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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 18:37

La redécouverte deBucking Broadway, un film de cinq bobines tourné en 1917, mais sorti en 1918, a permis de mettre la main sur un film qu'on qualifierait volontiers d'atypique aujourd'hui, si on oubliait qu'en ces années reculées, le western racontait des histoires souvent contemporaines...

Cheyenne Harry (Harry Carey) est amoureux de la fille du patron, mais celle-ci fuit à New York en compagnie d'un gandin, dont les intentions sont tout sauf honorables... Les cow-boys se ruent donc à New York, et font irruption sur Broadway pour récupérer la belle. une comédie donc, et empreinte de mélodrame contemporain typique, avec méchant à moustache! Le tout mâtiné de western, et bien mouvementé.

Mais le film possède aussi la grâce Fordienne en matière de représentation du groupe soudé de cow-boys, partageant tous l'amour de leur métier, des animaux. Un plan montre Harry et sa belle, chevauchant au premier plan, pendant que le troupeau s'étale au second plan. Un type de composition qu'on retrouve dans The searchers. Le lyrisme Fordien est déjà bien présent, savamment dosé, avec de grandes rasades de comédie picaresque, et des cowboys saouls qui chantent en choeur... Probablement avec l'accent Irlandais.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet John Ford Western 1917
14 décembre 2018 5 14 /12 /décembre /2018 10:29

Sous-titré When the Far East mingles with the West, ce film produit par Mandarin Films, une compagnie balbutiante, est une production intégralement Sino-Américaine, réalisée et écrite par une jeune femme de la communauté Chinoise de Californie, avec d'autres membres de ce groupe. L'idée était de réaliser et sortir un long métrage entièrement interprété par des Chinois et qui pourrait montrer une vision de la jonction entre les continents. Le film a été fait, fini, monté, et... n'est jamais sorti (si on excepte deux séances dont pas grand chose n'a filtré), pour autant que les sources consultées par les chercheurs qui ont travaillé sur cet étrange objet soient fiables.

Car s'il n'est jamais sorti, il faut savoir qu'on a ironiquement trouvé environ trois bobines de matériaux divers, qui couvrent aujourd'hui environ 35 minutes de ce film qui durait probablement autour de 90 minutes à l'époque. Mais privées du moindre intertitre, et d'un contexte (le film commence à la troisième bobine), il est difficile de comprendre quoi que ce soit de cette intrigue d'un probable choc culturel entre des Chinois de Chine et des Chinois des Amériques... A moins qu'un jour une copie plus complète ne nous parvienne. 

Donc dans ces circonstances, nous sommes face à un film qui, en l'état, accumule les paradoxes... Et un objet dont la perte nous fait regretter le peu d'intelligence manifesté par Hollywood vis-à-vis de la communauté de Marion E. Wong à son époque...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917
1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 17:17

Une famille très comme il faut possède en son sein un diamant: la petite qu'on surnomme "Le Cricket", une gamine exubérante et tellement douée pour la comédie qu'elle est engagée pour tenir un rôle dans une pièce interprétée entre autres par trois cabotins Français. Quand la mère de la jeune fille décède, ils vont devenir ses parents adoptifs...

Oui, ça rappelle un peu Trois hommes et un couffin, mais on ne pourra pas juger sur pièces, le film étant perdu: seules 12 minutes, la fin de la première bobine, ont été conservées. Impossible, par exemple, de voir Rena Rogers succéder à Zoe Rae (la jeune personne de la photo ci-dessus) qui joue le personnage principal enfant. impossible de voir plus que les adorables chamailleries des trois acteurs ratés qui vivent ensemble, et qui nous donnent à voir une scène impeccable de drôlerie, dans leur apparition initiale pour le film. C'est dommage, mais imaginez, ça aurait pu être pire: on aurait tout aussi bien pu ne rien voir du tout.

Quant à Elsie Jane Wilson, il s'agit surtout d'une scénariste, qui a été promue en 1917 (comme Ida May Park) comme réalisatrice à Universal City au moment où Lois Weber est partie fonder sa compagnie. On ne dira jamais assez à quel point le studio était attaché dans les années 10 à ses réalisatrices (Cleo Madison, Grace Cunard en sont d'autres exemples). Et sinon, Ms Wilson est sans doute aussi une héroïne du quotidien, puisque elle était mariée à Rupert Julian, un homme que d'aucuns considéraient sans doute comme l'un des pires goujats de toute l'époque muette...

