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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 17:05
The scarlet empress (Josef Von Sternberg, 1934)

Dans la guéguerre pour le prestige orchestrée à coup de publicité par les deux studios concurrents qu'étaient la MGM et la Paramount, j'ai souvent choisi mon camp: pour la MGM et Garbo, contre la Paramount et Dietrich. Parce que voilà, elle a joué dans des films formidables, mais je n'aime pas Dietrich. Et Sternberg parlant ne m'intéresse pas énormément, surtout ne navet insupportablement kitsch et ridiculement lent qu'est L'ange bleu. Et surtout, elle chantait... Du moins elle essayait, la pauvre.

Mais ce film, c'est vraiment différent... Jusqu'où The scarlet empress était-il une réponse de la Paramount à la MGM, de Dietrich à Garbo, de Sternberg à Mamoulian, je ne le sais pas, mais il venait une année après Queen Christina, déjà un film sur le pouvoir (et la solitude forcée qui en découlait), et déjà un film qui ne se privait pas d'étaler, avec élégance, des conduites qui devaient certainement être immorales aux yeux circonspects des plus puritains des Américains. Mais le film de Sternberg enfonce joyeusement le film de Mamoulian, à tel point qu'on pourrait lui attribuer une grande part du retour programmé de la censure avec le renforcement du code Hays qui se profilait à l'horizon...

Nous faisons la connaissance de la jeune Princesse Sophie Friederike Auguste von Anhalt-Zerbst-Dornburg, une petite Allemande destinée à être un jour l'épouse d'un prince Russe. Elevée dans les contes formidables mais morbides des grands monarques et empereurs Russes, elle doit un jour quitter son pays pour rejoindre Moscou, à la demande de l'impératrice Elizabeth (Louise Dresser) qui la destine à épouse son neveu Pierre, futur Tsar (Sam Jaffe). ce dernier n'aura aucun intérêt pour elle, préférant passer du temps à jouer au soldat, ou en compagnie d'une autre. Elle va vite trouver à se consoler. Mais à la mort de l'impératrice, Pierre prend le pouvoir, et s'aliène non seulement son épouse, mais aussi l'armée... Un coup d'état menace...

Louise Dresser, en 1925, était Catherine II dans The eagle de Clarence Brown: une impératrice qui savait déjà ce qu'elle voulait, à savoir passer du temps en compagnie des jeunes officiers de sa garde impériale, contre leur gré d'ailleurs. On pourrait aisément imaginer, à la fin de ce film, une impératrice Dietrich qui assoirait sa domination de cette façon, mais pour l'heure le film est un conte cruel surprenant, adulte, dans lequel une jeune femme préparée sans le savoir par les histoires sadiques qu'on lui racontait à l'heure du coucher, devient la toute-puissante impératrice de Russie. Si Garbo-Christine vacillait puis abdiquait par amour, Catherine triomphe en décidant se débarrasser de ses sentiments, et en laissant libre cours à ses appétits. le sexe, bien sur, et le pouvoir vont ici de pair, et les hommes vont apprendre à affronter bien meilleure qu'eux à ce petit jeu...

Sternberg est sans doute à son apogée baroque ici, avec ces images étranges, tournées dans des décors envahissants et qui tous renvoient à la fois au sexe, à la religion et au sadisme: des sculptures d'hommes difformes, chargées, figés en des gestes à la fois religieux et profanes, et des lumières qui proviennent de partout, projetant de nombreuses ombres. Et à plusieurs reprises, le film s'emballe, dans des montages délirants qui mêlent des images semblant venir de partout. En particulier, bien sur, pour les images les plus dures à supporter pour la censure, qui en quelques plans, dénoncent les turpitudes les plus hallucinantes imposées à leurs sujets (Surtout les femmes) par les grands empereurs qu'étaient Pierre le Grand et Ivan le Terrible: décapitations, tortures diverses. Le plus fou, c'est qu'on ait laissé passer ces images, comme on a laissé passer le fameux bain de Tarzan et Jane dans Tarzan and his mate! Mais en guise prologue pour le plus extravagant des films de Sternberg, c'est tout à fait approprié. D'autant que ces horreurs sont sciemment fondus et enchaînées avec une séquence durant laquelle l'encore innocente Sophie Friederike Auguste von Anhalt-Zerbst-Dornburg fait de l'escarpolette... Cette juxtaposition, bien sur, entre les horreurs qui ont gavé son imaginaire et son apparente innocence n'est pas un hasard de montage. Le film n'aura jamais la moindre tentation de donner à l'héroïne une quelconque excuse de vouloir participer à cette quête horrifique du pouvoir, dont il suggère qu'elle l'assoira par le sexe, et le maintiendra par la terreur...

