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27 octobre 2023 5 27 /10 /octobre /2023 16:53

Le capitaine Singapore Joe (Lon Chaney) a perdu son épouse lors d'un voyage en mer, quand elle est morte en donnant naissance à leur fille Rose-Marie. A Mandalay, le capitaine a laissé la petite aux bons soins du père James (Henry B. Walthall), son frère... Les années ont passé; Joe est devenu l'un des trois associés dans une entreprise plus que louche, en l'occurrence un bordel à Singapour. Souvent, il rend visite à sa fille (Lois Moran), à laquelle il fait peur: Joe n'a jamais accepté les demandes répétées de son frère qui souhaitait raconter la vérité à Rose-Marie... Joe a deux partenaires dans son affaire: un alcoolique, surnommé "L'amiral" (Owen Moore), et un Chinois, English Charlie Wing (So-Jin Kamiyama). La relation est compliquée entre Charlie et Joe, mais la crise viendra de L'amiral: quand celui-ci rencontre Rose-Marie, il tombe amoureux et ne désire rien d'autre que de s'amender...

C'est à la fois le vilain petit canard, le pire de tous les films survivants de Browning et Chaney, et un fantôme de film plus qu'autre chose: il n'en subsiste qu'une copie tirée d'un fragment incomplet (une édition 9.5mm, probablement Pathé-Baby, tirée et éditée en France). Les rares versions disponibles (Patrick Brion l'a montré à plusieurs reprises dans le Cinéma de Minuit) sont d'une définition épouvantable, ce qui n'aide pas le film... L'absence de nombreuses scènes n'aide pas non plus... Mais il est rapide de constater que le film est essentiellement une affaire de remplissage, une de ces oeuvres de second ordre que Chaney et Browning tournaient parfois entre deux films plus importants. Ici, ce serait entre The Blackbird (avec Chaney) et The Show (avec John Gilbert).

On y retrouve de nombreux motifs, d'abord des clichés du cinéma d'aventures, une certaine ambiance de conflit ethnique, avec comme souvent hélas un asiatique qui a le mauvais rôle; deux frères, Walthall et Chaney; l'un tourné vers le bien, la religion, le spirituel, et l'autre vers le crime... Un alcoolique, proxénète, bandit (Owen Moore), qui va se comporter de façon odieuse avec Rose-Marie avant de gagner sa confiance et finalement de trouver la rédemption... Et le metteur en scène ne se lassait pas d'explorer les bas-fonds sous tous les angles, mais... ici, que de clichés! 

Beaucoup des aspects de ce films seraient de toute façon recyclés dès 1928 avec West of Zanzibar, plus intéressant que ce film, qui allait en particulier mener à de nouvelles extrémités la relation père-fille dans de nouvelles variations. Le personnage de l'acloolique indécrottable serait également explorée de nouveau. Et Where east is east (pas beaucoup plus intéressant) en 1929 serait une autre occasion de confronter Chaney, vieillissant, à une progéniture.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Tod Browning Lon Chaney 1926
25 octobre 2023 3 25 /10 /octobre /2023 15:54

1899: la petite ville de Johnstown prospère gentiment à l'ombre du barrage sur la rivière. Tom O'Day (George O'Brien), ingénieur, a des doutes sur la solidité de la construction, et tente d'en informer les notables. Il s'apprête à épouser Gloria (Florence Gilbert), la fille de l'un d'entre eux... Le mariage laissera inconsolable Anna (Janet Gaynor), la fille d'un contremaître (Paul Panzer), qu'un malfaiteur véreux incite au sabotage... 

C'est un film Fox, qui est basé sur un incident authentique. Mais le propos a été recentré sur deux aspects; d'une part, l'intrigue sentimentale, assez mélodramatique et très générique. Sauf qu'en raison de la personnalité des acteurs il est difficile de ne pas imaginer un seul instant que george O'Brien finira avec Janet Gaynor! Ensuite, la progression lente mais inéluctable vers le désastre, filmé avec une grande invention dans les effets spéciaux... Avant l'inondation, une chevauchée héroïque de Janet Gaynor fait une grande impression et a souvent été utilisée pour la promotion du film...

