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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 19:21

Le deuxième film MGM de Sjöström ne ressemble certes pas à son premier... Il est étonnant que le réalisateur du premier film si prestigieux de la firme du lion ait eu pour récompense à tourner ce pensum! Non qu'il soit catastrophique, mais enfin, qu'y a-t-il dans ce film romantique de série B qui justifiait qu'on le confie au metteur en scène des Proscrits ou de La Charette Fantôme? Pour le réalisateur, c'était forcément une déception. L'intrigue est tirée d'un conte d'Alphonse Daudet, pas forcément le genre d'humaniste dont Sjöström pouvait instantanément se sentir le cousin... Cette histoire qui sent le réchauffé concerne un royaume de pacotille, dans lequel le roi Christian (Lewis Stone) vit heureux, dans une relative quiétude, plus soucieux de passer ses soirées à des parties fines ou sa maîtresse, la vénéneuse Sephora (Helena D'Algy), s'assure que son pouvoir sur lui est intact, que de gérer les affaires de son pays. Mais pour raison d'état, le monarque, qui a un certain âge quand même, se doit de se marier: l'heureuse élue est la princesse Federika (Alice Terry), qui pour sa part est très rigoureuse. Autant dire qu'elle va être déçue...

On assiste donc à l'arrivée de Federika, au mariage, et à un ballet mené par le roi, qui va respecter sa reine, ne pas insister pour consommer le mariage... et rejoindre Sephora. Une bonne part du film concerne le débat silencieux entre le roi, soucieux de continuer comme avant, et la reine consciente de son devoir: porter un héritier à la couronne. Ajoutons à ça la jalousie de plus en plus forte de Sephora, le double jeu du Prince Alexis, un aide de camp du roi qui se garderait bien Federika pour lui seul, et une révolution qui gronde...

Donc le principal conflit de ce film est entre le devoir (Federika) et le droit à l'amusement oisif (Christian)... Quoique un autre thème finit par apparaître: Federika déplore que Christian paraisse si empressé d'abandonner sa couronne, et le considère comme un lâche. Le film hésite, avec une certaine adresse, entre conte d'opérette et comédie légère, avant de choisir le drame romanesque. La présence au générique de Lewis Stone et Alice Terry, qui étaient tous deux au générique de The prisoner of zenda, et Scaramouche, réalisés pour la Metro par Rex Ingram, est-elle un signe que le mari d'Alice Terry était prévu pour ce film? C'est bien possible, d'autant qu'il était en préparatifs pour son tournage Niçois de mare Nostrum, et probablement dans l'incapacité de tourner un autre film... Quoiqu'il en soit Sjöström rend une copie nette, caire, soignée, mais vide. Les personnages sont autant de poncifs, distrayants mais pas plus. Au moins, le jeu est digne et sobre, et la bonhomie de Lewis Stone communicative...

Et puis le film est perdu: pas tout bien sur, il en reste la moitié, à peu près: les quatre premières bobines à peu près intégrales, et une moitié de la dernière! Tout le reste, à cette date, est jusqu'à nouve ordre, perdu. Et disons-nous que c'est toujours mieux quele destin de The tower of lies, le film suivant du metteur en scène dans lequel il retrouvait Chaney et Shearer, puisque celui-ci est intégralement perdu...

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Published by François Massarelli - dans Muet Victor Sjöström 1925 Film perdu
14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 08:57

Le nom de Robert Macaire est pour toujours associé à un film, Les enfants du Paradis, qu'on n'a plus besoin de présenter. Il était, rappelons-nous, non pas un personnage du film, mais  le personnage qui avait donné la notoriété à l'acteur Frédérick Lemaître, incarné dans le film de Carné par Pierre Brasseur; Ce qui, du reste, était conforme à la vérité historique, puisque Lemaître avait triomphé au théâtre en 1832 en interprétant non seulement le personnage de Macaire dans la pièce L'auberge des Adrets, mais aussi la pièce elle-même, transformée par la grâce du laisser-aller volontaire et de l'improvisation calculée, en une pochade alors que l'intention de ses auteurs était mélodramatique... Macaire n'a existé que dans cette pièce, il est malgré tout l'archétype du brigand de cette première moitié du XIXe siècle. C'est l'époque de la fin des dernières conséquences du passage de Napoléon, des décombres de feue la Révolution Française, d'une restauration qui se cherche, et dans l'imaginaire collectif, c'est l'époque de Vidocq et des premiers trains; la campagne est encore un monde complètement éloigné de la ville, mais pour combien de temps? C'est ce monde qui vit ses derniers instants, que parcourent dans le long film d'Epstein Robert Macaire (Jean Angelo) et son fidèle compagnon Bertrand (Alex Allin).