Quant au reste, c'est probablement de l'histoire, ça n'a donc que peu d'intérêt dans cette discussion.

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Published by François Massarelli - dans Josef Von Sternberg Pre-code
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 16:47
Love 'em and weep (Fred Guiol, 1927)

On s’approche de très près d’une vision d’avenir, avec un film de… Finlayson et Laurel, dans lequel le grand Hardy fait une apparition, et Mae Busch fait plus qu’une apparition, dans une tentative de come-back après une dépression nerveuse. Somme toute, l’actrice Australienne revient à ses premières amours, elle qui a joué les pin-ups chez Sennett en 1915… Ce film est à nouveau, comme Slipping wives, une opportunité pour Roach d'engager une vedette dépassée par les événements, mais comme chacun sait, Mae Busch a de l'avenir chez Hal Roach, en particulier auprès de Laurel et Hardy.

C'est bien Mae Busch qui reçoit le principal crédit de ce film. Elle y est une vamp qui menace de chantage la félicité conjugale de Finlayson, celui-ci n’ayant d’autre ressource que de demander son aide à son collaborateur Laurel, dont le mariage va souffrir aussi. Sur un scénario cousin, Charley Chase avait déjà tourné Too many mammas en 1925, et Laurel et Hardy reviendront à cette histoire en 1931 sous le titre Chickens come home. Cette fois, c'est Hardy qui jouera le rôle de Finlayson. Pour l'heure, Hardy joue une fois de plus les utilités de luxe, en interprétant un juge invité par l'épouse du personnage de Finlayson. Quant au final, essentiellement visuel, il contient un gag charpenté ui sera totalement repris dans le remake, qui au passage permettra à Miss Busch de reprendre son rôle de croqueuse de maris. Il est vrai qu'il lui allait si bien...

Sans doute moins abouti que son remake, ce film pré-Laurel and hardy a au moins l'avantage de nous permettre en deux bobines de passer du temps avec quatre protagonistes qui sont partie intégrante de l'univers du duo.

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Published by François Massarelli - dans Muet Laurel & Hardy Hal Roach
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 16:25
Slipping wives (Fred Guiol, 1927)

La réussite de Duck soup n’a pas poussé Roach et Laurel à continuer l'association entre les deux acteurs. Si Laurel comme Hardy sont bien tous deux de nouveau présents dans le film, les deux acteurs sont séparés de plusieurs façons ici. La réussite de Slipping wives est réelle, mais elle n’exploite que peu l’interaction possible entre les deux futurs partenaires. Slipping wives fait partie d’une série de films dans lesquels Roach faisait tourner des has been, et c'est un mélange curieux de comédie sophistiquée et de boulevard outrancier.

Priscilla Dean, ancienne pointure de la Universal (Notamment vedette de plusieurs films de Tod Browning, dont deux films de gangsters dont elle partageait l'affiche avec Lon Chaney, The wicked darling, et Outside the law) est la "star" du film, qui interprète une dame bien sous tous rapports, une bourgeoise qui constate que son mari, un peintre (Herbert Rawlinson), ne "l'embrasse plus que les dimanches et jours fériés". Elle décide de faire quelque chose, et avec l'aide d'un ami (Albert Conti), trouve un plan: elle va faire venir un homme et le payer pour la séduire afin de susciter la jalousie du mari. C'est Laurel, innocent venu amener de la peinture, qui va s'y coller, et ça ne va pas être facile, car avec la présence de deux hommes élégants dans la maison, il ne sait pas exactement qui est le mari... Par ailleurs, le majordome (Oliver Hardy), immédiatement hostile au nouveau venu, n'arrange pas les choses...

Ce n’est pas un chef d’œuvre, mais c’est du Hal Roach en bonne forme, empreint de cette folie communicative qui n’épargne pas les héros, généralement bien comme il faut, de ces films. Le grand plaisir pris par les acteurs et metteurs en scène de ces films est de mélanger les contraires: qu'on se rappelle que déjà, 45 minutes from Hollywood opposait le monde des héros à l'univers urbain et moderne de Hollywood, et ses hôtels sophistiqués. Enfin, une remarque s'impose encore, au sujet du manque de clairvoyance de Roach qui n'avait pas compris qu'il fallait impérativement allier Laurel et hardy dans leur propre série: au moins, il les traitait à égalité: après 45 minutes from Hollywood, dans lequel Laurel jouait les utilités, et Hardy avait un rôle plus important, cette fois, c'est le contraire...

