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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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7 décembre 2018 5 07 /12 /décembre /2018 10:27

On ne sait pas grand chose de Lita Lawrence, une femme qui s'impose dès le générique en reprenant à son compte la façon dont souvent des réalisateurs comme Stroheim ou DeMille cultivaient leur prépondérance en introduisant leurs films: "personally directed by Lita Lawrence". Elle conclut aussi ses six bobines en signant littéralement! Mais eu-delà de l'évidente fierté de la conceptrice, auteure-réalisatrice et très certainement productrice de ce film oublié, je pense que le film est fascinant par ce qu'il nous révèle de l'esprit d'une époque. 

On s'attend à un documentaire, et par certains aspects, on y est effectivement confronté, mais il y a une intrigue dans ce film, aussi ténue soit-elle... Après avoir, par humour ou provocation, commencé le film par la vision d'un mariage, le genre de plan qui finit un film plutôt, Lawrence nous parle de deux familles: un couple modeste, dans lequel les matinées commencent tôt, par un mari qui doit se rendre au travail, et une épouse qui doit gérer toutes les tâches ménagères; bref, on s'engueule... C'est plus policé dans un deuxième ménage, où l'on est surtout préoccupé des cocktails et soirées qui sont prévues dans la semaine. Mais les deux couples vont avoir un enfant, et les réactions, la gestion de la maternité à venir, et l'évolution des espoirs et craintes vont être détaillées dans le film...

Pour commencer, on peut constater que, qu'il s'agisse d'une précaution oratoire visant à désamorcer toute tentation de censure ou pas, le film convoque par ses intertitres toute la panoplie de la bonne morale chrétienne du début à la fin. On est donc confronté à un prêchi-prêcha assez insistant, tout au long des six bobines! Et le principal obstacle dramatique est situé très tôt dans le film, dans une discussion entre la dame riche et son médecin, qui désapprouve la tentation de l'avortement exprimée par sa patiente. Pour le reste, il s'agit essentiellement d'une célébration de la maternité, qui commence nous explique-ton, neuf mois avant l'arrivée de la cigogne. Le film se veut moderne, dans la mesure où il contient aussi une solide dose de craintes, une réflexion sur les changements profonds de la vie de couple, et une partie située dans une clinique, qui manque bien sûr particulièrement de réalisme, mais comment en aurait-il pu être autrement?

Sinon, la mise en scène est intéressante par les choix de Lita Lawrence, de différencier la prise de vues, en se plaçant le plus souvent à proximité de son couple "modeste", et à distance de son couple aisé. Les deux effets qui s'ensuivent, sont d'une part de souligner l'espace vide de la grande maison dans laquelle ces deux personnes vivent ensemble, à l'écart l'une de l'autre (et accompagnés d'une poignée de domestiques), mais aussi de nous tenir, justement à distance. Le final, bien vu (meilleur que le reste du film si vous voulez mon avis), opère un rapprochement inattendu mais bénéfique: au pays de l'Oncle Sam, force reste à l'égalité entre êtres humains... Blancs, sans doute: il ne faut pas trop en demander.

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet
5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 14:33

Nommé totalement indifféremment The Red Kimona ou The Red Kimono, ce film est l'une des croisades entreprises par Mrs Wallace Reid, de son état-civil Dorothy Davenport, à la mort de son mari. Pour mémoire, celui-ci est décédé suite à une descente dans l'enfer de l'addiction à la morphine, dans laquelle l'avait poussé une blessure; ses besoins en drogue étaient tels qu'il avait commencé à commettre des délits pour se payer une dose quotidienne... Le premier film qu'avait supervisé son épouse, après son décès, était le célèbre film perdu Human Wreckage qui traitait justement de la présence dans le quotidien de gens très ordinaires, de drogues qu'on n'appelait pas encore dures (Morphine, cocaïne, héroïne) et qu'on pouvait encore se procurer, pour certaines, par ordonnance... 

Ce film est par contre entièrement consacré à la prostitution; comme dans Human Wreckage, l'histoire est située plutôt dans une certaine version du quotidien: nous suivons un itinéraire, celui de Gabrielle, une jeune femme qui a tué l'homme qu'elle aimait, parce qu'il l'avait poussée vers la prostitution, avant de partir avec la caisse, et de trouver une femme à épouser à Los Angeles... Pendant son procès, nous assistons à une flash-back qui explique le cheminement de Gabrielle, puis après son acquittement, elle est prise en charge par une femme aisée, attirée par les cas de société dans la mesure où ils peuvent satisfaire son penchant pour la lumière des projecteurs...

