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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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28 avril 2021 3 28 /04 /avril /2021 07:38

Tourné après Her sister from paris par la même équipe (Le scénariste Hans Kräly, le réalisateur Sidney franklin, et l'actrice Constance Talmadge), ce film est à nouveau une pétillante comédie dans laquelle la bonne humeur et l'exubérance triomphent, tout en surfant sur les non-dits d'une situation très boulevardière: Constance Talmadge est Marian Duncan, une danseuse Américaine de passage en Russie qui fait chavirer les coeurs de deux hommes: le Lieutenant Orloff (Tullio Carminati), et le Grand Duc Grégoire Alexandrovitch (Edward Martindel). Elle est elle aussi amoureuse du lieutenant, mais celui-ci est sous la coupe de son supérieur le grand duc qui entend bien profiter de la situation. Quant à la Grande-duchesse (Rose Dione), elle sait à quoi s'en tenir, et a décidé d'agir... Provoquant dans une petite auberge une série de quiproquos, de confusions et de portes qui claquent.

La situation est toute entière proche de l'opérette, et on imagine très bien le grand Lubitsch s'attaquer à un tel film, avec son collaborateur fréquent Hans Kräly... Mais une fois de plus, Franklin n'est pas Ernst, et son film, aussi bien fait soit-il, n'offre de grands moments que sporadiquement. C'est bien sûr une comédie hautement recommandable, dont le rythme ne faillit pas, mais on est loin de la mélancolie sous-jacente de Her sister from Paris, qui bénéficiait d'un numéro de dédoublement de personnalité de la star, et bien entendu de la présence de rien moins que Ronald Colman. Ici, au moins, on a quelques marivaudages réjouissants en particulier entre Marian Duncan et le Grand-Duc... Franklin se fait parfois plaisir avec sa science des personnages (il est toujours doué pour les huis-clos à variation dans des situations scabreuses, et le prouve avec sa maîtrise du point de vue dans la dernière bobine), et a eu l'idée d'un très joli plan: en pleine mélancolie, Marian Duncan s'effondre sur un fauteuil et pleure. Par l'immense fenêtre à côté d'elle, on voit une neige insistante et surréelle (éclairée de l'extérieur de la maison) qui enfonce le clou de sa tristesse...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Sidney Franklin Constance Talmadge Comédie
17 avril 2021 6 17 /04 /avril /2021 18:30

Renée (Elisabeth Bergner) est une jeune femme de très bonne famille qui a tout pour être heureuse, ou presque: elle vivait seule avec son père veuf (Conrad Veidt), mais hélas: celui-ci s'est remariée, et la "nouvelle maman" (Nora Gregor), comme on la lui présente, ne lui plait pas, mais alors pas du tout. Son but en chaque chose étant de pousser la nouvelle venue dehors, la vie n'est pas très rose. Du coup le père prend la décision de trouver une pension qui veuille bien accueillir la capricieuse. Mais quant à la retenir...

Quand elle se fait la belle pour rejoindre son père en Italie, Renée doit faire face à l'inévitable: sans papiers, sans aide, elle n'ira pas loin. Elle finit par trouver un stratagème, qui implique de se déguiser en garçon. Mais une fois recueillies par un peintre qui s'est mis en tête d'immortaliser ce drôle de bonhomme, elle va devoir continuer la farce. Jusqu'à quand?

Elisabeth Bergner, tragédienne et actrice atypique, avait sa propre maison de production, un mari qui réalisait ses propres films, et pour tout dire, personne à qui rendre des comptes. Comme on le voit, l'entreprise était après tout florissante, leur permettant d'engager rien moins que Conrad Veidt lui-même! Le film est pourtant une comédie dans laquelle les efforts de Czinner sont réduits au minimum, laissant faire le décor splendide de l'Italie estivale, où le film a été tourné. C'est bien sûr Bergner qui fournit l'essentiel du travail, chaque scène et même chaque plan tournant autour d'elle. C'est un drôle de petit bout de femme, au physique intéressant, qui fait beaucoup passer par son regard. En dépit de ses 29 ans au moment du tournage, elle interprète une jeune femme qui sort à peine de l'adolescence, mais s'en sort très bien. On est plus circonspect devant la partie du film dans laquelle cette femme de 29 ans interprète une adolescente en fuite qui elle même se grime en garçon...

