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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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22 avril 2022 5 22 /04 /avril /2022 18:49

Deux jeunes femmes modernes ont décidé d'attraper en marche le train de la mode de la culture physique, et elles présentent à leurs amies (ainsi qu'à deux cousins collet monté qui qui ont des vues sur elles) un avant-goût de leurs activités: des tableaux vivants courts vêtus. La chose arrive aux oreilles de leur oncle et tuteur, qui ne souhaite pas que ses deux pupilles aillent dans cette direction, pour des raisons morales. Elles décident de le tromper en prétendant qu'il a mal compris et qu'elles étudiaient la sculpture académique, et proposent même de lui offrir une de leurs créations... Elles doivent donc engager vite fait bien fait deux fausses statues afin de rectifier le tir...

Ce sont, bien sûr, Carl Schenstrom et Harald Madsen qui vont jouer ce rôle, propice à bien des gags (et on les aura tous) mais ils vont aussi faire deux choses qui sont judicieuses: d'une part, étant respectivement contorsionniste et gymnaste, ils vont prendre en charge les cours de culture physiques, entourés donc de jolies filles en maillot comme c'est la règle chez Lauritzen; d'autre part, ils vont, et c'est peu courant, séduire les deux cousines, jouées d'ailleurs par deux authentique jumelles: car chez Lauritzen, comme les héros ou la syllabe de son prénom pseudonymique, les jeunes gens qui fournissent le plus souvent la partie "sentimentale" de ses comédies vont toujours par deux...

C'est un film assez court, conventionnel mais drôle, et le titre qui imite celui d'un documentaire Allemand qui avait du faire un joli scandale (on y enlève le maillot en permanence) montre bien que Lauritzen s'y préoccupe d'exploiter une mode qui s'incorpore assez bien dans son style de comédie... Mais ce qui compte, comme d'habitude, ce sont les deux héros qui trouvent ici un rôle physique à leur mesure. La démonstration des prouesses physiques (un peu améliorées, mais basées sur d'authentiques exploits, à commencer par l'impeccable grand écart de Schenstrom) est en particulier une séquence étourdissante... Et puis contrairement aux autre protagonistes masculins du film, on les aime, ces deux-là, que voulez-vous. Et dans ce film, Lauritzen qui ne les a pas toujours gâtés, leur a concocté une drôle d'entrée en matière sous forme de rêves à répétition (ils font d'ailleurs les mêmes) qui les voient régner sur une troupe de jeunes femmes, manger à leur faim et même séduire... Autant de prémonitions, annoncées par des fondus enchaînés entre les deux vagabonds et la paire de jumelles.

 

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Published by François Massarelli - dans 1928 Muet Lau Lauritzen Schenstrom & Madsen Comédie
19 février 2022 6 19 /02 /février /2022 15:49

Un avocat sans le sou et sans scrupules non plus tombe sur une possible affaire juteuse: recueillant les derniers mots d'un accidenté de la route, en plein carnaval de Nice, il commence à faire chanter son ancienne maîtresse, remariée à un bourgeois chatouilleux de sa réputation... Mais un mystérieux playboy, qui se surnomme lui-même Le Joker, surveille la situation et prend parti pour la jeune femme, dont la petite soeur lui plait...

C'est l'un des derniers films de la Nordisk, la compagnie Danoise fondée 22 années auparavant, et qui avait pendant un certain temps été à l'avant-garde absolue du cinéma mondial. Mais les temps sont durs, un autre pays a été identifié comme la Mecque du cinéma, et en Europe l'Allemagne, la France et l'Italie sont les nouveaux meneurs de jeu: l'enjeu pour les studios à cette période est tout bonnement leur survie, à travers la possibilité ou non de maintenir une production locale indépendante. Depuis le début de la décennie, Dreyer, par exemple, avait souvent passé les frontières, réalisant des films pour la Suède, l'Allemagne, la Norvège ou la France. Anders Sandberg tournait en Allemagne, Benjamin Christensen, parti dès 1918, était désormais aux Etats-Unis, et Urban Gad ne tournait plus.

