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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 13:05

Selon Hitchcock lui-même, ce film serait le plus bas point de sa carrière... je ne suis pas d'accord, je pense personnellement que la place est prise par l'infâme Juno and the peacock... Et à mon humble avis The skin game est assez lamentable, bien moins intéressant que cette étrange comédie musicale.

Oui, une comédie musicale, ou plutôt une comédie dans laquelle la musique joue une place prépondérante. Elle conte les circonstances romancées qui virent Johan Strauss (fils) composer Le Danube Bleu, et triompher alors que son père refusait de lui accorder le moindre talent. Outre les deux Strauss (Esmond Knight le jeune et Edmund Gwenn le père) le film met en scène la petite amie du héros, Rasi (Jessie Matthews), qui aimerait le voir abandonner son rêve musical, pour travailler avec elle dans la pâtisserie de son père, et la comtesse Helga Von Stahl (Fay Compton) qui va beaucoup manoeuvrer non seulement pour assister le jeune homme dans ses rêves artistiques, mais surtout pour l'amener dans son lit...

Il me paraît évident, au regard des films qu'il a vraiment soignés à cette même période, que ce genre n'était absolument pas la tasse de thé du metteur en scène, et donc si Alma Reville (Mrs Hitch) a effectivement collaboré au scénario, c'était ni plus ni moins une commande... Et contrairement à e qu'il a raconté par la suite, il a, finalement, assez bien fait son travail puisqu'il a cherché par tous les moyens à rendre la chose attrayante. Et par moments, il y est parvenu!

D'une part, il a laissé l'inévitable empreinte de Lubitsch sur le genre infuser le projet, dans une scène "domestique" très drôle qui implique un couple marié et leurs deux domestiques; on la croirait tout droite sortie de Monte-Carlo. Ensuite, il a cherché à trouver une dynamique visuelle, qui implique la caméra mobile telle que Karl Freund et Murnau l'avaient développée en 1924-1925: les scènes avec Jessie Matthews sont souvent frappantes et enlevées. 

D'ailleurs, de tous les acteurs, c'est elle qui s'en sort le mieux: elle apporte une légèreté, une fantaisie juvénile, dont le film avait certes bien besoin! Pour le reste, ce n'est évidemment pas le chef d'oeuvre d'Hitchcock, on en est même très loin, mais... Ca se laisse regarder, comme on dit.

 

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Comédie Musical
9 juin 2020 2 09 /06 /juin /2020 17:02

Probablement n'avait-il pas de film glorieux à réaliser, sachant que son effort suivant serait l'innommable The skin game, un ratage intégral... Mais Hitchcock, qui avait travaillé quelques années en Allemagne, n'a eu aucun mal à accepter une commande, celle de réaliser un remake Germanophone de son dernier film, Murder. Contrairement à ce qui se passe habituellement, avec les versions multiples, ce long métrage a donc été fait après la complétion de la version Britannique, et présente quelques différences:

le casting bien sûr! en lieu et place de Herbert Marshall, le froid Alfred Abel qui s'en sort assez bien, et Olga Tschekowa reprend le rôle joué auparavant par Norah Baring; elle est hélas assez inexistante dans le film... Sinon, on remarquera quand même quelques acteurs qui vont reprendre leur rôle et se débrouiller en Allemand: Miles Mander et Donald Calthrop, dont le rôle déjà mineur va être encore plus réduit...

le montage est différent, mais essentiellement parce que Hitchcock a resserré le découpage. Pour l'essentiel, il s'agit d'un raccourci de chaque séquence, avec une petite particularité: une scène de la fin, qui a disparu du montage commun Anglais, est ici maintenue...

le sel de l'intrigue. On le sait, Hitchcock l'a dit, le véritable motif du crime est la volonté de cacher l'identité sexuelle d'un personnage. Ce qui était impossible à énoncer dans le film Anglais, mais passait par une insistance à travestir le coupable, à le montrer fragile, une vraie caricature d'homo comme le cinéma le plus vieillot pouvait en commettre... Le film Allemand respecte cette embarrassante décision mais le prétexte du crime change: on disait dans la version Anglaise que le tueur ne souhaitait pas qu'on révèle qu'il était métis, ici il ne souhaite pas que son passé judiciaire s'évente...

