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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 09:57

Le succès de Behind the door a fait des petits: on prend les mêmes (Bosworth, Ince, Willat) et on recommence, et après "derrière la porte", on se rend "sous la surface", dans un drame encore une fois humain et maritime, qui mêle savamment le mélodramatique spectaculaire, et le tragique...

Cette fois, Hobart Bosworth est Martin Flint, un scaphandrier qui loue ses services sur la côte du Maine. Il est amené, avec son fils Luther (Lloyd Hughes), à participer au sauvetage de l'équipage d'un sous-marin échoué, dont les vingt hommes n'avaient a priori aucune chance... Grâce à Martin, ils survivent tous, et l'incident va faire la une des journaux nationaux. Deux aventuriers, James Arnold (George Webb) et sa maîtresse Vera Gordon (Grace Darmond), trouvent donc un moyen de récupérer un trésor dont ils savent qu'il a coulé au large des côtes de la nouvelle Angleterre... Mais quand Martin refuse de leur venir en aide, ayant compris que leurs intentions sont louches, Vera va approcher Luther en se faisant passer pour la soeur de James, et elle va jusqu'à se marier avec lui, afin qu'il accepte de les aider...

La construction est beaucoup plus simple que celle du film précédent, et ne repose en rien sur la guerre, qui ne fait plus autant recette que l'année précédente! L'objectif de Willat, qui a cette fois encore fait appel aux services de Luther Reed pour le script de son film, est  de capter le public et de l'amener à une révélation... qui hélas manque dans la copie que j'ai vue. On sait que tout Behind the door menait, par des chemins détournés, à un plan qui, s'il ne se vautrait pas dans le grotesque sanguinolent, nous faisait au moins comprendre de façon sure qu'un acte de torture ignoble avait eu lieu; ici, tout nous conduit vers une séquence dans laquelle un homme trompé qui refuse de croire à la duplicité de son épouse, est amené à découvrir dans une épave son cadavre dans les bras d'un autre...

Willat construit donc parfaitement son mélodrame, jouant à fond sur les clichés établis. Le film se laisse donc voir tranquillement, et est particulièrement soigné. Mais si le drame humain repose volontiers sur du sensationnel, on voit quand même que l'effet coup de poing du film précédent n'est pas au rendez-vous... Il faut, sans doute, savoir rester raisonnable!

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Thomas Ince
21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 15:15

C'est ce film qui va faire le lien entre les carrières russes respectives de Joseph Ermolieff, Jacob Protozanoff, Ivan Mosjoukine, Natalie Lyssenko et Alexandre Volkoff, d'une part, et leur arrivée en France d'autre part; littéralement: en fuyant la révolution (Ou les révolutions pour être exact), et l'annonce par Lénine de la nationalisation, Mosjoukine et ses associés emportaient avec eux le cinéma. Et leur voyage, de Moscou à Yalta, de Yalta à Constantinople, et de Constantinople à Marseille, a été l'occasion pour eux de tourner un film... Scénarisé par Mosjoukine et Volkoff, mis en scène par Protozanoff, interprété par Mosjoukine et Lyssenko, et produit par Ermolieff. Son intrigue ressemble à une histoire sans queue ni tête improvisée sur la route, et filmée dans des décors qui varient sans cesse, et pour cause!

Le comte de Granier est heureux: il va marier son fils Charles, le plus grand, le plus raisonnable aussi. Son fils Octave, c'est une autre paire de manches, ou de gants de boxe: il est passionné de sport, mais ce grand nigaud n'a pas la moindre notion de ce que c'est que de séduire une femme. Ce qui est loi d'être le cas de Charles: quand sa future belle-soeur lui demande d'aller chercher son grand frère, Octave le trouve aux côtés de l'actrice Yvonne Lelis, une dangereuse séductrice. Il les pousse à rompre, mais Yvonne va le séduire... Et Octave, subjugué, et désavoué par son père va peu à peu tomber dans tous les pièges tendus par la fourbe actrice, devenant lui-même acteur, puis trichant au jeu pour pouvoir subvenir aux besoins toujours plus importants de son épouse... Puis lorsque la déchéance s'installe, ils vont trouver avec leur fille un travail dans un cirque. Mais la petite, acrobate, fait une chute, et il n'y a plus qu'une ressource: trouver de l'argent auprès de la famille De Granier. Et au besoin, le voler...

