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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 18:05

Dans les quelques films qu'on a conservés de l'oeuvre de Bauer (environ un quart de l'ensemble), il se produit une fracture nette, entre les oeuvres si totalement russes, qui vont de 1913 à 1916, et ses derniers films, dont Vers le bonheur, Le révolutionnaire, ou le roi de Paris. Cette fracture est d'ailleurs parfaitement incarnée par ce film, dans lequel le metteur en scène confronte une fois de plus un personnage fragile à l'image de la mort, mais cette fois, il se lâche et en profite pour charger avec une ironie cinglante un personnage de "passeur", un artiste une fois de plus, qui est justement celui qui est obsédé par l'au-delà... Du coup, le film franchement baroque tranche sur les deux précédents, qui eux restaient à une certaine distance...

Un séducteur (Vitold Polonski) rencontre une jeune femme d'une grande beauté (Vera Karalli), mais qui est muette. Ils deviennent amants, mais le jeune homme tend à abrutir la jeune femme de fadaises, et lassé de ce manque de répondant, il la remplace sans autre forme de procès... Gizella, meurtrie, cherche à oublier, et décide de le faire par la danse, sa passion. Elle devient une vedette, avec en particulier une interprétation de la Mort du cygne du ballet de Tchaikovsky... C'est lors d'un de ses galas qu'un artiste obsédé par la mort (Andreï Gromov) la voit: il est à la recherche de la plus parfaite expression de la beauté de la mort, et il est persuadé de l'avoir trouvée. Il invite Gizella à poser pour lui... Ce qu'elle accepte.

Mais elle a des angoisses, liées à ce qu'elle a vu dans l'atelier du peintre: une présence surnaturelle et envahissante de la mort., ce qui provoque des cauchemars... Dont elle se sort sans trop de problèmes avec une nouvelle rencontre avec son séducteur, qui ne l'a en fait jamais oubliée, et lui demande sa main. C'est donc une Gizella radieuse qui se rend au rendez-vous chez le peintre halluciné, dans le but de se laisser peindre en cygne mourant. Je vous laisse deviner la suite.

Bauer fait tout pour séparer, différencier ses deux protagonistes principaux: la beauté fragile de Vera Karalli, qui non seulement est une excellente actrice, mais en plus danse pour de vrai, est mise en scène avec lyrisme, et une certaine retenue aussi. L'idée d'en faire une muette fonctionne à merveille, donnant à tout excès d'expressivité une justification parfaite... Mais le peintre, avec sa perruque et sa barbe à la Raspoutine, tient de la parodie pure et simple! Et son atelier est du plus haut ridicule. Le metteur en scène en avait-il soupé de "l'âme Russe"? Ses films suivants tendraient à le prouver. Mais ce qui aurait pu gâcher le film joue malgré tout en sa faveur, car le contraste entre les deux permet à Bauer de nous éblouir dans une séquence de cauchemar très élaborée, qui combine l'art consommé du réalisateur pour le placement des personnages dans le décor, l'utilisation de lumières, le cadrage et la caméra mobile. Et Karalli confirme qu'elle n'était pas qu'une note en bas de page (En particulier dans l'histoire compliquée de Raspoutine, mais je vous laisse chercher), mais bien une actrice de tout premier ordre.

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Published by François Massarelli - dans Muet Yevgueny Bauer 1916
1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 16:29

On a retrouvé le cadavre d'un homme, le docteur Monro, à son domicile. Trois témoins sont appelés à éclaircir les circonstances de sa mort: une femme de chambre, celle qui a découvert le corps; et deux ingénieurs... dont le hasard a voulu qu'ils soient des sosies. C'est à cause de cela que l'un d'entre eux a été mêlé à la mort d docteur, bien malgré lui...

Sjöström expérimente avec ce film dont il ne reste aujourd'hui que trente minutes à peu près, et c'est bien regrettable: on ne comprend pas grand chose de cette intrigue alambiquée, et qui ne justifie pas vraiment de la nécessité pour le metteur en scène d'interpréter un double rôle... au-delà de la possibilité technique de s'amuser un peu à mettre deux Sjöström dans le plan! Donc je pense que c'est l'une des deux choses que le réalisateur s'est plus à explorer avec ce petit film. La noirceur propre à Sjöström a tendance à laisser la place ici à une sorte de puzzle extravagant, dans lequel le sinistre et l'étrange ressortent plus de la politesse du genre, que de la propension du metteur en scène pour le tragique! Et il se plait, en plus de la double exposition de la pellicule qui lui permet de se dédoubler, à situer tout son film dans la pénombre, ce qui lui donne un aspect cauchemardesque. Un savoir-faire dont le réalisateur se souviendra lorsqu'il tournera La Charrette Fantôme.

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Published by François Massarelli - dans Muet Noir Victor Sjöström 1916
13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 09:07

Plutôt oublié aujourd'hui, ce film est, dans le sillage d'Intolerance, l'une des nombreuses tentatives de participer au grand débat qui agite l'Amérique après le torpillage du Lusitania (7 mai 1915). ce grand débat, rappelons-le, s'est soldé par une campagne présidentielle menée par Woodrow Wilson, président démocrate sortant, qui a ouvertement fait campagne sur l'idée d'une non-intervention en Europe... avant de rétro-pédaler une fois élu président, avec les conséquences que nous savons. Parmi les cinéastes, si Cecil B. DeMille se distingue avec un message pro-intervention, à peine voilé, dans Joan the woman où il lie de façon osée l'histoire de Jeanne d'Arc avec la nécessité contemporaine de sauver l'Europe du chaos, l'opinion générale est plutôt isolationniste; Griffith a tourné son faramineux et dispendieux film Intolerance justement pour condamner la guerre et s'en prendre à ses causes, et c'est exactement ce que cherche à faire Ince avec son film, certes spectaculaire, mais d'une envergure quand même bien différente.

A Wredpryd, un pays monarchique et chrétien qui n'existe pas, la guerre menace. Le comte Ferdinand (Howard C. Hickman) a inventé un sous-marin révolutionnaire. Mais durant le conflit, son état-major galvanisé lui ordonne de couler un bateau dont les passagers sont des civils. L'ordre venu du roi lui-même est on ne peut plus clair: laissez de côté tout sentiment... Le comte refuse, et en lieu et place du paquebot "Propatria", il va s'évertuer à couler le sous-marin, entraînant la mort de tout l'équipage. Il est secouru, entre la vie et la mort, mais tandis qu'on le transporte, son âme arrivée presque à destination, reçoit la visite peu banale du Christ, qui décide de retourner sur terre dans l'enveloppe corporelle du comte afin de rétablir l'ordre.

Oui, vous avez bien lu.

Bon, on ne va pas y aller par quatre chemins, le film est ouvertement Chrétien, il part du principe que l'humanité la plus noble ne peut que faire partie de la masse bêlante des croyants, et on ne va pas s'en offusquer plus longtemps, sinon il nous faudrait jeter toute l'oeuvre de Chaplin, qui a si souvent utilisé la religion comme un exemple de voie à suivre (Easy street, The great dictator) même si c'était par convention, il faudrait également se débarrasser des films, profondément Catholiques, de John Ford, dont certes le message universel est beaucoup plus assimilable par les non-croyants que ce film peut l'être... Mais si le film de Ince possède ce défaut, et d'autres (Pour commencer, on notera qu'il n'y a pas un noir à l'horizon. C'est une allégorie, et je soupçonne Ince d'y avoir représenté SON monde idéal, donc on ne s'étonnera hélas pas de leur absence, pas plus que de celle des juifs, bien sur), il a au moins l'avantage de prendre une route radicalement différente de celle de Griffith...

Le pays ou se situe l'action est une monarchie, plutôt européenne, et les femmes y portent des foulards sur la tête à la mode Européenne justement; les militaires y portent quant à eux casques à pointe, et le bateau qu'ils s'apprêtent à couler est le Propatria: ces va-t-en-guerre, dans ce film au message universel, sont quand même bien marqués, non? Certes, le film prêche la paix universelle, mais il le fait en ciblant les affreux Teutons, ce qui ne mange pas de pain. Ince a peut-être des convictions, mais il les partage en homme prudent, qui sait qu'il ne fait jamais insulter l'avenir, en cas de renversement de l'opinion. Si on compare, Griffith de son côté, a carrément fait suivre son appel à la paix universelle par l'un des films les plus belliqueux et patriotiques de sa carrière, Hearts of the world!

Mais Civilization, en dépit de son unicité, de son caractère de curiosité spectaculaire, peine à être autre chose, justement, qu'une curiosité. Le chaos représenté par les batailles spectaculaires du début, dans lesquelles on se refuse à identifier les soldats d'un camp ou de l'autre, est certes motivé par une noble cause, mais peine justement à fédérer le spectateur. Et ce chaos trahit aussi ce qui est l'ADN même de l'oeuvre, tournée à la façon habituelle par le producteur Thomas Ince: il a signé son film, mais il l'attribue lui-même à deux autres réalisateurs, Raymond West et Reginald Barker (L'un de ses homes de confiance, auquel on doit entre autres le drame de la guerre civile The Coward, la chronique de l'immigration The Italian, et le western avec William Hart au titre qui me fait toujours froid dans le dos, The Aryan). Et c'est la grande faiblesse d'un film, d'avoir été accompli par un studio, assenblé à partir du travail de plusieurs équipes, de plusieurs sensibilités, toute au service d'une idéologie mal fagotée... Pour couronner le tout, le caméraman Irvin Willat révélait à Kevin Brownlow avoir fait ses premières armes de réalisateur sur ce film en effectuant à la demande de Ince des retakes sur les scènes de bataille! Et le film, par son ethnocentrisme chrétien à courte vue, devait déjà être bien embarrassant à sa sortie: il est trop ciblé, et franchement, de très mauvais goût, y compris pour les croyants! Qu'on en juge en le comparant avec l'exceptionnelle réussite d'un autre film très chrétien, le superbe Ben Hur de Fred Niblo: le Christ y est là aussi employé comme protagoniste, mais on ne le voit jamais... 

Civilization fait partie de l'histoire du XXe siècle, de ses idéologies et de ses contradictions. A ce titre, le film a été élu parmi les listes des films à préserver en priorité par l'American Film Institute. C'est bien joli, mais ce devrait être le cas pour TOUS les films quels qu'ils soient! ET ça devrait garantir qu'on puisse le voir dans des conditions décentes, ce qui est loin d'être le cas. Au moins peut-on en voir une version complète sur Youtube. 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916 Thomas Ince Première guerre mondiale
9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 16:17

Techniquement, ce film est crédité à "Alice Guy-Blaché". Cela fait déjà vingt ans que la réalisatrice est en activité, ce qui fait d'elle probablement la pionnière à la plus grande longévité! En 1916, Méliès ne fait plus de cinéma depuis longtemps, Porter non plus, et ça fait belle lurette que les Lumière sont passés à autre chose... Pour autant, je constate que le consensus fort sympathique autour d'Alice Guy, de ses films, courts comme longs, Français comme Américains, ne tient jamais vraiment compte du fait qu'ils sont souvent médiocres et poussifs. En particulier ses insupportables films comiques Français, mais je ne goûte que fort peu les cours métrages de comédie réalisés pour la Solax au début des années 10, même si leur principal atout reste quand même un jeu plus mesuré que les burlesques contemporains.

The Ocean Waif est une commande de Hearst, un film que la dame n'a pas écrit ni produit. L'intrigue est celle d'un mélo classique, qui voit un homme et une femme se rencontrer à un moment crucial de leur vie: une jeune femme, persécutée par son père adoptif ivrogne, se réfugie dans une maison isolée, dans laquelle se sont installés pour quelques temps un romancier sur le point de se marier et son domestique. La maison a la réputation d'être hantée, et la présence de la jeune femme, désireuse de se cacher, va occasionner des quiproquos comiques, mais elle finit par révéler sa présence. Il est inutile d'aller imaginer à partir de là, que le mariage (Et le prochain roman) du jeune homme est sérieusement compromis...

Doris Kenyon, qui a également tourné pour Maurice Tourneur, est pétillante et donne beaucoup de sympathie au personnage de conte de fées qu'elle interprète. Les autres sont moins intéressants. Le film est clairement inspiré de la formule Mary Pickford, et déroule tranquillement et sans faire de vagues une intrigue convenue et qui ne produira pas grande surprise. Pour conclure sur Alice Guy, il lui restait encore trois ans à exercer sa profession.

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Published by François Massarelli - dans 1916 Muet Alice Guy
9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 09:44

Les grands sujets, les thèmes de société, comme la peine de mort, les dépendances (Drogues, alcool) ou autres problèmes d'ordre moral, voilà en gros ce qui caractérise une bonne portion des films cruciaux des années 10, par opposition aux années 20, plus solaires et ludiques. Pourtant il existait déjà dans le cinéma en devenir de cette décennie glorieuse une fracture, entre un cinéma déjà dédié aux plaisirs simples et populaires, d'un côté, et des oeuvres militantes, qui tentaient d'affirmer une place dans les débats de société pour le cinéma, cet art de communication qui était désormais bien établi. David Wark Griffith, George Loane Tucker, Thomas Ince, Cecil B. DeMille... ont tous contribué de manière éclatante à développer cet aspect militant du médium. Et Lois Weber aussi. C'était peut-être même la plus engagée de tous, qui croyait avant de calmer le jeu à la fin des années 10 qu'il fallait utiliser cet avantage du cinéma d'être un art populaire, pour essayer d'aborder tous les sujets, d'où ce film militant, qui allait batailler avec la censure, mais aussi se trouver un énorme succès... Un film impressionnant par son ambition, et parfois bien flou, qui traite de contraception... ou d'avortement, ou des deux. Mais il parle aussi d'eugénisme, et c'est là qu'il devient plus qu'embarrassant.

Le procureur Richard Walton (Tyrone Power) est un brave homme, rigoriste mais quel procureur pourrait prétendre ne pas l'être? Il se lamente de devoir parfois juger des gens qui sont devenus criminels parce qu'ils sont nés du mauvais côté de la vie, et il est amené à représenter le ministère public dans un procès contre un médecin qui a souhaité se faire l'avocat du contrôle des naissances, afin d'empêcher le développement de la criminalité, mais Walton ne semble pas particulièrement opposé à l'idée.

Par contre, il a un secret: il est marié, à une épouse qu'il adore, mais qui ne lui a donné aucun enfant. Il en est sincèrement affecté, d'autant que ses voisins ont eux été particulièrement productifs, et que sa belle-soeur vient d'accoucher d'un très beau bébé... Mais Edith (Marjorie Blynn), son épouse, n'a pas l'air de trouver la situation si grave, qui la laisse oisive, prenant du bon temps, entre ses chiens, et ses copines avec lesquelles elle passe le plus clair de son temps. Mais Edith elle aussi a un secret: quand une de ses amies lui avoue être enceinte, mais ne pas désirer l'enfant, Edith suggère comme on propose un café à quelqu'un d'aller voir le docteur Malfit, un praticien qui est très arrangeant...

C'est très ambigu: un flash-back du récit du médecin militant pour l'eugénisme, dans la première partie, semble prendre partie pour sa thèse, en montrant les taudis insalubres où vivent les gens les plus pauvres, et en suggérant qu'il s'agit du repaire du vice et de la criminalité... Cette thèse eugéniste, présente du début à la fin du film, mais jamais clairement énoncée, est-elle l'une des pistes envisagée par Weber? Par ailleurs, tout en adoptant une mise en scène sure et claire, avec ses compositions assurées, et une formidable direction d'acteurs (Weber et son assistant et mari Phillips Smalley privilégiaient des acteurs venus de la scène, auxquels ils demandaient de jouer dans un registre aussi subtil que possible), Weber s'emmêle les pinceaux dans son film, en mélangeant en permanence les notions de contraception et d'avortement; de plus, et c'est à mon sens aussi grave, elle inverse les faits: il semble qu'on y prône la contraception pour les classes ouvrières, et qu'on y condamne l'avortement pour la bonne société (Une façon de rappeler qu'il faut justement encourager les bonnes gens à procréer); mais l'avortement clandestin n'est pas une plaie de la bonne société à cette époque, il est au contraire le dernier recours pour les gens les plus défavorisés. du coup, le message peine à passer... Et surtout, de quel message s'agit-il?

Quoi qu'il en soit, le film au-delà de ce manque de clarté bien compréhensible (Le sujet est quand même vraiment risqué, et le censure particulièrement tatillonne de l'était de Pennsylvanie ne s'y est pas trompée, qui a sauté sur ce film avec gourmandise et une paire de gros ciseaux) reste important, de par sa portée, et ce que Weber a suggéré de la fracture entre les hommes et les femmes: dans les premières scènes, qui montrent les hommes régenter la vie des femmes, Weber montre une réalité qu'elle connaît bien même si elle s'est elle-même fort bien imposée dans un monde et un business dominé par les hommes. Et si elle sépare dans son film le monde des hommes et celui des femmes, c'est aussi qu'elle connaît bien ce problème, qui a d'ailleurs longtemps obligé le couple Smalley-Weber à partager les crédits créatifs (Direction-écriture-production). Mais une actrice de ce film, Mary McLaren, était formelle: quand il était présent sur le plateau, Smalley référait systématiquement à son épouse.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916 Lois Weber
14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 10:15

Ce film provient de l'écurie Triangle Fine Arts, le "label" qui couvrait les productions de David Wark Griffith entre 1916 et 1918, et si c'était un label de qualité, Gretchen the Greenhorn était ce qu'on appelait un "programmer", comprendre "complément de programme", ces films de moindre durée sensés accompagner les productions prestigieuses. Dorothy Gish, jamais totalement reconnue à sa juste valeur, était souvent reléguée dans ces films courts, dont la plupart ont disparu. Les frères Franklin étaient à l'aube d'une carrière qui pour l'un d'entre eux allait être prestigieuse: Sidney, bien sur, a signé quelques films non négligeables, ce qui n'est pas tout à fait le cas de Chester. Les films Fine arts étaient, selon l'expression consacrée, "supervisés" par Griffith, et on reconnaîtra ici, outre la star, un grand nombre de ses acteurs fétiches...

Gretchen (Dorothy Gish) est donc une immigrante Hollandaise, venue rejoindre son père Jan (Ralph Lewis) qui est un nouvel arrivant typique: accent à couper au couteau, mais des rêves pleins les yeux. Dans le petit monde, fait de braves gens d'horizons divers, où ils vivent, un voisin, Rogers (Eugene Pallette) va proposer une affaire à l'artisan Jan: mais c'est un piège, car sans le savoir, il va fabriquer de la fausse monnaie...

Un Américain malhonnête, des immigrants vertueux et qui souhaitent rester du bon côté de la loi, jusqu'à ce que l'un d'eux, l'Italien Pietro (Frank Bennett), ne sauve sa fiancée Gretchen des mains des bandits. Certes, c'est schématique et naïf, mai à l'heure d'une vague anti-immigration sans précédent dans le monde entier, on aurait bien besoin de cette naÏveté et de ces bons sentiments dans notre société actuelle. Le film est un enchantement, construit tambour battant, sans les habituelles et irritantes notations de Griffith dans les inter-titres, et les acteurs font très bien leur travail. On ne peut que s'étonner qu'un film aussi soigné ait été réalisé dans le seul but de boucher des trous du programme dans les salles de 1916, alors que certains de ces acteurs apparaissaient dans Intolerance, produit au même moment. On ne peut que s'étonner et s'émerveiller aussi que ces cinq bobines aient survécu dans une aussi belle copie...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916
1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 22:31

Film fondateur, ce western est né d'une intention, celle de Thomas Ince, de redonner au genre une nouvelle dimension, alors que les productions vite faites mal faites se multipliaient.C'es un long métrage, avec une vedette reconnue et qui n'allait pas tarder à être profondément associé au genre, et on y trouve une complexité morale en même temps qu'une impressionnante fluidité narrative. ...Et pour couronner le tout, on y ose un final baroque dans lequel les images possèdent une expressivité rare, et très en avances sur son temps!

Le révérend Henley (Jack Standing) doit selon sa hiérarchie se confronter à une communauté tranquille, car ils pensent qu'il a besoin de temps avant de montrer les qualités essentielles à son ministère. Ils commettent l'erreur de l'envoyer dans une ville nouvelle de l'Ouest, où le crime et la luxure sont partout... Flanqué de sa soeur Faith (Clara Williams), il arrive dans un endroit dont les deux citoyens les plus en vue sont déterminés à ne laisser ni la loi ni la religion s'installer. Pourtant, à l'arrivée des Henley, le bandit Blaze (William Hart) subjugué par la jeune femme, va changer d'optique. Mais la partie va être rude...

Hart est le premier héros adulte de western, d'une certaine façon; ici, il incarne un cowboy corrompu, mais avec une sorte de préjugé essentiellement politique; il n' a sans doute jamais rencontré de prêtre qui l'ait respecté, ce qui explique son agacement à l'idée de la venue des deux jeunes gens de l'est. Mais la rencontre avec Clara Williams (Qui a un rôle délicat, car elle doit incarner le bien même, c'est casse-gueule et elle s'en sort plus que bien) est une épiphanie authentique, dans un film qui ne manque pas de symboles: Blaze, à propos, c'est un nom qui n'est pas innocent, le terme ayant un cousinage avec le feu, et c'est dans les feux de l'enfer que la ville finira, sous le regard rageur d'un homme qui a choisi le bien, et qui est presque devenu un ange exterminateur...

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Published by François Massarelli - dans Western Muet Thomas Ince William Hart 1916
4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 08:55

Le film commence sans aucun temps mort: Jimmy (Douglas Fairbanks) et Marna (Constance Talmadge) vont se marier: l'Anglais a un verbe, To elope, qui veut dire "se marier en douce", et c'est une tradition des récits romantiques, l'idée étant pour des jeunes gens de ne pas attendre un accord des parents, d'ailleurs parfois pas garanti dans ces histoires d'un autre temps, et de se trouver un certificat de mariage d'une part, et un révérend d'autre part... Pour échapper au père de la jeune femme, les deux amoureux vont donc prendre un train... Mais les péripéties vont se multiplier, et comme la père très en colère a embauché pour récupérer sa fille le fiancé qu'il avait lui-même choisi, il va y avoir du sport pendant 46 minutes fort concentrées...

Douglas Fairbanks sort d'un train, ou court après un train, bondissant de toit en toit pour échapper à ses poursuivants... On est en pleine légende ici, tant il est vrai que l'acteur-producteur n'a pas attendu ses héros légendaires de films épiques pour bondir avec bonheur dans tous les sens dans des séquences espiègles et insouciantes. Ici, il remplit son contrat avec un film au but simple, mais dont les péripéties multiples ne vont pas tarder à devenir des habitudes de la comédie. Harold Lloyd lui-même va beaucoup s'inspirer de ce type d'intrigue, et on peut même tracer une filiation entre ce film et la screwball comedy dans années 30. Par ailleurs, la "chorégraphie de ce film montre que l'art de Douglas Fairbanks est en train de se raffiner. L'acteur est ainsi vu s'installer sous un train en marche comme les vagabonds le faisaient dans tant de contes, ou arrêter un train en marche en s'installent sur la voie pour le stopper! Et puis ici, la cerise sur le gâteau, c'est que pour une fois, Doug qui choisissait toujours des actrices effacées pour être la seule attraction, a eu la bonne idée de confier à une vraie grande actrice un vrai r^ole, et Constance Talmadge participe avec bonheur à la fête...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916
1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 18:32

August Holliday (Douglas Fairbanks) est peintre, autant dire qu'il crève la faim... Néanmoins il a une bonne humeur et un optimisme de tous les instants. Un jour, il montre à son meilleur ami Harry (W. E. Lawrence) un portrait qu'il a peint d'une jeune femme qu'il a croisée dans un parc, et il s'avère qu'Harry la connait. August lui supplie de la lui présenter, et si la famille aisée (Des rapaces!) de la jeune femme, Gladys (Jewel Carmen), est immédiatement hostile à un artiste, en revanche Gladys ele-même ne lui est pas indifférente. Afin d'aider le jeune homme, pas très dégourdi dans ses approches, la meilleure amie de la jeune femme l'assiste dans une "répétition" de déclaration d'amour enflammée... qui est évidemment surprise par Gladys, qui se méprend et coupe les ponts. Et quand il rentre chez lui, le portrait a disparu, volé par un cambrioleur. August décide de se tuer, constate que c'est difficile, et se résout à engager un tueur (George Beranger). Celui-ci n'accomplira pas sa mission car le jour même sa maman décède non sans lui avoir fait promettre de retourner dans le droit chemin! Mais ça, August, qui va retrouver toutes les raisons de considérer la vie comme valant la peine d'être vécue (Gladys comprend sa méprise et l'aime toujours, le tableau est retrouvé intact, et un oncle obscur et inconnu lui lègue une fortune!), vit désormais dans la peur panique de se faire tuer à tout moment...

C'est à William Christy Cabanne qu'on doit l'argument de ce film, qui rappelle vaguement l'argument des Tribulations d'un Chinois en Chine, de Jules Verne... Le film a été beaucoup critiqué pour la longueur de son exposition, Variety allant jusqu'à parler d'une absence de comédie. Pourtant cette longueur à montrer dans toute sa clarté la situation d'August Holliday me semble aller dans la bonne direction, permettant par une exposition aussi complète que possible de donner à Fairbanks quelque chose qui lui manquait souvent cruellement: la motivation, en bonne et due forme, contrairement à une identité toute faite et un peu artificielle comme ses personnages modernes, dans des films où il fallait aller vite, en avaient trop souvent. Et basée sur la possibilité du meurtre, l'intrigue est empreinte d'humour noir, une rareté dans les films muets Américains... à part chez Keaton, bien sur! Le film est donc très intéressant avec sa façon de poser les éléments d'intrigue les uns après les autres avant d'établir une poursuite entre Faibanks et rien (Chaque individu croisé dans la rue, surtout es barbus, devient une menace!) qui est, n'en dépaise à la presse de l'époque, drôle et très enlevée. Et le film, mis en images par le chef-opérateur William Fildew, bénéficie d'une lumière splendide, ce qui ne gâche rien.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916
1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 09:23

Avant d'incarner les justiciers les plus divers, de préférence en costume, Douglas Fairbanks avait mené avec talent et énergie sa petite entreprise de confection de films, mettant généralement la main au scénario, et incarnant avec esprit, voire espièglerie, un héros bondissant et ô combien moderne. Le troisième de ses longs métrages, et un classique à part entière, His picture in the papers est l'une de ces comédies, située non en Californie mais bien dans la région de New York et du New Jersey (N'oublions pas qu'avant Hollywood, Fort Lee, N.J. était la Mecque du cinéma Américain pour les Tourneur, Griffith et consorts), et Fairbanks s'y moque de certaines tendances contemporaines: la diététique à outrance, ou l'art de se croire supérieur quand on mange sans plaisir, (...Et qu'on en a les moyens); l'obsession de la publicité, ici clairement revendiquée comme vide et sans aucune raison d'être, et l'arrivée dans le mélodrame des proto-mafias, ces groupes de méchants aux mines patibulaires, inspirées probablement beaucoup plus des Vampires de Feuillade que des vrais gangsters Américains...

La famille Prindle est toute entière dédiée aux produits diététiques qu'elle produit en quantités astronomiques. Le père Proteus, les deux grandes files Pearl et Pansy...toute, sauf un: Pete, l'unique fils (Douglas Fairbanks), n'a aucun goût pour ces produits miracles, et préfère un bon steak. C'est d'ailleurs le cas de Christine (Loretta Blake), la fille d'un ami de son papa, Cassius Cadwalader. Ce dernier qui envisageait de ne donner sa fille qu'à un adepte de la diététique Prindle, accepte l'union entre sa fille et l'héritier paradoxal, à la seule condition que ce dernier se fasse vraiment remarquer et permette de faire de la publicité pour les produits de son papa. Pete se met donc en tête de mettre "sa photo dans les journaux", en première page bien sur...

Le film va à toute vitesse, et comme la plupart des films de Fairbanks à l'époque, il totalise cinq bobines, et est produit par la compagnie Fine arts, qui fait partie du conglomérat Triangle. Faitrbanks, qui n'a jamais signé la mise en scène de ses films, même s'il aurait pu y prétendre, en était le maître d'oeuvre reconnu de tous. Ici, il bénéficie de la complicité qui ne tardera pas à devenir systématique, de la scénariste Anita Loos (Formée chez Griffith, mais aux idées trop délirantes pour son patron!) et de son futur mari, le co-scénariste et metteur en scène John Emerson. L'univers de Douglas Fairbanks, c'est déjà un monde entier d'aventures bondissantes, mais elles sont aussi farfelues et se terminent systématiquement sur un sourire; Il fait d'ailleurs énormément pour créer un modèle de structure que d'autres reprendront à leur compte avec succès: notamment Harold Lloyd. Il s'y moque du monde cotemporain, mais sans cette supériorité affichée, parfois insupportable de suffisance, qu'on décèle chez Griffith. Quand Fairbanks se moque des Américains qui font de la boxe le dimanche, c'est parce qu'il en faisait partie, tout simplement. Pour finir, parmi la bande de bras cassés qui s'attaquent dans une sous-intrigue u vieux Cadwallader, on reconnaîtra la silhouette inquiétante d'un malfrat aux cheveux très courts, avec un bandeau sur l'oeil: Erich Von Stroheim.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916