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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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26 mai 2020 2 26 /05 /mai /2020 08:08

Le cinéma Français a très tôt raté le train du cinéma fantastique, malgré les efforts non négligeables d'un Méliès. Toujours cette idée que l'art devait rester réaliste, d'où un apport important en matière de proto-film noir... Mais la fantaisie, ce n'était pas suffisamment sérieux, ou alors ça entrait dans le cadre de l'avant-garde. Alfred Machin, qui n'était pas n'importe qui, s'est distingué essentiellement par un film pacifiste visionnaire en 1913, Maudite soit la guerre, des films animaliers et des films de safari (qui ont atrocement mal vieilli) ainsi qu'une envie de mettre en route la machine du cinéma en Belgique, ce à quoi il s'est employé. Mais en France, au milieu des années 20, il avait eu aussi cette envie de créer un cinéma du mystère à la Française...

Et pour bien faire, prêtons attention au deuxième nom qui est crédité ici en tant que réalisateur: Henry Wulschleger était aussi et avant tout un chef-opérateur, et cela se voit; le double crédit nous signale une collaboration parfaite entre un metteur en scène et un chef-opérateur qui fait un travail absolument remarquable dans ce film dont l'essentiel des scènes fut tourné de nuit, et qui en dégage un style très impressionnant.

Dans un petit village provençal à la quiétude trompeuse, un inconnu (Romuald Joubé) vient s'installer. La mine austère, un grand chapeau vissé sur la tête et ne se séparant jamais d'une grande cape, il intrigue puis fait peur: d'ailleurs, il s'est installé dans le grand manoir vide, derrière le cimetière. Des événements commencent à se produire la nuit, qui vont semer la panique.

L'intrigue se double aussi d'une histoire sentimentale, qui n'est pas le plus réussi du film: un jeune violoniste (Gabriel de Gravone) et une jeune femme du village (Lynn Arnell) mais le père de celle-ci ne veut pas de cette union. Et puis il y a l'acteur Cinq-Léon, acrobate, acteur comique et homme de cirque, qui joue un énigmatique (lui aussi) valet de l'homme en noir, gardant un chimpanzé. Il apparaît très tôt que cet homme poursuit un but malhonnête et que le chimpanzé est utilisé dans des cambriolages, ce qui a d'ailleurs pour tendance à affadir le mystère... Le fait qu'il y ait un animal, aussi, est à porter au crédit de l'intérêt de Machin pour toutes les bestioles, qui peuplaient ses films dans tous les genres.

Avec son histoire naïve, le film a le bon goût de rester relativement court, et de maintenir l'intérêt et la curiosité, jusqu'à une sombre histoire de poison qui va causer un accident ferroviaire, générant ainsi du suspense: rocambolesque, mais il est à porter au crédit des réalisateurs d'avoir réussi leur coup sans jamais perdre de vue le spectateur! Enfin, le film est certes assez mineur, avec ses personnages comme empruntés à Gance (Gabriel de Gravone et son violon comme dans La Roue) et Feuillade (Romuald Joubé en remake de Judex) mais franchement la photographie est une splendeur, avec ses trouvailles stylistiques qui feront date, comme cette vision d'un homme inconnu derrière la fenêtre...

 

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Published by François Massarelli - dans 1924 Muet Alfred Machin
24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 15:23

Comédie, drame mondain, mélodrame... Cette Dame Masquée, produite dans les studios Albatros de Montreuil et mettant en lumière Nathalie Kovanko, Nicolas Rimsky et Nicolas Koline, est un peu tout ça à la fois. C'est aussi, en cette année 1924, un film des plus extravagants, qui n'est sans doute dépassé en étrangeté que par deux productions effectuées autour de Mosjoukine, Le Brasier Ardent et Le lion des Mogols...

Dans un premier temps, on croit à une comédie, durant environ une minute... Nathalie Kovanko interprète en effet Hélène Doss, une adolescente qui s'adonne à son passe-temps favori, le théâtre, devant tous ses petits voisins... mais c'est aussi une tragédie, parce que pendant ce temps-là, sa maison brûle: littéralement! Orpheline, car elle a perdu sa mère dans l'incendie, la voilà donc obligée de mendier une place auprès de sa famille proche, qui est en réalité une bande de sales gens, dont la richesse s'explique d'abord et avant tout par leur appât du gain. Le seul qui trouve grâce aux yeux d'Hélène, c'est l'oncle Michel (Nicolas Koline)... Avec quelques réminiscences de Way down east, nous voilà en plein mélo.