Ce film est assez quelconque: mis en scène sans la moindre imagination, mais avec soin, il est totalement inoffensif... C'est la conséquence d'une telle situation: co-production Germano-Danoise, il est réalisé par un vétéran sans grand génie, et interprété par des Danois (Philip Bech), des Anglais (Henry Edards et Miles Mander), des Allemands (Elga Brink) et des Français (Gabriel Gabrio, Renée Heribel). Le propos est déplacé à Nice, ce qui permet de mettre en scène une sorte de société fantoche qui n'a rien d'autre à faire que de faire la fête en permanence et de se vautrer dans le champagne. Le personnage principal, interprété par Edwards, est une sorte d'Arsène Lupin, l'illégalité en moins, qui dispose de revenus considérables... 

Considérable? Le film ne l'est pas. Et la compagnie Danoise qui l'a produit n'a pas pu être sauvée...

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Published by François Massarelli - dans 1928 Muet
29 décembre 2021 3 29 /12 /décembre /2021 08:44

A l'écart, aussi bien de sa production courante et des films de genres reconnus (Poil de carotte, Le mariage de mademoiselle Beulemans, Le tourbillon de Paris), que de ses films dits "religieux" (La tragédie de Lourdes, L'abbé Constantin, La vie miraculeuse de Thérèse Martin), cette Divine croisière a une histoire peu banale, et je ne parle pas de son intrigue... Celle-ci lui donne un pedigree de film fou, plus proche de Gance, Capra ou Borzage: bref, un film habité.

En Bretagne, un armateur qui fait la pluie et le beau temps sur une petite communauté de marins, est beaucoup trop exigeant avec ses hommes. ceux-ci lui reprochent de les envoyer à une mort certaine en affrétant, une fois de trop, le Cordillière, un bateau qui n'a plus la solidité requise pour affronter de longues courses en mer. Ferjac (Henry Krauss) n'en démord pas et pèse de tout son poids: la mort dans l'âme, les hommes partent, mais certains ont accumulé trop de rancoeur, et se mutinent. Une première victime est le marin Kerjean, qui est passé par-dessus bord. Aux premières loges, leur capitaine Jacques de St-Ermond (Jean Murat), qui était pourtant leur porte-parole durant le conflit syndical, et qui est amoureux de Simone (Suzanne Christy), la fille de Ferjac...

Pendant la mutinerie, à terre, on attend avec inquiétude des nouvelles du voilier et de ses marins; Simone doit célébrer ses fiançailles à un riche ami de son père, contre son gré évidemment. Mais la population du village fait irruption pendant le dîner: on a retrouvé le corps de Kerjean...

Le film a été tourné à l'automne 1928, et monté par Duvivier qui devait partir tourner deux autres films, La vie miraculeuse de Thérèse Martin, puis Maman Colibri. C'est durant le tournage de ce dernier film qu'il a appris qu'après une première désastreuse, La Divine Croisière allait être coupé sans conditions, et réduit à une cinquantaine de minutes. En cause, sans doute, une trop grande disparité entre un thème mélodramatique d'obédience religieuse (une femme qui refuse de croire à la disparition en mer de celui qu'elle aime, réussit à convaincre un village entier de la soutenir et d'affréter un bateau pour sillonner les mers à la recherche du voilier disparu) et un conflit entre marins et patrons, qui était trop ambigu pour les commanditaires... Et si aujourd'hui on dispose d'une version sans doute à peu près intégrale (une copie Hollandaise de la version complète a survécu en une réduction 17,5mm de l'original, déposée au Eye institute d'Amsterdam, en plus de nombreuses versions incomplètes en 35 mm), il est difficile de comprendre réellement pourquoi le film a tant gêné, si ce n'est pas sa ferveur et sa relative absurdité... 

