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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 16:39

Cause célèbre de l'expressionnisme Allemand, ce film a eu longuement la réputation d'être un film d'horreur... avant qu'on puisse enfin le voir. Une fois confronté à une copie, on constate avec une certaine surprise que ce film est essentiellement une anthologie, assez humoristique en soi, et je ne suis même pas sur qu'il ait été terminé... Mais il y plus troublant encore, voir plus bas...

Ce Cabinet des figures de cire, comme dit le titre une fois traduit en Français, raconte l'histoire d'un jeune poète (Wilhelm, futur William, Dieterle) qui arrive à un petit musée de cire dans un carnaval. On cherche un homme capable de donner vie à des créatures figées en inventant et écrivant des histoires pour les personnages exposés. Il se met aussitôt à l'oeuvre, et inspiré par la présence de la jeune fille du propriétaire de l'attraction, il imagine autour du personnage d'Haroun El-Rachid, Calife de Bagdad, une intrigue dans laquelle un pâtissier (Dieterle) se rend chez le calife pour lui voler une bague magique, pendant que le calife (Emil Jannings) vient faire mumuse avec son épouse dans sa boutique... Le personnage d'Ivan le terrible (Conrad Veidt) lui inspire au contraire une histoire de torture: Ivan se rend à un mariage et ramène les mariés chez lui au Kremlin après avoir terrorisé la noce. Il va donc tenter de passer la nuit de noces auprès de la jeune épouse tout en torturant le mari...

Une troisième intrigue autour d'un troisième personnage est en fait réduite à sa plus simple expression: le poète épuisé s'endort et rêve que Jack l'éventreur (Werner Krauss) en veut à la jeune femme à ses côtés. Il vient pour les tuer tous deux... un troisième épisode réduit à quelques minutes de surimpression qui doivent beaucoup à la présence menaçante de Krauss. Mais un quatrième personnage de cire est visible dans le petit musée, à l'écran. il s'agit d'un certain Rinaldo Rinaldini, héros d'un obscur roman, et Leni aurait décidé de supprimer l'histoire avant le tournage. De fait, le film largement concentré sur deux anecdotes parait bien vide...

Le metteur en scène, comme le faisait Wiene avec son "Cabinet" à lui, celui du Dr Caligari, se repose surtout sur les décors extravagants, et largement inspirés des canons de l'expressionnisme. Ceux de l'histoire à Bagdad sont rondouillards comme Jannings, ceux de l'épisode Russe sont chargés et font grand usage de la lumière inquiétante qui semble accompagner l'affreux Ivan partout où il va. Mais si on attribue la mise en scène du film à Leni, qui a aussi décoré le film, il semblerait que ce ne soit pas aussi simple. C'était semble-t-il le cas aussi pour Hintertreppe, L'escalier de service en 1921: La mise en scène était divisée entre Leopold Jessner, qui s'occupait des acteurs, et Leni en charge du reste. Ce film est du à une nouvelle association du même type: un certain Leo Birinski est supposé avoir assisté Leni à la direction d'acteurs... C'est donc sur ce film bancal et lourdingue que Leni allait construire sa réputation, qui allait le conduire aux Etats-Unis pour y réaliser quatre films, dont deux merveilles... Ouf.

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Published by François Massarelli - dans Paul Leni Muet Allemagne 1924
26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 16:39

Avec une réalisation d'Allan Dwan, un scénario de Frank Tuttle et la photo d'Arthur Rosson, on peut considérer Gloria Swanson fort bien entourée... Et ce qui frappe, dès le début du film, c'est l'excellente tenue du slapstick proposé; car en effet, après avoir été sur 5 films la muse de Cecil B. DeMille, puis celle de Sam Wood, dont les films ont eux aussi contribué à forger une image distante de star intouchable pour la belle actrice, Allan Dwan a décidé de changer un peu les choses. Dans Manhandled, on retrouve un thème exploré à deux reprises par DeMille, dans The golden chance d'une part, puis dans son remake Forbidden fruit: la différence impossible à réduire entre les gens de la bonne société et les autres. Et sous couvert, dans les deux films, de vaguement critiquer les riches pour leur côté hautain, on se retrouvait finalement avec les pires clichés sociaux, les pauvres étant finalement destiné à la canaille, l'alcoolisme et la médiocrité... Avec Manhandled, Dwan est honnête, et il est aussi assez proche d'un Harold Lloyd (Safety last, bien sûr) dans sa peinture d'une Amérique moderne, en mouvement, dans laquelle les opportunités sont finalement offertes, il faut donc savoir les saisir au bond...