Mais il n'y a pas que ça dans ce film certes peu imaginatif mais impeccablement fait et monté: en une heure tout juste (ou presque), Irving Cummings nous montre une communauté Américaine de 1899 dont on n'a pas le moindre oment l'impression qu'elle est en fait à dater dans les années 20... la tare du cinéma Américain classique étant l'incapacité, à quelques rares exceptions près (Our hospitality, The GeneralThe Scarlet Letter, The Bowery, The Strawberry Blonde), à rendre correctement les périodes qu'il montre. C'est souvent sans grande importance, mais il arrive que ce soit agaçant. Ce film est très authentique sur les costumes, et les comportements. 

Il ajoute un fort accent sur la communauté, à travers cette petite bourgade réunie autour de son église et de son barrage, dans laquelle un employé noir et un tailleur juif (Max Davidson) semblent intégrés, dans la limite de leurs attributions (le plus souvent à l'écran est Davidson, qui est une fois de plus impeccable. Et sinon, forcément, c'est un film, tourné un an avant l'admirable Sunrise, et on y verra Janet Gaynor et George O'Brien. Rien que ça, ça vaut la peine...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Max Davidson
2 juillet 2023 7 02 /07 /juillet /2023 19:11

Une fête entre riches bat son plein, quand le propriétaire des lieux interrompt les festivités: un bijou a été dérobé. Il va utiliser un stratagème de fiction vieuxcomme le monde: il va éteindre la lumière afin que quand il la rallume, le voleur ait restitué le collier... Mais évidemment quand la lumière revient, l'homme est au sol, un couteau dans le dos. Comme il a appelé la police, les forces de l'ordre sont rapidement sur les lieux... Après quelques instants, le médecin légiste intervient, c'est un original (Raymond Griffith) dont le costume trahit le fait qu'il est prévu qu'il se rende en ville pour une soirée. Il est donc pressé de trouver les raisons de la mort de l'infortunée victime... Mais le héros n'accepte pas le fait que la plupart des invités désignent la belle Dorothy (Sebastian) comme étant la meurtrière. L'enquête sera intense, et franchement loufoque...

C'est Cluedo, et le film ne se cache absolument pas d'être un clin d'oeil permanent au genre en vogue du whodunit théâtral. Mais le comportement, et surtout les initiatives du médecin légiste (ou "coroner", un héros qu'on n'a pas l'habitude de voir en enquêteur, mais rappelons que ce poste, aux Etats-Unis, est un peu plus légal et un peu moins médical), et de son goût pour souffler le chaud et le froid: l'une de ses premières idées est d'accuser, à chaud, à peu près toute l'assistance... Ce qui vient juste après le premier vrau gag du film: chaque policier qui arrive répète le même protocole: s'approcher du cadavre, puis intimer l'ordre à l'assistance d ene toucher à rien afin de laisser les lieux à la responsabilité du coroner à son arrivée. Mais quand celui-ci arrive, personne ne s'imagine qu'il puisse justement être celui qu'on attend.

Il aurait pu y avoir une situation à la Clouzeau, mais Griffith joue un personnage non seulement très compétent dans ses méthodes professionnelle, mais aussi très créatif. Il est aussi, de par son habit (avec le haut-de-forme de soie, un accessoire dont Griffith ne se départissait jamais), en décalage permanent avec la situation, un aspect qui joue beaucoup justement pour le comique de l'ensemble. La référence à Blake edwards vaut la peine dans la mesure où j'imagine que ce dernier a du voir ce film ou les autres comédies de Raymond Griffith... 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Raymond Griffith 1926
5 mai 2023 5 05 /05 /mai /2023 19:33

«Poker face», c'est le surnom corporatif de Jimmy Whitmore (Edward Everett Horton), un éxécutif d'une firme importante, qui est très propre sur lui, très comme il faut mais un rien timide. On lui a donné ce surnom à cause de sa tendance à réfugier l'embarras derrière une expression aussi neutre que possible. Son patron lui confie une mission importante, qui sera cruciale pour son avenir : prendre en charge un client et un dossier pour un contrat spectaculaire.

