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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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2 juillet 2022 6 02 /07 /juillet /2022 00:08

 

Une fois l’affaire Greed consommée, Stroheim qui avait commis ce film invendable restait sur les bras de la MGM. On peut imaginer plusieurs raisons pour lui confier un nouveau film comme celui qui lui fut attribué. La première raison, c’était peut-être de l’amadouer, de lui faire comprendre qu’il n’était pas indigne de la famille Metro-Goldwyn-Mayer, et qu’on l’estimait toujours, la preuve, on lui demandait de faire un gros film. Il n’avait à ce stade qu’un seul véritable échec commercial à son actif, et les dirigeants estimaient que le matériau, avec ses gros sabots Austro-Hongrois, lui convenait à merveille. Une deuxième raison réside dans le fait que les gens de la firme, qui prétendront apprendre à Buster Keaton comment on fait une comédie (En 1928) se sont efforcés de choisir pour Stroheim le véhicule qui leur semblait le plus proche de son cinéma, tout en recherchant une type de film qui ne fâche pas trop les familles: un ersatz, donc. La troisième, c’est que Mae Murray, grande vedette bientôt lessivée de la MGM, s’était entichée de l’opérette et voulait la faire par tous les moyens, et Thalberg imaginait qu’avec Stroheim face à elle, le réalisateur tempèrerait de son autorité les caprices de la star, et que l’actrice remettrait le démiurge en place. Mauvais calcul, doublement… mais passons.


Si c’était un geste de bonne volonté de la firme, cela ne serait pas pris comme tel par le metteur en scène, mais celui-ci allait s’acquitter malgré tout de la tache, dans un tournage émaillé de problèmes en tous genres, en particulier entre les deux principaux protagonistes déjà cités, mais aussi entre Stroheim et l’autre star, John Gilbert, ou encore entre Stroheim et Thalberg. Celui-ci a en effet licencié Stroheim une deuxième fois (rappelons que la première fois, c'était à la Universal), le remplacer par Monta Bell qui ne put tourner un mètre de pellicule suite à une grève des techniciens, et de John Gilbert en soutien à leur réalisateur...

 

Pour cette fois-ci, c’est Stroheim qui a fini le film, puis il a quitté la MGM, désormais cinéaste maudit pour l’éternité, avec un nouveau énorme succès à son actif… Bref, la routine.
 


Notre héros n’aimait pas ce film, qui lui avait été imposé. Je pense que si on lui avait imposé de faire le film de son choix, d'en écrire le scénario, de faire un remake de Greed avec le final cut spécifié sur son contrat, la tête de Thalberg en prime, il n’aurait pas aimé: Stroheim devait vouloir faire quelque chose à 100% pour le respecter: son art était à ce prix. De plus, on lui imposait de tourner avec des vedettes, et même une star. Il ne l’avait jamais fait et ne souhaitait pas le faire, c’était donc pour lui une nouvelle compromission inacceptable… Les historiens sont généralement critiques sur ce film, Sadoul en tête: s’il reconnaît que le film est meilleur que l’opérette, il l’accuse d’avoir été bâclé. Denis Marion le considère comme « le moins bon » des films de Stroheim. Qu’en est-il ?

Le scénario de l’adaptation par Stroheim a tout fait pour désopérettiser l’œuvre, en lui donnant de la substance mélodramatique. Du reste, souhaitant au départ interpréter le Prince Danilo de Monteblanco, Stroheim devait en faire moins un sympathique fripon qu’un Steuben ou un Karamzin auquel on offre une sorte de rédemption, mais Thalberg en décidera autrement : sachant qu’il lui serait difficile de licencier le metteur en scène et la star, dans un tournage qui s’annonçait orageux, il a imposé à Stroheim d’utiliser John Gilbert, le jeune premier qui n’en finit pas de monter, ce qui obligera l’auteur à réécrire le rôle, le scindant en deux: Danilo (Gilbert) est le sympathique neveu du roi, coureur mais foncièrement gentil, alors que Mirko (Roy D’Arcy) est l’ignoble prince héritier, coucheur, hypocrite, sadique et portant monocle. Mae Murray joue Sally O’Hara, la jeune danseuse devenue à son arrivée à Monteblanco la femme convoitée par les deux princes et le baron Sadoja (Tully Marshall), un vieil infirme libidineux, fétichiste du pied, dont les millions sont le principal soutien de la couronne. C’est à ce dernier que Sally O’Hara se marie lorsque une machination de la famille Royale empêche Danilo de convoler en justes noces avec elle, et la nuit de noce tourne au drame, lorsque Sadoja s’écroule, tué sur le coup par un arrêt du cœur au vu des petits petons fripons de sa jeune épousée. devenue la « veuve joyeuse », elle est l’objet de toutes les attentions, et quelqu’un doit l’épouser afin que les millions ne s’envolent pas pour l’étranger. La partie tourne à l’affrontement entre Mirko et Danilo…