Mais la jeune femme est aussi l'unique héritière d'un lointain oncle, et afin de faire main basse sur sa fortune, son cousin germain, un bon à rien dont le goût pour le jeu fait courir la famille à la ruine, reçoit donc pour mission de l'épouser. Le mariage d"intérêt sera tellement inintéressant, qu'Hélène va céder aux avances de Girard, un ami de son mari: le film devient un drame mondain, dans lequel Girard meurt suite à une tentative de chantage sur l'héroïne. Qui l'a tué? ...Une seule certitude: il y a eu un témoin, l'ignoble Li, le tenancier Chinois d'un tripot local que fréquentaient à peu près tout le casting du film...

Comment, après cela, voulez-vous prendre ce film au sérieux? Clairement, l'intention de Tourjansky et d'Albatros, est de proposer au public un divertissement à la mode Hollywoodienne, dans lequel un parfum de pastiche flotte, jamais trop souligné, mais qui accumule les péripéties avec une abnégation qu'il convient de saluer. Dire qu'elles sont incroyables ne changera rien à l'affaire: l'idée était de divertir... Et d'ailleurs, comment voulez-vous y croire, quand on passe de la devanture d'un restaurant Chinois, à son intérieur, qui s'avère grandiose? Car les décors, les costumes, tout l'apparat du film a été particulièrement soigné, d'autant qu'Albatros commençait dans ce domaine à avoir une sacrée réputation.

Il ne s'agit pas de faire grand cas de ce film, qui déçoit forcément un peu... Nathalie Kovanko et Nicolas Koline sont splendides, Rimsky en fait des tonnes en incarnant à lui seul l'inévitable "péril Jaune", une sale manie des Etats-Unis à l'époque du muet, qu'on n'était en aucun cas obligé d'importer. Mais le jeu adaptable de l'actrice me semble promettre de la comédie, et on se sent un peu frustré à ce niveau... Et tant qu'on parle de Nathalie Kovanko, elle avait manifestement apporté sa garde-robe, comme en témoigne cette robe noire (voir photo), frappée de ses initiales. Mais bon, même raté (et c'est assumé par tous), il y a toujours tant à trouver dans un film Albatros...

https://www.youtube.com/watch?v=MLEYOi-2weo

 

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Published by François Massarelli - dans Albatros Muet 1924
25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 15:48

Un bien sombre drame que ce film de Sandberg, réalisé en pleine montagne, mais sans que jamais le metteur en scène laisse le lyrisme des paysages l'emporter. Au contraire, c'est la rudesse de la nature qui semble avoir été sa principale motivation pour y placer les protagonistes d'une histoire hautement mélodramatique, fortement austère, et très tributaire d'un flot d'informations contenues dans les intertitres:

Thor Brekanaes (Peter Nielsen), un fermier austère, s'est marié avec une femme à laquelle il reproche d'avoir eu un enfant naturel, juste avant son mariage. Et leur enfant commun, un garçon, est né avec des troubles mentaux... Du coup, la rancoeur du fermier pour son épouse va rejaillir sur Vasil, l'enfant illégitime...

Des années plus tard, alors qu'à la ferme Brekanaes Thor emploie de nombreuses personnes, dont une jeune femme, Thora (Karina Bell), Swein (Sigurd Langberg) le fils du voisin de Thor rend souvent visite à la jeune femme qu'il projette d'épouser. Thora est très appréciée de tous: en particulier, d'Alsak (Peter Malberg) le fils simple d'esprit de Thor. Mais la jeune femme est amoureuse de Vasil (Emmanuel Gregers), qui revient alors au payx pour annoncer à son père qu'il envisage de mener des études de droit, et souhaite emmener Thora avec lui. Le père refuse, toujours sous le coup du dépit et de la rancune tenace qu'il garde envers son épouse décédée depuis longtemps... 

Mais quelques jours plus tard, Thor est retrouvé mort: assassiné d'un jet de pierre. Les soupçons se tournent vers Vasil, mais Swein est tout aussi potentiellement coupable que lui... C'est Thora qui découvrira la vérité...

Du mélodrame, disais-je, et du lourd. Mais le film vaut mieux que sa pesante intrigue, dont on doit avouer qu'une fois de plus le mystère ne vaut pas lourd: le "coupable" du "meurtre" sera vite trouvé, permettant une fin relativement heureuse, mais quand même assez sombre... Les acteurs dirigés par Sandberg sont parfois dans la ligne, dans la mesure où ils jouent des archétypes. Une mention spéciale est due à Peter Malberg qui compose un personnage "simple d'esprit", comme on dit, constamment sur la brèche et réussit à ne pas en faire trop. De même que le lien entre lui et Thora est joué avec tact par Karina Bell. cette dernière réussit dans les deux dernières bobines à élever son personnage au dessus de son simple statut de commodité...

On est dans une atmosphère qui rappelle un peu les films "paysans" de Murnau, avec leurs lourds secrets du passé, et leurs intrigues qui mobilisent toute une tribu de membres de la famille et d'employés de ferme. Mais Sandberg, en jouant la carte du conflit habituel entre campagne et cité, entre tradition et modernité, se réfugie plus dans le mélo classique avec ses règles et ses coups de théâtre, que dans le symbolisme transgressif de Terre qui flambe ou City Girl... Le metteur en scène Danois reste, avec ce solide film campagnard, les pieds sur terre, ou plutôt dans la glaise. Il dépeint en vrai citadin, c'est à dire à distance, le jugement de deux hommes par l'ensemble d'une communauté pas spécialement encline à rigoler avec le péché... Notons tout de suite que l'intrigue du film sera obscure si on ne s'aide pas d'un résumé, car les seuls intertitres disponibles sur la copie mise en ligne (une splendeur, en HD) sur le site du DFI, sont bien évidemment en Danois.

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/moraenen

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg DFI Muet 1924
18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 16:54

Si Wiene est pour toujours associé à la production de Caligari, son film le plus célèbre et sans conteste le plus important, il ne faut pas oublier qu'il a eu une plus que respectable carrière (de 1915 à 1938), et qu'il fut prolifique (plusieurs dizaines de films). Le problème des pionniers quand ils sont prolifiques, c'est a) qu'on trouve, comme on dit, à boire et à manger dans leur filmographie, et b) qu'un grand nombre de leurs films sont perdus... On pourrait ajouter que c) Wiene était un metteur en scène de studio, soit un exécutant avant d'être un artiste... Mais un exécutant qui travaillait dans une cinématographie qui s'accommodait fort bien des velléités artistiques de ses exécutants! 

Après Caligari, d'autres expériences ont porté la marque de l'expressionnisme dans l'oeuvre de Wiene: Genuine pour commencer, film entièrement bâti comme une sorte de prolongement et qui se plantait dans les grandes largeurs, et Raskolnikoff qui passait Dostoïevski à la moulinette des décors peints et des perspectives faussées... C'est une bonne nouvelle qu'avec ce film de 1924, une production ambitieuse des studios Autrichiens qui adaptent un roman d'épouvante à succès (de Maurice Renard), Wiene va placer le jeu expressionniste dans des décors qui donneraient presque l'impression d'être réalistes. J'ai dit "presque"...

Paul Orlac (Conrad Veidt) a un accident grave, qui le prive de ses mains: il est pianiste et comme dit son épouse, sans ses mains il mourra... Mais un médecin décide de tenter le tout pour le tout, avec une greffe révolutionnaire... On greffe donc des mains en parfait état au pauvre Orlac, qui va donc attendre patiemment d'en retrouver l'usage lors de sa convalescence. Sauf qu'il apprend que ses mains sont celles de Vasseur, un meurtrier qui a été exécuté, et qui étranglait ses victimes avant de les poignarder... Et en dépit de sa rééducation, Orlac qui est de plus en plus sujet à des cauchemars, n'arrive pas à utiliser ses mains... Un visage aperçu de temps à autre au hasard des rencontres, le hante: celui d'un homme qui le regarde avec une ironie sournoise (Fritz Kortner): s'agirait-il de Vasseur? Très vite la réponse arrive: on retrouve le corps du père d'Orlac, assassiné. Les empreintes sont celles du meurtrier guillotiné...

L'intrigue est jouée au premier degré, dans une narration qui s'effectue à hauteur de point de vue. On a d'ailleurs deux "héros" à suivre, Orlac et son épouse (Alexandra Sorina), à laquelle Wiene va imposer un jeu torturé assez proche de celui de Veidt. Ce sera la principale marque expressionniste du film, un jeu volontairement extériorisé à l'extrême, dans lequel Wiene oppose des éclairages clair-obscurs du plus bel effet, à des décors sobres, et un jeu impassible pour certains personnages, au jeu délirant des principaux protagonistes. Sorina se distingue en particulier lors d'une confrontation avec le chirurgien au début du film: celui-ci ne bouge pas d'un iota alors que sa partenaire de jeu se lance dans une gestuelle folle furieuse...

Mais le rythme choisi, le côté "cauchemar éveillé" du film jouent définitivement en sa faveur, et cette adaptation du roman de Renard est bien plus convaincante que celle de Karl Freund (Mad love)... Ce film de transition sonne assez bien le glas de l'expérience expressionniste, avant que tout le cinéma Allemand, et Wiene avec lui, ne passe à autre chose. Mais en ce qui concerne Wiene, dont plus aucun film ne se distinguera, c'est bien la fin.

 

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Published by François Massarelli - dans 1924 Muet Robert Wiene
18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 11:58

Au XVIIIe siècle, un narrateur qu'on ne verra jamais nous raconte les aventures de son oncle Benjamin (Léon Mathot), un médecin de campagne qui se contente gentiment de sa petite vie tranquille, entre son cabinet et... sa bonne amie Manette (Madeleine Erickson), cabaretière: quand elle consulte, lui ne la fait pas payer, et réciproquement. Mais sa famille ne l'entend pas de cette oreille: il faut marier Benjamin! Quand un propriétaire local s'ouvre auprès d'elle de l'opportunité de donner la main de sa fille au médecin, la sœur (Betty Carter) de ce dernier saute sur l'occasion...

Il reste très peu de ce petit film réalisé d'après un gros succès de Claude Tillier, une comédie légère qui à n'en pas douter se voulait picaresque. Passée à la moulinette du Pathé-Baby (soit une réduction du temps du film, en 9.5 mm, et un recadrage «familial» de l'intrigue, on a l'impression qu'il ne se passe pas grand chose. René Leprince, vétéran de la comédie déjà en 1924, n'est sans doute pas le plus intéressant des cinéastes Français du muet, et c'est un euphémisme. Bref, cet objet est beaucoup plus une trace d'un film très mineur, qu'autre chose...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet 1924
19 juillet 2019 5 19 /07 /juillet /2019 11:07

Beaucoup, beaucoup plus qu'une curiosité: ce film a beau être complètement assujetti à l'autre (le film d'animation de Clyde Geronimi, Hamilton Luske et Wilfred Jackson, en 1953), au point d'avoir été disponible un moment sous la forme d'un bonus de luxe dans l'édition DVD du classique Disney, mais je pense qu'il faut quand même le réévaluer: pour commencer, non seulement c'est la première version cinématographique du récit de Barrie, mais c'est aussi la seule à laquelle l'auteur ait participé...

D'ailleurs ça se sent un peu dans le prologue étiré, qui reprend non seulement toute l'action de la pièce, mais en prime essaie de jouer uniquement autour d'un seul décor: la chambre des enfants, le lieu de la maison des Darling qui reste évidemment le plus important. ON assiste donc aux préparatifs du coucher, l'arrivée de Nana l'étrange chien/gouvernante, la vision furtive d'un garçon à la fenêtre par Mme Darling (Esther Ralston), puis les différentes façons de temporiser utilisées par les enfants pour ne pas aller au lit.

Et puis une fois les parents (et le chien) parti, l'arrivée de Peter Pan (Betty Bronson) précédé de la fée Tinker Bell (Virginia Brown Faire): le reste de l'histoire on le connaît... sauf que cette fois, il y a à mon sens beaucoup plus d'ambiguïté dans la distribution. Je vais le dire de suite, afin qu'on ne se méprenne: non, je ne parle pas des rapports entre Wendy-Mary Brian et Peter-Betty Bronson. A aucun moment le spectre d'une quelconque romance entre les deux jeunes femmes n'a du traverser les esprits, ni du metteur en scène, ni des actrices. Le choix de Betty Bronson était dicté par un aspect pratique: ce serait beaucoup plus facile d'employer une actrice plus vieille que le rôle, afin de "détacher"Peter des autres "lost boys" de l'histoire, qu'un acteur plus vieux. Et c'est en garçon (et en lutin espiègle) que Betty Bronson joue le rôle...