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Published by François Massarelli - dans Muet Hal Roach Laurel & Hardy
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 09:54

Un scientifique coincé sur Mars et tentant d'y survivre en attendant d'hypothétiques secours, c'est un défi de science-fiction qui sied particulièrement bien à Ridley Scott. On se rappelle de quelle façons le réalisateur a créé de toutes pièces des mondes cohérents, riches et fabuleux dans ses trois films de science-fiction précédents, surtout bien sur les deux premiers, Alien et Blade runner: pensés jusqu'au moindre détail, habités, et riches en ramifications. D'ailleurs Prometheus est une de ces ramifications... Mais The Martian est une nouvelle paire de manches, comme on dit, l'intrigue prenante devant y voisiner avec la rigueur scientifique, du moins dans l'esprit du grand public. La marge de manoeuvre en ces temps de vraisemblance sacrée, est assez étroite, et on sait que Ridley Scott ne s'embarrasse jamais trop de vraisemblance, préférant le plus souvent l'efficacité. Et pour ça, le film est en effet efficace! Mais il est plus que ça! Rappel des faits:

Lors d'une mission habitée sur Mars, les six astronautes sont pris dans une tempête de sable extrêmement violente. Durant l'évacuation, l'un d'entre eux, Mark Watney (Matt Damon), est emporté et sa combinaison est légèrement trouée. Les autres perdent sa trace, mais acceptent l'idée que selon toute vraisemblance il est mort. Ils partent donc pour un voyage de quatre années vers la terre, la mort dans l'âme. De son côté, Mark Watney a survécu, et après la tempête se réveille groggy, blessé, avec une fuite importante d'oxygène, mais vivant, après tout. Il va retourner à la base, et organiser sa survie: le but? reconstruire son univers pour y vivre quatre années avant l'arrivée hypothétique de la prochaine mission, créer les conditions de la culture durable de nourriture (Il est botaniste, et ça tombe bien, il y a des pommes de terre dans les réserves), et tenter de trouver un moyen de contacter la terre, qui pendant ce temps, a annoncé sa mort.

Matt Damon fait partie, à mon humble avis, de ces acteurs qui ne jouent jamais pour les Oscars. Il est fidèle à lui-même ici, et fait un travail fantastique. J'ai envie de dire qu'on n'en attendait pas moins, mais ça méritait d'être signalé une fois de plus. Son rôle n'est pas si éloigné de celui de Tom Hanks dans Cast away (2000) de Robert Zemeckis, à un certain nombre de nuances près: Dans Cast away, c'est d'une renaissance totale qu'il s'agit, et d'un retour spectaculaire d'un homme à la vie par ses propres moyens, alors que dans The martian, l'enjeu est pour Mark Watney d'utiliser toutes les ressources scientifiques à sa disposition en plus de son caractère personnel. Et bien sur, il s'agit plus de pousser l'humanité à regarder de son côté pour venir le sauver, que de trouver en lui-même les ressources presque mythiques d'assurer sa survie. A ce titre, le film n'a pas de dimension religieuse, ce qui est assez courant chez Ridley Scott, un athée convaincu. Une scène durant laquelle Watney manipule un crucifix nous apprend d'ailleurs qu'il est tout simplement à la recherche de matériau inflammable! Et la dimension humaniste du film ressort encore un peu plus: en ces temps de repli sur soi face aux menaces (Environnementales, terroristes, économiques, politiques), The Martian choisit de rappeler qu'être humain, c'est aussi pouvoir se mobiliser pour sauver une personne. Et le film nous montre comment la NASA va organiser les conditions du secours, comment certains dans cet organisme gouvernemental sérieux vont aller à l'encontre des principes, protocoles et autres ordres, pour sauver coûte que coûte le botaniste Watney. Et si la NASA ne suffit pas, pourquoi ne pas faire intervenir une agence Chinoise? Ainsi, c'est toute l'humanité qui attend la nouvelle du retour de Mark Watney.

Le film est non seulement formidablement prenant dans son intrigue qui ne vous lâche jamais en 150 minutes, avec son scientifique qui cache son désarroi en parlant à un écran (Ce dont nous profitons bien sur pleinement) et en multipliant les traits d'humour, mais en plus la façon dont l'esprit de débrouille se propage chez les terriens est elle aussi magistrale, avec les acteurs Jeff Daniels, Chiwetel Eijofor, Jessica Chastain et Michael Pena, tous impliqués dans cette rocambolesque aventure si délicieusement humaniste. Oubliez les commentaires politiques du moment, les gens qui vous disent qu'un pays "ne peut accueillir toute la misère du monde", ou que "les caisses sont vides", ou les inquiétants penseurs qui préconisent une inégalité de traitement afin de rétablir les économies: ce film vous rappelle que l'humain est un animal capable de se mobiliser pour son prochain, sans que le film ne débouche jamais sur la démonstration lénifiante ou dégoulinante..

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott Science-fiction
7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 17:12
Duck soup (Fred Guiol, 1927)

Aucun rapport avec le film du même titre réalisé par Leo McCarey avec une fratrie de bavards encombrants en 1933. Ce film revient de loin, très loin puisque il a été longtemps cru perdu, et avait acquis assez naturellement une stature excessive: les collectionneurs et fans de Laurel et Hardy du monde entier en faisaient le mythique "premier film" du duo. Et de fait, c'est bien le premier court métrage dans lequel les studios Roach ont décidé de tester la validité du duo entre Laurel et Hardy, même si ce n'est pas encore la dynamique qu'ils établiront quelques mois après.

Roach avait demandé un scénario à Laurel, dans le but de construire un film autour de l’acteur: s’inspirant d’un sketch écrit par son père, Laurel a donc inventé une improbable et impeccable histoire de maison squattée par des vagabonds, un corpulent autoritaire et un fluet déphasé . Roach envisageait de donner le rôle du premier à Syd Crossley, mais c’est Hardy qui en a hérité.

Le film est drôle, et joue à fond du décalage non seulement entre les deux héros-vagabonds, mais aussi entre eux. Hardy, en faux noble désargenté, est splendide, et Laurel a encore un personnage à raffiner. Le futur Stanley émerge ça et là, dans des pleurnicheries, des gestes uniques. Et à un moment, il se déguise en bonne, qui va bien sur prendre le nom d'Agnes, le patronyme systématique emprunté par Laurel lorsqu'il doit se grimer ainsi. Bref, ce Duck Soup (Pourquoi ce titre, au fait?) prouvait que ces deux-là étaient faits l'un pour l'autre.

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Published by François Massarelli - dans Hal Roach Muet Laurel & Hardy
6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 19:41
45 minutes from Hollywood (Fred Guiol, 1926)

Voici le premiers des sept courts métrages qu'on pourrait qualifier de pré-Laurel et Hardy, tournés à une époque durant laquelle Roach ne savait pas quoi faire avec ses futures vedettes. Ce premier film en est un bon exemple, tourné par un assez anonyme tâcheron du studio, avec une vedette qui ne percera jamais (Glenn Tryon, également héros de Along Came Auntie , de Fred Guiol, ainsi que de Lonesome et Broadway de Paul Fejos, tournés pour la Universal en 1928) et un second rôle pour Hardy.

une famille d'Américains moyens (Un peu simplets) partent pour Hollywood sur un prétexte. le fils, la fille et le grand-père ont hâte d'aller voir les stars, mais vont vite déchanter en participant à ce qu'ils croient être un tournage, mais s'avère être un hold-up. La course-poursuite va dégénérer dans un hôtel des environs, où ils vont croiser le détective (Hardy) et un client moustachu et irascible (Laurel)

Laurel et Hardy participent, mais ne servent pas à grand-chose, dans un film qui ressemble à de l’authentique bas de gamme des studios Roach. A noter, toutefois, une séquence très idiote de voyage en vélo (Les séquences idiotes, dans les burlesques muets, valent toujours le détour), et une question historique: à voir le maquillage de Laurel, on se pose la question; James Finlayson était-il injoignable lors du tournage de ce film?

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Published by François Massarelli - dans Hal Roach Laurel & Hardy Muet
5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 09:11

Le tout premier film de longue haleine de Jeunet, co-réalisé avec Marc Caro, est un objet bien éloigné d'Amélie Poulain, on peut en être sur. Il est situé dans un bunker, comme le titre l'indique, dans lequel un certain nombre de soldats aux crânes rasés, avec des uniformes évocateurs des dictatures passées, aussi bien des nazis que des Russes, retranchés derrière la routine ordonnée de leurs journées: interrogatoires, tortures, surveillances, etc... Bref, des militaires, quoi. Mettez un peu d'imprévu là-dedans, que va-t-il se passer? Eh bien justement, un des soldats en patrouille découvre un compteur enclenché, à rebours. Le décompte va vite... Qu'y a -t-il au bout? La panique et le chaos vont bien vite l'emporter sur le rigueur, l'ordre et la méthode. Bref, dans ce bunker futuriste, il va y a voir du grabuge...