Cela dit, cette partie reste fascinante par l'ensemble de possibilités contenues dans les confrontations, notamment le fait que l'arrivée du "garçon" dans la famille du peintre reproduit pour la soeur de ce dernier la situation de jalousie déjà vécue par Renée prise entre son père et sa belle-mère; mais aussi et surtout en raison de l'étrange réaction du peintre à son égard, qui dira à Renée "par moments on dirait que tu es une fille. Si c'était le cas, je t'épouserais"...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1926 Paul Czinner
1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 15:49

Kiki (Norma Talmadge) est une jeune parisienne qui end des journaux à deux pas d'un music-hall; elle y entend les répétitions des revues et rêve tout haut de s'y faire une place... Pas pour devenir une vedette, non: parce que ça la rendrait toute proche de M. Renal, le producteur (Ronald Colman). A la faveur d'une défection, elle va user de tous les stratagèmes y compris les plus malhonnêtes pour se faire engager, puis y parvenir... La revue va en souffrir, mais pas autant que Renal car une fois dans la place, Kiki n'est pas du genre qu'on déloge...

C'est une superbe comédie, qui bénéficie de tout le soin apporté habituellement aux films de Norma Talmadge. Et pourtant on ne l'attendait pas vraiment sur ce terrain, mais Clarence Brown est vraiment l'homme de la situation, sa mise en scène enlevée réussissant à nous mettre à 100 % aux côtés d'une indécrottable peste, une jeune femme dont la passion n'a d'égale que la débrouillardise. On en vient bien sûr assez rapidement à deviner qu'elle parviendra à ses fins coûte que coûte, mais les moyens qu'elle utilise sont quand même assez impressionnants: un chantage au suicide (qui ne débouchera sur aucune tendance excessive au pathos, c'est remarquable) et surtout une fausse crise de catalepsie qui fait que la star va jouer toute la dernière bobine, contrainte et forcée, en poupée totalement immobile...

Le scénario est solide, signé de Hanns Kräly arrivé de Berlin dans les valises d'Ernst Lubitsch; les décors sont impressionnants par le soin qui leur a été prodigué; outre les deux stars, on a des performances de premier choix de Marc McDermott, Gertrude (la rivale en amour de Kiki) et même George K. Arthur qu'on a jamais connu aussi bon, et qui interprète le domestique Adolphe, devenu l'ennemi juré de Kiki une fois celle-ci installée dans la maison de son patron... Et le film est en prime constamment enthousiasmant, grâce à sa structure qui culmine dans la plus jubilatoire des comédies physiques.

 

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Published by François Massarelli - dans Norma Talmadge Clarence Brown Muet 1926 Comédie
26 octobre 2020 1 26 /10 /octobre /2020 08:28

Jim Warren (H.B. Warner) est condamné à mort, et l'exécution est imminente... Un reporter vient l'interviewer, et lui pose la question qu'on lui pose depuis son arrestation: est-il vraiment coupable: l'homme ne répond pas, mais se souvient... Il remonte alors 20 ans en arrière: il était un malfrat, évadé de prison, en couple avec une jeune femme enceinte (Vera Reynolds), mais leur mariage était invalide pour des raisons administratives. Devant fuir, il l'avait laissée, et n'était retourné, traqué, que 6 ans après: la petite était née, et Norma s'était mariée avec Phil Powers (Rockliffe Fellows): manifestement un brave homme... Mais pouvait-on en être sûr?

L'essentiel du film se déroule encore quinze ans après, quand la petite Norma (A nouveau Vera Reynolds) est devenue une femme que Powers s'apprête à marier avec un jeune home bien sous tous rapports; le drame se noue dans la confrontation entre Warren, revenu après quinze ans d'absence, Powers et celle qui se croit sa fille. Un maître chanteur (Raymond Hatton) va précipiter le drame entre les trois personnages...

