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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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3 juillet 2019 3 03 /07 /juillet /2019 16:05

L'auteur de A star is born (1937) a mis du temps à percer, si on en croit son imposante filmographie: celle-ci commence en effet en 1920, soit deux ans après la fin d'un événement crucial de sa vie: sa participation à la première guerre mondiale. Ce qu'il en a retiré en tant que cinéaste? Un sens absolu du refus du compromis, et une maîtrise hallucinante des films d'action. Xe qu'il reste de ses vertes années, pourtant, est ce film: l'une des comédies les pires que j'aie pu voir... Et apparemment ce sentiment est unanime.

Il nous conte les mésaventures de Peter Good (George K. Arthur), un nigaud (en Anglais de l'époque, a boob) qui dans un petit coin campagnard et donc fort reculé de l'Amérique, est amoureux depuis toujours de son amie Amy (Gertrude Olmstead). Mais celle-ci lui préfère un beau moustachu, Benson (Harry D'Algy). Pour impressionner et récupérer sa fiancée, Peter décide de devenir un homme d'action...

Théoriquement, c'est Robert Vignola qui devrait être crédité ici, sauf que... Wellman, décidément mal perçu par le nouveau studio qu'était la MGM, a été appelé à la rescousse pour terminer le film à la place de Vignola qui était hors-jeu. C'est assez incroyable qu'un dur à cuire comme Wellman, dont on sait l'efficacité, ait pu être considéré uniquement comme un "réparateur" de films par le studio, puisque ce cas n'est pas isolé dans sa période MGM. Mais sa période de travail sur le film a été jugée suffisamment longue pour qu'il hérite d'un crédit. Je ne pense pas que le cadeau soit très valorisant!

On va le dire tout de suite: Wellman a toujours prétendu qu'il avait commencé à boire plus que de raison durant le tournage de ce film afin d'oublier et de faire passer la pilule. ON ne peut que le croire, tellement ce film n'est ni drôle, ni réussi, ni intéressant. Une heure qui passe lentement, dans une torpeur malaisée... Rien à retirer si ce n'est une série d'apparitions de Joan Crawford, dont on peut se demander pourquoi la MGM l'employait au compte-gouttes! Wellman a ensuite tout fait pour se faire virer, et comme on le sait, il a ensuite trouvé refuge à la Paramount où on l'a un peu mieux traité. Ouf.

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 William Wellman Comédie Navets
12 mai 2019 7 12 /05 /mai /2019 13:24

Quand un cinéaste s'acharne au-delà du raisonnable, tout peut arriver, y compris n'importe quoi. Mais quand il sait qu'il a raison, et que contre vents et marées, contre la production, les coupes budgétaires, le doute et même contre le bon sens, il a décidé que le film doit se faire, parfois, ça donne de l'or: Chaplin, Stroheim, Christensen et bien sûr Orson Welles sont tous passés par là. On devrait, aujourd'hui, connaître ce film comme on connaît les classiques de ces grands noms... Mais l'histoire a été injuste envers Sandberg, comme d'ailleurs avec le cinéma Danois dans son ensemble, dont on retient essentiellement un nom de réalisateur aujourd'hui, je vous laisse deviner lequel. Non que ne soit mérité, et non que j'estime que Sandberg puisse rivaliser sur la distance avec tous ces grands artistes. Mais ce film, qu'il a voulu faire voire refaire puisque c'est un remake, et sur lequel il a littéralement hissé le drapeau noir, terminant le film en solo après avoir essuyé le refus de la Nordisk qui jusqu'alors le produisait, eh bien ce film, donc, est un chef d'oeuvre, un mélodrame admirable qui justifie la dithyrambe... 

Le matériau de base, c'est bien sûr le film de 1917 avec Valdemar Psilander, énorme succès dans un pays qui affectionne la noirceur dans le mélo, et doté d'une trame à toute épreuve, pour 1917 du moins: un clown, qui travaille dans un petit cirque minable, est fou amoureux; un homme de la ville vient lui apporter une promesse d'immense succès s'il accepte de se rendre à la capitale pour y devenir une star; il le fait, mais va graduellement perdre son épouse qui s'est laissée séduire par le tentateur mentionné plus haut; elle va en mourir, et le clown qui sombre dans l'alcoolisme va finalement prendre le prétexte d'une représentation pour tuer son rival en public, durant la représentation... De cette intrigue, on retiendra l'inéluctabilité du destin, l'ironie, et le choix apparemment obligatoire entre bonheur et succès, l'un ne pouvant aller avec l'autre. Tous ces thèmes sont présents dans ce nouveau film, mais Sandberg va beaucoup plus loin en accentuant d'autres aspects, déjà présents mais uniquement en filigrane. Son nouveau film, qui dure le double du précédent, va prendre son temps aussi et creuser les personnages. Beaucoup d'entre eux n'étaient que des silhouettes à l'identité plaquée (le clown naïf, le séducteur à moustache, la femme futile et frustrée, les braves vieux artistes, etc), dans ce nouveau film le metteur en scène les dote d'une identité, d'une histoire, d'une essence...