Pour bien comprendre l'emploi de ce mot, disons que le film n'est jamais totalement rationnel, ni totalement mystique: Simone, persuadée d'avoir perdu Jacques, se jette à corps perdu dans une oeuvre artistique, en restaurant pour le curé de la Paroisse une peinture qui orne l'église, de Notre-dame de la mer: celle-ci semble s'animer, et lui révèle que les marins du bateau perdu ne sont pas morts... Est-ce une hallucination ou une apparition, nous ne le saurons évidemment pas... Reste que l'ombre de Borzage (Street angel et son tableau miraculeux) et de ses films déraisonnables passe sur cette Divine Croisière! Sinon, l'irruption des gens du village durant le dîner de fiançailles, le conflit entre les gens du peuple et les bourgeois, résolu à la fin par un petit bout de bonne femme qui a un sacré tempérament, aidée d'un curé ouvrier débonnaire, me rappellent furieusement Metropolis... Duvivier a su, par un montage serré et une mise en scène dynamique, qui utilise aussi bien des mouvements très précis d'appareil, une interprétation forte (Henry Krauss est fantastique, à propos), que des traces de son et des gros plans fantastiques, retrouver les accents d'urgence de la scène de l'inondation dans cette partie du film; et la façon dont il mêle les gros plans et le montage rapide n'est pas éloignée... des Soviétiques!

Autant de références qui rendent le film constamment intéressant, mais aussi malaisé à appréhender, mais il n'est finalement pas que la somme de bondieuseries embarrassantes dont on parle généralement pour le décrire. Certes, le miracle (ou une série de coïncidences toutes plus improbables les unes que les autres) y joue un rôle non négligeable, mais ça reste un miracle de cinéma, du début à la fin...

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Published by François Massarelli - dans Julien Duvivier 1928 Muet
27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 19:03

Un homme arrive dans les Alpes, où il vient retrouver une femme, qui s'est mystérieusement installée à Tignes, où elle passe un hiver très rigoureux... C'est son épouse, la cantatrice Amiscia Négeste (Lil Dagover), que Lord Absenston (Gaston Jacquet), venu d'Ecosse, tente de ramener avec lui. Entre eux, de l'amour, bien sûr, ce sera toujours indiscutable. Mais surtout, une ombre, celle du théâtre: car quand il l'a demandée en mariage, Lord Absenton a été clair: finie la carrière, désormais elle serait toute à lui... 

Amoureuse, Amiscia renonce donc à sa retraite, et accepte de suivre son mari. Ils font, malgré tout, une halte à Paris, où plus que jamais, le "tourbillon" va reprendre Amiscia. Un tourbillon de soirées, mais bien vite aussi de théâtre et de musique, entretenu par un ami fidèle, Jean Chaluste (Léon Bary): lui aussi avait été jusqu'à Tignes, pour y retrouver son amie, et il s'était incliné devant le mari. Mais pour combien de temps?

En dépit de la présence de cet autre homme (et d'autres, dont René Lefebvre en criticaillon manipulateur et revanchard), le film ne nous conte jamais l'adultère. Finalement, le triangle qui nous est présenté est surtout celui représenté par Amiscia, son Lord et le "tourbillon" de la vie Parisienne, le théâtre, oui, mais pas que: comme une sorte d'éternelle jeunesse, à laquelle Amiscia ne parviendrait pas à s'extraire. Car on n'essaie pas de nous vendre, ici, comme dans Rigolboche de Christian-Jacque, où Mistinguett sexagénaire campait une artiste qui avait 30 de moins, une vague idée qu'Amiscia soit une jeune et fringante chanteuse. Lil Dagover, après tout, avait 41 ans au moment de la sortie du film, et si elle n'a pas besoin de maquillage, elle fait augustement son âge. Du coup, la présence de Chaluste d'un côté (sans aucun doute plus jeune qu'elle, certainement plus jeune que son mari!) et de Lord Asbeston de l'autre, tendrait à illustrer un drame du renoncement: non seulement au théâtre, mais aussi à la vie mondaine, et du même coup à la jeunesse... Une scène du prologue, qui nous montre la rencontre malgré eux des deux hommes, dans les Alpes, autour d'un âtre, tendrait à confirmer cette lecture.