C'est après un autre film, Le manège (1979), réalisé par Jeunet seul, mais sur lequel Caro avait modelé des petites créatures inquiétantes, que Le bunker avait été réalisé. C'est une oeuvre ambitieuse, qui mêle prises de vues réelles et animation image par image, dans un noir et blanc tiré en sépia, agrémenté de touches de couleur. Le film est muet et sonore, mais il n'y a pas le moindre dialogue... Ce qui domine, c'est un humour à froid, très froid même, qui est à la frontière de ce qu'on a appelé le cyber-punk, et qui était très à la mode en ce début des années 80 dans la bande dessinée et l'univers visuel européen. Même si le film est une vaste blague, avec ses soldats certes fascisants, coincés dans des routines absurdes et qui se comportent tous comme des abrutis (La palme revenant au personnage principal, interprété par Marc Caro: avec son rictus et son crâne rasé il a tout du skinhead. Et comme il dessoude à tout va...), il met très mal à l'aise, par son esthétique plus qu'évocatrice... A rapprocher toutefois du grinçant Manège, qui montrait déjà un monde des faubourgs à la Delicatessen, mais dans lequel les créatures humanoïdes de Caro étaient tous des petits Nosferatu. Reste que Caro était un peu le mauvais génie de Jeunet, à cette époque, celui qui allait le pousser vers le cauchemar (Des aspects de Delicatessen, la majeure partie de La cité des enfants perdus) avant que Jeunet seul ne s'attaque un peu au rêve.

Marrant de constater que le film Pas de repos pour Billy Brakko (1984) adapté par Jeunet seul de l'oeuvre de Caro, justement, ressemble à un énoncé du choix entre ces deux univers: on y raconte avec humour, par des collages typiques du réalisateur, la vie et la mort d'un anti-héros, joué d'ailleurs par Caro (Avec des cheveux!), mais à la fin inévitable, noire du personnage, la voix off de Jean Bouise propose une alternative cartoon... Les deux auteurs de ce Bunker savaient donc jouer de leur ambiguité. C'est rassurant, parce que dans Le Bunker... on entend distinctement le bruit des bottes.

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Published by François Massarelli - dans Jean-Pierre Jeunet Science-fiction
4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 15:46

L'année commence par la sortie d'un film de McKimson, Hare we go, plutôt bon, dans lequel Bugs est confronté à une vedette historique, puisqu'il s'agit de rien moins que Christophe Colmb lui-même. La confrontation entre le lapin malin, une équipe de marins bras cassés, tous superstitieux (On sait que la présence d'un lapin n'est pas à proprement du genre à conteter ces gens sur un bateau), et la figure légendaire mais ombrageuse de grand homme fait mouche, d'autant qu'on s'amuse bien avec l'accent Italien...

Du à Chuck Jones, Bunny hugged voit le retour de l'énorme catcheur The crusher, déjà vu dans Rabbit punch sous un autre nom. Bon, Bugs Bunny faisant de la lutte avec un gros costaud, sous la direction de Jones, ça marche à tous les coups...

Je ne reviendrai pas sur Rabbit fire, de Chuck Jones, qui fait partie de la fameuse trilogie de dessins animés mettent en scène Bugs et Dafy contre Elmer qui a repris ses activités de chasse...

French rarebit est un exercice de style à moitié satisfaisant de Bob McKimson, dans lequel il met Bugs aux prises avec deux chefs Français, qui se disputent le lapin pour leurs recettes. C'est gentiment caricatural, mais comparé à l'extraordinaire réinvention du Français par Jones et Maltese dans les Pepe le pew, c'est quand même un poids léger.

Dans Ballot box Bunny, Friz Freleng oppose Sam et Bugs d'une façon inédite: ils sot tous les deux candidats au poste de maire d'une petite ville de l'ouest. On peut s'étonner de voir l'anarchisant Bugs Bunny faire de la politique, mais c'est motivé: parmi les promesses vides de sens, Sam a annoncé qu'il supprimerait tous les lapins.

Enfin, Big Top Bunny est un film de McKimson assez typique, dans lequel Bugs Bunny est invité à se joindre à la troupe d'un crique, afin de servir de partenaire pour un ours très jaloux de sa supériorité, qui va donc tout faire pour éliminer le rongeur. C'est moche, mal foutu, et pas drôle. On est bien dans l'univers de McKimson, donc. Je continue à me poser la question: mais pourquoi le laissait-on faire?