Servi par les moyens de la MGM, Stroheim donne à son film une allure et un style particulièrement luxueux, et son sens du détail fait ici merveille, notamment dans les scènes d’ouverture, qui sont d’autant plus intéressantes qu’elles y ont été maintenues en intégralité: Stroheim savait exposer un film, et son art classique en ce sens est profondément délectable ici : les premières images nous montrent une sortie de messe à Monteblanco, le couple royal d’abord (George Fawcett et Josephine Crowell, absolument pas glamour !), puis le Baron sur ses béquilles. Ensuite, il nous emmène voir l’arrivée de l’armée, en manœuvres, dans une auberge typique en pleine montagne, où la voiture de Mirko s’arrête, puis Mirko en descend, pestant contre l’auberge qu’il déteste au premier coup d’œil, et s’insurgeant de voir des cochons s’ébrouer dans la fange. Il manque de marcher dans une flaque de boue, l’évite avec force manières, puis on passe à l’arrivée de Danilo, dans sa voiture en plein examen de cartes postales cochonnes, qui s’arrête, rit en voyant et l’auberge et les cochons, puis marche sans que cela le dérange vraiment dans la boue, en devisant gaiement avec ses lieutenants… La boue resservira, lorsque vers la fin lors d’un enterrement Mirko évite de marcher dans une flaque, mais un accident l’y précipitera malgré tout. Les petits cailloux, laissés sur place malgré la prise en main du montage final par la MGM, offrent une (petite) revanche à Stroheim, qui est ici, qu’il l’ait admis ou non, dans son élément. D'ailleurs, le résultat n’est pas du tout un film familial, dans lequel on couche, on ment, boit, trahit, brutalise et flingue sans vergogne; on y jure presque, lorsque le roi dit à Danilo: "Si tu crois que l'on se marie avec toutes les filles que l'on...". Ca n’a pas non plus grand-chose à voir avec Lubitsch, mais c’est un film souvent défoulant par son décalage et ses excès, tout comme pour sa mise en scène qui donne à voir de nouvelles tendances en matière de perversion : lorsque Danilo tente de séduire Sally dans une chambre privée, seul (Si ce n’est cet étrange couple de musiciens nus et aveuglés par des foulards qui restent sur le lit durant les (d)ébats), Mirko se trouve dans la même maison, avec une foule de gens qui s’adonnent à une superbe orgie stroheimienne : on y déverse du Champagne sur des dames, on y lance des oreillers crevés, on y tape sur des infirmes, etc… Le baron Sadoja, (Marshall est un nouveau venu qui n’a pas dit son dernier mot, on le reverra dans Queen Kelly) permet le recours au fétichisme, qui apparaît dans la scène du théâtre: chacun avec des jumelles, dans la même loge, Mirko regarde les seins de Sally, Danilo son visage et Sadoja ses pieds. Une scène vaudra à Stroheim la colère de Thalberg : voyant des pieds (Feet, mais on dit aussi footage) de pellicule imprimés avec des dizaines de pires de chaussures différentes, Thalberg demande une explication à Stroheim. Celui-ci lui explique que cette collection appartient au baron, qui a un "foot fetish". Mais Thalberg lui aurait rétorqué : « You have a footage fetish! » ; une anecdote qui montre bien la méfiance de Thalberg, qui surveillait le tournage de très près, mais aussi les rapports de défiance entre les deux hommes. La scène incriminée a disparu du montage final.


Le film, visuellement, est caractéristique de Stroheim: la création de Monteblanco en fait un pays purement imaginaire, mais dont les détails (Alphabet cyrillique, uniformes, etc…) en font un pays plausible même si il est caricatural. De plus, le réalisateur a pour la deuxième fois, après Greed, eu recours au Technicolor (La scène finale) mais les copies en circulation n’en disposent hélas pas. Encore une des obsessions de Stroheim, la couleur était toujours pour lui l’occasion de souligner l’exceptionnel, pas un motif réaliste: dans Greed, le seul moment en couleur naturelles était quasiment l’unique moment de félicité du film, et la couleur était utilisée (dans les montages de Stroheim, en tout cas) pour mettre les objets jaunes et dorés en valeur. On retrouve le Technicolor avec The Wedding march, dont les scènes en couleur ont été préservées. Ici, la scène du mariage a été rehaussée par ce moyen, mais les négatifs couleurs ont sans doute été décomposés…

Ni franchement génial, ni mauvais, parfaitement distrayant, il faut voir ce film, étrange rencontre d’un studio tout-puissant, d’un producteur souhaitant tout contrôler, et d’un réalisateur démiurge. Il faut supporter l’insupportable Mae Murray, il faut une grande dose de second degré pour apprécier Roy D’Arcy, mais John Gilbert est plaisant et Stroheim ne s’y est pas trompé, lui qui après avoir essayé d’asseoir son autorité sur le jeune acteur par des vexations et des humiliations diverses, s’est retrouvé sommé de s’expliquer par un Gilbert pas décontenancé. les deux hommes sont devenus amis, et quoi d’étonnant, quand on sait leur parcours à la MGM et la façon dont leur trajectoire s’est brisée?

Post-scriptum: on dit partout que le final en Technicolor est perdu, et bien que la jaquette du DVD (collection Warner Archive) indique "B&W with Technicolor sequences", l'ensemble du film est en noir et blanc sur la copie proposée... C'est donc une belle surprise qu'un clip Youtube (voir plus bas) contenant la fin en couleurs, clairement du Technicolor deux bandes (non restaurées, mais en HD pour autant) qui rend justice à la fin voulue par MGM, et exécutée par Stroheim avec le sens du décorum qui le caractérisait... Quant à l'historique, la source (on parle, sur Youtube, de la Sibérie... Merci le Permafrost, ou merci le réchauffement climatique?), et le côté officieux de la chose, on n'en sait pour l'instant guère plus. Espérons que quelqu'un chez Warner se saisisse de l'occasion pour restaurer convenablement un film qui est tout sauf ordinaire...

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Published by François Massarelli - dans Erich Von Stroheim Muet 1925
15 février 2022 2 15 /02 /février /2022 09:06

Mamie Smith, une jeune orpheline (Marion Davies), a été placée par son orphelinat auprès d'une jeune mère (Hedda Hopper) qui vit seule avec son bébé. Le mari est parti faire fortune, mais semble s'être perdu en chemin vers le Mexique, et les dernières nouvelles ne sont pas bonnes, puisqu'il décide de rompre avec sa famille... A la mort de Mrs Caldwell, Mamie décide de partir à la recherche du père en compagnie de Zander, le petit garçon. En chemin vers le Mexique, elle va trouver une petite maison en Arizona tenue par trois bandits. L'un d'entre eux est troublé quand il apprend l'histoire du petit garçon...

C'est le premier film MGM de Marion Davies, et selon son habitude, William Randolph Hearst s'est mêlé de tout au point de tempérer quelque peu l'intérêt de la production. On est assez proche, une fois de plus, d'une atmosphère à la Mary Pickford, dont Marion imite ici une fois de plus les boucles... Elle est charmante mais un peu engoncée dans un rôle qui ne lui permet pas suffisamment d'exprimer son caractère extravagant: c'est dommage... Et le film est entièrement suspendue à un grand final qui prend tant de place qu'en l'attendant on s'ennuie un peu.

Reste d'authentiques scènes de comédie, qui sont à la fois une réminiscence évidente de Daddy Long Legs, de Marshall Neilan, avec vous savez qui, et l'occasion pour Marion Davies de jouer sans maquillage aucun des scènes de réelle comédie physique: elle y est excellente. On reconnaît aussi un truc qu'elle a utilisé assez souvent, dans Little Old New York ou plus tard dans Lights of old Broadway et The Red Mill: passer de scènes sans fard ni artifices, à un maquillage sophistiqué: la transformation du vilain petit canard en grand cygne, ou plus sûrement la transformation de Marion Davies en cette statue de normalité qui était tant souhaitée par William Randolph Hearst...

 

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Published by François Massarelli - dans Marion Davies Muet 1925 Comédie
13 février 2022 7 13 /02 /février /2022 15:03

Le vieux professeur Kraker (Philip Bech), scientifique et naturaliste, découvre une belle vallée Norvégienne, où une famille paysanne l'accueille en ami: aase (Clara Schoenfeld), la mère, vieille paysanne farouche, et ses deux enfants Kavli et Kari l'enchantent par leur énergie et leur joie de vivre, lui qui a deux indécrottables citadins pomponnés, parfumés et monoclés jusqu'au trognon. Il décide, afin de leur donner une bonne leçon, de les envoyer dans ce paradis qui ne semble pas vraiment faits pour eux: que voulez-vous qu'il se passe? Les deux enfants du professeur sont Thor (Peter Malberg), un grand gaillard malgré ses guêtres du plus haut chic, et Synnove (karen Winther), une jeune femme très avenante même si sérieusement coincée; les deux enfants d'Aase Kavli (Carl Hillebrandt) et Kari (Alice O'Fredericks) ont le même âge, de l'espièglerie à revendre et ne s'encombrent pas outre mesure de manières ou de chichis...

Emanuel Gregers était un metteur en scène Danois qui ne fait pas aujourd'hui le bonheur des historiens du cinéma: un peu comme Sandberg, mais sans les moyens considérables dont ce dernier a disposé entre 1919 et 1925, il était principalement un producteur de cinéma populaire, et était aussi très attaché à la comédie. Ce qu'on voit bien dans le film, qui prend dès le départ un ton assez badin pour raconter les mésaventures de ses deux citadins à la campagne.

C'est extrêmement plaisant, le titre est confirmé par la photographie en permanence, et le cadre Norvégien de cette vallée enchanteresse est une garantie de bonheur esthétique, mais je doute que la copie montrée sur le site du DFI soit complète: il y manque singulièrement un enjeu, quelque chose qui vienne un peu perturber la linéarité de cette sympathique histoire. Dans la version visionnée, il y a bien u incident, qui se résout d'ailleurs dans un torrent (l'influence de Stiller sur le cinéma Scandinave n'est pas à négliger), mis c'est un peu court... 

Reste l'excellente ambiance, l'espièglerie des frères et soeurs de la montagne, et la belle énergie rigolarde d'Alice O'Fredericks, qui n'allait pas tarder à quitter son métier d'actrice pour devenir productrice, scénariste et réalisatrice, et du même coup la personne la plus influente du cinéma Danois. Eh bien ici, elle est fantastique...

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/solskinsdalen

 

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Comédie Emanuel Gregers
2 novembre 2021 2 02 /11 /novembre /2021 16:48

Le "Calgary stampede" est une occasion Canadienne pour les cavaliers de l'ouest de faire la démonstration de leurs prouesses sous la forme d'un rodéo géant, avec prix à la clé. Le genre de chose que Dan Malloy (Hoot Gibson) ne voudrait rater pour rien au monde... Sauf qu'il est accusé du meurtre du père de sa petite amie. A tort, bien entendu... déjouant les pièges des enquêteurs de la police montée, Dan se cache dans une exploitation et dissimule ses talents en attendant son heure...

C'est un tout petit film, l'un de ceux dont on peut dire que le fait même qu'il ait survécu est son plus grand mérite... Hoot Gibson, déjà un vétéran du western, et un authentique cavalier doué, n'a pas le charisme tranquille et paradoxal qui était celui d'Harry Carey et que John Wayne allait bientôt reprendre, il n'a pas non plus le côté grand gaillard positif de Tom Mix, ou la noirceur inquiète de William Hart, pas plus que la jeunesse débrouillarde et un brin immature de Gary Cooper.

Et pourtant, bizarrement, ça marche! Blaché, un vétéran lui aussi, dont c'est le dernier film, savait tirer parti d'un décor, et se fait plaisir dans la première partie avec un autre type de stampede, une ruée de bisons... Il sait aussi mener un film d'un point à un autre et profite évidemment du petit suspense de la dernière partie: Dan participera-t-il aux réjouissances du Stampede, révélant ainsi son identité, ou continuera-t-il à se cacher?