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Published by François Massarelli - dans 1917 Muet
30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 17:12

Dans les années 10, à l'exemple de la Universal (une compagnie toujours bourgeonnante à cette époque reculée, qu'on laissait faire dans son coin pendant que les compagnies "sérieuses" faisaient de l'art), certains studios étaient tout à fait d'accord pour confier les rênes de productions à des femmes. à plus forte raison quand celles-ci avaient plusieurs "casquettes": actrices, productrices, auteures... Et réalisatrices: c'est le cas par exemple de la plus célèbre d'entre elles, Lois Weber (qui est passé par la Universal, justement) mai aussi de Helen Holmes, ou de Grace Cunard.

Cette dernière travaillait beaucoup en collaboration avec un autre acteur-directeur, le grand Francis Feeney dit Ford (oui, le grande frère de John Feeney). C'est sous l'impulsion, la direction, et l'inspiration de Grace Cunard que ce serial dont très peu d'éléments subsistent a été réalisé. Les deux principaux protagonistes se partagent donc la direction... Francis Ford y interprète l'inspecteur Kelly, un Lestrade en un peu moins coincé, qui est amené à résoudre des affaires louches qui visent souvent des gens de la haute bourgeoisie, un peu marrons dans l'ensemble. Mais si les gens pour lesquels il est amené à travailler son malhonnêtes, il est surtout obsédé par l'idée de coffrer l'intrigante aventurière surnommée Le Masque Violet, qui semble en vouloir justement à ces grands bourgeois et autres pontes de l'industrie, et dont les méthodes (identité secrète, sbires mystérieux vêtus de masques, etc) sont pour le moins douteuses. Comment se douterait-il qu'il s'agit en fait de Patsy Montez (Grace Cunard), jeune héritière richissime dont la fortune est le sésame de toutes les extravagances?

Il est dommage qu'aucun épisode ne nous soit parvenu intact, et ceux qui survivent sont tous plus ou moins issus de la fameuse découverte de Dawson City: des bobines jetées pèle-mêle dans des cavités qu'il fallait combler avant de les recouvrir de béton... Ces films, congelés mais attaqués par l'humidité, portent tous les stigmates de l'eau, et sont tous incomplets, sauf ceux bien entendus dont on a conservé d'autres copies (The half-Breed, de Dwan par exemple).

Mais soyons francs: dans ces aventures sans queue ni tête, ce qui comptait manifestement, c'est justement cette joyeuse impression de grand n'importe quoi, ces aventures dans lesquelles un petit bout de bonne femme espiègle venait à bout des injustices avec l'aide involontaire d'un grand nigaud de détective qui n'avait rien compris à rien, mais sur lequel on pouvait parfois compter... Et qu'il fallait parfois sauver des griffes d'un caïman, ou d'une chute mortelle dans un donjon.

Bref, c'est une autre époque, qu'on retrouve avec une âme d'enfant. 

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Published by François Massarelli - dans 1917 Serial Grace Cunard Francis Ford
30 mai 2018 3 30 /05 /mai /2018 17:04

Ce film mis en scène par John Collins pour la jeune compagnie Metro est l'un des rares à survivre du réalisateur, mari de Viola Dana, et surtout connu pour son formidable Children of Eve de 1915; Blue Jeans, contrairement à son illustre prédécesseur, n'est pas un grand drame social, mais plutôt une sorte de mélodrame modèle, qui compense les clichés les plus éculés dispensés dans le script par une mise en scène fabuleuse, et très en avance sur son temps...

La jeune June (Viola Dana) est une orpheline qui a fui l'institution où elle était placée suite à la mort de sa mère qui l'avait élevée seule. Elle porte un seul ensemble de vêtements, notamment une salopette en jeans, trop grande pour elle, d'où le titre du film. Sur son chemin, elle rencontre et sympathise avec un homme un peu plus âgé qu'elle, le fringant Perry Bascom (Robert D. Walker), et ils tombent amoureux l'un de l'autre. Bascom souhaite faire son possible pour se faire élire au congrès, en remplacement du politicien corrompu en place (Clifford Bruce), qui a des méthodes très peu orthodoxes en effet. Les deux tourtereaux se marient en secret, et Perry se présente aux élections, mais une mystérieuse femme prétend qu'il est déjà marié avec elle, et qu'il l'a abandonnée... Le jeune homme doit quitter momentanément son épouse pour trouver des preuves qui vont le disculper; pendant ce temps Junie doit affronter la colère morale des pisse-froids de la paroisse...