C'est un beau film, dans lequel Julian transcende la matière théâtrale en ayant recours à une forte stylisation, et il est aidé de façon impressionnante par la photographie de Peverell Marley, qui était à l'époque le principal chef-opérateur des productions de DeMille... A ce titre, on remarquera que les acteurs eux aussi sont de premier plan, à commencer par Warner qui était à l'époque sous contrat avec DeMille lui-même pour interpréter Jésus dans King of Kings... Donc contrairement à la plupart des productions DeMille qui n'avaient pas été tournées par le maître lui-même, ce Silence était une production importante. 

...D'où sans doute le job confié à Julian qui était quelle qu'ait été réellement sa contribution à The phantom of the opera, un nom de tout premier plan en raison du succès du film avec Chaney. Et comme avec the yankee clipper réalisé l'année suivante pour les films DeMille, on voit qu'il était bien un metteur en scène inspiré, pour autant qu'il ait le bon sujet. Cette intrigue bâtie sur des flash-backs, toute en tension avec la menace d'une exécution, ces intrigues aux rebondissements mélodramatiques, est passionnante. ...Et miraculée: une copie nitrate d'exportation (amputée de quelques passages et sous intrigues disponibles uniquement dans la version "domestique") a été retrouvée intacte à la cinémathèque française et présentée à San Francisco...

 

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Published by François Massarelli - dans Rupert Julian Cecil B. DeMille Muet 1926
5 septembre 2020 6 05 /09 /septembre /2020 08:51

Tout commence comme dans une comédie romantique des années 20, avec la dignité et les codes attendus: Tom Jones (Reginald Denny), comme son précédent littéraire, est un homme bien de son temps, mais il ne possède pas les signes extérieurs de la très bonne société. Il a pourtant conquis une riche héritière (Marion Nixon) avec laquelle il va se marier, un peu contre la désapprobation bougonne des parents... Un rival jaloux (William Austin), avec du sang bleu celui-là, suggère aux parents de s'intéresser à la moralité du fiancé avant qu'il ne soit trop tard...

Et c'est là que la comédie dérape vers le burlesque, sans crier gare... En effet, Jones EST irréprochable, mais pas son colocataire. Quand il rentre chez lui ce soir là, il organise en effet une partie illégale de poker, et... la police intervient, tout le monde doit donc s'échapper: poursuite, fuite, puis dissimulation: avec un compagnon d'infortune (un père de famille bien sous tous rapports mais qui a une passion secrète pour le jeu, interprété par Otis Harlan), Jones trouve refuge aux bains, le soir des dames, se déguise en femme, puis dans une aggravation de la situation, va finir par usurper l'identité d'un évêque : celui-là même qui est supposé officier au mariage... Pendant cette nuit agitée, la police trouve un pantalon qui incrimine le jeune homme!

Voilà qui promettait, et ce film très enlevé ne fait pas que promettre. Seiter adopte du début à la fin une réalisation efficace, élégante, mais qui n'a jamais peur des embardées. Le rythme s'accélère souvent, les acteurs sont impeccables, c'est un film comme on sait que Denny en a interprété des dizaines, mais son bonheur de l'interpréter et l'énergie qu'il dépense dans ce film, en gardant une bonne humeur assez britannique, est tout à fait communicative! Et toute la séquence autour du faux évêque est un bonheur. Zasu Pitts y est une domestique évaporée, c'est formidable...

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 Muet Comédie Reginald Denny Lewis A. Seiter
2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 18:35

M. Skinner gagne sa vie et alimente donc son mariage, mais il pense, et son épouse aussi, qu'il mérite largement une augmentation. La décision est prise, il va la demander... alors quand il revient sans l'avoir demandée, il n'a pas le coeur de le dire à son épouse qui a déjà une foule de choses à acheter avec les quarante dollars mensuels qu'elle attribue virtuellement à son mari, et celui-ci n'a pas le coeur de la contredire. Encore moins après avoir effectivement demandé et essuyé un échec, sans parler du licenciement qu'il n'avait lui-même pas vu venir...

Mais non, c'est bien une comédie, et une de ces nombreuses productions de la Universal qui obtenaient un franc succès, avec l'acteur Britannique Reginald Denny. Sa partenaire ici est Laura LaPlante, et une fois admis que son rôle correspond à des schémas totalement passés (l'épouse au foyer, maîtresse de maison, laissée à l'écart des questions financières), elle est formidable dans le film, d'autant que si bien sûr notre attention est fixée sur le point de vue de M. Skinner, elle a un rôle non négligeable. Donc elle est loin d'être autant une potiche que son rôle pourrait nous faire croire...

Ce qui est formidable dans ce film, devenu enfin un classique à force d'être projeté dans les festivals, c'est la qualité totale de la production, avec un script linéaire dont pas un détail ne dévie de la ligne fixée dès le départ, des personnages qui sont attachants au possible et surtout, avec le même terrain de jeu qu'un Lubitsch par exemple, un résultat complètement différent. Ni meilleur ni moins bon, rassurez-vous... Et le film épouse de façon assez convaincante la comédie d'embarras que Charley Chase pratiquait dans d'époustouflants courts métrages de chez Hal Roach à la même époque, avec un rien moins de gags visuels.

Mais il y a encore mieux: comme avec Harold Lloyd dans Hot Water, le film se situe en plein au coeur des préoccupations du quotidien des Américains des classes moyennes de 1925, ceux qui avaient enfin les moyens de se payer une voiture pour Lloyd, ou qui allaient peut être enfin y parvenir pour Denny et LaPlante. Bref, des gens qui étaient plus que des témoins de leur temps. Le titre du film, qui se focalise sur l'habit de soirée que Mme Skinner va acheter, mettant ainsi le ménage en danger, et qui de signe extérieur de richesse va devenir le symbole même de la spirale du mensonge, permet au film de symboliser pleinement aussi bien le jazz age, que l'importance de l'apparence dans les années 20.

 

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Published by François Massarelli - dans Reginald Denny Comédie 1926 Muet Lewis A. Seiter
1 juin 2020 1 01 /06 /juin /2020 08:02

On devait beaucoup aimer John Gilbert à la MGM en 1926: le principal acteur de The Big Parade passe du statut de jeune premier à celui d'un acteur polymorphe, montreur de monstres dans The Show, artiste amoureux transi dans La Bohême, et enfin bretteur et séducteur énergique dans Bardelys...

Le Marquis de Bardelys (John Gilbert), surnommé Le magnifique en raison de ses succès auprès des dames, accepte un pari avec un rival, le louche comte de Chatellerault (Roy D'Arcy): sous l'arbitrage du roi Louis XIII, il va devoir séduire Mademoiselle de Lavedan (Eleanor Boardman), la très difficile à atteindre fille d'un opposant au Royaume. Mais Bardelys n'avait pas compté sur trois imprévus: d'une part il va usurper l'identité d'un homme mort dans ses bras pour approcher la belle, et cet homme étant un anti-Royaliste notoire cela va lui porter préjudice; Chatellerault, l'infâme, va profiter de la situation pour tenter de se débarrasser de lui; mais surtout, surtout, Christian de Bardelys va pour la première fois de sa vie tomber amoureux...

Après The big parade qui montrait l'étendue de son talent, de son importance et de ses capacités, Vidor avait accepté La Bohême à contrecoeur, et je pense que c'était le cas aussi pour ce film. Il fera d'ailleurs un clin d'oeil appuyé dans Show People, quand William Haines et Marion Davies seront partagés lors d'une projection-test de Bardelys au studio, elle pleurant et lui prenant de très haut ce qu'il appelle un "punk drama"... Mais après la tragédie que Lillian Gish n'entend absolument pas atténuer par un happy-end, au moins Bardelys est-il l'occasion de se détendre un peu, et de s'amuser. Un film de vacances presque, qui permettra au metteur en scène de passer à autre chose (The Crowd), et à l'acteur, du moins le croit-il, d'acquérir un peu de contrôle sur ses films futurs, voire de les mettre en scène... ce qui n'arrivera jamais.