enfin, l'interprétation est plus sobre que le film Anglais où Marshall s'égarait dans des accents trop emphatiques. Hitchcock apprenait vite, et Mary est finalement interprété de façon plus subtile, et dans les mêmes décors et les mêmes cadrages que le film d'origine...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 10:54

"I say, there's somebody at the door"

car ce qui caractérise principalement ce film, c'est l'omniprésence poids lourd d'un dialogue standardisé à l'extrême, une marque à n'en pas douter de son origine théâtrale, origine qui se retrouve aussi dans l'abondance de passages qui sont autant de plans-séquences de scènes. Hitchcock qui aimait tant le montage et le cinéma qui respire a ici clairement laissé faire, comme il l'avait déjà fait avec Juno and the Paycock, qui est sans doute le pire de tous ses films...

Pourtant le début ne laisse aucune équivoque: British International Pictures présente un film de John Gallsworthy, suivi de Mis en scène par Alfred Hitchcock! Toujours cette conception traditionnelle au cinéma Britannique que l'auteur d'un film serait en fait l'auteur de l'oeuvre adaptée, ce qui fait d'Homère l'auteur de O Brother where art thou des frères Coen. 

Mais le fait est qu'Hitchcock n'a rien mis de lui-même, ou si peu, dans cet effroyable désastre; l'histoire ne l'a pas intéressé, et pourquoi d'ailleurs aurait-elle pu? Deux familles, des aristocrates ("I say, Dodo, what's the matter?") et une famille de parvenus qui entendent relancer l'industrie dans la région ("I know what I can buy with me money!"), se battent comme des chiffonniers à coup d'enchères, de menaces et de coups bas. Il n'y en a pas une pour rattraper l'autre et Hitch ne se réveille de sa torpeur que pour une scène d'enchères très découpée où on devine un semblant de suspense, et pour une série de plans autour d'un suicide. Sinon, circulez, rien à voir, c'est du théâtre filmé.

 

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 08:07

L'ultime film muet d'Alfred Hitchcock n'a pas été un grand succès, et tend à être délaissé comme les autres films Britanniques éloignés de son milieu naturel, le suspense... Pourtant il y est question de ce thème éminemment Hitchcockien, la faute, qui ne se traduit pas ici suivant les codes de la justice traditionnelle par un crime, mais plutôt selon la morale, par une trahison et un double péché. C'est un mélo, un de ces films si Anglo-saxons qui confronte les sentiments à une structure dramatique qui impose des avanies qui vont se terminer, sinon dans la tragédie, en tout cas dans la noirceur. C'est aussi un drame cruel et catholique, qui nous rappelle qu'Hitchcock a toute sa vie choisi d'explorer les contours des croyances dans lesquels il avait grandi... Enfin c'est un curieux exemple de ce qu'à défaut d'un terme existant j'appellerais volontiers le "pré-parlant"!

L'intrigue se situe sur l'île de Man, au large des côtes Nord-Ouest de l'Angleterre. Cette petite communauté de pêcheurs isolés s'est dotée, comme Jersey ou Guernesey au Sud, de lois qui lui sont propres, et d'une structure qui est unique. Parmi les pêcheurs, nous faisons la connaissance de Pete (Carl Brisson), un brave garçon, leader né, qui a des ambitions: en attendant, il milite pour le bien-être de ses camarades en compagnie de son ami d'enfance, le fils de famille Philip (Malcolm Keen). Ce dernier est avocat, et le beau parleur de la classe ouvrière et le timide connaisseur des lois sont aussi amoureux l'un que l'autre de la même femme, la jolie Kate (Anny Ondra), la fille du patron du pub dans lequel les pêcheurs finissent le plus souvent leurs rencontres militantes... Mais Pete va se déclarer le premier, au grand dam du père, qui pense que le garçon n'arrivera jamais à rien. Lorsqu'il décide de parcourir le monde pour faire fortune, Pete confie bien sur Kate à son meilleur ami, et ce qui devait arriver arrive...

