Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

Catégories

25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 16:44

Une curiosité, ce film, d'autant que de 65 mn à l'origine, il se trouve aujourd'hui réduit à ...6. et encore, on est sans doute chanceux de posséder ces six minutes, incluses en bonus sur l'édition récente en DVD du film Baroud de Rex Ingram, chez Lobster: ça se justifie par le fait que les deux ont en commun l'actrice Colette Darfeuil. Le peu qu'il reste nous permet de voir un court passage parlé, ce qui est particulièrement notable pour un film Français de 1929, ainsi que des segments burlesques, très mouvementés, et muets. On y pratique un humour corporel, là encore assez peu développé dans le cinéma Français de l'époque, contrairement aux muets Américains bien sur. Pour le reste, il s'agit d'un sujet rabattu: que fait-on le dimanche? Réponse, on file en banlieue, on va aux bals popu, on fricote dans les champs, et on sort la belle auto...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1929
1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 08:51

Pour aimer le cinéma soviétique, il faut souvent être assez tolérant quant à la présence d'objets mécaniques ou motorisés censés aider l'homme qui travaille dans sa tâche quotidienne. Bref, il faut aimer les tracteurs...

Je n'en ai pourtant pas vu un seul dans ce film, un de ces grands moments de la fin du muet lorsque un certain nombre de cinéastes souvent progressistes (Ruttmann était communiste du moins au début de sa carrière, Vigo un pur anarchiste, la bande de cinéastes Allemands des Hommes le dimanche n'étaient pas spécialement des fascistes, et Vertov est plus Marxiste que Marx lui-même) ont exploré les possibilités d'un cinéma plus basé sur l'observation directe, en débarrassant les films de leur narration (Dans des degrés différents, bien sur, entre la non-narration de Berlin: Symphonie einer Grosse Stadt, et Menschen am Sonntag qui incorporait plus ou moins une intrigue), et en exaltant le plus souvent la ville, qui devenait le principal protagoniste de leurs films. Le film de Vigo, d'ailleurs, s'appelle A propos de Nice.

L'homme à la caméra représente pour moi le film le plus abouti de cette tendance, ce qui est paradoxal car après tout, il est aussi le plus délirant et expérimental... Dès le départ il se débarrasse des intertitres comme dans le Berlin de Ruttmann, mais contrairement à ce film Allemand que Vertov a pris comme modèle, il reconstitue un fil narratif, à travers la présence sur l'écran de l'homme à la caméra, plus précisément le propre frère et collaborateur de Vertov, Mikhaïl Kaufman... On va donc suivre les pérégrinations du cameraman à travers l'Union Soviétique de 1928-1929, et voir ses images de gens, d'activités, de loisirs même...

1

et bien sur, d'abord, les gens. Le film est organisé selon l'ordre d'une journée de travail, donc au début, une femme se réveille, et Kaufman sort de chez lui avec un appareil de prise de vue. Les gens y sont captés aussi bien dans leur vérité que dans la recréation de leurs vies; la femme qui se réveille, clairement, est une actrice dirigée par exemple, et des gestes vus plusieurs fois dans le film de plusieurs angles nous montrent bien ce que ce menteur de Flaherty voulait cacher: un documentaire, ça s'oriente. Vertov ne s'en cache pas, du reste. Mais il accumule les plans de gens captés dans leur candeur, dans leur embarras aussi (Une dame endormie sur un banc se réveille, voit qu'on la filme, et s'en va en colère, une autre au bureau des divorces se cache le visage derrière son sac, etc...); beaucoup de ces gens se prêtent assez volontiers au jeu, avec pour effet que le film donne l'impression de capter l'humanité dans toute sa splendeur, avec ses joies, ses colères, ses naissances, ses morts, ses mariages, ses divorces, son travail, ses loisirs...

2

il faut dire qu'ils sont tous actifs. Et c'est là qu'on peut entrevoir la volonté politique derrière le film, et la raison d'être de son film: homme, caméra: l'homme dans ce film est indissociable de la machine, comme la couturière de sa machine à coudre, et le nombre de machines vues dans le film est impressionnant. Vertov, comme Ruttmann (Et comme Keaton dans The cameraman!) sacrifie au cliché des ballets de tramways, de bus; contrairement à son contemporain Eisenstein, il évite les tracteurs, je le disais plus haut, mais il nous livre une belle vision d'un monde en proie à la "machinisation". Et ça tombe bien, comme La ligne générale (De Eisenstein, avec ses tracteurs) qui est sorti la même année, L'homme à la caméra entend illustrer le passage d'une Union Soviétique essentiellement rurale, à l'industrialisation, qui est le but du plan quinquennal en cours. Voilà, c'est dit, on n'y reviendra pas, parce qu'il y a encore une autre dimension, et celle-là elle est franchement fascinante.