Rien ne l'illustre mieux qu'une scène, extraordinaire, de représentation: en effet, l'angoisse de la chanteuse, éveillée par des entrefilets moqueurs et assassins (sur son âge, notamment, et sur l'éternel retour des artistes), est attisée dans les coulisses par la rumeur d'une impréparation sévère de l'artiste. Les deux premiers actes se passent mal, et le troisième commence par un désastre; Lil Dagover y est magnifique, et Duvivier qui utilise toutes les ressources de la mise en scène pour transcrire les émotions qui s'emparent de son personnage, y est absolument génial, réussissant dans une scène de cinq minutes absolument tout ce qua seulement tenté de faire ce pauvre Marcel L'Herbier durant toute sa production muette: utiliser le cinéma et le cinéma seul pour véhiculer une émotion... Tout le film, qui aurait pu n'être qu'un mélodrame de plus ou de moins, est en fait illuminé par ces deux atouts: Dagover et Duvivier. Jamais à ma connaissance l'actrice n'avait été aussi juste, et le metteur en scène a trouvé en toutes circonstances des moyens novateurs de soutenir cette puissante interprétation, et de la compléter.

Et une fois de plus, on remarquera chez Duvivier l'importance figurée du son. Cet inconnu (et pour cause) du cinéma muet a toujours une place chez lui, comme je le faisais remarquer à propos des accents absents de Mademoiselle Beulemans, mais présents quand même à travers les prises de vue de la vie Bruxelloises, des tavernes pleines de monde, et des trognes qui articulaient si bien qu'on pouvait lire l'accent Belge sur leurs lèvres! Eh bien ici, il continue à utiliser le son sans y avoir accès, en nous montrant la musique et le chant durant une danse, qui fait un bon usage des surimpressions et des intertitres, et bien sûr dans cette scène de désastre au théâtre, le chaos sonore a un rôle primordial...

Bref: c'est un chef d'oeuvre, qu'une vision inconfortable d'une version incomplète (Chaluste y était à peine visible, donnant l'impression d'être soit un espion, soit une allégorie!) m'avait il y a quelques années fait écrire que le film était "morne... adapté d'un succès de librairie, le films enfile les poncifs les uns après les autres, sans laisser les acteurs, à une exception près, faire leur boulot"... Je n'avais pas tout faux, puisque la prestation que je sauvais est celle de Lil Dagover! Mais pour le reste, cette erreur de débutant montre bien qu'il est important de voir les films dans les meilleures conditions possibles. Profitons-en donc pour saluer l'édition par Lobster d'un ensemble de neuf films du metteur en scène, dans de superbes copies...

 

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Published by François Massarelli - dans Julien Duvivier 1928 Muet
3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 16:30

Un fils de très bonne famille veut se marier avec la fille d'un boutiquier, sa mère (Alice Joyce) s'y oppose... Elle souhaite utiliser des stratagèmes pour empêcher ça, il n'est pas en reste: alors qu'il est supposé partir en Europe avec sa mère, le fils décide de lui échapper et de rester en ville pour se marier; de son côté, la mère envoie une cousine à sa place et incognito, revient elle aussi parce qu'elle a deviné les intentions de son fils... Les voilà tous dans la maison, la nuit, à se faire mutuellement peur: jack, mary, la mère, sa bonne (Zasu Pitts), et même un cambrioleur (Jean Hersholt) très au courant des allers et venues des gens de la haute, qui pensait trouver la maison vide, tout en prenant les deux femmes pour des consoeurs...

C'est à l'origine une pièce de théâtre, qui profite de la vogue des maisons hantées tout en proposant quelque chose de différent. D'une part c'est splendide, très réussi, avec les acteurs idéaux de bout en bout: Alice Joyce est parfaite en mère snob, Hersholt aussi en cambrioleur de luxe. Et Zasu Pitts en bonne évaporée est comme à son habitude un régal permanent, et elle est d'ailleurs avec son regard absent le principal vecteur de la comédie. 

Sans parler du fait que ce film est le deuxième à ma connaissance à opposer l'actrice à Jean Hersholt. Qu'il est plaisant de les retrouver ensemble... Si Melville Brown, relativement habile artisan, ne se distingue pas par la mise en scène, on profite ici du savoir-faire acquis par les studios Américains au niveau de la photo de John Sturmar, largement nocturne: l'influence des films européens y est savamment diluée dans 'efficacité Américaine. Si ce film n'est pas The cat and the canary, il reste un vrai plaisir, un petit bijou de comédie bien dosée.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1928
19 septembre 2021 7 19 /09 /septembre /2021 09:13

Deux trajectoires inversées: les deux vedettes de ce film sont Ramon Novarro, qui peinait à confirmer les espoirs suscités par ses apparitions dans les films de Rex Ingram en 1922-1924, et par sa participation à Ben-Hur (son meilleur rôle avec Scaramouche), allait bientôt glisser vers la série B, avant de se fondre dans l'anonymat des anciens acteurs du muet... Pendant ce temps Joan Crawford, de plus en plus présente dans les films MGM, allait connaître un succès phénoménal avec Our dancing daughters et les autres films de la même formule. 