Philip est le fils d'un Deemster, le magistrat de l'île, autorité suprême en matière de justice sur l'île de Man. Il ambitionne justement de le devenir à son tour, et l'impossibilité de concilier les affaires du coeur et cette ambition sera un moteur important du film. Mais s'il est bien sûr question de justice, Hitchcock adopte toute la panoplie du mélo, depuis le triangle amoureux jusqu'à l'improbabilité de certaines situations: ainsi Pete, apprenant qu'il a été donné pour mort, envoie-t-il une lettre à Philip en lui demandant de ne rien révéler à sa petite amie pour lui faire une surprise... L'énormité improbable d'un tel événement tranche avec la noirceur du film, qui va d'abord opposer Philip et sa conscience, lui qui a peur de trahir l'amitié qui le lie à Philip, puis opposer l'amour inconditionnel de Kate pour Philip, à la lâcheté de ce dernier qui essaie de faire passer son bien-être et son ambition de devenir Deemster (ce qui implique bien sur un comportement moralement irréprochable aux yeux de la communauté) avant son amour de la jeune femme... Il est intéressant de constater qu'en choisissant de confier le rôle du brave garçon qui se fait trahir de partout à Carl Brisson, Hitchcock l'écarte quasiment du paysage: il devient la brave andouille qui n'a rien compris, ce qui d'ailleurs lui va assez bien, le pauvre! Non, le conflit qui occupe la deuxième partie du film est surtout entre l'homme qui brigue la confiance des autres pour rendre la justice, et ceux qui rassemblés en foule ne lui pardonneront jamais sa faute s'ils l'apprennent.

Le point de vue passe donc souvent par l'utilisation de gros plans des personnages. Toute la première partie semble passer ainsi par le point de vue de Philip, qui lui aussi aime Kate et ne sera jamais capable de le lui dire tant que Pete prendra toute la place. Mais une fois ce dernier parti, on passe au point de vue de Kate, d'une fort belle façon: Hitchcock nous montre les pages du journal de la jeune femme, qui écrit d'abord que "Mr Christian" est passé la voir, puis qu'elle a passé la journée avec "Philip", avant de finir par passer rendez-vous à "Phil"! On va ainsi voir leur flirt innocent, qui le devient moins lorsqu'ils apprennent la mort supposé du pêcheur. C'est à Kate de briser le silence: "maintenant nous sommes libres". Lors d'un de leurs rendez-vous, elle se donne à lui dans un moulin... Qui sera quelques séquences plus tard utilisé par la famille de Pete pour la cérémonie de mariage! La faute incombe donc à la jeune femme, mais elle n'a pas vraiment trahi l'homme auquel elle était promise. Par contre, la lâcheté de Philip va quant à elle faire l'objet de la deuxième partie, qui sera d'autant plus noire que Kate s'aperçoit bien vite qu'elle est enceinte... de Philip. C'est un mélodrame Hitchcockien, qui ne juge pas totalement donc, et qui nous montre au contraire une société rigoriste qui elle, se retourne contre ceux qui ne filent pas droit, qui montre du doigt et jette sans raison la pierre...

Si le metteur en scène trempe donc le mélo classique dans son propre catholicisme, il le fait avec discrétion, et à la fin, il reste sur Carl Brisson, un pêcheur parmi d'autres, que tous ses camarades ont vu déserté par la femme qui l'aimait. Une belle séquence, mais qui sonne un peu creux au regard des séquences consacrées à Kate et Philip: devant le refus de son amant de dire la vérité à son mari, la jeune femme tente de se suicider... un délit qui impose à la police, une fois la jeune femme repêchée, de la traduire devant le juge, qui bien sûr n'est autre que son amant! La cruauté du mélo n'est pas dénuée d'humour, donc... Hitchcock semble presque profiter de la fadeur de Brisson, mais le film souffre par moments de ce déséquilibre entre lui et Malcolm Keen, excellent de bout en bout en un homme torturé entre conventions, convictions, amitié et amour... un homme qui le jour de la naissance de son enfant devra ronger son frein, et se contenter de réconforter le père officiel.

Blackmail suivra: Hitchcock en profitera pour se réessayer avec succès cette fois au drame policier, tout en continuant à explorer les arcanes de la culpabilité face à la justice et la société, ce qui prouve que d'un genre à l'autre, l'oeuvre de Hitchcock restait d'une grande cohérence. Mais dans ce film, tourné en plein boom du parlant, le metteur en scène s'amuse à faire parler ses personnages: à deux reprises, Anny Ondra articule clairement "I am going to have a baby". Les gens lisent sur les lèvres, et Hitchcock demande à ses acteurs (De trois nationalités différentes, un seul d'entre eux maîtrisant la langue de Shakespeare) de formuler leurs dialogues... Peut-être s'entraînait-il, tout bonnement? Quoi qu'il en soit, même avec ses séquences "parlantes", The manxman est un film passionnant malgré ses défauts, et un bel adieu au muet, dont il porte bien fièrement l'étendard, fait de mélodrame, d'humour noir, et de paroxysmes dramatiques et cruels... pour couronner le tout, le film est une fois de plus mis en images par Jack Cox, et il a su capter la beauté du printemps en Cornouailles, là où le film a essentiellement été tourné.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Muet 1929
3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 11:40

Betty (Balfour) est une enfant de riche, Américaine et gâtée, qui ne se refuse aucun caprice. Mais son père (Gordon Harker), de plus en plus irrité par les frasques de sa fille, commence à trouver qu'elle exagère, et pas qu'un peu. Entre deux bouffées de gros cigare, il décide de tenter de la freiner un peu. Alors que la jeune femme vient de s'illustrer en rejoignant son petit ami parti en croisière, grâce à un avion (qu'elle a coulé!), elle apprend que son père lui impose désormais de vivre par ses propres moyens...

"C'est probablement ce qu'il y a de plus bas dans ma production", disait Hitchcock selon Françoitrufo de son huitième film. Il avait l'impression qu'il sortait de nulle part, n'allait nulle part, mais si c'est loin de faire partie du meilleur de son oeuvre, je le trouve injuste. C'est après tout une comédie sans prétention, dans laquelle le metteur en scène semble remplir avec brio son contrat, à savoir se moquer des séquelles du "jazz age" qui en cette fin des années 20, finissait par débarquer en Europe. Et il le fait avec style, en utilisant comme toujours sa mise en scène avec bonheur. Il fait feu de tout bois, et s'amuse même à placer une petite énigme, autant pour Betty que pour le spectateur: qui est cet étrange bourgeois qui envahit peu à peu la vie de Betty, et la regarde en permanence du coin de l'oeil? D'ailleurs, c'est, en écho au titre, une image récurrente, qui montre le point de vue du bonhomme à travers un verre qu'il est en train de vider...

Pour le reste, Betty Balfour, vedette imposée à Hitchcock, est honnête, même si on soupçonne que l'actrice Anglaise était sans doute plus à l'aise, avec sa gouaille, pour incarner ces jeunes femmes qui travaillent, figures populaires de l'écran Britannique, et qu'Hitchcock savait si bien nous montrer.

Incidemment, on vient d'apprendre avec la fin des travaux de restauration des films muets d'Hitchcock, que les copies disponibles de Champagne sont toutes issues du deuxième négatif, et ne représentent pas exactement le montage souhaité à l'époque. Evidemment, on pourra toujours dire qu'au moins on dispose du film, et on en a sauvegardé un négatif, fut-il de second choix.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Muet Comédie 1928
7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 11:55

Nancy et Georgina Brent, deux jumelles, sont les filles d'une solide et prospère famille du Devon. Autant Nancy est volage, capricieuse, dynamique et incapable de rester en place, autant Georgina est calme, posée et pleine de retenue. Un jour qu'elle revient de Paris où on imagine qu'elle a été faire les quatre cent coups, Nancy rencontre sur le bateau Robin, un bel Américain. Mais ce serait trop simple u'elle laisse ce dernier faire sa cour comme il l'entend, alors Nancy décide de lui mettre sa soeur dans les pattes sans le prévenir. De quiproquo en quiproquo, le père qui se désespère et la fille qui s'ennuie vont tous deux partir pour changer de vie, laissant Georgina assumer l'identité de sa soeur auprès de Robin... Sauf que bien sûr, Nancy, qui a une vie dissolue à Paris, ne parviendra pas tout à fait à se faire oublier...

C'est un scénario de Hitchcock, le deuxième pour Cutts après Woman to woman, dont la particularité est d'avoir exactement la même équipe: même réalisateur bien sûr, même assistant/décorateur/scénariste (Hitchcock), mêmes stars (Betty Compson et Clive Brook)... Sauf que ce premier film, qui est hélas totalement perdu, a été un énorme succès aussi bien en Grande-Bretagne qu'aux Etats-Unis... L'idée de Cutts, qui allait ensuite la transmettre à son génial assistant, était de considérer que si la plupart des films Américains étaient meilleurs que les films Britanniques, alors il fallait voir et savoir comment ils étaient confectionnés. Et de fait ce deuxième film est dans la droite lignée d'un solide mélodrame Américain, et pas les pires: on pourrait aisément, dans cette histoire mélodramatique de deux jumelles dont l'une seulement est dotée d'une âme, voir un film de Rex Ingram, dont le style fait de touches esthétiques et de flamboyance visuelle, est assez proche de celui de Cutts. Mais le scénario, lui, est fermement ancré dans le mélo, et pas de la première fraîcheur!

Mais la mise en scène, sur les trois bobines qui nous restent (les deux premières et la quatrième, sur un total de six), sont suffisantes pour nous montrer une assurance de mise en scène, un don pour les ambiances variées (avec un goût affirmé pour les scènes nocturnes bellement éclairées) et une envie de dynamisme, qui placent ce film largement au-dessus de la production Anglaise contemporaine.

Et maintenant, venons-en à la question qui fâche: on passe le plus souvent sous silence la contribution de Cutts, pour faire de ce film "le plus ancien film d'Hitchcock conservé"... Les sites les plus divers mentionnent Hitchcock comme co-réalisateur: de quel droit? J'ai vu deux films de Cutts: celui-ci, du moins les bobines qui restent, et The Rat. Ce dernier film, une comédie policière avec Ivor Novello, a été fait sans la moindre intervention d'Hitchcock. Et surprise: il est bon, voire très bon... Truffaut a fait beaucoup de mal à l'histoire du cinéma, au point de donner des oeillères à à peu près tout le monde. Certes, la place d'Hitchcock est celle d'un géant, pas celle de Cutts. Mis de là à penser que le futur petit génie se soit fait engager par un metteur en scène aguerri auquel il aurait tout appris, c'est un peu fort de café...

Une dernière note en forme de clin d'oeil à un ami: il y a un jeune premier dans ce film, and he's one of us.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Graham Cutts 1923 Muet
25 novembre 2017 6 25 /11 /novembre /2017 17:13

L'image doit-elle dire la vérité? Problème apparemment pas grave, mais qui est posé au coeur de ce film, dont nous dirons tout de suite qu'il est décevant. D'autant plus qu'Hitchcock revenait, après dix années aux Etats-Unis, en Angleterre pour y tourner un film en compagnie d'acteurs Anglais, un film dans lequel il ne s'est absolument pas empêché d'injecter des petites touches personnelles, comme ces scènes dans des pubs par exemple. Mais le film n'a pas été fait qu'avec des anglais, et c'est l'un des problèmes...

Jane Wyman est Londonienne dans ce film, paraît-il... On ne va pas s'étendre là-dessus, mais son personnage, Eve, est aspirante actrice, et se retrouve dans une situation inattendue: elle aime un homme, qui est l'amant d'une actrice célèbre, Charlotte Inwood. Et cet homme, Jonathan (Richard Todd), lui affirme qu'il a tenté de couvrir le meurtre par Charlotte de son mari, mais que le piège s'est refermé sur lui, parce qu'il est en fait soupçonné lui-même du meurtre. Avec l'aide de son père, un grand excentrique (Alastair Sim), Eve mène l'enquête... Et ne tarde pas à rencontrer l'inspecteur chargé de l'affaire, le séduisant Wilfred Smith (Michael Wilding)...

La réalisation d'Hitchcock est très efficace, et le film possède quelques jolis moments, dont une garden-party qui dégénère, mélange d'humour et de suspense, avec quelques jolis numéros d'acteurs. Et le metteur en scène se fait plaisir en situant une intrigue criminelle dans le cadre du théâtre, ce qui évidemment va donner lieu à une utilisation d'une salle de théâtre lors d'un final qui fonctionne bien. Mais... Le principal problème c'est que le film commence par un flash-back dont les images mentent: ces scènes qui sont racontées par Jonathan à Eve ne sont en réalité jamais arrivées. Et on touche à un autre problème: Hitchcock était à l'aise, on le sait, avec les "Faux coupables"; ici, Jonathan ne tient pas la route. Et pour cause...

On s'ennuie souvent, pour tout dire, même si il y a des jolies moments: une splendide scène de Dietrich (Presque excellente du début à la fin) qui assume tranquillement d'avoir inspiré un crime... dans un monologue froid mais définitif. Une scène de révélation de la folie criminelle, vue uniquement à travers les yeux de Jane Wyman, dont le reste du visage est dans la pénombre. Et bien sûr la fameuse scène de "la poupée", qui nous rappelle de quelle façon Hitchcock maîtrise le signe cinématographique! Mais à côté de ça, il faut supporter les scènes de cabotinage de Sim, qui s'écoute déclamer en permanence, et bien sûr, il faut subir la voix insupportable d'une actrice de génie qui chante mal, mais alors très mal. Pouah!

 

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
22 novembre 2017 3 22 /11 /novembre /2017 17:48

Quel dommage qu'Hitchcock n'ait jamais travaillé, à part pour ce film de la série A. H. Presents, avec Vincent Price... l'acteur le plus gothique de sa génération et le metteur en scène de Rebecca et Under Capricorn auraient eu des choses à partager sans doute. Mais le rationnel irrationnel Hitchcock avait sans doute besoin d'acteurs moins, disons, marqués que lui...

Ici, donc, Price est un détective Charles Courtney, qui a une très haute opinion de lui-même. Il reçoit la visite chez lui d'un avocat (James Gregory), et après les banalités d'usage et la visite du musée personnel de Courtney, composé de pièces qui sont des souvenirs des affaires qu'il a élucidées, l'invité dit à son ami qu'il a commis un jour une erreur judiciaire; il lui raconte l'affaire dans le détail, afin de prouver ce qu'il avance...

La cible du metteur en scène, dans un premier temps, est la vanité incroyable de Courtney, qui est persuadé incapable de faire une erreur. Et les deux hommes se battent à armes inégales, car Courtney et sa vanité ne font pas le poids devant les arguments de son invité. Mais très vite, le film rend justice à son titre, car l'avocat va raconter à son ami comment l'épouse adultère a tué son mari en comptant plus ou moins sur la dévotion de son amant, que le détective Courtney s'est empressé de juger coupable. ...Parce que l'homme en question, désireux d'épargner la femme qu'il aime, a tout fait pour cela.

Et Courtney, qui a dans ses collections une place vide, celle d'un "crime parfait", donc quelque chose à laquelle, selon ses convictions, il ne sera jamais confronté puisqu'il est supposé déjouer toutes les ruses et machinations, voit donc ses certitudes flancher...

A côté du huis-clos formé par le duo, Hitchcock insère des flash-backs "objectifs", une objectivité mise à mal par le fait qu'ils sont commentés par les deux rivaux en voix off. il s'amuse à y rejouer le cinéma muet, avec des plans d'une clarté impressionnante. Et on y constate que le metteur en scène s'y est adonné à quelque chose qu'il n'a fait que très rarement: la scène se situe vers 1910, le film est donc l'un des rares "films en costumes" de son oeuvre.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
22 novembre 2017 3 22 /11 /novembre /2017 17:31

Ce film court, réalisé pour la télévision par Hitchcock lui-même (qui conformément à la règle établie, interprète un prologue et un épilogue apposé pour la présentation à la télévision), est l'un des "épisodes" de la série Alfred Hitchcock presents. Il fait partie de la veine "absurde" de la série, un style totalement absent de son cinéma par ailleurs... Il est adapté d'un roman de l'auteur canadien Anthony Armstrong.

M. Pelham (Tom Ewell) est un cadre bien sous tous rapports, qui vit dans l'élégance et le luxe, et qui vit un cauchemar. Il s'en ouvre auprès de l'un de ses amis, nous permettant de voir, en flash-back, l'évolution de ses problèmes. Il a commencé par ne pas comprendre ce qu'il se passait quand certains de ses amis lui ont reproché de les avoir croisés sans les reconnaître. Puis il a constaté que ses amis, domestiques, et collaborateurs avaient eu affaire à lui EN SON ABSENCE... Il y a un double dans sa vie, et celle-ci est devenue un cauchemar, car M. Pelham ne sait comment reprendre le contrôle de son existence, qui manifestement lui échappe au profit d'un sosie.

Bien sûr, Tom Ewell n'est pas un inconnu, loin de là; cette même année, il est un mémorable quadragénaire atteint du démon de midi dans The seven year itch de Billy Wilder... Et ici, il joue à merveille le pauvre type auquel l'impossible arrive. Bon, évidemment, Hitchcock traite au premier degré cette histoire, dans une narration rigoureuse et parfois un peu trop redondante (On comprend longtemps avant le personnage ce qui lui arrive et le metteur en scène aime utiliser le cadre et le montage pour faire de la pédagogie. Mais cette histoire cruelle d'aliénation, après tout, se place dans une trajectoire qui contient d'autres films, The wrong man en tête, et les feux d'artifice que sont North by Northwest et Psycho.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
20 novembre 2017 1 20 /11 /novembre /2017 11:33

Voilà un exemple de ce qui se passe quand un metteur en scène, qui vient de faire l'expérience d'une liberté absolue avec Rich and strange, et qui a du mal à s'en remettre, se voit confier un film à faire, qu'il ne veut pas faire. D'une part, il le fait quand même, et se l'approprie... Je vois dans ce film de nombreuses envies de continuer son bricolage délirant de Rich and strange, et pour commencer, le film est adapté d'une pièce, et conserve pour ses premières quarante minutes (Soit les deux premiers tiers, le film est très court) la notion d'unité de lieu.

C'est un film policier: des gens se retrouvent le soir dans une maison abandonnée, tous avec des raisons plus ou moins claires... il y a un cadavre qui n'en est pas vraiment un, une jeune femme effrayée, un clochard pittoresque, et des malfrats plus ou moins distingués... Maintenant, comme dans toute maison vermoulue qui se respecte, les coups de théâtre s'accumulent plus ou moins gratuitement, mais ça fait bien longtemps que j'ai décidé d'accepter ne rien comprendre au film, qui est très confus et tout à fait illogique. Et Hitchcock n'en disait pas autre chose...

D'ailleurs, ça commence par un acte de quasi-rébellion, avec la vision de la maison, la nuit, depuis la rue. Un homme qui est venu là par hasard, s'avise qu'il s'y passe quelque chose, car il a vu de la lumière et une ombre... il entre, nous le suivons. Et pourtant nous apprendrons à la fin, qu'il est venu pour une mission, et qu'il a une bonne raison d'être dans une maison: c'est tout sauf un hasard. La logique du rêve est appliquée du début à la fin...

Et certains plans au tout début trahissent à mon sens une source inattendue pour ce film, dont j'imagine qu'elle n'est sans doute pas innocente: Hitchcock avait-il vu Vampyr? Sinon, la coïncidence est troublante, car ce pérégrinations d'un héros mal défini, dans une maison où les ombres sont douées de vie, et qui passe par tous les effets visuels de maison hantée qui puissent s'imaginer, nous rappelle étrangement le rêve éveillé de David Gray tel que Dreyer l'a réalisé en 1931...

Mais sinon, on peut faire comme Hitchcock, et considérer que ce film de rien du tout est un désastre. Il vaut donc mieux en rire...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock