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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 18:34
Verdens undergang (La fin du monde - August Blom, 1916)

Décidément, on mensure mal aujourd'hui la part de l'Europe dans a création de la science-fiction. J'ai déjà évoqué l'étonnant (Oui hilarant) Himmelskibet, de Holger-Madsen, sorti en 1918, qui envoyait des utopistes sur Mars. Voici un autre film Danois particulièrement bien conservé, et tourné par August Blom, mieux connu pour son spectaculaire long métrage de 1913, Atlantis... La fin du monde évoque donc une histoire bourgeoise qui croise l'inéluctable approche d'une comète destructrice sur notre planète. Un spéculateur réussit à persuader la presse de ne pas divulguer les informations les plus alarmantes, afin d'accumuler une fortune en revendant des actions au moment opportun, avec l'intention pour le moment de l'impact de se réfugier dans des souterrains qu'il a fait aménager près de son domicile. Dans cette histoire sombre, seuls seront épargnés les rares humains ayant décidé de se tenir à l'écart de tout compromis, de toute jalousie, de tout mal et de tout vice...

Bien sur, c'est moralisateur, mais ça a le bon gout de ne l'être que par l'image. Blom n'abuse pas de l'intertitre, et joue avec conviction sur le suspense, d'autant plus évident qu'à l'écran l'approche de la comète est documentée de minute en minute. Les effets sont mesurés, bien rendus, et on a un cataclysme, ma foi, tout à fait acceptable. Et la critique naïve mais violente de la spéculation est bienvenue.

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Published by François Massarelli - dans Scandinavie August Blom Science-fiction
31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 20:34

La féérie selon Feuillade... Dans le premier de ces deux films, on assiste un peu embarrassés à un ballet, disons, artistique... Une vingtaine de femmes, en toges, se livrent à une bacchanale sur le thème de l'arrivée du printemps, parfois accompagnées d'enfants nus. C'est ridicule, c'est vain, et c'était une tendance, ce que n'oubliera pas Chaplin qui fera une parodie ultime de ce genre de films, mais en mille fois mieux, dans Sunnyside...

La fée des grèves montre son sens de l'histoire, avec un conte que n'aurait pas renié Méliès. En plein seizième siècle, un noble pêche par hasard une sirène, et la ramène chez lui. Ils se marient, mais elle ne peut accepter de vivre loin de son royaume sous-marin. Il prend la décision de la suivre...

Tourné pour moitié dans des décors "naturels" (Et un château en bord de mer), et en studio où le "royaume" sous-marin a été reconstitué (Occasionnant un ballet sub-aquatique de naïades aussi empesées que les "fées" du film précédent), il a été aussi colorié au pochoir. Là s'arrêtent les comparaisons avec Méliès, le film étant loin de la magie des contes de la Star-film...

Louis Feuillade: Le printemps; La fée des grèves (1909)
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Published by François Massarelli - dans Muet Louis Feuillade
31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 15:57
The flag (Arthur Maude, 1927)

tourné en Technicolor, ce film s'attache à raconter une histoire honnête, sans plus, au moyen de couleurs qui ont l'avantage d'être captées par la caméra. Rappel donc pour les béotiens: premièrement, non, la couleur au cinéma n'est pas une invention des cinquante dernières années mais était là très tôt; deuxièmement, non ce film n'a pas été "colorisé", pas non plus colorié au pochoir (ce sont là bien sur deux autres pratiques, mais différentes). La société Technicolor faisait ses propres films, mais ils commençaient à cette époque à collaborer avec d'autres studios, notamment la MGM. Peu ont survécu, mais quand on en tient un, on est souvent bien inspiré d'y jeter un oeil, c'est toujours intéressant à regarder...

Sous le vernis technique, donc, ce film raconte une anecdote autour de la création du drapeau Américain, le Stars and stripes également appelé "old glory". Le principal intérêt est qu'il fournit une certaine forme de suspense, autour de la question du destin d'un espion Anglais qui s'est introduit malgré lui dans l'entourage de George Washington, interprété par Francis X. Bushman. La création du drapeau est source d'un lyrisme coloré et bienvenu (Un parallèle s'établit entre les nuages effilés d'un crépuscule poétique, et les futures bandes rouges horizontales du drapeau) et si on regrette des maquillages blafards dont le Technicolor trahit l'excès, les séquences nocturnes utilisent la couleur avec efficacité, ce qui était à mon avis un argument de poids en faveur du procédé, la pellicule d'époque ne permettant pas vraiment de tourner des scènes de nuit très convaincantes.