Deux choix étaient cruciaux: le premier est celui des acteurs, et sans surprise quand on connaît le cinéma Danois des années 20, Sandberg fait appel à des acteurs de plusieurs pays: à un solide casting Danois, il ajoute le Suédois Gösta Ekman pour interpréter Joe Higgins le clown; deux acteurs Français, l'un de tout premier plan, viennent compléter la liste: si on se souvient assez peu d'Edmonde Guy, modèle et actrice spécialisée dans les petits rôles "plastiques", en revanche, comment oublier Maurice de Féraudy, l'inoubliable interprète de Crainquebille et des Deux timides? Ici, il est le beau-père complice, un rôle de vieux de la balle, profondément humain. Sinon, Karina Bell joue Daisy, le belle écuyère, et Robert Schmidt lui aussi Danois, sera le séducteur Marcel Philippe, qui était un comte sans envergure dans le film initial. Ici, le rôle a été transformé de fond en comble et son arc qui va durer sur tout le film permet au personnage d'acquérir une dimension bien plus intéressante... Tout en restant, bien évidemment, le méchant incontesté du film, cela va sans dire. Le deuxième choix pour Sandberg est lié à son envie de dépoussiérer, voire d'aérer cette histoire, et sans aucun doute à la présence deux acteurs Français: de nombreux extérieurs sont tournés en France, notamment dans les rues de Paris, où Sandberg a lâché ses acteurs, au milieu de la foule; tournant à distance. C'est criant de réalisme et de vie...

Le personnage bien sûr sur lequel tout le film repose, celui du clown "Joe Higgins", est joué avec conviction par Gosta Ekman, qu'on connaît ici surtout pour sa contribution à Faust de Murnau, mais dont il ne faut pas oublier qu'il a lui-même été une immense star, participant au deuxième age d'or du cinéma suédois, tout en étendant son champ d'action dans toute la Scandinavie et les pays Germaniques. Son visage si particulier, lunaire même, passe beaucoup mieux pour faire passer l'innocence de ce personnage trahi, que pour interpréter Faust, si vous voulez mon avis! Mais dans ses mains, Joe Higgins gagne en complexité, et Sandberg en a fait un nouveau personnage: désormais, Joe Higgins assume clairement le statut de star au point d'en développer un complexe de supériorité marqué par une vanité excessive. Quand il interdit à son épouse d'accepter les cadeaux de Marcel, elle lui répond gentiment que lui accepte tous les cadeaux qui lui sont faits... Ce à quoi il rétorque que c'est pour son talent. La scène de la révélation de la tromperie reprend l'idée du premier film, en situant cette révélation dans un miroir, mais la scène est étendue, et contient plusieurs éléments de référence explicite à la vanité, à l'égarement même du personnage de Joe qui a perdu Daisy en se perdant lui-même. Au final de vengeance du premier film, on substitue ici une scène durant laquelle Joe VEUT tuer Marcel Philippe, mais la peur donnera à ce dernier une crise cardiaque: une ironie dans laquelle passent des allusions à l'impuissance, mais aussi au fait que finalement Philippe comme Marcel sont tous deux victimes du péché d'orgueil du clown... Et si Sandberg ne cherche jamais à frimer, il multiplie les petites touches de mise en scène pour faire de chaque séquence un merveilleux moment de cinéma. Par exemple, quand Marcel, Daisy et Joe marchent ensemble après que ce dernier a eu la révélation de leur duplicité, ils s'enfoncent dans une rue noire, inquiétante... Quand Daisy se jette à l'eau, le reflet du nom de son mari en lettres de lumière apparaît sur la surface de la rivière... Ajoutez à ça un sens aigu de la composition, une utilisation hors pair de la figuration et de la profondeur de champ... Bref: Sandberg fait un film et il le fait à la perfection!