C'est un vaste sujet, qui est abordé ici de multiples façons; tout en restant un mélo édifiant, ce que le film ne cherche du reste pas à cacher, c'est malgré tout intéressant de voir la façon dont l'histoire est traitée: le choix, par exemple, de partir du milieu de l'histoire (qui aurait pu être la fin dans d'autres films), à savoir le meurtre opéré par l'héroïne, permet en retour de donner à l'autre "crime" de Gabrielle, le fait qu'elle se soit adonnée à la prostitution, une tournure bien différente. Et la suite du meurtre, à savoir le procès, l'acquittement, et la volonté de rédemption, est montrée sans aucun angélisme. C'est difficile de reprendre pied, le film est clair. Pour Gabrielle, qui était une victime de l'homme qu'elle aimait, le risque est de redevenir une victime, celle du penchant morbide d'une société entière pour le sensationnalisme. Une scène illustre en effet cette situation: devenue presque une bête de foire pour la bonne société, elle doit répondre aux questions humiliantes de bourgeoises qui veulent connaître les détails les plus croustillants de son calvaire...

La direction, créditée au seul Walter Lang, est d'une grande délicatesse, et il obtient de ses acteurs (parmi lesquels Priscilla Bonner, Carl Miller qui rejoue son rôle de The Kid en plus explicite, ou encore George Siegmann) un jeu très naturel qui fait merveille. Le style est à la fois d'un réalisme très factuel, et d'une grande beauté formelle: on n'est pas près d'oublier ce plan qui nous montre Priscilla Bonner devant son miroir, le quel lui renvoie l'image d'une femme vêtue d'un kimono rouge, le vêtement étant teinté sur la pellicule... Ces 76 minutes consacrées au chemin de croix d'une femme des années 20, sont sinon un chef d'oeuvre, en tout cas un passage obligé de cette merveilleuse période du cinéma Américain, et sous celle qui avait adopté le pseudonyme de Mrs Wallace Reid, allait sous son vrai nom enchaîner une courte carrière de réalisatrice dès l'année suivante. En attendant, elle se présente à nous au début et à la fin du film, et nous adresse directement la parole (via des intertitres) en nous regardant dans les yeux...

 

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet
12 août 2018 7 12 /08 /août /2018 00:31

C'est le troisième film tourné en 1925 par Browning et le troisième aussi pour la MGM: le metteur en scène revient de loin, et The unholy three et son succès, plus les retrouvailles avec Lon Chaney, connu à la Universal en 1919, ont été décisifs: il allait sombrer dans l'alcoolisme, il ne travaillait plus que pour des petites compagnies. Irving Thalberg, en lui offrant un contrat, lui a remis le pied à l'étrier, et lui a redonné confiance: c'est bien.

Seulement... j'ai déjà dit ailleurs que je n'étais pas convaincu outre mesure par The unholy three, le premier d'une série de thrillers MGM bizarres avec Lon Chaney, qui vont souvent virer au grand n'importe quoi. Je le suis encore moins par The Mystic, le deuxième film MGM, sur lequel on ne va pas s'étendre, pou l'instant du moins, par charité élémentaire! The Blackbird en revanche a une bonne réputation...

Limehouse, à Londres, est un peu comme le Barbary Coast de San Francisco: un endroit où tout est criminel, et les seuls riches qui y viennent entendent justement s'encanailler... Ou bien y travaillent. C'est le cas de West End Bertie (Owen Moore). Dan Tate (Lon Chaney) ne le porte pas dans son coeur, et pour cause, les deux voyous en ont après la même femme, une jolie petite française du nom de Fifi Lorraine (Renée Adorée). Tate va tout faire pour la conquérir, mais c'est Bertie qui va gagner la partie.

Il faut dire que Dan Tate, c'est tout sauf un parti enviable: violent, profondément craint et soupçonné de se livrer à tous les crimes possibles et imaginables. Pas comme son frère jumeau, qu'on a surnommé "L'évèque". Il est le dirigeant d'une mission située en plein coeur de Limehouse; on vient chercher une protection rare chez lui, et il en a remis plus d'un sur le droit chemin... Tout le monde l'adore... Et on vient souvent se plaindre de son frère, justement.

Et ça tombe bien: car le bon, handicapé sérieux, homme bon et ouvert, qui trouve des solutions et prend sous son aile toute la misère du monde, et l'ordure criminelle, ne sont évidemment qu'un seul et même homme, qui a trouvé la planque de rêve: c'est pas moi, c'est mon frère jumeau! Et j'ai renoncé à essayer de comprendre en quoi ça fournit un alibi à Dan Tate, d'avoir un frère jumeau estropié, qui est aussi bon que lui est fourbe. L'intérêt, évidemment, est ailleurs: dans la complicité morbide qui s'installe entre le film, le personnage et les spectateurs qui savent dès la première bobine la vérité; dans la réflexion qui s'engage alors sur la bonté et la criminalité: Dan Tate n'est donc pas si pourri? Et "L'évèque" est donc, fondamentalement, un criminel? pourtant les crimes de l'un sont réels, et la bonté de l'autre a des effets bénéfiques sur la communauté... C'est troublant, et on comprend que Lon Chaney qui aimait pousser son public dans ses derniers retranchements, ait pu être attiré par l'idée.

