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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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29 mars 2022 2 29 /03 /mars /2022 18:22

1910 : l’expédition Terra Nova part de Nouvelle-Zélande, dans le but de mener une expédition Britannique au Pôle Sud. L’objectif principal : planter l’Union Jack (le drapeau Britannique) au Pôle Sud, et le faire avant l’expédition concurrente menée par les Norvégiens de Roald Amundsen.

Le chef de cette expédition Britannique, qui allait se prolonger jusqu’à 1913 en comptant les conditions difficiles mais aussi le voyage retour, était Robert Falcon Scott ; le cinéaste de l’expédition était Herbert Ponting…

On le savait quand le film est sorti, on peut toujours le savoir maintenant, Scott, pas plus que quatre de ses camarades, n’est pas revenu vivant de son périple, et s’il a effectivement atteint le pôle Sud (des photos en témoignent) avec ses infortunés camarades, ils ont immédiatement constaté que les Norvégiens étaient déjà venus, et étaient repartis après avoir posé leur drapeau sur place. C’est donc un échec, d’autant plus désastreux que des hommes y ont perdu la vie. Mais c'est aussi, sans nous épargner l'inévitable couplet nationaliste, un échec grandiose...

Le film est un récit aussi complet que possible, et même surprenant par la légèreté de ton qu’il prend avant les deux dernières bobines, de ce désastre, qui fait la part belle au temps et à la contemplation : on imagine que le travail a du être intense sur les premiers longs mois de ce périple, mais ce qui ressort le plus souvent de ces images, c’est la beauté des paysages, l’amusement des hommes, la fascination pour les animaux (partagée sans aucun doute par le public friand de pingouins, ce qui explique le temps un peu excessif dévolu aux observations de ces charmants petits oiseaux), la sportivité un peu juvénile de tous ces gens, ceux qui allaient mourir et ceux qui allaient revenir…

Et c’est frappant de voir à quel point le temps passé entre la captation des images (entre 1910 et 1913) et la sortie en 1924 du film hors conférences (et j’imagine que Ponting a dû en donner vu l’engouement du public pour ces histoires de conquête et d’héroïsme polaire) a profité au film, permettant aux images de l’expédition de bénéficier de la précision du montage de la décennie suivante : narrativement, c’est passionnant.

...Cinématographiquement, c’est superbe, et les couleurs obtenues par un mélange de teintes et de tons directement sur la pellicule, ajoutent à la beauté de ce film, faut-il le dire, superbement restauré: un compagnon idéal à l’autre grand documentaire Britannique de cette année 1924, le fameux Epic of Everest de John Noel : un autre désastre, comme par hasard…

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924
24 février 2022 4 24 /02 /février /2022 16:17

Au début de l'ère Victorienne, la rencontre entre un jeune homme de bonne famille et une jeune femme de la classe ouvrière, dont le père est un repris de justice, est compliquée par les convenances...

C'est le quatrième et dernier film de Sandberg consacré à une adaptation de Dickens, des films qui lui tenaient à coeur et pour lesquels la Nordisk mettait à sa disposition des moyens considérables... Mais ce n'est pas Les grandes espérances, qui est une réussite sur bien des points: non, d'une part le roman choisi est l'une de ces oeuvres à la thématique floue, dans lesquelles le romancier réglait des comptes personnels (son père a été lui aussi incarcéré dans les mêmes conditions que l'héroïne), et faisait plus ou moins semblant d'inscrire des revendications sociales pas toujours en cohérence avec le reste de son oeuvre mélodramatique, mais en plus il souffre d'être inscrit dans une intrigue qui passe par beaucoup trop de texte, ce qui pour un film muet est rédhibitoire. Et du coup les principaux personnages subissent trop l'action au lieu d'en être les véritables protagonistes.

Alors évidemment, les décors sont très soignés, les costumes très impressionnants de véracité, et une bonne part de l'interprétation (Sandberg a son équipe et des acteurs dévoués qui sont à l'écoute de sa direction qu'on disait patiente, mais on peine à se passionner pour ce long et assez statique drame dans lequel Karina Bell n'a peut-être pas les épaules assez solides pour soutenir l'intérêt du spectateur...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet A.W. Sandberg 1924
27 janvier 2022 4 27 /01 /janvier /2022 18:34

Les trois femmes du titre sont celles qui vont tourner autour d'Edmund Lamont (Lew Cody), un malhonnête moustachu qui utilise son allure pour séduire et vivre au dépens des femmes. La première est Mabel Wilton (Pauline Frederick), une quadragénaire qui se rend compte que le temps passe et que sa séduction commence à s'effacer... Mais pas ses millions. La deuxième est sa fille Jeannie (May McAvoy), qui est éloignée de sa mère le temps de ses études, et décide de venir chez Mabel sur un coup de tête, afin de renouer avec celle qui la néglige. Enfin, Harriet (Marie Prevost) est la maîtresse de Lamont, celle chez qui il retourne quand il n'en peut plus de séduire les autres...