Les quinze premières minutes épousent le rythme de la comédie, et rappellent la façon excentrique de Mosjoukine de traiter ce genre, que ce soit dans Le brasier ardent, Kean ou Feu Mathias Pascal... Protozanoff semble donner corps ici à une vision totalement due à son acteur-scénariste, qui a semble-t-il décidé de montrer au public les atouts de la troupe. Et le film, avec ses ruptures de ton, qui permettent d'explorer à peu près tous les genres, et de montrer la versatilité de ses acteurs, en particulier Mosjoukine et Lyssenko, devient une démonstration des capacités de cette troupe ambulante, qui va devenir la base de la société Albatros. Donc ce film en forme de tout et de rien, foncièrement sympathique par son côté surréaliste, est une démonstration de force...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Comédie Albatros Ivan Mosjoukine
8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 09:46

Taylor, dans l'histoire du cinéma, est surtout resté pour être le metteur en scène dont l'assassinat (jamais résolu) a déclenché le nettoyage d'Hollywood par Will Hays, en même temps que la fameuse "affaire Arbuckle". Il est donc intéressant de voir l'un de ses films pour lui rendre mieux hommage. Et ce film, disponible dans le fantastique coffret Treasures III édité par l'association des cinémathèques Américaines, est une bonne occasion de le racheter, en effet. 

Un enfant abandonné, victime de l'ostracisme de ses camarades d'orphelinat et de la négligence des adultes, s'enfuit, et tente de faire sa vie seul. Repêché par une juge progressiste (Dans son propre rôle) suite à une intrusion au domicile d'un politicien, il est recueilli par celui-ci, et prouve sa valeur à travers une bonne action savamment menée. 
Nous voici en présence d'un mélo social de haute volée, dont les acteurs jouent souvent juste, et dont le metteur en scène utilise à merveille le montage pour installer un rythme soutenu. Le cadre est au plus près des visages, et l'effet est là aussi efficace, surtout devant la recherche d'authenticité des protagonistes (Les gamins notamment).

Ce film totalement oublié est à voir, d'autant que l'écheveau des ses intrigues réussit à déjouer les pièges du manichéisme le plus total: il faut voir la femme du politicien faire une moue paniquée lorsqu'elle entend son mari se porter volontaire pour accueillir le délinquant. Pourtant, c'est elle que plus tard le jeune appellera sa mère... Le recours au réalisme est accompagné d'une grande science des ombres et du tournage de nuit: La première scène montre deux femmes (L'une d'elles est enceinte) négocier un futur nouveau-né, en ombres chinoises; lorsque la mère biologique s'en va, l'autre sort de l'ombre, et son visage vulgaire contredit efficacement le chic de sa toilette... Les scènes de l'orphelinat sont très réalistes et un petit suspense très prenant s'installe autour du sort d'un enfant coincé dans une baignoire, lors d'une visite de candidates pour une adoption. Le recours au juge Lindsey, spécialiste du droit des enfants, évite le didactisme en le faisant vraiment jouer un rôle dans le dénouement. Une très heureuse surprise, qu'on aimerait accompagner d'autres films de ce metteur en scène.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:30

The idol dancer et The love flower sont contemporains, et montrent comment Griffith commence à réfléchir à la relève qui sera nécessaire quand Lillian Gish partira... Ce qui ne tardera pas. Les deux films sont basés sur un exotisme de pacotille, mais si The idol dancer est mauvais, celui-ci est bien plus intéressant...

The Love flower, donc, a bénéficié de plus de soins. Pour commencer, le scénario est intéressant, proche d’un thriller : on est ici chez un Griffith plus adulte, qui a des questions à poser à ses personnages, et le fait qu’ils soient peu nombreux sert bien son propos.
L’histoire tourne autour d’une famille, les Bevan : le père (George McQuarrie) a causé involontairement la mort de l’amant de sa femme, et prend la fuite avec sa fille (Carol Dempster) ; ils se réfugient dans une île des mers du sud, ou ils se tiennent à l’écart de toute trace des blancs. Jusqu’au jour ou Crane (Anders Randolph), un détective à la réputation infaillible, vient les chercher, aidé par un jeune homme, amoureux de la jeune femme, et qui n’avait pas conscience du malheur qu’il leur apportait (Richard Barthelmess).

Les plus étonnants ingrédients de ce petit film qui fait partir son intrigue d’un crime, c’est bien sur que techniquement, le père est bien un criminel, ce qui n’empêche pas Griffith de nous demander de prendre parti pour lui, ainsi que sa fille, d’ailleurs. Sinon, la façon dont la fille tente de sauver son père, ne reculant pas devant le sabotage, la violence, et même la tentative de meurtre sur la personne du détective, rend le film encore plus intéressant. Dempster le joue avec conviction, passion même, ce qui fait de son personnage un rôle beaucoup plus riche que bien d’autres héroïnes éthérées. Elle est plus charnelle, aussi ; on sait que Griffith avait de sérieux sentiments pour Miss Dempster, mais on sait aussi qu’il avait la tentation de l’effeuiller dans ses films. Ici, il la fait beaucoup nager en chemise…

Barthelmess, qui aura beaucoup à faire pour sauver Lillian Gish d’un destin fatal plus tard dans l’année dans Way down east, est ici un assistant pour la jeune femme, la suivant dans ces décisions, approuvant même le désir de tuer le cas échéant. Un climat âpre, renforcé par l’isolement des personnages. A l’opposé de l’innocence et de l’état de nature des îles présentées dans Idol dancer, la présence de Crane, et son implacable sens de la justice aveugle, transforme le lieu en un petit enfer. On n’est finalement dans le sillage d’un film comme Victory de Maurice Tourneur (d'après Joseph Conrad), sur des prémices similaires, même si Griffith, novice dans ce genre de drame criminel, est beaucoup moins à l’aise. Cela ne l’empêche pas d’être enthousiaste, et son film culmine dans une série excitante d’actions violentes, avec siège, séquestration, tentative de meurtre, mensonge et dissimulation. Bref : Le bonheur du cinéphile, on l’a bien compris. Sinon, Griffith s’essaie bien naïvement à la cinématographie sous-marine afin d’accompagner les mouvements gracieux et aquatiques de la naïade Carol Dempster. Quant à celle-ci, décidément, il faut sans doute la réhabiliter.

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet 1920
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:26

Tournés simultanément en Floride par un Griffith désireux sans doute de retrouver ses années Biograph, lorsqu’avec une équipe soudée il tournait un film par semaine, The idol dancer et The love flower font partie d’un pan totalement abandonné et oublié de l’histoire, tant de Griffith que de celle du cinéma. L’impression générale est qu’il n’y a au mieux rien à en dire, contrairement aux grandes épopées (Intolerance), et contrairement aussi aux grands mélos (Broken blossoms) ou aux petits films familiaux (True heart Susie). De fait, ce sont de purs petits films de genre, sans aucune autre ambition affichée. Sur Idol dancer, on ne va pas cacher longtemps que c’est un film totalement inintéressant.

The idol dancer se passe sur une île. Le révérend Blythe est un missionnaire natif du New Hampshire, dont le neveu neveu Walter Kincaid quitte la Nouvelle Angleterre pour demeurer auprès de lui, espérant que le climat local va améliorer ses problèmes de santé. Il tombe amoureux de la jeune sauvageonne Mary mais celle-ci a des vues sur un vagabond, Dan McGuire, aux idées nihilistes bien arrêtées. Walter, quant à lui, est plutôt enclin au puritanisme et à la probité. Mais lorsqu’il tombe malade, Mary se rapproche de lui afin d’aider sa guérison, et elle se rapproche aussi du Christianisme.

Walter Kincaid, c’est Creighton Hale, dans le premier d’une série de rôles de nigauds cosmiques, le plus célèbre restant son « professeur » dans Way down east. Mais on le verra aussi chez Borzage (The circle), ou encore Paul Leni (The cat and the canary). Dan est interprété par Richard Barthelmess, l’un des rares points communs entre les deux films ; Sinon, la jeune Clarine Seymour interprète Mary, qui sera son unique rôle de premier plan avant son décès prématuré. On le voit à la lecture du synopsis, on est dans le délire vaguement Chrétien, même si cette tendance au prêchi-prêcha n’est qu’une façade : ce qui compte pour Griffith, c’est de permettre à Clarine Seymour de faire tourner les têtes en agitant son popotin, et éventuellement d’agiter pour sa part son habituel chiffon rouge raciste, en représentant d’abominables indigènes dont la bêtise et la cruauté, sans parler de leur sensualité bestiale, nous rappelle ce que vaut vraiment la tolérance façon Griffith…

L’histoire est indigente, le final habituel en forme de maison assiégée totalement irritant (et traité par-dessus la jambe), et Clarine Seymour est nulle.

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1920
19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 20:22

Ce long métrage est entièrement taillé sur mesure pour l'énormité de John Barrymore, qui ne s'en est jamais vraiment remis, et c'est le premier Jekyll important. Il ressemble à une démonstration du savoir-faire de la Paramount en matière d'ambiances et de mise en valeur des images. L'histoire est aussi un prétexte intéressant pour une descente aux enfers de l'humanité, ce dont Robertson ne se prive absolument pas... Le film aurait pu être bien anodin, s'il n'y avait eu la volonté affichée de traiter le sujet de manière appropriée: en rendant une vision aussi valide que possible de l'Angleterre Victorienne dont cette intrigue est imprégnée de façon inextricable, en tournant l'essentiel du film en scènes nocturnes, en prenant son temps, et en laissant le grand acteur faire le boulot comme il l'entendait...

Donc Barrymore est bien le Docteur Jekyll qui poussé par son entourage et sa vanité, a voulu isoler le bien du mal et a tenté de faire des allers retours entre les deux. Il me semble que le personnage de Lord Carew, le père de la fiancée du Docteur, doit beaucoup à Oscar Wilde, plus qu'à Stevenson, et en faisant le tentateur qui ne se mouille pas, il a le même rôle dans le film qu'avait Lord Henry Wotton dans The picture of Dorian Gray. Mais le mal et la descente aux enfers, si palpables et si réels, sont filmés avec un naturalisme qui est finalement bien rare dans le cinéma fantastique Américain. Même les adaptations futures en seront bien dépourvues... Et il y a Nita Naldi, la vamp qui incarne la séduction du mal. elle est grandiloquente, mais elle sied si bien à l'intrigue, tranchant avec l'hypocrisie ambiante par son allure de femme fatale...

N'empêche, elle finit bien tristement, l'histoire du gars qui avait voulu se transformer en un autre pour évaluer la part de mal qui est en chacun de nous. Un jour, j'aimerais, rien qu'une fois, voir un Jekyll qui se termine par le triomphe du mal. Rien que pour rigoler... Quant à Barrymore, il a tellement aimé se déguiser (Et incarner un Hyde sautillant qui a beaucoup fait rire Laurel, tant et si bien qu'il l'a parodié en 1925 dans le film idiot mais superbe Dr Pyckle and Mr Pryde) en monstre, qu'il s'est souvent ménagé dans ses futurs films des apparitions horrifiques pour y retourner.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920
10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 18:17

Louise (Fazenda) est la fille d'un fermier (Bert Roach), et aimerait se marier avec le garçon de ferme, Harry Gribbon. Mais le propriétaire (James Finlayson) a lui aussi envie d'épouser la jeune femme. Il est vrai qu'il a une certaine manie qui consiste à utiliser sa position de force pour tenter d'extorquer des faveurs auprès de tout ce qui porte jupon. Mais afin de se dépêtrer de cette situation délicate, la jeune femme a une idée: celle de prétendre avoir été abusée dans le passé par un homme de passage... Ce qui va tout compliquer, c'est d'une part que le bruit va se répandre; et d'autre part que c'est précisément le moment que choisit le faux séducteur pour refaire une apparition.

Beaucoup de bonnes choses dans cette comédie centrée autour de Louise Fazenda. du moins bon aussi, l'impression dominante étant que ce qui aurait tenu en trois bobines a été gonflé sur un long métrage de cinq... Mais le petit univers rural qui s'agit sous nos yeux, avec le grand James Finlayson (Bientôt chez Hal Roach) en propriétaire terrien manipulateur qui cherche à se marier avec la jeune fille de la ferme lorsqu'il apprend que celle-ci va hériter (Une intrigue TRES fréquente, décidément). Le film se dirige vers un final avec poursuite, chaos, anarchie, bourre-pifs et autres réjouissances...

Et puis une scène, située en fin de la première bobine, nous montre Finlayson en roue libre, qui tente d'exercer un chantage à la coucherie sur marie Prevost en attendant que son mari (Ben Turpin) ne revienne... On a droit à un catalogue complet de fourberie et autres scènes jouées à fond la moustache par un grand, très grand acteur... Et quel casting!

