Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

Catégories

6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 16:13

Sjöström a beaucoup tourné durant les années 10, mais très peu de films ont survécu. A part les trente minutes disjointes de Dodskyssen (1916), on n' a rien gardé de ses films (beaucoup ayant disparu dans un incendie) réalisés entre Ingeborg Holm (1913) et Terje Vigen (1917)! Et la vision de ce dernier film prouve que le metteur en scène a mis à profit ces années de formation pour faire évoluer son style! Terje Vigen ne fonctionne pas, comme Ingeborg Hom, selon une progression linéaire, par tableaux, mais intègre le montage ainsi que des flash-backs dans sa structure, flash-backs dont on sait l'importance qu'ils vont acquérir avec son film le plus célèbre... Et Terje Vigen se situe totalement dans sa thématique sombre, avec une histoire de vengeance, inscrite dans les conditions météorologiques houleuses d'une ville côtière de la mer du nord...

Adaptée d'un poème de Henrik Ibsen, l'histoire est située en Norvège. La guerre fait rage, et le petit port ou vit le marin Terje Vigen avec sa petite famille est victime d'un blocus: les gens meurent de faim, et Vigen sent que son fils ne survivra pas longtemps. Il prend la décision de tenter de forcer le blocus et de se rendre seul au Danemark, afin de récupérer du maïs, pour tenter de nourrir la population... Comme il n'a qu'un frêle esquif, il parvient au Danemark sans problème, mais il est repéré sur le chemin du retour par un bateau Anglais, et les marins décident de le prendre en chasse pour s'amuser un peu; le bateau est coulé, et Vigen se morfond de longues années en prison...

A la fin de la guerre, il sera libéré, et rentrera chez lui, mais les nouvelles ne seront bien sur pas bonnes. Le film inscrit cette intrigue dans un flash-back, motivé  par la vision de Terje Vigen (Victor Sjöström) vieilli, aigri, qui a donc perdu son épouse et son enfant, et survit tant bien que mal, en maudissant quotidiennement la mer... C'est un rôle dont on ne peut pas dire qu'il soit tout en subtilité pour Sjöström! Mais l'acteur est souvent isolé par la composition, dans le film, qui du reste est assez court: ses quatre actes (En fait, plus trois et un épilogue) se déroulant sur moins de 53 minutes. Et le film est clairement l'histoire d'une malédiction personnelle, car tout y est vu du point de vue de cet homme qui a tout perdu, et qui se réfugie dans un espoir de revanche impossible... Comme Körkarlen, ou comme He who gets slapped, il est l'histoire, à heure du bilan, de quelqu'un qui a vécu pour pas grand chose! ET le metteur en scène choisit d'utiliser à fond la nature qui entoure son héros, notamment la mer, faisant un usage dramatique des conditions de la mer du nord.

Donc, tout ça n'est pas très gai... Heureusement, dans l'intrigue qui a prévu également une rencontre tardive entre Vigen et le capitaine Anglais responsable de son emprisonnement, c'est la présence d'un enfant qui rendra à Terje Vigen la raison, au terme d'une tentative de vengeance qui n'aboutira pas.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Victor Sjöström 1917
10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 09:32

C'est une sacrée surprise: non seulement ce film d'une réalisatrice peu connue, dont la carrière a été très courte, est excellent, mais en prime il nous apporte la vision d'une forme assez aigue de nostalgie de tout ce qui est le grand ouest Américain... en 1917! A l'époque, John Ford ou William Hart faisaient des films, qui étaient des westerns contemporains dans lesquels les cow-boys à cheval croisaient des Ford... Mais '49 -'17 anticipe sur le grand western historique de The covered Wagon ou The iron Horse, de six ou sept ans. 

Le titre fait allusion à l'époque durant laquelle un gand nombre de pionniers viennent tenter leur chance dans l'ouest, en 1849, et renvoie aussi à l'époque contemporaine. Ceci s'explique facilement par l'intrigue: un juge âgé, et nostalgique de sa jeunesse, explique à son secrétaire qu'il a vécu une ruée vers l'or, une vingtaine d'années auparavant: il a participé à la création d'une ville, Nugget Notch, qui a depuis disparu. Il aimerait recréer cette période, et charge donc le jeune homme d'aller en Californie, et de se mettre en quête d'une population susceptible de le suivre dans son caprice. Le secrétaire de tarde pas à trouver "the 49 camp", un medicine show, des acteurs et cavaliers qui sont au bord de la faillite. Avec eux, le juge va pouvoir accomplir son rêve... et régler quelques comptes, car il n'en a parlé à personne, mais il a un secret.