...Sauf que rien ne va plus chez les Whitmore: Jimmy ne veut pas crier victoire trop vite, et cache sa promotion potentielle à son épouse Betty (Laura La Plante). Celle-ci, agacée de devoir lire dans l'expression de son mari, prend les choses en main et va trouver un emploi. Quand son patron lui demande de passer un week-end avec son épouse en sa compagnie, et avec le client, Jimmy ne trouvant pas Betty est obligé de faire appel à une comédienne.

Bien sûr que tout va aller de travers: Jimmy se ridiculise auprès du client, et des quiproquos en cascade vont faire croire à ce dernier que le héros est un obsédé sexuel, Betty est engagée sous son nom de jeune fille par le patron de son mari et se retrouve nez à nez avec «Mrs Whitmore»! Le mari de la comédienne est irascible et boxeur, et le client est un dragueur doublé d'un gros brutal (George Siegmann) qui a définitivement Jimmy dans le nez... Bref, on est dans une comédie de l'embarras, pas si éloignée que ça de l'univers de Charley Chase, même si la comparaison ne s'étendra pas au style personnel des deux comédiens. Horton est tout à fait pertinent en employé efficace, en gentil mari, mais c'ests a réserve personnelle qui lui permettra d'avoir le succès, là où les héros de Hal Roach (de Lloyd à Chase) doivent se transformer en hommes d'action efficaces et agressifs dans les histoires qui les occupent.

La réalisation de Pollard, rompu aux comédies «modernes» de par son travail avec Reginald Denny, est au point, efficace sans jamais attirer l'attention sur elle. On imagine qu'un William Seiter, un Clyde Bruckman ou un Mal St Clair aurait fait pencher un peu plus vers le loufoque, mais on ne se plaindra pas...

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Published by François Massarelli - dans Edward Everett Horton Harry Pollard 1926 Muet
22 octobre 2022 6 22 /10 /octobre /2022 07:49

Carl (Charles Emmett Mack) et Mary (Norma Shearer) se rencontrent, et ils ne pouvaient pas être moins assortis: lui, gibier de potence, à peine sorti de prison et déjà déterminé à poursuivre une vie de crime, et elle, ancienne artiste de cirque, tombée dans la déchéance, croit dur comme fer en une vie saine et sans reproche... Mais ils s'aiment et grâce à Mary, Carl envisage de se réformer. Mais pas sans un dernier coup...

Engagée dans un cirque, Mary monte un à un les échelons, mais s'attire les foudres de Yonna (Carmel Myers), la vedette du cirque, dont l'amant (John Miljan) reluque la nouvelle venue avec gourmandise... Le drame couve, ou plutôt les drames...

C'est le premier film Américain de Benjamin Christensen, et pour ceux qui ne connaissent pas le monsieur, un petit rappel: dans les années 10, le metteur en scène (et acteur, et scénariste, et baryton à l'opéra) Danois a été l'un des plus importants pionniers du médium, un homme dont les deux films réalisés durant la période ont fait la preuve des possibilités dramatiques de la lumière et de la façon dont on pouvait transmettre de l'émotion, et accroître l'implication du public, par des effets esthétiques inspirés des grands maîtres de la peinture... Et pour couronner le tout, son troisième long métrage (a priori, car les sources divergent, mais il se peut qu'il en ait également commis un entretemps, achevé ou non), le brillant Häxan, a inventé un genre à lui tout seul, en proposant un documentaire romancé et passionnant, sur une vue personnelle et subjective de l'obscurantisme religieux, à grands renforts d'images toutes plus belles les unes que les autres. Avec ces trois films, Christensen serait un géant, l'un des plus importants artistes du cinéma, si...

S'il n'y avait les autres. Car après Häxan, ce qu'on voit de lui, forcément, déçoit... Il a voulu tenter d'autres voies, d'autres approches: une comédie Allemande extravagante mais aussi un peu gnan-gnan, dans un pays pourtant pas réputé pour la comédie (Sa femme, l'inconnue, avec Lil Dagover), et puis aux Etats-Unis, il est devenu un metteur en scène de studio... ou pas d'ailleurs, car son parcours à ce moment-là montre que le bonhomme, habitué à travailler seul et en démiurge total, a bien souffert d'un système industriel dans lequel le metteur en scène n'est qu'un rouage, un facilitateur de films plus qu'un auteur. C'est donc dans les usines de la MGM naissante que le metteur en scène Danois et ombrageux a réalisé ce petit mélo, qui est, une fois admises quelques réserves, une plutôt bonne surprise: 

Car si le script (avec rencontre du mauvais garçon et de la madone, comme dans Intolerance) ne va pas très loin dans l'originalité, Christensen adopte dès le départ une double démarche: d'une part, sa directions d'acteurs est irréprochable, et il fait assumer à chaque protagoniste la part mélodramatique de son personnage, sans honte ni remords, mais tout en trouvant une certaine vérité. Carmel Myers en particulier, est excellente, et on apprécie de voir Charles Emmett Mack, un probable inconnu aujourd'hui pour la plupart des gens, se voir gratifier d'un rôle plus complexe et plus riche que les sempiternels mauvais garçons auxquels il était généralement cantonné...

Et d'autre part Christensen conditionne apparemment sa mise en scène au matériau qu'on lui a donné (il n'st pas responsable du script, rappelons-le) et utilise avec parcimonie des trouvailles et embellies, qui lui permettent de reprendre le contrôle sur le film: une fois établie la situation, il commence à mettre plus de lui-même dans le film, et une belle séquence de cambriolage, racontée avec des ombres, et montée avec bonheur, fait s'emballer le film; un accident dans le cirque est aussi une prouesse de montage et de narration, et les très belles images qu'il utilisent pour montrer la guerre (vue du point de vue d'un soldat abattu et  nostalgique à la veillée, plutôt qu'avec l'enfer des tranchées: Christensen ne souhaitait pas rivaliser avec King Vidor et sa Grande Parade!) montrent en effet son sens de l'économie, et sa faculté à raconter une histoire d'une façon intéressante, fut-elle mélodramatique: c'était déjà son point fort avec L'X mystérieux (1913) et La nuit vengeresse (1916), ses deux premiers films. Il signe d'ailleurs ce mélo qui lui a été confié en apparaissant brièvement au début dans un de ses déguisements préférés, celui de Satan!

La suite de sa carrière ne transformera pas l'effet, en dépit d'un Seven footprints to Satan rigolard et d'assez bonne tenue pour la First National en 1929: ses autres films MGM vont être l'occasion de se laisser broyer par le système, et je ne connais sans doute pas de pire purge que Mockery (1927) tourné avec Lon Chaney, dans lequel l'intérêt ne décolle absolument jamais. rentré au Danemark, Christensen est aussi rentré dans le rang. Et il est devenu pour l'éternité et le cinéphile moyen, l'homme d'un seul film...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Benjamin Christensen
22 juillet 2022 5 22 /07 /juillet /2022 08:55

"Twinkletoes" (Colleen Moore) est une jeune femme pétillante qui a grandi dans le quartier très populaire de Limehouse, avec son père (Tully Marshall) très aimant. Elle danse et est en train de devenir la star du quartier avec son numéro de music-hall. Elle est attirée par l'autre étoile des lieux, le boxeur Chuck (Kenneth Harlan), qui le lui rend bien, mais il est, hélas, marié: avec Cissie (Gladys Brocknell), une créature perfide, alcoolique et de mauvaise vie, certes, mais quand même! Un soir, la jeune femme se fait agresser dans la rue, et Chuck la protège. A partir de là, Cissie va tout faire pour accomplir sa vengeance, et en particulier dénoncer les agissements illégaux du père de sa rivale: tout le monde le sait à Limehouse, c'est un voleur. Enfin, tout le monde, sauf bien sûr sa fille.