Non ce qui est ambigu, c'est le décalage entre les volontés de Peter (rester jeune, et si possible pré-pubère, pour l'éternité) et Wendy (Dès le départ son attirance, même innocente, pour Peter, est évidente, et elle passe tout le film à essayer de lui faire dire qu'il est son petit ami... en vain). Tout le film semble être le rêve de quelqu'un (Wendy?) qui se voit plus ou moins obligé(e) de rester en enfance.

Ce qui date le plus le film, c'est sans doute son appartenance à ce genre qui embarrassait tant le cinéma Américain, le merveilleux. Peu représenté, c'est le moins qu'on puisse dire, le genre fantastique dans le cinéma muet Américain avait tout au plus les sagas d'Oz dans les années 10, certains films avec Anette Kellerman en sirène, l'étrange tentative The blue bird de Maurice Tourneur, (1918) assez séduisant dans l'ensemble, et sinon, The thief of Bagdad. C'est à peu près tout ce qui me vient à l'esprit. Et après? Pas grand chose en fait: en dépit du succès certain de ce Peter Pan, le film de 1925 A kiss for Cinderella serait le champ du cygne du genre, en même temps qu'un retour à la froide réalité d'un succès d'estime aussi bien pour Brenon (qui s'en relèverait) que pour Bronson (qui ne s'en relèvera pas)...

Le choix de coller à la pièce originale est un peu déroutant, et c'est d'ailleurs ce qui rend le prologue de près de 35 minutes assez pesant. Mais Brenon, quand il accède à Never Neverland, y trouve un second souffle, et on sent bien que tout le monde s'amuse. Outre Bronson qui est absolument parfaite pour le rôle, on a Ernest Torrence d'une part, qui fait exactement ce qu'on attend de lui en Capitaine Hook. Et en Tiger Lily, fille de chef indien, on a une nouvelle fois une occasion manquée pour Anna May Wong...

Si Peter Pan est réussi c'est en raison de l'adéquation de Brenon, de son équipe et de tous les acteurs au projet: jamais le film ne s'aventure trop loin dans les coulisses sombres de cette histoire, mais il n'y a pas non plus cette volonté de tout aseptiser d'une façon lisse, comme les choix de Disney dans la production de 1953 ont conduit l'équipe à le faire... Le film est donc un entre-deux particulièrement réussi, où les enfants volent, les crocodiles mangent, et les sirènes bronzent. Certes, ce n'est pas le Voleur de Bagdad; mais ce Peter Pan-ci me semble tellement plus tangible que l'autre, voire que celui, assez désastreux, de Joe Wright...

 

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Published by François Massarelli - dans 1924 Muet Herbert Brenon
9 juin 2019 7 09 /06 /juin /2019 13:33

Aucun rapport avec Tati, bien sûr! Sorti en 1925, ce film de cinq bobines est également connu sous le titre de Mon oncle de Passy. On a l'excellente surprise d'y retrouver le grand René Navarre, inoubliable interprète de Fantômas dans les cinq films de Louis Feuillade (1913 à 1914), un habitué des rôles inquiétants... Mais pas ici!

Le matin, dans un refuge pour miséreux à Paris, deux hommes parlent de leurs perspectives: Jean Bonnefous, dit "le père Jean" (René Navarre), est bien décidé à travailler parce qu'il a une morale, mais pas "la Bricole" (Paul Menant) qui lui attend de la vie qu'elle lui fournisse des combines. Jean se rend sur les quais de la Seine, où il a ses petites habitudes, travaillant auprès d'un toiletteur pour chiens. mais celui-ci n'a rien pour lui... si ce n'est un chien abandonné dont il souhaite se débarrasser. Quelques pas plus loin, Jean trouve au sol un paquet de vêtements, et des papiers. Une lettre, signée de Maurice de Champleux, annonce la couleur: l'homme, fatigué de vivre dans la solitude, a décidé de se jeter à l'eau. Il laisse une villa cossue, un coffre-fort et des clés. Le père Jean qui n'y croit à peine, se rend sur les lieux, et à sa grande surprise se retrouve le seul habitant d'une villa très confortable...