Seulement, une fois brillamment établi le début, il faut attendre la dernière bobine pour que le film, largement situé dans les bouges sans véritable vie de Limehouse, reprenne enfin vie, avec cette scène hallucinante durant laquelle Dan Tate meurt en essayant une fois de trop de forcer ses membres à adopter la posture tordue de l'évèque. Il lui importe de continuer jusqu'au bout à tromper son monde, et devant son ex-épouse, qui vient avec horreur de comprendre la vérité Dan Tate meurt sous l'identité d'un homme qui n'existe pas, son propre frère: il est satisfait: "I'm foolin' em", dit-il, je les trompe... Mais autour de lui,, c'est la tristesse: le seul homme qui faisait le bien est parti...

Ironique, cynique et sérieusement inquiétant, donc, le film va au bout de son étrange logique, mais déçoit: a trop vouloir développer une intrigue sentimentale très convenue, Browning perd l'intérêt pour son film. Et nous aussi...

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Published by François Massarelli - dans Muet Tod Browning Lon Chaney 1925
6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 18:30

Ce long métrage de 1925 est aujourd'hui éclipsé par le remake de King Vidor, mais ce serait trop facile de se contenter de le considérer comme un précurseur à mettre poliment de côté, ou une simple note en bas de page... Henry King, maître exigeant d'un cinéma profondément humaniste, attiré par les occasions de sortir le médium de la facilité, l'a réalisé pour la compagnie de Samuel Goldwyn, éternel indépendant qui encourageait ses metteurs en scène à dépasser les codes et les conventions...

Stephen Dallas (Ronald Colman) aime la jeune Helen, depuis leur enfance, mais... le sort a décidé que les deux amoureux seraient éloignés : le père de Stephen, au cœur d'un scandale financier, se suicide, et le jeune homme va devoir se recostruire par son travail d'avocat... Seul, car helen s'est mariée de son côté, probablement poussée par sa famille suite au scandale. Devenu l'avocat d'une petite entreprise, Stephen se prend d'amitié pour Stella (Belle Bennett), une jeune femme au francparler rafraîchissant, et dotée d'une famille brute de décoffrage, particulièrement encombrante.

Ils se marient, puis ont une fille, la petite Laurel. Celle-ci va surtout grandir auprès de sa mère, car quand Stephen obtient une situation avantageuse à New York, où elle ne connaît personne, elle décide de rester. Séparés de fait, le mari et la femme vont cesser de s'aimer ou de compter 'un pour l'autre, et Laurel va donc vivre avec une mère aimante, mais qui la handicape socialement...

C'est un mélodrame, plutôt cruel, dans lequel Henry King joue d'une certaine ambiguïté : il n'adhère pas aux codes sociaux qui gouvernent le drame qui se joue pour le personnage de Stella, qui sera bientôt amenée à sacrifier sa présence auprès de Laurel pour le bienfait de la jeune femme, mais il les rend indispensables au spectateur pour comprendre le drame qui se joue. Ce n'est pas tant une ambiguïté liée à la moindre volonté de ménager les sensibilités, qu'une façon d'amener le public, en contrebande, là où il souhaite l'amener.

Et pour bien faire, le metteur en scène se donne les moyens : du temps d'une part, car c'est un film assez long, dans lequel chaque scène pourtant n'est pas étirée inutilement : ce n'est sans doute pas un hasard si Jean Hersholt, qui joue le seul ami de Stella, semble ici reprendre le rôle de Marcus Schouler de Greed ! Car Henry King utilise la caractérisation, le vêtement, les codes sociaux, et impose dans chaque scsène une vie formidable par des petits riens, à l'instar d'un Stroheim ! Et la mise en scène, d'une précision incroyable, joue aussi sur la profondeur de champ d'une façon encore assez peu courante : par exemple, quand Stephen séduit Stella sous le balcon de sa toute petite maison, nous voyons derrière les amants les deux frères de la jeune femme en train de se moquer d'eux derrière la fenêtre. Plus tard, la première vision des deux mariés et parents, est d'une grande clarté : au fond du cadre, à gauche, le bureau de monsieur ; au fond du cadre à droite, le boudoir de madame qui se pomponne. Au centre, la petite Laurel est sous la garde d'une nourrice. Si jeunes mariés, à peine parents, et déjà séparés. A maintes reprises, King utilise le cadre non seulement pour séparer les parents de Laurel, mais surtout pour séparer Stella du reste de la société ; quand elle offre des vacances à sa fille, la mère doit garder le lit, c'est donc d'une fenêtre qu'elle assiste au bonheur de sa fille...

C'est un rôle formidable pour Belle Bennett, qui doit ici jouer un personnage de son adolescence à un âge plus mûri par les vicissitudes, que mûr tout court, car quand nous voyons pour la dernière fois Stella, quasiment une clocharde, elle n'a sans doute pas cinquante ans... Mais le bon goût et l'audace impressionnante d'un cinéaste qui sera plus tard l'un des plus ennuyeux de tous les réalisateurs académiques, se manifestent ici par un vrai sens du mélodrame, accompagné d'un impressionnant savoir faire : il sait comment ne pas aller trop loin, comment suggérer, et la direction d'acteurs est constamment splendide. Bref, je le répète : il n'y a aucune raison de considérer ce film de 1925 comme un simple satellite de celui de Vidor, quelles que soient les qualités de ce dernier...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925 Henry King
2 août 2018 4 02 /08 /août /2018 18:31

Si la compagnie Warner est encore debout aujourd'hui, elle le doit entre autres à ce film, l'un des rares longs métrages de la série des Rin-Tin-Tin a avoir survécu intact et dans d'assez bonnes conditions. Le «héros» de ces films, un berger Allemand (1928-1932), avait été ramené d'Europe par des soldats stationnés en France, et mis au travail dès 1922! Le succès familial des films avait été la seule source profitable d'argent du studio avant que The Jazz Singer ne finisse par les installer confortablement dans l'esprit des spectateurs.

Du coup, on s'attend inévitablement à voir un petit western de rien du tout : il raconte la rencontre inattendue d'un jeune mineur, Dave Weston (Charles Farrell) et d'un loup blessé, Lobo (Rin-Tin-tin), qu'il réussit à apprivoiser après l'avoir soigné. L'amitié entre les deux, mais aussi l'idylle entre Weston et la jolie May (June Marlowe), constituent un contexte suffisant, mais il y a aussi une intrigue autour d'un escroc qui tente de s'approprier la mine de Weston ; et le film se résout dans une suite très enlevée de poursuites et de scènes d'action canine, extrêmement soignées...

Et on débouche sur une excellente surprise, un film réjouissant et toujours impeccablement interprété. Comme beaucoup de westerns de l'époque, il n'est pas situé dans le passé, ce qui nous rappelle qu'en 1925, les Etats-Unis restaient encore une terre qui recelait des endroits sauvages. Mais en parlant de sauvage, je tiens à préciser ceci : je n'aime pas les chiens, même en sauce. Mais ce Rin-tin-tin, acteur accompli, est impressionnant ! Surtout qu'un berger Allemand, c'est quand même un genre canin qu'on a souvent envie d'appeler Adolf ! Mais celui-ci, au moins, son charisme est positif : bref, avec les limites d'usage (ce western n'a rien d'un grand film fondateur, loin de là), Clash of the Wolves est un film hautement sympathique.

Un dernier mot : l'excellent Charles Farrell était encore en devenir, mais on assiste ici à l'un de ses premiers grands rôles, et il est déjà cet homme-enfant naïf et qui a grandi sans trop savoir pourquoi. Il s'apprétait à trouver en la Fox une terre d'élection, deux années plus tard, où il allait illuminer les films merveilleux de Frank Borzage.

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Western arf!
2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 18:40

Le personnage de Maciste interprété par Bartolomeo Pagano provient du très long métrage Cabiria, de Giovanni Pastrone, le film fondateur essentiel de la cinématographie Italienne, sorti en 1914. Ce personnage de serviteur du héros, doté de muscles impressionnants et de la force qui va avec, a résonné d'une façon très positive dans l'Italie pré-fasciste, et une fois Mussolini au pouvoir, son succès a continué avec une série de longs métrages, dont assez peu nous sont parvenus. Celui-ci, l'un des seuls qui soient conservés complets, a la réputation d'être l'un des meilleurs...

Maciste vit tranquillement dans une petite ville, en rêvant à sa jolie voisine, Graziella (Pauline Polaire) et en cultivant pacifiquement son jardin. ce brave homme à la force brute, doux comme un agneau et doté d'une moralité sans faille, est déclaré par le personnel des enfers ennemi public numéro un, et le roi des enfers, Pluton, décide d'envoyer un commando pour le neutraliser, et accessoirement faire le mal un peu partout, ça ne mange pas de pain... De plus, le chef de l'expédition, Barbariccia (Franz Sala), compte bien profiter de la situation pour se faire bien voir non seulement de sa maîtresse, la reine des enfers Proserpine (Elena Sangro), mais aussi des diables dans leur ensemble, et pourquoi pas renverser Pluton...

Sur terre, Barbariccia met la pagaille dans la vie de Graziella, tant et si bien que Maciste va intervenir... et se retrouver aux enfers, pour y distribuer les bourre-pifs...