Tessie (Gloria Swanson) et Jim (Tom Moore) sont deux amoureux de la classe ouvrière. Elle est vendeuse dans un grand magasin, et lui plombier. Il est ambitieux, inventeur à ses heures, et il tente de tout faire pour décrocher un brevet sur une de ses trouvailles. Le résultat c'est qu'il a moins de temps pour sa fiancée. Donc un soir, celle-ci est invitée (Ou réquisitionnée...) par le fils de son patron, le playboy Chip Thorndyke (Arthur Housman), pour se rendre à une soirée où elle va être confrontée à des gens de la très bonne société, dont un sculpteur qui l'engage afin qu'elle pose pour lui, car elle l'a subjuguée. Puis après une expérience malheureuse (Le grand artiste ayant les mains baladeuses), elle est engagée pour un travail inattendu, celui qui consiste à prétendre être une riche héritière Russe... Mais pendant ce temps, Jim ronge son frein...

Le film commence par quinze minutes de mouvement, de gags observés finement, essentiellement consacrés à la vie quotidienne de Tessie. C'est une belle surprise, et une belle revanche pour celle qui a tant incarné de comtesses et autres bourgeoises à salle de bain géantes. Elle est excellente dans la comédie dite "physique", et ce n'est après tout pas une très grande surprise pour une actrice venue de chez Sennett. Et Dwan joue à fond la carte de la comédie sophistiquée sur le reste du film, le ton restant très léger...

Mais la charge est là, bien là: ces gens qui en engagent d'autres pour jouer le rôle de personnalités inexistantes, ou qui tentent de créer un art "uniquement plastique", sont aussi vides que leurs créations, et force reste ici aux deux protagonistes de la classe ouvrière, Gloria Swanson (Ironiquement, future Marquise de la Falaise, mais c'est une autre histoire) et Tom Moore. Un joli film, qui confirme décidément l'intérêt de redécouvrir les oeuvres muettes d'Allan Dwan. Et sinon, ce film est une rare occasion de découvrir Arthur Housman sobre. Pour qui l'a vu chez Laurel et Hardy, ou dans Sunrise, c'est assez étonnant.

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Published by François Massarelli - dans Allan Dwan Muet Gloria Swanson Comédie 1924
9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 09:07

On n'attendait pas vraiment Griffith sur ce terrain, mais le titre de cette chronique douce-amère est un peu une antiphrase... L'auteur de tant de mélodrames, si peu enclin à manier l'humour subtil des mots, s'est pour une fois laissé aller, pour un de ses films les plus inattendus, et les plus personnels. Il a aussi été à l'encontre de sa tendance si facile à la xénophobie, et en particulier pour qui a vu Hearts of the world, à l'anti-germanisme le plus primaire. Il convient de rappeler que Griffith a toujours suivi le vent, et que le vent de 1923 n'est pas le même que celui de 1918 au niveau des sentiments de l'Amérique envers l'Allemagne. Mais de là à imaginer David Wark Griffith emmenant sa troupe (Carol Dempster, Neil Hamilton, Frank Puglia, et le chef-opérateur Hendrik Sartov) en Europe pour en ramener un état des lieux de la pauvreté de la population Allemande écrasée par la crise, franchement, il y avait un pas à franchir... C'est pourtant ce que propose ce film adapté d'un roman de Geoffrey Moss, qui montre, avec des extérieurs filmés en Allemagne et en Autriche, la vie d'ne famille (De réfugiés Polonais, afin sans doute de contrer l'éventuel sentiment anti-Germanique qui restait important aux Etats-Unis) qui tente de remonter la pente: trouver un logement, de la nourriture, un travail, se prendre en charge et reconstruire une vie décente...

Les rôles principaux sont tenus par Carol Dempster et Neil Hamilton: Inga est une jeune orpheline recueillie par une famille Polonaise, et elle aime Paul, l'un des deux grands fils, et celui-ci le lui rend bien. Leur idylle, qui les pousse à s'en sortir, est le fil rouge du film. Autour d'eux, bien sur, une galerie de personnages qui sont une vraie famille élargie, avec quelques nouveaux venus, dont Lupino Lane, récemment immigré aux Etats-Unis (Il était Britannique). Ici, il est un compagnon d'infortune de la famille, qui tente par tous les moyens d'égayer ses amis avec des acrobaties, des chansons et des danses. Le film serait débarrassé de toute menace humaine, si Griffith n'avait pas saupoudré sa continuité d'apparitions d'un homme sombre, grand et à l'allure inquiétante. Une façon de nous prévenir qu'il y aura des ennuis pour Carol Dempster et Neil Hamilton. Mais même là, il ne cède pas à la tentation habituelle, et nous montre en effet une bande de voyous qui tentent, eux aussi de survivre; comme dit l'un d'eux, oui, ils sont des monstres, mais ce n'est pas leur choix...