 

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Published by François Massarelli - dans Western Muet 1925
5 septembre 2021 7 05 /09 /septembre /2021 08:58

Une bande d'actualité, ou quelque chose d'approchant... Dziga Vertov, Boris Kaufman et Elisabeth Svilova se sont lancés au milieu des années 20 dans la réalisation de moyens métrages de points de vue documentaires, qui sont autant de la propagande que de l'actualité. Il y en a eu 23 en tout, et celui-ci est notable pour une raison assez évidente: il s'agit de celui qui prend prétexte de célébrer Lénine mort en janvier 1924, pour rappeler les avancées de la révolution... à moins que ce ne soit le contraire.

On retrouve donc le style "volontariste" soviétique, fait d'une certaine maîtrise de tout ce qui concerne le montage, d'une apostrophe permanente du spectateur par des intertitres envahissants et sans le moindre "quatrième mur, d'une constante insistance sur la vérité supposée de ce qui reste un montage de propagande, et... des tracteurs, ben tiens.

Vertov, qui restera un éternel électron libre dans son pays, reviendra quand même à Lénine dans un film de propagande folle furieuse, qu'il intitulera pompeusement Trois chants sur Lénine. Mais c'est une autre histoire...

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Published by François Massarelli - dans 1925 Dziga Vertov Demain, nous serons des milliers Muet
6 juin 2021 7 06 /06 /juin /2021 09:07

Deux jumelles nouvelles-nées sont séparées à la naissance suite au décès de leur mère, lors de la traversée de l'Atlantique. L'une d'entre elles sera élevée dans une famille bourgeoise du vieux New York Hollandais, les De Rhonde; l'autre sera la fille des O'Tandy, qui iront grossir les rangs des Irlandais de la ville, qui habitent dans d'infâmes taudis... Elles ne préserveront bien évidemment aucun lien...

Sauf que devenue actrice, Fely O'Tandy (Marion Davies) tape sérieusement dans l'oeil du grand fils des De Rhonde, et comme les O'Tandy, locataires de la famille De Rhonde justement, sont identifiés par le vieux financier comme le fer de lance de la contestation Irlandaise... Il y a donc du souci à se faire.

On va le dire tout de suite: il y a dans ce film des similitudes troublantes avec l'un des films précédents de Monta Bell, Lady of the night: Norma Shearer y incarnait là aussi deux femmes nées le même jour dans deux univers différents et qui se croisaient à peine, le temps d'un mélodrame... Sans que jamais le fait qu'elles se ressemblent tant ne soit pris en compte de façon très sérieuse dans le script! Et Marion Davies reprend le principe à son compte, en faisant toutefois de Fely le personnage principal du film. De l'autre, Anne De Rhonde, elle fait un portrait d'une grand sobriété. Bell a là aussi utilisé quelques artifices pour les filmer côté à côte, mais on pourrait presque l'oublier tellement les deux femmes sont dissemblables.

La principale impulsion créatrice du film est à imputer à Marion Davies, dont c'était la quatrième collaboration à la MGM. Il est probable que le choix de travailler avec Bell était motivé par un visionnage de Lady of the night, et cela expliquerait la similitude. En Fely, l'actrice a trouvé un personnage comme elle les aimait tant, une boule d'énergie, féminine mais prête à la castagne, pleine de ressources à défaut d'argent; elle commence d'ailleurs à l'interpréter avec zéro maquillage et zéro sophistication, permettant au passage par le music-hall de lui donner justement une transformation vers une créature plus avenante! Les scènes avec Conrad Nagel sont dominées par l'actrice qui est, une fois de plus, à son meilleur...

Le film est, un peu à l'imitation de Little Old New York, une évocation tendre du passé de l'Amérique, où la petite histoire (les bisbilles entre les O'Tandy et la "haute") rejoint la grande histoire, celle de la modernisation du pays: finances, mais aussi inventions et progrès technique: le rôle inattendu d'une petite Irlandaise y côtoie l'évocation de Thomas Edison et du très jeune Teddy Roosevelt! Monta Bell est à son affaire, avec son style qui lui permet de donner à voir les tribulations entre mélo et comédie de ses personnages principaux, tout en offrant une vie intérieure à son film par la façon dont il campe les gens autour d'eux. La plus belle preuve de soin de ces sept bobines reste la façon dont la couleur a été utilisée: une combinaison impressionnante de teintes, virages, du procédé Handshiegl et de Technicolor deux bandes, qui est même utilisé pour un effet dramatique pertinent, lors de l'arrivée théâtralisée de l'électricité à New York: bref, un blu-ray (Kino, régions A,B,C) sur lequel il est conseillé de foncer...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925 Marion Davies Monta Bell
23 mai 2021 7 23 /05 /mai /2021 10:06

