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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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22 novembre 2017 3 22 /11 /novembre /2017 17:31

Ce film court, réalisé pour la télévision par Hitchcock lui-même (qui conformément à la règle établie, interprète un prologue et un épilogue apposé pour la présentation à la télévision), est l'un des "épisodes" de la série Alfred Hitchcock presents. Il fait partie de la veine "absurde" de la série, un style totalement absent de son cinéma par ailleurs... Il est adapté d'un roman de l'auteur canadien Anthony Armstrong.

M. Pelham (Tom Ewell) est un cadre bien sous tous rapports, qui vit dans l'élégance et le luxe, et qui vit un cauchemar. Il s'en ouvre auprès de l'un de ses amis, nous permettant de voir, en flash-back, l'évolution de ses problèmes. Il a commencé par ne pas comprendre ce qu'il se passait quand certains de ses amis lui ont reproché de les avoir croisés sans les reconnaître. Puis il a constaté que ses amis, domestiques, et collaborateurs avaient eu affaire à lui EN SON ABSENCE... Il y a un double dans sa vie, et celle-ci est devenue un cauchemar, car M. Pelham ne sait comment reprendre le contrôle de son existence, qui manifestement lui échappe au profit d'un sosie.

Bien sûr, Tom Ewell n'est pas un inconnu, loin de là; cette même année, il est un mémorable quadragénaire atteint du démon de midi dans The seven year itch de Billy Wilder... Et ici, il joue à merveille le pauvre type auquel l'impossible arrive. Bon, évidemment, Hitchcock traite au premier degré cette histoire, dans une narration rigoureuse et parfois un peu trop redondante (On comprend longtemps avant le personnage ce qui lui arrive et le metteur en scène aime utiliser le cadre et le montage pour faire de la pédagogie. Mais cette histoire cruelle d'aliénation, après tout, se place dans une trajectoire qui contient d'autres films, The wrong man en tête, et les feux d'artifice que sont North by Northwest et Psycho.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
20 novembre 2017 1 20 /11 /novembre /2017 11:33

Voilà un exemple de ce qui se passe quand un metteur en scène, qui vient de faire l'expérience d'une liberté absolue avec Rich and strange, et qui a du mal à s'en remettre, se voit confier un film à faire, qu'il ne veut pas faire. D'une part, il le fait quand même, et se l'approprie... Je vois dans ce film de nombreuses envies de continuer son bricolage délirant de Rich and strange, et pour commencer, le film est adapté d'une pièce, et conserve pour ses premières quarante minutes (Soit les deux premiers tiers, le film est très court) la notion d'unité de lieu.

C'est un film policier: des gens se retrouvent le soir dans une maison abandonnée, tous avec des raisons plus ou moins claires... il y a un cadavre qui n'en est pas vraiment un, une jeune femme effrayée, un clochard pittoresque, et des malfrats plus ou moins distingués... Maintenant, comme dans toute maison vermoulue qui se respecte, les coups de théâtre s'accumulent plus ou moins gratuitement, mais ça fait bien longtemps que j'ai décidé d'accepter ne rien comprendre au film, qui est très confus et tout à fait illogique. Et Hitchcock n'en disait pas autre chose...

D'ailleurs, ça commence par un acte de quasi-rébellion, avec la vision de la maison, la nuit, depuis la rue. Un homme qui est venu là par hasard, s'avise qu'il s'y passe quelque chose, car il a vu de la lumière et une ombre... il entre, nous le suivons. Et pourtant nous apprendrons à la fin, qu'il est venu pour une mission, et qu'il a une bonne raison d'être dans une maison: c'est tout sauf un hasard. La logique du rêve est appliquée du début à la fin...

Et certains plans au tout début trahissent à mon sens une source inattendue pour ce film, dont j'imagine qu'elle n'est sans doute pas innocente: Hitchcock avait-il vu Vampyr? Sinon, la coïncidence est troublante, car ce pérégrinations d'un héros mal défini, dans une maison où les ombres sont douées de vie, et qui passe par tous les effets visuels de maison hantée qui puissent s'imaginer, nous rappelle étrangement le rêve éveillé de David Gray tel que Dreyer l'a réalisé en 1931...

Mais sinon, on peut faire comme Hitchcock, et considérer que ce film de rien du tout est un désastre. Il vaut donc mieux en rire...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 18:32

Nothing of him that doth fade,
But doth suffer a sea-change
Into something rich and strange.

Ce film tourné en 1931, en indépendance totale par Hitchcock (et avec un sens du bricolage qui serait presque étonnant de sa part), est donc le premier des deux oeuvres du maître dont les titres empruntent à un autre grand de l'Angleterre de toujours... Ces trois vers qui ouvrent le film et en justifient le titre sont tirés de La tempête...