On est mitigé, finalement, tant le pensum semble s'être transformé en plaisir pour tout le monde: John Gilbert se fait un peu passer pour Douglas Fairbanks avec des duels à l'épée, bien réglés; Eleanor Boardman assume avec aise (elle qui dira jusqu'à la fin de ses jours garder un souvenir maussade de son admirable prestation de The Crowd) un rôle classique de jeune femme à marier doublée d'une "damsel in distress"; Roy D'Arcy accomplit son art ultra codifié de villain mélodramatique à souhait en ressortant exactement la même partition que dans The merry widow, ce qui le rend automatiquement impossible à prendre au sérieux; et en filmant une évasion spectaculaire, Vidor a bien du se faire plaisir lui aussi...

Maintenant si tout ça c'est pour rire malgré le budget conséquent et le soin apporté à la pièce montée par la MGM (Ars gratia artis, disaient-ils...), la principale raison pour laquelle le film est précieux aujourd'hui, c'est sans aucun doute parce qu'il a été longtemps perdu avant d'être miraculeusement retrouvé, amputé d'une seule bobine. Enfin, perdu, c'est un bien grand mot: il a été détruit. En 1936, pour libérer des places sur ses étagères, la direction de la MGM a sélectionné quelques-uns de ses films muets, et celui-ci était en tête de liste. On ne devait décidément pas aimer beaucoup feu John Gilbert en 1936 à la Metro-Goldwyn-Mayer... Mais le fait d'avoir été découvert dans des circonstances improbables (en France, et confié à Lobster) lui donne un petit je-ne-sais-quoi que le film n'aurait jamais eu autrement.

 

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Published by François Massarelli - dans KIng Vidor 1926 Muet
10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 17:11

Dorothy Gish a été en quelque sorte rebaptisée à vie en 1918, lorsque Griffith (qui a toujours eu un faible pour elle, parce qu'elle devait lui en faire sérieusement baver) lui a confié le rôle d'une espiègle créature, complètement à l'inverse de sa soeur la toujours digne Lillian, dans Hearts of the world. Cette 'little disturber', comme elle était nommée au générique, allait façonner bien des rôles à venir, à commencer par l'une des deux plus visibles de ses interprétations, celle d'une mendiante dans Romola aux côtés de sa soeur. C'est aussi le cas pour ce film: il y a fort à parier que Wilcox avait vu dans cette petite peste à l'écran une actrice capable de remplir ses images de la dose d'espièglerie voulue...

Le cas de Nell Gwyn (comme il était orthographié, au mépris du nom historique de son héroïne, avec deux N) est plutôt curieux: il s'agit sans doute du film Anglais ayant eu le plus de succès aux Etats-Unis durant les années 20. Son auteur, un jeune réalisateur-producteur ambitieux, avait eu du succès avec Chu-chin-chow, avec Betty Blythe en 1923. Blythe était plus ou moins lessivée après avoir été une star importante pour la Fox, et cherchait des opportunités en Europe, alors que Wilcox cherchait justement à percer sur le marché Américain; le film ayant été distribué par MGM en 1925 aux USA, le réalisateur s'est dit qu'il fallait retenter le coup, avec une autre vedette Américaine. Dans ce film désormais distribué par Paramount, c'est à Dorothy Gish que le metteur en scène a fait appel pour interpréter la maîtresse du roi dans ce film en costumes pour lequel la publicité insistait bien sur l'aspect fripon: il est surtout ici question de coucheries, et l'obsession mammaire (Si on en croit les gestes déplacés qu'il tente par-ci, par-là ) de Charles II est plutôt mise en valeur par les décolletés impressionnants affichés par la star (Oui, oui, la soeur de Lillian). C'est d'ailleurs un cas d'école, et on n'a jamais l'impression que Dorothy Gish soit très mal à l'aise avec ces tenues plus que suggestives; elle assume les poses et les déshabillés provocants avec un remarquable aplomb.