Littéralement.

...Mais il va aussi découvrir les lieux, en visiteur, à la façon de Dante, et y affronter des dangers bien plus graves que le feu éternel: les manigances de deux femmes, et l'agitation politique des diables mécontents. Sa force brute sera donc bien mise à l'épreuve...

D'un côté, c'est un film à ne surtout pas prendre au sérieux, dans lequel Bartolomeo Pagano s'amuse comme un gosse à redresser les torts en posant les questions uniquement une fois que la réserve de baffes est épuisée. Il a un peu la carrure et l'intellect d'un Obélix, et d'ailleurs une scène qui le confronte à Barbariccia (lui tellement malingre, qu'il passerait sans doute sans trop de problèmes entre une affiche et un mur sans décoller l'affiche), oppose la force à l'intelligence, et sous-entend clairement que celui qui ne possède pas la force n'a aucune chance! Mais les concepteurs du projet se sont eux aussi amusés avec cette histoire qui mobilise des tonnes de gens tous nus, des décors de grottes, et surtout des effets spéciaux d'époque, dus à l'intelligence, justement, de Segundo de Chomon, LE disciple Européen de Méliès toujours dans les bons coups depuis 1910! Ce Maciste aux enfers doit d'ailleurs beaucoup à un autre film, le premier long métrage du cinéma Italien, L'inferno, de Giuseppe de Liguoro et Frencisco Bertolini (1911): au point d'en citer des passages dont certains plans directement tirés du film.

Maintenant, on cherchera évidemment un sens vaguement politique à tout ça, forcément, un film produit avec la bénédiction de Mussolini (qui avait la réputation d'adorer Maciste) ne pouvait qu'opérer un renvoi d'ascenseur, fut-il infime: ici, on constatera que le "message" habituel des films de Maciste (la force: bien; l'intellect, pour quoi faire?) qui célèbre avec bonhomie la masculinité triomphante, se double ici d'une tendance à railler les gouvernements flous (les démocraties, par exemples) où n'importe qui peut devenir chef, et ça commence toujours par contester. 

Mais le principal atout du film, c'est quand même le plaisir de voir le héros sans second degré ne faire qu'une bouchée de démons hirsutes, dans des grottes sous-éclairées, sous les yeux des femmes qui sont émues par sa force. Comment voulez-vous prendre ça au sérieux? ...le film non plus ne le prend pas au sérieux, et tant mieux!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1925
27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 18:17

Après Zaza et Manhandled, Stage Struck est le dernier des trois films actuellement survivants de la collaboration entre Gloria Swanson et Allan Dwan à l'époque du muet. Gloria Swanson était une star de la Paramount, depuis ses films avec Cecil B. DeMille entre 1919 (Male and female) et 1921 (The affairs of Anatol). Une fois finie la collaboration avec le grand metteur en scène, la star était passée par une période durant laquelle elle interprétait des films pour Sam Wood, dont le seul que j'aie vu (Beyond the rocks) n'a définitivement rien de convaincant. Les films de Dwan ont de nombreux mérites, et le premier est d'avoir su faire descendre (momentanément, semble-t-il) la diva de son piédestal... Comme les deux précédents, celui-ci est une comédie, qui s'attache essentiellement à la vie du personnage interprété par Gloria Swanson.

Dans une toute petite bourgade de Virginie Occidentale, sur les bords de l'Ohio, Jennie Hagen (Swanson) est serveuse dans un petit restaurant familial, et elle rêve: elle se voit sur les planches, où on pourra venir l'admirer sans réserve. Non qu'elle ait la vocation du théâtre, non: c'est qu'Orme (Lawrence Gray), l'employé du restaurant qui fait les crêpes, est fou de théâtre, et obsédé par les artistes. Jennie est donc persuadée qu'il n'aura d'yeux que pour elle à partir du moment où elle sera une grande artiste. Quand un "showboat" accoste en ville, avec sa promesse de spectacles pour tout le monde, il amène de nouvelles actrices pour l'admiration d'Orme, dont la sculpturale vamp (Lillian Lyons), mais aussi une opportunité de percer enfin sur les planches pour Jennie...

C'est un film formidable, qui se situe dans une Amérique qui est à peu près celle de Harold Lloyd (dans son versant "rural"), avec des situations qui permettent à Gloria Swanson de déployer toute l'étendue de son talent, dans le rôle d'une jeune femme inepte à force de vouloir bien faire. Et on est parfois proche de Buster Keaton, dans une mise en scène qui suit le personnage principal: Allan Dwan et Gloria Swanson ensemble, avaient tout compris à la comédie. Et ce film touche constamment juste, sans jamais se moquer des personnages, mais sans non plus les épargner totalement. Gloria Swanson se moque ouvertement de s propre image avec un humour assez féroce, et pratique sans aucune retenue la comédie physique! Il faut la voir participer à une désastreuse parodie de match de boxe (arbitrée par le grand Ford Sterling), ou accrochée à l'ancre d'un bateau, avec deux gants de boxe dont elle n'arrive pas à se débarrasser...

