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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 10:32

Après voir réalisé, en se cantonnant à la limite d'une bobine, de nombreux courts métrages, Capellani souhaitait faire profiter son cinéma de l'aura de prestige dont bénéficiaient les productions de la S.C.A.G.L. pour Pathé: cette filiale du film d'art était le prolongement de la politique ambitieuse de produire des films plus longs et plus "nobles". Et cette tentation d'allonger la sauce, devenue nécessaire quand on voit la façon dont les péripéties s'enchaînent et se bousculent dans les films d'une bobine, devait selon Pathé et Capellani passer par les grands écrivains populaires que sont Zola et Hugo... Hugo viendrait plus tard (Un Notre-dame de Paris de 36 mn, en 1911), mais pour commencer, le metteur en scène résume un classique des Rougon-Macquart. Son choix lui permet de maintenir vivant l'esprit de Pathé qu'il avait lui même créé: la peinture de conditions sociales défavorisées n'y passait pas par une diabolisation systématique des pauvres gens. Ici, le terrain était glissant, avec l'alcoolisme, mais l'écueil a été, heureusement, évité... au prix de quelques raccourcis, devenus indispensables quand on résume un roman de 400 pages en 35 minutes.

Cette adaptation de Zola en trois bobines est excellente. La maîtrise de l'ensemble est impressionnante. En dépit de sa brièveté, on suit ici l'évolution de personnages, et le décor, tant humain que matériel, est très réaliste, ou pour reprendre l'expression consacrée, tant pis pour le cliché, "naturaliste". c'est du Zola, après tout, et pas encore passé par la censure, on y appelle un chat un chat. il y est question de vie 'à la colle', de saoulographie, de crise de delirium, d'absinthe, de basse vengeance, le tout dans une atmosphère ô combien populaire. Le choix de Capellani a été de concentrer sur Lantier et sa maîtresse d'un temps Virginie, toute la méchanceté: ce sont eux qui précipitent Lantier dans l'alcoolisme; une scène, celle de la découverte de l'absinthe, me frappe parce que Lantier, qui est extérieur au cercle d'amis ouvriers qui compose le principal noyau de personnages, est au café, avec les copains de Coupeau, et il est habillé d'un costume plus bourgeois que les autres. Et il devient le tentateur, et pour finir c'est lui qui versera l'absinthe. Je pense que Capellani savait ce qu'il faisait...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1909 Albert Capellani
9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 16:16

On tombe parfois en fouillant l'histoire du septième art sur des situations cruellement ironiques... Par exemple, ce film de quinze minutes, qui a été conservé dans une copie absolument splendide, probablement tirée directement du négatif original, et qui plus dont toutes les séquences ont été conservées, ce qui n'est pas toujours le cas, loin de là, des films Pathé de Capellani! Le film est en noir et blanc, et n'a aucune indication de teintes, ce qui est un défait mineur, mais... on n'en a conservé aucun intertitre! On est donc, pour le suivre, obligé d'avoir une petite connaissance, soit de l'Histoire (dont l'épisode concerné est vraiment un détail mineur, donc ce ne sera pas donné à tout le monde), soit de la pièce qui en contait les faits à la fin du XIXe siècle... On pourra aussi noter que le titre du film fait un peu écho au fameux Assassinat du Duc de Guise, de 1908, de Le Bargy.

Napoléon cherche à asseoir son autorité et a trouvé un bouc émissaire en la personne d'un noble qui ne cherche pourtant pas spécialement à se distinguer par son opposition, le Duc d'Enghien. Napoléon souhaite le faire arrêter, puis juger sommairement, et enfin exécuter. Le film nous conte par le menu cette histoire, tournée en décors naturels, et avec un réalisme et une justesse de ton à peine tâchée par l'une ou l'autre attitude un peu trop théâtrale du Duc (La pose de la dignité bafouée ors de son procès, par exemple). La photo que j'ai choisie pour illustrer l'article ne provient pas du film, mais a été "mise en scène" par un photographe de plateau, pas par Capellani!

Capellani semble utiliser le temps réel, en n'omettant aucun détail, et en montrant l'arrestation et le voyage en prenant son temps. Il n'oublie pas d'avertir le sectateur de l'inéluctable en lui montrant un fossoyeur creuser un trou, façon de prévenir sans détours de l'issue du simulacre de procès qui s'apprête à se dérouler. Et il ajoute un détail formidable à son intrigue, en montrant un chien qui refuse de laisser aller le duc tout seul, et qui va accompagner l'homme tout au long de son périple... Au final,une merveille de ton, qui adopte une posture aussi réaliste que possible, décidément mais je me répète, totalement absente par ailleurs dans le cinéma Français de l'époque.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 08:46

On est en 1905, et Pathé vient de lancer la série du Film d'Art, dont le plus illustre représentant est sans doute L'assassinat du Duc de Guise, qui va si bien s'exporter que Griffith va y puiser son inspiration pendant des années. Parmi les autres films influents de cette première fournée, se trouve cette Arlésienne, qui dans une certaine ironie, va disparaître durant des années avant de réapparaître dans les collections de Lobster en 2010.

