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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 16:15

La période passée par Frank Borzage à tourner des films pour la Cosmopolitan était une opportunité très sérieuse de percer dans le monde du cinéma, pour un metteur en scène qui avait beaucoup donné de lui-même dans le domaine du western, principalement: pas un genre très bien vu, à l'époque... Humoresque (1920) a contribué ainsi à la carrière du réalisateur, et d'autres films aussi, vont avoir une importance capitale: c'est le cas de celui-ci, également adapté d'un roman de Fannie Hurst (mais aussi de Flaubert, manifestement), un chef d'oeuvre qui aura au delà de la carrière de son auteur, une résonance sur l'histoire du cinéma, mais j'y reviendrai plus loin...

Hester Bevins (Seena Owen) est une provinciale particulièrement mécontente de son sort: coincée dans une petite ville minable, auprès d'un petit ami terne, travaillant dans une boutique de seconde zone, et habitant dans une pension de famille qui lui sort par les yeux. Son Jerry (Matt Moore) lui a bien proposé le mariage, mais elle lui fait comprendre qu'elle refuse par peur de s'enterrer encore un peu plus... Quelques temps après, elle qui passe souvent du temps à la gare à regarder les trains qui partent sans elle, en prend enfin un pour se rendre à New York. Cinq années passent, et Hester est devenue aisée: pas besoin de vous faire un dessin, toutes les factures sont adressées à un homme richissime, Charles Wheeler (J. Barney Sherry). Pourtant, si elle se vautre dans la vie facile d'une femme entretenue, Hester n'est pas satisfaite; et un retour dans sa ville d'origine ne va faire que souligner cette insatisfaction: le seul qui se rappelle d'elle, c'est Jerry: il l'a attendue, l'attend et l'attendra encore. Elle lui ment, et retourne à sa vie...

...pour apprendre un jour que son petit ami est parti en France avec les troupes Américaines, et est revenu décoré, et sérieusement amoché: elle veut le voir, et le découvre mourant. Avec son mentor, la jeune femme prend une décision courageuse et inattendue... Elle va épouser Jerry, avant la mort de celui-ci. Va-t-elle trouver dans ce sacrifice une réponse à ses aspirations romantiques?

Flaubert en effet, car il y a du Emma Bovary dans cette jeune femme qui cherche un romantisme et une réussite dans un absolu qui n'existera jamais! Et certains personnages semblent d'ailleurs réaliser l'analogie entre Hester et le personnage de Flaubert, car sa copine Kitty (Ethel Duray) lui prédit un suicide... Mais si le personnage principal du roman est effectivement l'une des clés du film, Borzage ne serait pas Borzage s'il avait chargé ses personnages masculins: Jerry est un benêt, soit, mais il est aussi un authentique héros, et son admiration inconditionnelle pour Hester tient du miracle. Wheeler est un richissime capitaliste qui pense que tout s'achète, et qui cède mollement aux désirs et caprices de sa maîtresse (y compris lorsqu'elle lui demande de financer son mariage), mais il est profondément humain, et généreux sans ambiguïté aucune. 

Le film n'est pas une de ces intrigues fourre-tout, dans lesquelles une jeune femme de la campagne perd sa pureté en ville et cherche par tous les moyens à retrouver un semblant de vertu en retournant vers un lieu de vie moins corrompu: car d'une part, si Hester s'est en effet compromise, certainement, le metteur en scène s'en fout, et nous aussi. Frank Borzage, qui nous montrera sans doute plus de couples vivant leur amour hors mariage que tous les autres metteurs en scène classiques, et qui ira même jusqu'à montrer ses couples s'auto-marier pour contourner les tabous, se moque éperdument de la vertu de ses héroïnes, dont il a compris que ce n'était décidément pas le sujet!