Ce sera malgré tout son dernier grand film, et c'est dommage. Il faut croire qu'en 1926, il n'y a pas de place pour une telle production, aussi soignée soit-elle. On a au moins la chance d'en disposer dans une très belle version, intégrale et telle que l'a voulu son metteur en scène. Celui-ci reprend donc la thématique de son premier film, avec cette image de ville corruptrice face à une ruralité simple et humaine. Un sujet encore de saison, puisque l'année suivante Murnau allait réaliser Sunrise... Mais Klovnen enrichit le mélodrame d'une façon inventive, systématique, et ce avec un bonheur constamment renouvelé...Si ceci était l'unique film de Sandberg, il aurait définitivement sa place dans l'histoire, et pas seulement en bas d'une page.

En attendant, en bas de cette page, justement, voici le film:

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/klovnen

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 Muet DFI A.W. Sandberg
22 avril 2019 1 22 /04 /avril /2019 15:56

Le grand déclencheur, ça a été The big parade: le film de King Vidor a changé pour toujours la façon dont le cinéma Américain allait désormais voir la guerre. Avant, c'était Hearts of the world, The four horsemen of the apocalypse ou Shoulder arms: la tragédie, l'opéra même, voire la comédie, mais quelque soit la teneur dramatique, il y avait toujours un "nous" et un "eux"... Avec The big parade, on a découvert, enfin, que la guerre est une souffrance partagée, un gouffre dans lequel l'homme perd son humanité. ce qui ne l'empêche pas de rester, occasionnellement, un héros. Après le film de Vidor, d'autres sont venus s'ajouter et confirmer cette nouvelle façon de voir. Dans cette période qui va de 1925 à la fin du muet, on peut évidemment compter Wings (1927) de William Wellman, et le magnifique film All quiet on the western front (1930) de Lewis Milestone. De façon moins flagrante, Seventh heaven (1927) et Lucky Star (1929) de Frank Borzage, et Four sons (1928) de John Ford, s'ajoutent par certaines séquences à la liste. Enfin, ce film de Walsh, l'un des rares à avoir survécu, est l'un des plus gros succès de la période...

Deux Marines, le capitaine Flagg (Victor McLaglen) et le sergent Quirt (Edmund Lowe) sont d'éternels rivaux, depuis toujours: à chaque fois que Flagg fait une conquête féminine, Quirt se débrouille pour la lui piquer... Mais c'est la guerre, et Flagg est le che d'un bataillon au repos sur l'arrière, dans un petit village: il est très bien, du reste, car le cafetier local a une jolie fille, Charmaine (Dolores Del Rio), dont Flagg est vaguement amoureux. Bref, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si d'une part Quirt ne venait relever le capitaine de son commandement, le temps d'une permission à Bar-Le-Duc, et bien sûr, s'il ne fallait pas de temps à autre aller chatouiller les Allemands...

L'impression qui domine, est celle d'une fuite en avant. Flagg et Quirt n'ont pas d'attache, semble-t-il, ils vivent tout entiers pour leur mission... Mais ça ne les empêche pas d'avoir une vraie lucidité sur les hommes qui les entourent. Flagg en particulier est une vraie mère poule, du moins par derrière... Et Walsh divise son film en deux sortes d'épisodes: ceux consacrés à la vie qui continue, à l'arrière, malgré la menace permanente, et ceux-là sont de la comédie pure et dure. Les autres parties du film sont bien sûr les scènes de guerre, et elles tranchent sur les autres par leur dureté et leur réalisme...

Le propos de Walsh est de montrer que l'homme a besoin en temps de guerre d'une sorte d'espace neutre, et Charmaine est cette garantie pour les deux hommes... Pas que pour eux, car Charmaine, qui clame haut et fort qu'elle ne vendra pas son coeur, devient chez le sentimental Raoul Walsh une mère poule pour tous les soldats qui peuvent mourir un jour où l'autre. Elle agit même en mère de substitution pour un jeune artiste-peintre dont Flagg pense qu'il n'a rien à faire dans cette guerre.

Mais rien à faire: le côté bourru des hommes entre eux en attendant la bataille, le "repos du guerrier" incarné par une fille pas farouche, tout ça est daté, et pas vraiment concluant... Trop de picaresque finit par rendre le film un peu suspect, et puis on n'oublie pas qu'il y a une pièce à succès, justement. Walsh a mieux dépeint la guerre dans Objective to Burma, par exemple... Reste qu'on aimerait au moins voir ce classique jamais édité en DVD dans de bonnes conditions! 

Une dernière chose: je ne le trouve certes pas convaincant, mais ce What price glory? de Raoul Walsh, a au moins un avantage pour lui: il n'est pas l'immonde remake de 1952, l'un des films les plus atroces de John Ford.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Muet 1926 Première guerre mondiale
15 mars 2019 5 15 /03 /mars /2019 17:54

Cecil B. DeMille a risqué le tout pour le tout en 1923: lassé de travailler pour la Paramount, qui commençait à être un carcan, il a largué les amarres et s'est lancé dans l'aventure du studio indépendant: une aventure vouée à l'échec, d'autant que l'idée de se placer sous l'aile protectrice de Pathé était une erreur fatale: le distributeur, comme le studio, était condamné à plus ou moins brève échéance... Mais en attendant ce funeste destin, l'autocrate à bandes molletières a au moins eu le temps de lancer une production intéressante, partagée entre des films de série A (les siens, souvent ambitieux et toujours singuliers, parmi lesquels The King of Kings, ou The Volga Boatman, The Road to Yesterday et The Godless Girl sont les plus notables, à des degrés divers), d'autres destinés à alimenter les goûts du grand public (Dont le meilleur films de Rupert Julian, The Yankee Clipper, ou l'impressionnant Chicago crédité à Frank Urson, mais dont la paternité réelle ne fait aucun doute, et puis de nombreux drames romantiques parmi lesquels White gold)... enfin, les films DeMille produisaient aussi des comédies, dont ce joyau.

Rod La Rocque, apparu justement dans les productions ambitieuses du grand réalisateur, est la vedette de ce film, qui prend probablement prétexte de la sortie cette même année de The Black Pirate d'Albert Parker et Douglas Fairbanks. Non que cette comédie soit un film de pirates, mais les clins d'oeil savoureux à Fairbanks, son style et son univers, sont légion... Rod La Rocque, dédié le plus souvent aux rôles sous-valentiniens de séducteur musclé, se moque ouvertement de sa propre image en même temps qu'il nous fait une parodie espiègle de Fairbanks, dans un film qui renvoie d'ailleurs souvent à l'esprit un peu ironique des films du grand acteur réalisés avant son Zorro: des oeuvres souvent marquées par un humour physique et assez inventif...

Jerry Cleggett est le dernier héritier d'une glorieuse famille fondée par un pirate: pour avoir le droit de devenir maîtres d'une conséquente fortune, les Cleggett doivent se marier comme leur ancêtre le jour de leur vingt-cinquième anniversaire. C'est donc l'anniversaire de Jerry, et... pas de fiancée à l'horizon. Mais comme c'est un jeune homme bien de son temps, ça n'a pas l'air de le gêner, sauf que... les huissiers sont là et saisissent jusqu'à son pyjama, dernier rempart contre l'indécence... Et pourtant une femme va entrer dans sa vie: Agatha (Mildred Harris), héritière légitime d'une fortune conséquente, poursuivie par un oncle (Snitz Edwards) qui lui n'hérite que de trente cents, et lui en veut: il a d'ailleurs détruit l'héritage, dont il ne reste qu'une trace: la feuille s'est en effet collée un instant sur le dos humide de la jeune femme qui prenait un bain, et l'oncle voudrait effacer cette dernière preuve...

Oui, ça a l'air délirant comme ça, mais ce n'est que le début: le reste part encore plus dans tous les sens, et comme James Horne est aux commandes, on est dans la tradition du slapstick le plus joyeux, c'est-à-dire drôle, improbable, mais ni sans rebondissements (poursuites, hold-up, coups sur la tête, bagarres, cascades idiotes, et j'en passe) ni sans rigueur... La Rocque se fait plaisir en parodiant son identité de jeune premier (et certaines scènes du début, qui montrent un essaim de rombières tentant de capter la nudité furtive du jeune homme sous des draps, sont particulièrement coquines), et lui et Mildred Harris dynamitent avec allégresse les conventions du cinéma de genre, en alternant baisers fougueux et bourre-pifs bien balancés. Snitz Edwards est généralement un minable dans les films qu'il interprète: ici, c'est un minable méchant, il y est splendide! Bref, ce petit film pour rire est une vraie pépite...

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 Comédie Cecil B. DeMille Muet
11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 16:29

Il n'y avait pas grand chose (à part la fameuse séquence de rêve justement célébrée) dans le premier film de Renoir (La fille de l'eau, sorti en 1924), pour le distinguer du tout-venant! La maladresse "amateur" de l'interprétation comme de la direction, le mélodrame sans âme ni originalité, tout destinait le film à l'oubli... Mais Renoir a tout changé, et si on en croit ses dires (mais sur ce coup-là, on le croit sur parole), il a vu un film, en 1923, qui a changé sa vie, sa vision du cinéma, et l'a persuadé de s'acharner sur un art qui s'était jusqu'alors montré particulièrement ingrat: le film en question est Foolish wives, de Erich Von Stroheim... Ce devait donc être en 1924, car le metteur en scène datait cette vision d'après l'accomplissement de La fille de l'eau... Afin de transposer Stroheim au cinéma (Stroheim qui s'apprêtait à son corps défendant à être de nouveau dans l'actualité, puisque The Merry-go-round, Greed et The merry widow n'allaient pas tarder à faire également leur apparition en Europe), le choix de Renoir aura été de se ruer sur l'inévitable auteur naturaliste le plus évident à travers Zola. 

Dans Nana, Zola s'est livré à un exercice qui selon moi (c'est mon impression et je vous la livre) confine à l'auto-parodie; tout se passe comme si l'écrivain, qui rappelons-le s'est pris à son propre piège de la peinture complète d'une famille, s'était amusé à appliquer à la lettre les méthodes et l'univers qu'on lui reprochait! Il en résulte un roman certes au vitriol, mais qui me donne singulièrement l'impression de rater sa cible, en visant les turpitudes de la bourgeoisie et la noblesse par le biais de la petite gourgandine qui n'en finit pas d'être un miroir déformant assez repoussant des classes les plus populaires. l'idée de Renoir était probablement de se saisir d'un matériau qui pourrait être choquant, tant il avait compris que le cinéma de Stroheim intégrait justement cette provocation: Karamzin, dans Foolish wives, est systématiquement plus vil qu'on n'aurait pu l'envisager dans les films de l'époque... Alors Nana et son cortège de coucheries, de promotion canapé, et sa petite vérole, c'était du bonheur, dans cette perspective. Sans parler du fait que le cinéaste allait pouvoir y transposer sa vision héritée à la fois d'une enfance heureuse, et des films de son idole, des relations ancillaires, un sujet qui ne le quitterait d'ailleurs jamais.

Mais le projet était maudit dès le départ: Catherine Hessling.

L'actrice, bombardée diva, star, vedette, étoile, centre névralgique, est une actrice atroce, surtout dans Nana. Pire: elle doit jouer une actrice qui joue mal... C'est embarrassant, puisqu'on ne voit finalement aucune différence... 

Et puis vouloir être Stroheim, c'est bien joli, mais il faut savoir y faire en matière de montage, en particulier dans le fait de vouloir insérer des détails. Renoir le fait, un peu, mais le plus souvent, il nous éloigne de l'action en cadrant le décors certes impressionnants mais aussi étouffants, du film; une scène d'extérieurs se plante dans les grandes largeurs parce qu'on VOIT que c'est en studio, et parce qu'elle dure 15 minutes, pour trente secondes d'intérêt. L'éclairage ne tient pas debout, et les acteurs sont gâchés...

Il y a des qualités, dans ce film, malgré tout, maintenant qu'on peut le voir dans une version plus respectueuse aussi bien de sa continuité que de sa vitesse de défilement (contrairement à ce qui se passe souvent, le film gagne à être vu à un rythme pas trop rapide, rétablissant les tensions, notamment dans le contraste entre le jeu outrageusement affecté, c'est un euphémisme, de Catherine Hessling, et la lenteur calculée de Werner Krauss. Le sous-texte sur les domestiques est très réussi, grâce à Valeska Gert en particulier. L'ironie du cinéaste rejoint souvent celle de l'écrivain, et Jean Angelo garde une certaine prestance qui sied à son personnage... mais tout ceci reste trop dans l'ombre de l'une des pires interprétations de l'histoire. 

Notons pour finir, qu'en raison de la présence de Renoir, ce film plus que médiocre a bonne presse, et a fait l'objet d'une impressionnante restauration. Passons...

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Published by François Massarelli - dans Jean Renoir 1926 Muet
29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 16:22

Une troupe Russe se produit dans des music-halls Américains; à la faveur d'un accident, le riche playboy Eugene Foster (Lowell Sherman) rencontre la danseuse Vera Narova (Florence Vidor), et par un stratagème, lui fait croire qu'il l'a sauvée dans un accident. Le soir même, il se rend à une représentation de la troupe et à partir de ce moment, ne lâche plus la jeune femme, qui le lui rend bien, poussant son partenaire Norodin (Clive Brook), qui l'aime depuis longtemps, dans ses derniers retranchements...

Ce synopsis ne rend pas justice au film, qui donne dans ce cas l'impression d'être un mélodrame sans aucune saveur, alors que... pour commencer, j'ai utilisé le terme de "stratagème" concernant Foster, qui a plusieurs reprises dans le film tire avantage de la gentillesse des autres pour se faire très bien voir. Mais c'est aussi par un stratagème que Norodin fera changer sa cote auprès de la belle Vera. Et si un mélodrame irait probablement dans deux possibles directions (Soit vers un couple Norodin - Vera, les artistes entre eux, soit vers l'abandon du show business par Vera et son mariage avec Foster, car les meilleures choses ont une fin), elles seraient de toute façon hautement prévisible, alors que la lutte pour le coeur de la jeune femme, dans ce film, laisse le spectateur dans l'expectative jusqu'au bout... C'est donc très bien mené.

