Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

Catégories

5 septembre 2021 7 05 /09 /septembre /2021 08:58

Une bande d'actualité, ou quelque chose d'approchant... Dziga Vertov, Boris Kaufman et Elisabeth Svilova se sont lancés au milieu des années 20 dans la réalisation de moyens métrages de points de vue documentaires, qui sont autant de la propagande que de l'actualité. Il y en a eu 23 en tout, et celui-ci est notable pour une raison assez évidente: il s'agit de celui qui prend prétexte de célébrer Lénine mort en janvier 1924, pour rappeler les avancées de la révolution... à moins que ce ne soit le contraire.

On retrouve donc le style "volontariste" soviétique, fait d'une certaine maîtrise de tout ce qui concerne le montage, d'une apostrophe permanente du spectateur par des intertitres envahissants et sans le moindre "quatrième mur, d'une constante insistance sur la vérité supposée de ce qui reste un montage de propagande, et... des tracteurs, ben tiens.

Vertov, qui restera un éternel électron libre dans son pays, reviendra quand même à Lénine dans un film de propagande folle furieuse, qu'il intitulera pompeusement Trois chants sur Lénine. Mais c'est une autre histoire...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans 1925 Dziga Vertov Demain, nous serons des milliers Muet
6 juin 2021 7 06 /06 /juin /2021 09:07

Deux jumelles nouvelles-nées sont séparées à la naissance suite au décès de leur mère, lors de la traversée de l'Atlantique. L'une d'entre elles sera élevée dans une famille bourgeoise du vieux New York Hollandais, les De Rhonde; l'autre sera la fille des O'Tandy, qui iront grossir les rangs des Irlandais de la ville, qui habitent dans d'infâmes taudis... Elles ne préserveront bien évidemment aucun lien...

Sauf que devenue actrice, Fely O'Tandy (Marion Davies) tape sérieusement dans l'oeil du grand fils des De Rhonde, et comme les O'Tandy, locataires de la famille De Rhonde justement, sont identifiés par le vieux financier comme le fer de lance de la contestation Irlandaise... Il y a donc du souci à se faire.

On va le dire tout de suite: il y a dans ce film des similitudes troublantes avec l'un des films précédents de Monta Bell, Lady of the night: Norma Shearer y incarnait là aussi deux femmes nées le même jour dans deux univers différents et qui se croisaient à peine, le temps d'un mélodrame... Sans que jamais le fait qu'elles se ressemblent tant ne soit pris en compte de façon très sérieuse dans le script! Et Marion Davies reprend le principe à son compte, en faisant toutefois de Fely le personnage principal du film. De l'autre, Anne De Rhonde, elle fait un portrait d'une grand sobriété. Bell a là aussi utilisé quelques artifices pour les filmer côté à côte, mais on pourrait presque l'oublier tellement les deux femmes sont dissemblables.

La principale impulsion créatrice du film est à imputer à Marion Davies, dont c'était la quatrième collaboration à la MGM. Il est probable que le choix de travailler avec Bell était motivé par un visionnage de Lady of the night, et cela expliquerait la similitude. En Fely, l'actrice a trouvé un personnage comme elle les aimait tant, une boule d'énergie, féminine mais prête à la castagne, pleine de ressources à défaut d'argent; elle commence d'ailleurs à l'interpréter avec zéro maquillage et zéro sophistication, permettant au passage par le music-hall de lui donner justement une transformation vers une créature plus avenante! Les scènes avec Conrad Nagel sont dominées par l'actrice qui est, une fois de plus, à son meilleur...

Le film est, un peu à l'imitation de Little Old New York, une évocation tendre du passé de l'Amérique, où la petite histoire (les bisbilles entre les O'Tandy et la "haute") rejoint la grande histoire, celle de la modernisation du pays: finances, mais aussi inventions et progrès technique: le rôle inattendu d'une petite Irlandaise y côtoie l'évocation de Thomas Edison et du très jeune Teddy Roosevelt! Monta Bell est à son affaire, avec son style qui lui permet de donner à voir les tribulations entre mélo et comédie de ses personnages principaux, tout en offrant une vie intérieure à son film par la façon dont il campe les gens autour d'eux. La plus belle preuve de soin de ces sept bobines reste la façon dont la couleur a été utilisée: une combinaison impressionnante de teintes, virages, du procédé Handshiegl et de Technicolor deux bandes, qui est même utilisé pour un effet dramatique pertinent, lors de l'arrivée théâtralisée de l'électricité à New York: bref, un blu-ray (Kino, régions A,B,C) sur lequel il est conseillé de foncer...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1925 Marion Davies Monta Bell
23 mai 2021 7 23 /05 /mai /2021 10:06

Le premier long métrage "professionnel" de René Clair (par opposition au statut amateur de Paris Qui dort, et au fait que le célèbre Entr'acte soit un court métrage) est sorti au printemps 1925, et c'est un bien étrange objet... Il fait semblant durant son premier tiers d'être un mélodrame bourgeois, soigné mais pas forcément folichon:

Le député Julien Boissel (Georges Vaultier) va se marier avec Yvonne Vincent (Sandra Milowanoff), la fille d'un ancien ministre (Maurice Schutz). Tout irait pour le mieux si ce dernier n'avait laissé durant son activité politique des traces compromettantes... L'éditeur véreux (José Davert) d'une feuille de chou à scandales possède des preuves et souhaite les utiliser pour faire chanter le vieil homme; en échange il demande la main d'Yvonne... Celle-ci doit rompre, et Julien est au trente-sixième dessous...

C'est là que René Clair semble se reprendre et nous sort une histoire dominée par le fantastique. Boissel rencontre un étrange personnage (Paul Ollivier) et disparaît... Quelques temps après d'étranges phénomènes se produisent partout: des objets apparaissent et disparaissent, des moustaches mystérieuses sont désormais apposées sur un tableau (devinez lequel) et on jure qu'il y a un fantôme dans tout Paris... C'est un journaliste valeureux, bien qu'il s'appelle Degland (Albert Préjean), qui va découvrir la vérité: Boissel est toujours vivant, mais il participe à une expérience folle et dangereuse avec un savant probablement génial, mais aussi un peu fou.

On ne cachera pas qu'on accueille l'arrivée du deuxième acte avec plaisir, car le début, cette interminable exposition où tout le monde fronce le sourcil en permanence, est un peu pesant. D'ailleurs, à part son copain Préjean qui parcourt le film avec sa tonicité habituelle, pas grand monde n'a grand-chose à faire ici! Sandra Milowanoff en particulier, qui n'a que quelques plans pour se montrer, et sert essentiellement de prétexte poétique et de motivation dramatique. Quoique... une scène d'une rare violence, une tentative de viol perpétré par l'affreux éditeur, est située au milieu du film, et sauve un eu son personnage. Mais une fois Clair dans le cadre fantastique, on retrouve sa verve et son talent fou pour bricoler avec des effets spéciaux de base, un conte délirant et marqué par sa dette envers les cinéastes les plus lunaires. Rien que pour ça, on peut s'enthousiasmer pour ce cinéma d'un amoureux fou du septième art, auquel il restait encore à écrire quelques-unes des plus belles pages du cinéma Français.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans René Clair Muet 1925
24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 13:34

Alors qu'il se bat pour conquérir le coeur d'une jeune femme (Gertrude Olmsted), un jeune un peu niais sur les bords (Johnny Arthur) termine ses études de criminologie à distance, en s'attaquant au mystère de la commune: des disparitions étonnantes... La présence d'un sanatorium suspect, et le fait que d'étranges personnages se promènent dans la campagne en fête, aurait-il également à voir avec ces disparitions en série?

Réalisé en indépendant mais distribué par la Metro-Goldwyn-Mayer, The Monster est un de ces films qui hésitaient constamment entre film fantastique et comédie: ça commence d'ailleurs bien, voire très bien, avec une scène des plus intrigantes, et puis ça retourne vers une comédie comme il s'en produisait des caisses à l'époque, autour de la charmante niaiserie de la ruralité... Et surtout il faut attendre 30 minutes avant que le grand Lon Chaney (premier au générique, c'est après tout la même année que son inoubliable Erik dans The phantom of the opera) ne fasse son apparition...

Et c'est décevant: le film ne semble s'illuminer que quand West sort de ses cadres imposés, que ce soit le terrain de la comédie ou bien celui de la maison hantée avec tous ses sempiternels clichés. Et Chaney ne fait pas grand chose, ici, c'est le moins qu'on puisse dire. Non, le film ne devient vraiment intéressant qu'occasionnellement, par exemple quand on se retrouve face à une scène de funambulisme sous un orage avec un cinglé sur un toit; quelques plans ou séquences montrent bien une envie de montrer du bizarre... Mais on en revient toujours au tout-venant.

C'est toujours meilleur que l'abominable The Bat.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Comédie Lon Chaney
7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 09:58

Richard Gaylord Jr (Richard Dix) est un bourreau des coeurs, et du portefeuille de son richissime papa: toutes les intrigantes qu'il séduit finissent par lui valoir des ennuis judiciaires (il existe une loi  à l'époque qui régit l'aliénation d'affection), et le père lui confie un travail dans les Pyrénées, au Pays Basque, pensant que les femmes là-bas le laisseront tranquille... 

Mais il va rencontrer une jolie basque, ainsi qu'un très ombrageux rival: le capitaine Julio, intrigant notoire (William Powell)...

C'est mignon tout plein, cette comédie de six bobines est amusante, sans être bien entendu un chef d'oeuvre. On aimerait un peu plus de fantaisie (à ce titre, Womanhandled de Gregory La Cava était bien plus intéressant). Mais voilà: Dix se considérait comme un homme d'action avant tout, et il ronge son frein dans une bonne part du film. William Powell, sans surprise, est impérial dans toutes ses scènes...

Et sinon, on parle beaucoup de ce film parce qu'il montre le premier rôle cinématographique de Harpo Marx.

Et bien que le film soit muet, il... 

parle.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Comédie Muet 1925
3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 10:23

Sous ce titre faussement Italien se cache un film Danois, une fois de plus très éloigné de ce qu'on attend du pays de Dreyer... Sandberg était sans doute le principal réalisateur de films populaires mais ambitieux, ou ambitieux mais populaires selon les cas. Si le célèbre Klovnen, réalisé l'année suivante, apparaît avec sa fin tragique et sa durée hors normes comme appartenant à la deuxième catégorie, on retrouve avec ce film fortement romantique redécouvert aujourd'hui à la faveur de la diffusion d'une copie Américaine, un mélodrame classique, et surtout couronné par une fin heureuse... Dans la copie disponible en tout cas.

Un prologue établit le fin fond de l'histoire: à Rome en 1830, un sculpteur Danois (Olaf Fonss) vit le parfait amour avec son modèle, une jeune femme de la bonne société de Copenhague dont le père est le commanditaire d'une sculpture. Mais l'artiste ne sait pas que l'oeuvre est destinée à être utilisée comme appât par les parents pour marier leur fille. Quand il le découvre, le jeune artiste détruit la statue et disparaît à la faveur d'une catastrophe naturelle.

Vingt ans après, le fils (Einar Hanson) de la fiancée malheureuse, exilé par son beau-père, a lui aussi de sérieux ennuis amoureux dans la même ville de Rome, en raison de la bêtise et de la frilosité d'un père qui cherche avant tout le confort financier et cherche à l'acquérir par le mariage de sa fille (Karina Bell)... Mais un odieux personnage qui la convoite va tout faire rater...

C'est, sans être une déception, un film mineur au regard des brillants films de genre déjà vus de Sandberg: mais après Nerfs Brisés (le mystère de Park Hill), le metteur en scène a touché au succès, et a sans doute à coeur de montrer sa versatilité. Ici, les studios de la Nordisk, tout en dépêchant la troupe jusqu'en Italie pour quelques scènes-clés, ont mis les moyens: reconstitution de Copenhague en 1850, plans de truquages (plutôt ratés, hélas) pour une inondation et un raz de marée inattendu, et une intrigue à tiroirs qui permet de multiplier les grands tableaux avec beaucoup de figurants, dont un carnaval 1850 qui anticipe généreusement sur Les Enfants du Paradis... Donc c'est un mélo aux multiples attractions, dans des décors soignés, à l'interprétation fort adroite... Si on est prêt, bien sûr, à accepter le quinquagénaire Olaf Fonss, vieux routier des studios Danois, en jeune artiste. Sandberg fera nettement mieux, de toute façon...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans 1925 Muet A.W. Sandberg
10 août 2020 1 10 /08 /août /2020 11:01

Sally (Constance Bennett) est la vedette occasionnelle d'un show à Broadway, et a patiemment construit son statut de star durant les années en gardant ses collègues à distance et en laissant s'approcher les hommes, surtout Morton (Henry Kolker). Irene (Joan Crawford), jeune femme au comportement exemplaire, fait partie des chorus girls et danse le charleston en solo pour l'un des grands moments de la revue. Elle vit chez son père et sa mère qui lui font entièrement confiance; son problème, c'est que deux hommes la dévorent du regard durant le spectacle: l'un l'aime, l'autre la convoite... Et elle ne va pas choisir le bon. Enfin, Mary (Sally O'Neill), jeune femme de la modeste communauté Irlandaise de New York, fiancée à un plombier (William Haines), vient d'arriver dans la revue et doit subir l'attitude hautaine de Sally. Sauf que Morton, l'amant de celle-ci, est frappé par la fraîcheur de Mary et décide de la conquérir...

Légèrement précurseur de la série des films sur la fin du jazz age, produits à la MGM (dont Our dancing daughters sera le vrai prototype), ce film très soigné réussit à transcender son statut de petit film de genre: bien sûr, il y a là beaucoup de clichés, et pas de la toute première fraîcheur, mais très vite Goulding s'attache à ses personnages et donc à ses actrices. Celle qui reste le centre de toute l'attention, et pas seulement de tous les personnages masculins, est si on en croit le scénario Sally O'Neill, et c'est vrai qu'elle y met beaucoup de coeur et d'énergie.

Mais Joan Crawford, qui était encore sous surveillance à la MGM, où on lui confiait beaucoup de tout petits rôles (voire, comme dans Lady of the night, un simple travail de doublure), crève l'écran du début à la fin, avec un rôle de jeune femme exemplaire tout à coup tentée par le glamour d'un playboy, et qui va finir par plonger dans la tragédie. Elle est, d'une certaine façon, celle qui va agir comme un révélateur des unes et des autres, dans le trio de personnages qui donnent son titre au film. Une belle scène vers la fin du film, nous montre les grils qui dansent le charleston, toutes en pleine crise de larmes: elles viennent d'apprendre la mort de l'une d'entre elles... Tout à coup, elles aperçoivent son fantôme au milieu de la scène...

La mise en scène est d'une grande élégance, avec en particulier un cadrage d'une belle originalité, mais le film a ses limites: il reste un produit de grne dans sa morale un brin étriquée, et il est bien moins intéressant que le superbe Upstage de Monta Bell, qui sortira l'année suivante et qui est empreint d'une belle ironie...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1925
14 juillet 2020 2 14 /07 /juillet /2020 09:58

Faire se rejoindre le souffle épique du cinéma, l'intimisme du drame, et le côté populaire de ce qu'on appelait à l'époque les ciné-romans... Quoi de mieux que Les Misérables d'Hugo pour obtenir ce résultat? C'est que Fescourt, qui participe à toutes ces entreprises, a sans doute à coeur de faire un film dans lequel il pourra exprimer toute sa sensibilité. Un roman qui, près de trois quarts de siècle après sa parution, incarne presque à lui tout seul la sensibilité particulière d'un siècle d'humanité: Chrétien mais pas servilement; révolté par l'injustice, mais pas injuste avec les grands de ce monde; un roman témoin d'un siècle de progrès humain autant que de la pérennité de l'oppression, et dont les justes comme les salauds étaient à leur façon des héros, témoins d'une expérience complète de l'humanité. Toute la sensibilité géniale, foisonnante, de l'indigné Hugo s'y trouvait, et chacun, lecteur ou spectateur, pouvait à son tour s'y retrouver... C'est exactement ce que l'on peut dire de cette version du roman par Henri Fescourt.

Ce n'était pas la première fois que le roman était adapté, Capellani s'y était attelé en 1912 et la Fox en avait produit une version de Frank Lloyd pour servir de véhicule à l'acteur William Farnum. Ce ne serait bien sûr pas non plus la dernière... Et si la version de Raymond Bernard de 1933 a la faveur des cinéphiles (à juste titre, elle est formidable), c'est cette version de 1925 qui porte la redoutable distinction d'être la première, et à ma connaissance, la seule à être aussi fidèle au roman, non seulement dans sa trame globale, mais aussi dans la multiplicité de ses rebondissements. Et donc dans sa durée... J'ai dit ici ou là que l'un des enjeux du cinéma muet des années 20 était d'y insérer la dimension romanesque. C'est ce qui a motivé des films comme Greed, aux Etats-Unis, avec le résultat désastreux que l'on sait, ou La roue en France, dont au moins une version témoigne de la réussite. En adaptant Les Misérables pour la Compagnie des Ciné-Romans, Fescourt s'est donc attelé à un film-fleuve de plus de six heures en quatre parties (inspirées par le découpage de son roman par Victor Hugo), une oeuvre qui se refuse à choisir entre l'attrait du cinéma populaire et l'exploration psychologique des personnages. Après tout, Hugo avait lui aussi situé son drame non seulement dans la réalité sociale d'un pays en proie à des bouleversements à répétition, mais aussi et peut-être surtout dans la tête en constante révolution de ses personnages principaux: Javert, le jeune Marius Pontmercy, et bien sûr Jean Valjean...

Le premier atout, considérable, du film, est dans ses personnages, justement. Une durée de six heures de film a permis au metteur en scène de développer les caractères, de laisser la chronologie et la suite des événements rendre les actes et les pensées visibles, logiques, motivées non par le recours aux types et stéréotypes, mais bien par un parcours psychologique, par un recours aussi à ce qu'on laisserait aujourd'hui dans la marge et qu'on appellerait "back story"; c'est vrai pour Marius (François Rozet) qui acquiert sous nos yeux de la maturité en raison du côté tortueux de ses origines qui nous sont d'ailleurs présentées en détail, c'est vrai évidemment pour Jean Valjean auquel Garbiel Gabrio confère une impressionnante force tout en jouant en permanence à l'économie. C'est vrai enfin pour Javert, que Jean Toulout (un acteur méconnu, que son physique condamnait à jouer des stéréotypes) interprète du début à la fin quasiment avec le seul recours à ses yeux... Complétant la galerie, on aura évidemment Monseigneur Myriel (s'il fallait absolument se plaindre, c'est ici: Paul Jorge interprète vraiment le personnage avec les clichés du bon ecclésiaste), Fantine et Cosette interprétée toutes deux par Sandra Milowanoff, le vieux Gillenormand, développé dans toutes ses contradictions fascinantes par Henri Maillard, puis toute une faune formidable, tirée de tous les coins et recoins de l'oeuvre adaptée... Et puis il y a les Thénardier.

C'est un peu devenu LE rôle pour un acteur ou une actrice... Jouer un Thénardier, surtout à l'époque du parlant, c'est marquer l'écran et les esprits avec toute la panoplie de l'ordure... On apprécie que Fescourt ait choisi ici une autre approche, dans laquelle les Thénardier vont se révéler par étapes. Quand Fantine voit la mère Thénardier, seule avec ses filles devant leur auberge minable de Montfermeil, elle apparaît comme une mère, aimante et calme, qui regarde avec tendresse ses deux filles Eponine et Azelma jouer. De quoi donner confiance à Fantine qui lui confiera bientôt sa fille: c'est justement dès qu'on parlera d'argent que les Thénardier  vont se révéler. Et Georges Saillard, qui interprète le fameux "Sergent de Waterloo", va le jouer génialement, avec le corps, les yeux, et la puissance que lui confère son petit corps de planqué... Un personnage qui survivra du début à la fin sur un malentendu qu'il exploitera jusqu'à plus-soif... Deux autres Thénardier seront développés dans les deux dernières parties du film, bien sûr: Eponine devenue adulte est incarnée par Suzanne Nivette, une actrice rare et dont le physique (grande, maigre, brune, au profil saillant) sert à merveille un personnage fabuleux de jeune femme née du ruisseau et la tête dans les étoiles. J'ai toujours pensé qu'Orane Demazis gâchait toutes les scènes qu'elles jouait par sa diction dans le film de 1933, un défaut évidemment qu'on ne peut reprocher à cette actrice! Mais au-delà de l'absence de son, Fescourt enrichit le personnage en laissant à l'actrice le soin de la faire vivre aussi longuement que possible, et lui confère un authentique point de vue quand son chemin croise celui de Marius, Valjean et Cosette. Et puis bien sûr il y a Gavroche (Charles Badiole), auquel la continuité du film permet d'échapper au cliché que le personnage est devenu, ce gamin sorti de nulle part pour devenir un héros des barricades; ici, on sait que Gavroche est en fait un gamin qui n'a pas été aimé, ni probablement voulu, par ses parents, et condamné dès son plus jeune âge à vivre à l'écart, ce qui nous est expliqué en quelques secondes par un plan d'une rare efficacité. Et s'il demande le plus souvent de la subtilité à ses acteurs, parfois Fescourt il va au contraire jouer la carte de l'excès, ainsi pour le personnage de Fantine (la scène de son arrestation par Toulout-Javert, sous les yeux de Madeleine-Valjean-Gabrio)) il permettra à Sandra Milowanoff de se lâcher complètement, dans une scène qui atteint au baroque, mais dans lequel la déchéance de la jeune femme la fait aller jusqu'au bout de l'horreur de sa situation; ou encore favorise-t-il avec le jeu de Maillard l'excentricité de Gillenormand, qui trottine plus qu'il ne marche, voûté sur sa canne, dans sa propre maison. Tous ces excès, ciblés, sont à bon escient... Car c'est toujours le naturel qui domine, pas seulement celui des acteurs, mais celui des personnages... et du décor.

Dès le départ, Fescourt a décidé de tirer profit autant que possible des paysages et des villages Français, en particulier des petites bourgades pas encore forcément touchées par le progrès dans le sud de la France. La vision de Valjean, qui arrive à Digne, au beau milieu des montagnes, marchant en plein soleil sur des chemins rocailleux, montre à merveille ce parti-pris qui ne quittera jamais le cinéaste dans les trois premières parties du film, qui respirent en permanence. Le choix de tourner l'insurrection des trois jours en studio s'explique facilement: la révolution tragique qui reste l'événement phare de la dernière partie, celui dans lequel les caractères de tous les personnages vont se révéler, et pour certain mourir, implique une logistique phénoménale, une utilisation savante d'explosifs et d'armes, et devait sans doute être contenue par le studio afin d'être contrôlée. Donc ça se voit, mais ça reste grandiose grâce au souffle de la mise en scène, au montage, et à l'interprétation. J'irais même volontiers jusqu'à dire que Fescourt réussit avec bonheur à tourner une scène aussi spectaculaire (comme Raymond Bernard dans Le miracle des loups, ou dans Le joueur d'échecs) sans jamais se vautrer dans l'excès de zèle comme un Gance qui aurait sans doute demandé en permanence à ses acteurs de se serrer la main de façon virile, les yeux dans les yeux, entre chaque coup de fusil!

Les costumes, qui doivent couvrir le temps d'une génération et adopter les changements de la mode de 1815 à 1835, sont aussi étudiés jusque dans les moindres détails, entre culotte avec bas et escarpins, et bottes cachées sous d'austères mais élégants pantalons fuseaux... Et la mode devient non seulement indicatrice de l'époque, témoin du temps qui passe, elle est aussi évidemment une donnée sociale et parfois un reflet du caractère. Ainsi le vieux Gillenormand, un légitimiste aux idées raides qui contredisent son grand coeur, est-il du début à la fin du film habillé à la mode de 1815, alors que Javert adopte dès le départ l'habit fonctionnel qui sera le sien tout du long: parfait pour sa personnalité qui se refuse à tout changement, le conservatisme dans toute sa puissance...

La mise en scène est inspirée, directe, sans jamais dévier de la lisibilité pour le spectateur, et se reposant sur un nombre d'intertitres, le plus souvent didactiques, qui est remarquablement bas. Ils sont inspirés d'Hugo, bien entendu: ce sont les cartons qui chanteront à la place de Gavroche son fameux "la faute à Voltaire", mais la scène est bien dans le film! La photographie est due à quatre opérateurs (Raoul Aubourdier, Léon Donnot, Georges Lafont et Karémine Mérobian, tous inconnus au bataillon en ce qui me concerne) qui se sont succédés sur le tournage et Fescourt a réalisé avec eux des prouesses: je parlais des scènes solaires des premières parties, mais les scènes de nuit abondent, et non des moindres: la sortie de Cosette, avec ses visions monstrueuses d'enfant, les scènes crapuleuses des visites de Valjean au crapuleux domicile des Thénardier qui ont quitté Montfermeil... La scène des égouts enfin est formidable, et l'obscurité est utilisé avec un grand bonheur pour dissimuler de  probables artifices, car on s'y croirait vraiment... Le montage, bien sûr, est très maîtrisé, éloigné des exercices délirants à la Gance ou L'Herbier, Fescourt sachant exactement ce que le public des Ciné-Romans attend. Mais ça ne l'empêche pas de l'utiliser avec génie quand il s'agit de souligner une émotion (un gros plan de Cosette, de deux ou trois photogrammes qui servira à montrer la pensée de Marius quand il pense qu'il va mourir) ou de montrer, selon le mot d'Hugo, la tempête sous un crâne. Ce n'est pas du crâne de Valjean qu'il s'agit ici, mais bien de celui de Javert, qui vient de souffrir d'un geste de bonté de Valjean et pire, lui a témoigné lui-même de la bonté à son tour. Fescourt nous montre Javert, assis seul avec sa conscience au poste de police; son regard est désemparé, dans le vide. Un intertitre: "L'idéal, pour Javert, ce n'était pas d'être humain, c'était d'être irréprochable". Puis, il retourne au plan du personnage assis. Soudain, deux intertitres: "Autorité", "Loi"; retour à Javert, la caméra s'est rapprochée, le visage s'affaisse sous le coup du doute; deux intertitres, les caractères sont plus gros: "Devoir", "Justice". Nous retournons à Javert, la caméra s'est à nouveau rapprochée. Son regard glisse vers elle, comme s'il nous regardait dans les yeux. Un intertitre, en caractères énormes: "Bonté". Puis le visage, les yeux droit dans les nôtres, en très gros plan. Un intertitre: "Dieu"; un retour au même plan, mais cette fois, Javert baisse les yeux, troublé; le plan est devenu flou...

On pourrait encore y retourner, reprendre ces six heures méthodiquement et en retirer les trésors, qu'ils aient été dictés par la nécessité de traduire Hugo pour le cinéma, ou d'affirmer une sensibilité personnelle de Fescourt. Avec ce film de six heures, point culminant probable d'une oeuvre immense, mais si rare, il a réussi en tous points une adaptation essentielle, vision d'un classique autant que son illustration parfaite, dont e dois dire qu'elle m'apparaît comme la meilleure que j'ai vue tout simplement; peut-être parce que c'est la plus complète, et parce que Fescourt a compris comme d'autres à l'époque, que le cinéma pouvait bien s'accommoder de la durée; d'ailleurs, la mode n'est-elle pas au binge-watching, au fait de consommer des images par épisodes successifs, des heures durant? Ce qui permet à des personnages d'acquérir une profondeur, une vérité troublante, de par leur parcours. Gance, Stroheim, et manifestement Fescourt avaient tout compris. ...Et incidemment, Hugo aussi. Et ici, c'est au service d'un drame humaniste de haute volée que cette durée psychologique s'applique pour notre plus grand bonheur.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans 1925 Henri Fescourt Muet
7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 18:14

