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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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21 février 2020 5 21 /02 /février /2020 15:52

De tous les films du metteur en scène Afro-Américain Micheaux, ceci, son troisième et dernier film muet conservé (sur une vingtaine!), est son plus célèbre. Et pour cause(s): d'une part, c'est son film le plus direct et le plus simple; ensuite, c'est celui qui a longtemps été la seule trace viable de son oeuvre... Enfin, il y a, et c'est une exception dans son oeuvre, un acteur de premier plan, le comédien Paul Robeson, personnalité du théâtre légitime qui en dépit de sérieuses réserves quant au contenu du film, a fini par accepter d'y jouer un intéressant double rôle...

Robeson y est donc "Body" and "Soul", corps et âme, encore qu'il y ait une ambiguité quant au sens à attribuer à chaque terme, car l'un des deux personnages joués par l'acteur est un clergyman, doc on serait tenté de le considérer comme l'âme... Mais le pasteur Jenkins, ou celui qui se fait passer pour le pasteur tant il apparaît comme un escroc, est un sale type peu recommandable: menteur, ancien condamné, voleur, et même, dans la pure tradition du mélodrame, violeur!

A côté de lui, Sylvester, l'autre homme interprété par Robeson, a tout du gendre parfait, ce qui nous amène à nous demander ce qui motive la mère (Mercedes Gilbert) de la jeune Isabelle (Julia Theresa Russel) à refuser que sa fille convole en justes noces avec lui! C'est sans doute d'une part parce que bien que travailleur et sobre il n'est pas aisé; et puis, il y a le charisme du faux prêtre, sa capacité à envoyer toute la paroisse en pâmoison! Lors d'un rêve qui sonnera comme une descente aux enfers, finalement, la maman verra enfin la vérité sur celui dont elle voulait faire son gendre...

Jamais personne ne semble remarquer que dans ce film, les deux personnages masculins, celui qui pourrait accompagner Isabelle vers le bonheur, Sylvester (soul) et celui qui l'emporterait avec lui en enfer, le pasteur (body) sont ressemblants comme deux gouttes d'eau! On échappe même au terrible coup de théâtre qui nous révélerait qu'il s'agit de la même personne! Pourtant, les appels du pied à l'histoire marécageuse du mélo sont nombreux dans le film, mais son principal intérêt repose dans l'obstination remarquable de Micheaux de faire un pamphlet dans lequel il accuse la religion de faire le jeu de la ségrégation en laissant les noirs dans l'ignorance...

Un message rare, et probablement précieux au regard du fait qu'il ait fallu attendre l'arrivée en 1955 sur le devant de la scène de Martin Luther King pour qu'enfin une possibilité de fédérer les Afro-Américains derrière leurs leaders religieux ait, enfin, du poids... A travers ce mélo boiteux mais énergique, plus concentré et plus soigné que les deux autres films muets qu'il nous a laissé, Micheaux aurait-il vu juste?

 

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Published by François Massarelli - dans Oscar Micheaux Muet 1925
8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 18:56

Le succès de Nanook a au moins permis à Flaherty de passer du temps sur des projets auxquels il croyait très fort... Tout de suite après la sortie de son film sur les Inuits, le metteur en scène est parti pour les îles Samoa, en Polynésie, pour y capter des images de la même manière et en faire un long métrage qui sera d'ailleurs un énorme succès.

Et c'est la même chose: un esprit occidental, fasciné par ce qu'il croit être "l'état de nature" des sociétés qu'on qualifiait alors de "primitives", et qui s'évertue à encapsuler dans des recréations et des actions provoquées devant la caméra tout le folklore qu'il estime le plus photogénique. C'est aussi discutable ET valable ET émouvant ET ennuyeux que pouvait l'être le premier de ses longs métrages...

...Et comme bon sang ne saurait mentir, la fille de Flaherty, Monica, a agrémenté 45 années plus tard les dites images, aujourd'hui, d'une illustration sonore pour laquelle elle a mis à contribution les indigènes locaux, lisant les dialogues du film sur leurs lèvres, recréant les circonstances sonores: c'est incroyablement bien fait et totalement, mais alors totalement inutile. Comme le film.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925 Robert Flaherty
8 novembre 2019 5 08 /11 /novembre /2019 17:17

Sur-vendu depuis des décennies, sans manifestement aucun droit de s'opposer, comme le plus grand film de tous les temps, ce deuxième effort d'Eisenstein ne demande qu'à être vu comme ce qu'il est: un film, à voir objectivement, ce qui paraît impossible. D'une part à cause du pedigree particulier d'un film confié à un artiste dans des fins de propagande, par un état soucieux de se dé-diaboliser auprès du monde entier, tout en assurant le socle idéologique de la Révolution pour les masses. A ce titre, les intentions d'Eisenstein se confondaient avec la mission d'état puisqu'il s'était lancé avec La Grève dans une fresque en plusieurs parties qui célébrait les prémices de la révolution... Entre intentions artistiques et propagande musclée, ça ne facilite pas la mission critique objective. D'autre part, le film est apparu très vite comme un étendard pour une critique Européenne dominée par une gauche pas trop soucieuse de se démarquer du Stalinisme. 

Pourtant le film tend vers UNE scène, bien plus que La Grève qui accumulait les morceaux de bravoure de montage, de cadrage, de caractérisation... Dans ce nouveau film, l'ironie disparaît, au profit d'un flot narratif qui est entièrement au service du message de propagande: l'intrigue est liée à l'histoire des marins du Cuirassé Potemkine, en 1905, qui ont pris part à leur façon à un fort courant évolutionnaire qui agitait alors l'Empire Russe, en se mutinant, et en gagnant la sympathie de la population. 

Le film commence par un exposé des conditions de vie des marins lors d'une escale près d'Odessa, priés par une hiérarchie méprisante de consommer une viande avariée et grouillante de vers, puis harcelée jusqu'à une condamnation à mort collective. Un homme, le marin bolchevik Vakoulinchouk, mène alors la révolte mais se fait tuer lors de la mutinerie. La population d'Odessa va se presser pour lui rendre hommage, mais lors de la fraternisation, l'armée intervient et déclenche un massacre...

Je le disais plus haut, l'humour parfois féroce et génial de La Grève est ici délibérément écarté par Eistenstein au profit d'une narration linéaire totalement galvanisée; le traitement ignoble des marins, la mutinerie, puis l'hommage du peuple sont autant d'occasions pour le cinéaste d'écarter toute tentative de mettre en avant un individu, si ce n'est pour présenter le héros, ou ceux qui vont mourir. Le traitement ironique des supérieurs hiérarchiques, les officiers surtout, se passe de la moindre subtilité: le message est clair, le comportement des officiers Tsaristes de la marine était totalement inhumain, et le cinéaste adopte un manichéisme tranquille particulièrement assumé dans son montage...

Le point fort du film, bien sûr, est la séquence des escaliers d'Odessa, rendue épique par un montage impressionnant. La foule se presse, et depuis dix bonnes minutes le fil ne nous montre que la fraternité et la joie des habitants et des marins qui se rencontrent autour de la dépouille de Vakoulinchouk. Eisenstein réussit (un exploit!) à éviter dans cette partie d'être léni(ne)fiant en adoptant un montage hyper serré, puis... il lâche l'armée. A couper le souffle, la séquence devient indescriptible, avec un tour de force pour le cinéaste: il réussit à mêler les plans d'une foule compacte et soudée, prise pour cible par les soldats, et les plans de quelques victimes reconnaissables; un enfant, sa mère, une jeune mère qui lâche un landau, et une vieille dame à bésicles. Des images qui ont fait le tour du monde, à juste titre. Elles se passent d'ailleurs de commentaires...

Ce qui n'est pas le cas de l'épilogue longuet dans lequel le cinéaste essaie de jouer avec le suspense d'une hypothétique fin tragique pour le bateau, cerné par la flotte: il construit plan après plan la menace, avant de lâcher un pétard mouillé: les marins des autres bâtiments fraternisent à leur tour... Pour un peu, Eisenstein placerait la révolution d'Octobre en 1905! Mais ce n'est pas la leçon d'histoire qui me dérange, simplement le fait qu'après le climax foudroyant de la scène des escaliers, il s'embourbe dans la figure imposée de propagande. Et son choix de privilégier la masse au détriment de l'individu dessert à mon sens le film qui devient un catalogue de scènes sans relief, avant que le montage ne s'emballe enfin pour la scène des escaliers d'Odessa, certes proprement géniale à elle toute seule...

Mais six minutes de génie peuvent-elles rendre un film aussi indiscutable?

Au final, je continue à refuser à ce film son statut poussiéreux, qui du reste ne lui rend pas justice... Mais si Le cuirassé Potemkine (Pas plus à mon avis que Citizen Kane) n'est définitivement pas pour moi ce soit-disant "meilleur film du monde" dont on nous rabâche les oreilles, ce n'est pas parce qu'il serait mauvais, c'est tout simplement parce qu'il n'y a pas lieu d'élire un film de cette façon... Ce dessert bien sûr les autres productions, in fine ça dessert le film lui-même, et ça dessert l'art cinématographique dans son ensemble. Ce film de propagande est aujourd'hui un objet imparfait, un film de transition d'un cinéaste qui avait goûté à la liberté, et est maintenant, même s'il ne le sait pas encore, pris au piège de la propagande d'un état qui va bientôt devoir cesser de se pencher sur le passé glorieux de la révolution pour essayer de chanter les louanges de la réussite Soviétique.

Et Eisenstein, qui va devoir à son tour faire des publicités pour les tracteurs, sera en première ligne...

 

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Eisenstein Demain, nous serons des milliers
6 novembre 2019 3 06 /11 /novembre /2019 17:34

Le premier film d'Eisenstein, du moins son premier long, était presque un film amateur, marqué par l'enthousiasme et une énergie formidable, communicative et même naïve... C'est ce film qui a mené le réalisateur à sa carrière, marquée par des films ambitieux, importants, et sans doute aussi très frustrants. Cette frustration, selon moi, est partie intégrante de ce premier effort, mais elle n'est pas excessivement gênante, car je crois que ce qui caractérise La Grève aujourd'hui c'est non seulement son inventivité, mais aussi et surtout cette incroyable liberté qui se manifeste à travers cette histoire pourtant marquée par la propagande...

Une usine est la propriété d'un groupe de financiers, qui décident d'accélérer les cadences et de surveiller au plus près leurs ouvriers, en leur mettant dans les jambes un groupe de mouchards tous plus véreux les uns que les autres. Les ouvriers se mettent en grève avec l'appui de la population, les patrons vont frapper fort et la répression sera terrible...

Eisenstein, jeune cinéphile, s'était enthousiasmé pour Stroheim (dont il admirait l'oeuvre entière), Griffith (y compris The birth of a nation, même s'il en désapprouvait évidemment le conservatisme) et Lang... Sans surprise, ces trois modèles se retrouvent à des degrés divers dans La Grève: de Stroheim, Eisenstein va reprendre un sens du détail et une certaine tendance au naturalisme; de Griffith il reprend l'énergie et la clarté de la mise en scène quand il s'agit de montrer la lutte entre deux clans, ce qui va le servir dans un film qui sera on ne peut plus manichéen. Enfin, de Lang, il va s'approprier la lente montée vers la violence, notamment celle présente dans les scènes de révolte de Dr Mabuse, qui ont représenté pour lui un modèle de cinéma d'attraction. Il va pour sa part mener son film vers une explosion de violence et d'injustice, racontée en détail avec la répression de la grève.

Pourtant ce qui me frappe, et ce qui fait sans doute le prix de ce film, c'est que s'il décide très tôt de ne jamais s'intéresser à UN prolétaire en particulier, en privilégiant constamment la masse sur l'individu (Lénine est appelé à la rescousse pour amener l'idée via un texte en préface), Eisenstein qui ménage constamment sa foule de gréviste et de prolétaire, en les traitant avec respect, déchaîne une vraie verve de caricaturiste pour présenter les autres: financiers et patrons à gros cigares, mouchards et briseurs de grève qui sont tous des "types" reconnaissables (ils sont affublés de noms 'animaux le plus souvent) et le film est souvent, dans ses scènes d'exposition, une comédie. Par la suite, cette verve s'affinera pour se débarrasser de toute trace de rigolade, même si la caricature demeurera (dans le portrait des officiers du Potemkine par exemple)... Mais ici elle fait mouche, et tranche efficacement avec la violence qui s'ensuivra.

Le message passe, en fait, assez bien: c'est qu'en 1924 quand il tourne ce film, Eisenstein est encore à raconter les époques durant lesquelles la révolution était nécessaire, il n'est pas encore confronté à l'écueil de La Ligne Générale qui l'obligera à être, à la demande de Staline, le chantre des tracteurs... Il y a des longueurs et des balourdises dans La Grève bien sûr, mais elle ne pèsent pas si lourd face au montage brillant, au cinéma d'avant-garde profondément excentrique qui se manifeste ici, notamment de la première bobine qui est époustouflante dans son cadre et dans sa narration goguenarde... Et puis le rire se fige vite: ces briseurs de grève et autres mouchards sont peut-être drôles, mais ils annoncent des morts, des injustices et une spectaculaire charge de cosaques dans les habitations des ouvriers, dans laquelle les morts innocentes en annoncent d'autres, plus célèbres: ce sera sur un escalier...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Eisenstein 1925 Demain, nous serons des milliers
15 juillet 2019 1 15 /07 /juillet /2019 16:48

1925, à Berlin, deux hommes sortent de prison: l'un, Gustav (Arthur Bergen) content de sortir mais particulièrement insouciant, avise qui veut bien l'entendre qu'il ne va pas travailler. L'autre, Robert Kramer (Bernhard Goetzke), le visage marqué par la honte et la déprime, se met de suite à chercher un travail, et un logement: il est rejeté par son père, et va devoir passer sa première nuit de liberté dans un refuge. Il trouve du travail auprès de patrons peu regardants, mais se rend vite compte qu'il sera payé en alcool. Résolu à en finir, il est sauvé du suicide par une prostituée qui le prend sous son aile: Emma (Aud Egede Nissen) est la soeur de l'homme qui est sorti en même temps que Robert... Grâce à l'aide d'Emma, Robert va pouvoir recommencer à espérer. Mais son frère est là, et lui n'a pas changé d'optique: le travail, c'est bon pour les autres...

C'est l'un des premiers films significatifs de Gerhard Lamprecht, metteur en scène assez particulier dans la mesure où il est venu au cinéma par passion. Contrairement à Lubitsch, Wiene, Dupont, Lang ou Murnau, il n'était pas artiste au préalable, mais avait la passion de ce nouvel art, au point de s'y investir totalement. Et au point de toucher à tout, puisqu'on lui prête une gourmandise certaine pour à peu près tous les genres du cinéma populaire. Car, et c'est un autre aspect qui le distingue de ses illustres contemporains, Lamprecht n'avait que faire de l'expressionnisme et de ses effets. Et s'il est significatif, c'est parce que ce film appartient à un cycle d'oeuvres dans lesquelles il a cherché à peindre le Berlin des pauvres gens, d'une façon aussi réaliste que possible.

Ce que Lamprecht obtient n'est pas tant du réalisme que du naturalisme: une concentration de noirceur, de saleté et de pauvreté qui couvre le sujet, mais on espère quand même qu'il y a eu exagération! Si le cinéma des années 20, en Allemagne, était vraiment l'âge des studios, alors Lamprecht était vraiment un original, car il s'en est tenu à l'écart, apparemment, en choisissant de tourner en pleine rue, dans des lieux dramatiquement adéquats, et a engagé un grand nombre de figurants qui venaient directement de ce même milieu qu'il cherchait à dépeindre... Et ça se voit!

On s'attache à ce personnage ravagé par la honte, la misère, et surtout l'incompréhension, parce qu'il ne cherche pas des excuses. D'ailleurs, si on lit entre les lignes on comprendra que Robert, dont un flash-back nous apprend qu'il fut un bon vivant quand il était encore de l'autre côté, est en fait allé en prison pour quelqu'un d'autre, une femme qu'il a aimé, et qui ne l'a pas attendu. S'il s'en sortira au final, ce sera entièrement grâce à Emma et son monde, car il va trouver, avec son "association" avec a jeune prostituée, de l'entraide, de la chaleur et de l'humanité...

Sans être socialiste pour autant (la gauche comme la droite n'aiment pas les films de Lamprecht qu'ils trouvaient louche, et par ailleurs trop populaire), le film est très humain, marqué par un jeu subtil qui n'est pas l'apanage du cinéma Allemand. Tout au plus y a t-il un passage où Aud Egede Nissen en fait un peu trop, dans une grosse colère qui se termine par un intertitre, où elle invective l'ex-fiancée de Robert: "Salope!"... Oui, car on parle fort dans ce film muet qui évite le mélodrame, mais ne ment jamais. Et on y voit une belle collection d'acteurs, dont beaucoup viennent de chez Lang ou Pabst, mais pas que: Mady Christians, par exemple, vient de Lubitsch et Murnau... Mais on connaît bien Georg John, Robert Garrison, Bernhard Goetzke et Aud Egede Nissen...

 

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Gerhard Lamprecht
5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 07:40

N'attendons pas de ce film qu'il se situe d'une manière significative dans la lignée de ce qu'on attendrait d'une adaptation de L. Frank Baum: c'est vraiment un cas à part. Et pour commencer, c'est l'un des rares longs métrages de Larry Semon, l'un des "petits" comédiens qui n'a pas réussi à se hisser au niveau de la poignée de maîtres reconnus aujourd'hui dans le domaine du muet Américain: Semon n'était pas Chaplin, Keaton ou Lloyd, de très loin...

Et donc, son film n'est pas le film de Victor Fleming,de très loin non plus; d'abord parce que Semon n'a pas souhaité être fidèle à l'histoire du conte, et a donc fait de ce film une création originale inspirée du Magicien d'Oz beaucoup plus qu'une adaptation. Ensuite parce que si le souhait de Semon de réaliser un long métrage qui puisse le hisser un peu plus vers les cimes me paraît évident du début à la fin, le résultat n'en reste pas moins... une sacrée salade!

L'intrigue est encadrée d'une histoire, qui nous montre la narration par un grand père (Larry Semon) très vieux et très fatigué, à une petite fille, de deux contes. Comme elle n'aime pas le premier et lui demande, plus ou moins, de lui raconter les aventures de Dorothy au Kansas, il s'exécute mais mélange les deux histoires... Donc d'une part, on a le pays d'Oz qui vit dans la terreur d'un dirigeant fourbe, et de l'autre Dorothy, enfant trouvée, qui vit dans la ferme de ses oncle et tante adoptifs, et qui est courtisée par deux garçons de ferme rivaux: Larry Semon et Oliver Hardy.

Ce serait fort bon, mais... tout à la joie d'avoir été ambitieux sur la structure de son film, Semon a oublié de soigner les détails et a rempli ses bobines avec du slapstick. Beaucoup de de slapstick. Et pas du meilleur: coups de pied au derrière, envoi de nourriture, canard qui vomit un liquide façon projectile (n'ayant aucun connaissance en l'anatomie et le fonctionnement des palmipèdes, je me refuse à développer), poursuites, gags raciaux à gogo, et bien sûr une forte tendance à se moquer des personnes en surpoids qui deviennent tous des protagonistes placés du mauvais côté de la ligne entre le bien et le mal ... Dorothy Dwan, en héroïne, est totalement inexistante et ce qui est plus grave, Oliver Hardy est gâché, dans un rôle de "heavy" (voir plus haut pour les deux sens à attribuer à cet anglicisme, pour ce film du moins) qui ne requiert pas le moindre aspect de son génie naturel.

Ce n'est pas que le film soit à fuir, non: c'est juste que le désintérêt profond du public et de la critique à la sortie de ce film assez médiocre, se justifieraient cette fois sans trop de problèmes...

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Published by François Massarelli - dans 1925 Larry Semon Muet Comédie
16 mai 2019 4 16 /05 /mai /2019 21:40

Bill Dana (Richard Dix), bien que vaguement venu du Texas, est un New Yorkais bon teint, qui passe du temps sur un banc à lire... Il rencontre un jour Molly (Esther Ralston), une jeune femme à l'esprit si romanesque qu'elle ne jure que par l'Ouest Américain. Afin de la séduire, Bill décide d'affronter ses racines et se rend dans le ranch Texan de son oncle, persuadé qu'il va s'y confronter à la dure vie de cow-boy... et déchante bien vite: les cow-boys sont bien fatigués, ils sont tous de New York ou du New Jersey, et ils conduisent des Ford T plutôt que de monter des chevaux. Et par dessus le marché, Bill apprend après un temps que sa fiancée vient le visiter pour l'encourager...

On se doute de ce qui va se passer: le jeune homme va essayer de faire passer le ranch "modernisé" pour une installation héroïque à l'ancienne, et le gag ne va pas marcher. Le film, lui, par contre, est adorable: toutes proportions gardées, car La Cava en était encore au début de sa carrière, mais il est déjà doué pour mettre le public sérieusement de son côté, en exploitant le ridicule d'une situation avec un mélange d'ironie et de tendresse, qui sont assez uniques.

Quant à Richard Dix, on n'a pas l'habitude de le voir interpréter un rôle de comédie, et il s'en débrouille fort bien. Mais Esther Ralston, elle... est toujours parfaite.

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Published by François Massarelli - dans Gregory La Cava 1925 Muet Comédie
24 décembre 2018 1 24 /12 /décembre /2018 16:23

Pat Halahan (Harry Carey) aimerait beaucoup se marier, mais il est le shérif d'une petite bourgade de l'Ouest, et on a besoin de lui. Mabel (Majel Coleman), la femme qu'il aimerait épouser lui fait comprendre qu'elle voudrait retourner en ville, et il comprend très vite que la seule chose qui l'intéresse est l'argent. Quand il se retrouve avec un peu de fonds, il décide d'aller prendre du bon temps à San Francisco... seul avec son chien. C'est là qu'il va faire la rencontre inattendue d'une voleuse charmante (Lillian Rich), qui elle ne demande qu'une seule chose: la vie au grand air... Mais le patron (Francis Ford) de la demoiselle ne l'entend pas de cette oreille, et il va falloir ruser pour pouvoir sortir Faith de sa vie de crime...

C'est un revenant, un de ces films qu'on a longtemps crus perdus, qui revient tout à coup, dans une copie certes incomplète, mais qui correspond à une condensation du récit sortie en Europe en 1925. Un film qui n'a rien d'un classique, c'était plus un complément de programme destiné à lancer une nouvelle série de logs métrages de comédie avec Harry Carey. Ca n'a pas du marcher très fort, mais c'est étonnant: d'une part, le film est très distrayant, joué à la perfection et photographié avec goût, les décors (et l'ambiance particulière) de San Francisco sont plutôt bien rendus, et d'ailleurs une partie du film y a été filmée. 

Ce type d'histoire (dont l'argument vient de Carey lui-même) a déjà été l'objet de plusieurs films: dans Bucking Broadway de John Ford, Carey lui-même quittait l'ouest pour venir à la grande ville secourir une jeune femme qui était tombée dans les pattes d'un escroc, et dans Go West, Buster Keaton revenait à la grande ville qu'il avait quittée avec un troupeau... Mais la grande surprise, au-delà du plaisir de retrouver Francis Ford ou Sojin Kamiyama, des à-côtés comiques du récit (toute une portion située dans un hôtel où un quiproquo persuade un homme irascible que Carey est l'amant de sa femme), du charme de Lillian Rich, c'est quand même le talent pour la comédie de Harry Carey, le mauvais garçon au coeur tendre des premiers films de John Ford. Il est excellent... Restauré en grandes pompes et montré au printemps dernier à San Francisco,le film est désormais visible en streaming sur le site de la NFPF, la National Film Preservation Foundation...

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Western Comédie
23 décembre 2018 7 23 /12 /décembre /2018 10:13

Ce film existe aujourd'hui dans une version condensée, réduite à deux bobines, et sorti en Grande-Bretagne en 1931, soit six ans après sa sortie. C'était à l'origine un long métrage de 7 bobines, produit par la Vitagraph à la toute fin de son existence: le 20 avril de cette même année 1925, la direction a décidé de mettre la clé sous la porte et de vendre le studio à la Warner, qui le mit en sommeil immédiatement avant de le transformer en... Vitaphone. Dans les bagages, les nouveaux propriétaires ont donc trouvé ce film dont on pouvait sans doute se demander quoi faire...

C'est que cette histoire ironique de la grandeur et de la décadence des sentiments d'une famille bourgeoise avec ses squelettes dans le placard, était sans doute aussi séduisante pour un patron de studio que, disons, Greed de Erich Von Stroheim! Mieux, avec son étonnante utilisation de costumes d'époque (1880-1915), le film était presque révolutionnaire, à une époque où chaque film situé dans une époque passée mais proche montrait le plus souvent une codification vestimentaire ramenée au plus près de l'époque de sa confection: pas dans Pampered Youth, où la mode a été examinée, respectée et fort bien rendue. Le roman d'origine étant largement basé sur des rencontres, des croisements, on ne s'étonnera pas que les auteurs aient pris la décision de remplacer une scène potentiellement poignante, celle de la mort d'un personnage important, par une séquence excitante d'incendie dans laquelle les coeurs se révèlent, le courage se démontre, et... le feu se déchaîne: la scène est spectaculaire, en l'état (c'est-à-dire dans la copie en circulation, qui est d'un 9,5 mm qui a vécu)... 

Ces 28 minutes sont finalement passionnantes, autant pour ces qualités que pour des petits défauts touchants: on y voit une scène supposée être tournée dans l'Indiana, mais dont les palmiers trahissent la localisation Californienne! Mais de toute façon, il y a une raison cruciale pour voir ces 28 minutes. Il s'agit de la première adaptation d'un roman de Booth Tarkington.

Son titre?

...The Magnificent Ambersons.

 

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet
20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 18:25

Annie Rooney, c'est une petite ado pétillante, qui habite un quartier populaire de New York en compagnie de son papa; Tim Rooney senior est un policier respecté de son quartier, qui vit en très bon voisinage avec les parents des copains de sa fille: ils s'appellent touts de noms assez exotiques, et certains sont Irlandais, d'autres Grecs, d'autres Chinois, d'autres Italiens, ou encore Juifs. Tous cohabitent, sans aucun problème, une vie doucereuse finalement et sans enjeu, me direz-vous? Sauf que non: si les plus jeunes cohabitent comme le font leurs parents, et tout en se flanquant des roustes collectives et monumentales, se préparent surtout à vivre une vie d'adultes sans histoires, les jeunes adultes eux louchent plutôt du côté de l'illégalité. C'est de là que viendront les troubles: un de ces voyous, un soir, va tuer un homme, et le problème c'est que la victime sera justement le père de la petite Annie...

Une claque! Une vraie claque! C'est pourtant un film dont l'existence est due essentiellement à la nécessité pour Mary Pickford, qui cumule les postes de productrice, actrice et scénariste, de retrouver le succès après les échecs de deux films consécutifs dans lesquels elle était une adulte. Une seule solution pour celle qui en avait assez de porter des boucles de gamine: retourner à ce qui avait fait son succès, et assurer le spectacle. Donc un film bien dans la formule... Ce n'était pas bien parti, et la seule façon d'ajouter de l'intérêt à ce qui aurait pu devenir un abominable pensum, était de trouver une histoire, des personnages et un lieu emblématique. D'où l'idée superbe de placer la caméra dans un merveilleux quartier populaire et multi-ethnique reconstruit en studio, et plus vrai que les vrais: dès les premières minutes, qui voient un affrontement homérique entre les gamins de la bande d'Annie et ceux de leurs ennemis jurés (à coups de briques fatales!), le film nous capte par le rire, la tendresse et le sourire... mais ça ne durera pas: je parle de cette atmosphère de comédie, qui cesse après une heure environ.

Le film est formidablement construit, superbement filmé (Charles Rosher est aux commandes de l'image et de la lumière et il se fait plaisir de bout en voit) et pour tourner ce retour aux affaires, Mary Pickford a choisi un vétéran du cinéma, le très expérimenté mais quasi inconnu William Beaudine, un choix motivé par le fait qu'il fallait pour obtenir du naturel de la part de son casting juvénile (des vraies numéros d'acteurs sont ici réservés aux enfants), et Beaudine qui avait dirigé plusieurs films de comédie avec des enfants, était en effet le candidat idéal! Il tire de ses jeunes interprètes un jeu naturel, énergique, mais aussi profondément subtil. Il fait en particulier voir de quelle manière Spec O'Donnell interprète Abie Levy, le petit voisin Juif de la petite Annie. La complicité qui les unit est prétexte à de nombreuses scènes qui demandaient un acteur confirmé: il est excellent (et rejouera souvent en grandissant, un rôle similaire aux côtés de Max Davidson). 

Car c'est l'un des atouts du film: la façon dont sont dépeints les rapports entre tous ces enfants d'origine différente, qui parlent parfois des langues différentes, s'envoient des briques pour un rien, mais sont tous prêts à se mettre en quatre les uns pour les autres. Un melting-pot de fait, que les adultes prennent souvent en exemple, et qui a en plus le mérite de souvent nous faire rire. Mais pas que: la façon dont Beaudine et Pickford traitent l'annonce de la mort du père Rooney est un moment de bravoure pour l'actrice, et un modèle d'utilisation de toutes les ressources à sa disposition pour Beaudine: montage, point de vue, champ-contrechamp, et le péché mignon de Miss Picford: les accessoires. Elle réussit ici à nous tirer des larmes avec son utilisation des bougies d'un gâteau. C'est donc sans aucun étonnement que nous retrouverons Beaudine aux commandes l'année suivante du prochain film de la star, Sparrows, dont on peut sobrement dire qu'il n'est pas mal non plus!

J'ai failli oublier: en plus, dans ce film, le jeune voyou fort sympathique qui fait rêver l'héroïne n'est autre qu'un jeune William Haines dans l'un de ses premiers rôles... Il est absolument irrésistible.

 

 

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Published by François Massarelli - dans 1925 Mary Pickford Muet