3

parce que tout ça c'est un film. et un film qui a le mérite de s'intégrer lui-même; grâce à un effet spécial (Un matte, ce qui n'a d'ailleurs rien de spécial en cette fin du muet, tout le monde le fait. Vertov, lui s'amuse beaucoup avec pour nous montrer Kaufman qui marche littéralement sur la ville), il montre dans son film une séance de cinéma: on y projette Человек с киноаппаратом, de Dziga Vertov, autrement dit L'homme à la caméra. Et le film commence par la vision minutieuse de tout ce qu'est une salle de cinéma en 1929. Vertov ne peut échapper à l'auto-fascination pour son art et son pouvoir, pour le fameux 'ciné-oeil', du nom de son premier long métrage, un oeil qu'il nous présente en action du début à la fin, pour le montage aussi, car il nous montre une monteuse en action, et s'amuse à nous montrer des fragments non encore montés de son propre film. La mise en abyme absolue, donc, puisque elle intervient dans un film sans intrigue, la confection du film lui-même devient sa propre histoire. Et on sent la machine s'emballer dans des séquences de montage ultra-rapide, qui ont toujours cet effet fantastique de poussée d'adrénaline. C'est intensément satisfaisant et ça contribue à faire de ce film un film sur le cinéma, ou plutôt sur son exercice même.

Et ça, c'est rudement intéressant.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Russie 1929
22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 18:56

Ce film a été réalisé avec le concours d'un groupe de jeunes et moins jeunes cinéastes, qui tous auront un avenir important dans le cinéma, notamment à Hollywood: le metteur en scène Robert Siodmak, et son frère Curt (Auteur de l'idée du film), Edgar G. Ulmer le co-réalisateur, Eugen Schüfftan le talentueux chef-opérateur révélé par Fritz Lang, et Billie (Futur Billy aux Etats-Unis) Wilder, le jeune journaliste qui assurait avoir participé au script, ou du moins à l'idée de départ, et dont des photographies assurent qu'il a bien participé au tournage, en qualité d'assistant et d'homme à tout faire, tout en multipliant les articles de journaux pour promouvoir le film. C'était une production indépendante d'un collectif qui s'intitulait Filmstudio, dont ce sera l'unique production, et si le film a été tourné en plein été 1929, il a été montré pour la première fois à Berlin en février 1930, alors que la révolution du parlant battait son plein. Mais il est resté, heureusement, muet, et n'a pas eu à subir de travestissement avec l'adjonction d'une post-synchronisation (Contrairement par exemple à Prix de beauté de Augusto Gennina, qui lui est strictement contemporain) qui en aurait sérieusement détourné le caractère.

J'ai à deux reprises parlé de "l'idée" plutôt que de l'intrigue, voire du script. car selon tous les témoignages, il a été improvisé, les acteurs faisant au jour le jour ce que leur demandaient les cinéastes. A l'origine de l'idée, il s'agissait de tourner une histoire située dans les environs de Berlin au début de l'été, un dimanche. On y verrait les jeunes gens dans leurs occupations de détente. Et bien sur, la caméra en profiterait pour capter la vie de la capitale Allemande sous un jour insouciant... Et c'est exactement ce qu'on a: imaginons un film qui serait comme le fameux Berlin: Die Sinfonie der Großstadt (1927) de Walter Ruttman, mais sous la forme d'une fiction.

Les acteurs du film, au nombre de cinq, sont tous des amateurs, recrutés pour leur photogénie. Aucun n'avait la moindre vraie expérience(Même si l'une d'entre eux était mannequin, et une autre figurante), mais ils font un travail remarquable. il s'agit de Wolfgang Von Walthershausen, Erwin Splettstosser, Christl Ehlers, Annie Schreyer et Brigitte Borchert. Cette dernière fait plus ou moins office de star du film... L'intrigue est simple: un samedi, Wolfgang rencontre Christl dans la rue, l'aborde et ils conviennent de se retrouver le lendemain pour une sortie au lac. Wolfgang demande à son ami Erwin de venir avec sa petite amie Annie. Le lendemain, Wolfgang et Erwin retrouvent comme convenu Christl, qui a amené sa meilleure amie Brigitte. Annie est en retard, et... le restera du début à la fin de la journée. Les autres, quant à eux, vont passer une après-midi baignade-pique-nique classique, sauf que deux d'entre eux vont, à un moment, disparaître discrètement dans les bois...

Clairement, ce film extrêmement maîtrisé est à la croisée des chemins. d'un côté, il reprend des éléments de la vague de films sociaux de la fin du muet, que ce soient ceux de Lamprecht, ou Pabst; il s'inspire du documentaire sous toutes ses fores: Ruttman vient à l'esprit, et l'influence en est évidente: la vision mi-objective, mi-amusée de ces Allemands en pleine délectation dominicale (Le film bifurque souvent de son intrigue principale pour nous régaler de ces portraits distanciés de vrais gens qui vivent leur vraie vie à côté des héros) est à mettre sur la même longueur d'ondes que le beau portrait de Berlin cité plus haut. On sent aussi l'influence Soviétique, le film citant ouvertement Eisenstein dans une parodie affectueuse du montage de Potemkine...

Et il se passe un de ces miracles dont le cinéma, il est vrai, n' a jamais été trop avare. La qualité exceptionnelle de la photo de Schüfftan, son oeil de peintre allié à la beauté de ces images captées sous un soleil complice font merveille. On se laisse complètement emporter dans le portrait tendre et un peu cruel aussi de ces vies de petites gens, dans la vie et l'insouciance aujourd'hui disparues de ces humains du dimanche. Et l'identification est immédiate, même si les coutumes, les modes de fonctionnement, ont bien sur changé, ce qui fait de ces fantômes et ombres sur l'écran des humains (Représentatifs selon un intertitre de "4 million d'Allemands"), est évident. Les cinq personnes sont, dans leur simplicité tranquille, leur manque de surjeu, leurs réactions aussi authentiques, parfaits pour un tel film, et plus on le voit, et plus on l'aime...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Billy Wilder 1929
30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 18:25

Le dernier film muet de Dupont est situé, comme son nom l'indique, en plein coeur de Londres, dans le milieu du spectacle, continuant de façon évidente la thématique de Variétés (1925) et Moulin Rouge (1928). Aux acrobates du film Allemand, et à la danseuse de son premier film Anglais, il oppose cette fois le patron du night-club le plus en vue de London by night, interprété par Jameson Thomas, et deux femmes toutes deux danseuses, qui se livrent une concurrence sournoise pour le coeur de l'homme précité: Mabel, interprétée par Gilda Gray, et la belle Shosho, ancienne plongeuse de l'établissement promue vedette grâce à la fascination du patron pour elle, interprétée par Anna May Wong. Le film était produit dans cadre de la British International Pictures, dont le but avoué (Dès la dénomination, en fait) était de porter hautes les couleur du cinéma Britannique sur les cinémas du monde entier... D'où la présence dans la production de deux recrues de choix: le metteur en scène, dont le succès de Variété en 1925 (1926 pour le reste de la planète) était encore dans toutes les mémoires, et bien sur Anna May Wong.

Cette dernière n'a jamais eu l'aura qu'elle méritait, en même temps, sa présence presque systématiquement "en contrebande" lui a conféré un statut d'icône underground qu'elle n'aurait sans doute pas eue, si elle avait réellement été mise en valeur par les grands studios, au-delà de son image quasi-permanente de second rôle incarnant de façon fleurie, colorée et souvent raciste, les mystères de l'orient... Dans ce film qui la voit jouer une danseuse parvenue à un niveau de vie inattendu et miraculeux, mais qui semble consciemment pratiquer la promotion canapé, et finira mal, elle n'échappe pas à l'habituelle incarnation de la séduction érotique, mais elle bénéficie d'un rôle plus avantageux que d'habitude, devenant par la grâce d'un meurtre, l'objet littéral du délit: fortement érotisée (En dépit des restrictions particulièrement drastiques imposées par la censure Britannique), convoitée par tous les hommes, Shosho ne pouvait que finir mal. On s'interroge sur la portée réelle du film quand on voit que le crime, les bas-fonds (Ah, Limehouse...), la pauvreté et la pègre sont intimement liées dans le film à la communauté Sino-Britannique, mais on constatera aussi qu'une scène nous montre une boîte de nuit "canaille" de Limehouse dans laquelle, en apparence toutes les ethnies présentes dansent ensemble, et Shosho et son amant et patron semblent être en sécurité... jusqu'à ce que le patron de l'établissement intervienne et sépare un coupe: elle, blanche, a osé danser avec un noir: pas de ça dans mon bar! Ainsi le racisme supposé est-il pointé du doigt...

Du reste, Shosho danseuse parce qu'elle la bien voulu, est après tout une femme de son temps, plus opportuniste que fatale qu'un amant fou de jalousie supprimera, et qui restera bien malgré elle à l'écart de cette bonne société qu'elle avait cru conquérir. Et Dupont, qui filme souvent dans le monde du night-club, n'oublie jamais le Londres populaire, qui envahit chaque plan tourné à l'extérieur des boîtes de nuit chic. Et c'est ce Londres populaire, qui va d'ailleurs dominer le grand cinéma Britannique des années à venir, par les Hitchcock, Asquith, et autres, qui semble ici avoir le dernier mot...