Est-ce parce qu'elle savait qu'elle n'avait plus aucune chance de concurrencer sa soeur, et qu'elle n'avait plus vingt ans, ou qu'elle ne pouvait rivaliser avec les nouvelles venues de Hollywood (Evelyn Brent, Janet Gaynor, Clara Bow, Joan Crawford, Greta Garbo sont là et bien là)? Dorothy Gish, exubérante (A plus forte raison à 24 i/s!) et mutine, domine l'écran, et on n'attendait pas une telle franchise dans la sexualité de la part de la soeur de Lillian Gish: lorsque le roi, qui a installé Nell dans un palais luxueux, vient récolter son dû et éteint une à une toutes les bougies, on voit le visage de Dorothy passer de l'appréhension à la curiosité, puis à un franc sourire sans aucune ambiguité. Elle joue de toute sa candeur aussi, notamment dans les scènes du bain (Rassurez-vous, la baignoire est un tonneau suffisamment haut pour que la morale y trouve son compte) ou quelques instants après ses ablutions quand elle essaye des bas, qu'elle montre à ses amis sans aucune pudeur. Le film qui prend assez clairement le prétexte de redonner à cette personne connue de tous mais plus ou moins écartée de l'Histoire, la grande, louvoie entre la comédie avec les provocations de la star, sa rivalité affichée avec Lady Castlemaine, l'autre favorite (Juliette Compton), et le marivaudage entre le roi et la fille du peuple, et une certaine tendresse à l'égard de ces coulisses de l'histoire, qui culmine dans une belle scène de passage de témoin à la fin: le roi est mort, vive le roi... et Nell disparaît de l'Histoire.

Voici un film historique dans lequel la nécessaire reconstitution s'arrête aux costumes, aussi révélateurs soient-ils, car le film a été assez économique: Wilcox fait reposer l'essentiel de son film sur une reconstitution sans grand faste, des costumes soignés, et l'ambiance. Mais c'est cohérent dans la mesure où le film parle plutôt d'intimité à travers la belle actrice qui a réussi à faire plier un roi et à vivre un amour plutôt qu'une promotion canapé. Tout le film est subordonné à ses personnages, et surtout, surtout, à celle qui lui a donné son titre... Le film a été un succès à l'époque, mais il n'a pas engendré de réel intérêt pour le cinéma Britannique au-delà de la curiosité de voir Dorothy Gish, alors éclipsée par sa soeur, dans un inhabituel véhicule. Le film sera refait en 1934 avec Anna Neagle, qui n'est pas Dorothy Gish. Cette fois, l'orthographe initiale de Nell Gwynn sera respectée.

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Dorothy Gish
26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 11:56

A l'origine du film, une pièce de théâtre, l'une de ces nombreuses oeuvres mises en avant par les réformateurs, groupes de tempérance et autres associations religieuses: un peu à la façon du célèbre Uncle Tom's Cabin. Mais en pleine prohibition, cette intrigue anti-alcoolique aurait du perdre son attrait. Le truc employé dans le film pour réactualiser, a été de placer l'histoire dans un flash-back, entre l'arrivée d'un dandy citadin en pleine campagne (on comprendra qu'il est un bootlegger), qui se plaint du calme de la communauté, et les souvenirs d'un protagoniste local, qui lui raconte comment le village est devenu un paradis raisonnable, après avoir été un enfer...

L'intrigue tourne donc autour de Joe Morgan , un brave homme dépossédé de son entreprise par l'alliance entre quelques notables et des hommes corrompus. Morgan passe son temps à boire, et symbolise à lui seul la déchéance programmée de toute la communauté. Il leur faudra un électrochoc, à savoir la mort d'une petite fille lors d'une bagarre entre deux hommes ivres, pour que la situation change...

On va assez loin, jusqu'à la lutte à mort entre deux hommes, et même jusqu'à l'incendie volontaire du saloon par les citoyens révoltés... Le film est une petite production indépendante par les Colored players of Philadelphia, un groupe d'acteurs qui a tenté de lancer une production de films Afro-Américains non militants, et sous la responsabilité d'entrepreneurs établis. Ca  a été un échec, puisque la compagnie a du jeter l'éponge après seulement quatre films, dont celui-ci est le deuxième. Mais c'est assez soigné, avec des acteurs capables, dont Charles Gilpin, qui joue le rôle principal, et qui était une sommité du théâtre Afro-Américain, ou encore Lawrence Chenault, qui jouait souvent pour Oscar Micheaux. Une autre version de la pièce, 100% blanche celle-ci, sera produite en 1931. Il faut croire que la prohibition n'était pas des plus efficaces...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926
25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 17:39

Un chimiste (Werner Krauss) vit le parfait amour avec son épouse (Ruth Weyher) en pleine harmonie, lorsque il remarque les traces d'un trouble dans sa vie: il ne supporte plus d'utiliser des couteaux, et s'isole de sa femme. Lequel des deux événements contemporains au début de son problème a bien pu jouer dans l'apparition de sa névrose? L'arrivée de leur cousin (Jack Trevor) dont il est secrètement jaloux? Le meurtre de la voisine par son mari, qui lui a tranché la gorge avec un rasoir? Ou le professeur manifeste-t-il tout simplement une sorte de frustration quant à l'absence d'enfants dans le couple? C'est à la psychanalyse de répondre...

Pabst était un touche-à-tout dès l'époque du muet, et ce film, situé comme une parenthèse dans son oeuvre entre deux oeuvres de longue haleine toutes deux marquées par une forte inspiration sociale (Die freudlose Gasse, Die Liebe der Jeanne Ney), le voit s'intéresser à un drame bourgeois finalement assez banal. Il n'y aurait sans doute pas grand chose à retirer d'un tel cas, si Pabst n'avait fait des choix formidables: d'une part il a demandé à ses acteurs de jouer dans le plus grand naturel dans la partie qui conte l'histoire domestique. Et Werner Krauss, grand acteur expressionniste devant l'éternel, est ici plus que subtil...

Par contre, Pabst obtient des passages plus délirants dans ses séquences de rêve, qui sont souvent répétées dans le film (nous assistons au rêve dans on intégralité, puis il sera découpé en tranches pour être analysé plus tard): mais ces séquences doivent leur ton baroque plus aux choix visuels qu'au jeu des acteurs, encore. Enfin, l'analyse se solde par des recours à des scènes durant lesquelles Pabst fait rejouer les moments-clés du drame par ses acteurs, sur des fonds blanc, et dans un style de jeu neutre. Il en ressort l'impression d'une complexité de la psychologie humaine, rendue ainsi palpable pour le spectateur du film muet.

Le film était une commande ambitieuse du département Kulturfilm de la UFA, qui se spécialisait dans les documentaires, plus que dans les films narratifs. Ce qui n'empêche pas Pabst de s'amuser un peu; par exemple, il réussit parfois à teinter son intrigue d'une touche de comédie légère; surtout, il contourne une exigence de la censure: dans ce film qui a recours à Freud, pas une trace de sexualité. Pas une trace, du moins, dans le script... Dans le film, c'est autre chose. Ainsi, si la jalousie et l'absence d'enfants sont deux moteurs de la névrose, on constatera que le professeur manifeste à deux ou trois reprises, symboliquement, des traces d'impuissance, certes motivées par la jalousie. Et l'effort quasi impossible de se rendre en haut d'un phare qui grandit au fur et à mesure, est un symbole phallique qui manque de subtilité!

C'est donc à une authentique halte psychanalytique dans l'oeuvre de Pabst que nous sommes conviés, une halte faite avec goût, et qui n'est pas un film si mineur dans l'oeuvre de celui qui a dressé, de film en film, un portrait social et moral de l'Allemagne des années 20, et l'a fait en débouchant souvent sur une thématique d'une richesse impressionnante.

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 Georg Wilhelm Pabst Muet