Mais "la Bricole", renseigné par un malfrat de ses amis, s'y rend cette nuit-là, et a la surprise d'y trouver le vieux Jean, qui le chasse sans ménagement. Le lendemain, conforté par une nuit passée dans la villa, Jean a la surprise d'y trouver une famille venue de nulle part: c'est la nièce du propriétaire (Francine Mussey, vue dans l'excellent La maison du mystère de Alexandre Volkoff) qui a décidé de reprendre le contact avec "son" oncle qu'elle ne connait pas, et dont elle ne peut pas savoir qu'il est décédé. Partagé entre l'affection d'une très mignonne nièce, et la menace du retour de "la Bricole", Jean s'enfonce dans le mensonge...

Certes toute cette histoire est impossible, et le ton est résolument à la comédie, mais derrière cette histoire structurée sur des besoins moraux (celui de Jean de ne pas aller trop loin dans un mensonge embarrassant, et celui du spectateur que la vérité éclate afin que la gentille nièce ne souffre pas à cause du héros), Maurice Mariaud se plaît à suivre les aventures d'un homme coincé dans une situation embarrassante dont il ne peut se sortir sans ajouter à son embarras. C'est le ressort le plus souvent utilisée à cette même époque dans les comédies de Leo McCarey avec Charley Chase! Et quand on annonce au faux Maurice de Champleux qu'il va devoir "recommencer" à écrire des romans à succès, la réaction de Navarre est impayable!

Et si bien sûr le film ne s'adonne jamais au slapstick, le ton reste constamment à deux doigts du drame sans pour autant y sacrifier. Le fait que Navarre soit formidable dans le rôle, bien évidemment, nous aide à adhérer au film, et celui-ci est très soigné. On notera de quelle façon le metteur en scène utilise le décor, que ce soit les quais de Paris, ou l'intérieur cossu de la villa. Et les quatre personnages (à Jean, sa nièce et le dangereux La bricole, vient s'ajouter un secrétaire timide, qui cache un intéressant secret) ont dans leur interaction de quoi soutenir un film entier sans forcer... Avec son histoire de vagabond embarrassé qui n'a pourtant rien de Chaplin, c'est une nouvelle excellente découverte, un film superbement interprété, toujours avec le ton juste, à voir séance tenante!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924 Maurice Mariaud Comédie
3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 16:45

"Utopia", 1924: le gens attribuent la crise dans laquelle ils se morfondent aux Juifs et soutiennent de plus en plus des politiciens qui les débarrasseront d'eux. C'est chose faite quand une loi chassant tous les juifs est votée, et ils partent pour se réfugier où ils peuvent, et quand je dis "ils partent", c'est sous bonne escorte pour être sûr qu'ils s'en vont... L'un d'entre eux, Leo, décide d'agir et commence à fomenter de l'agitation politique sous couvert d'une autre identité, pour faire changer les gens d'avis. Il est aidé en cela par le fait que les citoyens d'Utopia découvrent assez rapidement qu'en chassant les Juifs ils ont rompu un lien essentiel de la chaîne sociale. 

Ce film qu'on redécouvre aujourd'hui est une source constante de bêtises qui sont écrites dans la presse, que voici: d'une part, on écrit un peu partout que le film anticipe de manière impressionnante ce qui allait se passer quelques années après. Disons que ce qui est montré dans le film, c'est plutôt un exil forcé, et on est bien loin de la réalité qui sera celle du nazisme; du reste, qui pouvait prévoir l'ignominie du régime nazi? Sinon, film Germanique oblige, ça ne loupe pas, on parle un peu partout d'expressionnisme. Quand cessera-t-on de confondre le cinéma muet Allemand et la mode de l'expressionnisme, qui ne concerne finalement qu'une poignée de films? Si une scène (un antisémite farouche devient fou, et nous visualisons son délire) semble imiter le Cabinet du Docteur Caligari, c'est surtout dans le but de le parodier, car pour le reste cette comédie Viennoise n'est pas vraiment notable par ses prouesses visuelles...