Il y a peu à dire sur l'interprétation, qui souffre après tout d'un mal inévitable: comment peut-on rivaliser avec Anna May Wong? Celle-ci, comme en témoigne la suggestive affiche ci-jointe, qui est fort menteuse puisque jamais la belle Chinoise ne se dénude dans le film, reste l'argument de vente numéro un. Et comme prévu, aussi bien la danseuse Gilda Gray, que l'acteur Jameson Thomas ne seront à la hauteur flamboyante de leur co-star... De même le film est-il, surtout en comparaison de Variétés, assez inégal. Dupont a une science bouillonnante de l'usage de la caméra qui semble se déclencher de manière intermittente, au gré de ses envies. C'est souvent virtuose, parfois brillant, mais le film reste, après tout, un mélodrame... dont le sommet visuel, bien entendu, est une scène de meurtre! Mais le metteur en scène multiplie les plans situés "à côté" de l'action comme s'il anticipait sur le parlant, et ça, ce n'est as banal: par exemple, les rapports entre Wilmot, le patron, et Shosho, ont mal commencé. Il l'a virée de la cuisine parce qu'à cause d'elle et d'une assiette sale, un client (Le tout jeune Charles Laughton) a gâché un numéro. Ils se rencontrent en bas d'un escalier en colimaçon, commencent à discuter... La caméra s'éloigne, et on voit alors un veilleur de nuit, un vieux bonhomme qui les voit, s'arrête, les écoute, et tout à coup manifeste un étonnement. La caméra retourne sur eux, désormais, qui montent l'escalier. La conversation aurait-elle pris un tour coquin? Dans ce genre de réactions des dizaines de figurants et acteurs de petits rôles qui sont si nombreux dans le film, réside finalement tout le prix humain de la production. Coûteuse, certes mais qui a rapporté... Pas mal pour un film muet, qui plus est Britannique, en 1929...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1929
25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 18:06

A l'aube du parlant, on se rend compte que s'il va bientôt n'être plus qu'une pièce de musée, Fairbanks a été d'une importance capitale, au-delà de son propre succès de ses débuts en 1915 jusqu'à la fin de cette décennie. Il a fait renaître un genre auquel on ne s'attaquant plus qu'avec des pincettes, et l'a doté d'ambition, de luxe, de classe... et l'a, en 9 années et 8 films, amené à l'âge adulte. C'est cette magnifique épopée que ce dernier film vient clore en beauté. Et pour mieux le faire, l'acteur-producteur a refait appel à Allan Dwan, qui rappelons-le n'est pas pour Fairbanks que le réalisateur de son impressionnant Robin Hood: il a beaucoup contribué dès les années 10 à façonner la carrière de l'acteur, en réalisant une poignée des meilleurs films de sa première période, dont l'incontournable A modern musketeer, un film qui a soudain contribué à élargir de façon significative le champ d'action de Doug. Et non seulement c'est un ancien collaborateur chevronné, non seulement c'est un réalisateur d'une grande efficacité et reconnu par toute la profession, mais Allan Dwan est aussi et surtout un connaisseur de Dumas, et un amoureux de la saga de D'Artagnan, Il a consacré sur l'ensemble de sa carrière plusieurs films à cette période, à Dumas à et ses variations, dont un Richelieu...

Le film adapte Vingt ans après, ainsi que Le Vicomte de Bragelonne, de Dumas. La partie de cette dernière source convoquée par Fairbanks et son équipe est celle consacrée à la sous-intrigue du masque de fer, bien sur. Mais on revient aussi à une sous-intrigue des Trois mousquetaires omise par l'adaptation de 1921: le destin de Constance Bonacieux. Premier geste-clin d'oeil qui fait parfois ressembler ce long métrage à un bouquet final, le rôle de la jeune amoureuse de Richelieu est confié de nouveau à Marguerite de La Motte, ce qui est doublement une bonne idée, permettant une transition plus facile d'un film à l'autre, mais surtout cela entraîne entre l'actrice et Fairbanks des occasions de jouer ensemble avec une grande complicité des scènes qui sont superbes - et poignantes, car pour une fois Fairbanks n'aura pas l'occasion de gagner le coeur de la belle à la fin du film... Autre acteur de premier plan du film de Niblo, Nigel de Brulier reprend son plus grand rôle, et fait merveille du début à la fin, rappelant que Les trois mousquetaires, c'est aussi un peu Les aventures de Richelieu! Et le script est impressionnant dans ses ramifications, qui échappent aux structures habituelles des films de Douglas Fairbanks. Ici, il y a du chaos, mais il est inhérent à la vie politique représentée par Richelieu, et sa mission sacrée: il est nécessaire de sauvegarder l'état, en empêchant une révolution qui serait inéluctable si le secret de la naissance des jumeaux, premiers-nés de u règne de Louis XIII, était connue. Et dans un geste que l'ancien D'Artagnan, celui du film de Niblo n'aurait jamais fait, le D'Artagnan adulte, revenu de tout car sommé de ne plus s'associer à ses trois copains, et parce qu'il a perdu la femme de sa vie (Après seulement minutes de film), travaillera désormais pour le Cardinal Richelieu, et sera amené bien que le secret lui soit inconnu à croiser la route du fameux "Masque de fer"...

Le film est superbe, et Dwan est l'un des plus doués parmi les réalisateurs de la période: il sait parfaitement donner de la vie à des personnages qui sont loin de la caméra, que d'autres réalisateurs auraient perdus de vue, noyés dans l'immensité d'un décor. Il est aussi à l'aise dans les rues charmantes d'un Paris reconstitué, que dans les douves d'un inquiétant château. Et Fairbanks, malgré son âge, fait encore merveille dans des cascades qui s'apparentent souvent à un magnifique baroud d'honneur... Mais le film est aussi hanté par la mort, par la révélation que la vie mène toujours vers le crépuscule et la solitude. Une large partie se déroule durant la nuit, et on trouvera dans ce film les morts soulignées de nombreux personnages ainsi que des parcours qui se terminent de façon abrupte mais totalement justes: Richelieu, Milady, Constance, De Rochefort, Athos, Porthos, Aramis, et D'Artagnan trouvent tous un accomplissement, une fin à leur destinée, qui me semble impressionnante parce qu'elle dépasse à mon sens le cadre du film. Encore une fois, il s'agit d'oser donner à des personnages une dimension humaine là ou on est habitué à en faire des personnages noirs ou blancs d'un opéra plus grand que nature, mais en leur conférant aussi une dimension mythologique. Mission accomplie. Mais comme le film, l'un des derniers gros films muets, est sorti en 1929, Fairbanks y a apposé deux séquences parlées qui n'apportent rien, on les oubliera d'autant plus vite...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1929 Allan Dwan Douglas Fairbanks
6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 16:36

On pourrait commencer en faisant comme d'habitude, en soulignant la rareté du film, qui fut perdu pendant 70 ans avant de miraculeusement refaire surface grâce à la ténacité des passionnés et de ses restaurateurs. On ne le fera pas, parce que d'une part il reste encore plus de 70% des films de la même époque à retrouver, et en plus ce prétexte est désormais utilisé pour vendre tout et n'importe quoi... On pourrait aussi arguer du prestige indéniable dot jouit aujourd'hui Henri Fescourt, mais ce serait clairement hypocrite et inutile: ce prestigieux réalisateur, qui dirigea un grand nombre de films entre 1912 et le milieu des années quarante, n'est aujourd'hui présent que dans les cinémathèques, où éventuellement sous la forme d'un double DVD épuisé qui contient le présent film, et un court métrage de 1913 disponible dans l'excellente anthologie Gaumont Le cinéma Premier (Volume 2). Non, je pense qu'il faut rendre à ce film son statut, celui d'une oeuvre flamboyante, exigeante... et populaire. Fescourt, dans les années 20, adaptait Hugo, Gaston Leroux, et faisait du Mandrin, ou du Monte-Cristo. A l'heure où L'Herbier modernisait Zola (L'argent, 1928), où Gance faisait exploser les limites du cinéma avec son Napoléon, Fescourt se livrait à un travail d'adaptation qui avait pour but de véhiculer des versions aussi complètes que possible de classiques populaires... Et la formule était gagnante, tant il est impossible de lâcher ce Monte-Cristo avant la fin, au bout de 3 heures et quarante minutes de films (Notons que pour les autres feuilletons du metteur en scène, on peut facilement compter le double...).

Monte-Cristo colle bien sur au roman de Dumas, démarrant par l'insouciance méridionale du retour d'Edmond Dantès au pays après un long voyage durant lequel le second a du prendre la place du capitaine décédé. On est en 1815, et l'ombre de Napoléon est encore partout. Justement, on dénonce Dantès, qui a fait un détour vers l'île d'Elbe pour voir l'empereur... Cette dénonciation malhonnête est le fruit d'une jalousie, celle de Fernand Mondégo, un concitoyen de Dantès qui convoite la main de Mercédès, sa fiancée. Un témoin de la traîtrise existe, la marin Caderousse, mais il a décidé de se taire... Enfin, le procureur de Marseille qui pourrait limiter la casse pour Edmond l'enfonce plutôt, car son père a des sympathies Bonapartistes et l'affaire pourrait faire surgir d'encombrantes vérités. Dantès prisonnier au château d'If, Mondégo peut tranquillement consoler puis épouser Mercédès, le procureur De Villefort peut monter en grade, et Cadérousse qui aime tant le vin va pouvoir s'offrir une petite auberge... Mais Dantès, même prisonnier, n'a pas dit son dernier mot...

En enlevant un ennemi au héros (Danglars, le comptable du bateau dont Dantès est le second, qui a comploté avec Mondégo), Fescourt raccourcit l'intrigue sans en enlever le sel. ET le film se déroule en deux parties, la première riche en péripéties (L'arrestation, le cauchemar du château d'If, la rencontre providentielle avec l'abbé Faria, l'évasion spectaculaire, le sauvetage de Dantès par des pirates solidaires, puis sa découverte du trésor de Faria, et dans une deuxième moitié, le début des intrigues qui vont mener à la vengeance), la deuxième a été tournée surtout en intérieurs: le salon des Morrel, la somptueuse salle de bal, le luxueux théâtre, les décors exotiques de la mystérieuse résidence de Monte-Cristo et le palais de justice. Cette deuxième partie plus courte est surtout consacrée à la manipulation de vengeance de Dantès, mais on y a droit à un duel, et à diverses péripéties aussi, notamment liées à la personnalité incontrôlable de l'orphelin Benedetto... Mais Fescourt repose, avec jean Angeo, sur un Dantès minéral, digne et sobre en toute circonstance... Le reste de la distribution est à la hauteur, avec une mention spéciale pour le splendide Jean Toulout (Villefort), et bien sur Gaston Modot dans le rôle de Mondégo. Les imports Allemands (Lil dagover, Mercédès, et Bernhard Goetzke, Faria) nous rappellent la tentative de plusieurs compagnies de fédérer un cinéma Européen, comme le faisaient la UFA et l'Albatros en cette période. Et le film, à la veille de l'arrivée du parlant, introduit quelques jeunes acteurs promis à un bel avenir (Marie Glory, et Pierre Batcheff, mais pour ce dernier, on le sait, la chance a tourné autrement...). Et Fescourt que le film inspirait de toute évidence, se laisse emporter, et transcende avec génie le matériau essentiellement populaire, en mettant sa mise en scène au service du frisson, et de la fougue, là où Angelo se retient, Fescourt se laisse aller... Et on en redemande. On en veut d'autres, même, Les Misérables, Mandrin, Rouletabille... Allez, les éditeurs, un bon mouvement!

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1929 Henri Fescourt
26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 17:18

Tourner le Journal d'une fille perdue, le dernier film muet de Pabst, ne serait sans doute pas possible aujourd'hui... Ce n'était du reste pas facile en 1929! Le film a subi les foudres diverses et variées de la censure un peu partout où il a été montré, et le fait d'être muet, en cette fin de règne du cinéma silencieux, ne l'a pas aidé.

Rappelons les faits: ce Journal commence le jour de l'anniversaire de Thymian Henning, la fille du pharmacien. Ce même jour, la jeune femme innocente et naïve a bien vu qu'il se tramait quelque chose dans l'arrière-boutique: la gouvernante de son père, interprétée par Sibylle Schmitz pour un rôle court mais notable, s'apprête en effet à partir: elle est enceinte, et le pharmacien doit donc se débarrasser d'elle... Bien qu'il soit de notoriété publique qu'il est le père! L'associé du père, présenté comme un obsédé sexuel, se porte volontaire pour expliquer à Thymian se qui vient de se passer... Et la virginité de la jeune femme n'en a pas pour longtemps! Neuf mois plus tard, le père et la nouvelle gouvernante, mariés, accompagnent la jeune femme pour placer l'enfant, puis mènent la jeune femme en maison de redressement. En fait de redressement, la jeune femme va surtout apprendre à se débrouiller par elle-même, d'évasion en prostitution...

Aucune visée de dénonciation de l'esclavage sexuel, présenté ici comme une échappatoire si on n'y prend pas garde. Bien sûr, ce n'est absolument pas le propos du film, mais il serait bien facile de s'y tromper: tout au plus, Pabst nous dépeint une société patriarcale hypocrite et vicieuse, qui cache les victimes de ses turpitudes dans des maisons spécialisées ou ou on les maltraite (Valeska Gert est extraordinaire en dirigeante tordue de la maison de redressement) mais cette même société s'offusque de voir les prostituées s'allier, et faire preuve d'une véritable solidarité. Le bordel, par défaut, devient un refuge, tout autant que le reflet distordu d'une morale bourgeoise en bout de course. Et Louise Brooks, à son corps défendant (Elle a toujours déclaré qu'elle n'avait rien compris à ce qui se tramait autour d'elle, dans une langue qui lui restait étrangère même après un an en Allemagne), incarne à merveille cet esprit de révolte légitime de la femme contre l'homme.