L'interprétation, partiellement Européenne (Les voyous cités plus haut sont des acteurs Allemands), est assez solide, avec une mention spéciale, ce n'est pas souvent, pour Carol Dempster: elle est excellente dans le rôle de ce petit bout de bonne femme qui veut sa place au soleil, mais pas à n'importe quel prix... Le moment le plus célèbre de ce film montre Inga qui fait la queue pour acheter de la viande, avec une somme absurde en poche: elle a en effet 12 000 000 Marks sur elle, suite à la fameuse inflation la plus délirante de tous les temps! Elle espère pouvoir finir la journée avec un peu de viande en poche, mais les prix montent tellement vite qu'une fois arrivée à la boucherie, elle constate que la viande est désormais trop chère. L'autre versant de cette scène sera, dans La rue sans joie de Pabst, la fameuse scène durant laquelle des jeunes femmes sont réduites à la prostitution pour pouvoir manger. Mais Griffith, s'il nous montre un monde pas dénué de profiteurs, reste concentré sur la peinture de la résilience humaine, celle de tout un peuple. Il utilise le titre comme un leitmotiv, afin de rappeler qu'il y a toujours une solution, dans un monde qui en apparence va au chaos, il s'attache à montrer une famille qui va s'en sortir avec décence... Et même 90 ans après, ça fait du bien.

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1924
8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 17:31

Sir Oliver Tressillian (Milton Sills) a-t-il vraiment tué un homme? C'est ce que croient son voisin, sir John (Marc McDermott) et sa pupille, également soeur du défunt, et fiancée du suspect! Cette dernière est interprétée par Enid Bennett. Accusé de tous les maux, bannis, le malheureux est condamné aux galères, et... à l'aventure, qui va l'amener à devenir un corsaire pas très regardant, sous le nom de Sea Hawk (le faucon des mers)... Et sa vengeance, bien sur, sera terrible...

Frank Lloyd était un réalisateur autocratique et entreprenant, qui même après l'établissement d'une nouvelle forme de système de production dans lequel les metteurs en scène n'étaient plus qu'un des maillons de la chaîne, a continué à travailler dans le cinéma Américain comme il le faisait déjà dans les années 10: c'était lui le patron, et ses films étaient du genre ambitieux: aventures débridées, péripéties, Dickens (Oliver Twist, A tale of two cities), mélodrames, etc... Le problème, c'est qu'il a aussi eu tendance à limiter son style à ce qu'il faisait dans les années 10, et c'est ce qui est embarrassant dans ce film de deux heures, qui certes montre un certain panache, mais dont les lourdeurs convenues ("Mon dieu, mais cet homme s'allie avec les Arabes, c'est donc un renégat!!!") passent d'autant moins bien que le style de jeu histrionique de Milton Sills est assez insupportable. Le film montre une réelle ambition en particulier dans l'utilisation de vrais bateaux construits exprès pour le film sous la direction de Fred Gabourie (Collaborateur de tout premier plan de Keaton, faut-il le rappeler?), et si on est loin du film de pirates comme il se ferait quelques années plus tard, en tout cas, il y a des choses à voir... On y voit quelques combats navals de fort belle allure, mais rien de comparable, disons, avec Ben-Hur de Niblo (Sorti l'année suivante).

Dans ce film, on croise aussi le chemin d'une fripouille qui se spécialisait dans ce genre de rôle accessoire de bon vieux bandit qui vous viendra en aide au moment où vous y attendez le moins, Wallace Beery. Sa présence souvent rigolarde allège la punition du spectateur. Quant au titre, forcément, il est familier, mais ici, il y a plus d'affinités avec Le Comte de Monte-Cristo dans cette adaptation de Rafael Sabatini, qu'avec un autre film du même nom, réalisé sous la direction de Michael Curtiz, dont nous parlerons très prochainement, ce qui me fait dire que j'ai failli terminer cette courte chronique sans une seule fois écrire le nom de...

Errol Flynn.

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Published by François Massarelli - dans Muet Frank Lloyd 1924
22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 17:07

L'Herbier a fondé en 1923 le studio Cinégraphic après quelques années passées à Gaumont, et ce film est sa deuxième réalisation pour cette nouvelle enseigne, après un obscur Résurrection d'après TolstoÏ. L'idée maîtresse du film, pour le metteur en scène, était de rassembler les arts afin de célébrer la modernité des pimpantes années 20: L'Inhumaine met donc en scène un scénario de Mac Orlan, des décors signés de Mallet-Stevens, Fernand Léger (Egalement responsable des formes du générique) et Claude Autant-Lara, une musique de Darius Milhaud, et on retrouve dans la distribution la cantatrice Georgette Leblanc, et les ballets Rolf de Maré font une apparition. Du beau monde, donc... Mais on a envie de demander à L'Herbier: c'est bien joli, mais... et le cinéma dans tout ça?

L'intrigue, quoi qu'on en dise, est du pur L'Herbier: une femme, cantatrice célèbre et étoile inaccessible, se meurt d'amour pour un homme qui le lui rend bien, mais aime tellement jouer les insaisissables qu'elle n'oppose que froideur et apparente indifférence à sa cour. Plus grave encore, elle laisse entendre qu'elle va se marier avec un des nombreux prétendants que compte sa "cour"... L'amoureux éconduit, Einar Norsen, va donc agir... On annonce sa mort, dans un spectaculaire accident. Claire Lescot croit avoir touché le fond, mais elle se relève lors d'une prestation houleuse, sabotée par certains des prétendants jaloux... Mais Einar Norsen, l'ingénieur, inventeur et mystificateur, est-il vraiment mort?