Non, là où elle est intéressante, et là où elle fait un peu mal à l'heure où ce genre de comportement grave revient très à la mode, et est de plus en plus accepté, c'est lorsqu'elle présente l'antisémitisme comme un délire sans fondement, une maladie irrépressible à laquelle on succombe en devenant incapable de penser autrement. Mais le film n'est pas exempt de facilité, ni d'une sorte de pensée simpliste assez embarrassante... Cest que Breslauer, qui adapte un livre à succès, a décidé d'en reprendre l'aspect pamphlet et de se tenir à l'écart du réalisme. Dans un rythme assez soutenu, il raconte donc de façon strictement chronologique, un contexte agité avec une montée de l'antisémitisme, une décision politique inique, mais présentée comme un progrès social, sous les vivats des antisémites militants, puis un exil forcé dont les images, c'est vrai, font froid dans le dos. Si le film est une comédie, la chronique des déchirements provoqués par la loi, oscille entre rire et authentiques larmes...

Si le film reste une curiosité, il a quand même un pedigree historique fascinant: monté un peu en contrebande, montré devant des salles enthousiastes, il sera considéré comme une insupportable provocation par les cafards à croix gammée, qui obtiendront sa suppression dans de nombreuses salles, puis son interdiction, avant qu'un illuminé ne tue l'auteur du roman. Il a été ensuite acquitté... l'histoire, hélas, était en marche.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924 Comédie
25 mai 2019 6 25 /05 /mai /2019 17:04

Dans ce film qui reste avant tout une curiosité, Charle "Chic" Sale interprète un professeur d'école, qui a la vocation mais c'est à peu près tout, et qui devient la risée des élèves qu'il a en charge. Il devient aussi amoureux de Diana, la grande soeur (Doris Kenyon) du pire farceur parmi ses ouailles. celle-ci est fiancée, mais comme son bon ami est un sale caractère et jaloux de surcroît, elle a l'idée d'attiser sa jalousie avec, disons, le premier venu. Devinez qui...

Chic Sale n'est pas resté dans l'histoire comme un comédien d'envergure, et on le comprend en voyant ce film. Il est capable, mais étrangement incomplet: et pour cause, l'homme était un acteur de théâtre avant tout, et ici il a du mal avec le geste: il grimace, il exagère... Ce qui est embêtant quand on a un scénario à la Keaton. Le film se laisse voir, mais il faut bien dire que c'est la dernière bobine qui emporte l'adhésion: un pyromane évadé menace durant toute la deuxième moitié de passer à l'acte, et c'est évidemment l'école qui finit par en pâtir. Ce sera l'occasion pour l'inapte Prof. Timmons de passer à l'action en sauvant un enfant...

Et pas n'importe lequel: son tortionnaire, bien sûr. Bon, on est encore loin de l'humour à froid des films à venir de La Cava, mais je le répète: ça se voit sans trop forcer...

Sans plus. 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1924 Gregory La Cava
28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 11:07

Sur une petite île au large du Danemark, un ornithologue s'est retiré pour y étudier les oiseaux. mais sous le sol de l'île, se trouve une série de galerie, ou des contrebandiers s'agitent. Ceux-ci décident d'envoyer dans les jambes du professeur, qui cherche des domestiques car il va prolonger son installation dans sa grande maison, deux d'entre eux: ce sont bien sûr un petit râblé (Harald Madsen) et un grand dépendu (Carl Schenstrom), qui vont prendre le professeur en amitié.

...Par contre, les rapports sont difficiles avec la gouvernante. celle-ci a des vues sur le professeur, et le pousse à adopter un enfant: il le fait, mais au lieu d'un bébé, c'est une jeune femme qui vient. Et le professeur, pour la première fois, semble se désintéresser de ses chères études.

C'est au moins farfelu, et si je ne suis pas sûr de mon résumé à 100%, au moins c'est compatible avec le raccourci que j'ai vu. Pour une fois, ça m'a l'air complet, il n'y manquerait plus que les intertitres. Les meilleurs moments du film sont sans doute ceux où les deux personnages principaux prennent possession de leur fonction et se lancent involontairement bien sûr dans une destruction à peu près systématique de la cuisine... Une bagarre finale et souterraine, aussi, qui donne à Madsen un rôle intéressant de "machine à baffes". Bref: du slapstick pur dans lequel on peut s'amuser à chercher la connexion jamais confirmée entre ce duo de comédiens, et un autre tellement plus connu.

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Published by François Massarelli - dans 1924 Muet Schenstrom & Madsen Lau Lauritzen Comédie