C'est une adaptation d'un livre, All the brothers were valiant de Ben Ames Williams, dont Irvin Willat avait déjà réalisé une version avec Lon Chaney en 1923 pour Metro, aujourd'hui perdue. Le rôle de Chaney est ici repris par Ernest Torrence, le grand acteur versatile au physique parfois étonnant. La première demi-heure est par certains côtés annonciatrice de Steamboat Bill Junior, dans lequel il tiendra la vedette aux côtés de Buster Keaton...

Des quatre frères Shore, trois sont marins: les plus grands, dont l'aîné Mark (Ernest Torrence) est d'ailleurs capitaine. Le petit frère, Joel (Ramon Novarro), attend son tour et pour l'instant passe le plus clair de son temps avec la jolie voisine Priscilla (Joan Crawford), dont la nature de la complicité qui l'unit à lui ne fait aucun doute. Un jour, alors que les trois marins sont rentrés au port, Joel leur force la main en utilisant un stratagème et se fait engager sur le bateau de son grand frère, en partance pour Singapour.

Mais juste avant, il apprend que son père et celui de Priscilla se sont mis d'accord pour marier Mark et la jeune femme, bien que celle-ci ne le souhaite pas. Coincé entre son amour pour elle, sa loyauté pour son frère et le désir de naviguer, Joel laisse faire. Mais une mutinerie larvée va précipiter les frères dans le chaos...

C'est un film d'aventures en trois parties, extrêmement bien construit et qui commence quasiment dans la comédie, où Novarro est très à l'aise en petit frère qui a de la ressource... Le tout début nous fait croire un instant que le film commence par une mutinerie (les deux adolescents Joel et Priscilla jouent!) est surprenant, et la suite confirme pendant 25 minutes cette atmosphère légère. Le mariage arrangé précipite le film dans le mélodrame...

Par la suite la mise en scène est d'une grande solidité, avec une mention spéciale pour les scènes de tempête, parfaitement convaincantes grâce à des effets spéciaux brillamment utilisés, et les scènes de conflit entre les mutins, Novarro d'un côté et Torrence de l'autre, qui multiplient les péripéties, tout en évitant de donner à Crawford le statut d'une simple potiche! C'est une belle réussite, dans laquelle on a même droit à une apparition d'Anna May Wong: même si elle n'est pas créditée, c'est un rôle important.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928
28 août 2021 6 28 /08 /août /2021 17:06

Il y a du rififi au royaume de Pélicanie! Suffisamment pour motiver le retour de la Princesse Wajda, héritière du trône, pendant qu'un roi de pacotille règne mollement pour préparer le terrain à un félon héritier dont les dents rayent le parquet... Mais comme Wajda (Elisabeth Frederiksen) s'est reconvertie dans le music-hall, elle revient au pays flanquée d'un souffleur (Carl Schenström, le grand maigre) et d'un maquilleur (Harald Madsen, le petit rabougri) qui vont plus ou moins lui servir de gardes du corps... et se laisser berner par des espions! Mais peu de monde a repéré que le maquilleur est un sosie du roi, à moins que ce ne soit le contraire...

Ce dernier détail laisse vaguement entendre  que le film serait une parodie du Prisonnier de Zenda, mais ce n'est jamais vraiment le cas... C'est un film assez poussif, en tout cas, pour lequel les deux compères du duo comique le plus apprécié d'Europe sont dirigés, non par Lau Lauritzen, mais par l'obscur Valdemar Andersen, qui s'en débrouille sans jamais faire preuve du moindre trait de génie. Les meilleurs moments, d'ailleurs, sont à prendre dans la première partie située dans un music-hall: on sent les deux compères à leur aise, et le lieu leur inspire quantité de gags. Dans la partie "aventures en Pélicanie" du film, on a tendance à les séparer...