Ces "aventures" sont au nombre de cinq, le film épousant la forme d'un serial classique... Mais ces cinq "aventures" seront en fait exploitées en deux temps: le premier épisode se compose des trois premières, et les deux suivantes se retrouvent donc dans le deuxième service. Entre les deux, un cliffhanger en forme d'un saut dans le temps, de 17 années... Macaire et Bertrand sont deux brigands professionnels, sans le sou évidemment, qui parcouret les routes à la recherche de rapines. Leur armes favorites: la ruse, le déguisement, la persuasion plutôt que la violence. On les voit détrousser une fermière pingre qui leur a refusé un repas, en jouant sur sa superstition: ils sont déguisés, respectivement, en St Antoine (Que la fermière aime tant prier) et son cochon. Mais lors de leur première aventure , ils font la connaissance de la belle Louise de Sermèze (Suzanne Bianchetti), qu'ils sauvent, en se faisant passer pour le Vicomte de la Tour Macaire et son intendant Picard... Louise et Macaire s'aiment, ce qui n'est pas du goût de tous. Apprenant qui est réellement Macaire, le frère de Louise (Nino Costantini) tente de les faire arrêter; ils le seront finalement, au terme d'une aventure ou d'une autre... Et la deuxième partie les verra revenir sur le théâtre de ces événements, pour permettre à la fille de Louise disparue, et donc la fille de Robert Macaire lui-même) de connaître un meilleur destin que son père... Tout en faisant quelques affaires, bien entendu.

Le format surprend, d'autant qu'Epstein, qui a si souvent versé dans le mélodrame, n'a pas pour habitude de faire durer ses films aussi longtemps... Mais le propos avec ce Robert Macaire qui est une commande de la compagnie Albatros (La dernière des collaborations d'Epstein pour cet excellent studio), était de fournir à moindre frais du picaresque décoratif, et quoi de mieux que cette époque bénie, ces costumes si caractéristiques, et le frisson facile de la rapine, du brigandage, et de la vie au jour le jour et au grand air de deux fripouilles sympathiques? Deux types qui s'adorent, se complètent, mais se signalent l'un à l'autre leur amitié indéfectible en se faisant mutuellement les poches... Car bien sur, à l'imitation de Lemaître, le film ne se prend jamais vraiment au sérieux. Pour preuve, cette présentation de leurs exploits par une famille de paysans qui se racontent des horreurs à la veillée, dans laquelle Angelo et Allin incarnent des versions terrifiantes (Et sérieusement exagérées) de leurs personnages... Personnages que nous connaissons déjà, et dont le public peut apprécier le décalage par rapport à l'image de ces horribles voyous inquiétants qui nous sont montrés dans cette narration au coin du feu!

Epstein et son équipe se sont tranquillement promenés dans les campagnes et vallées provençales, faisant merveille avec les décors naturels, profitant justement des lieux pour alterner de façon efficace les gros plans (son pêché mignon, il fait le rappeler) et les plans d'ensemble qui inscrivent les aventures picaresques de Macaire et Bertrand dans la nature même, une nature bien sur encore proche de celle du XIXe siècle, mais condamnée tôt ou tard à disparaître. Il fait taire ses petites manies d'avant-gardiste, au profit d'une narration tranquille et linéaire, laissant ses acteurs faire leur travail en toute simplicité: pas d'excès, mais beaucoup de clins d'oeil dans les aventures de Macaire. Angelo a trouvé l'exact milieu entre le sérieux d'un bandit qui se prend toujours pour quelqu'un d'important, y compris quand on l'arrête, et le fieffé escroc pour lequel plus c'est gros, plus ça passe... Bref, avec Macaire et Bertrand, qui commencent le film exactement comme ils vont le finir, en arpentant les routes, tout cela est fait très sérieusement, même si ce n'est pas sérieux du tout.