C'est formidable: le film est drôle, et joue souvent sur le décalage de la situation,comme dans une scène qui voit l'arrivée du vieux juge nostalgique venue de l'Est à Nugget Notch reconstituée: la population l'accueille avec plaisir, mais il décide de sortir son flingue pour fêter ça, et emporté par l'enthousiasme, c'est le "pied-tendre" qui terrorise la population de la petite ville de pionniers éberlués de voir ce maniaque du six coups tirer dans tous les sens. Le film possède aussi son intrigue, qui part parfois dans tous les sens, mais elle permet de posséder un ingrédient essentiel et indispensable: un méchant, interprété par l'inquiétant, ténébreux et filiforme... Jean Hersholt. Un acteur qui ira loin, même s'il ne quittera pas beaucoup la Californie.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Western
9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 16:53

Tourneur et Pickford n’ont fait que deux films ensemble, et Mary Pickford aura parfois tendance à minimiser le premier, Pride of the Clan, en raison probablement du manque de succès ; ces deux films représentent néanmoins une date dans la carrière de l’actrice, qui va ensuite consolider sa position de productrice dans une série de longs métrages, allant jusqu’à prendre son indépendance en co-créant United Artists. Avec le deuxième film, Poor little Rich Girl , Pickford va pour la première fois jouer sans réserves une jeune fille, ce qu’elle refera si souvent, et obtenir un grand succès, aussi bien critique que public. 

Ce film est peut-être la matrice des œuvres futures de l’actrice Mary Pickford, mais il s’agit bel et bien avant tout d’un film de Maurice Tourneur. Il conte les déboires d’une jeune fille riche que ses parents et son environnement ignore, jusqu’au jour ou un accident stupide du à la malignité d’un domestique menace la vie de l’héroïne. S’ensuit un curieux combat autour du lit de la malade, pour lui sauver la vie, combat relayé dans ses rêves par la jeune fille. La partie onirique est bien sur la plus belle du film, dans des décors irréels qui préfigurent le type de décors utilisés par Tourneur et Carré dans The blue bird, mais ici l’enjeu est de taille : la possible mort de la jeune héroïne se profile bien derrière la dernière partie. Le jeu naturaliste et sobre des interprètes, l’élégance des intérieurs, magnifiquement captés par la justesse des composition de Tourneur… Faut-il le rappeler, ces gens connaissaient leur affaire et le faisaient avec goût.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Maurice Tourneur Mary Pickford
9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 16:49

Pour cette histoire Ecossaise, on trouve Mary Pickford dans un rôle dramatique qu’aurait pu lui confier Griffith : elle est l’unique héritière du chef d’un clan (Récemment noyé lors d’une tempête) sur une île éloignée au large de l’Ecosse, et en tant que telle, elle devra assumer la tâche de mener le clan. Alors qu’elle se prépare à se marier avec l’homme qu’elle aime et qui l’aime depuis l’enfance, la vraie famille de celui-ci arrive et tente d’emporter le jeune homme sur le continent, forçant plus ou moins la jeune femme à renoncer à leur idylle.

Ce petit film qui aurait pu en d’autres mains devenir un navet décoratif va devenir un peu plus grâce à Tourneur et son équipe (Van Der Broek et Andriot sont les chef-opérateurs, les décors sont de ben Carré). Ils composent un décor qui respire moins le folklore que le malaise de ces îles, tel qu’il sera capté par Michael Powell plus tard. Les plans du front de mer, avec tout le clan qui assiste résigné au naufrage du bateau qui ramène les pêcheurs, ont une beauté lourde de sens, avec ces rochers éparpillés, et cette dénivellation inconfortable.

Le film ayant été tourné dans l’est, il se peut que ce soit la côte du Maine, souvent employée pour ce genre de productions. Les personnages sont souvent représentés en silhouettes, un procédé qu’affectionnent Tourneur et son équipe. Le film est un vague mélodrame, amis on appréciera son âpreté : voici, une fois de plus dans cette adolescence du cinéma Américain, un film adulte. Notons toutefois que la fin est sujette à caution, puisque j’ai vu un happy-end, alors que Mitry, dans L’Anthologie du Cinéma, se rappelle avoir vu pour le même film une fin tragique.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Maurice Tourneur
6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 17:22

Frank Lloyd, venu d'Angleterre à Hollywood, fait partie des réalisateurs qui ont sans doute le plus compté sur la qualité des oeuvres qu'ils adaptaient... Ici, c'est donc de Dickens qu'il s'agit, et le film, concentré en 8 bobines, commence bien dans la France agitée de la pré-révolution avec la colère du peuple qui gronde (Symbolisée en particulier par une scène que Griffith reproduira dans son Orphans of the storm, qui doit énormément à ce roman de Dickens: la voiture d'un noble roule sur un enfant, et l'aristocrate, surtout ennuyé que l'incident ait probablement abîmé son véhicule, n'a d'autre pensée pour les parents de la victime, que de les dédommager en leur jetant une pièce...); il finit, bien sur, sur l'échafaud avec le sacrifice sublime de Sydney Carton, en compagnie d'une petite couturière résinée à son tragique destin...

William Farnum, la star de la Fox, y interprète le double rôle du Marquis de St-Evremond, le noble enfui en Angleterre qui tente de rattraper les crimes de ses aînés, et de Sydney Carton, avocat alcoolique et déchu. Les deux hommes ne partagent pas que la même apparence, ils aiment aussi la même femme (Jewel Carmen), ce qui précipitera le final. Dickens a bien sur favorisé le roman-feuilleton mélodramatique à souhait, ce que le raccourci proposé par le film rend bien, et on souffre durant les premières 25 minutes, qui accumulent les péripéties et les personnages... Mais il y a là un souffle, un intérêt, qui doivent finalement autant à Dickens qu'à Lloyd, dont le travail est tout à fait correct. Pas révolutionnaire, non: les vraies trouvailles cinématographiques avaient lieu à cette époque chez DeMille ou Tourneur! Mais le film est bien interprété, et les événements bien rendus dans un Paris glorieusement glauque.

A noter: A tale of two cities est le plus ancien des nombreux films de Lloyd qu'on peut consulter à sa guise sur Youtube, dans une copie regardable, C'est notable, même si l'oeuvre de ce franc-tireur assez académique n'est pas forcément la plus fascinante du cinéma Américain.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Frank Lloyd Muet 1917
28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 08:49

En 1917 et 1928, l'Amérique engagée dans la guerre mondiale recrute ses stars, notamment Douglas Fairbanks et Charles Chaplin, qui galvanisent les foules en chair et en os, en mettant l'accent sur le combat contre la barbarie. Certes, les Allemands s'en prennent plein la figure et le cinéma à cette époque ne se prive absolument pas de sombrer dans le délire anti-germanique, mais on ne peut s'empêcher de pense que de voir ces deux-là prêcher leur message, ça devait sérieusement avoir de l'allure! En France aussi on a sa propagande et le monde du cinéma n'est as en reste... Mères Françaises est donc un film consacré à cette thématique patriotique, et on s'en voudrait presque d'avoir un instant esquissé une comparaison avec les géants du cinéma évoqués plus tôt!

Le film, produit par la petite société Eclipse, est un mélodrame bourgeois qui montre la France à la veille de la guerre, dans un petit village dont nous sont présentés certains habitants. Tout tourne autour de la famille du maire, un brave homme (Il est noble et riche). L'un de ses conseillers municipaux, l'instituteur Guinot, est un doux rêveur: il est pacifiste! il est amoureux de Marie, la jeune fille des Lebrou qui tiennent la ferme des châtelains, mais celle-ci n'a d'yeux que pour le Nonet, un gars de l'assistance qui travaille à la ferme. La guerre va arriver, et décimer tout ça, créant pour tous ceux qui restent une union sacrée, leur permettant d'avaler la mort de leurs hommes: après tout, ils sont morts pour la France, "notre mère à tous". Bref, le film fait joyeusement exploser le déconomètre, en nous montrant en plus de nombreux appels à Jeanne d'Arc, qui n'en a sans doute pas demandé tant: c'est une manie, décidément, d'en appeler à Jeanne d'Arc dans une certaine frange de la vieille France...

Le seul intérêt de ce film (Qui pêche essentiellement par son idéologie nauséabonde et son patriotisme vomitif, car pour le reste c'est un honnête mélo ni superbe ni franchement mal foutu) est sans doute d'être l'un des survivants de la filmographie de Sarah Bernhardt qui confirme par ailleurs ce que les photos de plateau laissent entendre avec leur composition compassée: elle était au cinéma une abominable cabotine de la pire espèce, et est ici, haut la main, la pire des actrices. Les autres, en dépit du sujet propice à des dérapages, sont après tout fort acceptables.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Première guerre mondiale 1917
6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 23:13

Comme pour passer à a vitesse supérieure, Douglas Fairbanks s'attache les services d'Allan Dwan, un vétéran déjà, pourtant encore à l'aube d'une carrière de cinquante années. L'un (Fairbanks) et l'autre (Dwan) avaient semble-t-il un attachement particulier à la personne de D'Artagnan, et un autre de leurs dix films ensemble (Tous muets, sortis de 1916 à 1929) sera d'ailleurs de nouveau consacré au personnage de Dumas: The Iron Mask (1929). Mais en attendant, Douglas Fairbanks est encore dans ce film co-écrit avec Dwan le héros moderne et bondissant de films d'aventures comiques, situées dans l'Amérique contemporaine, les deux hommes vont donc user d'un stratagème pour permettre au comédien, pour une petite partie du film, d'incarner le mousquetaire de légende... Et ce pour servir en réalité une autre cause, qui prend tout son sens en examinant la carrière et la filmographie de l'acteur...

Donc, un prologue nous rappelle l'ardeur, la vivacité et le style de D'artagnan, bien sur interprété par Fairbanks, qui comment un acte chevaleresque (Rendre à une belle dame son mouchoir qu'un bandit lui a volé) en fauchant tout ce qui bouge de son épée adroite. Mais Doug a bien pris soin de s'avancer vers la caméra, pour montrer d'un clin d'oeil complice à ses admirateurs qu'il est bien toujours le même sous l'étonnante moustache, en tout point similaire à celle qu'il fera vraiment pousser à partir de 1921, et gardera jusqu'à la fin de ses jours. A la fin de ce court prologue, le Doug moderne s'avance de nouveau vers la caméra pour effectuer une transition, par un nouveau clin d'oeil. C'est un étrange début, assez en phase avec la structure chaotique de ce long métrage, par ailleurs l'un des meilleurs de cette première période de Fairbanks... en même temps que son plus décousu.

L'intrigue proprement dite démarre par une nouvelle allusion, lorsque Ned Thacker, né sous le double signe de D'Artagnan qu'aimait tant sa maman, et d'un cyclone qui ravageait le Kansas au moment de sa naissance, quitte le domicile familial avec un véhicule offert par son papa. Ultime allusion, la voiture est...jaune. En chemin vers l'Ouest, il rencontre des touristes: Madame Dodge (Kathleen Kirkham), accompagnée de sa fille Elsie (Marjorie Daw) et d'un intrigant multigame qui cherche à accrocher Elsie à son tableau de chasse, Forrest Vandeteer (Eugene Ormonde). Ils font route ensemble vers le Canyon du Colorado, ou ils vont rencontrer des Indiens Hopis, menés par le dangereux Chin-de-Chah (Frank Campeau qui lui aussi, tout comme Ned bien sur, convoite la jolie Elsie. Mais qui, des trois amoureux, l'emportera? A votre avis?

Je mentionnai plus haut une cause qui justifierait l'emploi du personnage de D'artagnan et du Paris de Dumas, mais c'est à mon avis évident que Fairbanks a déjà l'ambition de révolutionner le film d'aventures comme il le fera plus tard avec ses grands films. Le prologue et le thème servent ici de ballon d'essai, tout comme l'élargissement spectaculaire des décors, en passant par le grand Canyon, et la façon dont Dwan et ses chefs-opérateurs utilisent l'arrière-plan, sont la marque d'une ambition, qui passe ensuite, suprême audace, par une liberté de ton, et une liberté de filmer, qui me semble absolue. Le film est superbe, impertinent, et "Fairbanksien" en diable, tout en se situant sans aucune tricherie dans un décor mythologique, avec ses vrais villages Hopis, et ses vrais canyons! L'acteur a su trouver le ton parfait, et signe son premier chef d'oeuvre, voilà tout.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Douglas Fairbanks 1917 Allan Dwan
5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 18:43

Le dernier film de l'équipe rassemblée autour de Doug Fairbanks, avec Anita Loos et John Emerson, Victor Fleming à la photo (Assisté de Sam Landers) et Eileen Percy en vedette, Reaching for the moon prouve que désormais Douglas voit grand. Il commence à tenter de faire reculer les limites du cadre qui est le sien: cinq bobines, c'est assez pour des comédies, mais... il voit plus grand, plus loin... Quatre ans plus tard, il sautera le pas comme on le sait, mais pour l'instant il trouve des moyens d'élargir son champ d'action sans pour autant renier les côtés sportifs, modernes et optimistes de ses petites productions...

Alexis Brown est né, de son propre aveu, sous un patronage exigeant: sa mère qu'il n'a jamais connue l'avait en effet prénommé Alexis Caesar Napoleon, en hommage bien sur à deux autocrates bien connus, mais aussi au roi Alexis, de son lointain pays, la Vulgaria. Et Alexis, qui ne s'y est jamais rendu, est persuadé que son destin est lié à ce royaume, où il serait appelé à faire de grandes choses. Il lit en permanence des livres de pseudo-philosophie dont il ne comprend pas le sens, et s'imagine fait pour la grandeur, au grand dam de son amie Elsie, qui l'aime désespérément, mais qui souhaiterait qu'il retombe sur terre, tout comme son patron, d'ailleurs, qui espère que son imagination galopante va un jour servir les destinées de l'entreprise qui l'a embauché. Mais peine perdue: le rêve reste le maître mot d'Alexis, qui va justement se laisser embarquer dans une histoire particulièrement délirante...

L'introduction au film nous montre Doug qui tente de saisir la lune, comme le propose le titre. Au figuré, il s'agit d'une injonction à être ambitieux, et si le film tend à nous montrer que c'est bien joli, mais qu'il fait aussi savoir avoir les pieds sur terre, de fait on sent que Fairbanks se laisse emporter lui aussi par des rêves de grandeur, qui donnent justement au film une certaine classe: la portion qui se passe en Vulgaria a permis à l'équipe de faire construire des décors et de multiplier les costumes des nombreux figurants; désormais, Fairbanks entend bien jouer dans la cou des grands; il filme encore à New York (Dont il nous montre des images tournées en toute liberté), mais se rend aussi en Californie, une partie du film ayant été tournée à Venice. Il ne tardera pas à s'y installer définitivement. Pour finir, Fairbanks gardait un bon souvenir de ce petit film, au point d'en voler le titre pour un de ses films parlant, mais qui semble n'avoir rien en commun avec cette intrigue...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Douglas Fairbanks
5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 11:28

Réalisé dans la foulée de l'exubérant Wild and Woolly, Down to earth part dans une direction nouvelle, tout en se situant clairement dans le genre de comédies qui ont fait la popularité de Douglas Fairbanks: il y reconduit d'ailleurs la même équipe que dans son précédent film, avec Anita Loos, John Emerson, Victor Fleming, et jusqu'à Eileen Percy qui est engagée pour interpréter un rôle totalement différent que celui de Nell qu'elle jouait dans le précédent film. Mais surtout, il s'agit du premier film Californien de Fairbanks, tourné pour une large part à Yosemite National Park. Il ne tardera plus à s'installer définitivement sur la côte ouest pour devenir un membre influent de l'aristocratie Hollywoodienne...

Billy Gaynor (Fairbanks) est un homme aventureux, sportif et doté d'une certaine hygiène de vie rigoureuse et dynamique. Mais depuis sa plus tendre enfance il est amoureux de Ethel Forsythe (Eileen Perry), une jeune femme comme il faut de la bonne société, qui lui préfère un homme de sa classe (Charles K. Gerrard), et va se marier avec lui. Billy parcourt le monde pour oublier la dame de ses pensées pendant que celle-ci plonge la tête la première dans une vie sociale faite de fêtes, de dîners tardifs, d'alcool et de cigarettes qui l'épuisent. Elle doit être soignée pour une dépression carabinée, et Billy vient un jour la voir dans un sanatorium pour riches, tenu par un docteur véreux (Gustav Von Seyffertitz). Rien n'est fait pour y améliorer la santé des patients, et Billy décide de racheter l'établissement et d'emmener les patients en croisière vers une île déserte où il va les forcer à sortir de leur coquille...

Si c'est un film mineur dans la carrière de Fairbanks, il a le mérite d'être original, et probablement très personnel: on sait que l'acteur mettra beaucoup de lui-même dans des films à grand spectacle qui seront toujours marqués par une morale foncièrement optimiste, aussi simpliste que sincère. C'est cet optimisme et ce semblant de bon sens qui me semblent l'emporter dans Down to earth: Billy Gaynor décide d'imposer à ses "patients" une vie radicalement différente de celle qu'ils ont vécu jusqu'à présent. il va les secouer jusqu'à ce qu'ils chagent, en les manipulant s'il le faut. La partie du film consacrée à l'île déserte (Un mensonge, en fait, comme on le verra à la fin du film) montre Douglas Fairbanks régir son petit monde un peu à la façon dont Crichton va prendre le contrôle de ses patrons dans Male and female de Cecil B. DeMille, mais ici, le but n'est pas de survivre, mais il est de montrer à tous, de façon peut-être un peu dictatoriale, le chemin d'une vie saine. Cette obsession de la bonne santé est une préoccupation bien de son époque, dans l'Amérique de 1917, c'est aussi une croyance profonde de Fairbanks.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Douglas Fairbanks
4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 15:44

Un vrai gamin, Jeff Hillington, qui est tellement obsédé par l'Ouest sauvage, du moins celui qu'on découvre dans les romans qu'il lit... Il s'est aménagé dans sa chambre un coin "tente" atour duquel il recrée avec une précision maniaque les conditions de vie d'un cow-boy. Ca irrite forcément son père, qui rêverait volontiers d'un héritier plus convenable pour ses affaires, mais il l'a quand même embauché pour l'assister. Arrive une occasion rêvée: des clients de l'Arizona viennent solliciter une aide financière pour des installations, M. Hillington propose d'y envoyer son fils afin de faire d'une pierre deux coups: venir en aide à ses clients, et... permettre à son fils de découvrir le vrai Ouest moderne. Mais d'une part les habitants du village dans lequel Jeff va se rendre ont l'idée de recréer l'ambiance de l'Ouest mythique, afin de faire une farce au jeune homme, qui est bien sur ravi en arrivant dans une ville de cow-boys plus vraie que nature, et d'autre part une bande de hors-a-loi mijote un coup fumant, et pourraient bien tirer parti de la confusion qui va s'installer avec la venue de Jeff...

Filmé à Fort Lee, New Jersey, Wild and Woolly est l'une des premières productions indépendantes de Fairbanks, qui a quitté la Triangle et travaille désormais pour Artcraft/Paramount. Il a constitué une fine équipe avec laquelle il travaille dans une totale indépendance, et avec une redoutable efficacité: Anita Loos au script, John Emerson à la direction et Victor Fleming fait ses débuts de chef-opérateur à l'aube d'une exceptionnelle carrière. Le film est du pur Fairbanks, empreint d'un enthousiasme enfantin, communicatif et débordant d'énergie positive et de clins d'oeil. On aperçoit, outre la star incontestée qui n'hésite pas à se moquer de son propre enthousiasme débordant , et se représente en pur naïf, Eileen Percy qui joue la belle Nell, l'une des autochtones qui va être chamboulée par l'arrivée de Jeff, ou encore Sam De Grasse en méchant à moustache... Parmi les rôles moins importants, on eut noter Charles Stevens, le petit-fils de Geronimo selon la légende, et qui est le plus souvent de la partie dans les films de Doug. Enfin, Tom Wilson et Monte Blue font eux aussi des apparitions.

Le film ne se prive pas de montrer une image des peuples Indiens (Lâches, pouilleux, et soiffards) qui ne leur fait pas honneur, mais c'est à mon sens dans la lignée de The battle at Elderbush Gulch, de Griffith (L'un de ses pires films à mon avis), et de la littérature de gare que Jeff Hillington lit par brouettes entières... Le film, tourné à une cadence moins rapide que ses prédecesseurs, est aussi plus long: petit à petit, Fairbanks fait son trou dans le cinéma Américain. On ne m'empêchera d'ailleurs pas de penser qu'à sa façon, ce film célèbre le genre même des oeuvres du comédien-producteur, cette capacité à fournir du rêve, quitte à oublier toute vraisemblance. L'ouest rêvé par Jeff est anachronique, et n'a bien sur jamais vraiment existé, mais l'acteur nous montre comment le jeune homme peut, par le simple pouvoir de sa venue, lui donner corps, et donner aux habitants des raisons d'y croire eux-mêmes. On est ici dans une symbolique, dont l"optimisme dépasse largement le champ du western ou du cinéma. Des années avant ses superproductions, Doug Fairbanks donne déjà des leçons de vie qu'on aimerait tellement avoir la possibilité de mettre en pratique!

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Douglas Fairbanks