Et surtout, Wellman qui sort de westerns (tous perdus), et qui rêve déjà de tourner des films de guerre pour raconter "sa" vérité des combats aériens, ce qu'il fera effectivement, tourne son film à la fois comme une comédie, mais surtout en imposant à ses acteurs d'agir et de jouer, toujours, juste. C'est frappant, comme l'impression qui se dégage de ce film, dans lequel le metteur en scène tente des choses qui n'étaient pas forcément encore du tout venant (un jeu d'ombres remarquables, des truquages inattendus), mais le fait dans un dosage absolument parfait: le juste milieu, en tout, voilà ce qui caractérise le style de William Wellman dans ce film parfaitement découpé, et fort bien interprété. Il n'a pas eu de succès, mais il a quand même valu au bouillonnant et têtu metteur en scène, l'un des dix ou quinze génies de son art, la confiance d'un studio, et donc...

...Wings. Excusez du peu.

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 Muet Comédie William Wellman
16 septembre 2018 7 16 /09 /septembre /2018 14:55

Un meurtre particulièrement sanglant sert de prologue au film, montré à travers un montage ultra-rapide de plans violents, avec des gros plans très brutaux: un couple est tué, chez eux, par un fou homicide. Pendant ce temps, les deux filles du couple jouent. Quand elles reviennent à la maison, elles ont le choc de découvrir leurs parents morts, dans une mare de sang...

Après les funérailles, les deux jeunes filles quittent la campagne et vont toutes les deux s'installer à Ménilmontant, se soutenant l'une l'autre. Mais l'une d'entre elle (Nadia Sibirskaïa) rencontre un homme (Guy Belmont) qui sait se montrer très persuasif, et pendant que sa soeur (Yolande Beaulieu) l'attend, elle couche avec lui...

Puis l'inévitable arrive: elle est enceinte, à la rue, et elle a l"horreur de découvrir que son amant a mis sa soeur sur le pavé. Dans un nouveau déchaînement de violence, plusieurs femme s'allient pour tuer l'homme...

Kirsanoff, né en Russie mais qui a décidé de s'installer en France, fait partie de ces intellectuels qui sont destinés à créer, en quelque média que ce soit: il écrit plusieurs récits, et est décidé à s'attaquer au cinéma aussi, mais strictement selon ses propres termes. Clairement, il a trouvé dans l'atmosphère Française des années 20, propices à l'avant-garde sous toutes ses formes, un terrain de jeux tout à fait adéquat. 

Le film est célèbre pour un certain nombre de choses, notamment son absence totale d'intertitres, et son intrigue qui joue finalement plus sur la sensation que sur l'installation d'un flot narratif. Et Kirsanoff semble faire la synthèse entre tous les courants du cinéma de l'époque, du montage à la Russe, à l'impressionnisme de Louis Delluc, et le mélodrame bourgeois. Le film est violent et cru, mais aussi servi par des acteurs qui sont d'autant plus impressionnants qu'ils sont très souvent captés en gros plans. Nadia Sibirskaïa, visage étonnant, est sublime, tant par sa beauté que par son jeu, et Kirsanoff nous laisse la suivre dans une méditation poétique cruelle qui prend beaucoup aux codes en vigueur, tout en apportant infiniment plus au cinéma Français de cette époque pourtant héroïque. Bref, c'est un classique indispensable.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Avant-Garde
10 août 2018 5 10 /08 /août /2018 09:42

Don Juan est à Rome, et c'est le pur produit d'une éducation prodiguée par un père trompé, et impétueux: Don José de Marana a en effet prodigué la leçon la plus décisive de toute sa vie à son fils Juan, le jour où il a répudié son épouse infidèle, et emmuré au passage son amant... Vingt ans plus tard, Juan (John Barrymore) consomme les femmes, sans jamais s'enivrer dans la moindre histoire d'amour. 

...Et il les lui faut toutes! Et comme il vit dans la Rome très corrompue de l'époque de Borgia, il est plutôt à son aise. Sa rédemption viendra de Donna Adriana (Mary Astor); la pureté angélique même. Dans un premier temps, il la convoitera comme les autres, et s'étonnera qu'elle lui résiste. Puis il cherchera sa présence afin de gagner son affection. Puis il la sauvera des griffes de l'abominable Giani Donato (Montague Love), homme de main de Lucrèce (Estelle Taylor) et César Borgia (Warner Oland)... 