Au début du film, Mabel tombe dans le piège de Lamont, qui a des dettes à n'en plus finir; puis Jeannie qui a rencontré le séducteur, va se jeter dans ses bras pour ne pas gérer sa frustration vis-à-vis de sa mère, et va se trouver dans l'obligation de se marier avec le bonhomme, pendant que Fred (Pierre Gendron) son petit ami, à l'université, se décide à venir lui avouer sa flamme: on ne pouvait pas trouver pire timing...

Ce n'est pas une comédie, et pourtant... Lubitsch y déploie son talent fabuleux  en matière d'ellipses, et y montre une intrigue qui aurait pu glisser vers le théâtre de boulevard. Prenons une scène: quand Lamont a fixé un rendez-vous galant avec promesses diverses à Jeannie, le moustachu guindé a la surprise de voir arriver Mabel. Il doit donc se débarrasser de cette dernière avant de recevoir sa fille! Mais Mabel n'est pas dupe, elle a compris que son amant attend une femme, et reste cachée. La scène avait tout pour virer au vaudeville, sauf que le point de vue reste fermement ancré du côté de Mabel: la scène en devient tragique, et se clôt sur une magistrale révélation hors champ: non seulement la femme qui est venue est Jeannie, mais en plus elle a couché avec Lamont.

La dette de ce film envers A woman of Paris est assez claire... Le film commence pourtant par une scène qui tient plus de Lois Weber que de Chaplin: Mabel se pèse, et évalue l'effet des ans sur son corps avant de partir faire la fête. Plus tard, alors qu'elle attendra Lamont, elle cherchera en variant l'éclairage à trouver la façon de cacher au mieux les effets du vieillissement sur son visage. Son apparente indifférence à sa fille est surtout une atroce peur de vieillir... Elle s'y résigne pourtant au milieu du film, et désormais l'héroïne est Jeannie, qui va vite déchanter dans son mariage...

Ce joyau rare est le troisième film Américain de Lubitsch, et le fait est qu'on reste bouche bée devant un réel chef d'oeuvre, mélange d'un sens de l'observation hors du commun, d'une interprétation constamment formidable (tiens, il y a une petite apparition surprise de Max Davidson!), et d'un sens inné du cinéma pur. Oui, il y a des intertitres... mais uniquement quand on ne pouvait pas faire autrement: c'est l'image qui parle, ici. 

 

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Published by François Massarelli - dans 1924 Ernst Lubitsch Muet Max Davidson
21 novembre 2021 7 21 /11 /novembre /2021 17:46

En dépit des noms de son réalisateur et de son principal interprète, ce petit film est Allemand... Les deux artistes, en effet, ont fui l'Italie après le putsch de Mussolini. Ils ont rapidement trouvé des commanditaires pour de petits films d'aventures, dont celui-ci, tourné pour une large part en Saxe, pas très loin de Dresde, sur la vallée de l'Elbe. 

Dans un site très touristique, un mystérieux jeune homme local sauve quatre personnes, dont un père et sa fille, lors d'une excursion en montagne qui manque de mal tourner. Le hasard fait curieusement les choses: le jeune homme est en effet le fils d'un ancien condamné à mort guillotiné depuis, et l'homme qu'il a sauvé est celui qui l'a dénoncé... Mais pour compliquer les choses, d'une part la maîtresse de l'affreux va tomber amoureuse de leur sauveur, mais celui-ci va manifester de l'intérêt pour la jeune fille de son ennemi... Ouf!

C'est un tout petit film, mais bondissant, comme son héros incarné par Luciano Albertini. Celui-ci ne rate pas une occasion de sauter d'un sommet à l'autre, et n'a pas été doublé, ce qu'il faut toujours prendre avec précaution. Reste que si les angles choisis par les caméramen sont sans doute pour beaucoup dans l'illusion, c'est du même coup un film d'aventures distrayant, plus convaincant à mes yeux que les gros drames de droite du bon docteur Arnold Fanck avec Leni Riefenstahl... Comme si les habitudes prises par les deux Italiens dans les studios Romains avaient empêché de mélodrame à tiroirs de devenir par trop pesant. 