Moins dirigés que d'habitude, les deux acteurs restent aussi fascinants à regarder, par contre, et inventent des foules de petits détails loufoques, comme le fait de repasser un pantalon en se frottant vigoureusement le fessier dessus, les fauteuils vivants, voire la brosse à dents bien calée sur l'oreille droite au moment du coucher...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1928 Schenström & Madsen
8 août 2021 7 08 /08 /août /2021 15:20

Un ami de Roderick Usher se rend dans la maison de ce dernier, pour vérifier si tout se passe bien chez lui: il a entendu des nouvelles alarmantes... Et c'est vrai que ça ne va pas fort: le maître de l'horrible maison, perdue au milieu des marécages, se perd dans une folie furieuse, s'acharnant à peindre le portrait de sa femme comme l'ont fait ses ancêtres... Mais plus il la peint et plus l'original s'étiole. A la fin elle s'écroule, morte... Mais le portrait a plus d'un tour dans son sac.

Soutenu par Gance, dont la compagne Marguerite interprète ici le rôle de Madeline Usher, Epstein s'est jeté à corps perdu dans toutes les expériences de cinéma possible, pour déboucher sur une prouesse embarrassante: avec des moyens cinématographiques et poétiques considérables, et un sujet pour une histoire de fantômes en or massif, il a en une heure, pas plus, commis l'un des films les plus ennuyeux que j'aie vus. Et s'il fallait le passer à une autre vitesse, pour commencer?

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928 Jean Epstein
2 juillet 2021 5 02 /07 /juillet /2021 10:57

Ce n'est pas parce qu'on entre dans ce film accompagné par le rugissement d'un lion, que c'est une production de la MGM... Non, si la firme de Culver City est bien le distributeur, Roy William Neill travaillait à l'époque directement pour les Kalmus et pour la société Technicolor. Rappelons que ce studio existe depuis le milieu des années 10, et qu'après des essais peu concluants, avait sorti deux films en 1922 (The Toll of the Sea, Chester Franklin) et 1924 (Wanderers of the Wasteland, Irvin Willat, probablement perdu), avant de se placer en marge: ils fournissaient leurs services et leurs techniciens pour saupoudrer de séquences en couleurs les longs métrages des autres studios (Beyond the rocks, Phantom of the Opera, The ten commandments, Ben-Hur, Lights of old Broadway, Long pants, Seven Chances, Stage struck, The merry Widow et même Greed...), tout en maintenant une production de courts métrages. L'acharnement de Douglas Fairbanks à réaliser une production en Technicolor (une histoire de pirates, pour lui, ça ne pouvait être fait qu'en couleurs!) avec The black pirate a relancé l'intérêt pour l'idée de produire de nouveaux longs métrages, d'autant qu'en 1927, un nouveau procédé plus pratique voit le jour... 

The Viking est donc, non pas le premier long métrage en couleurs (vous lirez cette bêtise un peu partout, et ça m'énerve), mai bien le premier tourné avec le troisième procédé de Technicolor deux bandes. Il inaugure une nouvelle ère, puisque cette fois, si de nombreux studios vont continuer à saupoudrer (The Wedding march, The garden of Eden, Fig Leaves, The mysterious Island, Hell's angels, Glorifying the American girl ou Mammy peuvent tous en témoigner), le nombre de films intégralement en couleurs va s'accentuer: on aura bientôt Redskin (qui triche un peu, puisqu'il y a un quart du métrage qui est en noir et blanc), The Rogue song, The King of jazz, Whoopee, Under a Texas moon, Dr X ou The mystery of the wax museum... Et cette aventure de vikings a aussi l'insigne honneur d'être le premier film en Technicolor doté d'une bande-son...

