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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 10:50

Tourné à l'hiver 1914-1915, ce film est en fait la plus ancienne collaboration conservée entre Bauer, et les deux acteurs qui six semaines plus tard tourneront pour lui Après la mort, et qu'on retrouvera aussi dans La mort du cygne: Vera Karalli et Vitold Polonski. Karalli interprète Lili, une jeune femme totalement aveugle, et Vadim son amoureux de toujours, décidé à lui rendre la vue par tous les moyens...

Et justement, Vadim a trouvé le docteur miracle, qui a par une simple opération trouvé le moyen de rendre ses yeux à la jeune femme. Celle-ci se fait opérer, et le miracle s'accomplit. Mais le jour où elle recouvre la vue, elle commet une erreur d'interprétation de ce qu'elle voit, et elle confond les deux hommes présents Vadim, et... Gregory; son frère. Tout le contraire de Vadim: il joue, il boit, il fait la fête, il drague, et il s'affiche avec des femmes... Mais il a toujours rêvé d'accrocher Lili à son tableau de chasse, et comme la famille de Lili ne veut pas qu'on la contrarie, il est décidé de ne pas lui révéler la vérité...

Je m'arrête tout de suite sur ce qui ne va pas: ce n'est pas comme si Lili n'avait jamais rencontré les deux hommes qu'elle a confondus. Si on s'en tient à l'image, on sait qu'elle connait par ses mains le visage de Vadim... Et si on est un tant soit peu réaliste, on se doute que leurs voix respectives les rendent forcément différents. Bref, ça ne tient pas debout, il convient de l'admettre.

Mais voilà, Lili possède un certain nombre de caractères qui la rendent si particulière dans le monde de Bauer. Comme tant d'autres, c'est une artiste, qui a trouvé dans la pratique du violon une échappatoire et un univers bien à elle. Ensuite le film nous présente, à travers le jeu enfiévré de Vera Karalli, une découverte de la vue qui devient une expérience traumatique. En recouvrant un sens qu'elle n'a jamais eu, elle perd tous ses repères, après tout. Et Gregory, tout le contraire de son frère l'aîné tourmenté, représente aussi d'une certaine façon l'attraction de l'interdit. Et la révélation de la dissolution de la vie de celui qu'elle s'est en quelque sorte choisi, va ^précipiter une inversion symbolique de la situation.

Oui, Lili redevient aveugle, et peut à nouveau profiter du "bonheur de la nuit éternelle"... 

Bauer en dépit du ratage énorme dans le script est très à son aise, dans la peinture de trois univers, tous des domaines qu'il a explorés et dans lesquels il est passé maître: le monde restreint de Lili, dans lequel l'actrice limite le jeu de ses yeux tout en y trouvant une extrême expressivité. Le monde torturé de Vadim, un homme responsable, et un savant, qui pèse en permanence le pour et le contre, hanté par la mort: il a des cranes humains sur son bureau dans une pièce sombre où il passe le plus clair de son temps. Enfin, le monde de Gregory est fait de repas à n'en plus finir, de boisson, et il vit entre son appartement décoré de statues, hum, antiques, et l'appartement de sa maîtresse (celle qui révélera la vérité à Lili, par jalousie)... 

ET le metteur en scène alterne les vues presque naturaliste de Lili et Gregory (qu'elle prend pour Vadim) dans un Moscou sérieusement enneigé, et une scène inattendue, de Lili qui découvre encore la magie de la vision: fascinée de pouvoir voir la nature, elle regarde par la fenêtre en pleine nuit, et a une vision d'horreur, celle d'une créature au masque de mort... Une brusque intrusion fantastique dans un mélodrame dont les contours restent classiques, mais aussi un aperçu de la vie intérieure troublante d'une feme qui a trouvé un sens qu'elle ne maîtrise pas, et qui décidément ressemble furieusement à une incarnation de sa sexualité ou en tout cas de sa vie affective, ce qui dans un film de 1915 revient, somme toute, au même...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1915 Yevgueny Bauer
6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 19:20