Un comptable Américain, Harry (Nicolas Rimsky), francophile jusqu'à la naïveté (il passe le plus clair de son temps de travail à lire une vieille édition d'un roman de mousquetaires et rêve de vivre "là-bas", rencontre une jeune femme (Dolly Davis) qu'il croit, dans son délire chevaleresque, sauver du suicide, et ils deviennent inséparables. Ils se fiancent, et quand Harry gagne de l'argent grâce à un coup en bourse, il décide qu'ils vont s'offrir un voyage mémorable à Paris, au terme duquel il envisage un mariage face à Notre-Dame!

Mais rien, alors rien du tout, ne se passera comme prévu! Pour commencer, lors du voyage organisé, Harry passera son temps à ralentir la troupe à cause de sa maladresse; ensuite, il va vite être supplanté par un bellâtre, nobliau de surcroît. Et pour finir, il va se perdre...

L'idée de Nicolas Rimsky, auréolé d'un beau succès pour son film précédent, était de contribuer avec Albatros à rendre le cinéma français international. Juste retour des choses, le film est construit sur une optique que les cinéastes jugeaient internationale, marchant aussi bien en France (caricature tendre des Américains visitant la France) qu'à l'étranger (un Paris éternel, mais parfois bien embrouillé pour le voyageur). Le film a eu du succès, mais il n'est pas la meilleure comédie de tous les temps loin de là. Au moins permet-il de nous rappeler l'existence, au sein de la décidément bien versatile compagnie de Montreuil, d'une équipe d'excentriques qui tentaient de faire sienne le slapstick, en le francisant un peu. Ici, on appréciera de quelle façon les cinéastes suivent l'exemple de Gance et Volkoff en se livrant à quelques prouesses de montage, et une visite express du Louvre (reconstitué en studio, et on y voit au moins deux "Jocondes"!)... Le reste est parfois un rien franchouillard quand même. Pas mal pour un Russe!

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Comédie Albatros Nicolas Rimsky
10 avril 2020 5 10 /04 /avril /2020 18:22

"Les chemins de la force et de la beauté", un titre hallucinant pour un film muet Allemand, à l'époque de Faust et de Metropolis? Disons que le propos de Wilhelm Prager, associé à Nicholas Kaufmann, n'est bien sur pas le même que ceux de Murnau et Lang... Son film est un documentaire, comparable à Häxan (Christensen, 1922) dans la mesure ou il utilise ici des recréations fantasmées de scènes racontées, et aussi parce qu'il s'agit de faire passer une idée. La Körper Kultur, ou culture du corps, est en plein essor, et elle n'est pas encore entachée par la compromission avec le Nazisme. L'idée du film est de montrer quelle devrait être la place du corps dans les sociétés modernes (de 1925, bien entendu), où l'homme et la femme ne se préoccupent pas suffisamment de leur santé et de leur... beauté. Le film cite abondamment les Grecs, se repaît à satiété de visions d'athlètes nus, généralement blancs, et cite à la fin l'exemple d'une Romaine qui se baigne dans la tradition antique, pour prendre soin de son corps dans les moindres détails, avec une dizaine d'esclaves aussi nues qu'elle pour la servir.

Un ange passe.

Le succès de ce film a-t-il été vraiment motivé par le message de santé corporelle, ou la présence récurrente d'athlètes, danseurs, modèles et figurant(e)s nus a-t-il contribué? On y fait finalement beaucoup l'apologie du naturisme, plus que de la santé sportive. Néanmoins, une curiosité qui montre l'étendue du pouvoir philosophique du cinéma: ce film, après tout, est un essai...

Je faisais allusion quelques lignes plus haut, à la compromission avec le nazisme. Ce film ne parle que du corps, mais il n'en reste pas moins précurseur sur un certain nombre de points, notamment dans le recours constant et admiratif à l'antiquité, et puis... ces grands rassemblements de gymnastique, à la fin. Ils me font froid dans le dos...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Mettons-nous tous tout nus