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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 09:38

Parfois acteur, souvent journaliste, toujours cinéphile, Clair est suffisamment passionné pour se lancer dans un film, pour lequel il décroche un contrat avec Henri Diamant-Berger. Ecrit et mis en scène par lui-même, avec Henri Rollan et entre autres Albert Préjean, Paris qui dort est une introduction idéale à son univers...

Le gardien de la tour Eiffel se réveille un matin, surpris: là, en bas, plus rien ne bouge... Il descend pour constater et se retrouve seul, tout seul. Les autres Parisiens sont bien là, mais endormis, figés dans un geste: un voleur sur le point d'être attrapé par un agent de police, un homme qui allait se jeter dans la Seine, des clients d'un restaurant: plus personne ne bouge! Mais il est rejoint avant longtemps par le pilote et les passagers d'un avion qui vient d'atterrir: eux non plus n'ont pas été touchés par le phénomène étrange qui a endormi la capitale (Et, incidemment mais ça n'a pas l'air de choquer qui que ce soit, le monde entier)... Ils vont donc se livrer à des pillages en règles, cambriolages faciles, repas gratuits dans les meilleurs restaurants et même vol de Joconde, avant de se rendre compte de l'inévitable: qu'est-ce qu'on s'ennuie quand tout est permis...

Quant à l'étrange phénomène, ils auront bien sur une explication, définitive et se passant avantageusement de commentaire: savant fou.

L'oeuvre de Clair, à l'époque du muet, est encadrée par la Tour. Son premier t son dernier film des années 20 lui doivent beaucoup, et ici, on retrouve cet émerveillement d'enfant qui est l'essence même du court métrage de 1928 (La Tour, justement), dans la plupart des plans. ces gens, des oisifs de fait, forcés par l'étrange arrêt du monde à ne plus rien faire, sont basés à la Tour Eiffel, s'y amusent, testent leur équilibre, etc... Des vrais gosses, si vous voulez mon avis. C'est sans doute là que se situe le meilleur de ce petit film sympathique mais si mal foutu, dans le plaisir de la transgression légère, du méfait gentiment irresponsable. Mais le film installe, à sa façon, le style et l'univers d'un metteur en scène lunaire, et bien souvent trop poli: il y aurait eu tant à faire avec ce film, qui a au moins un avantage certains sur les Gance et L'Herbier et consorts (oui, c'est bien à mes yeux un film avant-gardiste): il n'a aucune prétention d'aucune sorte.

Ceci étant dit venons-en à l'inévitable coup de gueule.

Je ne peux pas me résoudre à comprendre pourquoi René Clair a coupé son film, en 1950 (pas le seul d'ailleurs, il a aussi taillé dans Sous les toits de Paris et A nous la liberté), et je ne peux que condamner un geste décidément courant et irritant (Chaplin, Kubrick, Peter Weir) qui tend à nous priver, objectivement, de la réalité physique d'un film en son temps et en son heure. Comme il est de bon ton chez les critiques Français de dire amen à certains réalisateurs, et de condamner les autres, Clair faisant partie de la première catégorie, personne ne semble s'en émouvoir. Maintenant, admettons que le film est un film amateur, ne cherchant pas à être autre chose, et qu'il était peut-être encore pire dans son incarnation originelle... Mais là n'est pas le sujet. 

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Published by François Massarelli - dans Muet René Clair 1923
16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 09:10

Gloria Swanson a probablement du apprécier le changement radical dans sa carrière que lui a apporté la décision de confier la réalisation de trois de ses films à Allan Dwan, le franc-tireur qui avait non seulement survécu aux années 10 (il a débuté en 1911) mais aussi à la prise de pouvoir par les studios! Miss Swanson aussi, en 1923, tient du vétéran: certes, elle n'a débuté en 1915, mais elle a eu sa période avec Mack Sennett, puis au moins deux passages importants à la Paramount; d'une part, elle a bien sur été une actrice de tout premier plan chez Cecil B. DeMille (Male and female, The affairs of Anatol), puis elle a été dirigée vers l'unité de Sam Wood pour lequel elle a interprété des rôles dramatiques (Beyond the rocks) mais elle s'ennuyait ferme. Donc Zaza est l'un des premiers pas pour raviver une carrière qui menaçait de tanguer sérieusement...

Et on se rappelle de quelle Peggy Pepper, devenue Patricia Pépoire, dans le film Show people de King Vidor (1928), se voyait rappeler la comédie, ce milieu dont elle venait, au moment ou elle n'en finissait pas de devenir hautaine et méprisante: il y avait, bien sur, du Gloria Swanson dans ce portrait amusé effectué par Marion Davies; et Zaza, c'est un peu la quadrature du cercle pour Miss Swanson...

Le film provient d'une pièce à succès des music-halls Parisiens, vaguement inspirée elle-même par Nana dont ce film devient un peu une version "rose", édulcorée et centrée autour de la comédie. A paris, le théâtre Odéon a une vedette incontestée, qui a la première place dans le coeur du public: Zaza (Gloria Swanson) se comporte d'ailleurs comme une insupportable diva capricieuse, ce que l'actrice Florianne (Mary Thurman) a bien du mal à supporter dans la mesure où elle était auparavant la star... Mais si Zaza a bien le comportement détestable d'une actrice imbue d'elle-même qui revendique un traitement à part, elle est aussi folle amoureuse d'un homme, le diplomate Bernard Dufresnes (H. B. Warner) qui vient fidèlement la voir tous les soirs. Il y a un peu de rivalité avec Florianne pour le séduire, mais ça ne durera guère: Dufresnes n'a d'yeux que pour Zaza. 

Seulement, il est marié...

Du coup, on a tout Swanson en un seul film! Dwan a su combiner avec bonheur les capacités de sa star, qui vampirise l'écran avec un bonheur rare! Elle échappe aux clichés en se livrant corps et âme à son rôle, aidée par un casting impressionnant (on décernera une mention spéciale à Lucille La Verne qui joue l'alcoolique mondaine qui recueille au théâtre comme dans les salons les confidences de Zaza) et une réalisation superlative: Dwan se joue de tous les écueils, de ces faux extérieurs tournés dans un studio, qui reconstituent une rue impossible d'un village Français sublimé, de ces scènes durant lesquelles il devra diriger la foule en sachant qu'on n'aura d'yeux que pour la star... Le film ne prend pas trop son temps (84 minutes), le ton est constamment léger, entre drame et comédie, et c'est un régal. 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1923
11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 11:07

C'est sans doute avec ce film que les choses vraiment sérieuses commencent pour Germaine Dulac... Elle qui a expérimenté avec les formes établies du drame bourgeois (Voir La fête Espagnole ou La cigarette), rêvait de s'affranchir de l'intrigue pour placer l'intérêt sur la transcription visuelle des émotions et des impressions, et c'est ce film qui va lui permettre de faire exactement ce qu'elle souhaitait.

L'histoire proprement dite est un petit argument qui semble par bien des aspects être un pendant "réaliste" de l'intrigue de La cigarette: une femme, mariée à un homme plus âgé et qui la néglige, se prend à rêver de mieux. Ces rêves viennent comme en écho à l'imagination  débordante du mari du film précédent, qui se voyait cocu parce qu'il réalisait que son épouse était trop jeune pour lui. Pourtant elle lui restait fidèle du début à la fin du film! En revanche, si Madame Beudet (Germaine Dermoz) avait pu, elle ne se serait pas privée! Et son mari (Alexandre Arquillère) ne se serait probablement pas aperçu du moindre problème.

Germaine Dulac choisit de privilégier le point de vue de l'épouse, souvent délaissée pendant que son mari travaille ou sort. Cette solitude n'est pas forcée: Madame Beudet n'a pas très envie, manifestement, de s'afficher avec son mari... surtout quand pour faire rire ses amis, il joue la comédie du suicide en public! Mais dès qu'il est absent, elle l'imagine remplacé par d'autres: Dulac utilise, lors d'une scène assez drôle, la surimpression d'un tennisman qui entre dans l'appartement du couple, et débarrasse Madame Beudet de son mari! Mais la rêverie débouche souvent sur l'impasse, car l'épouse lasse est bien obligée d'admettre que le seul qui franchira le seuil pour la rejoindre sera toujours M. Beudet.

On l'aura compris: si le film est essentiellement une étude psychologique en surface, il n'en reste pas moins que ce dont il est question ici c'est d'amour physique et de frustration, celle de ne pas pouvoir se laisser aller à la passion...

Afin de terminer son arc narratif, Dulac choisit de nous montrer une réconciliation en demi-teintes: Beudet comprend que son épouse est tellement déprimée qu'elle menace de se supprimer, et il lui fait comprendre qu'il ne peut pas vivre sans elle...

Ce qui clôt en effet l'intrigue sur une note positive. Ce qui en revanche n'empêche pas Dulac de nous montrer à la fin du film le couple marchant côte à côte dans la rue, à une certaine distance l'un de l'autre. Un intertitre dévastateur assène le coup final, nous expliquant qu'ils sont unis 'par l'habitude'...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 Germaine Dulac
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 14:16

Tom Mix, à la Fox dans les années 20, c'était un peu le cowboy passe-partout. Une énorme vedette, dont l'authenticité souvent impressionnante des films (Décors naturels, grands espaces, et tant d'endroits encore préservés qui rendaient la triche de studio inutile pour qui cherchait des endroits sauvages) contrastait cruellement avec le côté fabriqué de son personnage: grand chapeau, costume exagéré, et bons sentiments érigés en médaillon inamovible... Mais Tom Mix a tourné pour Ford!

Rappelons qu'en 1923, le grand metteur en scène (Qui signait ses films "Jack" Ford, préférant le diminutif à son pseudonyme pourtant copié d'un auteur de renom) n'a pas encore réalisé The iron horse, le film qui allait faire de lui un auteur remarqué; il est arrivé à la Fox en 1920, et s'est vu confier des tâches qui tournaient autour du western: Just pals, son premier film Fox, par exemple se situe dans une petite ville qui pourrait très bien être une ville de l'Ouest après la pacification. De même pour The village blacksmith, quand à Cameo Kirby, il raconte les aventures picaresques d'une fripouille sur les bateaux à aube du Mississippi... North of Hudson Bay appartient à cette veine, confrontant le Cow-boy Tom Mix aux grands espaces du Grand Nord...

Michael Dane (Tom Mix) se rend vers le nord de la baie D'Hudson, où il envisage de retrouver son frère Peter (Eugene Palette). Mais avant l'arrivée du petit frère, Peter est tué. On accuse son partenaire Angus McKenzie, mais celui-ci jure être innocent du crime. La punition de ces pionniers est une marche forcée, sans arme ni moyen de subsistance, dans la nature: Angus va pourtant y survivre, et il est secouru par Michael... Le problème, c'est que selon l'usage, toute personne qui porte secours à un condamné à la "piste de la mort" doit désormais s'y soumettre lui aussi...

Michael Dane déjouera tous les pièges, et sauvera du même coup son ami Angus, ainsi que la jolie Estelle McDonald (Kathleen Key), une jeune femme qu'il a rencontré au début. Certes, le script passe-partout est particulièrement mélodramatique, mais il a la qualité de permettre à Ford et Mix de faire exactement ce qu'ils voulaient faire: tourner un film en liberté, dans la neige, au milieu des montagnes et des rapides! Et il y a des loups, et les tribus Indiennes locales (Du Nord, oui, mais celui de la Californie, j'imagine) sont venues prêter main forte à l'entreprise... Un bon bol d'air, pour des images saisissantes... Mais il y a aussi, dès le début, une scène domestique qui montre comment maman Dane s'apprête à dire adieu à son deuxième fils: une scène qui se répétera de film en film, et qui montre un attachement viscéral du metteur en scène à l'idée de famille, aux racines.

On regrettera évidemment que ce film de cinq bobines n'ait pas été conservé en entier, même si l'intrigue telle qu'elle est aujourd'hui, resserrée sur quatre bobines, fonctionne encore. Mais, et il est toujours le moment de le rappeler, si on a aujourd'hui récupéré environ 25 films muets de John Ford, dont certains sous la forme de fragments, combien manquent encore à l'appel?

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Published by François Massarelli - dans Muet Western John Ford 1923
21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 15:39

Un homme raconte, lors d'un dîner informel, une histoire étrange à ses amis... Située en 1799, l'anecdote raconte un mystère sanglant, qui a conduit à la mort d'un innocent. Lors d'un orage, deux militaires se sont arrêtés à une auberge où on leur a fait une place. Puis un homme, négociant en diamants, est arrivé, mais l'aubergiste ne pouvant lui offrir une chambre, les deux militaires lui ont fait une place. Le lendemain, le diamantaire a été retrouvé mort, et on a rondement accusé le seul des deux militaires, Prosper Magnan, du crime. Mais qu'est devenu l'autre? Il a disparu... 

Pas tout à fait, car c'est l'un des convives du dîner...

Jean Epstein a adapté ici un conte de Balzac, en y expérimentant sur la subjectivité, à l'aide du montage et d'un jeu de gros plans qui tous permettent un changement permanent de point de vue. L'atmosphère légère et chaleureuse du dîner initial, qui se charge en lourdeur au fur et à mesure du déroulement de l'anecdote, l'orage et la menace palpable représentée par la clientèle quelque peu sordide de l'auberge, tout vient en réalité de l'image et de son agencement. C'est intéressant, mais comme souvent chez Epstein, c'est aussi assez froid et démonstratif. Reste une série de belles interprétations: Gina Manès, en particulier...

Sinon, afin que ce soit dit une bonne fois pour toutes: n'attendez pas ici de voir un prêtre perdu entre devoir et trouille, ni cannibalisme: ce film, n'a rien à voir avec la comédie sardonique du même nom de Claude Autant-Lara avec Fernandel, Françoise Rosay et Julien Carette.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 Jean Epstein
29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 10:19

Les films de la compagnie Preferred Pictures, de B. P. Schulberg, sont assez peu remarquables en soi. Le fait que beaucoup d'entre eux aient été réalisés par le vétéran Louis Gasnier est déjà une indication... Mais le principal intérêt reste que c'est le studio qui a le premier offert un contrat à la jeune Clara Bow; parfois elle avait le premier rôle et ça donnait de bons résultats (Parisian Love), et parfois elle était reléguée, comme ici: elle joue le rôle d'Alice, un second rôle un peu trop effacé pour qu'on s'y retrouve. Les deux rôles principaux sont assumés par Ethel Shannon et un certain Harrison Ford (Aucune relation). Notons, et c'est sans doute le paradoxal principal intérêt de ce film aujourd'hui, que Maytime était un film perdu jusqu'à ce qu'on le retrouve en 2009 parmi les oeuvres muettes Américaines et Britanniques que possédaient les archives de Nouvelle-Zélande. Incomplet, les bobines restantes parfois en dangereux état de décomposition, mais regardable... du moins jusqu'au trois-cinquième de sa durée...

 Deux époques, vues l'une après l'autre: en 1895, Ottilie Van Zandt aime Dick Wayne, mais elle fait partie de la haute bourgeoisie, et lui est le fils de l'employé de son père. Tout avenir à cet amour est donc impossible... Il part pour faire fortune, pendant qu'Ottilie essaie de l'attendre... Mais la pression de sa famille pour la marier à l'improbable cousin Claude est trop forte, et le jour du mariage, Dick revient, et un scandale éclate. Une seule façon de s'en sortir: pour laver Ottilie de tout soupçon, Dick annonce qu'il va épouser la petite Alice, la voisine, qui l'aime en secret depuis toujours... On imagine que tous ces gens vont vivre malheureux pour l'éternité, néanmoins un court passage nous annonce que si Claude et Alice ont fini par mourir, les deux anciens amants ont survécu, mais ils sont trop vieux.

Nous faisons donc la connaissance, en plein jazz age, de leurs petits-enfants... Et c'est là que le film s'arrête, car les trois dernières bobines de cette oeuvrette sans prétention ni relief apparemment, n'ont tout bonnement pas été retrouvées... Un destin qui habtuellement, attend des films entiers. S'il fait se réjouir qu'une partie d'un film, fut-il sans grand intérêt, ait pu survivre, l'effet produit est assez ennuyeux: c'est exactement comme si l

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Published by François Massarelli - dans Muet Clara Bow 1923
25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 09:35

Pour aborder la carrière de celle qu'on a surnommée "La tragédienne de l'écran", ce film n'est peut-être pas le meilleur moyen... L'intrigue, la réalisation et le style global devaient probablement apparaître un peu surannés dès la sortie de cette solide et parfois indigeste pièce montée en 1923. On ne peut rien y faire: Frank Lloyd était un réalisateur compétent, pas un imaginatif, ni un révolutionnaire...

L'intrigue est compliquée, du moins si on se fie au prologue, qui précède donc l'entrée en scène de la star: Lors de la St Barthélémy, le comte de La Roche (Courtenay Foote), l'un des exécutants de Catherine de Medicis (C'est encore Josephine Crowell qui s'y colle comme dans Intolerance, et décidément le rôle lui sied!), paie sa dette à un Huguenot en lui laissant, ainsi qu'à sa fiancée, la vie sauve. L'homme est Rupert de Vrieac (Conway Tearle) et en échange pour cette faveur, doit se mettre au service de De La Roche, ainsi que de sa famille. Et parmi les membres de sa famille, bien sur, il y a une soeur, Yoeland (Norma Talmadge), qui ne va pas tarder à tomber amoureuse du ténébreux Protestant... Lors d'une visite à une cousine, qui va former l'essentiel de l'intrigue du film, elle exige d'être accompagné par lui afin qu'il la protège, et ils vont tous deux être confrontés à la bestialité de l'infâme Duc de Tours (Wallace Beery), un pourceau lâche, aviné, aux mains baladeuses, fourbes, et dont on devine en plus qu'il a certainement mauvaise haleine...

Prenat appui sur l'histoire de France, Lloyd se garde de nommer les camps autrement que par leur affiliation politique, allant finalement plus loin que Griffith dans la volonté de mettre le religieux à l'écart des guerres de religion! Mais son prologue, s'il multiplie parfois les personnages, a au moins le bon goût de ne pas trop déteindre sur l'histoire, car une fois Rupert au service des De La Roche, on ne se concentre plus que sur une intrigue mélodramatique à souhait, qui va permettre à Norma Talmadge d'utiliser son talent, centré une fois de plus sur sa capacité à utiliser son visage pour transmettre passion et émotions... Quoique, on peut quand même faire la fine bouche; D'une part elle n'est pas aidée par les autres acteurs, à commencer par Conway Tearle qui est infect. Wallace Beery est fidèle à lui-même, et on sait hélas par les souvenirs publiés de son épouse Gloria Swanson, que le rôle de violeur aviné qui lui échoit ici n'est pas un rôle de composition. Il est du coup un villain tout à fait solide... Sinon tous les autres jouent un peu à l'ancienne, sans se préoccuper de subtilité. Le metteur en scène b'a pas non plus un don phénoménal pour la composition, et si le film se laisse voir sans trop d'ennui, c'est quand même une déception, pour un film tourné la même année que Souls for sale, Safety last... Ou Greed.

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Published by François Massarelli - dans Frank Lloyd Muet 1923
2 juillet 2016 6 02 /07 /juillet /2016 22:47

Un film qui a sans doute fait beaucoup pour cristalliser l'image de la "flapper", la jeune femme insouciante, à travers les aventures romantiques de jeunes gens de la haute, qui se traînent de partie fine en inauguration de piscine. Un film qui a aussi inauguré le statut de star pour Colleen Moore, ce qui est une bonne idée: la dame avait un sacré talent, il suffit de la voir interpréter la fameuse scène du miroir, dans lequel elle use de toutes les facettes d'expression de son visage pour faire passer l'émotion d'une coquette qui se fait un film en se maquillant. Le film, hélas, est perdu... N'en restent que des fragments disjoints: chutes? Bande-annonce pour exploitants? Extraits assemblés par une main anonyme? On ne sait pas, mais il n'en reste que 11 minutes.

Hélas...

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Published by François Massarelli - dans Muet Colleen Moore 1923
5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 18:22

A New York, une jeune femme qui travaille dans un grand magasin, Mary Turner (Norma Talmadge) est accusée de vol. Son procès aurait pu prendre une tournure plus clémente, mais le patron veut faire un exemple, et il fait pression sur les juges pour que la peine soit exemplaire. Elle va donc purger une peine de 3 ans, et quand elle en sort, c'est déterminée à faire payer ceux qui l'ont mise en prison, sans écouter sa version des faits. Sitôt sortie, elle rencontre d'ailleurs une jeune femme qui lui avoue avoir mis les objets volées dans son casier afin de se disculper. Elle échafaude pourtant un plan simple pour sa vengeance, en prenant le parti de ne faire que des actions légales... Elle va rester, comme le dit le titre original, "dans le cadre de la loi"...

Un grand sujet social, un film de huit bobines bien remplies, on imagine aisément le metteur en scène de Oliver Twist ou de A tale of two cities s'emporter pour faire une épopée sociale un brin didactique, mais on sent bien dans ce film, sans pour autant spéculer qu'il y ait eu le moindre conflit entre eux, que le patron n'est pas Lloyd, mais bien sa star, la grande "tragédienne de l'écran" pour reprendre la formule qu'on lui appliquait alors. Cette production First National est en effet chapeautée par Joe Schenck, le mari de Norma Talmadge, et si on a probablement engagé Lloyd pour son indéniable talent, le film reste très sage du début à la fin. Et bien sur, plutôt que de se lancer, ou même d'asséner, un message de tolérance, le film dévie vers le mélodrame. Avec talent...

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Published by François Massarelli - dans Frank Lloyd Muet 1923
16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 17:52

L'ombre, au cinéma, c'est un peu l'un des principes de mise en scène les plus attirants, surtout en matière de mise en évidence des angoisses. chez certains metteurs en scènes, dont surtout Michael Curtiz, l'ombre devient aussi une extension élégante de l'acteur, qu'on convoque lorsqu'on souhaite montrer l'immontrable, ou explorer les zones les plus obscures du subconscient. En 1923, en pleine mode de l'expressionisme au cinéma, l'une des tendances était de faire des films sans intertitres, totalement visuels: Le Rail (1922), de Lupu Pick, La Rue (1923) de Karl Grüne, ou encore Le dernier des hommes (1924) de F. W. Murnau, allaient tous dans ce sens. Le plus extravagant reste sans doute ce Montreur d'ombres: dans la maison d'un homme jaloux dont l'épouse parade un peu trop souvent avec de jeunes prétentieux, un magicien arrive, et donne un spectacle d'ombres qui va révéler sa vérité intérieure à chacun, montrant à l'homme et son épouse à quel point ils n'ont pas encore épuisé leur mariage.

Parmi les maîtres d'oeuvre du film, on repère le nom d'Albin Grau, qui une année auparavant avait été plus que le collaborateur de Murnau sur Nosferatu: il en était le principal inspirateur, notamment sur tout le côté inspiré par l'occultisme, et avait, en plein essor de l'expressionnisme et du faux qui en découlait, persuadé Murnau de tourner le plus possible en décors naturels. Il est ici, une fois de plus, le décorateur, et on retrouve également, en plus de Fritz Kortner ou Fritz Rasp, les acteurs Gustav Von Wagenheim (L'un des soupirants de l'épouse) et Alexander Granach (Le montreur d'ombres), et la cinématographie est due à l'un des chef-opérateurs de Nosferatu, le grand Fritz Arno Wagner. Ce dernier est le grand gagnant du film: l photo est superbe, et le dispositif des ombres est très impressionnant... Mais...

...C'est extravagant, lent, ampoulé, même si ce n'est jamais dénué d'intérêt. Mais par rapport aux oeuvres de Lang et Murnau, la portée de ce film est infime. Elle permet une expérience, sans lendemain, plus qu'autre chose. Dommage.

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Published by François Massarelli - dans Allemagne Muet 1923