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Published by François Massarelli - dans Technicolor Muet
30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 16:09

Période charnière pour la section animation de la WB sous la houlette de Leon Schlesinger, ces quatre années ont vu le studio se restructurer après le départ de l'immense Fred "Tex" Avery, en particulier grâce aux bons et loyaux services de ses trois réalisateurs vedettes (On disait "Superviseur" à la Warner): Friz Freleng, Chuck Jones et Bob Clampett. Et bien sur les trois ont fait appel aux services de plus en plus lucratifs de LA vedette maison, à savoir le lapin Bugs Bunny. D'autres réalisateurs trainaient leurs guêtres dans les mêmes studios à cette époque, mais ils étaient encore un peu verts (Bob McKimson), moins motivés (Frank Tashlin) voire l'objet d'une méfiance coupable (Art Davis). J'ai déjà évoqué en ces lieux quelques unes des oeuvres majeures du prolifique Friz Freleng, qui va beaucoup contribuer à établir la légende de Bugs. J'évoquerai bientôt l'univers frappé de l'incontrôlable Bob Clampett, donc en attendant voici un petit aperçu, en six films, de la collaboration fructueuse entre Bugs Bunny et Chuck Jones...

Ce qui est frappant dans ces six films, c'est la modernité de l'animation, la liberté du ton, et la variété des sujets évoqués. Il est de bon ton de favoriser une période ultérieure de la filmographie de Jones, mais ici, il tente tout: des décors totalement abstraits (Wackiki wabbit), une variation sur les films d'horreur avec sous-entendus sexuels limite (Hair-Rising hare), une parodie idiotissime de Superman (Super-Rabbit), et les habituelles variations sur le thème de la chasse...

Super-rabbit (1943)

Dans un laboratoire, un scientifique plus qu'excentrique a trouvé la formule de carottes modifiées qui transforment le premier lapin venu en superlapin. Typiquement, le film nous montre Bugs qui non seulement apprécie la cadeau, mais en plus embrasse la cause de la défense du bien avec une belle énergie. Ca ne va pas très loin, mais rien que pour le costume trois fois trop grand, c'est à voir. Et c'est assez indicatif de l'importance contemporaine de Superman, pourtant une création assez récente. Quant à la fin, elle nous rappelle qu'il y a, quelque part, une guerre à gagner, et que les animateurs de la Warner ont été eu aussi mobilisés à leur façon.

Wackiki wabbit (1943)

Variation osée sur le thème du cannibalisme, ce film nous montre deux hommes qui sont naufragés sur une île déserte, sur laquelle un lapin est la seule nourriture possible. Inutile de dire qu'ils vont souffrir... Avec dix ans d'avance sur le fameux studio UPA, Jones rend ses décors totalement abstraits, et ça passe comme une lettre à la poste. Le plus frappant, bien sur, c'est la lutte à mort pour manger, qui rappelle en un peu plus décent, mais à peine, le magnifique What's buzzin' buzzard de Tex Avery sorti la même année, l'un de ses (trop rares) bon films à la MGM! Les personnages sortent aussi du cadre, comme l'un des deux hommes qui commentent les sous-titres idiots du dialogue en langage du Pacifique.

Bugs Bunny and the three bears (1944)

Comme dans la plupart des contes revisités, celui-ci passe son temps à souligner sa condition de narration. Ainsi les trois ours (Une création de Jones qui les réutilisera, en particulier le père interprété par mel Blanc et le fils idiot doublé par Stan Freberg, anticipant sur de nombreuses grandes choses, notamment la rivalité... entre Joe et Averell Dalton dans l'évangile selon Morris et Goscinny) décident ils pour contrer la fin de recréer le conte de Boucle d'Or, mais comme ils utilisent une soupe de carottes, leur visiteur sera bien sur Bugs Bunny. Beaucoup de bonnes choses, mais ce qui est le plus frappant, c'est la façon dont le film va dévier vers le graveleux... Avec une certaine gourmandise.

Hare conditioned (1945)

Bunny est démonstrateur dans un grand magasin: en vitrine, il fait de la figuration pour le rayon des tentes de camping et autres matériels de plein-air. Mais un employé (Un grand costaud, jaunâtre, bref un méchant mémorable) lui destine un autre poste, au rayon... taxidermie. Poursuite, chasse, etc... On note que pour la première fois de sa carrière Bugs Bunny justifie son accent New Yorkais en incarnant un lapin citadin.

Hare tonic (1945)

Elmer n'a pas chassé, mais il ramène un lapin chez lui, et très rapidement, Bugs Bunny déjoue sa tentative de le transformer en civet... Mais il revient, parce qu'il estime que le bonhomme est une cible trop facile, donc à ne pas rater! Gratuitement donc, le lapin lui même motive les deux derniers tiers du dessin animé! Assez anecdotique, avec un petit jeu sur les décors.

Hair-rising hare (1946)

Celui-ci est un classique, bien sur. Superbement animé, il nous montre Bugs aux prises avec un savant fou qui est une magnifique caricature de Peter Lorre, mais aussi un monstre inclassable, sorte de boule de poils géante, qui préfigure en rigolo le terrifiant monstre de l'Id de Forbidden Planet.

...Avec une paire de baskets.

Voilà, ces films à l'animation fluide et inventive nous offrent comme un véritable age d'or, une période durant laquelle d'ailleurs les animateurs n'avaient pas peur de s'écarter des modèles établis: ainsi le lapin de CHuck Jones est il plus petit que celui de Freleng, McKimson et Clampett. Un choix délibéré pour Jones qui aimait opposer Bugs Bunny à des immenses costauds baraqués de partout sauf du cervelet: le monstre rouge cité plus haut, par exemple, ou le grand Nasty Canasta... Et ces six films sont autant de classiques.

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Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Animation Looney Tunes
29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 18:34

Ce film très controversé est le troisième des westerns de Curtiz avec Errol Flynn. il y interprète le personnage historique de Jeb Stuart, un militaire sudiste qui a bien été à west Point avec Custer, mais qui est ici bien plus romantique que son modèle. L'histoire est surtout celle de John Brown (Raymond Massey), un prédicateur fanatique qui trouvait que les anti-esclavagistes prenaient bien trop leur temps, et qui est passé à l'action durant la décennie qui a précédé la guerre civile. Si des gens (Nordistes, dont le fameux Custer -Ronald Reagan- dans le film) ont eu tendance à le suivre ou l'excuser, il était malgré tout considéré comme un dangereux terroriste: il souhaitait tout simplement libérer tous les esclaves, par la force s'il le fallait. Flynn-Stuart (Lui-même esclavagiste dans l'Histoire) adopte une position légitimiste: ce n'est pas à une initiative privée de trancher entre les états du Sud et ceux du Nord. Le sous-entendu est clair: c'est à un président démocratiquement élu de le faire... Fidèle à son habitude, Curtiz n'a que faire de la politique, par ailleurs très ambigue de ce film: les seuls politiciens présents sont le Général Lee, et un ministre de l'administration démocrate qui précéda Lincoln, du nom de Jefferson Davis. Il est surtout connu pour avoir été le président du Sud durant la guerre de Sécession. Le scénario rappelle la sympathie toujours observée aux Etats-Unis non pour la cause de l'esclavage, mais pour la défense par les états du Sud de leur légitimité; ce que Curtiz met en valeur, c'est le destin de tous ces gens, la marque de John Brown qui en fait un futur pendu, ou la visite de tous les jeunes soldats à une voyante Indienne, qui leur annonce leur "brouille": celle-ci, dit-elle, a déja commencé. John Brown a permis d'allumer le feu de la guerre civile; en attendant, Curtiz nous montre les uns et les autres qui vont devoir choisir leur camp et s'entre-déchirer s'il le faut; un thème typique de ses films de la période, donc, même si le metteur en scène, fidèle à son habitude, reste neutre, et nous décrit des Etats-Unis en proie au chaos. Il se laisse volontiers aller à quelques séquences baroques, et Raymond Massey a beau être le méchant de l'affaire, le dernier mot lui revient: il sait que le destin l'a choisi pour entamer ce conflit, et bien qu'on célèbre un mariage (dans un train en marche, tout un symbole! ET avant que vous ne posiez la question, oui, c'est bien Olivia De Havilland...), c'est vers une guerre nécessaire que les Etats-Unis se dirigent. Ce que le film ne dit jamais, mais sous-entend, tant par les prédications foldingues de Brown que par la prudence du soldat Jeb Stuart, c'est que la raison pour laquelle les USA ont tardé à régler leur problème d'esclavage, c'est que les gouvernements qui ont précédé Lincoln étaient trop timorés pour faire quoi que ce soit: Le statu quo observé dans le film a duré 40 ans... Il ne faut sans doute pas trop s'attacher à la politique de ce film, pas plus qu'à celle de Casablanca ou Passage to Marseille; mais il recèle de nombreux détails, visibles ou non, qui en font un film Curtizien très classique, même mineur.