Une dernière recommandation toutefois: il me semble qu'il conviendrait de voir ce film en été... Rendez-vous donc en juillet! En attendant le film est visible pour un temps sur le site d'Arte.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924
31 octobre 2021 7 31 /10 /octobre /2021 09:13

Dans l'Angleterre de 1790, un mariage va être célébré; un jeune officier essaie bien de l'empêcher, car il aime la jeune épousée, lady Margery (Mary Astor), mais on fait vite comprendre au capitaine Brummel (John Barrymore) que c'est peine perdue. Pire, la mariée elle-même participe au découragement. Revenu de tout, il décide de se rendre indispensable au Prince de Galles, puis devient le prince de la mode, des apparences et le séducteur des grandes dames de la cour...

La même année que Kean, de Volkoff, avec lequel il partage un certain nombre d'aspects, ce film a été une prestigieuse production de la Warner, qui cherchait désespérément à jouer dans la cour des grands... Avec John Barrymore, un réalisateur aguerri, une armée d'acteurs et de figurants, un script qui appelait la sophistication sur tous les fronts (interprétation, décors, costumes, éclairages...), ça donnait sans doute très bien sur le papier. Et de fait, c'est soigné, très soigné. Pas un détail qui vient perturber la représentation des moeurs de la fin du XVIIIe au début du XIXe siècle, pas un accroc, et... pas un seul moment où l'ennui poli devant tant d'affectation ne sera perturbé. 

 

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Published by François Massarelli - dans John Barrymore Muet 1924
28 août 2021 6 28 /08 /août /2021 17:22

A la cour de Louis XV, le roi (Lowell Sherman) décrète que le Duc de Chartres (Rudolf Valentino) épousera la princesse Henriette (Bebe Daniels). Fondamentalement, l'un et l'autre en sont ravis, mais la princesse objecte que le Duc a la réputation (pas usurpée) d'un fieffé coquin, et le Du pour sa part s'amuse des grands airs de la belle... Il prend donc la fuite et s'installe en Angleterre, sous l'identité du barbier de l'ambassadeur de France: c'est un ami. Il va essayer d'infiltrer les nobles, en se déguisant: il va donc être un noble déguisé en barbier se faisant passer pour un noble...

C'était une bonne idée, probablement pilotée par Valentino et Rambova (qui est responsable des costumes) pour mettre en route une comédie satirique sophistiquée, dans laquelle l'obsession pour le sang bleu devenait le terrain de jeu idéal pour montrer la force des idéaux démocratiques, ou en tout cas de la vraie valeur des hommes. Ca se transforme un peu rapidement en un catalogue de scènes compassées, mises en scène (malgré la qualité des éclairages, manifestement) sans originalité aucune. Olcott, déjà un vétéran, avait réussi brillamment avec Marion Davies dans le superbe Little Old New York, mais ici il débouche sur un pensum taillé entièrement à la gloire de Valentino: danse, costumes, déshabillages, regard de braise, séduction, etc... Un film, la suite de sa carrière (The eagle bien sûr) le prouvera, qui aurait été bien meilleur s'il avait été plus court... Et si Bebe Daniels n'avait été sacrifiée.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Rudolf Valentino Muet Sidney Olcott 1924
14 mai 2021 5 14 /05 /mai /2021 16:40

En Egypte, durant la période d'esclavage des Hébreux en Egypte, une guerre de succession se prépare: pour couper court, Pharaon décide: son fils (premier en lice, peu intéressé a priori par le pouvoir) épousera sa soeur (dont les dents rayent convenablement le parquet), comme ça on pare à toute éventualité. La future reine Userti (Arlette Marchal prend ça très au sérieux, pas son frère-époux Sethi (Adelqui Migliar), qui préfère se promener incognito dans les quartiers juifs. Il y rencontre la belle Merapi (Maria Corda), qu'il sauve d'un contremaître égyptien aux mains baladeuses... Entre le prince d'Egypte et la belle esclave aux pouvoirs étranges, c'est désormais à la vie à la mort... 

On se reconnectera à partir de là, à l'histoire de Moïse, aux sept plaies d'Egypte, à l'exode... Car la mission donnée à Curtiz (étrangement appelé Courtice sur la copie Anglaise visionnée) par Sascha Kolowrat est de faire du spectacle à la DeMille. C'est-à-dire de réaliser un film aussi dingo que son Sodome et Gommorhe, mais raisonnable! Une mission difficile, dont il va quand même s'acquitter avec les honneurs. Certes, le film est pesant, à plus forte raison paradoxalement quand on sait qu'il a été coupé et qu'il manque trois ou quatre bobines de matériel, mais il a obtenu de ses interprètes un jeu plus sensé que tout ce qu'avait pu faire cette pauvre Lucy Doraine, qui était partie fâchée, et en instance de divorce, du film monumental cité plus haut.