Et là, on a envie de répondre qu'on s'en fout, parce que ce scénario ridicule, qui traîne en longueur, et en prime saboté derechef par des acteurs exécrables, et par des trouvailles avant-gardistes dont le sens échappe au commun des mortels. J'aime l'expérimentation cinématographique, les petits films de Man Ray ou Entr'acte de René Clair, voire Un chien Andalou, mais ici la prétention est telle, et l'ennui est si inévitable, que ce n'est tout bonnement plus possible. Et comment croire que Jaque-Catelain, en combinaison de latex bien mou, tout droit sorti d'un épisode de Flash Gordon, soit l'inventeur le plus génial de tous les temps?Comment croire un instant que Georgette Leblanc (la soeur de Maurice, condition indispensable des co-financiers de L'Herbier) soit l'inaccessible vedette?

Incidemment, histoire qu'on s'instruise un peu, je me permets de rajouter qu'hélas, la partition de Darius Milhaud est perdue. Pour le reste...

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Published by François Massarelli - dans Marcel L'Herbier Muet 1924
19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 17:36

Le prince Roundgito-Singh (Ivan Mosjoukine) fuit dans de périlleuses circonstances son Tibet natal, dans lequel il était pour le peuple une consolation, tant le tyran qui les gouvernait était craint et vil. Pervenu au terme d'un long voyage en Europe, il interrompt le tournage d'un film, et devant son exotisme, l'actrice principale Lady Anna (Natalie Lyssenko) intriguée, l'invite à se joindre à la production. Lady Anna, justement, qui vit une union fort compliquée avec son producteur de compagnon, jaloux et teigneux, est fort intrigante pour une actrice Française: elle parle le langage maternel du Prince. Quel secret cache-t-elle donc? Et que cherchent exactement les mystérieux individus qui parcourent la ville à la recherche du prince?

Ce film de prestige rocambolesque est l'une des premières productions de la firme Albatros lorsqu'elles se tournèrent vers des jeunes et moins jeunes réalisateurs établis. Et Epstein voyait d'un oeil gourmand les possibilités de mélanger son style audacieux et avant-gardiste avec le "style Mosjoukine". Celui-ci, de fait la plus grande vedette de l'Albatros si ce n'est du cinéma Français, n'allait plus mettre lui-même en scène ses productions (Au vu du Brasier Ardent, on ne peut que le regretter), mais continuait à fournir des scénarios. Un film avec Mosjoukine en provenance des studios Albatros, sur un scénario de la star, forcément ça impose le respect...

Pourtant cette histoire sans queue ni tête (Qualifiée d'idiote par Abel Gance lui-même, et l'auteur de l'immortel nanar La fin du monde était un connaisseur pourtant) sonne comme une métaphore vide de sens de la vie de Mosjoukine l'exilé à Paris. Au moins, Epstein profite des largesses de l'Albatros pour se lancer dans des extravagances stylistiques mâtinées d'une solide dose d'avant-garde... Mais après l'éclat flamboyant et l'humour dévastateur du Brasier Ardent, on reste perplexe devant les possibilités gâchées et le manque d'humour (Les ouvertures vers le baroque ne manquent pourtant pas, loin de là) fait décidément beaucoup pour le côté poids lourd de cette production, menée sans doute par un Mosjoukine fort imbu de lui-même (Mais ce n'est pas nouveau), mais qu'un réalisateur un peu plus aguerri et volontaire aurait certainement su canaliser: voir, à ce sujet, de quelle belle façon L'Herbier l'année suivante sut mélanger son univers et celui de Mosjoukine dans le superbe Feu Mathias Pascal.

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Published by François Massarelli - dans Muet Ivan Mosjoukine Albatros 1924 Jean Epstein
11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 17:20

Un couple d'amoureux, très jeunes, rentrent tranquillement au village sur une charette. Ils traversent une voie ferrée, et quelques instants après un train passe. Un symbole qui sera repris à la fin de ce film, et qui représente le destin qui va croiser en permanence le chemin de Jean Leonnec (Ramon Novarro) et sa petite fiancée Marise La Noue (Enid Bennett)... Et le destin n'attend en réalité pas, puisqu' on annonce dès son arrivée au village à Marise que son père, le sabotier du village, vient de mourir. Orpheline, elle va donc devoir vivre chez des cousins, mais ça se passe très mal: menacée par son cousin, un homme brutal et alcoolique, elle trouve refuge dans la grange des Leonnec, ou Jean vient la rejoindre pour la réconforter. Au réveil, les deux amoureux qui sont restés bien sagement assis sur une chaise au coin du feu auront bien du mal à justifier de la pureté de leurs intentions, et fuient à Paris. Entretemps, la mairie a été cambriolée, et le maire, le père de Jean, fait le rapprochement un peu rapidement avec la soudaine fuite de son fils...

Et ce n'est pas fini: Niblo s'amuse à fouiller des péripéties à la Dickens et les accumule à loisir tout au long des 80 minutes du film, qui devient presque un catalogue de tous les aspects du mélodrame. Il choisit aussi de situer son film dans une France de pacotille, où s'entremêlent les époques dans un maelstrom de bérets et de casquettes d'apaches. La raison me parait simple: tout en se reposant sur les ficelles du mélo, le film accumule les scènes risquées et le metteur en scène a souvent recours à une violence graphique, frontale et sublimée, tout en montrant les bas-fonds avec un réalisme, certes baroque, mais suffisamment explicite pour qu'on ne s'y trompe pas: Jean va devenir une petite frappe, un apache, mais Marise va passer par la prostitution lors de leurs aventures Parisiennes. Le même script situé en Californie ne serait pas passé au travers des mailles de la censure, d'où me recours à une France d'opérette.

Auteur complet du film (Il en a écrit l'argument), Niblo se fait plaisir, rappelant qu'il pouvait à son meilleur être 'un des grands cinéastes d'Hollywood. En 1924, la toute jeune MGM semblait prête à honorer sa devise 'Ars gratia artis', et le film en est une éclatante preuve: tout en louchant du côté de l'univers de Rex Ingram, bien qu'en moins baroque, le film bénéficie aussi de la rigueur des compositions de Niblo qui a du génie du début à la fin du film pour son utilisation inventive du cadre, et son sens du timing en ce qui concerne ses séquences. Son réalisme, en matière de violence en particulier, est sans doute l'un des atouts qui feront de lui un candidat idéal pour reprendre le navire en perdition de Ben-Hur, et on retrouve dans les deux films des points communs troublants: la façon dont Enid Bennett et Ramon Novarro se perdent de vue, mais se croisent ensuite en permanence rappelle de quelle façon Ben-Hur passera à côté de sa mère et de sa soeur qu'il croit mortes dans le film de 1925, une situation certes de convention mais que la force de conviction de Niblo nous fait passer come une lettre à la poste!

Le metteur en scène est parfaitement servi par des acteurs qui sont eux aussi à leur meilleur, et fait bien passer la transformation permanente d'Enid bennett qui joue en particulier sur le maquillage pour figurer sa descente aux enfers. Une scène la montre à l'hôpital, à l'article de la mort, après avoir été abattue par la police: on l'a quittée enlaidie, les cheveux dégoutants, en fille déchue, on la retrouve avec de nouveau la couronne dorée de ses beaux cheveux blonds, et le visage angélique:c'est la signal de la rédemption pour nos deux héros. Les décors et les éclairages sont aussi utilisés à leur avantage du début à la fin de ce film mené tambour battant, d'un grand cinéaste auquel il arrivait certes de se laisser aller (Sex, Blood and sand, le fort moyen The temptress), mais qui a aussi beaucoup donné (The mark of Zorro, The three musketeers, Ben-Hur, The mysterious lady). Son chef d'oeuvre? Je le pense, en tout cas.

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Published by François Massarelli - dans Fred Niblo Muet 1924
14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 16:41

Edmund Kean (1787 - 1833) est le plus grand acteur Anglais de son temps, un génie qui va révolutionner la façon d'interpréter Shakespeare, auquel il rend toute sa verve et tout son sel... C'est aussi, comme tant d'acteurs, un aventurier, un homme qui laisse la passion et l'impulsion le guider. Malheureux en amour, heureux en débauche et riches en dettes... Bref, un rôle sur mesure pour Ivan Mosjoukine, co-scénariste de ce film qui reste l'un de ses classiques, et l'un de ses grands films interprétés pour les studios Albatros avant de tenter la grande aventure d'un cinéma plus grand public avec Michel Strogoff en 1926. Kean est d'ailleurs l'avant-dernière collaboration de Mosjoukine avec les studios de Ermolieff et Kamenka... et c'est une production d'une incroyable richesse, tant par ses décors que par la qualité de l'interprétation, et bien sur l'invention filmique!

La première apparition de Mosjoukine en acteur (Interprétant Romeo) est longuement préparée, elle se confond bien sur avec le véritable commencement du film. Et la confrontation entre Kean, son public, et Shakespeare occupe bien une dizaine de minutes, riches en enseignements. Mosjoukine est d'abord une ombre géante qui se détache des coulisses, avant de manger toute la scène... Bien sûr, contrairement à la légende qu'était Kean, l'acteur de cinéma semble adopter un jeu assez conventionnel pour son Shakespeare, mais le film n'est absolument pas un documentaire, et Volkoff s'intéresse finalement plus à l'effet que fait Kean sur le public (Aussi bien la noblesse et la bourgeoisie que les "Enfants du paradis"!). Et tout au long de ces 141 minutes de cinéma flamboyant, Mosjoukine ne se contient pas vraiment... il faut dire que ce rôle est taillé sur mesure pour la star excentrique du cinéma Franco-Russe, qui lui aussi tendant à faire se confondre, comme Kean dans les scènes où on le voit interpréter Romeo et Juliette, puis Hamlet, le théâtre et sa vie, et séduisait comme d'autres respirent. Et Kean, dans sa vie, prolonge son métier en se déguisant sans cesse pour échapper à ses créanciers. En marin... ou en tigre!

Le film reconstruit à merveille le Londres du XIXe siècle tel que Dumas l'a imaginé dans sa pièce, et Volkoff et Mosjoukine se sont plus à accumuler les scènes de bravoure, toute construites sur une véritable unité dramatique. la plus connue, la plus discutée aussi, est bien sur sensée montrer les excès de la vie de débauche de Kean, qui danse et boit jusqu'au bout de la nuit dans un pub. La scène est électrique, communicative, et recycle merveilleusement le montage rapide tel que Gance l'a utilisé dans La roue. Mais chaque scène possède sa propre identité, dans un grand film qui n'hésite jamais à passer d'un genre à l'autre, d'un seul souffle. C'est encore une fois la marque de fabrique de Mosjoukine, mais avouons que le style de Volkoff a une classe folle...

Ce film qui fut un énorme succès, qui mêle de façon fascinante l'art avec la vie et la mort des artistes, on peut spéculer sur le fait que Carné l'ait vu... En tout cas il est impossible de ne pas y penser. Quant à l'acteur Mosjoukine, qui a manifestement pris énormément de plaisir à interpréter cette auto-caricature d'une rare finesse, il ne pouvait sans doute pas deviner que jouer la mort de Kean, qui s'accroche à Shakespeare (Son seul vrai ami, le souffleur Salomon interprété par Nicolas Koline, lui lit des extraits avant que l'acteur, en transe, le remplace au pied levé) jusqu'à son dernier souffle, serait prémonitoire de sa propre mort dans la misère.

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Published by François Massarelli - dans Muet Ivan Mosjoukine Albatros 1924
13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 17:00

Interrogé sur sa carrière et ses débuts, lors d'une interview pour la télévision Française, Ford avait répondu d'une façon intrigante à une question sur son premier film, au milieu d'une foule d'autres mensonges tous aussi gros et picaresques les uns que les autres: il prétendait que c'était ce long métrage de 1924, qui s'avère en réalité être son cinquantième si on en croit la filmographie établie par Lindsay Anderson... Mais il y a sans doute des raisons, autre que le grand âge (Ford était retraité depuis quelques années lors de l'interview), la maladie, le gâtisme, ou même l'alcool. De fait, si Just pals en 1920 inaugurait la longue et fructueuse association du metteur en scène avec la Fox, ce long métrage de 12 bobines le consacrait de façon spectaculaire, tout en suivant de près la Paramount qui avait dégainé son premier super-western en 1923 avec The covered wagon. Non seulement le genre, qui était essentiellement lié à la série B et au serial, allait enfin connaitre mise en avant et considération grâce à de telles oeuvres, mais le metteur en scène était enfin reconnu et à sa juste place. Et ça n'a pas été sans mal, le tournage ayant été, si l'on en croit les commentaires contemporains, épique! Sans doute pas autant que ceux du disciple Peckinpah, mais pas si loin...

Le film suit en fait deux intrigues, largement imbriquées l'une dans l'autre: d'une part, il s'agit de rendre compte de l'histoire de la construction de la ligne inter-continentale de chemin de fer, décidée par le président Lincoln en 1862 après de nombreuses années à préparer cet évènement, et achevée en 1869. Le film suit partiellement la trajectoire des deux compagnies, la Union Pacific (Partie de Omaha, Nebraska, et faisant route vers l'Ouest) et la Central Pacific (Partie, elle de Sacramento en Californie), jusqu'à Promontory Point, en Utah. Mais surtout, il nous conte les aventures de Davey Brandon et Miriam Marsh, et leur participation à l'Histoire: voisin de Abraham Lincoln (Charles Edward Bull) quand les deux héros étaient enfants, le père du jeune Davey était un idéaliste, désireux de trouver la route parfaite pour une future ligne de chemin de fer à travers les Etats-Unis. Après un court épisode qui le voit deviser avec le futur président pendant que le petit Davey joue avec sa copine Miriam, on voit le père et le fils partir pour une expédition vers l'Ouest. Une séquence les voit bivouaquer en pleine nuit, près du territoire des Cheyennes, mais le père meurt lors d'une attaque d'Indiens, menée sous la direction d'un renégat (Fred Kohler), reconnaissable à sa main droite: il y manque trois doigts... La scène est fantastique, Ford réussissant à passer sans effort de la quiétude d'une soirée au coin du feu pour le pionnier et son fils, à un suspense lié à la présence d'indices troublants: le père a entendu quelque chose, semble inquiet; Ford nous montre alors une jambe en gros plan, un homme en mocassins qui avance précautionneusement, mais marche malgré tout sur des branches sèches. Retour au père, de plus en plus angoissé, qui tente de sauver la face de façon à ne pas effrayer son fils. Ford retourne au plan précédent, et nous montre la progression d'autres Indiens, toujours vus uniquement par leurs jambes. Le père, cette fois, saisit son fils, l'embrasse et l'éloigne. Le plan suivant le voit se faire attaquer, à plusieurs contre un. Il n'a aucune chance... La scène est ensuite vue du point de vue de Davey, qui est témoin à distance du meurtre, de son père par un homme qui le scalpe ensuite. Davey a vu la main droite de l'homme, et a entendu son père s'étonner du fait que son assassin était blanc... La scène est exemplaire de la façon dont Ford installe du suspense, sans jamais forcer la rupture de ton. Tous les ingrédients de ces deux séquences d'introduction mettent le reste du film en place: Lincoln et le père Brandon, visionnaires, tous deux tués, mais dont les visées civilisatrices seront reprises par Davey. Celui-ci aura également à coeur de venger son père, et de retrouver la petite Miriam d'autre part...

Miriam, de son côté, grandit auprès d'un père qui après avoir été réticent, va finalement faire sienne la volonté du père Brandon, et va souscrire au voeu de Lincoln d'unifier la nation par le chemin de fer avant même que la guerre de Sécession soit finie. On voit d'ailleurs une scène à la Maison Blanche, durant laquelle Lincoln doit faire face à une certaine opposition à cette construction, avant-gout de nombreux développements dans le film; par ailleurs Mr Marsh est venu pour être témoin de la signature historique par le président, et en profite pour lui présenter sa fille,désormais incarnée par Madge Bellamy. Celle-ci, enfin, est fiancée à Jesson (Cyril Chadwick), un ingénieur qui manque cruellement de glamour, et dont nous verrons bien vite qu'il est éminemment corruptible... La construction commence donc, et nous assistons dans un premier temps aux mésaventures des ouvriers de la Union Pacific, menés par Marsh et Jesson. Miriam est fréquemment sur place, et assiste avec passion son père, pendant que Deroux, un propriétaire local, manoeuvre et se met Jesson en poche afin de pousser la compagnie à utiliser ses terres, lui devant de fait un loyer... Mais arrive alors un jeune homme qui travaille pour le Poney Express, poursuivi par des indiens: c'est Davey Brandon (George O'Brien), et s'il se rappelle de Miriam Marsh, il sait aussi que son père avait bien trouvé un passage idéal, ce qui ne sera pas du tout arrangeant pour Deroux... Celui-ci, bien sur, a changé et est relativement méconnaissable depuis le meurtre du père de Davey, et bien sur, il dissimule toujours sa main droite.

L'arrivée de George O'Brien est non seulement spectaculaire, mais elle vient au bout de cinquante minutes. Ford nous a permis de l'attendre sagement, tout en nous donnant des arguments et des rappels: la scène dramatique exemplaire durant laquelle son père meurt, le fait qu'il ait été ensuite secouru par des trappeurs, vont lui donner non seulement le désir de se venger, mais aussi faire de lui un homme de ressources, un homme d'action en fait. L'entrevue entre Marsh et Lincoln, en présence de Miriam, passe le relais d'une évocation par le président du 'petit Davey Brandon': ainsi, même absent, le personnage demeure dans l'intrigue... Le choix d'O'Brien, trapu mais costaud, laconique et aux gestes sûrs, est excellent, sans parler de l'importance que l'acteur (Future vedette d'autres films de Ford, mais aussi de Hawks, et surtout de Sunrise de Murnau) va prendre à la Fox. Mais au-delà du caractère actif et droit du personnage, O'Brien est en quelque sorte à la fois le dépositaire, par l'héritage de son père, et la reconnaissance de Lincoln, du rêve d'avenir représenté par le "cheval de fer". La fin, qui vire assez artificiellement au symbolique, voit Davey, lassé des aventures, passer de la Union Pacific à la Central Pacific, et ainsi nous permet de le suivre et de montrer la jonction des deux tronçons comme une véritable réconciliation entre toutes les parties de l'Amérique: Brandon et le Caporal Casey, un copain joué en vieil Irlandais Fordien par ce cabochard de J. Farrell McDonald, peuvent ainsi retrouver leurs amis de la Union Pacific, et Davey retrouve aussi Miriam: mais le jeune homme attend la jonction officielle pour embrasser la belle.

La partie historique du film, qui va de pair avec un tournage spectaculaire (Aucun plan neutre, en fait, Ford place ici la barre très haut, en jouant sur la montage, le cadrage, la vitesse, et des placements de caméra inédits: dans une fosse sous les trains), est prolongée par un recours aux protagonistes réels, ainsi qu'à des épisodes et des faits marquants: l'arrivée des Chinois sur la ligne qui part de Sacramento, l'anecdote de l'aide apportée par "Buffalo" Bill Cody, la construction de villes entières sur la trajet des compagnies, qui sont démontées et remontées ailleurs en quelques heures, et bien sur la très documentée cérémonie de jonction finale, dont les images ici feraient presque illusion tant Ford y a copié les photos historiques, tout ceci est complété par des allusions westerniennes qui renvoient à d'autres folklore: la présence d'un saloon avec ses pensionnaires féminines, dont une prostituée qui joue un rôle important, la présence aussi d'un juge qui nous rappelle Roy Bean, à la fois patron de saloon et juge auto-proclamé: Ford invente beaucoup de formes et d'actes fondamentaux du western dans ce film, l'annoblit de façon spectaculaire avec la présence imposante de Lincoln, mais surtout il semble s'inventer lui-même, en recyclant, enrichissant l'héritage de Griffith, qu'il dépasse de très loin par l'efficacité de sa mise en scène et la cohérence de son humanisme...

Ford est en effet ici à la fête, il mène un tournage spectaculaire, qui donnera lieu à un succès énorme, et un film qui renvoie encore aujourd'hui le spectacle concurrent de la Paramount dans les cordes: le résultat est, malgré ses 150 minutes, d'une rigueur dramatique confondante. Les acteurs sont naturels, et réussissent à faire passer ce qui reste une intrigue symbolique de mélodrame pour argent comptant. Le metteur en scène excelle déjà dans des digressions qui ne prennent pas encore trop de place, et s'amuse beaucoup à faire incarner à ses amis les petits et les sans-grades de l'histoire: ses caporaux et sergents Irlandais qui sont venus prêter main-forte aux ouvriers de la construction, aidés par d'autres immigrants, qu'ils soient Italiens ou Chinois. L'amérique de Ford, déjà illustrée par ses films précédents, se prolonge et devient épique avec The Iron Horse, un film que pour la première fois celui qui professionnellement était crédité "Jack Ford" va désormais signer... John Ford. Et si c'était ça, la clé de ce fameux mensonge, justement? Le premier film pour lequel on l'ait reconnu, le premier qu'il ait signé de son pseudonyme "noble"? Peu importe, d'ailleurs: ceci est l'un des chefs d'oeuvre de Ford, un point c'est tout.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet Western 1924
8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 09:33

Cette délicieuse comédie est à mettre dans la même catégorie que Her sister from Paris, réalisé par Franklin également sur un scénario de Hanns Kräly, avec là encore Constance Talmadge face à Ronald Colman.

Sortie un an plus tôt, cette comédie (Dont le titre est d'ailleurs forgé sur le même principe, on peut éventuellement parler de 'formule' au sens Hollywoodien du terme) nous montre une situation assez compliquée, avec l'arrivée d'un richissime Américain sur le sol Britannique, accompagné de sa fille dépressive. Celle-ci tend à se déguiser en laideron pour éviter d'attirer les prétendants qui en voudraient plus à son portefeuille qu'à sa personne, et elle rencontre par un hasard extraordinaire un lord désargenté, qui va instantanément tomber amoureux d'elle. Il s'appelle Menford, et il ne sait pas encore qu'il vient de croiser la chance de sa vie: un associé un brin véreux va en effet lui proposer de tenter sa chance pour être l'heureux élu et gagner le gros lot, moyennant un partage des richesses. Le problème, c'est qu'il va y avoir des complications à justifier de la sincérité de l'affection à partir du moment où le contrat qui lie Lord Menford avec son partenaire (Interprété par Jean Hersholt) sera mis sur la place publique...

Les quiproquos abondent, dans une construction savante qui favorise les délicieux moments de doute, de confusion, et les micro-machinations... Et puis soyons francs: Ronald Colman et son talent fou (En particulier lorsqu'il s'agit de jouer l'embarras, d'ailleurs) en compagnie de Constance Talmadge et son timing fabuleux, c'est une combinaison forcément gagnante! C'était la première des productions First National de Franklin avec Miss Talmadge, mais on ne va pas s'étonner qu'ils aient récidivé, tant ce film est réussi: dans la même famille que les productions de Lubitsch (Avec la complicité de Kräly, d'ailleurs) qui n'allaient pas tarder à se manifester. Avec moins d'invention en matière de raccourci génial, sans doute, mais Her night of romance est un film qui possède une sacrée classe. 

La star en titre s'en donne à coeur joie, depuis cette scène inaugurale où elle apparaît en indescriptible vieille fille (c'est-à-dire avec des lunettes, le code n°1 pour indiquer la mocheté à cette glorieuse époque) qui dissuade les photographes de passer du temps en leur compagnie, jusqu'à cette nuit au cours de laquelle suite à une avalanche de chassés croisés inracontable, elle se retrouve à partager la chambre d'un homme qui est forcé par les circonstances de se prétendre son mari, en passant par une scène osée au cours de laquelle elle demande à Colman, qu'elle croit médecin, d'écouter son coeur en posant délicatement sa tête sur son sein gauche... Mélange d'ingénuité désarmante et de friponnerie caractérisée, la scène n'est qu'un des nombreux prétextes réjouissants pour se précipiter sur ce film.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924 Comédie Sidney Franklin Constance Talmadge