Et dans ce monde sans foi ni loi, ou se confondent les braves gens et les méchants (Des nobles incapables de laisser les tourtereaux en paix), Macaire nous apparaît comme une sorte de Robin des bois, marqué par le passage des ans perdant ça et là un bout de son costume, voire un oeil (Lequel au fait? Le bandeau noir sur l'oeil semble hésiter entre les deux...), un personnage hauts en couleurs dont on aimerait bien qu'il ait existé, ne serait-ce qu'un peu. 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1925 Jean Epstein Albatros
12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 20:45

Ceci est le troisième film d'Epstein pour la compagnie Albatros, et le scénario en est signé de sa soeur Marie... Mais la patronne incontestée, déjà vue dans Le lion des Mogols, et qui avait joué aux côtés d'Ivan Mosjoukine aussi bien en Russie qu'en France (Le brasier ardent), c'est Natalie Lissenko. Mon sentiment, devant ce film, c'est qu'Epstein s'est tout simplement dit qu'il allait profiter de la commande pour faire ses gammes...

La comtesse Maresco (Lissenko) se sacrifie pour un homme (Jean Angelo) qui disparaît en la laissant enceinte. Vingt ans plus tard, les fantômes du passé resurgissent: alors qu'elle a refait sa vie autour de son fils unique, Jacques (Pierre Batcheff), elle constate que celui-ci devient aussi joueur que l'était son père... Et celui-ci, qui a fait fortune aux Etats-Unis, refait surface.

Naalie Lissenko est grande, belle et digne, Jean Angelo est lent, et Pierre Batcheff intense dans un de ses premiers rôles. Epstein souligne un peu trop ses effets, dans une production qui pourrait finir par devenir profondément ennuyeuse à force de lenteur... Mais on voit ou toute l'équipe veut en venir: on sonde ici les tréfonds de l'âme d'une mère: passionnée, jusqu'au-boutiste, accueillant à bras ouverts la mauvaise foi si la bonne santé de son fils en dépend... Une maman bien Russe, au fond.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925 Jean Epstein Albatros
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 15:30

En 1925, Griffith est amené à produire ce film d’après une pièce à succès, Poppy, dans laquelle s’est illustré W.C. Fields. On peut s’étonner d’un pareil choix, et les critiques se sont généralement divisés en deux camps distincts : les défenseurs du film, attribuant généralement les qualités à Fields, parfaitement à l’aise dans un rôle sur mesure, et les détracteurs, qui ne pardonnent pas à Griffith de s’attaquer à un sujet qui ne lui convient pas. Sans parler de la malédiction de Carol Dempster sur les épaules de laquelle le film repose énormément. Pourtant, et sans aller jusqu’à suivre Claude Beylie qui s’est attaché à défendre dans un magnifique article (Griffith, sous la direction de Jean Mottet, L’Harmattan, 1984) les films jugés comme mineurs de Griffith, je donnerai sans doute tout America pour certaines séquences de ce film.

Evitant le piège du théâtre filmé, Griffith donne beaucoup de mouvement à cette histoire, basée sur un mélo typique : une jeune femme (Dempster) élevée dans un cirque a été élevée par le « proffesseur » (sic) Eustace Mcgargle (Fields), un escroc-bonimenteur qu’elle considère désormais comme son propre père. Celui-ci se rendant compte qu’il lui sera difficile d’éviter à la jeune femme les dangers de la vie (En gros, elle est jolie et naïve, et on est dans un mélo, donc tous les hommes sont des loups.), il l’emmène en Nouvelle-Angleterre afin de retrouver la famille de Sally : le grand père (Erville Alderson), un juge qui a désavoué sa fille lorsque celle-ci a épousé un homme du cirque, et une grand-mère à jamais inconsolable de la perte de son unique fille (Effie Shannon). La jeune femme, lors de ce voyage, n’est au courant ni de la filiation ni de la volonté du « proffesseur » de la confier à sa famille. Elle va, inévitablement, rencontrer un beau jeune homme (Alfred Lund) dont elle va tomber amoureux, et qui se trouve être le fils du meilleur ami du juge. Celui-ci se verra confier la tâche d’éloigner du jeune homme la saltimbanque, une mission dont il va tâcher de s’acquitter avec efficacité.

