauvée par Frenchy, qui ne manquera ni une occasion de lui rappeler, ni de tentatives de se faire récompenser en nature, ce qu'il ne parviendra jamais à obtenir. Retrouvée en plein soleil, presque aveugle, la jeune femme sera ramenée à la vie et à la vue par le Docteur Frail, dont elle seule aura, sans doute, vu la vraie nature... Mais lui ne veut pas de son affection.

Et surtout, il a peur pour elle, car il sait qu'une femme seule dans ce coin abandonné de la morale et de la loi, ne fait pas long feu. 

Frail est mal vu par la population, qui le considère comme un mal nécessaire. Mais ces pionniers chauffés au mauvais alcool son assez prompts à écouter ceux qu'ils ne devraient pas laisser parler, notamment un prédicateur-rebouteux de la pire espèce (George C. Scott avec beaucoup de cheveux). Mais ils n'ont pas besoin de lui: les dames de la ville, celle dont les maris représentent un embryon de notabilité, sont assez rapides à condamner à vue celle qui vient d'ailleurs, et celui qui a osé l'accueillir chez lui, pour faire quoi, je vous demande un peu?

Le film s'appelle The hanging tree (La colline des potences en Français), et c'est une indication de la façon dont le drame, qui monte inlassablement dans ce film, va se dénouer... sans jeu de mots.

Bref, Delmer Daves rejoue la partition Shakespearienne comme il l'avait déjà fait avec Jubal, et le fait dans un décor sublime, avec des acteurs qui sont tous excellents. Y compris bien sur Gary Cooper, et ce n'était pas gagné: il était déjà très malade, et sérieusement diminué. Je pense que le personnage de Rune a été créé justement pour pallier à cette absence physique d'un héros dont le film avait besoin. C'est tout bénéfice, car Frail a deux personnes autour de lui, qui vont toutes deux voir des facettes différentes: l'une la masculinité douce, l'autre la figure paternelle. Quant à Malden, il est absolument génial de bout en bout. 

En raison des limitations de Cooper et du fait qu'il a fallu adapter le film, je pense que ce film (Le dernier western de Daves) n'est sans doute pas à la même hauteur que 3:10 to Yuma ou Cow-boy. Mais à cette altitude, ça n'a guère d'importance!

 

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Published by François Massarelli - dans Western Delmer Daves
18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 16:29

Peintre, plasticien et touche-à-tout, Hiroshi Teshigahara a formé avec d'autres artistes une coopérative dans le but de réaliser des films totalement indépendants, ce qui est déjà peu banal. Et ils se sont donc lancés dans ce film, une évocation du grand graphiste Japonais Katsushika Hokusai (1760- 1849), un documentaire dont les images sont quasiment exclusivement celles des oeuvres du grand peintre. Sa vie et surtout son art et la philosophie qui le sous-tendait sont explorés en 23 minutes, en noir et blanc.

Donc on va le dire tout de suite, c'est dommage que ce ne soit pas en couleurs...

Mais Hokusai, peintre passionné par son art, intéressé par toutes les techniques autour de lui, par tous les cheminements de son trait qui a dessiné des samouraïs et des scènes guerrières bien sur, mais aussi des paysages ô combien reconnus, et des scènes érotiques (Peu présentes dans le film pour des raisons qu'il est inutile de développer), mais aussi de nombreuses caricatures, avant de terminer sa vie frustré,  et obsédé par une représentation organique de la beauté furieuse de l'océan. Frustré, parce qu'il considérait qu'à son rythme il ne deviendrait un vrai artiste qu'à l'âge de 100 ans, sinon 110...

Outre le fait que le bonhomme avait de l'humour, c'était un authentique génie, un de ces artistes qui vous font regarder une oeuvre pendant des heures et vous concentrer sur des petits détails pendant des jours. Il n'avait pas son pareil pour trouver des moyens étonnants de représenter une matière, une texture, et donnait de la sensualité à tout. Bref, un sujet idéal pour l'auteur de la sublime Femme des sables...

 

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Published by François Massarelli - dans Hiroshi Teshigahara
18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 10:00

...Ou comment avec un budget sans doute ridicule, un panel de collaborateurs dans lesquels on trouve un certain ombre de noms particulièrement prestigieux d'artistes, des idées qui fonctionnent à cent à l'heure, et un peu de pellicule, on donne une direction à l'avant-garde. A l'origine du film, un ballet intitulé Relâche, conçu par Francis Picabia fondateur du mouvement Dada, chorégraphié par Jean Börlin, et mis en musique par Erik Satie. je ne sais pas qui a eu cette idée géniale, peu importe d'ailleurs, mais la décision a été prise de compléter cette oeuvre iconoclaste par un film, qui serait situé entre les deux actes du ballet.

Entr'acte tel qu'on peut le voir actuellement est précédé du prologue de Relâche, également cinématographique: Francis Picabia et Erik Satie viennent tous deux se placer de part et d'autre d'un canon, et tirent. Le dernier plan de ce prologue est une vision d'un obus tiré sur la caméra, au ralenti... Le ralenti qui a été utilisé pour un effet qui donne vraiment son style à ce prologue de deux minutes: Satie et Picabia sautent au ralenti pour venir se placer aux côtés du canon...

Puis le film proprement dit commence. Il est, forcément, indescriptible, fait d'associations d'idées (Souvent des contraires), de manipulation d'images (Multiplication, ralenti, surimpressions, montage rapide), de burlesque et de moments qui sont pris sous dans angles inédits, voire embarrassants: ainsi en est-il du leitmotiv de la ballerine qui, filmée en dessous d'un plancher de verre (Et montée au ralenti) n'est pas l'image de la grâce, non, mais plutôt une présence vaguement charnelle. Beaucoup d'images des toits de Paris rappellent l'inspiration poétique urbaine propre à René Clair qui venait de tourner Paris qui dort sur la Tour Eiffel.

Cet étrange objet sans queue ni tête semble se doter d'une intrigue avec l'enterrement d'un homme (le chorégraphe Börlin) dont le corbillard conduit par un chameau sera suivi par une foule de gens, qui eux aussi vont sauter au ralenti, avant de se lancer dans une course endiablée. On pense à Sennett, il est probable que Clair y pensait aussi...

Mais le cinéaste, y compris dans ce grand moment de n'importe quoi triomphal, cherche à trouver de l'ordre dans sa poésie délirante: lorsqu'il laisse aller son scénario aux associations d'idées, par exemple en montrant les gens qui courent après le corbillard rejoints par, premièrement, un authentique coureur en short, puis un cul-de-jatte, il les installe pour de bon. Le coureur fera partie des dernières personnes que fera disparaître Börlin d'un coup de baguette magique après sa résurrection...

...Oui, je l'avais bien dit, il est impossible de décrire ce film! Mais il n'est pas qu'indescriptible, il est aussi iconoclaste, probablement proche de l'esprit initial du ballet qu'on qualifie dans les livres d'histoire de franchement drôle et grotesque. Et Entr'acte est  de fait un bout d'histoire de l'art, pas foncièrement triste à voir, et une pièce de choix à verser au dossier de la poésie très particulière qui émane des films de René Clair.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet René Clair
18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 09:38

Parfois acteur, souvent journaliste, toujours cinéphile, Clair est suffisamment passionné pour se lancer dans un film, pour lequel il décroche un contrat avec Henri Diamant-Berger. Ecrit et mis en scène par lui-même, avec Henri Rollan et entre autres Albert Préjean, Paris qui dort est une introduction idéale à son univers...

Le gardien de la tour Eiffel se réveille un matin, surpris: là, en bas, plus rien ne bouge... Il descend pour constater et se retrouve seul, tout seul. Les autres Parisiens sont bien là, mais endormis, figés dans un geste: un voleur sur le point d'être attrapé par un agent de police, un homme qui allait se jeter dans la Seine, des clients d'un restaurant: plus personne ne bouge! Mais il est rejoint avant longtemps par le pilote et les passagers d'un avion qui vient d'atterrir: eux non plus n'ont pas été touchés par le phénomène étrange qui a endormi la capitale (Et, incidemment mais ça n'a pas l'air de choquer qui que ce soit, le monde entier)... Ils vont donc se livrer à des pillages en règles, cambriolages faciles, repas gratuits dans les meilleurs restaurants et même vol de Joconde, avant de se rendre compte de l'inévitable: qu'est-ce qu'on s'ennuie quand tout est permis...

Quant à l'étrange phénomène, ils auront bien sur une explication, définitive et se passant avantageusement de commentaire: savant fou.

L'oeuvre de Clair, à l'époque du muet, est encadrée par la Tour. Son premier t son dernier film des années 20 lui doivent beaucoup, et ici, on retrouve cet émerveillement d'enfant qui est l'essence même du court métrage de 1928 (La Tour, justement), dans la plupart des plans. ces gens, des oisifs de fait, forcés par l'étrange arrêt du monde à ne plus rien faire, sont basés à la Tour Eiffel, s'y amusent, testent leur équilibre, etc... Des vrais gosses, si vous voulez mon avis. C'est sans doute là que se situe le meilleur de ce petit film sympathique mais si mal foutu, dans le plaisir de la transgression légère, du méfait gentiment irresponsable. Mais le film installe, à sa façon, le style et l'univers d'un metteur en scène lunaire, et bien souvent trop poli: il y aurait eu tant à faire avec ce film, qui a au moins un avantage certains sur les Gance et L'Herbier et consorts (oui, c'est bien à mes yeux un film avant-gardiste): il n'a aucune prétention d'aucune sorte.

Ceci étant dit venons-en à l'inévitable coup de gueule.

Je ne peux pas me résoudre à comprendre pourquoi René Clair a coupé son film, en 1950 (pas le seul d'ailleurs, il a aussi taillé dans Sous les toits de Paris et A nous la liberté), et je ne peux que condamner un geste décidément courant et irritant (Chaplin, Kubrick, Peter Weir) qui tend à nous priver, objectivement, de la réalité physique d'un film en son temps et en son heure. Comme il est de bon ton chez les critiques Français de dire amen à certains réalisateurs, et de condamner les autres, Clair faisant partie de la première catégorie, personne ne semble s'en émouvoir. Maintenant, admettons que le film est un film amateur, ne cherchant pas à être autre chose, et qu'il était peut-être encore pire dans son incarnation originelle... Mais là n'est pas le sujet. 

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Published by François Massarelli - dans Muet René Clair 1923
17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 09:04

A Zootropolis, la cité où les animaux ont appris à vivre ensemble, prédateurs comme proies, une sombre affaire de bestioles qui deviennent cinglés et retournent à l'état sauvage est confiée par malheur à une jeune recrue récente, une lapine qui est mal acceptée par ses collègues parce qu'elle est, justement, une lapine! Et elle doit faire alliance avec un petit escroc, un renard. Ce qui tombe très mal, puisqu'elle a, depuis son plus jeune âge, une aversion pour ces bestioles...

Ca faisait combien de temps qu'un film Disney n'avait pas été aussi enthousiasmant? Inutile de compter, on va inévitablement être amené à écrire le mot 'Pixar' dans la réponse à cette question! Car cette production Disney pur jus a la qualité des productions de Pixar d'avant la normalisation, et se voit avec un plaisir constant. Certes, il y a des moments conventionnels et des défauts énervants, mais on va les évacuer tout de suite:

Par exemple, à 105 mn environ, le film est trop long, et se laisse un peu trop aller à ces sales manies de TOUS les dessins animés Disney depuis les années 80: la normalisation par le sentiment, et le final qui remet toutes les pendules à l"heure. On a fini par l'accepter tant et si bien qu'on n'y prend plus garde (Et notons que les films Pixar sacrifient souvent aux deux) mais c'est quand même des moments à lever les yeux au ciel).

Ou encore, ça et là, on assiste à une tentation de rappeler qu'on est en , qui passe par l'exploitation éhontée de l'art du temps. Et Shakira chantant à l'auto-tune une mélodie à une ou deux notes, avec des basses qui fait BOOM BOOM BOOM sur un tempo préréglé pour conclure le film? Pouah, c'est une faute de goût.

Pour le reste, eh bien... ce n'est que du bonheur.

Grâce d'une part  à une animation qui ne repose pas uniquement sur le tout-venant des productions en images générées par informatiques, cette technique merveilleuse qui est devenue une plaie, responsable des films les plus visuellement vomitifs des dix dernières années (Shrek, L'âge de glace, etc): il y a eu vraiment une recherche graphique qui ne se contente pas de reprendre les codes Disney et de les transposer en 3D. Bref, et c'est notable, le film est beau.

Ensuite, il y a une équipe (ils sont six... comme dans n'importe quel film hollywoodien, en fait, sauf que cette fois on les mentionne...) de scénaristes qui ont pondu un film, qui prend sur plusieurs héritages avec bonheur, notamment, les comédies à tandem, ce qu'on appelle dans le jargon les "buddy-movies". On a ici aussi une intrigue de film policier intéressante. Oui, vous avez bien lu: elle est surprenante, tout en reposant sur les artifices attendus... Et le message du film, quant à lui, si rien ne peut l'empêcher de finir sur du lénifiant, au moins il n'est pas trop stupide (On s'éloigne en tout cas bien loin de l'infecte morale fasciste de l'ignoble Roi lion, supposé être le nec plus ultra chez Disney!), et comme on a bien rigolé devant l'avalanche millimétrée de gags du film (Dont certains sont bien cachés, mais on peut toujours s'amuser à les chercher...), on ne va pas se plaindre... Juste un exemple, inattendu dans une production Disney: le démarquage hilarant du Parrain.

Pour terminer, le film renverra les admirateurs du dessinateur Raymond Macherot à sa création majeure de 1964, le superbe album de bande dessinée Chaminou et le Khrompire qui partait du même principe: d'une part les animaux y ont abandonné leur animalité, et ont réussi à trouver le moyen de cohabiter et de se mélanger entre prédateurs et proies... D'autre part l'enjeu de l'intrigue est justement cette peur du retour de la sauvagerie. dans le film on s'en sort bien. Chez Macherot, on sent par contre que les vieilles habitudes ont la peau dure. Cette similitude me paraît toutefois une pure coïncidence. Pas grave. 

Mais lisez Chaminou quand même, c'est une merveille...

 

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Published by François Massarelli - dans Animation