Le premier long métrage "professionnel" de René Clair (par opposition au statut amateur de Paris Qui dort, et au fait que le célèbre Entr'acte soit un court métrage) est sorti au printemps 1925, et c'est un bien étrange objet... Il fait semblant durant son premier tiers d'être un mélodrame bourgeois, soigné mais pas forcément folichon:

Le député Julien Boissel (Georges Vaultier) va se marier avec Yvonne Vincent (Sandra Milowanoff), la fille d'un ancien ministre (Maurice Schutz). Tout irait pour le mieux si ce dernier n'avait laissé durant son activité politique des traces compromettantes... L'éditeur véreux (José Davert) d'une feuille de chou à scandales possède des preuves et souhaite les utiliser pour faire chanter le vieil homme; en échange il demande la main d'Yvonne... Celle-ci doit rompre, et Julien est au trente-sixième dessous...

C'est là que René Clair semble se reprendre et nous sort une histoire dominée par le fantastique. Boissel rencontre un étrange personnage (Paul Ollivier) et disparaît... Quelques temps après d'étranges phénomènes se produisent partout: des objets apparaissent et disparaissent, des moustaches mystérieuses sont désormais apposées sur un tableau (devinez lequel) et on jure qu'il y a un fantôme dans tout Paris... C'est un journaliste valeureux, bien qu'il s'appelle Degland (Albert Préjean), qui va découvrir la vérité: Boissel est toujours vivant, mais il participe à une expérience folle et dangereuse avec un savant probablement génial, mais aussi un peu fou.

On ne cachera pas qu'on accueille l'arrivée du deuxième acte avec plaisir, car le début, cette interminable exposition où tout le monde fronce le sourcil en permanence, est un peu pesant. D'ailleurs, à part son copain Préjean qui parcourt le film avec sa tonicité habituelle, pas grand monde n'a grand-chose à faire ici! Sandra Milowanoff en particulier, qui n'a que quelques plans pour se montrer, et sert essentiellement de prétexte poétique et de motivation dramatique. Quoique... une scène d'une rare violence, une tentative de viol perpétré par l'affreux éditeur, est située au milieu du film, et sauve un eu son personnage. Mais une fois Clair dans le cadre fantastique, on retrouve sa verve et son talent fou pour bricoler avec des effets spéciaux de base, un conte délirant et marqué par sa dette envers les cinéastes les plus lunaires. Rien que pour ça, on peut s'enthousiasmer pour ce cinéma d'un amoureux fou du septième art, auquel il restait encore à écrire quelques-unes des plus belles pages du cinéma Français.

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Published by François Massarelli - dans René Clair Muet 1925
24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 13:34

Alors qu'il se bat pour conquérir le coeur d'une jeune femme (Gertrude Olmsted), un jeune un peu niais sur les bords (Johnny Arthur) termine ses études de criminologie à distance, en s'attaquant au mystère de la commune: des disparitions étonnantes... La présence d'un sanatorium suspect, et le fait que d'étranges personnages se promènent dans la campagne en fête, aurait-il également à voir avec ces disparitions en série?

Réalisé en indépendant mais distribué par la Metro-Goldwyn-Mayer, The Monster est un de ces films qui hésitaient constamment entre film fantastique et comédie: ça commence d'ailleurs bien, voire très bien, avec une scène des plus intrigantes, et puis ça retourne vers une comédie comme il s'en produisait des caisses à l'époque, autour de la charmante niaiserie de la ruralité... Et surtout il faut attendre 30 minutes avant que le grand Lon Chaney (premier au générique, c'est après tout la même année que son inoubliable Erik dans The phantom of the opera) ne fasse son apparition...

Et c'est décevant: le film ne semble s'illuminer que quand West sort de ses cadres imposés, que ce soit le terrain de la comédie ou bien celui de la maison hantée avec tous ses sempiternels clichés. Et Chaney ne fait pas grand chose, ici, c'est le moins qu'on puisse dire. Non, le film ne devient vraiment intéressant qu'occasionnellement, par exemple quand on se retrouve face à une scène de funambulisme sous un orage avec un cinglé sur un toit; quelques plans ou séquences montrent bien une envie de montrer du bizarre... Mais on en revient toujours au tout-venant.

C'est toujours meilleur que l'abominable The Bat.

 

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Comédie Lon Chaney
7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 09:58

Richard Gaylord Jr (Richard Dix) est un bourreau des coeurs, et du portefeuille de son richissime papa: toutes les intrigantes qu'il séduit finissent par lui valoir des ennuis judiciaires (il existe une loi  à l'époque qui régit l'aliénation d'affection), et le père lui confie un travail dans les Pyrénées, au Pays Basque, pensant que les femmes là-bas le laisseront tranquille... 

Mais il va rencontrer une jolie basque, ainsi qu'un très ombrageux rival: le capitaine Julio, intrigant notoire (William Powell)...

C'est mignon tout plein, cette comédie de six bobines est amusante, sans être bien entendu un chef d'oeuvre. On aimerait un peu plus de fantaisie (à ce titre, Womanhandled de Gregory La Cava était bien plus intéressant). Mais voilà: Dix se considérait comme un homme d'action avant tout, et il ronge son frein dans une bonne part du film. William Powell, sans surprise, est impérial dans toutes ses scènes...

Et sinon, on parle beaucoup de ce film parce qu'il montre le premier rôle cinématographique de Harpo Marx.

Et bien que le film soit muet, il... 

parle.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet 1925
3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 10:23

Sous ce titre faussement Italien se cache un film Danois, une fois de plus très éloigné de ce qu'on attend du pays de Dreyer... Sandberg était sans doute le principal réalisateur de films populaires mais ambitieux, ou ambitieux mais populaires selon les cas. Si le célèbre Klovnen, réalisé l'année suivante, apparaît avec sa fin tragique et sa durée hors normes comme appartenant à la deuxième catégorie, on retrouve avec ce film fortement romantique redécouvert aujourd'hui à la faveur de la diffusion d'une copie Américaine, un mélodrame classique, et surtout couronné par une fin heureuse... Dans la copie disponible en tout cas.

Un prologue établit le fin fond de l'histoire: à Rome en 1830, un sculpteur Danois (Olaf Fonss) vit le parfait amour avec son modèle, une jeune femme de la bonne société de Copenhague dont le père est le commanditaire d'une sculpture. Mais l'artiste ne sait pas que l'oeuvre est destinée à être utilisée comme appât par les parents pour marier leur fille. Quand il le découvre, le jeune artiste détruit la statue et disparaît à la faveur d'une catastrophe naturelle.

Vingt ans après, le fils (Einar Hanson) de la fiancée malheureuse, exilé par son beau-père, a lui aussi de sérieux ennuis amoureux dans la même ville de Rome, en raison de la bêtise et de la frilosité d'un père qui cherche avant tout le confort financier et cherche à l'acquérir par le mariage de sa fille (Karina Bell)... Mais un odieux personnage qui la convoite va tout faire rater...

C'est, sans être une déception, un film mineur au regard des brillants films de genre déjà vus de Sandberg: mais après Nerfs Brisés (le mystère de Park Hill), le metteur en scène a touché au succès, et a sans doute à coeur de montrer sa versatilité. Ici, les studios de la Nordisk, tout en dépêchant la troupe jusqu'en Italie pour quelques scènes-clés, ont mis les moyens: reconstitution de Copenhague en 1850, plans de truquages (plutôt ratés, hélas) pour une inondation et un raz de marée inattendu, et une intrigue à tiroirs qui permet de multiplier les grands tableaux avec beaucoup de figurants, dont un carnaval 1850 qui anticipe généreusement sur Les Enfants du Paradis... Donc c'est un mélo aux multiples attractions, dans des décors soignés, à l'interprétation fort adroite... Si on est prêt, bien sûr, à accepter le quinquagénaire Olaf Fonss, vieux routier des studios Danois, en jeune artiste. Sandberg fera nettement mieux, de toute façon...

 

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet A.W. Sandberg