Hanté par le souvenir de sa mère disparue, Andreï Bagrov (Vitold Polonski) vit seul avec sa tante, reclus das une solitude face à son obsession pour la science. Au cours d’une soirée mondaine à laquelle son ami Tsenine (Georgy Azagarov) l'a poussé à participer, il rencontre l'actrice Zoïa Kadmina (Vera Karalli), que sa gaucherie le pousse à fuir... Pourtant il pense à elle et quand Tsenine lui propose d'aller assister à un concert de bienfaisance, il a reconnu son nom. Durant le spectacle ils restent les yeux rivés l'un sur l'autre... Mais rien n'arrive pourtant. Pire: ils se retrouvent dans un parc, et le jeune homme reste froid vis-à-vis de la jeune femme. Trois mois plus tard, Andreï apprend sa mort elle se serait supprimée à cause d'un amour non partagé. A partir de cet instant, elle l'intéresse...

Après le mari éploré de Rêves éveillés, qui était trop obsédé par le souvenir de son épouse pour réussir à vivre pleinement et en confiance un nouvel amour, au point de tuer, Andreï est à nouveau un héros sombre et typique de l'auteur qu'était Yevgueny Bauer. Une fois de plus, le metteur en scène manie une certaine ironie, en même temps qu'une omniscience évidente dès la fameuse séquence de la soirée mondaine, souvent mentionnée par les commentateurs, tous admiratifs: c'est un plan-séquence de 5 minutes dans lequel la caméra reste constamment cadrée sur Andreï, qui évolue, seule personne à se demander ce qu'il fait là, au milieu de gens qui eux en revanche prennent du bon temps: tout est dit!

Et Vera Karalli est parfaite dans le rôle ambigu d'une femme du monde qui ne réussit pas à envoyer les bons signaux de S.O.S. au seul homme avec lequel elle aurait sans doute pu communiquer, et puis vivre, tout simplement: ce n'est pas un hasard si Bauer lui a ensuite confié le rôle principal de l'artiste de La mort du cygne. Mais le héros de ce film reste fermement Vitold Polonski, qui accomplit la redoutable mission de donner à voir un homme qui va glisser dans une obsession morbide de plus, en quelque sorte en choisissant sa folie... Bauer est particulièrement inspiré par le caractère onirique de la maladie du jeune homme, ce qui donne lieu à des séquences visuellement inoubliables, parmi les plus belles et les plus noires de son oeuvre.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1915 Yevgueny Bauer
6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 19:02

Un homme obsédé par la disparition de sa femme morte croise son sosie dans la rue et va se perdre dans une tentative malheureuse de re-création impossible de l'amour perdu... Ca vous rappelle quelque chose, n'est-ce pas? Mais on n'est pourtant ni chez Hitchcock, ni chez Boileau et Narcejac, les deux auteurs de D'entre les morts, le roman adapté par Hitchcock pour son film Vertigo! D'ailleurs, les chances pour le cinéaste Anglais ou pour le duo d'écrivains d'avoir vu ce film de Bauer, sorti sans doute exclusivement en Russie en 1915, puis disparu des écrans radars pendant 75 ans, me semblent fort minces...

Sergei Nedelin (Alexandre Wyrubow) vient de perdre son épouse et est inconsolable. Il s'enferme en permanence, dans une maison qui ressemble à un mausolée dédié à lépouse disparue, et encombré de portraits, d'objets fétiches, et autres souvenirs accumulés de façon morbide. Son meilleur ami, le peintre Solskii (Victor Arens) conseille à Sergei de sortir pour s'oxygéner... et lorsqu'il tente une sortie il croise Tina (Nina Tchernovajewa), une femme qui ressemble à sa chère Helena... Elle est actrice, et il la suit jusque au théâtre où elle participe à un opéra: elle joue une femme ressuscitée d'entre les morts.

A partir de là, Sergei est obsédé par la jeune femme, et essaie même de considérer qu'il va revivre grâce à cet amour, mais tout va mal se passer, pour au moins deux raisons: son ami Solskii, qui est peintre, voit très facilement en Tina une femme qui profite de la situation et il met son ami en garde. Un artiste, chez Bauer, est souvent doté de sens particuliers. Et sinon, Sergei a du mal à contenir Tina qui une fois chez lui, souhaite n'en faire qu'à sa guise... et dans l'esprit de son amant, profane les objets d'Helena qu'elle touche...

Je le disais plus haut, on n'est pas chez Hitchcock, mais bien chez Bauer: cette ironie distante face à l'obsession morbide, cette inscription définitive du personnage dans son environnement, fait ici uniquement de traces de l'être aimé et décédé, ou encore l'artiste clairvoyant (Qui ne sera pas écouté, et du coup joue le rôle d'un oracle inutile): tout ça fait l'univers de ce grand cinéaste méconnu. Un univers qu'on retrouvera dans d'autres films tout aussi beaux, tout aussi morbides et tout aussi passionnants, Après la mort (1915) et La mort du cygne (1916)...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1915 Yevgueny Bauer
9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 16:46

Ce film est une histoire de prestige, avec la grande actrice Clara Kimball Young. Voilà une relative déception, due autant à la vision récente de son remake (Svengali, de Archie Mayo, avec John Barrymore et Marian Marsh, sorti par Warner en 1931), qu’à la médiocrité visuelle du DVD Alpha que j’ai visionné.

Cette histoire de George du Maurier de génie qui hypnotise la femme de ses rêves permet au moins à Tourneur de continuer à explorer les possibilités narratives du tournage en intérieurs, avec une scène de concert aux multiples angles de prise de vue : le public vu de la scène, deux membres du public vus en plan rapproché, la cantatrice vue en plan rapproché, vue de dos depuis l’orchestre, etc.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1915 Maurice Tourneur
9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 16:41

Alias Jimmy Valentine (1915) est l'un des plus connus parmi les films muets Américains de Maurice Tourneur. Robert Warwick y est un cambrioleur génial qui mène une double vie. Après un séjour en prison, il fait l’objet d’une expérience : le gouverneur de l’état (Frderick Truesdell) le sort de Sing-sing car il croit (A tort) en son innocence, poussé il est vrai par sa fille (Ruth Shepley) qui a un faible pour le jeune homme. Celui-ci décide de vraiment devenir honnête, au grand dam de ses deux anciens collaborateurs (Johnny Hines et Alec B. Francis), mais l’inspecteur Doyle (Robert Cummings) souhaite coincer le héros, qui va se trahir dans une scène au suspense inattendu.

Ce film, aux cotés de The musketeers of Pig Alley (1912), de Griffith, et Regeneration (1915), de Raoul Walsh, est l’une des premières grandes dates du film de gangsters, et la réalisation fait la part belle aux séquences tournées en intérieur, avec en particulier des scènes splendides tournées lors d’un cambriolage, vues en contre-plongée: elles témoignent d'une envie de faire avancer le cinéma, et d'associer le spectateur à l'action en lui présentant l'aventure sous des angles inédits.

On évite le prêche grâce à la grande subtilité de la direction, et le rapport qui s’établit entre l’inspecteur et sa « proie » est très intéressant. Je soupçonne que ce type non-conventionnel de traitement du film policier soit un import Français, peut-être piqué à l’ancien collègue de Tourneur à l’Eclair, Victorin Jasset, dont les feuilletons s’intéressaient beaucoup plus aux bandits qu’aux policiers.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1915 Maurice Tourneur
8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 18:30

Ce film est une cause célèbre, dans l'histoire du cinéma. Tout ça à cause de la Vérité... je m'explique: Hypocrites débute dans une communauté des Etats-Unis contemporaine de la sortie du film. Durant l'office, le pasteur commet un sermon accusateur qui pourfend l'hypocrisie de ses paroissiens. Ce qui a pour effet de les liguer contre lui. Laissé seul, il laisse son esprit vagabonder, car il a lu l'histoire d'un prêtre, l'ascète Gabriel, qui avait souhaité exposer les habitants de sa région à une statue de la vérité... nue comme au premier jour. Il avait tout bonnement été tué par la foule en colère...

Le pasteur alors s'imagine, accompagné d'une version vivante de la statue, passant de salon en salon pour aller montrer à tous qu'ils vivent dans le pêché... Mais il est retrouvé mort le lendemain, seul dans l'église.

D'une part, si le film a rencontré le public à sa sortie (la distribution, incidemment, était prise en charge par la Paramount, donc la plus grosse structure de l'époque, on pouvait leur faire confiance pour que le film soit montré partout), il laisse un peu perplexe aujourd'hui, d'abord parce que comme à chaque fois qu'un film muet cherche à nous montrer le pêché, il nous montre essentiellement des gens en train de s'amuser, pas beaucoup plus... mais surtout les intentions de Lois Weber ne sont pas très claires.

Et puis surtout, il y a sans doute un peu d'hypocrisie, justement, à s'assurer qu'un film qui condamne le pêché sera un gros succès dans les salles et rapportera beaucoup d'argent, en y montrant à de multiples reprises une femme totalement nue qui dans les scènes allégoriques représente, donc, "La Vérité". C'est facile, et ça rapporte.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1915 Lois Weber
1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 17:07

Sydney Chaplin pourrait très bien n'être que le grand frère de qui vous savez, ce ne serait déjà pas mal... gagman, acteur dans les films de son frère, parfois sans doute assistant écouté, comme Albert Austin, Henry Bergman ou Charles Reisner, et pour finir son agent... C'est lui qui a présenté Karno et Chaplin, c'est lui qui a fait l'homme dans une maison au père absent... Bref. Mais Sydney a aussi eu une carrière solo, passionnante parce que totalement oubliée, et franchement atypique.

Une fois Charles parti de chez Sennett, Sydney s'est retrouvé à le remplacer en quelque sorte, avec un personnage récurrent, Gussle, qui inaugure le look qu'aura Sydney dans quelques films de son frère: une moustache envahissante, des cheveux raides, et une raie rectiligne au milieu. Il a ensuite rejoint Charles vers 1916 à la Mutual, puis est devenu un acteur proéminent dans A dog's life, Shoulder arms!, The Bond, Pay day et The Pilgrim. Il a continué à s'occuper des affaires de son petit frère, tout en menant une carrière solo, moins burlesque, plus dans la comédie de moeurs. Le film Charley's aunt (1925), réalisé pour Christie, est un excellent exemple. Il a ensuite eu une petite carrière à la Warner, mais celle-ci s'est arrêtée net: un scandale en Grande-Bretagne lui a été fatal, comme Arbuckle. Il s'est donc définitivement retiré derrière son frère...

A submarine pirate est le dernier film Sennett de Sydney Chaplin, son premier film à dépasser les deux bobines (dans sa version intégrale, il durait quatre bobines), et l'un de ses rares films survivants des années 10. On y voit bien le style très acrobatique des gags de Sydney qui ont souvent un petit arrière-gout d'absurde. C'est aussi un étrange objet, qui doit beaucoup à Charles Avery, collaborateur de Roscoe Arbuckle, dont le type d'humour tout en violence incontrôlée est ici très représenté, mais qui est aussi marqué par un choix délibéré de Sydney d'être le méchant: il est en effet un pirate, qui utilise un sous-marin pour terroriser les gens. ce qui explique peut-être qu'il ait été relégué si longtemps dans les poubelles de l'histoire, jusqu'à ce qu'un David Kalat enthousiaste l'édite dans le coffret American Slapstick.. Une curiosité, donc, mais suffisamment intrigante pour être revue de temps à autre, même dans une version sérieusement abrégée. C'est la même, quoique passée un peu plus rapidement, qui a les honneurs de la HD dans l'excellent coffret consacré à Mack Sennett chez Flicker Alley...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Mack Sennett Sydney Chaplin 1915
26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 15:18

En 1913, durant la guerre des Balkans, un officier Montenegrin est tué, mais l'officier qui a mené le camp opposé est capturé par ses hommes. C'est un noble Turc, Mammhud Hassan (House Peters), et il va connaître la situation de nombreux prisonniers de guerre capturés en bonne santé: afin d'aider ceux qui sont à l'arrière, il va être captif dans une ferme, où il remplacera un homme mort au front. Par hasard, il se retrouve donc placé dans une petite maison, à l'écart de tout, et se retrouve en compagnie de la famille de celui qui est mort: la belle et farouche Sonia, sa soeur (Blanche Sweet), et son petit frère. Ils vivotent, en élevant des chèvres, principalement... Et si au début Hassan est accueilli par Sonia comme un mal nécessaire (Elle ne s'approche de lui qu'avec une arme!), une relation tendre va peu à peu se dessiner entre eux... Mais la guerre, pendant ce temps, évolue, et les soldats Turcs se rapprochent...

On murmure que ce film, l'un des quinze premiers de DeMille réalisés sur à peu près une année, a surtout été motivé par la nécessité de réutiliser des costumes qui avaient déjà servi pour le projet précédent The Unafraid, déjà situé en Europe de l'Est... Et le script, du à l'équipe Jeanie McPherson-DeMille, a sans doute été pondu très rapidement. D'ailleurs, on imagine très bien que Griffith en aurait fait un film beaucoup plus court, par exemple, en deux bobines sans doute: il y a là une scène de maison en proie à une attaque par des hommes menaçants, des péripéties inavouables, et une femme en danger d'être abusée par un soldat en rut!

Mais le film ne manque pas de charme, oscillant souvent entre drame, suspense et comédie, et Blanche Sweet y est excellente. Même si pour sa part elle n'a pas manqué de se plaindre d'un tournage qu'elle a détesté, sous la direction d'un metteur en scène qu'elle n'a pas supporté! The Captive, conservé en d'excellentes conditions après avoir été perdu jusqu'aux années70, est un film typique de la première manière de DeMille: direct, composé avec simplicité, et linéaire, il permet de voir une histoire qui débouche comme d'autres sur une ode à la liberté et au bonheur, deux luxes à aller chercher ailleurs, tant ils semblent impossibles à trouver pour ces Monténégrins et Turcs, prisonniers d'un monde vieillot dans lequel on se bouscule... Même si le film ne se conclut pas par un plaidoyer en faveur de l'exil pour les USA, il ne fait aucun doute que nos héros ne trouveront pas à s'aimer tranquillement dans la vieille Europe.

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Muet 1915
10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 18:56

Ce film, adapté d'une histoire de Thomas Ince et C. Gardner Sullivan (Tout comme The Coward, réalisé par Barker l'année précédente) fait partie de ces rares films qui dans les années 10 se sont intéressés au sort des immigrants dans la Grande Amérique encore bourgeonnante. A l'espoir d'un rêve Américain, dont les films contemporains nous apprennent qu'il était sans doute réservé à des Anglo-saxons, le film oppose donc le sort peu enviable des immigrés Italiens, venus pour participer à l'immense progrès représenté par l'Amérique, et qui finissent par se trouver moins bien lotis que dans leur Italie natale. L'intrigue suit les pas de Beppo (George Beban), un éternel optimiste venu à New York afin de devenir quelqu'un, ce qui l'autorisait enfin à faire venir Annette, sa fiancée. Dans un premier temps, tout va bien, Beppo a "réussi", en créant un business florissant de... cirage de chaussures. Mais les circonstances vont s'acharner sur lui et sa nouvelle épouse, et une canicule va leur prendre leur petit nouveau-né, et le sentiment d'injustice ressenti par le héros sera à son comble lorsqu'un homme qui lui a refusé de l'aide fera savoir par voie de presse que son propre enfant est malade, et que les meilleurs médecins se penchent sur son cas...

Le film est étonnamment rythmé pour un mélodrame, suivant le dynamisme de George Beban qui fait de son personnage un agité permanent. Ca fait bien sur partie de la caractérisation "ethnique", la spécialité de l'acteur, qui donne également lieu à des intertitres à la Chico Marx. reste que le film est attachant, avec son refus du compromis, et un sens marqué du pathos, qui prend fait et cause pour les petits immigrants. Chez Ince, cette question du point de vue donnait souvent des résultats intéressants, le producteur favorisant souvent celui des victimes de l'injustice, à l'écart des clichés bien-pensants.

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Published by François Massarelli - dans Thomas Ince Muet 1915
15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 18:08

Griffith n'avait, dans les années 10, ni l'apanage des avancées cinématographiques, ni celui des productions liées à l'histoire de la Guerre Civile. Et c'est justement quelques mois après le monumental The Birth of a nation, que la Kay Bee (l'unité de production sous la direction de Thomas Ince, partie intégrante de la Triangle Film Corporation) sortait ce fantastique film de Reginald Barker... souvent attribué à Ince, et ce pour deux raisons: d'une part le brillant touche-à-tout était le scénariste en plus d'être le producteur de ce film; d'autre part, comme le faisait remarquer avec humour Buster Keaton, Ince était plutôt du genre à s'auto-créditer de tout et n'importe quoi qui sortait de ses studios... D'où un certain nombre de difficultés à créditer correctement les films. Pas celui-ci: Barker en est bien le réalisateur, comme d'autres films majeurs du studio, du reste.

L'argument fait penser à un film de Griffith, encore lui: The house with closed shutters (1910) était un court métrage de la Biograph dans lequel un jeune soldat confédéré désertait et sa soeur endossait son uniforme et sa responsabilité afin de protéger la famille de la disgrâce... Dans The Coward, le conflit reste le même, et nous assistons aux fêtes qui précèdent le départ pour le front de tout un pan de la jeunesse Sudiste. Mais Frank Winslow (Charles Ray) ne partage pas l'enthousiasme de sa génération: il a peur de partir, et va tout faire pour éviter de s'engager. Son père, un colonel à la retraite (Frank Keenan) qui s'engagerait si on voulait bien de lui, va l'amener au bureau de conscription sous la menace d'une arme. Le fils part bien au front, mais à la première occasion, déserte et se réfugie chez ses parents. Pour réparer la disgrâce, le vieux colonel enfile l'uniforme et rejoint les lignes sudistes. Pendant ce temps, l'armée de l'union se rapproche, et un groupe d'officiers s'impose dans la maison des Winslow. Frank sent monter en lui un courage nouveau...

Ince avait l'habitude de tourner (Ou produire) des films situés lors de la guerre civile, souvent avec Francis Ford. Donc il serait vain de s'imaginer que c'est l'énorme succès de The Birth of a nation qui l'aurait décidé à se lancer dans cette production. Et le style est très éloigné de celui de Griffith. La parenté avec le court métrage cité plus haut s'oublie très vite, notamment parce que le long métrage de Barker bénéficie d'un avantage certain: contrairement à Griffith en 1910, il a pu s'intéresser à ses personnages, et le vrai sujet du film devient vite évident: ce qui nous importe, c'est ce qui se passe dans la tête des deux personnages. La façon dont Frank admet puis assume sa peur, la réaction incrédule du vieil homme, la mère éperdue située entre les deux hommes, dans un conflit qu'elle n'a aucun pouvoir pour résoudre, puis la peur qui monte pour le soldat Winslow, enfin la détermination du vieux qui a pris sa place, qui lentement s'approche de la caméra, sa tête burinée prenant toute la place... Le film est plein de ces moments de suspension de l'action, et les personnages prennent le temps d'exister!

Bien sur, il y aura des quiproquos, et suffisamment d'invraisemblances, mais peu importe, on est face à un film classique, d'une exigence rare, et qui fera des petits: impossible de ne pas penser à The General lors de la scène de confrontation entre Frank et les officiers Nordistes dans le salon de la maison Winslow, un moment durant lequel Barker accélère soudainement le rythme, et nous montre Frank, caché... sous la table. Les scènes de combat sont impressionnantes, et le film, après tout, se termine bien. Tant qu'à faire! Un classique à voir, donc, et qui donne envie de s'attaquer à la montagne de films sortis des studios de Thomas Ince.

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Published by François Massarelli - dans Thomas Ince Muet Guerre de Sécession 1915