The Santa Fe Trail (Michael Curtiz, 1940)
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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western
27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 17:08
The informer (John Ford, 1935)

Je considère ce film comme un malentendu. Sorte de chef d'oeuvre officiel pour compilateurs de questions destinées aux jeux télévisés, le film qu'on n'a pas vu mais qui est supposé synthétiser l'oeuvre entière, ou représenter l'ensemble de ce que John Ford a fait... Alors qu'un simple coup d'oeil à, disons 5 films de Ford, quels qu'ils soient, révélera un univers d'une richesse infinie, l'académie des Oscars, relayée par des critiques du monde entier, a décerné le certificat de Fordisme ultime à The Informer, au mépris de tant d'autres oeuvres tellement plus riches, complexes... et meilleures. Cela étant dit, ça ne doit en aucun cas nous empêcher de discerner des qualités réelles dans le film, et de fait il n'en est pas dénué...

L'intrigue provient du roman du même nom de Liam O'Flaherty, qui est situé à Dublin au début des années 20, durant ce que d'aucuns appelèrent l'insurrection, et d'autres la guerre d'indépendance. Tout est question, évidemment, de point de vue... Gypo Nolan, un bon à rien (Victor McLaglen), n'en peut plus d'être incapable de permettre à sa petite amie Katie (Heather Angel) de quitter sa vie de misère et la prostitution, pour se rendre en Amérique. Le voyage coûterait 10 livres, il en fait donc 20... Et 20 livres, c'est la somme précise que propose l'armée Britannique contre tout renseignement conduisant à la capture de Frankie McPhillip, un révolutionnaire de premier plan (Wallace Ford). Frankie est un copain de Gypo, mais la tentation est trop forte. Le problème, c'est ce qui va se passer après... Comment Gypo, qui avait été jeté à la porte de l'armée rebelle, va-t-il échapper à leur vengeance? Et comment va-t-il surmonter le sentiment de culpabilité, lui qui désormais est un Judas?

C'est précisément sur une allusion à l'apôtre préféré, celui qui au final allait trahir, que commence le film. On ne va pas attendre longtemps avant d'entrer dans le vif du sujet, mais ce qui est remarquable dans ces cinq premières minutes, c'est le silence dans lequel elles se déroulent. Plutôt que de silence, il faudrait sans doute parler d'absence de dialogues, d'ailleurs... Ford en se replongeant dans le style inspiré de l'expressionnisme, et du cinéma de Murnau, se replonge automatiquement dans sa période muette. Mais le dialogue va vite rompre le charme, dans un film bavard et surjoué, dont les fulgurances sont essentiellement question d'image et de rythme, ainsi la scène durant laquelle les "black and tans", les forces Anglaises, viennent chercher Frankie à son domicile, puis la violence de l'affrontement qui s'en suit. Dans une histoire qui passe par le crime de trahison, la culpabilité, le mensonge, l'oubli, le pardon, la rédemption puis la mort d'un homme, on suit beaucoup les égarements d'une brute épaisse qui tente par tous les moyens même les plus pathétiques de travestir la laideur de son geste, et c'est d'une infinie lourdeur. Et si, lors de la mort de Frankie, Ford et Joseph August placent la caméra du point de vue du révolutionnaire, montrant en quelque sorte de façon explicite de quel côté se situe la sympathie du metteur en scène, on peine à avoir envie de donner à tous les "rebelles" sentencieux et aveuglé par "la cause" la moindre circonstance atténuante. Ils portent la gabardine avec un peu trop d'aisance... Donc on a pitié pour ce gros sac à vin de Gypo, mais pas beaucoup plus. Je me risque à un dernier crime de lèse-majesté: Victor McLaglen, dirigé par Ford dans des prises qui sont sans doute rarement plus de deux, en fait des tonnes, vraiment des tonnes!