Ce n'est pas par son intrigue que ce film se distingue. Celle-ci, signée par Bess Meredyth, qui n'allait pas tarder à devenir Michael Curtiz, est une excellente utilisation d'une formule raffinée de film en film, et qui allait souvent donner des splendides swashbucklers dans les années 30 ou 40: voilà où je voulais en venir avec mon allusion au ménage Meredyth-Curtiz! En voyant Don Juan, film luxueux dans un studio qui n'avait pas forcément les moyens en 1926 de se permettre de telles excentricités, on constate que le terrain est en voie de préparation pour les films de Curtiz Captain Blood ou The sea hawk...) Seulement en attendant, c'est Alan Crosland qui était préposé aux grosses machines de ce genre.

Et Don Juan est une splendide réussite dans le genre: le héros est à la fois suffisamment sympathique, et suffisamment fripon pour garantir le spectacle, les méchants (des Borgia qui ont été taillés sur mesure pour le public Américain de 1926: aucun lien avec la papauté, ils sont juste 'les maîtres de Rome': a-t-on besoin de plus? Si on est un historien, oui. Sinon...) sont parfaitement adéquats, les seconds rôles sont à foison: John George, silhouette inquiétante dans le prologue, symbolisant l'âme tortueuse du père de Don Juan; Warner Oland, au naturel, en César Borgia inquiétant, mais pas autant qu'Estelle Taylor qui est la véritable reine de la famille; Montague Love dans son rôle préféré: un homme de main libidineux qui se fait tuer à l'avant-dernière bobine... Myrna Loy dans un rôle inhabituellement développé de dame de compagnie-espionne, et le grand Nigel De Brulier, qui joue un mari trompé qui fait basculer l'histoire de Don Juan depuis la comédie vers la tragédie: au naturel, lui aussi, son rôle est crucial, et le personnage qui se lance dans un pétage de plombs intensif, nous change des bons pères et des Richelieu tout en manoeuvres feutrées, deux types de personnages qu'il avait l'habitude de jouer... Et puis il y a, dans le rôle d'un bourreau, Gustav Von Seyffertitz, l'inénarrable sadique dont Barrymore aimait tant copier les traits (voir son Mr Hyde, c'est troublant), et qu'il imite ici dans une scène située vers la fin...

On ne s'ennuie jamais, et on en prend plein les yeux: la photo de ce film, ses décors, le cadrage (avec un certain nombre de cascades jouées en plan large, et rendues plus spectaculaires encore) et les costumes, tout y contribue au plaisir. C'est que la Warner avait une idée derrière la tête: le Vitaphone. On lit souvent que Don Juan était le film par lequel la compagnie WB avait expérimenté ce système de synchronisation qui allait ensuite mener la compagnie à insérer 2 minutes parlantes dans The jazz singer. Sauf que pour une fois, c'est rigoureusement exact. Jack Warner jouait son va-tout avec Don Juan, dont le succès allait précipiter la révolution du cinéma sonore. D'où les précautions, et le soin apporté à la production. Et du même coup, ceci est le meilleur film de Crosland, et ce de très loin. Le principal atout du film, je pense, est son montage formidable, qui nous permet de toujours nous situer du bon côté de l'action (c'est à dire en prenant parti pour Don Juan, y compris avant qu'il n'entame une rédemption ô combien nécessaire!)... Mais franchement, il n'y a là-dedans que des motifs de satisfaction, et tant qu'à faire ce long métrage d'excellente facture est aussi à mes yeux le meilleur film de John Barrymore. 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Alan Crosland
2 août 2018 4 02 /08 /août /2018 18:58

Dans les années 20, l'occultime est une forme de mode qui prend essentiellement les classes les plus aisées, et va aboutir à un chef d'oeuvre cinématographique absolu... Ce n'est pas ce film, qui s'inspire quand même du mouvement, ainsi que de la personnalié d'Alceister Crowley.

Rex Ingram, impétueusement fâché après la MGM qui lui a refusé la réalisation de Ben-Hur après le retrait de Charles Brabin, et profondément en colère contre Louis B. Mayer (au point de toujours demander à ce ses films sortent sous étiquette « Metro-Goldwyn » seulement, c'est dire l'étendue de la bouderie), a prétexté un film situé en Europe pour y partir, et maintenant il ne veut, tout simplement, plus revenir. Il est basé à Nice, et utilise les Studios de la Victorine, mais pas seulement, comme le prouvent de nombreux extérieurs situés à Paris... Son film, après l'ambitieuse vignette d'après-guerre Mare Nostrum, version opératique des années de conflit mondial vues sous l'angle de l'ivresse de l'amour fou, est un petit mélodrame occulte qui déçoit...