Si on ajoute l'excellente surprise d'une utilisation du Technicolor (Sur un rêve de théâtre en tout début du film, puis sur le final en forme de conte de fées) qui est exemplaire, voilà 84 minutes à voir et revoir. Quel dommage que la collaboration entre le metteur en scène et la star ait fini avec ce film...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Allan Dwan Gloria Swanson 1925
20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 17:15

Il ne reste sans doute pas grand chose des oeuvres de Harry O. Hoyt, un réalisateur fécond, et qui est resté actif de 1916 à 1951. Et je serais assez étonné qu'il y ait beaucoup de monde qui s'en émeuve... Cela dit, il est au moins crédité de façon avantageuse au générique d'un film majeur, un seul, mais de taille. Pourtant The lost world, adaptation coûteuse et enthousiaste d'un roman connu de Arthur Conan Doyle, et dont la production a demandé trois années de travail, est généralement reconnue surtout pour être la première oeuvre importante qui a mis en valeur le talent de Willis O'Brien pour l'animation "stop-motion"...

Le professeur Challenger (Wallace Beery) souhaite financer une expédition en Amérique du Sud afin d'y retrouver l'explorateur Maple White: celui-ci, avant de disparaître en pleine jungle, a eu le temps de consigner sur un carnet sa découverte: il a vu, sur un haut plateau d'un endroit très reculé, des dinosaures qui ont échappé à l'extinction... Son carnet, retrouvé par des membres de son expédition, a été ramené à Londres, et serait la seule maigre preuve de l'existence de reptiles préhistoriques. Le problème c'est qu'en dépit de la réputation de White, personne ne croit Challenger. Et surtout le professeur est irascible, impétueux, et tellement borné... pourtant il va se créer une expédition autour de lui: Paula White (Bessie Love), la fille de l'infortuné professeur; le professeur Summerlee (Arthur Hoyt), un spécialiste des coléoptères, dépêché par l'académie des sciences afin de prouver que Challenger n'est qu'un charlatan, Sir John Roxton (Lewis Stone), chasseur et ami de Challenger, attiré à la fois par l'opportunité de chasser du très gros gibier, mais aussi par la nécessité de protéger la belle Paula; enfin Ed Malone (Lloyd Hughes), un journaliste, a décidé de se joindre à l'expédition afin de vivre une aventure: une condition imposée par sa petite amie qui souhaite en faire un homme avant d'accepter le mariage... D'autres personnes, Austin (Francis Finch-Smiles) et Zambo (Jules Cowles) sont également de la partie, même s'ils sont surtout là pour ajouter de l'humour vaguement ethnique, signe d'un autre temps...

Les trois années de confection ont surtout été dictées par la nécessité de tourner, image après image, les séquences très planifiées de Willis O'Brien, dont la fascination légendaire pour les bestioles disparues a tout bonnement créé la vocation. Il est intéressant de constater que les scènes tournées par O'Brien et son assistant Marcel Delgado (C'était leur première collaboration, mais ils allaient travailler ensemble quelques années plus tard sur un projet encore plus prestigieux) varient grandement en qualité: et pour cause, les deux hommes, engagés dans une production de longue haleine, y ont littéralement raffiné leur art de jour en jour. Et c'est constamment impressionnant, tant leur technique leur permet de créer des "poupées" dotées de vie, aux détails impressionnants. Ils n'oublient généralement pas grand chose, les petits trucs anatomiques apparemment inutiles, mais qui ajoutent  de la véracité (Un ventre qui bouge au rythme d'une respiration, la queue d'un reptile qui semble vivre sa propre vie, etc...), et ils vont tout faire pour planifier un maximum de plans composites en intelligence avec l'équipe de Hoyt.

Ce dernier, en charge de la partie 'live-action', fait un travail soigné, sans grande invention au niveau des caméras, mais qui profite pleinement de la qualité de la distribution. Le script de son côté adapte Conan Doyle sans trop le trahir... sauf les stéréotypes raciaux: le personnage de Zambo, le noir, devient un insupportable crétin qui roue les yeux en permanence, et en prime est joué par un blanc! Quant à cette pauvre Paula White, elle est un catalogue des conventions sexistes sur les héroïnes, Bessie Love n'a d'ailleurs jamais caché le peu de cas qu'elle faisait de ce rôle...

Pourtant avec toutes ces scories, et les moments d'une grande naïveté, il y a derrière cette improbable aventure un humour et un second degré inévitable, qui font que le charme opère malgré tout: The lost world est dans la même catégorie, en dehors du temps, que Tarzan et bien sur King Kong. Ce dernier film doit énormément à celui-ci: l'équipe d'animation tout d'abord, qui va apporter au projet de Cooper et Shoedsack tout le savoir-faire acquis sur le film de Hoyt, en le raffinant encore; le parfum de l'aventure brute, et une trame pas si éloignée: dans les deux films, on ramène une bestiole dans notre "monde civilisé", et dans les deux films, ça ne se passe pas vraiment bien.

Pour finir, si on peut voir The lost world aujourd'hui dans une version décente, c'est essentiellement à un travail acharné d'une équipe de restauration menée par Serge Bromberg de Lobster films. Leur travail est formidable, et grâce à eux, nous avons nous aussi eu accès à un monde perdu...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925
3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 09:21

Un jeune homme de bonne famille (Max Linder), qui vit avec son père dans un hôtel, passe le plus clair de son temps à faire la fête, malgré l'opposition paternelle. Un jour, il se rend au cirque, et est subjugué par une jeune acrobate (Vilma Banky), qu'il rencontre quelques jours après: c'est décidé, il va devenir artiste de cirque, d'autant qu'à l'instar du père de Max, le père artiste de cirque de la jeune femme ne se voit pas laisser la main de sa fille à n'importe qui...

. Il s'essaie à l'acrobatie (ce qui occasionnera dans l'hôtel une série d'incidents mémorables), puis a une idée malheureuse: il achète un cirque de puces (ce qui va là aussi déclencher des problèmes), et finalement va grâce à un stratagème devenir dompteur. Le stratagème en question consiste, c'est un classique, à mettre dans une peau de lion un copain clown, sauf que... le rival en amour de Max a opéré un chagement de dernière minute sans en avertir le dompteur trop confiant...

...Bref, c'est un vrai lion.

C'est une surprise: ce film réputé perdu par tant de sources (A commencer par Maud Linder elle-même, mais les données datent un peu) est en fait encore trouvable, sous la forme d'un condensé intitulé Max Dompteur par amour, et montré à la télévision Espagnole il y a un certain temps. On sait que le film a eu un gros succès, et maintenant qu'on peut juger sur pièces, on peut confirmer: c'est mérité. Linder, passé par les Etats-Unis, a retenu les leçons de comédie qu'il a pu recevoir là-bas en se confrontant aux artistes locaux, et ce film ne dépare pas aux côtés de ses trois longs métrages Américains, Seven years bad luck, Be my wife et The three must-get-theres... Et Linder, sous l'influence de Harold Lloyd (c'est évident dans le premier tiers qui nous montre le héros faire preuve d'une ingéniosité de tous les instants pour réussir à tromper la vigilance de son père et quitter l'hôtel), nous livre une comédie sans temps mort, pleine de santé, de gags visuels, de comédie physique particulièrement réussie et de bonne humeur...

...Pour la dernière fois, avant de se tuer comme un con.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1925 Max Linder
29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 16:27

M. et Mme Lepic ne s'aiment plus, et depuis longtemps. Elle (Charlotte Barbier-Krauss), cette vieille bique, s'accroche comme elle peut à sa réputation et au fait qu'étant aisée, elle tient sans avoir à faire de grands efforts à son rôle de notable, dans la toute petite bourgade à flanc de montagne où ils vivent. Elle aime particulièrement à montrer des photos de son grand fils Félix (Fabien Haziza), un garnement, presque un adulte, auquel elle pardonne tout. M. Lepic (Henry Krauss), donc, n'aime plus son épouse, et comme on le comprend. Il est aigri, solitaire, mais lui non plus ne dédaigne pas briller en société, ce qui explique qu"il va accepter, dans le cadre de ce film, de participer à la vie de la cité en acceptant de briguer un mandat de maire, devant un conseil municipal qui lui fera une bonne fois pour toutes ouvrir les yeux sur ce qui cloche dans son foyer.

Outre le grand, Félix, les Lepic ont deux jeunes enfants: Ernestine (Renée Jean) est une jeune bique, et François (André Heuzé), eh bien, c'est le petit François, celui qu'on n'a pas voulu et qui s'est invité quand même: Madame Lepic le lui fait comprendre tous les jours. Roux, au visage constellé de tâches de rousseur, on a surnommé François "Poil de carotte". Et comme il l'écrit un jour dans une rédaction (qui lui vaudra évidemment les remontrances de son instituteur): La famille, c'est la réunion de gens qui ne peuvent pas se sentir...