Place donc aux scènes de foule, aux jugements hâtifs assortis de bûcher vite monté, au marché au mariage, une valeur sûre du film biblique, aux guets-apents dans le désert (mais où donc ces Autrichiens l'ont il filmé?), aux rebondissements et bien sûr aux eaux qui se retirent de la Mer Rouge. Presque contemporain du film The ten commandments, cette Esclave Reine lui a fait de l'ombre en Europe, au point que la Warner a décidé d'engager le trublion. On connaît la suite... Mais ce film est l'une des premières fois où Curtiz évoque un thème qui reviendra souvent dans son oeuvre: l'exode est ici une évocation de l'exil, de la part d'un metteur en scène qui a fui son pays contraint et forcé, et ne s'en remettra jamais. Pour vus en convaincre, revoyez ses films...

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Muet 1924
13 décembre 2020 7 13 /12 /décembre /2020 16:40

Danemark, 1924: il fait froid! Un peintre (Knud Almar) semble filer le parfait amour avec son modèle Helga (Karina Bell), une jeune femme bien comme il faut à laquelle il demande de figurer une paysanne Italienne, ce qui réchauffe... Mais le père (Viggo Wiehe) de la belle vient de revoir une vieille connaissance: Helder (Peter Marberg), l'ami d'enfance de sa fille, un chauffeur de locomotive qu'il trouve bien sympathique... Ce qui ne sera pas le cas de mademoiselle qui devant l'ingérence paternelle, fait un caprice: elle part rejoindre son artiste en Italie où il est supposé profiter de la beauté des lieux. C'est embêtant, puisqu'essentiellement il profite de la beauté de son modèle, la belle Teresa Lucani (Xenia Schroeder). Quand celle-ci voit arriver Helga, elle a le coeur brisé...

C'est une comédie, une vraie, avec un soupçon de l'excentricité bienvenue du film de 1923, le fameux Mystère de Park Hill également connu sous le nom de Nerfs brisés... Comme il le fera dans son mélodrame Fra Piazza del popolo l'année suivante, Sandberg est parti tourner son film en Italie et on le sent motivé par les beaux décors locaux... Ainsi que par les clichés locaux: venu retrouver Helga pour continuer à marquer des points auprès du père, Helder ne tarde pas à repérer le frère de Teresa qui cherche un moyen de venger sa soeur, et à eux deux ils vont monter un canular autour d'une mythique société secrète qui protège les femmes Italiennes des ravages de séducteurs venus d'ailleurs! Ce qui va occasionner bien des gags et des péripéties... 

Sandberg multiplie les allusions aux différences de température entre le Danemark et l'Italie aussi, au point d'imaginer un gag visuel particulièrement farfelu: quand elle est prise de remords d'être partie sans prévenir son père, Helga imagine ce dernier l'attendant enfoui sous une solide couche de neige. Sandberg s'amusera aussi à rythmer sa dernière demi-heure de scènes montrant invariablement le père faisant les cent pas chez lui, avec  chaque fois un accoutrement différent. 

Et non content de parfaitement profiter de la photogénie de son décor, il demande et obtient de ses acteurs plus généralement rompus au drame de raies performances de comédie, et c'est une révélation: Karina Bell en particulier est bien meilleure que dans les drames qu'elle a interprétés pour lui (Notamment le plus emblématique, Klovnen, la version de 1926). Pour comparer, elle retrouvera ce ton en interprétant un personnage secondaire en 1928 dans Un mariage sous la terreur... Sans temps morts, très distrayant, ce film miraculé de Sandberg est à nouveau une belle surprise, dans laquelle le metteur en scène recycle quelques idées glanées chez Harold Lloyd (Dr Jack, 1922), notamment toute la (fausse) terreur déclenchée par Helder afin de pousser Carlo le peintre à retourner auprès de Teresa...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie 1924 A.W. Sandberg
20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 10:45

L'Enfer de Dante, oeuvre majeure à n'en pas douter, a subi le flirt du cinéma dès 1911, à travers l'un des tous premiers longs métrages, à une époque où l'industrie n'avait pas encore réussi à compartimenter les films en fonction de leur durée. La version Italienne, donc, pionnière e bien des points, établissait dès cette époque qu'il convenait de suivre les illustrations magistrales de Gustave Doré, entre autres choses. Mais contrairement à cette version Fox de 1924, c'était une adaptation du texte de Dante, et non une extrapolation moderne...

Le vieux et richissime Mortimer Judd (Ralph Lewis) subit des assauts répétés: les pauvres gens qui vivent dans ses logements se plaignent de leur insalubrité, et pour toute réponse il les envoie se faire voir ailleurs; son fils lui reproche son avarice, et le père lui renvoie la balle et le traite de fils prodigue; son épouse est malade et coûte de l'argent, il l'envoie promener elle aussi... Un voisin, ruiné à cause lui, lui envoie symboliquement un exemplaire de L'Enfer de Dante, illustré par Gustave Doré, pour lui faire la leçon. Alors qu'il le lit, absorbé, un démon apparaît et le conte prend vie...

Tout le film est situé sur une nuit, et c'est l'un des aspects les plus frappants: l'histoire moderne et les évocations poétiques de Dante aux enfers partagent une même dominante sombre dans laquelle les techniciens et décorateurs de la Fox ont créé un monde étonnant, qui dans les copies douteuses qui circulent aujourd'hui vire au chaos impressionniste involontaire... L'intention était bonne, bien sûr, mais le côté édifiant de cette histoire dans laquelle on retrouve plus d'une trace de A Christmas Carol de Dickens valait-elle le déplacement? 

A n'en pas douter, la présence d'une histoire moderne s'explique sans doute par le fait qu'elle permet de mettre en perspective l'oeuvre de Dante. les scandales de 1921-1923 sont passés par là, le cinéma est sous une constante observation des ligues de décence, et la permissivité des films "artistiques" des années 10 n'est plus de rigueur. Pas sûr que si la Fox avait produit en cette même année 1924 son Cleopatra, A daughter of the Gods ou encore Queen of Sheba, ils auraient pu être montrés! Donc un voyage aux enfers avec des gens tous nus partout, c'était mal parti... Quoi qu'il en soit, le film est presque devenu une cause célèbre de la cinéphilie obscure de l'internet: une oeuvre, au moins partiellement, conservée (contrairement aux trois films cités plus haut), mais disponible dans des copies dégoûtantes, et dont on aimerait voir une meilleure version puisque la Fox avait mis le paquet dans des recréations des planches de Doré, qui doivent valoir le coup d'oeil si on en croit les images de plateau... en sachant que nous serons immanquablement déçus car franchement, en tant qu'oeuvre cinématographique ce n'est pas terrible!

 

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Published by François Massarelli - dans 1924 Muet Mettons-nous tous tout nus
1 septembre 2020 2 01 /09 /septembre /2020 13:26

Un nobliau Anglais, Lord Harrowby (William Austin), doit se marier avec une riche héritière, Cecilia Meyrick (Ruth Dwyer)... Il prend le soin d'assurer son mariage auprès d'une compagnie Londonnienne établie à New York, mais il y a une clause importante: la Floyd's of London n'assure le mariage que dans la mesure où des événements extérieurs pourraient le faire capoter. Si c'est en raison d'une action de Harrowby lui-même, ils ne débourseront pas un centime. Ils vont donc dépêcher un homme de confiance, Dick Minot (Reginald Denny), pour s'assurer du bon fonctionnement de la chose...

A partir de là, quelques précisions: Cecilia n'est pas très motivée pour le mariage mais ses parents la poussent un peu; Dick Minot est beau garçon et Cecilia va le rencontrer avant le mariage, mais lui a en plus un défaut: il est conscient de son devoir et va donc devoir nier son amour la mort dans l'âme; Harrowby est une indéfectible andouille avec un passé chargé; en prime, il est flanqué d'un escroc qui ne manque pas une seule occasion de lui soutirer de l'argent; enfin, il y aura des obstacles: un quidam insistant qui prétend être aussi Lord Harrowby, ou encore un gentleman de la presse avec des oreilles qui traînent. La mission de Minot sera délicate...

C'est une jolie comédie très enlevée, mais sage... Un film qui tient plus de la screwball comedy que du genre burlesque: on y sent une hésitation de la production à se lancer dans le slapstick et la comédie physique, ce qui est idiot puisque la raison qui avait poussé la Universal à engager Denny était justement qu'il était un ancien boxeur! On va d'ailleurs trouver à la fin du film une résolution qui permet à Pollard d'utiliser les dons physiques de sa vedette, qui est non seulement un excellent acteur, il a aussi du charme. Le film aussi, gentiment... Et quand je lis ça et là que ce film de sept bobines est l'un des longs métrages mineurs de Denny, je me dis qu'il y a du bonheur en perspective...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Reginald Denny 1924