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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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10 mai 2019 5 10 /05 /mai /2019 11:15

Pour pouvoir afficher Asta Nielsen en Hamlet, sans ambiguité aucune à l'époque où l'homosexualité est passible de sérieux ennuis judiciaires en Allemagne, la production de ce film a pris une décision: s'appuyer sur les travaux récents d'un universitaire Américain. Je pense que nous n'avons même pas besoin de vérifier, c'est bien sûr du pipeau: Nielsen avait tellement envie d'interpréter le Prince du Danemark... Et elle avait raison. Elle domine d'une façon évidente un film, dont il n'y a pas lieu de douter qu'elle est l'auteur principal...

Le script suit les grandes lignes de la tragédie la plus violemment ironique et désespérée de Shakespeare, en s'appuyant donc sur une théorie qui prétendrait expliquer les zones d'ombre de l'intrigue en révélant que le prince Hamlet était en réalité une héritière, un stratagème permettant à sa mère de maintenir la couronne du Danemark dans sa famille au moment où la mort du Roi Hamlet. Un stratagème qui permet au Hamlet d'Asta Nielsen de vivre dans un écheveau de mensonges, dès sa plus tendre enfance. Maintenant, si vous voulez mon avis, ça aurait sans doute été aussi intéressant de laisser l'actrice jouer directement un rôle d'homme, à la façon de Peter Pan... mais je n'ai bien sûr pas été consulté!

Non, l'intérêt de cette grosse production, certes ampoulée, est dans la façon dont Nielsen s'affiche au milieu de cette folie de mort qui rôde derrière tous les rideaux, comment elle négocie, enquête, aime, jalouse, seule contre tous: beaucoup connaissent ses secrets, mais aucune personne ne connait absolument tous ses secrets. sa mère sait qu'elle est une femme, mais elle est absolument la seule. Son meilleur ami sait qu'Hamlet soupçonne sa mère et son oncle d'avoir assassiné son père, mais ignore son identité véritable. Il sait par contre que la folie d'Hamlet est feinte... Mais prend sa jalousie de femme, pour une hostilité. De quoi renforcer l'ironie initiale, en ajoutant un peu au drame intérieur.

Mais si le film reste, malgré tout, un film de 1920, avec un jeu parfois intense (Nielsen), parfois embarrassant (le reste du casting), il est intéressant de constater que la Nielsen films (oui, c'est bien le nom de la compagnie, qui en dit long!) a confié la mise en scène à deux personnes: Heinz Schall a déjà réalisé des films avec la star dans les années 10, et c'est un technicien chevronné. Mais Svend Gade n'a jamais réalisé que ce film; le décorateur Danois, probablement promu à ce poste par sa Danoise de patronne qui souhaitait mieux contrôler la production, est aux commandes ici de l'architecture et du décor. Deux éléments essentiels du film, tant le choix des lieux fait beaucoup pour aérer la pièce et parfois lui donner de la force...

Pour finir, le film possède quand même une fin particulièrement unique en son genre, durant laquelle le pot-aux-roses apparaît enfin, tout ça parce qu'Horatio mourant aura par mégarde mis sa main droite sur le sein de celle qu'il croyait être un homme. Une façon étonnante (mais qui passe finalement assez bien) de conclure un drame tout en levant toute possibilité d'ambiguité, voir plus haut! Ayant pu passer à travers toutes les formes de censure possible, ce Hamlet a pu donc être un énorme succès.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Asta Nielsen Muet 1920
8 avril 2019 1 08 /04 /avril /2019 13:10

On ne présente plus Alan Crosland, un vétéran de chez Griffith qui a roulé sa bosse avant de finir par entrer de façon inattendue dans la cour des noms souvent mentionnés du cinéma muet, en devenant le metteur en scène de The Jazz Singer pour la Warner, en 1927... Un poste qu'il a eu en étant, avant l'intronisation de Michael Curtiz à ce poste, LE metteur en scène des grands projets de la firme: il avait, l'année précédente, réalisé le superbe Don Juan pour la WB. Mais si Crosland est un vétéran, c'est aussi et surtout un artisan, un home de métier qui ne s'embarrasse pas de passer pour un artiste.

Le film, une production Selznick de 1920, n'est donc pas une révélation ni une révolution, juste une excellente comédie dans laquelle Olive Thomas incarne une adolescente un peu pressée de sortir de sa minorité et de jouer dans la cour des grands. Il est vrai qu'il n'y a pas grand chose à faire à Orange Springs, la petite ville de Floride où elle vit avec ses (riches) parents. Alors quand elle va se retrouver en pension, elle va tout faire pour apprendre la vie, le plus vite possible...

C'est une comédie charmante, pétillante, menée par une actrice adorable et dynamique, qui est une préfiguration de Clara Bow, en bien moins prolétaire bien entendu. Et surtout, c'est presque un chaînon manquant: en 1920, les "flappers", ces jeunes femmes en quête d'indépendance qui se plongeaient avec délices dans ce que leurs parents considéraient comme une vide débauche, sont encore une curiosité, elles ne sont pas encore une mode... Et Olive Thomas, qui dans vraie vie n'avait sans doute pas attendu très longtemps avant de s'encanailler, a le second degré nécessaire pour le rôle. Elle est vraiment excellente, et sa mort cette année là, a vraiment été une grande perte... Sinon, au rayon des curiosités, on fait grand cas de la présence de la jeune Norma Shearer (voir photo en haut) dans les figurantes, mais on pourrait aussi signaler le fait que ce film nous présente dans le rôle sobre d'un malfrat, le grand Arthur Housman, avant qu'il ne devienne un ivrogne professionnel...

 

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Published by François Massarelli - dans 1920 Alan Crosland Muet Comédie
16 février 2019 6 16 /02 /février /2019 16:50

Après tant de films perdus (Les cinq premiers, à l'exception de quelques secondes de Satanas, une scène de séduction peu probante et dont la sensualité cadre mal avec le cinéma de Murnau tel qu'on le connait) on peut enfin voir l'un de ces petits drames que le metteur en scène a tourné avant la consécration qui viendrait de sa collaboration avec Erich Pommer, et pour un film seulement, d'un rocambolesque mais décisif séjour dans les Carpathes. Après avoir quasiment tourné en amateur pour l'acteur Ernst Hoffmann, et collaboré avec Veidt sur deux autres films, c'est à nouveau avec le grand acteur de Caligari qu'il va mettre ne scène ce sombre mélodrame, sur un script du en partie à Carl Mayer, qui travaille pour la deuxième fois avec Murnau. 

Eigil Börne (Olaf Fonss) est un médecin qui a dédié sa vie à son métier, et qui a rencontré le succès. Sa fiancée Hélène (Erna Morena) souffre en silence, elle qui nourrit une passion qui la dévore de l'intérieur pour son grand homme, mais ne souhaite pas trop le presser de se marier, afin qu'il se consacre à son métier. Mais un soir au théâtre, il rencontre la danseuse Lily (Gudrun Bruun Stephensen), qui lui tend un piège pour qu'il tombe dans ses bras: elle feint d'avoir mal aux jambes. Ils deviennent amants, et Eigil va rompre ses fiançailles avec Hélène afin de se marier avec Lily. Ils quittent la grande ville pour s'installer dans un petit village au bord de la mer; là, Eigil soigne un homme, un peintre devenu aveugle (Conrad Veidt). Après qu'une opération a réussi, Eigil tente de calmer ses remords vis-à-vis d'Hélène en lui rendant visite, mais il ne la verra pas; par contre, pendant son absence, Lily et le peintre tombent follement amoureux l'un de l'autre... 

Le sixième film de Murnau nous montre que si le metteur en scène en est encore à faire ses gammes (Le film étant un drame symbolique bien dans l'air du temps), il a ici des idées qui resteront: une façon d'utiliser à la fois les décors intérieurs des maisons et les extérieurs, notamment la nature pour suggérer des émotions ou des caractères, ce qui bien sur sera porté à sa plus noble expression dans le reste de l'oeuvre, dès Nosferatu. le film est aussi déjà remarquable par la façon toute personnelle d'aborder la peinture de l'échec sentimental, à travers un rectangle amoureux dans lequel ses quatre personnages sont prisonniers jusqu'à la fin du film. Ici, le destin se confond avec l'impossibilité de l'amour... A toutes fins utiles, rappelons que le film n'est pas, pas plus que ne le serait Schloss Vogelöd, voire Nosferatu ou Marizza pour en rester à des films de la première partie de la carrière du cinéaste, un film "expressionniste", même si la présence de Conrad veidt, après Caligari, rend possibles quelques apparitions de jeu et de détails qui renvoient aux expériences alors en vigueur: Murnau n'y sera sensible que parfois, préférant développer sa propre dramaturgie et sa science très personnelle de l'utilisation de l'espace, qui rappelons-le, mène à la maîtrise formelle des années 1924 à 1927: beaucoup de choses sont ici en germe...

Pour commencer, le film a beau installer un drame bourgeois qui verra évoluer un homme d'une femme à l'autre, Olaf Fonss a beau interpréter un médecin dédié à son art qui se rend malgré lui irrésistible, au moins momentanément pour deux femmes, le fait est que le docteur va souffrir: les premières scènes le montrent insensible à la passion évidente d'Hélène, dont la position dans la première moitié du film fait d'elle une "soeur Anne", à la fenêtre pour le guetter en permanence, qui ne verra jamais rien venir. Les deux fiancés, montrés dans la première séquence, sont séparés par le montage, et lorsque le médecin revient d'une entrevue pleine de promesses avec Lily, il propose le mariage à Hélène comme on passe la corde au cou. Il se ravise, et la quitte, en descendant un escalier: descente aux enfers, bien sur, qui sera à la fin relayée par une autre descente, celle de Lily après la consultation finale... Mais aussi par un plan du même escalier après la révélation de la mort de Lily: le médecin entame l'ascension qui le renverra aux côtés d'Hélène, avant de se raviser. Lily, au début du moins, est l'antithèse de l'ombrageuse Hélène qui ressent les effets du désir mais se refuse à l'exprimer (Du moins le spectateur sait-il à quoi s'en tenir!), et elle n'a aucun problème lorsqu'elle décide de jeter son dévolu sur le médecin (Qu'un cadrage approprié lui associe durant les scènes de la représentation de la danseuse). Son langage corporel, son exubérance et son naturel en matière d'expression des sentiments seront même repris par le médecin lui-même. Mais après l'apparition du peintre, la jeune femme est vue, dans la maison près de la mer, entre deux fenêtres, comme Hélène avant elle restait Gang in die Nacht 1face à une ouverture symbolisant l'éventualité de l'arrivée du médecin, Lily est comme désignée par le destin pour participer à un adultère, coincée entre son affection pour son mari, et la fascination engendrée par l'étrange aveugle... Celui-ci, joué par Veidt, est forcément très impressionnant à regarder; il arrive du reste comme Nosferatu, et comme le vieux Hitu dans Tabu, par la mer, sur une barque qui accoste lentement, l'homme debout sur le bateau étant à la fois une menace et un inéluctable signe du destin, d'ailleurs souligné par un cadre dessiné par l'arche d'un pont dans le champ de la caméra...

Donc Murnau explore déjà le destin contrarié d'un amour passager, dont la première victime va, à l'instar d'Hutter, littéralement mettre les deux amants dans les bras l'un de l'autre: lors d'un dîner organisé entre les deux époux et le peintre qui vient grâce au médecin de recouvrer la vue, le docteur Eigil met littéralement les deux futurs amants en contact, et scelle même leur union sans le savoir en partageant le vin avec eux. Ironiquement, lui qui vient de donner a vue à un non-voyant, qui était aveugle au trouble sensuel d'Hélène, est désormais aveugle face à l'inéluctable rapprochement entre le peintre et Lily, surtout que le jeune homme a vu la femme de ses rêves... Le peintre aveugle, bien que considéré comme un intrus dans le déroulement du film, un homme par lequel le scandale va arriver, est sans doute considéré par le scénario de ce film comme l'amant destiné à Lily, Eigil Börne devenant juste un instrument du destin: il est celui qui va, l'espace d'un instant, permettre le rapprochement des amoureux par le fait de donner la vue à cet homme, qui va ainsi voir la femme de sa vie. Et Lily, danseuse, qui demandait à Eigil si il l'estimait en tant qu'artiste, va de fait se trouver des affinités avec le peintre. Eigil est donc écarté, comme Hutter, et comme Matahi le seront plus tard dans l'oeuvre, de l'accomplissement nécessairement tragique de la destinée de sa bien-aimée... 

La nature de ce film, situé pour une bonne part sur les rives de la mer du nord, renvoie inéluctablement à Nosferatu. Comment ne pas penser à ces plans fascinants d'Ellen pensive devant les vagues, quant on voit ici les jeunes mariés se laisser aller à quelques images de bonheur, dans le vent? Mais si le film, comme je l'ai déjà dit, préfigure la suite de l'oeuvre par tant d'aspects, il est aussi et surtout une oeuvre de jeunesse qui se trouve au confluent de deux tendances: d'une part le désir d'images de Murnau, dont le sens de la composition est déjà fort aiguisé, et dont l'envie de tirer parti des décors et de la nature se manifeste dans chaque plan ou presque; et d'autre part le cinéma Allemand de l'époque, sous l'influence Danoise pour une large part (Ce sombre mélodrame dans lequel les protagonistes meurent ou sont voués à la solitude), mais sans céder de façon trop évidente aux sirènes expressionnistes, présentes certes, mais pas au détriment de tout le reste. Comme on le sait, c'est une voie très personnelle que le metteur en scène s'apprêtait à tracer, et dont il esquissait les contours avec ce film,faisant montre de ce qui est une solide assurance...

Pour finir, une note d'espoir: après des années de purgatoire (le film a été considéré comme perdu, puis retrouvé dans une copie privée d'intertitres, puis re-titré, mais sans grande conviction, pour les rares passages en cinémathèque, puis enfin retrouvé dans une version décente) et doté de titrages appropriées et enfin restauré en bonne et due forme, par la cinémathèque de Munich dans une version tellement belle qu'on doute parfois qu'il s'agisse d'un film de 1920. Cette merveille est sortie sur un DVD (seulement, mais il est très soigné) et fourni en sous-titres Anglais et Français, et c'est une merveille. 

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Published by François Massarelli - dans Friedrich Wilhelm Murnau Muet 1920
8 décembre 2018 6 08 /12 /décembre /2018 10:04

On connaît Nell Shipman surtout pour Back to God's country, un film tourné en pleine nature, dans un Canada sauvage et lyrique, l'année qui précède ce long métrage. Le tournage de 1919, qui la voyait diriger une équipe même si la réalisation était créditée au solide artisan David M. Hartford, a sans doute donné envie à la comédienne de pousser son avantage. Dans ce cas, c'est raté!

Something new est une histoire sans rien, ou presque: une jeune femme qui souhaite écrire "quelque chose de nouveau", est prise par l'angoisse de la page blanche, parce qu'elle ne parvient pas à trouver de l'intérêt, jusqu'à ce qu'elle entende une conversation entre un cavalier et le chauffeur d'une voiture: ils parient pour savoir lequel battra l'autre dans un itinéraire d'obstacles, ce qui donne des idées à notre auteure... Nous la retrouvons donc du coté de Tijuana, pour vivre une aventure avec un homme un vrai, un chien, un vieux bougon, des bandits Mexicains, et surtout... une voiture.

Et ça dure 56 minutes, mais le problème c'est qu'il n'y a en gros que de quoi alimenter un film de 10 minutes. Le sentiment qui domine dans ce road movie plein de dos d'ânes, c'est qu'il fallait impérativement filmer la voiture en difficultés. Mission accomplie: on ne voit qu'elle, et c'est d'un ennui...

 

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Published by François Massarelli - dans Nell Shipman Muet 1920
7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 09:55

Vera Blaine (Marguerite Namara), une jeune femme tout à fait comme il faut de la bonne société du Sud, tombe amoureuse d'un beau ténébreux, l'écrivain Brésilien José Dalmarez (Rudolph Valentino). Tout irait pour le mieux si le sombre et louche individu ne lui proposait de partir avec lui pour le Brésil, sans passer par la case mariage. Elle ne se laisse pas faire, et refait sa vie, pendant que Dalmarez part seul. Une fois au Brésil, il continue ses petites habitudes, et se met une famille à dos en séduisant une jeune femme... Un événement qui aura des répercussions: l'une d'entre elle est qu'il doit fuir, et pourquoi pas rentrer aux Etats-Unis, là où il sait qu'il pourra faire chanter Vera...

Voilà un film déséquilibré: en effet, de six bobines à l'origine, ce véhicule pour la star mineure Marguerite Namara (Cantatrice à l'origine, marchant sur les pas de Geraldine Farrar) a été retaillé pour s'accommoder, l'année suivante, de l'énorme succès de The four horsemen of the apocalypse, qui cette fois mettait en vedette Valentino dans le rôle de Julio Desnoyers. Le remontage de ce film a consisté en la suppression de nombreuses scènes qui ne faisaient pas intervenir la star Latine. De ce déséquilibre effectif, naît un déséquilibre affectif, puisqu'il est difficile pour le public de s'identifier avec la vedette réelle du film, qui devient presque un rôle secondaire.

Maintenant, on est bien sûr face à un mélodrame très classique, aux relents xénophobes, une constante de ces premières année de la carrière de Valentino, mais aussi un film assez adroitement mis en scène par un réalisateur accoutumé au rythme des serials, qui commence à s'intéresser à son film vers la fin, lorsqu'il est question d'une enquête sur une affaire trouble de meurtre, un meurtre que nous croyons d'ailleurs avoir vu, mais...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920
24 juillet 2018 2 24 /07 /juillet /2018 16:37

Après The wicked darling, Outside the law est la deuxième collaboration de Browning avec Chaney, et quelque chose a changé... le film fait partie de la même veine, une histoire de gangsters avec rédemption à la clé, pour le personnage de Priscilla Dean, qui collaborait souvent avec le metteur en scène. Dean est une actrice intéressante, car si le maquillage tend à souligner un je-ne-sais quoi d'originalité dans ses traits, elle n'a rien d'un modèle, et possède une réalité corporelle bien plus intéressante pour Browning, qui aimait à croire en ses personnages et dans les situations qu'il filmait.

Dean est Molly Madden, la fille d'un gangster (Ralph Lewis) de San Francisco en quête de réforme. Celui-ci, sous l'influence de son ami le philosophe Chang Lo (E. Alyn Warren) souhaite devenir un homme respectable, et voudrait que sa fille prenne le même chemin... Ce qui n'est pas du tout du goût de Black Mike Sylva (Lon Chaney): celui-ci tend un piège à Madden et par une machination, l'envoie en prison pour quelques mois. Molly, dégoûtée par l'injustice et ignorante du rôle joué par Mike, est désireuse de venger son père en retournant vers une vie de criminelle. Sylva souhaite se débarrasser d'elle à son tour, en lui tendant le même genre de piège. Mais le bras droit de Mike, Dapper Bill (Wheeler Oakman), supposé mener la jeune femme en bateau, lui révèle la vérité, et ils vont doubler Mike...

Une histoire gentiment compliquée, résolue en trois actes: les agissements de Mike et la réaction de Molly occupent l'essentiel du premier; le deuxième est surtout consacrée à la période durant laquelle Molly et Bill se cachent, cohabitant dans un appartement où ils vont apprendre à mieux se connaître, et réaliser leur envie profonde d'abandonner une vie de criminels; enfin, Sylva réapparaît dans leurs vies pour le troisième acte, dans lequel ils essaient tant bien que mal de mener à bien leur projet de se ranger, tout en affrontant le danger sérieux représenté par leur ancien associé. Pendant ce temps, dans des conversations philosophiques à bâtons rompus, le chef de la police et Chang Lo échangent leurs vues sur la meilleure manière de combattre la criminalité...

Là où Browning faisait un travail efficace et au rythme marqué avec The Wicked Darling, ce nouveau film bénéficie d'une nouvelle philosophie de la mise en scène, probablement sous l'influence de Lon Chaney. Pour commencer, celui-ci a obtenu de son metteur e scène d'avoir non pas un, mais deux rôles: probablement une envie forte de se frotter à un exercice qu'il a toujours apprécié (voir à ce sujet les films Shadows et Mr Wu): le maquillage en un oriental... Donc en plus de Black Mike Sylva, qui est en quelque sorte une variation sur le personnage maléfique de The Wicked Darling, il interprète un personnage de Chinois, Ah Wing, un domestique de Chang Lo, rangé du bon côté de la loi, et désireux de protéger son maître et ses amis. Dans le film tel qu'il existe aujourd'hui (une version remontée en 1926), on suppose que ce rôle a été amputé. Du coup, ce qui frappe, c'est que Ah Wing est pour une bonne part du film un personnage décoratif, qui semble n'avoir pas d'autre utilité que de faire un peu couleur locale... Mais de même, la façon dont la vie semble surgir à l'intérieur d'un plan (par exemple à travers un détail, comme ce moment durant lequel Black Mike, au moment de quitter le restaurant, reste en arrière de ses copains, et empoche le pourboire laissé par Bill!) aide le film, et souligne la façon dont désormais Browning va agir: installer un monde devant nous, le laisser vivre, et nous laisser attraper les détails au vol. 

Le film n'en possède pas moins, dans une très belle construction, un très beau déchaînement de violence dans lequel Chaney, bien sûr, est particulièrement convaincant. Mais il n'est pas le seul: Priscilla Dean, elle aussi, donne de sa personne, dans un dernier acte marqué non seulement par la violence mais aussi par une belle présence du suspense... Un film nettement supérieur à mes yeux, à tous ceux que Browning réalisera durant son premier passage à la MGM entre 1925 et 1929.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Tod Browning Lon Chaney
5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 17:25

C'est étrange comme ce film prend son temps pour se lancer: on est habitué, avec Stiller, à une introduction bille en tête, sur les chapeaux de roue! Et puis on s'installe dans le quotidien d'une femme de a bourgeoisie de Stockholm en 1920, qui aurait pu vivre, après tout, à Los Angeles, Londres, Berlin, ou Paris...

Irene (Tora Teje) s'ennuie, et ce depuis quelques années. depuis son mariage avec un ennuyeux et poussiéreux professeur d'entomologie, Leo Charpentier (Anders de Wahl) que seul sa nièce Marte (Karin Molander) trouve génial... Ses longues digressions sur la vie sexuelle des insectes ont tendance à faire rigoler ses propres élèves. Alors Irene rêve, et hésite, dans ses rêveries, entre la baron Félix, avec lequel on la voit d'ailleurs s'envoyer en l'air...

Oui, il est aviateur.

...et le meilleur ami de Leo, le flamboyant sculpteur Perben Wells (Lars Hanson). Les deux hommes, elle le sait bien, répondraient favorablement à ses avances, mais elle a fini par se faire à la routine de l'expectative.

D'où, je le pense, cette impression de sur-place que donne la comédie au début du film, et qui la rend si malaisée à apprécier. Car c'est uniquement quand le doute s'installe chez Irene (elle s'imagine que l'a gourgandine qui sert de modèle à son sculpteur favori va le lui voler sous son nez), que le film décolle, et que la jeune femme se lance dans une petite révolution, en quittant son mari, et le laissant seul avec sa nièce. Celle-ci, d'ailleurs, est bien contente...

On a du mal à suivre tous les commentateurs classiques de ce film, quand ils y décèlent la naissance d'un style qui mènerait à Lubitsch ou au Chaplin de A woman in Paris. Stiller pratiquait déjà la comédie, mais reste dans mon esprit surtout attaché aux drames épiques qui ont fait sa gloire. Ici, par contre, on notera un intéressant jeu autour du théâtre, puisque les deux première bobines nous montrent les quatre protagonistes se rendre à un ballet, qui se trouve d'ailleurs refléter leur propre situation. De là, on débouchera sur les manigances de Tora Teje, qui use de tous les genres: drame, tragédie, puis comédie... mais que de cheminement pour en arriver là.

 

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Published by François Massarelli - dans Scandinavie Mauritz Stiller Muet Comédie 1920
28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 16:57

Ce film de 1920 raconte la triste destinée de la femme la plus connue de ce bon Henry VIII, de son arrivée à la cour jusqu'à sa séparation en deux tronçons. On pense à Madame Du Barry, qui a d'ailleurs subi la même opération, mais ici, il s'agit moins du portrait d'une intrigante piégée par l'amour, que du portrait d'une amoureuse piégée par l'intrigue.

Le film commence par l'arrivée de Anne Boleyn (Henny Porten) à la cour du roi Henry VIII, alors que celui-ci est en conflit plus ou moins ouvert avec son épouse légitime, la Reine Catherine, bonne Catholique qui refuse de porter la responsabilité de l'absence d'héritier, et qui surtout ne souhaite pas tomber dans le piège d'annulation du mariage que lui tend son mari. Celui-ci est interprété par Emil Jannings, et on ne peut rêver de Henry VIII à la fois plus picaresque, et plus inquiétant. Placée par le roi auprès de Catherine, Anne Boleyn devient de plus en plus intéressante pour le roi, qui n'est pas homme à se retenir. Et l'inévitable arrive: le roi va oeuvrer pour obtenir l'annulation du mariage avec Catherine (Entraînant son excommunication, au passage, et la naissance de l'Eglise Anglicane), et placer Anne Boleyn sur le trône, persuadé qu'il va ainsi avoir un héritier valide, c'est à dire mâle...

Henny Porten compose donc une femme victime de ses sentiments, qui sont au départ partagés entre son affection pour le chevalier Henry Norris, et son dévouement de fait à la couronne. Emil Jannings met tout son poids dans l'interprétation d'un monstre royal, aux appétits phénoménaux; comme d'habitude, Lubitsch passe de marivaudage en drame, et la belle ordonnance de la mise en scène est accompagnée déjà d'un sens de la suggestion... Le style du metteur en scène se raffine avant de devenir la fameuse "Lubitsch Touch". Mais ce film, pas si éloigné de Sumurun dont il partage le mélange parfois osé des genres. D'une certaine façon, Lubitsch pousse le pittoresque autour de Henry VIII et sa cour, jusqu'à en faire une sorte de pendant grotesque de l'histoire, dans lequel la figure tragique de Anne Boleyn, interprétée sans le moindre second degré par une comédienne pas vraiment réputée pour son sens de l'humour, devient une personnalité Shkespearienne: elle s'est approchée du pouvoir, à son corps défendant, a fait ce qu'elle a su devoir faire, mais elle sera finalement punie pour n'avoir été qu'un des passages obligés de la vie du monarque...

Lubitsch ne se contente pas du drame historico-conjugal, il s'intéresse aussi aux rouages, aux comparses qui agissent dans l'ombre, de ce poète à l'amour déçu qui entraîne plus ou moins volontairement la chute de celle qu'il aurait tant voulu séduire, à l'appétit de la dame de compagnie (Aud Egede Nissen) de la Reine, qui attend son tour dans l'ombre. Avec son style « ligne claire », et ses décors luxueux, Lubitsch fait bien plus que de montrer la puissance de l'écran Allemand et de la bourgeonnante UFA (Ce qui restait la finalité principale des superproductions de 1919-1920, Madame DuBarry, Sumurun ou Die Weib Des Pharao) : il installe un univers qui vaut autant pour ses figures de proue, que pour les coulisses. Il saura s'en souvenir en mettant en parallèle les amours des grands de ce monde, et de leurs domestiques, dans les années 30...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Ernst Lubitsch 1920
25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 16:47

Dans un pays Arabe de conte, une troupe de théâtre arrive dans une ville tenue par un Sheik très autoritaire (Paul Wegener). Dans le harem de celui-ci, la favorite Sumurun (Jenny Hasselqvist) tombe amoureuse au premier regard d'un marchand ambulant qui voyage avec les acteurs. Elle obtient du reste du harem de l'aide pour trouver un stratagème afin de faire venir le jeune homme vers elle. Pendant ce temps, une danseuse (Pola Negri) fait tout ce qu'elle peut pour se rapprocher du Sheik, même si elle se garde toujours un amant parmi la troupe: une poire pour la soif... mais le Sheik l'a vue, et la désire. C'est parti pour un chassé-croisé qui finira dans le drame: parmi les acteurs du drame, un bossu (Ernst Lubitsch) qui voit d'un mauvais oeil 'sa' danseuse fricoter avec les autres...

Avec ce film étrange, Lubitsch adopte un décor digne des mille et une nuits, et une narration qui tranche sur ses films précédents. Comme s'il voulait à la foi faire un bilan de toute son activité passée, et créer un style qui lui soit propre, il mêle le grotesque et sa direction d'acteurs qui sait si bien mêler le trivial et le pathos, avec la tragédie Shakespearienne. Il allie le jeu de Paul Wegener, Aud Egede Nissen ou Jenny Hasselqvist d'un côté, avec celui de Pola Negri ou de lui-même. Plus étrange encore, tout en obtenant du drame de ses acteurs de prestige, il pousse plus loin le bouchon du grotesque en jouant comme il le faisait dans La princesse aux huîtres sur l'effet de groupes de personnages, que ce soient les Eunuques, tous similaires, tous habillés de la même façon, ou les femmes du harem menées par Aud Egede Nissen, bien loin de ses rôles pour Lang: mutine et tordue, la jeune femme adopte sans remords aucun le jeu "à la Lubitsch"! Pour retrouver un tel mélange, il faudrait comparer ce film avec l'épisode "Chinois" de Der müde Tod, de Fritz Lang...

Le résultat est détonnant, novateur, et sans aucun doute pas vraiment abouti. Mais il n'en reste pas moins un film très personnel, et unique en son genre ce qui ne gâche rien. Lubitsch ne se laisse pas attraper par la mode ambiante du "caligarisme", son film est marqué par des éclairages généralement diurnes, peu de travail sur les ombres, à part peut-être lors d'une scène de menace de torture. Et encore, le jeu quasi géométrique des acteurs de second rôle (Les eunuques, les esclaves) tend à souligner le faux d ela situation en permanence... encore une fois, d'une manière bien sur totalement différente des faux décors, des perspectives truquées de Caligari, et du jeu d'un Conrad Veidt! Par contre, Lubitsch, qui s'apprête si je ne m'abuse à dire adieu à sa carrière d'acteur, se paie le luxe d'une ou deux scènes durant lesquelles il pourra à loisir "mâcher le décor", comme le dit l'expression consacrée qui désigne un jeu excessif au théâtre en Anglais!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Ernst Lubitsch 1920
13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 10:13

A la fois inspiré par Intolerance et ses quatre histoires, et par l'actualité récente, Dreyer réalise après Le Président une oeuvre fleuve en 157 minutes. Chacune des intrigues du film, qui se succèdent en bon ordre plutôt que d'adopter le mélange à la Griffith, concerne une occasion pour Satan de tenter l'homme, à l'initiation de Dieu lui-même. C'est donc avec répulsion que Satan tente avec succès Judas pour qu'il livre le Christ; puis il pousse un prêtre amoureux, durant l'inquisition, à dénoncer la femme dont il est épris; durant la Révolution Française, il se glisse entre une famille noble qui souhaite sauver Marie-Antoinette de la mort, et le tribunal révolutionnaire, en tentant un domestique dévoué à la comtesse de Chambord; enfin, la dernière histoire est située en 1918: durant la tentative des Soviétique de propager la révolution en Finlande, Satan tente de subvertir des paysans Finlandais afin qu'ils trahissent...

A chaque fois, c'est avec réticence que Satan (Helge Nissen) entend Dieu lui intimer l'ordre de "continuer son oeuvre maléfique". Car à chaque fois que l'ange déchu réussit son travail imposé de tentation, sa punition se prolonge. S'il échoue, il est épargné de 1000 années de disgrâce...

Les choix de Dreyer sont à la fois universels (Mais d'une façon très naïve, on le verra après!), et teintés d'une certaine vision politique conservatrice: les deux gros morceaux du film restent bien sur l'épisode Français, qui occupe quasiment une heure à lui seul, et l'épisode Finlandais qui  beaucoup motivé le réalisateur: il y expérimente le drame en décor naturel et boisé, une tendance qu'il affectionne particulièrement sur ses films muets à venir... Ces deux épisodes sont vraiment marqués d'un parti-pris anti-révolutionnaire qui, dans l'épisode Français, fait presque penser aux égarements de Griffith dans ses intertitres de Orphans of the storm, qui compare Robespierre et les Bochéviks! C'est justement ce qui vaudra au réalisateur de vives critiques de la gauche Danoise ...et européenne: un critique comme Sadoul se méfiera toute sa vie du réalisateur, par principe. Mais bon, on ne peut pas lui en vouloir; il était Stalinien. 

Quant à la thématique religieuse, elle a attiré, à l'inverse, sur le réalisateur, les foudres de la droite Protestante qui l'accusait de blasphème. Il est vrai que le principal thème du film est celui du libre-arbitre, et le fait que le mal est inéluctablement en chacun, avant d'être inspiré par le diable. Le diable ici ne fait que le sale boulot imposé par Dieu. Une scène de l'épisode Français est très frappante dans ce qui est autrement un peu trop mécanique (Exposition d'une époque, rôle de Satan, tentation, désastre, puis on passe à l'histoire suivante): alors que sa stratégie a réussi au-delà de toute espérance, Satan pour une fois se présente sous son vrai jour à celui dont il a mené la tentation, et lui passe un savon monumental, en lui disant qu'il mérite effectivement la damnation éternelle! Nul doute que Lang, au moment de réaliser l'année suivante sa "mort lasse" (Der müde Tod), se souviendra de ce Satan paradoxal.

Pour le rigoriste Dreyer, le film s'avère un intéressant champ d'expérimentation... Il soigne ses décors, choisit ses acteurs, et impose un jeu tout en retenue. Je regrette une tendance à exagérer la lenteur qui vire à la pesanteur parfois: cette impression que tout ceci est trop sérieux pour que l'action s'emballe... Mais maquillage, costumes, décors sont si soignés qu'on est face à un film d'une immense beauté; raté, bancal, répétitif oui, mais fascinant dans sa rigueur.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Carl Theodor Dreyer