L'un des aspects les plus étonnants de ce film reste sans doute qu'il s'agissait d'un tout petit budget, pour Radio Pictures, filiale de RKO. Mais Ford et August ont su tirer partie des éléments les plus inattendus, convoquant un brouillard intense (Et métaphorique, à n'en pas douter!) pour cacher le carton-pâte de leurs décors, et ça marche plutôt bien. Car si le symbolisme lourdingue du film, le jeu empesé de tout ce petit monde, et la façon dont le personnage traîne sa culpabilité d'un bouge à l'autre sont hautement irritants, il n'en va pas ainsi de l'image, car comme d'habitude Ford est décidément l'un des plus grands metteurs en scène du monde, sachant instinctivement tirer partie de tous les environnements pour créer des images de toute beauté, et utiliser à la perfection l'ombre et la diffusion de la lumière, dans une histoire qui se déroule intégralement sur une nuit. Le travail au plus près des corps, les magnifiques gros plans de la séquence finale sur Una O'Connnor et McLaglen nous rappellent que derrière ce film bavard, il y a des artistes qui s'expriment... Et Max Steiner qui avait déjà travaillé sur The lost patrol, fait un boulot fantastique, comme d'habitude, pour accompagner comme il l'avait fait sur King Kong tous les mouvements de Gypo, et chaque émotion dans ce film, en ayant bien sur recours avec gourmandise à une véritable plongée dans le folklore! Donc on comprend, paradoxalement, que Ford ait eu au final un Oscar de la mise en scène pour son film, le seul problème c'est qu'on soupçonne du début à la fin que c'était précisément son but. Pourtant, si j'admets l'importance historique de l'attirance pour Ford des techniques héritées de Murnau et de son passage éclair à la Fox (un gout esthétique qu'il partageait d'ailleurs avec Hitchcock!), je pense que c'est d'une part à l'époque du muet, et d'autre part dans la diffusion de ces élans artistiques dans le reste de l'oeuvre que cet aspect de son style prend tout son sens.

Et quant à l'Irlande, ce pays rêvé par Ford, je la préfère cent fois de pacotille comme dans l'admirable film The Quiet Man, lui aussi traversé par la culpabilité d'un homme, mais qui ne devient pas en permanence le prétexte pour un metteur en scène aussi grand soit-il, à attirer l'attention de manière excessive, voire grossière...

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Published by François Massarelli - dans John Ford
24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 17:01

On oublie souvent qu'à partir de son arrivée chez Gaumont, Louis Feuillade, d'abord assistant d'Alice Guy, a vite du apprendre à tout faire. on lui doit donc, avant même que ses goûts ne le poussent vers l'exploration gourmande du genre policier, un nombre de films impressionnants dans tous les genres: féeries, drames, et bien sur des comédies. Certaines, regroupées dans des séries (Bébé, Bout-de-Zan) sont embarrassantes à regarder aujourd'hui, mais certaines témoignent au moins du fait qu'il savait attacher une certaine rigueur dans son métier. C'est le cas de ces deux films.

Je passe vite sur Une dame vraiment bien, un film entièrement basé sur une idée simple, mais efficace: une dame élégante (Renée Carl) traverse la ville tranquillement, sans se soucier des catastrophes qu'elle déclenche sur son passage. En effet, tous les hommes sont subjugués par elle, et ont la tête toute retournée, aussi bien les commerçants, les passants, les ouvriers et bien sur les gendarmes...

Le récit du colonel est ce qu'on n'appelait pas, à l'époque, un plan-séquence, basé sur une idée, elle aussi, fort simple: un vieux militaire en retraite a pris l'habitude d'égayer les repas auxquels il est invité en se livrant à des récits vibrants de ses exploits passés. Et pour le mettre en scène, Feuillade nous montre le vieux s'emportant, provoquant par ses éclats de voix de tels sursauts chez les domestiques que ceux-ci en lâchent immédiatement la vaisselle, puis s'emballant de plus en plus, le colonel joint le geste à la parole et commence à tout casser... La fin n'est pas une fin, mais un armistice, et on peut voir les convives revenir sagement s'installer, comme si de rien n'était. Le film est drôle, de par la façon qu'a eu Feuillade d'orchestrer le crescendo...