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1920
12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 11:11

Die Spinnen était un film décérébré, qui singeait Feuillade en surface mais qui n'allait nulle part si ce n'est pour commencer un long flirt avec les tunnels et autres souterrains pour le cinéaste. Harakiri, film pour rien, sombrait dans le ridicule le plus hilarant en grimant Lil Dagover et Georg John en Japonais... Mais ce film change tout. Lang y travaille pour la première fois avec deux personnes qui compteront énormément dans a décennie qui s'annonce, et quitte les villes Allemandes pour aller tourner en Montagne. Dans les Alpes Bavaroises, le cinéaste va trouver un monde à sa démesure, et va se laisser aller au mélodrame le plus concentré: excessif et compliqué, certes, mais aussi glorieusement improbable, fait de coïncidences toutes plus hallucinantes les unes que les autres, et tout entier dirigé vers un final qui transcende le ridicule pour toucher à la poésie la plus exquise. 

Et pourtant ce n'était pas gagné au vu du script, et de sa star: Irmgard (Mia May) fuit une situation compliquée, qui semble faire d'elle la veuve d'un homme décédé, Georg Vanderheit, en même temps que la légitime épouse de son frère John (Hans Marr)! Il y a une histoire d'héritage, forcément, et un jeune homme, Wil Brand (Rudolf Klein-Rogge), le neveu de Georg, a pour mission de tirer ça au clair. Mais lorsqu'il rencontre Irmgard, il tombe instantanément amoureux d'elle. C'est dans un train en partance pour les Alpes, mais ce qu'il ne sait pas, c'est que John va chercher Irmgard lui aussi, dans le but de la supprimer, car elle en sait trop sur lui, et le seul moyen pour le frère félon de récupérer l'héritage est de supprimer la jeune femme. Et la montagne, avec ses dangers, est pour lui le meilleur moyen...

Vous avez dit compliqué? Et encore, ce qui précède n'est qu'une tentative de résumer, en simplifiant, une intrigue qui se paie en prime le luxe d'ajouter des ramifications en flash-back! Mais ce script de Thea Von Harbou, le premier pour Lang, est surtout un prétexte à coups de théâtre, à surprises improbables (Quoi, Georg? Vous êtes donc encore vivant?) qui donnent des coups d'accélérateur, et qui vont faire passer cette pauvre Irmgard par toutes les couleurs du spectre! Mais la montagne Bavaroise, avec cette montée de l'héroïne vers son destin, et sa statue énigmatique qui donne son titre au film (L'image vagabonde: il est question d'un serment qui est effectué par Georg qui promet de revenir vers le monde si la statue de la Madone qui est située à quelques pas de son chalet se met à marcher...) permettent à Lang et au chef-opérateur Guido Seeber de donner le meilleur d'eux-mêmes, à des années-lumière de toute tentation expressionniste. Lang tire aussi bénéfice d'une avalanche de cailloux, qui lui permet, au moins pour un instant, d'ensevelir ses deux héros qui vont, enfin, pouvoir chacun livrer leur vérité.

Bref: passionnant, stimulant, et prometteur, ce pourrait bien être la naissance du Lang que nous aimons et admirons, en compagnie de ses complices Klein-Rogge (Bien en retrait toutefois) et Von Harbou.

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Muet 1920
4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 15:52

Pour faire court, on pourrait argumenter que si Le cabinet du Dr Caligari montre les débuts du cinéma expressionniste, Genuine, réalisé par le même Robert Wiene, en représente la fin. Ou du moins les limites... L'un des rares films à pouvoir être authentiquement taxé d'expressionnisme (à une époque ou le terme a fini par désigner tout ce qui est muet et Allemand, et c'est donc plus qu'un peu court), cet étrange film fantastique a surtout tous les aspects d'un retour conscient et très maladroit à ce qui avait fait non seulement l'intérêt du film précédent, mais aussi son unicité. Genuine est non seulement une redite, mais c'est surtout un monument de mauvais goût. Et de plus, le film, situé comme le précédent, dans e cadre d'un rêve, est irracontable. Si j'essayais, ça donnerait ceci:

Un peintre a créé un tableau, celui d'une mystérieuse femme. Lors de son sommeil, la jeune femme (Fern Andra) s'anime, et on nous conte alors son histoire: enlevée à sa tribu, réduite à l'esclavage, la douce Genuine est devenue sauvage et cruelle: une authentique vamp. Elle va s'attacher à nous le démontrer durant tout le film, tout en portant les tenues les plus importables de toute l'histoire...

D'une part, si le film a quasiment été restauré à sa durée initiale (A sept bobines, soit deux de plus que Caligari, ça en fait un film de taille respectable), il est sans doute prudent de rappeler qu'il est tombé aussi dans le domaine public. Et, est-ce à cause de sa désastreuse réputation, la version reconstituée n'est que rarement sortie de ses boîtes. Les versions courtes totalisent 45 minutes, son largement disponibles sur le net, et... n'ont pas plus de logique! Wiene a encore récidivé une ou deux fois, avant de se raviser en 1923 (Après Raskolnikoff): l'expressionnisme était quasi définitivement passé de mode.

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Published by François Massarelli - dans Muet le coin du bizarre 1920
23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 09:04

Zola avait la main lourde, mais quelle bénédiction pour le cinéma Français! Après tout, le premier de ses romans à avoir été transcrit sur l'écran avait donné à Albert Capellani une occasion de faire ses premières armes sur un film "long" (Trois bobines) dès 1908 (L'assommoir); Renoir utilisera Nana pour faire un film maladroit à la manière de Stroheim, et Duvivier, mais aussi Christian-Jacques, Marcel L'Herbier, Marcel carné et tant d'autres s'y frotteront à leur tour. Mais tous n'avaient pas la rigueur et ce que j'appellerais volontiers si ce 'était un peu redondant le naturalisme naturel d'Antoine. Ce metteur en scène de théâtre, passé occasionnellement et semble-t-il parfois avec réticences au cinéma avait fait du naturalisme sa marque de fabrique, au point de provoquer chez ses acteurs, souvent amateurs ou débutants, les conditions de vivre pleinement leur rôle... Donc il se devait de venir à Zola, forcément!

Le choix de ce roman, pas parmi les plus flamboyants de l'auteur, est étonnant, mais je pense qu'il faut y voir une tentation de se prendre des chemins de traverse, et de ne pas faire comme les autres; et La terre permettait aussi un tournage en liberté, sur les lieux même du drame, sans avoir les encombrements de la vie citadine. Le film a donc bénéficié de ce réalisme, et je pense qu'on n'a que très rarement filmé la paysannerie et l'agriculture avec moins de lyrisme: c'est glorieusement sordide!!

Les acteurs qui jouent les protagonistes sont pour la plupart méconnus, sauf sans doute Germaine Rouer, qui débutait avec ce film une carrière un peu en marge des grands noms du cinéma Français, et qui était à peine âgée de vingt ans. Comme ses autres collègues, elle correspond parfaitement à ce que voulaient aussi bien Zola (Elle est l'une des rares personnes 'fiables' de l'intrigue) qu'Antoine (Elle est photogénique et son jeu est retenu mais clair). Comme toujours avec Zola, l'intrigue est plus un enchevêtrement de sous-intrigues qu'autre chose, et tout commence par l'arrivée d'un personnage, Jean Macquart, qui s'installe dans une ferme, dans la Beauce. Les "autorités" locales sont plusieurs familles, mais ce ne sont pas des dynasties, plus des troupes disparates de gens dont l'humanité disparaît sous leurs turpitudes, leurs jalousies, leurs médiocrités... et leurs tares: bien sur, il y a un ou deux alcooliques dans le lot; on se rappelle qu'on est chez les Rougon-Macquart. Sauf que Jean, d'une part, est le seul de la belle famille à avoir échappé à la malédiction voulue par l'auteur, d'une part, et d'autre part, Antoine coupe court à cette identification en ne le nommant jamais...

Le film est âpre et sans concessions, mais il est surtout réaliste jusqu'à une certaine nausée. On pourrait s'en plaindre tellement le visionnage est malaisé, mais les acteurs et la mise en scène, parfois à distance, parfois au plus près des acteurs, sont très réussis. pas de décors, le film a été tourné dans du vrai, du tangible, et là encore c'est très impressionnant! Rien d'étonnant à ce qu'Antoine ait eu tant de difficultés à monter ses films, qu'il a fini par laisser tomber la carrière, ce film a dû avoir le plus grand mal à s'imposer. Et il a longtemps été perdu, on en doit la redécouverte au Gosfilmofond, qui en avait gardé une copie; rien d'étonnant, car si le film n'est pas socialiste, il attaque avec une férocité implacable la médiocrité rapace de ses protagonistes qui sont tous à se battre pour des saletés... 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920