L’intrigue permet de varier les décors, depuis le cirque du début à la splendide et coûteuse maison du juge Foster, en passant par la prison, le palais de justice et même la campagne verdoyante ou des scènes de poursuite automobile quasi burlesques ont été improvisées autour de W.C. Fields. L’ensemble du film est centré non pas sur Fields lui-même, mais sur le couple Fields-Dempster, manifestement complices. Griffith, toujours attaché à mettre en valeur sa protégée contre les nombreux détracteurs, lui a d’ailleurs donné le « Star billing », avant Fields. Elle doit, dans ce film, jouer le mélodrame en usant beaucoup du canon Griffithien de la jeune adolescente infantile, à la façon de Mae Marsh dans Intolerance, avec une hyperactivité rendue plus forte par le fait que Dempster joue beaucoup de son corps (En tout bien tout honneur, on est chez Griffith, quand même) ; elle est danseuse dans le film comme dans la vie, ce qui permet à griffith de placer une scène qui nous rappelle immanquablement Way down east : invitée par Mrs Foster à danser pour ses invités, elle se déguise en dame de la haute société et dame le pion à tous les bourgeois présents, telle Lillian Gish dans une scène d’élégance au début du film précité. Le reste du film voit Sally déambuler dans une petite robe sans forme, avec des bas noirs, des chaussures plates et un chapeau boule… Dire de Dempster qu’elle est bonne actrice relève du défi, de la mission impossible, tant elle est poussée à jouer, grimacer à la façon dont Griffith s’imagine que les toutes jeunes filles le font. Certaines scènes pourtant, lui permettent de s’investir autrement. Sa faculté d’afficher des larmes, déjà remarquée dans America, est mise à profit dans les scènes au cours desquelles elle est jugée, et passe le plus clair de son temps à crier que son « Pop » va arriver pour la sauver, et la scène la voit s’enfuir, poursuivie par des policiers, dans une scène de poursuite spectaculaire : jamais elle n’y joue les poules décapitées, contrairement à Lillian Gish ou Mae Marsh : elle y possède une assurance physique qui est pour beaucoup dans le plaisir qu’on prend lors de la scène. La scène de quasi viol dans america lui permettait de montrer là aussi plus de prsence physique que l'aurait demandé Griffith à ses autres actrices ("Lève les bras au ciel, Mae! Bien, roule des yeux, maintenant!")

Fields, en, 1925, est déjà le Fields de toujours, la parole (Et quelques kilos ) en moins… il est donc burlesque dans le mélo, son regard plein d’une assurance d’escroc toise le reste du casting avec autorité. Mais le mélange, qu’il soit ou non voulu par Griffith entre comédie, voire une timide tentative de slapstick, et le mélo classique a bien du mal à prendre. Il me semble que c’est une erreur d’avoir utilisé le montage alterné pour passer d’une poursuite dramatique (Sally, dans sa fuite) à l’autre, franchement burlesque (Fields, se battant à la fois contre sa voiture et contre des poursuivants qui veulent l’empêcher de porter secours à Sally). Néanmoins, et malgré le mélange des genres, on se réjouit de voir Griffith essayer de renouveler la poursuite finale…

Au final, ce film se laisse regarder, en dépit de sa longueur ou de ses mélanges de genre mal fichus , avec plaisir. Il faut dire que le metteur en scène, peut-être résigné par son travail sur la pièce d’un autre, scénarisé par un autre (Forrest Halsey), a enfin daigné abandonner les intertitres verbeux, sentencieux tendancieux et redondants, et cela rend le film plus léger, ô combien. Sally of the sawdust a été suivi d’une autre collaboration entre Fields et Griffith, avec Carol Dempster, le film That Royle girl, mais celui-ci est perdu.

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith 1925 Muet
1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 17:09

C'est chez Al Christie, le second couteau des studios de comédie qui tentait désespérément de jouer le troisième homme après Roach et Sennett dans les années 20, que ce film a été tourné. Il a un pedigree étonnant: adapté d'une pièce de 1892 qui a eu un succès phénoménal, rien ne prédisposait ce classique des planches, basé sur des quiproquos et des dialogues à la fine répartie, à devenir un succès du cinéma muet! Par ailleurs, on connait surtout Scott Sidney pour un fiml de 1918, qui est la première adaptation au monde du comic et des romans Tarzan, d'Edgar Rice Burroughs... Mais en 1925, c'est un vétéran, et son style tient plutôt de l'absence de style. Non, bien sur, LA raison de voir ce film, en 1925 comme en 2017, c'est sa vedette Syd Chaplin.