Je ne reviens pas sur l'intrigue, celle d'un drame amoureux située dans un cadre paysan à cheval entre XIXe et XXe siècle. Capellani a choisi de condenser la nouvelle de Daudet à travers quelques épisodes choisis, en évitant les tableaux mais en privilégiant des plans uniques.

Et c'est là que se trouve l'immense atout de ce petit grand film (Une bobine seulement, mais de 18 minutes: la tentation du long métrage titille déjà Capellani...): il a été tourné dans les paysages ensoleillés du Sud, et ses arènes d'Arles sont bien sur... les arènes d'Arles. La justesse des costumes, la vérité des lieux, la beauté de la composition font beaucoup.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 08:38

L'antiquité... elle va devenir la principale source du cinéma Italien, et ça a déjà commencé à cette époque. Mais ce qui me frappe dans ce film du à l'un des meilleurs cinéastes européens en cette période, c'est précisément l'impression que ce petit film ne fait absolument rien pour se dégager des styles en vigueur... Bref, ressemble à tous les autres.

L'histoire est celle d'un patricien, qui constate qu'il est attiré par l'une de ses esclaves, et c'est réciproque. Ils vont s'aimer, et bien sur tout cela va se terminer en drame, car la famille du noble ne va pas l'accepter. 

...Et Roland Barthes 'a bien analysé, ce genre de film sur l'antiquité est beaucoup plus un reflet de l'époque de sa production, qu'autre chose: les acteurs se comportent comme ils se seraient comportés sur une scène de théâtre, le jeu est ampoulé, du plus haut ridicule. Le comble pour Capellani dont les films sont si souvent interprétés avec justesse...

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 08:20

De tous les films de Capellani qu'on a conservés, les féeries restent les plus difficiles à apprécier aujourd'hui, la principale raison étant sans doute que ces productions se trouvent au confluent de plusieurs tendances, et Cendrillon, bien sur, ne fait absolument pas exception! C'est un film d'une bobine, réalisé pour une large part en extérieurs, et qui dépasse l'accumulation de tableaux, en donnant une illustration de plusieurs passages-clés du conte.

La caméra reste bien sur à distance, et la plupart des séquences se résolvent en un plan, mais l'invention au coeur de chaque prise reste une qualité du film, qui trouve à travers des idées liées aux mouvements de caméra, aux truquages, des moyens de rendre chaque passage au moins intéressant. Pour ce qui est de l'esthétique, le mauvais goût contemporain, hélas, l'emporte! Et avec le sempiternel ballet final, on se demande un peu si le film n'essaie pas de courir après le music-hall...

Pour finir sur une note positive, on se réjouira du fait que le film ne tombe pas dans le piège habituel et si embarrassant de la pantoufle de "verre" par opposition à la pantoufle de vair. On notera aussi que le film, tout en sacrifiant à l'héritage de Méliès (une obsession des films Pathé, décidément!), se tient à l'écart de la pesanteur de ses films.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 14:33

Capellani a parfois sacrifié à la féerie, pour le compte de Pathé, qui avait pour intention très claire de copier les films de Méliès en en adaptant l'esprit aux méthodes "modernes"... Et c'est très efficace: on dirait du Méliès, mais en bien meilleure santé que les films contemporains du maître de Montreuil... Ce conte délirant montre deux amoureux séparés par les convenances et rassemblés par...

Oui, un pied de mouton.

Tout ça est en couleurs apposées au pochoir, et bien sur ça n'est pas très sérieux, et le film se termine par la figure imposée: des danseurs et danseuses (De Châtelet? Histoire de copies Méliès jusqu'au bout...) qui donnent un ballet devant des décors de théâtre amovibles...

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 14:20

Un couple se déchire... Monsieur a eu la preuve des infidélités de madame, et sans aucun temps de réflexion il la chasse, devant leur fille. Celle-ci n'est pas au bout de ses peines: elle va assister, lors des séances du procès en divorce, à de pénibles moments, son père de décolérant pas. Et surtout, on ne la laisse pas s'approcher de sa maman... Quelques temps après la petite tombe malade, et rien ne pourra faire qu'elle aille mieux, si ce n'est... la présence de sa maman.

Entre prises de vues en studio, avec toiles peintes et décors en carton, et tournage dans la rue, sur le vif, ce film assez court (une demie-bobine) ressemble à une compilation des us et coutumes du mélodrame façon Pathé. Un sujet populaire et tire-larmes, vu du point de vue de la petite fille, mais aussi un metteur en scène qui joue sur l'économie: le procès est traité en un plan, parfaitement divisé en deux parties distinctes: le père triomphant à gauche, ma mère effondrée à droite. La seule qui fasse, ou tente de faire la jonction entre les deux parties est bien sur la petite... On notera sinon, encore une pierre dans le jardin de Gaumont: une religieuse qui veille la petite fille a pour instruction d'empêcher la mère de venir voir sa fille, elle va s'exécuter à la lettre...

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 17:48

Dans ce film parfois intitulé Deux chemins, Capellani nous montre un domicile pauvre, où vient trois femmes: la mère, malade, soutenue par ses deux grandes filles. Elles se serrent toutes les coudes... Mais l'une d'entre elle fait une rencontre, celle d'un homme, et elle se marie, abandonnant du coup son logis insalubre pour la richesse d'un hôtel particulier...

Ce qui ne va pas aider la pauvre vieille mère: celle-ci décline, et meurt. Le couple décide de prendre avec eux la soeur, qui se trouve très bien, jusqu'au jour où elle doit subir les avances de son beau-frère.

Les deux femmes décident de préserver la dignité avant tout, et retournent ensemble dans leur masure sous les toits où elles vont de nouveau se serrer les coudes...

C'est du mélodrame bien sur, pas forcément du très inventif, mais ce qui importe c'est que dans ce film simplissime, Capellani montre des sympathies qui sont bien éloignées, au hasard, de ce qu'il aurait pu éprouver en travaillant chez Gaumont! La dignité de ce s deux femmes, leur choix de la misère plutôt que de l'infidélité, et le fait de trouver le bonheur dans la pauvreté, est bien loin des récits parfois un peu trop "patronage" de Feuillade par exemple.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 18:50

Une petite fille a une préceptrice qui ne l'aime pas, et elle le lui rend bien... Le problème, c'est que la dame en question doit devenir sa belle-mère, et pour mener à bien cette entreprise, elle s'est résolue à demander à son futur mari de mettre la petite en pension: elle prétend que de vivre en permanence avec une petite dont elle a été la préceptrice ne l'aiderait pas à se sentir chez elle. Pour la jeune fille, il lui fait agir, et vite, d'autant qu'elle a bien vu que dès que le père s'absente, la dame réussit à passer du temps avec un autre homme. Elle décide de prendre une photographie en douce des amants...

Ce nouveau film est une comédie, mais elle incorpore des éléments de drame, du suspense, et même quelques éléments de mélodrame qui auraient pu avoir leur place chez Dickens. Et surtout, le metteur en scène y expérimente brillamment avec le montage, le morcellement et les champs et contrechamps. La morale bourgeoise y trouve bien sur son compte, mais pas autant que le cinéma, qui avance brillamment... Sans prendre  de temps: ce film ne dure que huit minutes.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 18:38

Le vieux pianiste Darblay (Edmond Duquesne) ramène du restaurant du pain pour donner aux oiseaux. Pendan qu'il nourrit les volatiles, une fillette misérablement vêtue (Stacia Napiekowska) se jette sur les miettes. Le vieil homme, ému, prend pitié d'elle, la recueille et l'adopte. Lors de ses répétitions avec une danseuse, Darblay a la surprise de voir la jeune femme danser, elle aussi, avec un certain talent. De fil en aiguille, encouragée par le vieil homme, elle va devenir une vedette. Mais en son absence, son père adoptif est rongé de chagrin. Sa présence seule pourrait le sauver. L’artiste , l'apprenant, rentre à Paris, et... retrouve le vieux Darblay en compagnie de ses moineaux sur le banc où ils se sont rencontrés.

On est surpris évidemment après avoir passé du temps en compagnie des drames (La fille du sonneur) et des films inspirés de faits divers sordides (L'homme aux gants blancs, Drame passionnel, L'épouvante): Capellani avait aussi, parfois, la tâche de donner à voir des petites histoires sentimentales de patronage qui se terminent bien. C'est plaisant, bien interprété, même si de toute évidence ce film ne me semble pas avoir la même portée que les sombres drames cités plus haut. Pour l'anecdote, on retrouvera Napierkowska chez Feuillade (Les Vampires) et chez Feyder (L'Atlantide).

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani