Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 10:13

A la fois inspiré par Intolerance et ses quatre histoires, et par l'actualité récente, Dreyer réalise après Le Président une oeuvre fleuve en 157 minutes. Chacune des intrigues du film, qui se succèdent en bon ordre plutôt que d'adopter le mélange à la Griffith, concerne une occasion pour Satan de tenter l'homme, à l'initiation de Dieu lui-même. C'est donc avec répulsion que Satan tente avec succès Judas pour qu'il livre le Christ; puis il pousse un prêtre amoureux, durant l'inquisition, à dénoncer la femme dont il est épris; durant la Révolution Française, il se glisse entre une famille noble qui souhaite sauver Marie-Antoinette de la mort, et le tribunal révolutionnaire, en tentant un domestique dévoué à la comtesse de Chambord; enfin, la dernière histoire est située en 1918: durant la tentative des Soviétique de propager la révolution en Finlande, Satan tente de subvertir des paysans Finlandais afin qu'ils trahissent...

A chaque fois, c'est avec réticence que Satan (Helge Nissen) entend Dieu lui intimer l'ordre de "continuer son oeuvre maléfique". Car à chaque fois que l'ange déchu réussit son travail imposé de tentation, sa punition se prolonge. S'il échoue, il est épargné de 1000 années de disgrâce...

Les choix de Dreyer sont à la fois universels (Mais d'une façon très naïve, on le verra après!), et teintés d'une certaine vision politique conservatrice: les deux gros morceaux du film restent bien sur l'épisode Français, qui occupe quasiment une heure à lui seul, et l'épisode Finlandais qui  beaucoup motivé le réalisateur: il y expérimente le drame en décor naturel et boisé, une tendance qu'il affectionne particulièrement sur ses films muets à venir... Ces deux épisodes sont vraiment marqués d'un parti-pris anti-révolutionnaire qui, dans l'épisode Français, fait presque penser aux égarements de Griffith dans ses intertitres de Orphans of the storm, qui compare Robespierre et les Bochéviks! C'est justement ce qui vaudra au réalisateur de vives critiques de la gauche Danoise ...et européenne: un critique comme Sadoul se méfiera toute sa vie du réalisateur, par principe. Mais bon, on ne peut pas lui en vouloir; il était Stalinien. 

Quant à la thématique religieuse, elle a attiré, à l'inverse, sur le réalisateur, les foudres de la droite Protestante qui l'accusait de blasphème. Il est vrai que le principal thème du film est celui du libre-arbitre, et le fait que le mal est inéluctablement en chacun, avant d'être inspiré par le diable. Le diable ici ne fait que le sale boulot imposé par Dieu. Une scène de l'épisode Français est très frappante dans ce qui est autrement un peu trop mécanique (Exposition d'une époque, rôle de Satan, tentation, désastre, puis on passe à l'histoire suivante): alors que sa stratégie a réussi au-delà de toute espérance, Satan pour une fois se présente sous son vrai jour à celui dont il a mené la tentation, et lui passe un savon monumental, en lui disant qu'il mérite effectivement la damnation éternelle! Nul doute que Lang, au moment de réaliser l'année suivante sa "mort lasse" (Der müde Tod), se souviendra de ce Satan paradoxal.

Pour le rigoriste Dreyer, le film s'avère un intéressant champ d'expérimentation... Il soigne ses décors, choisit ses acteurs, et impose un jeu tout en retenue. Je regrette une tendance à exagérer la lenteur qui vire à la pesanteur parfois: cette impression que tout ceci est trop sérieux pour que l'action s'emballe... Mais maquillage, costumes, décors sont si soignés qu'on est face à un film d'une immense beauté; raté, bancal, répétitif oui, mais fascinant dans sa rigueur.

 

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Carl Theodor Dreyer
7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 16:28

C'est la troisième fois que Wegener tourne Le Golem! le roman, paru en 1915, a enthousiasmé l'acteur-réalisateur qui en a tourné une première version, en compagnie de Henrik Galeen. Il en reste un fragment très court, mais qui montre bien une différence de style importante avec celui-ci qui en est un remake. L'autre film, également perdu, est une comédie intitulée Le Golem et la danseuse, réalisé par Wegener encore, assisté de Rochus Gliese... Ce film définitif est un retour au mythe original...

Dans un passé lointain, dans un ghetto Juif... Le Rabbin Loew, qui connaît les astres et toutes les sciences occultes et magiques, sait qu'un grand désastre imminent va mettre sa communauté en danger. Il décide d'achever une oeuvre entamée il y a longtemps: la construction et l'éveil d'un Golem, dont il sait qu'il protégera le peuple Juif. Et justement, un édit de l'Empire punit les Juifs... Cherchant la réconciliation, Loew invite la cour de l'empereur à visiter la communauté: ça se passe très mal, à plus forte raison quand un tremblement de terre menace tout le monde. C'est à ce moment que Loew "active" le Golem, qui sauve l'empereur...

A partir de ce moment, les Juifs retrouvent leur liberté, mais le Golem qui a goûté à la vie ne souhaite pas se laisser rendormir. Et il n'en fait qu'à sa tête...

Le "mécanisme" du Golem est célèbre: c'est un pentacle (Et non une croix de David, comme on le lit parfois: amoureux du cinéma, deux conseils: regardez les films avant d'en parler, et apprenez à compter) qui est attaché à sa poitrine: il faut l'y placer pour l'éveiller, et l'enlever pour l'arrêter... Wegener prête son imposante stature à la chose, qui en dépit d'une coiffe supposée être de glaise, et de sa raideur, reste impressionnant. La filiation de Frankenstein avec ce film me paraît pertinente, d'autant que Whale a toujours professé une admiration sans borne pour le cinéma Allemand muet: j'imagine qu'il avait vu ce film... Karl Freund est le principal opérateur, et Rochus Gliese est responsable des costumes. Mais pour moi la star absolue du film reste Hans Pölzig: c'est lui qui a construit les décors, qui font à mon sens le lien inattendu entre le monde de carton-pâte de Caligari, et le cauchemar en décors naturels, organiques et poussiéreux, de Nosferatu... Un escalier, chez Loew, est à lui seul un décor enthousiasmant, à la fois minuscule, tortueux et parfaitement fonctionnel. Les rues du ghetto, construites au studio, ont l'air réelles, avec leur torchis qui semble animé de vie...

Le film n'est pas, bien sur, un film d'horreur, et Wegener limite le jeu "expressionniste" au maximum. Il impose une certaine lenteur, mais le film ne se départit jamais d'une douce ironie... La morale reste la même que dans Frankenstein: l'homme ne peut jouer à Dieu... Mais cette histoire ajoute un final inattendu, lorsque la créature va révéler sa douceur devant les enfants, après avoir semé la terreur chez les adultes... Doux comme un agneau, il va se laisser cueillir comme une fleur... Beaucoup de métaphores, pour une fin qui reste en demi-teintes, d'un film qui est un jalon essentiel du cinéma Européen... et mondial. Un film qui est aussi un regard assez tendre vers le folklore Juif.

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Muet 1920
22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 09:57

Le succès de Behind the door a fait des petits: on prend les mêmes (Bosworth, Ince, Willat) et on recommence, et après "derrière la porte", on se rend "sous la surface", dans un drame encore une fois humain et maritime, qui mêle savamment le mélodramatique spectaculaire, et le tragique...

Cette fois, Hobart Bosworth est Martin Flint, un scaphandrier qui loue ses services sur la côte du Maine. Il est amené, avec son fils Luther (Lloyd Hughes), à participer au sauvetage de l'équipage d'un sous-marin échoué, dont les vingt hommes n'avaient a priori aucune chance... Grâce à Martin, ils survivent tous, et l'incident va faire la une des journaux nationaux. Deux aventuriers, James Arnold (George Webb) et sa maîtresse Vera Gordon (Grace Darmond), trouvent donc un moyen de récupérer un trésor dont ils savent qu'il a coulé au large des côtes de la nouvelle Angleterre... Mais quand Martin refuse de leur venir en aide, ayant compris que leurs intentions sont louches, Vera va approcher Luther en se faisant passer pour la soeur de James, et elle va jusqu'à se marier avec lui, afin qu'il accepte de les aider...

La construction est beaucoup plus simple que celle du film précédent, et ne repose en rien sur la guerre, qui ne fait plus autant recette que l'année précédente! L'objectif de Willat, qui a cette fois encore fait appel aux services de Luther Reed pour le script de son film, est  de capter le public et de l'amener à une révélation... qui hélas manque dans la copie que j'ai vue. On sait que tout Behind the door menait, par des chemins détournés, à un plan qui, s'il ne se vautrait pas dans le grotesque sanguinolent, nous faisait au moins comprendre de façon sure qu'un acte de torture ignoble avait eu lieu; ici, tout nous conduit vers une séquence dans laquelle un homme trompé qui refuse de croire à la duplicité de son épouse, est amené à découvrir dans une épave son cadavre dans les bras d'un autre...

Willat construit donc parfaitement son mélodrame, jouant à fond sur les clichés établis. Le film se laisse donc voir tranquillement, et est particulièrement soigné. Mais si le drame humain repose volontiers sur du sensationnel, on voit quand même que l'effet coup de poing du film précédent n'est pas au rendez-vous... Il faut, sans doute, savoir rester raisonnable!

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Thomas Ince
21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 15:15

C'est ce film qui va faire le lien entre les carrières russes respectives de Joseph Ermolieff, Jacob Protozanoff, Ivan Mosjoukine, Natalie Lyssenko et Alexandre Volkoff, d'une part, et leur arrivée en France d'autre part; littéralement: en fuyant la révolution (Ou les révolutions pour être exact), et l'annonce par Lénine de la nationalisation, Mosjoukine et ses associés emportaient avec eux le cinéma. Et leur voyage, de Moscou à Yalta, de Yalta à Constantinople, et de Constantinople à Marseille, a été l'occasion pour eux de tourner un film... Scénarisé par Mosjoukine et Volkoff, mis en scène par Protozanoff, interprété par Mosjoukine et Lyssenko, et produit par Ermolieff. Son intrigue ressemble à une histoire sans queue ni tête improvisée sur la route, et filmée dans des décors qui varient sans cesse, et pour cause!

Le comte de Granier est heureux: il va marier son fils Charles, le plus grand, le plus raisonnable aussi. Son fils Octave, c'est une autre paire de manches, ou de gants de boxe: il est passionné de sport, mais ce grand nigaud n'a pas la moindre notion de ce que c'est que de séduire une femme. Ce qui est loi d'être le cas de Charles: quand sa future belle-soeur lui demande d'aller chercher son grand frère, Octave le trouve aux côtés de l'actrice Yvonne Lelis, une dangereuse séductrice. Il les pousse à rompre, mais Yvonne va le séduire... Et Octave, subjugué, et désavoué par son père va peu à peu tomber dans tous les pièges tendus par la fourbe actrice, devenant lui-même acteur, puis trichant au jeu pour pouvoir subvenir aux besoins toujours plus importants de son épouse... Puis lorsque la déchéance s'installe, ils vont trouver avec leur fille un travail dans un cirque. Mais la petite, acrobate, fait une chute, et il n'y a plus qu'une ressource: trouver de l'argent auprès de la famille De Granier. Et au besoin, le voler...

Les quinze premières minutes épousent le rythme de la comédie, et rappellent la façon excentrique de Mosjoukine de traiter ce genre, que ce soit dans Le brasier ardent, Kean ou Feu Mathias Pascal... Protozanoff semble donner corps ici à une vision totalement due à son acteur-scénariste, qui a semble-t-il décidé de montrer au public les atouts de la troupe. Et le film, avec ses ruptures de ton, qui permettent d'explorer à peu près tous les genres, et de montrer la versatilité de ses acteurs, en particulier Mosjoukine et Lyssenko, devient une démonstration des capacités de cette troupe ambulante, qui va devenir la base de la société Albatros. Donc ce film en forme de tout et de rien, foncièrement sympathique par son côté surréaliste, est une démonstration de force...

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Comédie Albatros Ivan Mosjoukine
8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 09:46

Taylor, dans l'histoire du cinéma, est surtout resté pour être le metteur en scène dont l'assassinat (jamais résolu) a déclenché le nettoyage d'Hollywood par Will Hays, en même temps que la fameuse "affaire Arbuckle". Il est donc intéressant de voir l'un de ses films pour lui rendre mieux hommage. Et ce film, disponible dans le fantastique coffret Treasures III édité par l'association des cinémathèques Américaines, est une bonne occasion de le racheter, en effet. 

Un enfant abandonné, victime de l'ostracisme de ses camarades d'orphelinat et de la négligence des adultes, s'enfuit, et tente de faire sa vie seul. Repêché par une juge progressiste (Dans son propre rôle) suite à une intrusion au domicile d'un politicien, il est recueilli par celui-ci, et prouve sa valeur à travers une bonne action savamment menée. 
Nous voici en présence d'un mélo social de haute volée, dont les acteurs jouent souvent juste, et dont le metteur en scène utilise à merveille le montage pour installer un rythme soutenu. Le cadre est au plus près des visages, et l'effet est là aussi efficace, surtout devant la recherche d'authenticité des protagonistes (Les gamins notamment).

Ce film totalement oublié est à voir, d'autant que l'écheveau des ses intrigues réussit à déjouer les pièges du manichéisme le plus total: il faut voir la femme du politicien faire une moue paniquée lorsqu'elle entend son mari se porter volontaire pour accueillir le délinquant. Pourtant, c'est elle que plus tard le jeune appellera sa mère... Le recours au réalisme est accompagné d'une grande science des ombres et du tournage de nuit: La première scène montre deux femmes (L'une d'elles est enceinte) négocier un futur nouveau-né, en ombres chinoises; lorsque la mère biologique s'en va, l'autre sort de l'ombre, et son visage vulgaire contredit efficacement le chic de sa toilette... Les scènes de l'orphelinat sont très réalistes et un petit suspense très prenant s'installe autour du sort d'un enfant coincé dans une baignoire, lors d'une visite de candidates pour une adoption. Le recours au juge Lindsey, spécialiste du droit des enfants, évite le didactisme en le faisant vraiment jouer un rôle dans le dénouement. Une très heureuse surprise, qu'on aimerait accompagner d'autres films de ce metteur en scène.

 

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Muet 1920
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:38

L’une des meilleures indications de ce qu’il faut penser de ce petit film curieux, c’est sans doute qu’alors que des livres entiers sont publiés sur les « grandes oeuvres » de Griffith, les seules rares mentions de ce film sont pour signaler qu’il a été exploité avec une tentative de sonorisation rudimentaire et parait-il (la copie examinée en étant dénuée) assez peu glorieuse. On en parle parfois aussi pour faire des comparaisons peu flatteuses avec l’autre, plus prestigieuse adaptation des romans de Thomas Burke, Broken blossoms.

De fait, la comparaison tourne fatalement à l’avantage de ce dernier film, qui a beau tenter de forcer occasionnellement la main du spectateur (Construction linéaire, actrice trop vieille pour le rôle, maquillage incertain) mais ne parvient absolument pas à détourner son attention de l’intensité du drame. Or, ici, c’est le contraire: la richesse, la complication de l’intrigue, la multiplication des personnages, le ton parfois léger, tout mène malgré tout à l’ennui devant un film raté, vite fait mal fait, malgré des images parfois superbes. Les acteurs n’y croient que peu, et on devine que comme d’habitude, le metteur en scène a tellement improvisé que le plupart des acteurs ne savaient pas exactement ou ils allaient…

L’histoire est une vague intrigue romantique sur fond de pauvreté, parfois Dickensienne (l’histoire originale est située à Londres, et de nombreux éléments nous le confirment, mais l’héroïne, jouée par Carol Dempster est originaire du Sud, certainement pas le sud Londonien quand on connait Griffith.). Tout comme dans Broken blossoms, Griffith joue avec les préjugés raciaux, mais Carol Dempster, contrairement à Lillian Gish, ne laissera pas Swan Way, joué par Edward Pell (Evil Eye, déjà le méchant, dans Broken Blossoms), l’approcher, précipitant le drame. L’histoire est centrée autour de Carol Dempster, donc, la jeune fille à sauver, comme toujours assez énergique, et de deux frères, qui sont mêlés à des trafics louches, et qui sont de fait concurrents en amour. Sinon, comme toujours, famille en détresse, perte d’un parent (ici le père de Carol Dempster), trahison, sacrifice, rédemption… Griffith joue les mêmes cartes, et fait donc bouillir la marmite. Du moins il essaie : le film n’a pas marché, et coincé entre Way down east et Orphans of the storm, il a été oublié, tout simplement.

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1920
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:30

The idol dancer et The love flower sont contemporains, et montrent comment Griffith commence à réfléchir à la relève qui sera nécessaire quand Lillian Gish partira... Ce qui ne tardera pas. Les deux films sont basés sur un exotisme de pacotille, mais si The idol dancer est mauvais, celui-ci est bien plus intéressant...

The Love flower, donc, a bénéficié de plus de soins. Pour commencer, le scénario est intéressant, proche d’un thriller : on est ici chez un Griffith plus adulte, qui a des questions à poser à ses personnages, et le fait qu’ils soient peu nombreux sert bien son propos.
L’histoire tourne autour d’une famille, les Bevan : le père (George McQuarrie) a causé involontairement la mort de l’amant de sa femme, et prend la fuite avec sa fille (Carol Dempster) ; ils se réfugient dans une île des mers du sud, ou ils se tiennent à l’écart de toute trace des blancs. Jusqu’au jour ou Crane (Anders Randolph), un détective à la réputation infaillible, vient les chercher, aidé par un jeune homme, amoureux de la jeune femme, et qui n’avait pas conscience du malheur qu’il leur apportait (Richard Barthelmess).

Les plus étonnants ingrédients de ce petit film qui fait partir son intrigue d’un crime, c’est bien sur que techniquement, le père est bien un criminel, ce qui n’empêche pas Griffith de nous demander de prendre parti pour lui, ainsi que sa fille, d’ailleurs. Sinon, la façon dont la fille tente de sauver son père, ne reculant pas devant le sabotage, la violence, et même la tentative de meurtre sur la personne du détective, rend le film encore plus intéressant. Dempster le joue avec conviction, passion même, ce qui fait de son personnage un rôle beaucoup plus riche que bien d’autres héroïnes éthérées. Elle est plus charnelle, aussi ; on sait que Griffith avait de sérieux sentiments pour Miss Dempster, mais on sait aussi qu’il avait la tentation de l’effeuiller dans ses films. Ici, il la fait beaucoup nager en chemise…

Barthelmess, qui aura beaucoup à faire pour sauver Lillian Gish d’un destin fatal plus tard dans l’année dans Way down east, est ici un assistant pour la jeune femme, la suivant dans ces décisions, approuvant même le désir de tuer le cas échéant. Un climat âpre, renforcé par l’isolement des personnages. A l’opposé de l’innocence et de l’état de nature des îles présentées dans Idol dancer, la présence de Crane, et son implacable sens de la justice aveugle, transforme le lieu en un petit enfer. On n’est finalement dans le sillage d’un film comme Victory de Maurice Tourneur (d'après Joseph Conrad), sur des prémices similaires, même si Griffith, novice dans ce genre de drame criminel, est beaucoup moins à l’aise. Cela ne l’empêche pas d’être enthousiaste, et son film culmine dans une série excitante d’actions violentes, avec siège, séquestration, tentative de meurtre, mensonge et dissimulation. Bref : Le bonheur du cinéphile, on l’a bien compris. Sinon, Griffith s’essaie bien naïvement à la cinématographie sous-marine afin d’accompagner les mouvements gracieux et aquatiques de la naïade Carol Dempster. Quant à celle-ci, décidément, il faut sans doute la réhabiliter.

Repost 0
Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet 1920
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:26

Tournés simultanément en Floride par un Griffith désireux sans doute de retrouver ses années Biograph, lorsqu’avec une équipe soudée il tournait un film par semaine, The idol dancer et The love flower font partie d’un pan totalement abandonné et oublié de l’histoire, tant de Griffith que de celle du cinéma. L’impression générale est qu’il n’y a au mieux rien à en dire, contrairement aux grandes épopées (Intolerance), et contrairement aussi aux grands mélos (Broken blossoms) ou aux petits films familiaux (True heart Susie). De fait, ce sont de purs petits films de genre, sans aucune autre ambition affichée. Sur Idol dancer, on ne va pas cacher longtemps que c’est un film totalement inintéressant.

The idol dancer se passe sur une île. Le révérend Blythe est un missionnaire natif du New Hampshire, dont le neveu neveu Walter Kincaid quitte la Nouvelle Angleterre pour demeurer auprès de lui, espérant que le climat local va améliorer ses problèmes de santé. Il tombe amoureux de la jeune sauvageonne Mary mais celle-ci a des vues sur un vagabond, Dan McGuire, aux idées nihilistes bien arrêtées. Walter, quant à lui, est plutôt enclin au puritanisme et à la probité. Mais lorsqu’il tombe malade, Mary se rapproche de lui afin d’aider sa guérison, et elle se rapproche aussi du Christianisme.

Walter Kincaid, c’est Creighton Hale, dans le premier d’une série de rôles de nigauds cosmiques, le plus célèbre restant son « professeur » dans Way down east. Mais on le verra aussi chez Borzage (The circle), ou encore Paul Leni (The cat and the canary). Dan est interprété par Richard Barthelmess, l’un des rares points communs entre les deux films ; Sinon, la jeune Clarine Seymour interprète Mary, qui sera son unique rôle de premier plan avant son décès prématuré. On le voit à la lecture du synopsis, on est dans le délire vaguement Chrétien, même si cette tendance au prêchi-prêcha n’est qu’une façade : ce qui compte pour Griffith, c’est de permettre à Clarine Seymour de faire tourner les têtes en agitant son popotin, et éventuellement d’agiter pour sa part son habituel chiffon rouge raciste, en représentant d’abominables indigènes dont la bêtise et la cruauté, sans parler de leur sensualité bestiale, nous rappelle ce que vaut vraiment la tolérance façon Griffith…

L’histoire est indigente, le final habituel en forme de maison assiégée totalement irritant (et traité par-dessus la jambe), et Clarine Seymour est nulle.

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1920
19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 20:22

Ce long métrage est entièrement taillé sur mesure pour l'énormité de John Barrymore, qui ne s'en est jamais vraiment remis, et c'est le premier Jekyll important. Il ressemble à une démonstration du savoir-faire de la Paramount en matière d'ambiances et de mise en valeur des images. L'histoire est aussi un prétexte intéressant pour une descente aux enfers de l'humanité, ce dont Robertson ne se prive absolument pas... Le film aurait pu être bien anodin, s'il n'y avait eu la volonté affichée de traiter le sujet de manière appropriée: en rendant une vision aussi valide que possible de l'Angleterre Victorienne dont cette intrigue est imprégnée de façon inextricable, en tournant l'essentiel du film en scènes nocturnes, en prenant son temps, et en laissant le grand acteur faire le boulot comme il l'entendait...

Donc Barrymore est bien le Docteur Jekyll qui poussé par son entourage et sa vanité, a voulu isoler le bien du mal et a tenté de faire des allers retours entre les deux. Il me semble que le personnage de Lord Carew, le père de la fiancée du Docteur, doit beaucoup à Oscar Wilde, plus qu'à Stevenson, et en faisant le tentateur qui ne se mouille pas, il a le même rôle dans le film qu'avait Lord Henry Wotton dans The picture of Dorian Gray. Mais le mal et la descente aux enfers, si palpables et si réels, sont filmés avec un naturalisme qui est finalement bien rare dans le cinéma fantastique Américain. Même les adaptations futures en seront bien dépourvues... Et il y a Nita Naldi, la vamp qui incarne la séduction du mal. elle est grandiloquente, mais elle sied si bien à l'intrigue, tranchant avec l'hypocrisie ambiante par son allure de femme fatale...

N'empêche, elle finit bien tristement, l'histoire du gars qui avait voulu se transformer en un autre pour évaluer la part de mal qui est en chacun de nous. Un jour, j'aimerais, rien qu'une fois, voir un Jekyll qui se termine par le triomphe du mal. Rien que pour rigoler... Quant à Barrymore, il a tellement aimé se déguiser (Et incarner un Hyde sautillant qui a beaucoup fait rire Laurel, tant et si bien qu'il l'a parodié en 1925 dans le film idiot mais superbe Dr Pyckle and Mr Pryde) en monstre, qu'il s'est souvent ménagé dans ses futurs films des apparitions horrifiques pour y retourner.

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Muet 1920
10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 18:17

Louise (Fazenda) est la fille d'un fermier (Bert Roach), et aimerait se marier avec le garçon de ferme, Harry Gribbon. Mais le propriétaire (James Finlayson) a lui aussi envie d'épouser la jeune femme. Il est vrai qu'il a une certaine manie qui consiste à utiliser sa position de force pour tenter d'extorquer des faveurs auprès de tout ce qui porte jupon. Mais afin de se dépêtrer de cette situation délicate, la jeune femme a une idée: celle de prétendre avoir été abusée dans le passé par un homme de passage... Ce qui va tout compliquer, c'est d'une part que le bruit va se répandre; et d'autre part que c'est précisément le moment que choisit le faux séducteur pour refaire une apparition.

Beaucoup de bonnes choses dans cette comédie centrée autour de Louise Fazenda. du moins bon aussi, l'impression dominante étant que ce qui aurait tenu en trois bobines a été gonflé sur un long métrage de cinq... Mais le petit univers rural qui s'agit sous nos yeux, avec le grand James Finlayson (Bientôt chez Hal Roach) en propriétaire terrien manipulateur qui cherche à se marier avec la jeune fille de la ferme lorsqu'il apprend que celle-ci va hériter (Une intrigue TRES fréquente, décidément). Le film se dirige vers un final avec poursuite, chaos, anarchie, bourre-pifs et autres réjouissances...

Et puis une scène, située en fin de la première bobine, nous montre Finlayson en roue libre, qui tente d'exercer un chantage à la coucherie sur marie Prevost en attendant que son mari (Ben Turpin) ne revienne... On a droit à un catalogue complet de fourberie et autres scènes jouées à fond la moustache par un grand, très grand acteur... Et quel casting!

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1920 Mack Sennett