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Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Animation Looney Tunes
4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 09:21

Le film se concentre sur le dernier quart de la vie de Joseph Mallord William Turner (1775 - 1851), le peintre probablement le plus important du XVIIIe et XIXe siècles Anglais, précurseur de l'impressionnisme, et dont l'oeuvre fut pour une large part formelle avant tout. C'était un paysagiste de génie, qui révolutionna la captation de la lumière. Mike Leigh filme ce bout de vie en naturaliste, tout en obtenant de son chef-opérateur une image qui rend justice à son sujet. Une prouesse, développée en des plans qui sont majoritairement longs, laissant une grande part de la responsabilité aux acteurs, au premier rang desquels Timothy Spall, bien sur, interprète de façon magistrale le peintre... Les autres acteurs ont été choisis, c'est évident, autant pour leur talent que pour leur trogne. Le naturalisme de Leigh passe autant par la longueur des plans, que par des accents, des intonations, des comportements, que des têtes, des particularités physiques captées sans retenue.

Mais Turner lui-même est une nature étonnante: petit, massif, grognant sans cesse, avec un accent à couper au couteau, c'est l'anti-glamour par excellence... Pourtant il se dégage de la performance de Spall un humanisme formidable, qui transparaît dans certaines conversations. On voit bien dans le film, que Turner installé, dont la gloire est finalement derrière lui, et qui va bientôt (Suite à une remarque désobligeante de la jeune Victoria) tomber en disgrâce totale, a plus d'intérêt à la fin de sa vie pour les conversations avec les petites gens, que pour les thés et autres salons mondains où son statut enviable mais fragile de plus grand peintre vivant 'officiel' l'amène parfois. Ainsi, le bonhomme va s'enticher de la petite ville de Margate où il se rend d'abord pour capter des images marines de tout beauté, avant d'y retourner sans cesse pour filer le parfait amour avec une logeuse qui l'a profondément touché.

Mais Turner, et le film nous permet aussi de capter cette image de lui sans jamais nous l'asséner, c'est aussi et enfin un homme qui a senti à travers les images qu'il a vues dans sa vie, et transmises dans son oeuvre, la marche du temps et l'arrivée du progrès. D'où sans doute la fascination pour les naufrages, qui sont autant de désastres autant humains que technologiques, mais aussi une curiosité pour le chemin de fer (Et ses effets picturaux: ainsi Tuner capte-t-il la marche d'une locomotive en se concentrant sur la fumée et la lumière, le train disparaissant de l'oeuvre...). Avec humour, et, mais oui, tendresse, on voit comment le bonhomme n'a pu qu'essayer de se faire photographier, à la vois vexé et fasciné par cette technologie qui permet de capter d'une façon si véridique les images... Il n'avait pourtant aucun souci à se faire: c'était un génie, il était unique, et le film lui rend justice.

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Published by François Massarelli - dans Mike Leigh
2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 21:32

Un serial Soviétique, qui fonctionne à la fois en continuité (La dette à Mabuse, aux Vampires et aux serials Américains est évidente), et en rupture ("Soviétique", déjà, et le film s'amuse constamment à envoyer des piques à l'Ouest triomphant, avec un humour souvent provocant, et parfois désopilant). Ces aventures en trois épisodes, situées dans une Amérique de pacotille, sont celles de trois apprentis journalistes embarqués dans une rocambolesque intrigue autour de la mort d'un homme qui n'est pas tout à fait mort, un riche industriel à la vie trépidante et aux maîtresses nombreuses, avec de l'humour méchant qui s'attaque aux préjugés typiques de Américains ("Oui, un homme est mort, mais ce n'est pas très grave, il est noir..."), avec des ramifications sociales (Les héritiers du mort liquident l'usine et renvoient tous les ouvriers), politiques (Derrière le conglomérat industriel, se cache un complot proto-fasciste, et bien sur ces salopards vont accuser les bolcheviques...), policières (Des enlèvements, des assassinats, en veux-tu en voilà) et bien sur une petite pré-apocalypse chimique, avec contamination des pauvres soviétiques par le virus de la peste... Au milieu de tout ça, une femme, convoitée par tous les hommes, une ouvrière digne et flanquée d'un neveu auquel elle tient comme à la prunelle de ses yeux: Miss Mend. D'où le titre...

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Published by François Massarelli - dans Russie Muet 1926