Je passe sur le fait que June est recueillie par des braves gens un tantinet rigoristes qui s'avèrent, par un miracle typique, être ses authentiques grands-parents, on l'aura compris, le film qui était une adaptation d'une pièce qui avait remporté un succès phénoménal, n'a rien à envier à Way down east, par exemple, en matière de cornichonnerie mélodramatique. Et Collins n'est pas dupe, lui qui démine le mélo justement, en utilisant un maximum de flash-backs pour faire passer les pilules les plus grosses, celles-ci devenant instantanément subjectives...

Mais surtout il conte son film avec un talent particulier pour doser les péripéties à coup de montage savant. Il dirige ses acteurs avec une subtilité enviable (la performance du grand-père joué par le grand acteur Russell Simpson, futur acteur de John Ford, est formidable) Et il utilise à merveille le gros plan spectaculaire, et... il a accompli un miracle qui fera des petits: une scène de suspense avec tentative de meurtre à la scie, qui débouchera sur des censures multiples dans un grand nombre d'états. Bref, c'est à voir impérativement, avec toute l'indulgence nécessaire pour l'intrigue...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet John H. Collins 1917
4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 16:23

Dans ce moyen métrage situé au début de sa gloire, Lubitsch explore avec délectation les errements d'un quarteron de personnages qui se déguisent, se mentent et se trompent: un mari volage qui court le guilledou au lieu de répondre à une convocation de la police, un comte coureur de jupons obligé d'aller en prison à sa place, une épouse qui cherche à coincer son époux en se faisant passer pour une autre, et une servante déguisée en dame de la haute qui se paie le luxe de retourner à sa condition au lieu de mener la grande vie avec un bourgeois. Une fois faux semblants, tromperies et situations limites mis de coté, tout retournera dans l'ordre. Tout ceci est un peu rustique, mais on est déjà dans un univers proche de celui qui sera le théâtre de ses films du début des années 30.

Et Lubitsch et Hanns Kraly ont piqué l'intrigue à une opérette: Die Fledermaus (la Chauve-souris), de Richard Strauss. Le ton est résolument à la farce, ont est donc vraiment dans la première vague des films du maître, ceux qui respiraient le bon air des rues Berlinoises, ceux d'avant la Kolossale réputation du metteur en scène qui lui vaudra un ticket pour Hollywood, où il ira transformer à lui tout seul le cinéma... Tout ceci n'empêche pas ses bourgeois Berlinois d'voir un air de famille marqué avec ses héros, qu'ils soient de 1924 (The Marriage Circle) ou de 1932 (One hour with you)... Notons aussi une apparition irrésistible de Emil Jannings en gardien de prison alcoolique.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Ernst Lubitsch 1917
15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 16:36

Ceci est le dernier film que Bauer finira de son vivant, avant qu'il ne tombe malade sur le plateau du Roi de Paris... Et on ne peut pas dire que l'oeuvre de ce grand maître du drame baroque se finisse dans la rigolade! Son titre dérive d'un intertitre, dans lequel il est question de la quête incessante du bonheur, de l'héroïne du film: un prétendant se dit prêt à le lui procurer, mais elle estime que son bonheur à elle doit d'abord passer par celui de sa fille... Celle-ci, on le verra, souffre d'un handicap dont les sources sont essentiellement psychologiques, ce qui fait d'elle une petite cousine de Vera Karalli dans Le bonheur de la nuit éternelle, ou d'autres héros affligés pareillement de problèmes qui leur sont amenés par des angoisses.

Zoya Verenskaia (Lydia Koreneva), une riche veuve, est inquiète pour sa fille Li (Tasya Borman). Celle-ci est bientôt adulte, mais ne s'est jamais remise de la mort de son père dix années auparavant. Et le docteur est formel, elle perd progressivement la vue. L'amant de Zoya, l'avocat Dimitri (Nikolai Radine), souhaite qu'elle accepte de se marier avec lui, mais elle craint que ça n'arrange en rien les affaires de Li. D'autant que celle-ci se méprend sur la présence constante de Dimitri chez elles, et est amoureuse de lui. Lors d'un séjour en Crimée sur les bords de la mer noire, le drame va se précipiter...