Non, pour Hester, l'enjeu était au début d'aller à la rencontre de ses rêves, et elle ne a vite fait le tour. Par le mariage en forme de sacrifice, puis les choix qui suivront (et que je vous laisse découvrir), elle opère plus ou moins un retour à sa propre réalité, à son authenticité... Un choix dont se souviendra Chaplin, qui a selon son biographe et ami David Robinson, vu et admiré profondément ce film, et en tirera des idées pour A woman of Paris: quand je vous disais que Back Pay était un film important...

La mise en scène de Borzage est ici dans sa forme la plus classique, avant la rencontre avec Murnau, mais déjà le réalisateur sait contourner toutes les conventions pour donner à ses personnages une vérité fabuleuse, tout en nous racontant, d'une certaine façon, un conte de fées. Un conte de fées, et c'est la clé du film, dont la marraine bienfaitrice va cette fois être plus l'héroïne que son amant compréhensif... Et le metteur en scène trouve en Chester Lyons, le chef-opérateur, un collaborateur de choix, si on en croit la fabuleuse photographie en "soft focus", le flou artistique, dont le technicien est un spécialiste réputé: la façon dont sont cadrés Jerry mourant et Hester à se côtés, dans une scène poignante, est admirable.

Le film aussi... On peut le voir très facilement, depuis une restauration intégrale effectuée par les soins de la Bibliothèque du Congrès, et financée par des dons généreux de fans enthousiastes: vive internet, donc! Le film a été mis en ligne sur plusieurs sites, dont le fameux Archive.org., et en HD par dessus le marché...

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Published by François Massarelli - dans Muet Frank Borzage 1921
20 mai 2018 7 20 /05 /mai /2018 17:00

On peut sans doute parler d'un film maudit... Car cette production Paramount de 1921 n'est pas sortie aux Etats-unis avant...1981. Si vous ne savez pas pourquoi, j'en parle plus loin , mais je vous préviens: c'est triste, injuste et révoltant.

Pas le film, en revanche, qui n'est certainement pas le meilleur film de 1921, mais qui a au moins le mérite d'adapter avec intelligence une farce boulevardière à l'économie, mais sans lésiner sur la rigolade. Ce qui n'est pas étonnant, puisque le personnage principal en est interprété par celui qui s'est autoproclamé "Prince of Whales", le comédien et cinéaste Roscoe Arbuckle, qui après avoir fait le bonheur du public depuis le début des années 10 avec des courts métrages d'une, deux, ou trois bobines poilants et à l'humour foncièrement décalé, accédait enfin au droit de sortir des longs métrages. Il était le premier des acteurs comiques à interpréter des comédies de longue haleine exclusivement, depuis 1920. Et il en avait un peu payé le prix, en renonçant à son style volontiers absurde et surréaliste. Ce qui ne l'empêchait pas d'insuffler aux comédies de moeurs qu'on lui confiait, un esprit frondeur de comédie physique. C'est exactement ce qui fait le sel de cette adaptation, qui sans lui aurait probablement été inintéressante...

Stanley Piper (Roscoe Arbuckle), héritier de la fortune de son oncle Jeremiah, un authentique misogyne, est quant à lui un admirateur complexé de la beauté féminine. Complexé, car il est bègue d'une part, et d'autre part il est irrésistible. Lors d'un séjour à la mer, il tombe toutes les femmes sans le vouloir, et est sérieusement embêté de devoir gérer quatre fiancées auxquelles il est impossible d'expliquer qu'elles ont tort... Surtout que la femme qu'il aime (Mary Thurman) débarque à l'improviste. 

Sans Roscoe, qui assume pleinement d'être un véritable aimant à jeunes femmes dans le film, on n'aurait eu ici qu'une série de scènes de portes qui claquent, et quelques intertitres amusants. Mais Arbuckle sait fort bien faire monter la température en interprétant physiquement une scène, et en s'y investissant avec génie. Bref, ce film s'il était sorti ailleurs qu'en Finlande (en 1924...) aurait sans doute obtenu un succès mérité, et rappelé après The round-up, le western controversé de George Melford qui manquait paraît-il cruellement de gags, que Roscoe Arbuckle était un comique, et l'un des plus grands.