Ce n'est pas Ella Cinders, d'Alfred Green, qui a été tourné un peu avant. Donc exit la comédie burlesque et de caractère, sous la haute protection de Harry Langdon qui venait de faire son entrée à la First National... Twinkletoes est un mélodrame assez classique, mais qui a une particularité, celle d'être déguisé en un conte de fées à l'ancienne, dans lequel Charles Brabin utilise à fond les caractéristiques culturelles de Limehouse pour montrer un monde à part, celui d'un quartier qui vit à son propre rythme et replié sur lui-même... En quelque sorte, d'ailleurs, c'est le point de vue de la jeune femme qui lui sert d'héroïne que le film nous expose...

Le script est, comme le film de Griffith Broken Blossoms, inspiré d'une nouvelle de Thomas Burke, qui avait compilé ses histoires dans un recueil intitulé Limehouse Nights. On y retrouve des Londoniens de la classe ouvrière, et une forte communauté Asiatique (donc attention aux stéréotypes) dans un univers fait de débrouille, d'échappatoires divers à la pauvreté, et de distractions populaires: à la boxe, déjà présente dans le film de Griffith, vient s'ajouter cette fois e fait que Colleen Moore va briller sur les planches. L'actrice, qui a 27 ans au moment des faits, mène la danse, littéralement, avec une énergie incroyable, mais elle est quand même adroitement doublée dans de nombreux plans éloignés. Elle permet aussi, par son jeu dynamique, de rapprocher constamment le film du ton de la comédie, un médium dans lequel elle était décidément très à l'aise...

Le film pourtant utilise des ressources propre au mélo, avec en particulier un certain nombre de personnages qui vont mettre des bâtons dans les roues de la romance entre Harlan et Moore: Gladys Brocknell, qui jouera la méchante soeur de Janet Gaynor dans Seventh Heaven, ou encore Warner Oland dans le rôle ultra-stéréotypé de manager véreux, plus attiré par ses danseuses que par la bonne marche de son établissement. Du coup, il devient difficile de prendre le film au sérieux, mais ça marche totalement en sa faveur!

Pas de quoi bouder un plaisir un peu fainéant, donc...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Colleen Moore 1926
25 mai 2022 3 25 /05 /mai /2022 19:03

En Andalousie, deux amants séparés par les circonstances (lui est militaire, et il est parti se battre) s'ennuient simultanément de l'autre, sans savoir que seul un mur les sépare...

Ce film court (trois petites bobines) disponible sur le site de la Cinémathèque Française est un exercice imprévu, commandité à Marcel Silver, assistant de Feyder sur le tournage du pesant Carmen (1926), d'où la présence de la star Raquel Meller et de son partenaire Louis Lerch. L'idée de la compagnie Albatros était simple: les vicissitudes du tournage loin du studio (au sud de l'Espagne pour être précis forçant Feyder à prendre son temps, pourquoi ne pas en profiter pour tourner un autre film?

C'est donc un petit film, mineur en quelque sorte, dans lequel l'intrigue se concentre sur deux solitudes, de deux personnes destinées à rester séparées. Le réalisateur, estimable, utilise le décor (les prises de vues spectaculaires de l'exposition!) et le jeu très sensuel de Raquel Meller à bon escient, et me donne furieusement l'impression d'avoir bien mieux réussi son film que Feyder. Comme quoi...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Albatros
5 mai 2022 4 05 /05 /mai /2022 16:47