Le récit du colonel (Louis Feuillade, 1907); Une dame vraiment bien (Louis Feuillade, 1908)
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Published by François Massarelli - dans Louis Feuillade Muet
24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 16:46

Bob McKimson ne sera jamais dans la même catégorie que ses glorieux collègues, Tex Avery, Bob Clampett, Friz Freleng, Frank Tashlin ou Chuck Jones. Mais il mérite quand même de rester dans l'histoire pour une création essentielle: c'est lui, en 1943, qui raffine la silhouette et les traits de la vedette désormais établie des studios de Leon Schlesinger, Bugs Bunny, sur un document resté célèbre. Et quelques temps après, il va accéder, une fois Bob Clampett parti, à un fauteuil de metteur en scène sur les convoitées Merrie melodies, et les Looney tunes. On lui devra essentiellement des cartoons mettant en scène, comme Freleng, des héros aux prises avec des grosses brutes excessives et le plus souvent bêtes: le Diable de Tasmanie, par exemple, est sa création.

Mais là ou Freleng sait jouer du rythme, et du véritable choc frontal créé par la rencontre d'un fort caractère (Yosemite Sam, par exemple, ou le chat Sylvester) et d'un personnage futé mais qui après tout se risque en terrain dangereux, chez McKimson, tout s'arrête au fait que le héros, on le sait bien, ne risque rien (Sans parler de sa création la plus insupportable, le coq Foghorn Leghorn, bavard imbuvable dans des films qui sont moins drôles que tout l'oeuvre de Carl Dreyer)... Donc cet Acrobatty Bunny, un peu poussif, appartient bien à cette tendance, et la rencontre entre Bugs Bunny et un lion (D'afrique, pour ne pas qu'on confonde avec un autre film de McKimson) donne lieu à quelques gags amusants, mais ils sont bien peu nombreux. Un point fort, toutefois, la fin...

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Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Animation Looney Tunes
23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 17:30

Bugs Bunny a souvent été mêlé à la musique: il faisait partie de la distribution de Corny Concerto, de Bob Clampett, une parodie bienvenue de Fantasia; il allait affronter Elmer dans The rabbit of Seville, une éblouissante série de variations idiotissimes sur l'opérette, orchestrées par Chuck Jones, le même Chuck Jones qui allait faire de lui un chef d'orchestre à la Stokowski dans Baton Bunny, mais aussi le metteur en scène du plus extrême dessin animé du genre, What's opera doc?

Pourtant, quand on pense à la musique, dans le cadre si riche des Merrie Melodies, le spécialiste restait Freleng. Le mélange parfaitement dosé entre animation et bande sonore, c'était son domaine, et il le prouve d'une manière définitive avec ce film, une suite ininterrompue de gags géniaux liés à un point de départ simple: Bugs Bunny est un pianiste virtuose qui livre une prestation... Vite court-circuitée par la présence d'une souris qui entend elle aussi poser sa marque dans la musique! Peu de dialogues, un timing parfait, une animation presque au top. S'il fallait exprimer un bémol, disons que la souris trouble-fête reste un peu trop schématique, et assez statique: le début d'une impression de laisser-aller, qui va s'amplifier sur les films de Freleng mettant en valeur Speedy Gonzales ou autres petits personnages souvent moins animés que leurs adversaires de taille conséquente...

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Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Animation Looney Tunes
23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 17:21

Avec Baseball Bugs, un immense classique, il se produit quelque chose de nouveau: plutôt que d'assister à une accumulation destructrice de gags disjoints et défiant la logique, on suit une intrigue. Certes, les gags absurdes (Des joueurs de base ball qui se succèdent en dansant la conga, un joueur qui tombe et se retrouve enterré sous une pierre tombale dans le même élan, et la façon dont Bugs Bunny affronte à lui tout seul une équipe de terreurs) abondent, mais le spectateur est invité à vraiment s'intéresser à ce qui se passe, et bien sur soutenir le héros. Nous voyons donc Bugs, supporter d'une équipe de papys qui se font étriller par des grosses brutes, râler en disant que lui il n'en ferait qu'une bouchée: les costauds le prennent au mot, et bien sur, il va gagner...

L'inventivité montrée à a fois par les gagmen, et bien sur les animateurs est à son plus haut niveau: l'équipe habituelle (Perez, Chiniquy, Champin, Ross) n'a à mon avis jamais été aussi douée que pour ce film, notamment dans les mouvements compliqués des joueurs de base ball. On est encore dans une esthétique douce, ronde, avant que le trait de Freleng ne s'affadisse au profit de l'intrigue, justement... Et c'est un vrai bonheur. Peu importe le base ball, en plus, on n'a même pas besoin d'y connaître quoi que ce soit pour apprécier ces sept minutes.

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Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Animation Looney Tunes