Alice Terry y interprète une sculptrice Américaine installée à Paris qui a un accident, nécessitant une intervention chirurgicale délicate. Celle-ci est confiée à un jeune prodige Américain, joué par Ivan Petrovitch : de l'opération, qui est un succès, naîtra une relation entre les deux jeunes gens. Mais un autre homme a des vues sur la jeune artiste, l'occultiste Oliver Haddo (Paul Wegener), qui très vite va lui montrer l'étendue de son pouvoir...

...De suggestion ? Le film contient une inconsistance majeure : d'un côté il semble qu'Haddo soit réellement doté de pouvoirs, ce qui évidemment ouvre la porte à une interprétation magique au premier degré. Sauf que vers la fin du film, un intertitre nous apprend qu'il est e réalité totalement dingo. Ce qui pose évidemment problème, puisque un (excellente) scène nous montre, en effet, Wegener emmener avec lui Alice Terry dans un monde inquiétant de faune, de diables et de sorcières... Et qu'à deux ou trois reprises, il l'hypnotise comme un rien.

Mais c'est sans doute la loi du genre, le mélodrame fantastique avec tours lugubres, laboratoires médiévaux, grimoires et assistants nains : tous ces ingrédients sont d'ailleurs bien présents, et si vous ajoutez un faune, vous voyez qu'on n'est pas volé... Mais le principal écueil du film, c'est que si on constate qu'il est à l'aise pour réaliser un film de genre, on aimerait qu'il aille un peu plus loin, car c'est quand même le metteur en scène de l'époustouflant Scaramouche et du baroque Mare Nostrum, alors cette petite entreprise occultiste, qui bénéficie de beaux décors et de l'équipe rodée de Rex Ingram, méritait mieux que ça, quand même ! Reste Wegener, le principal atout du film, qui est exactement comme on l'imagine, c'est-à-dire inquiétant, énorme et parfaitement à son aise dans ce fatras inspiré à la fois de Haxan, de Nosferatu (LE chef d'oeuvre ouvertement occultiste dont je parlais plus haut) et de Gustave Doré...

Rappelons en guise de post-scriptum que Michael Powell, qui a commencé travailler en qualité d'homme-à-tout-faire pour Rex Ingram avec le film précédent, est ici acteur, entre autres choses. Vous le reconnaitrez facilement, il interprète un touriste Britannique...

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 Muet Rex Ingram
30 juin 2018 6 30 /06 /juin /2018 21:24

Ce long métrage de 1926,produit par la Paramount et réalisé par Frank Tuttle, fait partie des films perdus, même si on peut en voir des bribes: je m'explique plus loin. La star en était Esther Ralston, et l'intrigue de comédie tournait autour d'un concours de beauté, auquel participaient d'autres actrices, parmi lesquelles Louise Brooks...

Pour commencer, il convient de rappeler que le film muet a été produit à une époque où le médium était hautement périssable, et pas spécialement préservé. Le film étant un objet d'art aux existences multiples (des dizaines de copies étaient tirées de plusieurs négatifs) mais dont la survie ne dépassait pas toujours les dix années, et les modes changeant vite, un studio en 1928 n'avait pas la moindre utilité dans un film de 1918, alors imaginez le traitement subi par les films muets une fois le parlant arrivé...

Il ne subsiste aucune copie de ce film, comme du reste de 70% environ de la production Américaine d'avant 1928. Par contre, si tant de films perdus, bons ou mauvais, ont été purement et simplement oubliés, il y a un certain nombre d'entre eux qui sont particulièrement cherchés aujourd'hui, eu égard à leur appartenance à une filmographie importante (Murnau, Ford, Stroheim), ou la présence d'une star de premier plan: celui-ci fait partie du lot.

Mais comme je le disais plus haut, il est possible de "voir" The American Venus aujourd'hui, à travers une bande-annonce d'époque, qui a miraculeusement survécu. Si le petit film de trois minutes commence par beaucoup de texte, avec des formules ronflantes de rigueur, on entre assez vite dans le vif du sujet, avec des images du film, disjointes, et choisies pour leur effet direct. Il se dégage de ces images (dont certaines en Technicolor) l'impression que cette comédie de Tuttle était l'un des films ultimes sur ce que l'on appelle le "jazz age"... Et il existe aussi un court, très court fragment d'un essai en Technicolor qui a une immense valeur: il nous montre Louise Brooks en plein dans son rôle... Bonne pêche!

 

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Published by François Massarelli - dans Film perdu Muet 1926 Louise Brooks