Sauf qu'avant la sortie du film, le premier mai 1921, l'actrice Virginia Rappe décédait lors d'une soirée arrosée, organisée par Arbuckle. le comédien, accusé, arrêté, acquitté du meurtre, blanchi par la justice qui a établi la preuve de son innocence totale, était désormais un paria, marqué du sceau de l'infamie pour le simple fait d'avoir été potentiellement le coupable. Interdit de travailler à Hollywood sous son vrai nom, déchu, bref: à plus ou moins court terme, foutu. Pour la Paramount, sortir le film Leap year était plus qu'un risque: c'était une impossibilité.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1921 James Cruze Roscoe Arbuckle
18 avril 2018 3 18 /04 /avril /2018 17:07

C'est à la Palladium films que Lau Lauritzen va tourner avec Carl Schenstrom (Le grand échalas contorsionniste) et Harald Madsen (le petit râblé) des comédies, dont ceci est l'une des premières, sinon la première, car on n'est pas sûr de la chronologie. Par contre, on sait qu'il s'agit de leur plus ancien film conservé. C'est un moyen métrage de trois bobines, dont la version télévisée existante retient sans doute l'essentiel de l'intrigue, une fois n'est pas coutume:

Durant l'été, sur les bords de la mer du nord, on fait connaissance avec une famille très aisée (les parents: Oscar Tribolt et Olga Svendsen), dans laquelle un baron (Torben Meyer) a décidé de s'incruster en épousant la fille (Ingeborg Bertelsen) de la famille. Sauf que le type est un salopard de la pire espèce, qui est déjà marié, suivant les conventions habituelles du mélodrame... Et la fille est quand même toujours contente de voir son meilleur ami (Victor Montell), un brave garçon, lui. Et deux vagabonds, des rémouleurs miteux (devinez de qui il s'agit) qui traînent dans le coin, interceptent une lettre qui est destiné au traître, et qui prouve ses sombres agissements. Ils décident de s'en mêler...

Le titre signifie "Film, flirt et fiançailles", selon une tradition de comédie que beaucoup des films à venir de Lauritzen avec le duo vont s'efforcer de respecter: trois mots qui décrivent l'essentiel de l'intrigue, et ce en ajoutant une répétition d'un son précis. ...Ici, le son F. Pourquoi "Film"? parce que les personnages vont se retrouver sur une plage, où un tournage a lieu, durant lequel le metteur en scène va inviter des locaux à figurer; un prétexte pour voir évoluer les deux acteurs au milieu de jolies filles en maillots de bain affriolants, ce qui là aussi va devenir une tradition de ces films.

Le plus intéressant reste la façon dont évoluent nos deux anti-héros, la dynamique déjà bien ancrée de ces deux personnes qui pour l'instant restent volontairement à l'écart des gens auxquels ils viennent en aide. Ce ne sera pas toujours le cas. Mais l'ingéniosité aussi, dont ils font preuve en toute circonstance, ainsi que le contraste entre les deux, la réserve de Schenstrom, un adulte qui a trop grandi et ne sait pas trop quoi faire de lui-même, et le côté volontiers enfantin de Madsen, qui lui n'a pas encore trouvé l'occasion de grandir, les différencie de tous leurs homologues Américains. Ils sont, déjà, dès cette première trace de leur travail, extrêmement touchants.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1921 Lau Lauritzen Schenström & Madsen
8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 17:18

Après des essais plus ou moins réussis dans le domaine du court métrage de trois bobines, Lloyd obtient satisfaction avec ce film à la construction parfaite, une nouvelle fois partagé entre trois thèmes: l'amour simple, presque enfantin, du personnage d'Harold pour sa leading lady Mildred Davis, le vie moderne et l'aspiration de confort, et l'intrusion du frisson sous la forme de faux semblants particulièrement cocasses. C'est un classique! On notera une construction très efficace en trois parties, après un prologue qui établit que Harold et Mildred sont voisins de travail: lui est assistant d'un conseiller financier, elle secrétaire d'un ostéopathe. Elle lui apprend que son patron va devoir se séparer d'elle, puisque les affaires ne marchent pas fort, et Harold passe toute la première bobine à lui trouver des clients avec divers stratagèmes. La deuxième partie voit Harold confondre le frère de la jeune femme, en visite, avec un rival, et il tente de se suicider. Enfin, il croit avoir réussi, et les circonstances le voient suspendu dans le vide à une poutrelle métallique...

Les échafaudages, sur lesquels Lloyd s'ébroue à la fin du film, d'un type qu'on reverra dans Liberty (1929) de Leo Mc Carey, avec Laurel & Hardy,  sont vus dès le premier plan, et une transition efficace entre les deux premières parties permet au film de se dérouler de façon très fluide: Harold accompagne les nombreux clients qui se pressent chez l'ostéopathe, et en suivant le dernier le voit qui va embrasser Mildred. Ce n'est pas un client, et on est désormais dans la deuxième partie...

Le moment le plus célèbre du film est bien sur le jeu au-dessus du vide, obtenu grâce à un choix particulièrement judicieux d'angles de prise de vue.Bien sûr, les gags qui la composent sont très drôles, et souvent malins, mais on ne peut s'empêcher de penser qu'il y avait mieux à faire; ici, ils se suivent, comme les tentatives comiques de suicide dans la deuxième partie, mais il n'y a pas dans ces scènes de construction, ni de géographie précise, comme il y aura pour le plus grand bonheur du spectateur dans Safety last, avec son cahier des charges clairement exposé qui permet de générer du suspense, et de coller au plus près de la thématique de l'élévation sociale...

De même, Lloyd a du trouver le film un peu long, puisque de nombreuses copies sont amputées de certains des gags autour du suicide. il s'agit peut-être aussi d'une certaine forme de censure qui remonte aux années 60, quand Lloyd était à la recherche d'un nouveau public avec des versions allégées de ses films, rendues compatibles avec un visionnage pour les enfants...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Harold Lloyd 1921
8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 17:15

Avec ce film, Lloyd prend son temps dans la veine très Américaine des comédies qui tournent autour de l'illusion d'élévation sociale représentée par la tentation de singer la noblesse, voir à ce sujet le très classique Ruggles of Red gap... Il est donc groom dans un hôtel, qui a pour principale occupation de piquer les vêtements des riches qu'il côtoie pour faire semblant: il est tellement doué qu'on pourrait aisément dire que l'habit fait le moine! Il est repéré par un escroc qui essaie de l'utiliser pour s'attirer les bonnes grâces d'une nouvelle riche et épouser sa fille. Harold va donc devoir jouer les comtes en goguette et être le clou d'un week-end riche.

Après une exposition longuette consacrée à la famille Irlandaise dont la mère est décidée à imposer le régime mondain à sa fille et son mari, on a une apparition de Lloyd en trompe-l'oeil double: on le voit en gros plan, en haut de forme, parlant avec une allure très empruntée. la caméra se recule, et on s'aperçoit que le dandy est en fait seul, devant un miroir. A la fin de la séquence, il doit rendre sa veste à un aristocrate, et il se révèle un groom... C'est simple, efficace, drôle, et on sait tout sur le jeune homme en deux minutes très enlevées. La première bobine est surtout consacrée à établir les deux mondes amenés à se rejoindre: l'hôtel où travaille le jeune homme, et la famille qui se perd dans l'illusion de la richesse.

D'autres passages splendides montrent la maîtrise de l'équipe, notamment une série de gags imaginés par Lloyd alors que, passant pour un noble, il raconte ses chasses. C'est d'ailleurs l'essentiel de la deuxième bobine: Lloyd se fait passer pour le comte qui raconte ses succès à la chasse... Et la dernière bobine est surtout consacrée à une désastreuse chasse au renard durant laquelle Lloyd a perdu son pantalon. Tout mène à ce moment qui agit en qualité de catharsis: c'est par la grâce du pantalon perdu que l'humanité reviendra... 

Pas le meilleur film de Lloyd, bien sur, mais d'un niveau très solide quand même...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach Harold Lloyd 1921
8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 17:13

En 1921, Lloyd s'est décidé à passer à la vitesse supérieure, en proposant des films de trois bobines. Si les longs métrages de comédie existaient déja, ils étaient relativement marginaux, jusqu'à la sortie du superbe The kid, qui a prouvé que la comédie burlesque pouvait se construire sur la longueur et acquérir de la force. Suivant l'exemple de Chaplin qui se lançait dans le film de moyen métrage dès 1918, Lloyd a commencé à allonger ses films, toujours au studio de Hal Roach. En deux ans, cette période de transition lui a permis d'arriver à son tour à des films particulièrement soignés de long métrage. L'année 1921 a été entièrement occupée par quatre films, tous de trois bobines, avant que I do ne soit finalement coupé sur la décision de Lloyd lui-même. L'équipe qui a réalisé ces films reste à peu près la même, et beaucoup de ces techniciens et artistes resteront fidèles longtemps au comédien. Tous partagent une vision très quotidienne de la vie, et en particulier les moyens métrages permettent de faire le tour des thèmes de prédilection du comédien, dont ils forment un échantillonnage très complet du style et de ses sujets de prédilection... Les héros en sont globalement des gens qui se débrouillent déjà, ils ont un travail, mais il leur manque deux choses pour être heureux: une meilleure position, et un mariage heureux. Les films sont souvent marqués par un recours au spectaculaire, des gags à la mécanique de précision, et un goût pour les véhicules...

Now or never est la première de ces comédies en trois bobines. Si on ne peut qu'applaudir la volonté d'élargir le champ d'action, on est ici devant une situation étirée plus qu'autre chose. Lloyd doit faire un voyage en train accompagné d'une petite fille. On retrouvera une série de gags liés au train dans de nombreux Laurel & Hardy plus tard... Après un prologue de cinq minutes qui établit une intrigue autour de Mildred, employée à plein temps pour s'occuper d'une petite fille, l'arrivée de Lloyd se signale par un plan qui le voit conduire une voiture à toute vitesse, le reste du film le verra parcourir un train en tout sens, courant même sur le toit à un moment... la vie maritale telle qu'elle se profile à la fin du film pour Mildred et Harold est sans doute quelque peu tempérée par l'enfer d'avoir un enfant, symbolisé par la cohabitation entre Harold et la petite fille.

Si le film ne se distingue pas encore des autres films courts de Lloyd, c'est sans doute parce qu'en dépit de bonnes idées (la première bobine est brillante, globalement), le film peine à se transformer en autre chose qu'une série de variations sur le thème de Lloyd en train...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Harold Lloyd 1921
1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 19:04

En pleine montagne, dans un pays qui n'existe pas, une garnison tient bon. On ne sait pas trop ce qu'ils gardent, mais ils gardent vaillamment. Et pourtant il y a un ennemi, coriace et entraîné: une bande de voleurs, menés à la baguette par un personnage haut en couleurs, et accompagné de sa fille Rischka (Pola Negri), qui fait tourner les têtes... en bourrique. Et dans la garnison, on attend l'arrivée d'un nouvel officier, le célèbre Alexis (Paul Heidemann), qui a fait tourner toutes les têtes lui aussi, mais à Berlin: à se venue, on entend bien lui donner en mariage la fille du commandant de la garnison. Mais la rencontre inévitable entre Rischka et Alexis sera, bien sur, explosive...

Ce film combine deux courants de la comédie Lubitschienne Allemande: les films situés en montagne, dans un décor de neige authentique (A la même époque, il réalise Romeo und Julia im Schnee), et la comédie grotesque, à la façon de La poupée ou de La princesse aux huîtres. Pola Negri se prête joyeusement à cette opérette muette avec bonheur. L'ordonnance légendaire et l'inventivité des décors font mouche une fois de plus dans un film qui évite l'écueil d'une certaine vulgarité en usant avec intelligence de chemins de traverse... et finit par montrer à la société Allemande de l'époque un miroir déformant de ses conventions, à travers le drôle de personnage de Rischka, voleuse espiègle, mais dont le coeur a parfois ses épanchements. Lubisch et Negri réussissent un tour de force: passer du grotesque le plus idiot, au touchant.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1921 Ernst Lubitsch
9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 17:00

The Bride's play est situé en Irlande, Marion Davies y est donc brune et... ce flm n'est pas une comédie, ce qui va nous permettre de tester la véracité d'une fameuse légende de l'histoire du cinéma muet Américain, en rapport bien sûr avec l'infâme (mais jouissif, hélas) portrait à charge de l'actrice à travers Citizen Kane...

En Irlande, donc, dans une petite localité du bord de mer, vivent un père qui va bientôt devenir riche, et sa fille, la belle Aileen (Marion Davies). Celle-ci est en pension, où la nuit venue elle lit avec ses camarades des livres interdits: les recueils de poésie sentimentale que toutes les jeunes femmes s'arrachent, écrites par un auteur à succès de Dublin, Bulmer Meade (Carl Miller). Mais quand son père meurt elle revient au pays, et a la surprise de voir le poète, justement en villégiature dans son village. Ils vont se rencontrer, et l'incorrigible séducteur va faire une victime de plus, au grand désespoir du châtelain local, un ami de longue date de la famille d'Aileen, qui l'aurait bien prise sous son aile, et qui se doute de l'amoralité du bellâtre...

Bref: ceci est un mélodrame, dont le choix de le situer en Irlande s'explique par le recours à un procédé qui semble revenir souvent dans les films de Davies: il y est fait référence à une coutume de mariage, qui donne son titre au film, et dont un exemple du douzième siècle nous est montré dans l'avant-dernière bobine. Une occasion pour Marion Davies de se montrer en costume ancien, et au milieu d'une centaine de figurants... Hearst adorait ça, et préférait en effet ce type de drame, à la comédie qu'il jugeait vulgaire!

Et le résultat, c'est que Marion Davies, engoncée dans un rôle qui ne lui permet pas de faire la preuve de son talent exceptionnel et physique, n'est pas vraiment terrible, dans un film qui n'est pas très bon non plus, mis en scène sans grande imagination... Mais mis en image avec un soin en revanche remarquable. Mais on donne raison à tous ceux qui opposent Hearst et Davies, le premier désireux de faire de sa maîtresse une diva tragique, la deuxième soucieuse de dériver le plus possible vers la comédie... Mais pas spécialement aidée par la réalisation très plate de Terwilliger, elle n'y est pas parvenue!

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Published by François Massarelli - dans Muet 1921 Marion Davies
27 juillet 2017 4 27 /07 /juillet /2017 15:47

Miss Lulu Bett est un film remarquable, réalisé par le grand frère de Cecil B. DeMille (Les changements d'orthographe du patronyme d'un frère à l'autre sont authentiques). William C. de Mille a la réputation d'être le génie de la famille, et ma foi si tous ses films sont aussi beaux que celui-ci je veux bien le croire: voici un film intimiste réalisé par un miniaturiste et interprété avec conviction par des acteurs acquis à leur cause, Lois Wilson en tête...

Une femme (Lois Wilson), traitée comme une esclave par sa famille, se retrouve mariée à un bigame par inadvertance, et va conquérir sa liberté (aussi bien vis-à-vis du mariage, que de sa famille) en prenant son destin en charge. Les décors sont ceux d'une petite ville Américaine de 1920 où tout le monde connait tout le monde et la mise en scène oscille de façon envoûtante entre drolerie et drame, avec une véritable cohésion; Lois Wilson emporte l'adhésion de bout en bout (Sa métamorphose est impressionnante), le film tout entier est un exemple de ce que le cinéma Américain pouvait se permettre en 1921 lorsqu'il s'agissait de laisser les images raconter, et on a ici dans chaque scène plus de subtilité qu'il n y en a dans tout Manslaughter, réalisé l'année suivante par le petit frère de William C. de Mille.

Dans cette histoire qui nous conte la vie d'une famille de cinq femmes et d'un homme (Mais celui-ci, interprété par Theodore Roberts, se comporte en tyran domestique intransigeant), une scène révélatrice est située au début: Lulu Bett rencontre un homme qui vient frapper à la porte; c'est le frère du maître de maison, qu'elle n'a jamais rencontré. Il lui demande si elle est "une miss ou une Mrs", et elle lui répond qu'elle peut difficilement lui poser la même question, les choses étant plus floues pour les hommes à ce niveau. Ainsi, les touches ouvertement féministes sont disséminées dans cette fable pour adultes, qui n'est pas totalement éloignée du style des grands films de Cecil; l'ouverture à elle seule, par exemple, renvoie à la façon bien particulière qu'avait l'auteur de toutes ces comédies matrimoniales de caractériser l'environnement de ses personnages: un intertitre nous avance l'idée que pour cerner une famille, il nous faut d'abord voir ce à quoi ressemble le salon. Y arrivent ensuite, les uns après les autres, les personnages qui commencent à interagir, nous révélant leur personnalité tout en faisant avancer l'intrigue... une autre scène située plus tard dans le film (En ouverture du deuxième acte) fonctionne de la même façon, mais nous présente cette fois la cuisine, privée de son équilibre: la personne qui y sue sang et eau depuis tant d'années est en effet partie...

Ce film superbe, plein d'esprit et de subtilité, mérite finalement mieux que de végéter dans l'ombre de l'oeuvre certes imposante, mais inégale des films de Cecil B. DeMille. Il faut le voir, pour s'attaquer à un pan entier du cinéma muet Américain qui reste aujourd'hui bien méconnu, à part pour quelques oeuvres signées de Lubitsch, voire Chaplin: la comédie subtile, délicate, certes satirique mais jamais effrennée est bien située à des années lumières de Mack Sennett, et ce film en est, avec son humanisme magnifiquement dosé, l'un des grands moments. Il faut voir de quelle façon la progression amenée avec tant de soin nous amène à ce superbe moment d'explosion de toutes les frustrations accumulées par une femme durant une vingtaine d'années d'exploitation pure et simple, se résout dans une cuisine certes, avec cassage de vaisselle bien sur, dans une interprétation dénuée de toute impression de cliché. Admirable: l'un des très grands films des années 20.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1921
10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 16:33

Il y a les films muets classiques et incontournables, ceux que des armées d'historiens, d'archivistes et de passionnés nous ont aidés à conserver, voir, revoir et apprécier, de The general à Metropolis, de Sunrise à Ben-Hur, de Greed à The thief of Bagdad... Et il y a les obscurs, ceux qui ont existé mais dont on ne se souvient pas, parce qu'on vient de les retrouver dans une fosse en plein Alaska, ou dans un grenier sec et frais, et que des copies attendaient qu'on les retrouve: les films Thanhouser, par exemple, ou tant de productions locales, ou de petits studios qui n'ont pas eu la chance de survivre pour raconter leur propre légende. 

The Sheik n'appartient à aucune de ces deux catégories. Et pourtant quelque part il devrait figurer dans la liste des premiers mentionnés: c'est un film Paramount, monté autour d'une star en devenir, Rudolf Valentino, et le succès qu'il a récolté a mis tous ceux qui ont travaillé dessus à l'abri des ennuis financiers au moins jusqu'à la crise de 1929! Adapté d'un roman à succès dont la réputation n'est même pas sulfureuse tellement elle est mauvaise, il a fait à lui tout seul la carrière de Rudolf Valentino. Et il a établi la formule, ce que The four horsemen of the apocalypse n'avait pas fait.

Restons d'ailleurs un instant sur ce dernier film, sorti quelques mois auparavant: Rex Ingram y avait en effet découvert Valentino, et avait utilisé à la perfection son charisme érotique, n'oubliant pas d'utiliser ses talents de danseur. Mais c'était un film de Rex Ingram, avec lequel le metteur en scène souhaitait établir son univers épique: pas autre chose! ...Ni personne d'autre. Et Rudolf Valentino, relégué à un rôle d'utilité dans ses autres films pour Metro (The conquering Power, également de Rex Ingram, et Camille, de Ray Smallwood, dont l'héroïne était interprétée par Alla Nazimova, tous les deux sortis la même année) est parti pour relancer sa carrière ailleurs. D'où ce film, au budget contrôlé, qui repose sur un roman qui allait faire venir des spectateurs (et surtout -trices!), et qui cette fois n'oublie pas de mettre en valeur sa star, pour la première fois enfin (Car Valentino était dans le métier depuis un certain temps, quand même), mais pas la dernière...

En Afrique du Nord, la belle et hautaine Lady Diana (Agnes Ayres) est fascinée par les coutumes étranges d'un potentat local, le Sheik Ahmed Ben Hassan (Rudolf Valentino). Mais elle s'approche trop près, et le Sheik la fait enlever, et elle devient sa prisonnière. Contre son gré, oui, à moins que... les semaines passent, et la confiance s'installe. Confrontée à la vie du prince du désert, Diana rencontre ses amis, dont le Français Raoul (Adolphe Menjou), par lequel elle va apprendre à apprécier Ahmed de plus en plus. Mais tous les hommes du désert ne sont pas aussi gentils qu'Ahmed... Surtout le dangereux Ohmair (Walter Long), un homme qui en plus convoite depuis longtemps ce qu'il n'a jamais eu: une femme blanche.

Bon, on ne fera pas l'impasse sur le racisme de l'histoire: rappelons qu'à cette époque, il y a dans la plupart des juridictions locales Américaines des lois anti-miscégénation, ce concept révoltant qui considère d'une part que les êtres humains sont divisés en races, et d'autre part qu'il est inconcevable de les mélanger. Ce sera donc l'un des enjeux dramatiques du film. Un autre, et son corollaire, c'est bien sur la question inévitable: Diana et Ahmed ont-ils fauté? Etait-ce un viol, ou une nuit d'amour? l'ambiguïté ne sera jamais levée, et c'est tant mieux pour le box-office, car c'est l'une des ellipses qui a assuré que les clientes revenaient le voir deux ou trois fois: le grand frisson de l'interdit et du non-dit...

Non-dit et non-montré, mais alors suggéré, ça oui: le film est un catalogue mélodramatique de clichés orientalistes et de procédés éculés, liés à la supposée tendance au sadisme des orientaux, dont on établit bien sûr dès le départ qu'Ahmed est quant à lui un doux à côté de tant d'autres! Mais d'une certaine façon le film réussit à ne pas trop se prendre au sérieux, et est relativement soigné dans sa photographie, et sa composition. admettons que l'interprétation en revanche, ne brille absolument pas par sa modernité! Mais Valentino devait avoir une certaine affection pour ce film, lui qui décida de mettre en chantier cinq années plus tard une suite, qui en assumait volontiers les contours les plus parodiques.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1921 Valentino