Privé de moustache contrairement aux six autres de ses films "en solo" que j'ai pu voir, Sydney Chaplin interprète un lord Anglais, un étudiant d'Oxford dont les manières ne font aucun doute: l'homme est de noble extraction... Ce qui ne l'empêche pas d'être un coquin, un séducteur, un soiffard et un gaillard doté d'une sérieux sens de l'humour. Il va donc se prêter à la demande de ses amis à une mascarade qui va permettre à l'acteur de porter sur les deux tiers du film un déguisement ultra-codifié: alors que ses deux camarades de chambrée attendent la tante de l'un d'eux, et que ladite dame est en retard, les copains ont quand même besoin d'une duègne afin de permettre au tuteur de leurs petites amies de laisser les deux jeunes femmes passer du temps en leur compagnie. C'est donc Sydney Chaplin qui va interpréter la vieille tante... Y compris quand celle-ci arrive, qui plus est accompagnée de sa propre nièce, qui est l'ex-fiancée de Syd!

Donc, déguisement, et comportement décalé qui va avec. On est dans un registre dont on imagine que Leo McCarey aurait pu tirer un film de deux bobines rempli de gags sublimes, avec Charley Chase... Donc on peut questionner l'opportunité de l'étirer sur sept bobines. Sauf que ce temps permet à Syd Chaplin de monopoliser l'attention de toutes et de tous, par sa gestuelle, ses gags, et son incroyable charisme: bon sang ne saurait mentir. Il est totalement crédible en lord élégant et racé, et tout autant en vieille tante qui viendrait du Brésil... "Where the nuts come from". Le film est probablement son meilleur, et a eu, tant mieux, un certain succès en 1925.

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Comédie Sydney Chaplin
1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 13:42

Il ne reste pas grand chose de la pléthore de films avec Clara Bow, qui ont précédé son arrivée à la Paramount avec Mantrap en 1926. La plupart, mais pas tous, étaient des productions Preferred de B. P. Schulberg, un indépendant avisé, qui exploitait celle en laquelle il reconnaissait son principal atout, avec des rôles adéquats, et parfois très limités. Elle étai sous contrat, il avait pour idée de l'imposer au public, film après film, en la distribuant dans rôles plus ou moins grands selon les circonstances. D'une part, ça a payé. D'autre part, ça a contribué à forger une expérience professionnelle à une actrice qui toute sa vie a surtout laissé son tempérament et ses émotions prendre le dessus sur toute hypothétique technique de jeu...

Certains des films Preferred ont été mises en scène par Louis J. Gasnier, le patronyme à peine transformé du Français Louis Gasnier, auquel on doit les débuts de Max Linder en 1905, et bien sur les fameux Perils of Pauline... De Gasnier non plus il ne reste pas grand chose; la faute en incombe sans doute à des mauvais choix de carrière, ou tout simplement qu'en 1920, quiconque faisait déjà des films quinze années auparavant était automatiquement un has been: voir  ce sujet les carrières plus que déclinantes d'un Griffith ou d'un Olcott! Mais si tout ce qu'il faisait était à l'aulne de ce joli petit film, on aimerait en voir plus: il y a du métier, un oeil évident pour la composition, et une façon de laisser les acteurs "naturels" (donc Miss Bow) faire le spectacle...

L'histoire est un brin ridicule, et repose sur deux postulats: d'une part, les Français sont des grands romantiques; d'autre part, le public Américain ne connait pas la France au-delà des clichés... donc l'intrigue part d'une soirée au cabaret: des apaches tels que Feuillade les avait dépeints dans Les Vampires partagent leur temps entre leur danse canaille pour épater le bourgeois, et des visites dans leurs maisons pour les délester de leurs biens. C'est lors d'une de ces expéditions qu'Armand (Donald Keith) est blessé, pendant que sa petite amie Marie (Clara Bow) fait le guet. Mais Pierre Marcel (Lou Tellegen), l'homme qui est responsable de la blessure décide de changer la destinée du bandit, et le pousse à reprendre les études qu'il avait interrompu. c'est compter sans Marie, qui va tout faire pour récupérer "son homme", avec l'aide de la bande d'apaches...