Le film commence par nous montrer ses deux principaux protagonistes adultes, les Lepic, dont il est évident que Jules Renard, autant que Julien Duvivier, entendaient cette histoire comme un portrait de l'un et de l'autre. Madame est vue dès la première séquence dans son rôle de matrone sociale, mais vue en ombres chinoises d'abord et avant tout. ...Ca permet d'atténuer le choc, parce que Mme Barbier-Krauss ne s'est pas arrangée pour tenir ce rôle! Elle est à peu près aussi laide que méchante. On passe ensuite à une vision de M. Lepic, qui se tient dans son salon, les volets mi-clos, dans une pénombre enfumée. Il ne quittera d'ailleurs jamais sa pipe du début à la fin du film, pas plus que son attitude distante de solitaire. Au début, donc, il fuit son foyer car le babillage incessant de son épouse, et des commères qu'elle reçoit, l'incommode. En sortant, il croise une jeune femme, autre personnage important du film: Annette (Suzanne Talba) est une domestique qui arrive au service des Lepic, et qui aura un rôle important auprès de Poil de Carotte dont les vexations qu'il subit de la part de sa propre mère irriteront la jeune femme, et l'amèneront plus d'une fois à prendre sa défense.

Et le film, en faisant semblant de nous montrer une anecdote après l'autre, conte en fait la progression du drame intérieur de François Lepic, comment de fil en aiguille il va être amené à projeter très sérieusement de se supprimer, pendant que le père Lepic va peu à peu prendre conscience du fait qu'il est devenu en quelque sorte complice de l'attitude de son épouse à l'égard de leur plus jeune fils, en affichant pour se défendre un détachement que le petit prend pour une autre version du désamour que lui témoigne sa mère. Et Duvivier installe, mine de rien, un sacré suspense, en nous faisant nous demander si la réalisation par le brave Lepic viendra à temps.

Le metteur en scène a subi une formidable influence: celle de Feyder, dont l'admirable Visages d'enfants vient de sortir quand il réalise ce film. C'est intéressant de rappeler, peut-être, que Feyder a envisagé un temps de réaliser ce film, mais ce projet n'a pas été au-delà d'un script. Duvivier, venu entre-temps sur le projet, a écrit son propre traitement, scénario comme "dialogues", car les intertitres ont une importance capitale ici, relayant le naturalisme particulier, fait d'une vulgarité enfantine consciente, de la langue de Jules Renard. Et le metteur  en scène a choisi de tourner son film dans les Alpes, plutôt que de choisir le Morvan: plus photogénique, le décor du film permet d'atteindre à une certaine grandeur qui contraste avec l'apparent ton de comédie du film. Une réussite, d'ailleurs, car Duvivier refuse de choisir entre le drame et la comédie de moeurs, parce qu'il sait que ce film doit être vu à hauteur d'enfant...

André Heuzé, le jeune acteur qui prête son visage et ses tâches de rousseur à Poil de Carotte, avait affaire à forte partie avec les Krauss. Les deux monstres sacrés sont bien sur splendides, mais... lui est fantastique. Souvent traité en gros plan, il a un naturel époustouflant, et joue avec ses émotions sans difficulté. Il réussit à nous entraîner avec lui sur le chemin de sa tentative de suicide, un terrain glissant s'il en est. Du reste, tout l'interprétation est formidable! Et le metteur en scène est constamment touché par la grâce, privilégiant des compositions complexes qui incorporent plusieurs points de vue, et imaginant des dispositifs inédits: lors d'un début de prise de conscience de M. Lepic, Duvivier filme Krauss seul dans son jardin, qui visualise tout à coup plusieurs Poil de Carotte autour de lui, travaillant à toutes sortes de tâches imposées par la mère sans scrupules... Duvivier imagine aussi de montrer d'une façon inédite le drame d'un soir, quand la mère réalise qu'on a volé de l'argent (C'est ce bon à rien de Félix) et qu'elle va, bien sur, charger ce pauvre François de ses soupçons. Le metteur en scène incorpore des miroirs, pour passer en un éclair d'un côté à l'autre de la pièce, permettant aux acteurs de jouer l'intégralité de la scène sans la morceler, tout en offrant plusieurs angles! Il utilise aussi à plusieurs reprises surimpressions savamment orchestrées et un montage dynamique et parallèle, dont il n'abuse jamais.

Bref, de par son ton, le jeu de ses acteurs, sa modernité, le traitement d'une histoire désormais classique, et par l'équilibre impressionnant des émotions qu'il distille, ce film est un chef d'oeuvre, qui a bien sur été influencé par Visages d'enfants, et je ne pense pas que Duvivier ait pillé cet admirable film de Jacques Feyder: il l'a, tout simplement, égalé. Le metteur en scène devait d'ailleurs avoir une certaine affection pour ce film et cette histoire, car il en a fait un remake en 1932, avec Harry Baur et Robert Lynen. Un bon film, remarquez... mais il a des défauts. Le premier d'entre eux est d'être parlant. 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925 Julien Duvivier