Le problème, c'est qu'il est bien joli, ça oui, mais ce n'est pas un très grand film. Il est largement fondé sur l'attente d'un spectacle qui ne viendra jamais, et on sent les producteurs gênés aux entournures, entre la représentation des vikings en pleine saga maritime, et la nécessité de prêcher des valeurs aussi Chrétiennes que possible. On a donc ici une référence constante à la piété religieuse de Leif Ericsson (Donald Crisp), qui est présenté comme un visionnaire au milieu de sauvages, et si c'est basé pour une part sur des faits historiques, on sent qu'on se prive de beaucoup de scènes intéressantes! Les couleurs servent surtout à des effets décoratifs, la caméra bouge peu, ce qui est attendu (ce dispositif Technicolor était difficilement maniable), et donc au-delà de la palette, l'intérêt est moindre... Ces vikings constamment coiffés de casques à cornes (dorment-ils avec?) sont souvent assez ridicules, aussi... Plus grave, la vision de l'esclavage, qui devient ici une vaste blague, est gênante venant d'un pays qui a si longtemps fermé les yeux sur la pratique, ou en a carrément encouragé l'exercice...

 

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Published by François Massarelli - dans 1928 Muet
25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 15:47

Au seizième siècle, lors d'une pause dans les guerres de religion, une dame de la cour, Isabelle Ginori, se fiance à un noble catholique, Henri de Rogier. Mais elle est convoitée par un seigneur protestant trouble, aux fréquentations interlopes, et à la morale douteuse: celui-ci intrigue auprès de la régente Catherine de Médicis pour avoir ses chances auprès d'elle, et obtient de la mère du roi l'idée d'un défi: un combat entre les deux homes, dont l'enjeu serait la main d'Isabelle...

Reprenons les mots définitifs prononcés par Max Ernst, en chef des bandits dans L'âge d'or: "Quelle salade!"... Il est fort probable que Renoir n'avait pas la folle envie de tourner ce film, pas plus d'ailleurs que Marquitta (aujourd'hui perdu) et son dernier muet, Le bled. Mais en aspirant cinéaste professionnel (ce qu'il croyait qu'il allait être un jour, comme quoi tout un chacun peut se tromper), il avait de bonne grâce accepté ces missions... ca part pourtant de bons auspices: la compagnie qui a produit ce Tournoi est la même qui avait officié sur Le miracle des Loups, et sur Le joueur d'échecs. Deux fantaisies historiques effectuées avec rigueur par Raymond Bernard. D'ailleurs les remparts de Carcassonne, un décor déjà utilisé pour Le miracle, allaient être repris aussi bien pour ce film que pour la production de La vie merveilleuse de Jeanne d'Arc, de Marco de Gastyne... Les costumes montrent un certain savoir-faire, aussi, alors?

Eh bien, honnêtement, où se trouvait Renoir durant le tournage? Qui a cadré ce film? Certes, en bon cinéphile, Renoir a du voir dans certains films de Griffith mais aussi dans Metropolis, ces plans où l'action importante est dans le fond, derrière ce qui normalement à l'arrière-plan. Des occasions pour les cinéastes de cimenter l'impression de réalité... Il tente de reproduire cet effet à plusieurs reprises et se plante généreusement, donnant l'impression qu'on a monté bout à bout des rushes des répétitions. L'action se traîne (en cause, certainement, la lenteur du défilement choisi pour le transfert), et que dire de ces moments à faire, où un gros plan bien senti aurait fédéré un peu plus les spectateurs à ce spectacle ennuyeux? Par exemple, au moment où l'abominable traître vient de tuer un homme et essuie le sans sur son épée avec les cheveux de sa maîtresse, appelait une implication de cadre et de montage, qui est ici absente. En lieu et place: un plan général, vite fait mal fait, hop! Les préparatifs du tournoi sont autant de plans qui semblent avoir été tournés par un amateur pendant une parade d'une attraction équestre quelconque... 

Renoir, sans doute, savait ce qu'il faisait, l preuve nous en est apportée par la façon dont il a traité la découverte d'un cadavre, partie importante de l'intrigue mais qui a été jetée par dessus les remparts en même temps que l'infortuné personnage. L'épisode est, là encore, traité en un seul plan: des soldats arrivent, en une grappe grossière. Ils voient le corps, et tous lèvent les yeux vers le haut des remparts: effet comique assuré. 

Je suppose que ce comique est volontaire, sinon, je soupçonne que le metteur en scène de ce film a aussi peu de talent, que, disons, l'acteur abominable qui gâche certaines séquences de, au hasard, Partie de Campagne, La bête humaine et La règle du jeu... Un certain Renoir, Jean.

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Published by François Massarelli - dans Jean Renoir 1928 Muet