Ca n'a ni queue ni tête, la police apparaît et disparaît sans crier gare, mais on s'en fout: ce qui compte, finalement, c'est l'atmosphère de canaillerie Parisienne, dont Gasnier essaie tant bien que mal de reconstituer les contours; et puis bien sur, il y  Clara Bow, en roue libre, qui s'est enfin trouvée esthétiquement (la coiffure, le maquillage), qui assure le show à elle toute seule: elle joue une criminelle, toute entière dédiée à une vengeance, et risque un moment la mort, mais le film reste une comédie du début à la fin. On notera que le film structure son intrigue sur une série de baisers, depuis la toute première, jusqu'à la dernière scène... Basée sur une unique copie conservée, la version actuellement en circulation a l'air d'être complète, en plus d'être présentée avec des teintes d'origine du plus bel effet. C'est rare et ça mérite d'être souligné...

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Published by François Massarelli - dans Muet Clara Bow 1925 Comédie
12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 15:52

Tourné avant, sorti après les trois premiers films First National de Langdon (Tramp, tramp, tramp, de Edwards, et The strong man et Long pants de Capra), ce film était probablement une sorte d'assurance prise par Sennett en cas de désertion de son acteur. de fait, il en avait l'habitude: Arbuckle, Chaplin, même Mabel Normand, tous l'ont déserté pour aller voir ailleurs. ce long métrage a été complété longtemps avant la fin du tournage des courts métrages de Langdon. Si donc le film est sans doute plus ou moins une commande de Sennett, son intrigue est particulièrement typique de Langdon et de son équipe.

Par moments, on dirait deux films collés l'un à l'autre: le titre fait allusion à deux sortes de flammes. Le premier amour, bien sur, représenté par Natalie Kingston, la fiancée qui en veut à l'argent d'Harry aveuglé par ses sentiments, et contre laquelle son oncle Vernon Dent le met en garde. Et sinon, Harry s'improvise pompier, lorsqu'il est recueilli par Dent, qui est capitaine de la caserne locale, et il y a deux incendies dans la dernière bobine, un sérieux, et un plus douteux... Harry s'y distingue, sauvant notamment un mannequin.

Dent & Langdon tournent ce qui deviendra, de par la grâce d'une sortie tardive, leur dernier film muet ensemble, et leur équipe fait toujours merveille. Elle est assez complexe, aussi, ne reposant pas seulement sur la dynamique de la brute et du naïf. Le lien familial entre les deux permet à la fois d'imposer que l'un (Dent) ait de l'autorité sur l'autre (Langdon) sans pour autant qu'il y ait un déficit d'affection entre les deux. De son côté, Natalie Kingston se voit donner une chance de jouer un rôle inhabituel, celui de la méchante femme qui ne souhaite se marier avec le héros que parce qu'il est riche. Sa soeur, interprétée par Ruth Hiatt, se tient prête à récupérer le fiancé Harry dont elle est amoureuse, et elle a l'idée, en voyant Harry participer à un sauvetage, de l'appeler à l'aide en simulant un incendie. Le feu et Harry se mélangent fort bien, permettant à Langdon de jouer sa lenteur proverbiale dans une atmosphère de suspense brûlant.

Il est beaucoup question de mariage dans ce film, où l'oncle dissuade son neveu, la fiancée part avec un autre, et un ami rencontré par hasard se révèle mener un existence dangereuse et tumultueuse dès qu'il franchit la porte de chez lui: son épouse est violente! Harry Langdon trouve quand même le temps d'interpréter une scène habillé en femme, et n'a pas besoin de faire grand chose de plus pour déclencher le rire. Erratique, le scénario (Ripley et Capra) qui part dans tous les sens, ce qui ne sera pas le cas des films longs à venir. On a le sentiment malgré tout qu'on pourrait pas couper dans ce film, et obtenir des morceaux cohérents. D'ailleurs une coupe a eu lieu, sans doute due aux ravages du temps, et rend un passage très difficile à comprendre. Le film n'existe pour l'instant dans aucune copie cohérente, et la version la plus satisfaisante (à 44 mn, il en manque encore 8 d'après les estimations) est celle qui se trouve sur le formidable coffret Harry Langdon: Lost and found.