Mais qu'on ne s'y trompe pas: quoiqu'un brin sadique avec son héroïne naïve ballottée de bras en bras et qui se réveille après une nuit d'amour, au son d'une confortable liasse de billets de banque, le film est bien à sa façon un conte. Et Pabst, qui avait visé large après ses succès passés, n'a pas totalement pu faire son film à sa convenance, empêché de tourner une fin bien dans la ligne du film, il a du se résoudre à tourner une "happy-ending", relative toutefois. Mais même affublé de cet adoucissement final, le film a gardé son côté abrasif, sa méchanceté rigolarde et son humanisme à fleur de peau.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Georg Wilhelm Pabst 1929 Louise Brooks
1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 17:31

Alors que le parlant s'installe, Lang et Von Harbou mettent en chantier ce qui sera leur dernier film muet, un film extravagant et inventif, mais qui peine aujourd'hui à passionner au même titre que d'autres oeuvres du tandem... Ceux-ci ont, il faut le dire, mis la barre haute, et tout comme en dépit de ses mérites, le précédent film Spione (Les Espions) ressemblait à une redite (En gros, l'atmosphère de Mabuse, sans Mabuse!), et peut aujourd'hui décevoir le spectateur de Metropolis, Die Nibelungen ou Dr Mabuse der Spieler, la dernière production de Lang pour UFA semble parfois terne malgré ses avancées, sa cohérence et le soin particulier apporté à ses décors. Après tout, si ce n'est pas la première fois qu'un cinéaste envoie ses acteurs sur la lune, c'est toujours l'occasion de mettre les petits plats dans les grands.

 

Comme tout film de science-fiction, La femme dans la lune crée des précédents incontournables tout en se livrant pieds et poings liés au ridicule en cas de progrès scientifique dans le domaine qu'il explore. Donc, depuis la sortie de ce film, on sait qu'il n'y a pas d'atmosphère sur la lune, mais pour le reste, Lang et Harbou se sont entourés de scientifiques qui ont essayé de rendre le film aussi intelligent que possible. Comme on ne se refait pas, le cinéaste a expérimenté en matière de suspense avec un concept qui est aujourd'hui devenu tellement monnaie courante qu'on ne le remarque même plus: le compte à rebours, au moment du décollage de la fusée qui emporte les héros, est une première!

 

Rappelons brièvement l'histoire, qui permet d'assaisonner la science fiction d'un savant dosage d'espionnage à la Lang: L'ambitieux Helius projette, avec l'aide du professeur Manfeldt, un savant rejeté par l'académie pour avoir fait état de sa certitude de la présence d'or sur la lune, de se rendre sur le satellite. Son idée attire les convoitises, en particulier celles d'un groupe international d'affairistes véreux, mené par un Américain qui répond au nom de Turner. Ceux-ci réussissent à faire pression sur Helius pour que Turner participe à l'expédition, qui emmênera sur la lune non seulement Helius, Turner, et le professeur Manfeldt, mais aussi un couple d'amis de Helius, dont la femme qu'il aime, Friede, et un passager clandestin de 10 ans...

 

Le suspense du film est concentré sur deux passages remarquables: le lancement de la fusée, dont Lang délaye le départ avec un saidisme remarquable, et vers la fin du film le moment ou Turner, sur la lune, commence à se retourner contre ses "hôtes" et essaie de faire cavalier seul en repartant sans les autres. Un passage dont Hergé se souviendra quelques années plus tard... L'esthétique de la lune reconstituée dans les plateaux UFA est remarquable, même si elle est totalement fausse par rapport à la vérité scientifique! mais le principal défaut de ce film, dont les premières 75 minutes (Les plus traditionnelles pour Lang, qui se réfugie dans le feuilleton à rebondissements) restent à mon sens les meilleurs moments du film (Avec une interprétation dominée par le grand Fritz Rasp dans le rôle de Turner), qui tombe durant la partie lunaire dans un certain ennui... L'idylle et le triangle amoureux laissent gentiment froid, et un sacrifice final peine hélas à nous remobiliser.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Muet Science-fiction 1929
14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 09:29

A Lyon, Irène Guarry (Greta Garbo) est mariée à un riche homme d’affaires, Charles (Anders Randolf). Elle ne l’aime pas, et rencontre régulièrement son amant André Dubail (Conrad Nagel). Celui-ci souhaite que la jeune femme quitte son mari, et divorce, ce à quoi elle se refuse : elle sait que son mari n’acceptera jamais le divorce. Ils conviennent de cesser de se voir… De son côté, Irène rencontre parfois un jeune homme, Pierre Lassalle (Lew Ayres), clairement amoureux d’elle. Elle le laisse gentiment flirter, sans savoir que leurs rencontres ont été épiées par un détective payé par Charles. Un soir, Pierre se rend au domicile d’Irène en l’absence de Charles, et devient entreprenant. Charles intervient, et attaque le jeune homme. En continuant à se battre, ils se retrouvent tous trois dans une pièce, à l’abri de notre regard. Charles meurt : qui l’a tué ? Et quelle est l’intention d’Irène vis-à-vis du jeune Pierre ?

Le premier film Américain de Feyder, et son seul muet, tranche non seulement sur les besognes alimentaires qu’il tournera à la MGM, mais aussi sur le tout-venant des films interprétés par Greta Garbo. Bien sur, on reste dans un cadre de drame mondain, situé dans la bourgeoisie Européenne ; mais le style, le ton et le naturalisme inné de Feyder font merveille. Il a en particulier choisi du début à la fin du film des placements de caméra inhabituels, utilise des mouvements d’appareil avec un sens de la mesure qui est tout bonnement miraculeux. Il y a aussi des idées géniales de mise en scène, rares dans les films muets bien conventionnels de la MGM à l’époque, comme un faux témoignage en direct : Garbo est interrogée sur le meurtre de son mari, et sa propre situation au moment du drame, et elle donne une version que nous savons fausse, illustrée par des images, dans lesquelles l’actrice semble hésiter, mécaniquement, se conformant aux hésitations de la narration.

 

Feyder est moins à l’aise avec l’histoire d’amour bien conventionnelle des deux principaux protagonistes, qui vont devoir se rapprocher lorsque Garbo sera accusée du meurtre de Charles, André devenant bien sur son avocat. Le metteur en scène préférait, c’est manifeste, les sentiments qui s’expriment autrement que par des intertitres (Oh, I love you so much, Irène !) ou des dialogues peu convaincants, il l’a suffisamment prouvé dans la plupart de ses films... Par contre, il a reçu comme mission, comme tous les metteurs en scène qui ont eu a croiser la Divine, de mettre en valeur sa beauté: mission accomplie avec brio!

 

Une autre chose qu'il a toujours su faire, c'est peindre même en contrebande un tableau bien noir des passions humaines: à la fin du film, Irène et André sont certes réunis, désormais débarrassés de l’obstacle encombrant du mari dont on a conclu que la mort était un suicide… et désormais complices involontaires d’un mensonge autour des circonstances en effet peu orthodoxe de sa disparition. Pour un metteur en scène qui avait réalisé un Thérèse Raquin paraît-il formidable (Et dont on déplore plus que jamais la disparition), ce n’est pas anodin.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Jacques Feyder 1929 Greta Garbo
10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 16:15

Sorti en 1930, ce film a bénéficié d'une bande-son, mais pas de dialogue. ce qui fait que s'il a bien été un échec, ce n'est pas en raison de la déception qu'il cause, mais tout simplement parce qu'il était muet, ce qui n'était pas de très bon augure à cette époque du tout-parlant, tout-chantant... Quittant la société des films historiques, il emportait avec lui son héroïne du Joueur d'échecs, Edith Jehanne, et reprenait avec son nouveau film la formule du film d'aventures baigné d'histoire, en restant dans une intrigue liée à la Russie. Mais le film fait reposer beaucoup de son argument sur une histoire d'amour, qui nécessitait des acteurs à la hauteur...

 

La Grande Catherine est devenue l'impératrice redoutée de toute la Russie, mais une poignée de fidèles de l'ancien régime rêvent de faire revenir à la vie politique la fille de l'impératrice Elizabeth, qui est entrée au couvent. celle-ci refuse, mais le comte Chouvalov va rencontrer son sosie Tarakanova, une jeune tzigane à la naissance mystérieuse, qu'il va aisément convaincre qu'elle est la fille cachée de l'impératrice. Catherine envoie pour enlever la jeune femme, qui lui fait de l'ombre en prétendant au trône, le comte Orloff. celui-ci, justement, a déja croisé la route de la jeune Tzigane, et ne s'en est pas remis.

 

Les interprètes témoignent d'une volonté de Bernard d'ouvrir son cinéma à toute l'Europe: Olaf Fjord est le comte Orloff, et le comte Chouvanov est interprété par le grand Rudolf Klein-Rogge, nettement plus nuancé ici que chez Fritz Lang. Edith Jehanne joue le rôle double de Tarakanova et de la jeune Elizabeth, et on voit aussi Antonin Artaud en jeune gitan épris de l'héroïne. La Grande Catherine, déja présente dans Le Joueur d'échecs sous les traits de Marcelle Dullin, est ici interprétée par Paule Andrale.

Après l'intrigue musclée et fougueuse de son film précédent, Bernard fait ici respirer le spectateur en concentrant son film sur les personnages d'Orloff et Tarakanova, une fois de plus des amoureux de deux groupes ennemis, comme dans Le Miracle des Loups. Il soigne sa mise en scène, en particulier ses mouvements d'appareils, et sait décidément s'entourer: Jean Perrier aux décors, et Boris Bilinsky, artiste protéïforme, à la création des costumes, font un très beau travail... Mais on peine à s'intéresser autant à cette histoire, romancée mais à la base authentique, qu'au joueur d'échecs... Si la lente agonie de Tarakanova réfugiée au couvent de son "double" est l'occasion pour Raymond Bernard de nous montrer la délicatesse dont il savait faire preuve, on n'est pas aussi enthousiaste devant cette histoire d'amour, dont les personnages n'arrivent pas à nous entrainer derrière eux. C'est dommage, tant on apprécie les efforts de ce metteur en scène pour faire un cinéma différent (A l'instar d'un Gance ou des films Albatros), ce qu'il parvient ici à accomplir par moments.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Raymond Bernard 1929