Un plan, superbe, riche et chargé en sens semble résumer le film: Li est dans un jardin ensoleillé, au premier plan, installée sur un banc. Derrière elle, au fond, apparaissent sa maman et Dimitri. Elle ne les a pas vus, mais elle sait que Dimitri est là, et elle lâche les fleurs que le jeune peintre lui a donné, pour attendre fébrilement celui dont elle croit qu'il est venu pour elle. Pendant ce temps Zoya et Dimitri finissent leur cheminement jusqu'à elle.

Le film est lent, posé (Bauer comme à son habitude utilise tout l'espace et chaque centimètre carré de ses décors ont du sens), et empreint d'une ironie violente. Bauer prend son temps et surtout épouse le tempo lent de cette famille nantie, comme condamnée à vivre des dilemmes impossibles. Les deux adultes s'aiment, mais ont des intérêts divergents: lui ne pense qu'à elle, et souffre de leur éloignement forcé, elle ne pense qu'à sa fille... celle-ci, de son côté, refuse le bonheur à portée de main (Un jeune peintre qui n'a d'yeux que pour elle, et qui pour info est interprété par le décorateur du film, Lev Koulechov: ça fait de l'effet), et se pousse elle-même vers la maladie. On peut éventuellement se demander où Bauer veut en venir, mais fidèle à son habitude il nous a réservé un coup de théâtre de premier choix, qui finit par dresser tous ces gens les uns contre les autres dans un final particulièrement méchant. J'en parle en dessous, et si vous souhaitez voir le film d'abord... N'allez pas plus loin.

Puisque Zoya ne veut que le bonheur de sa fille, et que Dimitri a dit à Zoya qu'il l'aime plus que tout, le marché proposé par la jeune veuve à son amant est le suivant: il épousera Li, et ainsi il fera le bonheur de sa mère. Quand elle est venue le lui dire, chez lui, il a refusé, mais à ce moment, elle lui a annoncé la venue de Li: Dimitri est au pied du mur... Quand la jeune femme entre dans l'appartement, l'avocat est déterminé: il lui dit qu'il refuse son amour, puis ajoute qu'il en aime une autre; sa mère. C'est à ce moment que Li devient définitivement aveugle. Puis que le film se termine...

Je l'avais dit: Bauer, ironique jusqu'au bout, refuse une résolution à ses personnages... mais il y a quelque chose qu'il me fait dire maintenant, qui me paraît important... On ne demandait pas un grand effort aux femmes, j'imagine, dans la Russie de 1917 (d'avant la Révolution d'Octobre)... Donc d'une certaine façon leur oisiveté passe assez facilement. Mais ce Dimitri, victime permanente des complications féminines, je trouve qu'il a une propension impressionnante à dire (A trois reprises dans le film) "que mes clients se débrouillent!" et à partir en Crimée pour conter fleurette... une indication des sympathies de Bauer?

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Published by François Massarelli - dans Muet Yevgueny Bauer 1917
12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 09:53

Ce film tranche de manière spectaculaire sur le reste de la production du metteur en scène! Et pour cause: la Russie en 1917 est désormais dans une toute nouvelle configuration politique, après la révolution de février. Le film, écrit par l'acteur Ivan Perestiani, lui-même acquis à la cause de la révolution (DES révolutions, devrait-on dire, car il suivra avec enthousiasme les futurs changements d'octobre 1917, et sera l'un des premiers réalisateurs du cinéma Soviétique), est une solide oeuvre de propagande, qui est particulière puisqu'elle est l'une des rares qui nous soient parvenues, qui montre justement cette période de transition, plus du tout Tsariste (Nicolas II a abdiqué en février) mais pas encore Communiste (La gauche participe aux affaires, mais en ordre dispersé, et elle n'a pas le monopole du pouvoir). Et le film situe l'essentiel de son intrigue sur un débat qui agitait justement les révolutionnaires de l'époque; faut-il ou non participer à une guerre qui a été commencée par le Tsar, et qui devrait n'engager le nouveau pouvoir en rien?

La première bobine manque à l'appel: on y indiquait probablement le contexte, une exposition située en 1907. Le révolutionnaire qu'on appelle familièrement "grand-père" (Perestiani) est recherché par la police; Quand la deuxième bobine commence, les forces de l'ordre le dénichent réfugié chez son frère. Il est envoyé en Sibérie, ou il passe dix années de privation et d'oubli, à l'écart du monde. Il survit, déterminé à retourner se battre pour faire triompher ses idées. Quand il revient, le pays a changé, et il retrouve sa famille. Mais son fils (Vladimir Strighevski) qui est un radical, n'est pas d'accord avec lui sur la participation à la guerre: le "grand-père" souhaite en effet que la Russie se sorte du conflit en participant et en menant les alliés à la victoire, alors que son fils pense que le pays devrait se sortir du conflit sans autre forme de procès...

La troisième bobine, uniquement consacrée à la survie du héros en Sibérie, est étonnante: on est très habitué à suivre les aventures des personnages de Bauer dans des décors urbains et policés, alors qu'ici, le récit nous montre la vie "à la dure" de prisonniers qui sont loin de tout. De même, le cinéaste nous montre des grands espaces qu'il n'a pas souvent exploré, après tout. La fin de la séquence Sibérienne fait l'objet d'un raccourci saisissant, lorsqu'on voit Perestiani, sur un traîneau avec des chiens, qui s'éloigne de sa prison "naturelle" dans la neige, puis le plan suivant, sans aucune transition, nous montre un train qui s'éloigne vers le même horizon. la perspective est inversée, mais les deux plans mis bout à bout résument à eux seuls le voyage du vieil homme...

Ce n'est peut-être pas le meilleur de ses films, mais Bauer s'est bien sorti d'un exercice dont on ne saura jamais, finalement, s'il l'a accepté de bon coeur, ou si il a été forcé de le tourner par contrat! N'oublions pas que six mois à peine après la sortie de ce film, le metteur en scène allait décéder prématurément, et que quelques semaines plus tard, la Russie allait être totalement bouleversée. Quelle aurait été la place de Bauer dans le cinéma de ces années-là, on ne le saura jamais, mais Le révolutionnaire montre, que si devant un tel sujet il ne sort pas forcément des sentiers battus, au moins le film est-il largement plus que fonctionnel. La séquence Sibérienne à elle seule quitte le domaine purement illustratif pour y montrer une visualisation de l'entêtement d'un homme brisé, à ne pas renoncer à son idéal, exacerbé par la mort d'un jeune homme qui ressemble furieusement à l'image d'Epinal du Christ!

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Yevgueny Bauer
9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 08:54

Geraldine Farrar avait été Carmen en 1915, puis Jeanne d'Arc dans l'imposante production Joan the Woman en 1916, DeMille avec ce film continue de lui attribuer un traitement de star, avec cette fois le rôle de la dernière princesse Aztèque... L'avantage des Aztèques, c'est qu'on ne sait finalement pas tant de choses que ça sur eux, si ce n'est que leur société était avancée, hiérarchisée, et pratiquait les sacrifices humains. Il n'en faut pas plus, et DeMille, une fois de plus, s'est lancé dans un film sur le sujet...

L'intrigue est simple: d'un côté, Cortez (Hobart Bowwsorth) et les conquistadors arrivent au Mexique, de l'autre Moctezuma (Raymond Hatton) et les Aztèques voient venir avec inquiétude les Espagnols. Mais la fille de Moctezuma, Tesca (Geraldine Farrar) va tomber amoureux d'Alvarado (Wallace Reid), un soldat valeureux de Cortez. Tout ça va se résoudre dans un sacrifice, celui de Tesca qui sacrifie son peuple entier à son amour...

DeMille faisait donc dans l'alternance: grosses productions, comédies, drames importants. Ce film a beaucoup d'avantages: c'est une relativement grosse production, il a été créé pour faire bouillir la marmite, il permet au metteur en scène d'exploiter la popularité certaine de sa star tout en plaçant ses pions habituels (Wallace Reid allait d'ailleurs lui aussi bénéficier du statut de star sous peu), les Hatton, Kosloff voire Julia Faye en esclave court vêtue. Ca et là, les choix du metteur en scène nous rappellent son efficacité: sa science de la lumière en particulier dans une séquence... Mais c'est rare dans ce film, car DeMille est en mode essentiellement économique. On recycle, on va vite, et surtout, on ne fait que peu d'efforts de dramaturgie et de composition; tant qu'à recycler, le réalisateur engage même Walter Long pour interpréter le prêtre obsédé du sacrifice humain, mais on a le sentiment qu'il passe son temps à rejouer son rôle de Birth of a nation. C'est un tout autre sacrifice.

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Published by François Massarelli - dans Muet Cecil B. DeMille 1917
27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 09:47

Voilà un petit film mystérieux, qui aurait tout simplement du passer entre les mailles des filets, en faisant comme 80% de la production Américaine muette: disparaître sans laisser de traces... Au lieu de ça, on a retrouvé une copie Européenne presque complète et avec quelques traces mineures de décomposition, qui a été sauvegardée par le musée Eye d'Amsterdam, et qu'ils viennent de mettre en ligne via leur chaîne Youtube. C'est un mélodrame assez banal mais qui présente une nature, comme on disait alors, "risquée", ainsi qu'un sujet qui faisait florès: la traite des blanches. Mais était-ce bien le sujet? D'une part le film accumule les retournements de situation et les digressions, d'autre part, je dois admettre que ma connaissance du Néerlandais est tout bonnement au point mort... ce qui rend la compréhension de ce film, au sujet duquel il existe assez peu d'informations, très difficile.

Essayons toutefois; Maria (Marguerite Snow), une jeune immigrante Italienne, arrive à New York, et toute droit sortie d'Ellis Island, elle se met en quête de sa tante Loretta sensée l'accueillir. Mais elle est interceptée par un type louche et se retrouve directement confrontée à une scène inattendue: elle est placée à attendre dans une salle, où... une dame de la bonne société est venue "faire son marché": elle examine de jeunes immigrantes sous toutes les coutures. Comprenant vaguement qu'elle est entre les mains d'une dangereuse mafia, la jeune femme tente de s'enfuir, et elle est aidée et secourue par Jack Spaulding (James Cruze), un brave homme qui l'aide alors à retrouver sa tante. Ils se reverront...

Cette vague histoire de traite des blanches revient de façon intermittente, mais n'est jamais vraiment résolue; en réalité le principal aspect de l'intrigue qui sera développé, est l'attirance évidente de Jack pour Maria, et les conséquences que cet amour compliqué aura sur la liaison du jeune homme avec sa fiancée (Ou ex-fiancée?) Rosalie. Mais d'autres points demeurent obscurs: pourquoi Jack, qui a l'air selon les critères de 1917 d'être un brave homme parfaitement équilibré, invite-t-il la prude Maria à le suivre dans un "cabaret", pour reprendre les mots de l'intertitre (En Néerlandais dans le texte, donc), où ils vont assister à un spectacle vulgaire, de déshabillages déguisés en chorégraphie? Cet épisode aura l'avantage de résonner de façon douloureuse chez Maria, qui se rappellera à cette occasion son expérience traumatique, mais soyons francs: on n'y voit que prétexte à montrer de la nudité...

Par ailleurs on comprend mal les réticences de Jack à assumer son amour pour Maria. Est-ce parce qu'elle est Italienne? Auquel cas le film ne serait pas forcément un modèle d'ouverture d'esprit. A ce sujet, on constate que le film semble contenir toutes les possibilités de fin, avec des coups de théâtre successifs qui pourraient tout aussi bien être un bout à bout de deux issues différentes. Mais dans tous les cas, ça ne vole pas très haut...

La copie, outre le fait qu'elle ne contient pas de générique d'ouverture, est certainement une version d'exportation: les Européens ont toujours, à l'époque du muet, eu un rapport plus tranquille avec les étalages de nudité, et cette version ne se privant pas, on peut penser que c'est un montage qui nous était destiné. Reste à régler le problème de l'attribution du film: c'est une production soit de Kimberly films, soit de la plus connue Thanhouser. Bien que le film soit sorti en Europe en 1921, on retrouve les traces d'un Slave Mart de 1917 avec Cruze et Snow (Et de toute façon, Cruze passe d'acteur à metteur en scène en 1918). Le metteur en scène est inconnu, et au vu du résultat final, on tend à le comprendre...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 James Cruze