Inégal, le film semble résumer efficacement l'ensemble des courts et moyens métrages de Langdon pour Sennett: erratique, bizarre, avec des moments de folie (Une course contre la montre avec la carriole des pompiers, et Harry qui fait trois fois le tour de la maison incendiée avant de s'arrêter), et des moments de lenteur calculés (Harry assommé met une minute à tomber). Il fera mieux, mais est déjà cet étrange individu perdu dans un univers qui nous est vaguement familier, mais qu'on ne voit pas ici comme on le verrait chez d'autres, Chase, Chaplin, ou Keaton. Un univers singulier qui est bien plus celui de Langdon que celui de Sennett.

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Published by François Massarelli - dans harry langdon Mack Sennett Muet Comédie 1925
30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 22:29

Les Tumbleweeds, ce sont ces petits branchages secs, qui roulent partout dans certains territoires arides de l'Ouest Américain. C'est aussi une métaphore des cowboys, ces gens sans attaches, qui voient venir les "Homesteaders", ces pionniers désireux de se fixer, comme un changement de civilisation...

Dernier film de William S. Hart, garant en cette époque difficile d'un western pur, dans lequel les costumes, dates, lieux, comportements, sont authentiques, ce qui lui vaudra sa carrière! Une histoire de ruée vers l'Oklahoma dont Morris et Goscinny sauront se souvenir en 1958 dans un chef d'oeuvre d'un autre genre, mais John Ford n'attendra pas 1958: dès 1926, il recycle non seulement le style de Tumbleweeds, mais aussi une séquence mythique de "Land Rush" de ce même film, lorsque tous les pionniers doivent au même moment prendre le départ sur la même ligne, à une heure donnée, pour coloniser un territoire plus grand que la France. Chez Ford, dans Three bad men (1926), c'est le Dakota qui est ainsi envahi. Peut-on parler de plagiat? Disons que John Ford influencé par un western majeur, a fait un chef d'oeuvre, et arrêtons là la comparaison.

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Published by François Massarelli - dans Western Muet 1925
30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 22:24

Le roman a fait l'objet de plusieurs adaptations, la plus intéressante serait celle de 1912; j'aime bien le film de Mervyn Le Roy de 1951, la démesure de Néron y reçoit le traitement qu'elle mérite avec un Peter Ustinov grandiose. Ici les efforts d'Emil jannings pour exister au milieu de ce fatras rappellent qu'il y a beau avoir deux metteurs en scène aux commandes de ce film Italien, il n'y a aucun capitaine, et les figurants s'empilent les uns sur les autres (Assez littéralement, vu le nombre de scènes d'orgie) sans aucun ordre, et les Chrétiens sont envoyés aux lions dans un chaos infernal, mais tout ça n'est pas bien sérieux. Le Ben-Hur de 1925, tourné partiellement en Italie, aurait-il tourné la tête des producteurs Mussoliniens? Fascisme ou cinéma, il faut choisir. Sinon, on peut se réjouir de la présence de la belle Lillian Hall-Davis, actrice Galloise rare, égarée dans la péninsule, et qui porte bien la toge mais pas toujours, comme en témoigne la photo de plateau ci-dessous.

Certes elle a été retouchée (la photo, pas l'actrice), mais elle reste bien fidèle aux excès si typiquement européens d'un cinéma de l'évasion qui se targuait de conter l'histoire quand il ne la travestissait pas.

Bref, comme chez DeMille: une vision bonimenteuse du cinéma, pour le pire et parfois pour, disons, une certaine poésie de l'étrange, de l'excès et du chaos...

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Published by François Massarelli - dans muet Italie le coin du bizarre 1925
24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 08:57

The eagle est adapté par Hans Kräly d'un roman inachevé de Pouchkine, lui-même lointainement inspiré de Robin Hood. Le roman commençait dans l'aventure avant de sombrer dans la tragédie... Ce qui est loin d'être le cas avec ce film, qui commence tambour battant, une fois le générique terminé, par une scène d'action en guise d'exposition: la Tzarine Catherine II de Russie sort de son palais, assistant avec satisfaction à l'entrainement de ses gardes. Mais le peloton qui s'exerce a des effets imprévus, car la détonation effraie le cheval de l'impératrice, et l'attelage d'une voiture qui passait par là. Le lieutenant Dubrovski, un jeune et valeureux Cosaque, se précipite pour attraper le cheval et venir en aide aux passagers du véhicule. Parmi elles, une fort jolie jeune femme, qui ne laisse évidemment pas le jeune héros indifférent. La Tzarine, en récompense, offre à Dubrovski de devenir général, mais celui-ci est fort embarrassé quand il constate que ça implique de coucher avec elle. Il prend la fuite, et va désormais devoir se cacher; il apprend peu avant sa fuite que son père a été exproprié par les manoeuvres de son voisin, Kyrilla, et décide de consacrer son temps désormais libre à venger l'honneur de sa famille. Avec des serfs et de paysans qui lui sont restés fidèles, Dubrovski devient l'Aigle noir, et va s'attaquer à Kyrilla, ne sachant pas qu'il a déjà rencontré sa fille, la belle inconnue qu'il avait secouru...

Rudolf Valentino devenait indépendant avec ce film, et pouvait enfin contrôler un peu plus le devenir de ces films, et après les nombreux mélos de seconde zone qu'il avait interprétés notamment à la Paramount, réalisés le plus souvent sans imagination, il trouve en Clarence Brown un réalisateur qui va enfin le servir avec classe et un peu plus que du métier. Car ce film est, enfin, une oeuvre qui se rappelle que le cinéma, c'est d'abord de l'image... Et ça bouge, en effet, même si c'est plus raisonnable que bien des films de Douglas Fairbanks, mais l'intrigue adoucie et truffée de comédie de cette inattendue adaptation de Pouchkine est cousine des longs métrages extravagants de l'auteur du Voleur de Bagdad... Une envie de Valentino, après tant de films à faire le joli coeur, qui souhaitait donner un nouveau départ à sa carrière maintenant qu'il était en contrat avec la United Artists. En résulte un film mené tambour battant, avec de nombreuses touches de mise en scène qui impliquent le passage des émotions, mais aussi de nombreuses informations, par l'image seulement; les petites touches de Clarence Brown, comme le gros plan des deux mains de Vladimir Dubrovski et de sa fiancée auxquelles on passe une alliance, avant que le prêtre ne réalise qu'il s'est trompé d'alliance, et ne les replace, sont autant de petits détails précieux, ce qui ne l'empêche pas de trouver d'autres idées plus amples: on connait dans ce film le long passage de la caméra sur une table envahie par un festin, mais il faut aussi signaler le plan superbe qui nous informe de la mort du père Dubrovski: la famille, les paysans et amis sont réunis auprès du mourant, et on les voit de face, le malade étant hors champ. Tout à coup, ils s'agenouillent, et disparaissent tous du champ; la caméra alors s'avance vers une fenêtre qui nous montre le jour vieillissant, puis la séquence est fondue au noir. Aucun intertitre n'est utilisé dans le film pour fournir une information que l'image peut véhiculer toute seule...

L'interprétation est splendide, et la production n'a pas ménagé ses efforts: outre bien sûr l'inévitable Valentino qui est excellent, James Marcus interprète Kyrilla, beaucoup plus un méchant de pacotille qu'autre chose, et il fournit beaucoup de comédie. Par contraste, Vilma Banky qui joue sa fille est bien sûr plus sérieuse, mais ce n'est en rien une potiche: lorsque Dubrovski s'est introduit dans la maison, elle sait qu'il trame quelque chose, et elle va elle aussi participer activement à l'intrigue, à sa façon. Louise Dresser joue l'impératrice, et elle est fantastique, elle aussi servie par un découpage qui évite les redondances des intertitres. Clarence Brown se souviendra d'elle, à qui il confiera peu après le premier rôle de The goose woman, un film ambitieux... Vu aujourd'hui dans une bonne copie, ce qui n'est pas gagné puisque le film est dans le domaine public, The eagle est bien là pour démentir la rumeur parfois vérifiable (Blood and sand, Cobra...) selon laquelle Valentino était un poids léger, mais il faut rappeler que ce film très réussi est justement du à la volonté du jeune acteur de prendre son destin en main. Il n'en est que plus tragique que les jours lui aient été comptés.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925