Le petit royaume de Graustark, en Europe, sollicite le retour du prince héritier Oscar (Creighton Hale), exilé à Washington. Accompagné de sa cousine, Beverly Calhoun (Marion Davies), ce dernier part donc vers son destin... Et va devoir laisser tomber le rendez-vous car il a un accident de ski en route! Pour la stabilité du royaume, une seule solution, demander à la "princesse" Beverly de remplacer le monarque, au moins le temps que celui-ci se rétablisse. En chemin vers le royaume, Oscar-Beverly est attaqué(e) par une troupe de soldats dissidents et défendu(e) par un berger, Tandan (Antonio Moreno): ce dernier accepte de lui servir d'escorte, et Beverly, sous son déguisement, tombe amoureuse de son ange gardien... Mais il apparaît très vite que le responsable de l'attentat pourrait bien être l'affreux général Marlanax (Roy D'Arcy), qui était déjà à la source de l'exil d'Oscar... Celui-ci n'est donc pas disposé à collaborer avec le nouveau roi...

C'est un film romantique, certes mais c'est aussi et surtout une comédie. William Randolph Hearst, après tant d'années, finissait par laisser la Cosmopolitan produire des films dans lesquels Marion Davies pouvait se reconnaître, et si celui-ci recycle beaucoup d'aspects déjà présents dans bien des scripts de ses films, on sent bien que la star a insufflé énormément de sa bonne humeur contagieuse dans l'intrigue: et surtout elle s'y livre à quelques-uns de ses péchés mignons, le déguisement en homme (comme dans Little Old New York, qui recèle beaucoup de points communs avec ce film) et l'alternance entre scènes maquillées et scènes visage libre (qui lui permettait dans Lights of old Broadway et Zander the great de jouer plusieurs âges d'une jeune femme). Et tout en se situant dans un royaume de pacotille, le film rejoint un peu When knighthood was in flower, dont l'intrigue reposait beaucoup sur la raison d'état.

Le metteur en scène est déjà un vétéran, et un réalisateur tous terrains qui a du satisfaire Hearst pour son flair particulier pour le mélodrame classique, ce qui ne l'empêchait pas de jouer double jeu: on sent son envie de suivre Marion Davies dans une mise en scène iconoclaste qui se joue des genres, dans la façon aussi dont il laisse Roy d'Arcy, mâcheur de carpette numéro un ("chew the carpet", c'est une expression imagée qui signifie qu'un acteur en fait des tonnes), se moquer allègrement de lui-même et de son personnage... La photo, nocturne le plus souvent, est superbe, et le film garde son final en Technicolor bichrome... On dit donc, une fois de plus, merci à Edward Lorusso, Ben Model et les petits lutins de la Bibliothèque du Congrès, qui nous ont rendu disponible ce petit film...

 

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Published by François Massarelli - dans Sidney Franklin Marion Davies 1926 Muet Comédie
13 février 2022 7 13 /02 /février /2022 14:57

Don Quichotte de la Mancha a lu, beaucoup lu, et principalement des romans de chevalerie. A tel point que ça lui est carrément monté à la tête, et il est donc parti en quête d'aventures... le problème c'est qu'il est vieux, et , on l'aura compris, fou. Aidé, plus ou moins, de son écuyer Sancho Panza, il parcourt les routes à la recherche de rencontres guerrières. Et quand il ne trouve rien, eh bien! ...L'imagination débordante du vieil homme fait le reste... Mais bientôt, le légende se répand, et les deux hommes deviennent la cible des moqueries...

Carl Schenstrom et Harald Madsen, alias Fy og Bi au Danemark, étaient mieux connus sous le nom hallucinant (mais justifié) de Doublepatte et Patachon en France, ils étaient Pat und Patachon en Allemagne ou encore Long and Short dans les pays Anglophones. Leurs films souvent réalisés par Lau Lauritzen (Senior) sont encore aussi populaires en Scandinavie que le sont Laurel et Hardy aux Etats-Unis, pour situer.

Pourtant ce film très ambitieux est à part: clairement, il n'a pas été tourné au Danemark mais bien en Espagne, et très peu de concessions apparentes ont été faites aux deux personnages habituels de Schenstrom (Qui interprète un Quichotte très convaincant avec sa silhouette de géant filiforme) et Madsen (Qui prête à Sancho sa rondeur et sa petite taille). Et surtout pour ce dernier, le personnage de Sancho Panza est très éloigné des emplois habituels de clown lunaire lent et timide du comédien. Sancho est roublard, calculateur, dédié aux plaisirs... Juste, peut-on faire remarquer, il est quand même un peu naïf, surtout lorsqu'un canular pendable lui est joué, afin de lui faire croire qu'il est gouverneur d'une île.

Ce film, qu'on peut enfin voir entier (voir plus bas) est une fascinante entreprise: il s'agissait pour Lauritzen de faire une adaptation stricte de la tragi-comédie de Cervantès, avec deux comiques dans les rôles principaux; et en plus, comme c'est le seul film dans lequel on ne reconnaisse pas le maquillage traditionnel des deux comédiens Schenstrom et Madsen, c'était un risque commercial certain; mais l'idée de décalage entre un monde qui tourne dans un sens et deux hommes qui tournent dans l'autre (Surtout Quichotte, cette fois c'est Schenstrom qui est le plus à part !) est somme toute présente dans le film.

Reste quand même une interrogation: qu'est-ce qui a bien pu pousser dans cette direction Lauritzen, metteur en scène et producteur d'une série de films de comédie qui, s'ils n'ont sans doute pas révolutionné le médium, ont quand même provoqué un succès considérable pour lui et ses interprètes, l'excellente fortune de la Palladium, et même une réputation très enviable de poule aux oeufs d'or pour la scénariste et productrice Alice O'Fredericks? Le film est ambitieux, soigné même, l'intrigue du roman y est respectée, les personnages en sont bien définis, surtout bien sûr Quichotte et Panza, mais aussi les deux chevaliers ennemis d'une intrigue secondaire, deux beaux jeunes hommes comme il y en avait toujours pour "seconder" les héros joués par Schenstrom et Madsen, mais cette fois dans des personnages tangibles et riches... La photo de Julius Jaenzon, confrontée à l'aridité Espagnole, est d'une luminosité exceptionnelle, et les décors souvent printaniers nous rappellent que nous sommes entre les mains de maîtres Danois. Les deux acteurs principaux sont absolument géniaux mais ça on le savait déjà!

...Et pourtant le film est réussi mais sans plus. Lauritzen a soigné sa partition, bien utilisé les décors existants, et bichonné ses effets spéciaux: la scène mythique des moulins, par exemple, donne lieu dans cette version à une visualisation très baroque des « monstres » et géants aperçus par le vieux chevalier fou...  Il manque à cette superproduction un peu austère la gentille folie douce habituelle des films du duo, et dans ce contexte le ton du film, de la romance picaresque jusqu'à l'inévitable tragédie, on débouche sur une version soignée d'un grand roman, qui se cantonne à une sagesse embarrassante. Fallait-il absolument, pour exister, que les deux clowns et leur metteur en scène prouvent une bonne fois pour toutes que oui, ils pouvaient aussi faire un film sérieux, ou un "grand sujet"?

Pendant des années, on ne pouvait voir de ce film que des extraits diffusés dans le cadre d'une série télévisée Allemande qui recyclait les longs métrages du duo; de ces dix bobines (soit 135 minutes à 20 images par seconde), il nous restait 48 minutes en tout, dénuées d'intertitres, et remontées afin de donner une idée du film plus qu'autre chose. Le remontage avait été fait afin de privilégier la comédie, mais le début était à peu près intact. La seconde intrigue, qui voit se développer une trahison chez d'authentiques chevaliers, qui vont ensuite être authentiquement aidés par Quichotte et Panza, ne mettait pas suffisamment les deux stars en valeur et avait été tout bonnement supprimée. Maintenant, le Danske Filminstitut a enfin rendu publique sa version restaurée (un tirage soigné, mais aux marques du temps bien visible) de la version intégrale, disponible pour l'heure sur Vimeo (mais pas pour longtemps), et bientôt sur le site Stumfilm du DFI, où il sera visible en permanence, comme la digne pièce de musée qu'il est enfin.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Scandinavie 1926 Lau Lauritzen Schenström & Madsen
23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 15:35

1926: la famille Verdier vit à Jérusalem, parce que Marc (Maurice Schutz), le patriarche, ne pourrait pas quitter la ville sainte, ni sa petite propriété au Mont des Oliviers, qu'il partage avec son frère Septime (Léon Malavier)... Il a recueilli quand elle n'était qu'une enfant la petite Alice (Marguerite Madys), qui va bientôt sortir du couvent. Bref, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes , s'il n'y avait le cas de Jean-Louis Verdier (Edmond Van Daële): le fils de Marc est resté à Paris, où sans que sa famille ne le sache, il agite son petit monde, car il est la figure de proue d'un mouvement anarchiste qui s'apprête à passer à l'action internationalement. Pour l'heure, il reprend contact avec ses troupes, après un séjour à l'ombre. 

Le contact du mouvement à Jérusalem, Larsac (Gaston Jacquet), découvre que la famille Verdier est aussi celle de celui qu'il connaît sous le nom de Sirias. Il tombe amoureux d'Alice, qui se refuse à lui: elle attend le retour de Pierre. Jaloux, Larsac révèle la vérité à la famille: Marc part aussitôt pour confondre son fils, et le découvre, en plein meetings, galvanisant les foules en les pressant de se débarrasser de l'influence néfaste de leurs parents! Le père s'émeut, la foule s'agite: dans la bagarre, Pierre Verdier perd la vue et est rapatrié à Jérusalem, auprès des siens, qui décident de lui faire recouvrer la raison, ou la vue, voire les deux!

C'est un film fou, pour commencer: un de ces longs métrages réalisés par Julien Duvivier durant la crise de religion qui l'a pris au cours des années 20; il en a fait une trilogie (Credo ou La tragédie de Lourdes en était le premier volet) mais cette période mystique a fini par informer toute son oeuvre, en le rendant aussi compatible avec d'autres sources Chrétiennes y compris après la fin de ses illusions théologiques (Maria Chapdelaine, dont il a fait une très belle adaptation en 1934, et bien sûr l'inénarrable Golgotha avec Jean Gabin en Ponce-Pilate!). Pour cette Agonie, Duvivier a donc quitté la France et a tourné une bonne part de ses extérieurs sur les lieux mêmes du drame, revisitant des épisodes de la vie du Christ en parallèle au chemin de croix imposé à Pierre Verdier...

A propos du titre qui m'a toujours intrigué, c'est d'une double agonie qu'il s'agit: d'une part, le metteur en scène fait évidemment allusion à celle de Jésus, dont de nombreuses scènes recréent avec intensité le calvaire; d'autre part, les visites dans Jérusalem montrent aussi, lors d'un passage au mur des lamentations (qui fait l'objet d'un rappel culturel respectueux et bienvenu), la lente disparition de la civilisation du Jérusalem de la splendeur passée d'Israel. Pas un mot en revanche sur la présence Musulmane sur la ville dite Sainte. Il ne faut sans doute pas trop en demander... Mais ces efforts de replacer la ville religieuse entre toutes dans la réalité du monde me semblent bien plus louables que les truquages historiques d'un DeMille...

D'ailleurs, comment éviter la comparaison avec ce dernier, qui s'apprêtait à tourner sa propre version de la fin de la vie de Jésus (The King of Kings, 1927)? Duvivier a sans aucun doute vu, comme tant d'autres films de DeMille, la version de 1923 des Dix Commandements, et son histoire biblique mise en relation avec une intrigue de 1922. Il en a conçu une sorte de pastiche, en saupoudrant son histoire de parenthèses des Evangiles, sans jamais court-circuiter totalement le flot narratif. Et si son film est fou, voire extravagant, délirant ou que sais-je encore, il tient remarquablement debout de par sa force de conviction cinématographique. ...On l'a échappé belle!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Julien Duvivier