Et justement, une tempête, il y en a une: coincés dans leur petite vie mesquine, les deux héros Fred (Harry Kendall) et Emily (Joan Barry), mariés depuis quelques années, aspirent à l'aventure. Surtout Fred... Et un beau soir, une lettre arrive, celle d'un vieil oncle qui a décidé de devancer l'appel de l'héritage afin de permettre à son neveu de réaliser son rêve de voyage et d'aventure. Le couple part aussitôt en voyage: la Manche, puis Paris. Marseille, puis la Méditerannée, puis l'orient, ses mystères et ses dangers...

Il est de bon ton de crier au génie devant ce film, comme l'ont fait Chabrol et Rohmer, Noël Simsolo, François Trufo, et Jean-Christophe Averty... Je comprends, du reste: ce film est la première tentative totalement personnelle du metteur en scène en liberté, qui s'est amusé à co-écrire avec son épouse Alma un sujet, en utilisant un pseudonyme idiot (Val Valentine, je vous demande un peu!). Le parcours des deux tourtereaux, de Londres à Singapour, permettait au metteur en scène de puiser sans vergogne dans les stock-shots, séquences de films oubliés (on reconnaît une séquence Parisienne de Moulin Rouge de E. A. Dupont, un film muet de 1928) afin d'agrémenter à moindres frais son histoire de voyage exotique. Et le couple utilise ainsi les 80 minutes de métrage pour montrer un couple qui se prend au piège de l'aventure, risque de se perdre dans LES aventures (Avec Percy Marmont d'un côté, et Betty Amann de l'autre) et finit malgré tout ensemble à cause d'une vieille et vague tendresse, mais aussi de la force de l'habitude!

Donc oui, le film est forcément sympathique, et permet à Hitchcock de sortir de son univers d'alors, fait d'allers et retours entre le genre policier d'un côté, et les autres genres de l'autre. La plus grande partie de ce film a été tourné en muet, et d'ailleurs les premières 4 minutes et 30 secondes sont du pur film muet, avec un hommage appuyé au burlesque (une scène d'ailleurs renvoie assez clairement à Harold Lloyd...). Mais si c'est bien un film personnel, un film Hitchcockien dans le sens où il a été tourné en toute liberté par le maître et contient une vision très personnelle des relations amoureuses, est baigné par son humour, c'est quand même un amusement quelque peu mineur au regard des admirables oeuvres qui allaient venir... N'étant pas un criticaillon Parisien souhaitant comme un snob prendre le contre-pied de tout ce qui m'entoure, je ne me sens absolument pas obligé d'être aussi indulgent avec ce film.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Comédie
19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 12:15

Si on s'intéresse à Alfred Hitchcock, je crois qu'il faut commencer par admettre qu'il ne se passe pas grand chose entre Blackmail (1929), son premier film parlant, et celui-ci... Pourtant il tourne! Après le succès public de 1929, il est amené à réaliser une adaptation de Juno and the paycock, qui obtient un succès critique sans précédent, et dont je pense qu'il s'agit sans doute de son film le plus ennuyeux! Décidément, en ces temps troublés (le parlant pas encore au point, le muet pas tout à fait oublié), les critiques Britanniques se distinguent par leur incompétence. Non, Hitchcock, après The lodger et Blackmail, sait ce qu'il veut faire. Il va donc se saisir de l'opportunité d'adapter une pièce à succès (une manière comme une autre, après le malentendu de Juno, d'amadouer son studio, et de désarçonner les critiques, ces imbéciles), mais se l'approprie: il co-signe le script... 

La pièce de Clemence Dane et Helen Simpson, Enter Sir John, est un whodunit, un fait suffisamment rare (et anti-hitchcockien!) pour être signalé! mais c'est un matériau qui convainc vite Hitchcock, qui a comme dans Blackmail des expériences sonores à mener...

Dans une petite troupe de théâtre, un meurtre a lieu; les policiers, acteurs et curieux venus constater les faits, la nuit, tombent sur une scène peu banale: une femme gît sur le sol, et l'arme du crime est vite identifiée, c'est in tisonnier. Une autre femme (Norah Baring), en état de choc, du sang sur les mains, est un coupable idéal, évident, d'autant qu'elle dit ne se rappeler de rien. Son procès a lieu, les faits ne laissant guère de doute, elle est vite condamnée. Sauf qu'un des jurés, le célèbre acteur Sir John Menier (Herbert Marshall), a des doutes, puis des certitudes: la belle Diana Baring est innocente... Il va mener l'enquête.

Dès le départ, comme dans Blackmail, on voit que la première inspiration d'Hitchcock pour le film a été cette confrontation presque surréaliste, entre le quotidien des Britanniques, et en particulier ces acteurs obscurs et sans grades, et le crime. L'intrusion du mal dans la vie de tous les jours, ce qui était déjà le thème principal de The lodger et de Blackmail, et reviendra de film en film... Les acteurs choisis par Hitchcock font un boulot formidable, et qui oscille en permanence entre le drame de l'intrigue criminelle (dont la dignité est constamment rappelée par Herbert Marshall et sa légendaire raideur - forcée, on s'en rappelle, par le fait qu'il était unijambiste), et la comédie de ces petites gens qui ont des traites à payer, qui sont entre deux rôles, et qui ont des soucis à trouver des pièces pour le compteur à gaz de leur logeuse... L'Angleterre, la vraie. L'une de ces petites gens n'est autre que Una O'Connor, qui interprète l'épouse d'un policier, flanquée d'une tripotée de mouflets...

Et Hitchcock s'est plu à jouer avec l'espace, lui qui voulait sortir par tous les moyens le cinéma parlant de l'ornière du théâtre filmé (Avec Juno, il sortait d'en prendre!) a multiplié les trucs pour exploiter le décor avec bonheur: un plan-séquence mémorable, au début, quand deux actrices dans les coulisses de la scène de meurtre vont faire du thé, et passent sans cesse de la sale à manger à la cuisine en devisant du meurtre, est un petit tour de force, avec lequel Hitchcock montre son sens de l'économie dans les mouvements de caméra: il y en a , mais très peu. Sauf qu'ils sont totalement adéquats, et la scène respire. Ailleurs et à plusieurs reprises, il redonne à la caméra toute sa mobilité en jouant sur les voix off (personnages hors champ, mais représentés par des ombres, mais aussi monologues intérieurs...) et en filmant ses plans en muet. La post-synchronisation est ainsi plus facile et parfaitement naturelle. Enfin, quand il n'y en a pas besoin, le son disparaît tout simplement: c'est le cas du grand final, situé dans un cirque, pendant un numéro de trapèze...

Il y a encore des efforts à faire pour intégrer de manière plus vraisemblable certains aspects de sa thématique: Sir John, par exemple, n'a pas la moindre raison d'agir. On aurait pu imaginer que sa participation à la condamnation aurait pu jouer dans le film, et lui donner un sentiment de culpabilité quant au risque de condamnation de la jeune femme, mais ce n'est jamais explicite: je pense qu'Hitchcock est prudent, car il sait que prendre cette option reviendrait à critiquer ouvertement le système judiciaire... Ce qu'il fera beaucoup plus clairement aux Etats-Unis dans The wrong man, par exemple, mais aussi en grande-Bretagne, sur le mode de la comédie, dans Young and innocent! Ainsi on a parfois le sentiment que c'est une intuition, autant dire une étincelle divine, qui donne son impulsion à Sir John... Et la supériorité affichée de ce dernier sur le reste de la distribution me paraît d'un autre siècle. Venons en maintenant au pire du film: le vrai coupable est supposé avoir tué car on allait révéler un secret: son origine 'impure'... C'est déjà peu ragoutant en soi, mais le cinéaste suggère, souligne, à traits parfois très gros, son altérité, sa presque féminité. Il se déguise en femme pour les besoins d'un numéro de cirque, pour les besoins de la pièce, il est délicat, il s'évanouit à la vue du sang... Tout nous pousse à comprendre entre les lignes que le criminel est homosexuel. C'est le premier cas de cette homophobie flagrante dont Hitchcock ne se cachait plus dans les années 60. Autres temps autres moeurs, mais ça reste plus que gênant.

En attendant, avec ce film (dont il existe aussi une version Allemande, Sir John greift ein, interprétée par Alfred Abel), Hitchcock commence, enfin, à faire son choix: il sait désormais le type de cinéma qu'il veut faire, et celui d'ailleurs qu'il sait faire. Il lui faudra attendre 4 années avant que tout le monde le comprenne vraiment...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
18 novembre 2017 6 18 /11 /novembre /2017 15:43

D'une part:

Non, ceci n'est pas, comme on le lit partout, "la seule comédie d'Alfred Hitchcock" (The farmer's wife, Waltzes from Vienna, To catch a thief ou The trouble with Harry, par exemple, en sont la preuve), ni "le pire film d'Alfred Hitchcock" (Topaz, Easy virtue, Juno and the paycock, The Skin Game, et Family plot sont tous bien pires). Ce n'est pas non plus "un film imposé par les producteurs" comme on l'entendra ici ou là: en 1941, on n'impose rien à Hitchcock. 

La présence, dans la filmographie du "maître du suspense", de cette petite comédie qui ne casse pas des briques, peut s'expliquer après tout par le fait que Carole Lombard qui admirait ses films, avait vu avec raison des éléments de comédie qui brillaient dans la plupart des films du metteur en scène et rêvait d'interpréter un film sous sa direction. Et si on regarde ne serait-ce que l'excellente scène de The 39 steps durant laquelle Donat et Madeleine Carroll son coincés l'un avec l'autre, réunis par une paire de menottes, on comprend totalement ce qu'elle voulait dire... Et Hitchcock, qui a à coeur de s'intégrer dans le Hollywood de 1941, s'est après tout laissé faire.

D'autre part:

Maintenant, il faut bien l'avouer, si la mise en scène est tout à fait fonctionnelle du début à la fin, ce n'est pas le genre de film qui a pu l'inspirer, ni d'ailleurs le genre de script. Pas plus les personnages, au fait! ces deux amoureux, le mari et la femme, qui découvrent que leur mariage est en fait illégal suite à une erreur administrative, et qui se battent entre eux au lieu de tenter de préserver leur amour, dénotent dans l'oeuvre d'Hitchcock. Et franchement, je ne les aime ni l'un ni l'autre. Le ton qu'aurait insufflé Hawks dans le scénario de Norman Krasna aurait été bien plus intéressant...

Restent quelques scènes sympathiques, quelques moments fabuleux (Dus à Carole Lombard, sans surprise), et quelques moments gênants (Robert Montgomery est à peu près aussi déplacé que son metteur en scène. Et l'acteur ressemble à quelqu'un qui ne devait pas être sobre très souvent... Mais tout le début, qui nous prend par surprise en s'invitant chez les Smith, durant une matinée où M. Smith ne peut pas se détacher de sa tendre épouse, est quand même intéressant dans l'oeuvre de notre cinéaste, qui dès cette époque essayait par tous les moyens d'appeler un chat un chat.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Comédie
15 novembre 2017 3 15 /11 /novembre /2017 17:39

Frenzy avait tout pour être le bouquet final d'une des plus impressionnantes carrières de cinéaste: un résumé de toute l'oeuvre en même temps qu'une réactualisation de la plupart des thèmes, une replongée dans l'univers des premiers films qui bénéficiait de l'art, de l'exigence et de l'efficacité acquises en tant d'années de travail, et une mise en danger pour Hitchcock qui en privilégiant le tournage en extérieurs, loin des studios Universal, sortait de façon spectaculaire de sa zone de confort...

Mais on n'arrête pas l'envie de tourner, et c'est à mon avis la seule justification pour ce dernier long métrage. Il a été tourné en Californie, avec des acteurs de second plan, il est Américano-Américain, le ton est un mélange de film policier, de comédie, et c'est saupoudré d'un soupçon de comédie qu'on trouvera embarrassante ou charmante, mais pour choisir, il faudra tout simplement se baser sur l'humeur du moment. Car ce Complot de famille n'a pas grand chose pour lui...

Blanche (Barbara Harris) est une medium, qui se sert des talents de détective de son petit ami George (Bruce Dern), qui par ailleurs est chauffeur de taxi, afin d'avoir des renseignements sur ses "clients" (Généralement, plutôt des clientes), pour les convaincre de la véracité de son don. Elle est tombée sur une affaire intéressante: une dame qui cherche à entrer en contact avec sa soeur défunte pour que celle-ci lui pardonne. Quarante ans auparavant, elle lui a "volé" son enfant illégitime et l'a fait adopter par des inconnus, afin d'étouffer le scandale. Elle souhaite retrouver son neveu pour lui léguer sa fortune avant qu'il ne soit trop tard.

Pendant ce temps, nous assistons aux agissements de deux malfrats peu ordinaires: ils kidnappent des sommités, et réclament des rançons impressionnantes, en diamants. Une femme (Karen Black), blonde (A moins qu'il ne s'agisse d'une perruque) et un homme (William Devane), habillé d'une façon très élégante, et qui doit bien avoir à peu près quarante ans...

C'est long, et souvent inutilement. C'est mal foutu de bout en bout, même quand Hitchcock tente d'insérer une scène de suspense. Mais aucune, selon moi, ne fonctionne... Il faut quand même être sacrément indulgent pour accepter ces scènes interminables de tribulations en voiture sabotée dans les montagnes Californiennes, avec les acteurs qui s'agitent devant des incrustations sur fond vert, qui sont tellement mal faites qu'on jurerait un épisode de Police Squad! les héros sont à la mode des seventies: des gens comme vous et moi, qui survivent plus ou moins, et qui sont loin de la sophistication habituelle. Pourquoi pas, après tout? c'était déjà le cas dans Frenzy. Mais Blanche et George ne fonctionnent pas vraiment comme couple, et elle, supposée être le personnage principal, est irritante au possible.

C'est un peu mieux avec les deux autres, une fois qu'on aura accepté la coupe "1976" de Devane, et son insupportable sourire sous une moustache qui le rend proche d'une vision d'enfer: un mannequin pour le chapitre des cabanes de jardins, du catalogue de La Redoute 1973... Mais leur dynamique est intéressante. D'abord Devane joue un homme qui s'est construit seul en pratiquant une impressionnante politique de la terre brûlée, et a une certaine sophistication. L'idée d'un passé qu'on tente de retrouver, et qui s'avère empoisonné (Ce type n'en est pas à son premier meurtre) est séduisante, mais pas assez développée. Et cet intrigant joaillier attire sa compagne dans ses filets, en dépit des réserves de cette dernière, qui se font de plus en plus pressantes au fur et à mesure de l'évolution du film.

Mais bon, il faut quand même tenir deux heures devant ce qui reste du niveau d'un téléfilm comme Universal en concoctait à la même époque. Certains, tournés avant son succès de Jaws par Spielberg, étaient d'un autre calibre. Ca s'appelle la relève...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 10:15

Il y a une filiation inévitable entre cet avant-dernier film d'Hitchcock et The Lodger, le troisième long métrage de ce géant du cinéma: la boucle est bouclée, Hitch est enfin revenu à Londres, sans faire semblant, comme avec ses films "Anglais" réalisés aux Etats-Unis (Rebecca, Suspicion), où avec Stage Fright dont les scènes d'extérieurs avaient certes été tournées dans la capitale Britannique, mais le rôle principal, celui d'une aspirante comédienne Britannique, était interprété par Jane Wyman! Non, Frenzy, c'est du British pur jus, tourné sur place, intérieurs comme extérieurs, avec des acteurs du cru, un sujet local et un scénariste dégoté sur place: Anthony Shaffer.

On doit à ce dernier Sleuth, une pièce supposée être un chef d'oeuvre, qui a donné lieu à une adaptation par Mankiewicz, l'un des films les plus ennuyeux que j'ai vus de ma vie, probablement. Mais il y était question d'une confrontation entre deux hommes, dans laquelle hiérarchie, classe sociale, et rapport complexe (et comique, paraît-il) à la femme jouaient un rôle. Autant d'ingrédients qu'on retrouve ici, mais comme chacun sait, à chaque fois qu'il le pouvait, Hitchcock s'il n'écrivait pas ses scripts, les pilotait. Il convoquait des conférences, des réunions préparatoires, et finissait toujours par modeler le script - à distance... Ici, c'est flagrant.

Hitchcock, devenu selon ses propre dires "pâtissier" à Hollywood ("Certains films sont des tranches de vie, les miens sont des tranches de gâteau", disait-il...), revient donc sur les lieux où il a tourné tant de grands films de sa période Anglaise, et renoue avec le petit peuple Londonien, ces gens qui travaillent, qui vont au pub, qui parlent avec un accent qu'aucun film Américain n'a jamais su s'approprier. Et dans ce petit monde du petit matin, qui sent la bière (le pub) et les légumes (le marché de Covent Garden), Hitchcock insère un meurtre. Mieux: une série de meurtres, comme dans... The lodger.

On se souvient de la tendance du metteur en scène à ne jamais faire oublier au spectateur le lieu où se situe l'action, en passant autant par un rappel des endroits emblématiques (Plaza Hotel, New York; Statue de la Liberté; Mont Rushmore...) que par des clichés-clins d'oeil (dans Secret agent, on est en suisse, il y aura du chocolat; dans Foreign correspondent, la Hollande sera représentée par des parapluies et des moulins). Ici, pour insister sur le fait qu'il s'agit de Londres, on a doit à une conversation dans un pub entre deux gentlemen bien sous tout rapports, qui rappellent le caractère fondamentalement Anglais du crime sexuel!

Donc, à Londres au début des années 70, on découvre une fois de plus le cadavre d'une femme, laissée nue, une cravate autour du cou. La police est sur les dents, mais on suit plutôt les aventures assez lamentables d'un homme, Richard Blaney (Jon Finch): ancien capitaine dans l'armée de l'air, le héros n'a pas été capable de se reconvertir dans la vraie vie et traîne son alcoolisme de petit boulot en petit boulot. Au début du film, il est viré de son travail de barman dans un pub situé à deux pas du marché de Covent Garden. Un ami, le négociant en fruits et légumes Bob Rusk (Barry Foster), lui propose de l'aide, mais Blaney refuse, par fierté. Il va trouver son ex-épouse Brenda (Barbara Leigh-Hunt), qui elle aussi tente de l'aider... Sans succès. 

Le lendemain, Brenda qui tient une très digne agence de rencontres, reçoit la visite de Rusk, qu'elle connaît sous un autre nom. Elle tente de se débarrasser de lui (Ce n'est pas la première fois que "Mr Robinson" vient, et ses motivations pour trouver l'âme soeur sont entachées de demandes perverses que l'agence ne souhaite pas honorer. Mais il l'attaque, la viole, et... l'étrangle avec sa cravate. Et bien sûr, entre le départ de Rusk et le moment où sa secrétaire revient de son déjeuner, Blaney sera venu, aura frappé à la porte et sera reparti... juste le temps pour lui d'être aperçu quittant les lieux d'un crime dont la terre entière jurera que c'est lui qui l'a commis...

Blaney n'est pas un type sympathique. Il est considéré plus ou moins comme un minable par tout le monde: son ex-patron, un propriétaire de pub le considère comme un voleur (Il l'a surpris en train de se servir dans les réserves), son épouse a surtout pitié de lui... Mais deux personnes semblent vraiment l'apprécier: sa collègue Barbara (Anna Massey), qui est plus ou moins sa petite amie, et son "copain" Bob Rusk, qui est sincère quand il lui propose de l'aide au début du film. Mais le personnage traîne sa rancoeur jusqu'à son procès, et s'évadera pour régler son compte au vrai coupable! Toujours cette idée que la justice quand elle se trompe finit toujours par créer des authentiques coupables à partir des pauvres types qu'elle a dans ses griffes. Je maintiens le "pauvre type", cela dit, ça reste une assez bonne description de Blaney. Pour une fois, Hitchcock qui n'est pas lié par les conventions Hollywoodiennes, nous permet de soupçonner un peu son personnage principal (Un faux coupable, 100% Hitchcock, recette inchangée depuis 1926), comme on l'a si souvent fait au début de ses films criminels, mais ne nous fera jamais l'accepter totalement.

Par contre, Rusk est sympathique (tant qu'on ne connaît pas ses penchants du moins), serviable, et même, mais oui, drôle: Hitchcock, y compris après nous avoir révélé le pot-aux-roses, nous montre une scène durant laquelle Foster discute avec le patron du pub qui a incriminé Blaney, et se paie sa tête, mettant immédiatement le public des rieurs de son côté. Il nous le montre en pleine panade aussi, comme Norman Bates tentant de faire disparaître les traces de la victime de sa maman dans Psycho: il a assassiné une fois de plus, et se rend compte qu'il a mis un cadavre de femme nue dans un vieux sac de patates, portant dans une de ses mains un objet qui l'incrimine. La scène qui en découle, une virée nocturne d'un homme habituellement si propre sur lui, se débattant dans un camion avec une femme nue et morte, et des tubercules sales, est une nouvelle variation brillante sur le suspense tel qu'Hitchcock le pratiquait si bien... Et nous rend sacrément proche de ce personnage! Pour en finir avec Rusk (Et son accent cockney), Hitchcock a semé quelques indices qui en font un peu le petit cousin de Norman, déjà mentionné, mais aussi de ce magnifique meurtrier qu'était Bruno dans Strangers on a train. Un homme qui va au bout de ses pulsions, y compris si elles impliquent le meurtre, qu'il assume pleinement. mais aussi un homme flamboyant, bien habillé, qui se plierait en quatre pour un copain, mais qui n'aime de la femme que ce qu'il peu lui tirer de force... Et pour finir, comme ses deux "petits cousins" de crime, Rusk est doté d'une mère, une brave et terrienne dame qu'on n'a aucun problème à imaginer étouffante.

La police est présente aussi, et là encore, Hitchcock s'est amusé à remettre les pendules à l'heure: les fonctionnaires de police sont des braves gens, un peu lents, qui bien sûr (Ca va souvent avec la fonction en particulier à l'aube des années 70) sont totalement en phase avec la morale conservatrice qui les emploie. Ils ont des petits appartements, des fins de mois difficiles, et des calvities... Eux aussi, on les trouvera à l'occasion au pub, avec le peuple. C'était déjà le cas dans The lodger, dans Blackmail, dans Sabotage, et Hitchcock ne l'a pas oublié. Mais surtout, il réussit le tour de force de multiplier les gags (Tous liés à la vie quotidienne) autour de son inspecteur Oxford (Alec McCowen), l'homme en charge de l'enquête, tout en le maintenant dans les faveurs du public... Il faut dire que le pauvre n'est pas aidé: son épouse a des idées de grandeur, elle veut faire de la Cuisine avec un C majuscule... Et ce n'est pas très ragoûtant!

Alors, finalement, un faux coupable, un meurtrier maniaque dans Londres, et des petites gens qui oscillent entre médiocrité et petite vie quotidienne sans histoire? On se dit qu'il n'y a pas tant de nouveauté que ça, dans ce film d'Hitchcock... Mais on aurait tort. D'une part parce que s'il échappe de façon spectaculaire au style élégant développé par le metteur en scène dans les années 50, mais dont les derniers films avaient tourné à vide après les fulgurances de Psycho, le film n'est pas pour autant du cinéma-vérité: la mise en scène est du pur Hitchcock, en pleine possession de ses moyens, mêlant des mouvements de caméra virtuoses et efficaces, des plans-séquences magnifiquement intégrés et un dosage impressionnant des sons et de la musique. Il passe souvent par des scènes muettes, et par le regard des personnages secondaires, tous plus moralistes les uns que les autres. Il promène son regard et le nôtre dans un monde tangible, fait d'accents, de comportements, de petites habitudes et manies, de monnaies au décompte étrange, magnifiquement reproduit... Londres ne lui est pas du tout étranger même s'il n'y vit plus depuis 30 ans...

Il laisse aussi son cinéma se laisser envahir par les audaces et la crudité du cinéma de l'époque, sans jamais en abuser. Elle est insupportable, mais la scène de viol et de meurtre se justifie pleinement: comme avec les meurtres de Psycho et Torn curtain, Hitchcock appelle un chat un chat, et cesse de tourner autour du pot. Son propos est de sonder le comportement humain, il n'a pas de fausse pudeur (On notera que si Anna Massey, l'héroïne potentielle, disparaît bien tôt dans le film un peu à la façon de Marion Crane, on n'aura que des bribes de la scène de sa mort: on l'a déjà vécue avec Barbara Leigh-Hunt, inutile d'y retourner), pas non plus d'excès. Et la vision de l'humanité proposée dans ce film, l'un des plus personnels de son auteur, fait une fois de plus très très froid dans le dos. Frenzy est son dernier chef d'oeuvre.

Mais il y a quand même un point sur lequel on peut râler, sans pour autant, ce serait naïf, s'en étonner outre mesure: résumons donc... Brenda Blaney a quitté son mari (dont elle garde le nom maintenant que sa boutique a pignon sur rue) et lui a concocté un divorce aux petits oignons, avec "cruauté mentale" pour aller plus vite.

Barbara soutient son amant, mais à la première occasion elle vient chez Rusk, et avant de finir étranglée, aura probablement des rapports consentants avec lui (aucune trace de lutte dans l'appartement, au contraire: des bouteilles de jus de fruits sur la table basse témoignent du fait qu'il y a du avoir conversation à bâtons rompus...): bref, elle a probablement trompé Blaney, avec lequel elle s'apprête pourtant à fuir.

Blaney trouve refuge chez un copain, mais l'épouse de celui-ci fait tout pour l'éloigner, imposant à son mari de virer son copain.

Enfin, l'inspecteur est marié à une femme gentille comme tout, mais qui le met en danger permanent avec sa cuisine.

"Misogyne", dites-vous? Pas une surprise, en même temps, non?

 

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
11 novembre 2017 6 11 /11 /novembre /2017 17:30

Essayons peut-être dans un premier temps, de trouver des excuses à ce film... C'est vrai que depuis The birds, ça ne va plus très fort; c'est vrai que tout en étant indépendant, on ne peut pas forcément toujours faire exactement ce qu'on veut... Et c'est vrai que si c'est bien une erreur d'avoir lancé une telle production, le maître du suspense n'était aidé ni par son état de santé, ni par le script de ce film trop long, ni par un certain nombre de ses acteurs et enfin, ouf, ni par le livre qu'il adaptait: Topaz, de Leon Uris, un de ces romans d'espionnage qui s'immergeait dans la guerre froide et ses amusants particularismes. Des livres de ce genre, il a du en fleurir 15 par mois au début des années 60. Mais en 1969, qui intéressaient-ils encore?

Pas Hitchcock, en tout cas! Tout commence pourtant bien, par une séquence de défection à l'ouest d'un agent du KGB en résidence à Copenhague, et continue avec une histoire d'espionnage propice à bien des rebondissements: une scène de suspense dans un hôtel de Harlem où une délégation Cubaine invite toute une faune locale, de journalistes ou de militants... Quelques notations poétiques dans une séquence Cubaine qui obéit aux lois Hitchcockiennes (Elle présente les spécialités locales, mais ce ne seront pas que des cigares: foule, discours fleuve du lider maximo et torture sont en effet au menu)... mais voilà, le but de Leon Uris était politique. Il prenait parti, ce que Hitchcock n'a jamais fait. Et j'imagine qu'il a tenté d'insuffler de l'ironie là-dedans, mais... C'est raté. D'abord parce qu'on s'ennuie ferme, ensuite parce que les acteurs semblent avoir des infos contradictoires, certains adoptant un certain cynisme de bon aloi et d'autres jouant la carte du premier degré total.

Et puis il y a toute la partie française, les quarante minutes les plus ennuyeuses de la filmographie d'Hitchcock depuis au moins Juno and the Paycock! et ces personnages enfoncés dans des coucheries et autres histoires extra-conjugales, mais pas un d'entre eux ne nous donne envie de le soutenir ou d'avoir ne serait-ce que pitié de lui ou elle.

Pouah.

Bref, dans ce film qu'il n'avait pas envie de faire, avec des acteurs qu'il n'avait pas envie de diriger (Le personnage de Frederick Stafford mériterait de se faire assassiner sous la douche dans les trois premières minutes si vous voulez mon avis: l'acteur est nul. Mais alors nul. Sourcil inquisiteur, et une gamme d'expressions qui est réduite à une seule grimace, du début à la fin), il tente de mettre un peu de suspense, et d'atténuer la charge violemment anti-communiste qui est tellement ridicule que même McCarthy et Hoover ont du la trouver excessive. mais loin de sa partie, même Hitchcock ne peut pas tout.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 09:38

Un producteur installé, au carnet d'adresses impressionnant, un réalisateur aguerri, au talent phénoménal, une intrigue noire et passionnelle qui passe par amours contrariées, jalousie, rivalité, obsession sexuelle, un décor qui profite de l'atmosphère (recréée bien sur) du Londres d'après-guerre, et des stars à la pelle. Bref, impossible que ça aille mal, n'est-ce pas? Eh bien si: ce film est catastrophiquement ennuyeux, vide, et se traîne durant deux heures. 

Un avocat Londonien (Gregory Peck) reçoit une mission prestigieuse: celle de sauver la tête d'une femme d'origine étrangère (Alida Valli) qui est accusée du meurtre de son mari, riche et aveugle... Aveugle oui, mais pas autant que l'avocat: il va tomber amoureux de sa cliente, mais aussi va être la victime d'un juge (Charles Laughton) irascible, et qui se serait bien gardé l'épouse de l'avocat (Ann Todd) pour son dessert...

Pour bien comprendre le désastre et sa raison d'être, rappelons donc la différence entre producteur et réalisateur. L'un est souvent l'employeur de l'autre, mais pas que: cessez de confondre, pour commencer, et comme on le fait toujours en France où le grand public ne comprendra jamais cette question, producteur et financier: le producteur a bien une main sur la partie artistique d'un film, mais ce travail consiste à rendre un tournage possible, l'aider, conseiller un réalisateur, et prendre des décisions et mesures logistiques. Ce qui explique qu'un Ford, ou un Wellman, pouvait tout bonnement les envoyer se faire voir (Et l'un et l'autre avait des termes très clairs dans ces circonstances)... Mais ce qui explique aussi que dans un système comme celui des studios, un producteur comme Irving Thalberg ou Joseph Kennedy avait plus de pouvoir qu'un réalisateur aussi dictatorial qu'il puisse être, et l'exemple auquel je pense est bien sur Erich Von Stroheim retiré du tournage de The merry-go-round en 1923, ou de celui de Queen Kelly en 1929!

Revenons donc à notre producteur et notre metteur en scène: c'est à ce dernier qu'incombent les plus importantes décisions artistiques. En d'autres termes, et le mot Anglais est clair à ce sujet: il dirige. Il instruit ses acteurs et techniciens, il oriente la production et il a la main sur tout, y compris la musique et le montage. Sauf que dans un bunker, pour reprendre l'analogie du musicien Andy Partridge, il ne peut y avoir qu'un seul Hitler! et c'est exactement le problème de ce film.

D'une part, le script rédigé par le producteur Selznick lui-même a été comme toujours révisé de jour en jour durant le tournage, sans trop de possibilités de se retourner. Ensuite, Hitchcock cherchait avec ce film à clore son contrat avec Selznick, justement, ce qui ne le poussait sans doute pas trop au conflit chronophage. Il l'a probablement beaucoup laissé faire. Mais le script de Selznick avait un problème: toutes ces stars (Peck, laughton, Valli, Ethel Barrymore, Charles Coburn, Louis Jourdan), il fallait les placer, les ménager, les choyer. Bref, le film est déséquilibré, et certains de ces acteurs souffrent d'ailleurs: Ann Todd est certainement la première des victimes du film! Et Selznick a pris le contrôle du film, et l'a recoupé: Hitchcock cherchait déjà à travailler en plans-séquences, ce que détestait Selznick, et il a saboté le montage pour couper les plans en permanence... et ça se voit. Bref, avec ce film Hitchcock achetait sa liberté.

Mais à quel prix...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 15:59

A Londres, en 1929, juste un jour comme les autres pour la police: appréhension d'un coupable, manquement de délit de fuite, arrestation, interrogation... Un jeune détective (John Longden) retrouve sa petite amie (Anny Ondra), et ils sortent... Mais aussi se disputent. Il faut dire que la jeune femme a une idée derrière la tête: elle passerait bien un peu de bon temps avec un autre homme. Celui-ci la ramène chez lui, mais ils ne sont pas d'accord sur la marche  suivre, et elle le tue alors qu'il tente de la violer. Elle part chez elle, hagarde, et se réveille pour apprendre qu'il y a eu un meurtre dans le quartier; et non seulement elle a laissé suffisamment de traces de son passage pour que son fiancé comprenne qu'elle a fait le coup, mais en plus il y a eu un témoin (Donald Calthrop), et celui-ci a décidé de la faire chanter...

Film muet, film parlant? A en croire Hitchcock, il avait commencé ce film en muet, et a paré à toute éventualité en préparant chaque scène pour une hypothétique synchronisation... Pas sûr que ce soit la vérité, car j'imagine que la production d'un film parlant devait quand même, au moment de redéfinir complètement les contours du métier, mais aussi les studios, le matériel, etc, prendre un peu de temps, un peu de planification, et disons un peu de réflexion aux dirigeants d'un studio! et du reste, la compagnie British International Pictures a tout bonnement sorti les deux versions du film simultanément: la version parlante pour Londres, mais aussi pour se pavaner dans les festivals et aux Etats-Unis, où la transition du muet vers le parlant était déjà bien avancée; et la version muette pour le reste du monde. Je pense que c'est celle qui a été vue le plus en cette année-là, mais jusqu'à une date récente, c'est la version parlante qui faisait foi. Les différences sont infimes, et une bonne part du film parlant est effectivement une "redite" du film muet. Le début du film, pendant une dizaine de minutes, est d'ailleurs de fait totalement muet, avec accompagnement musical sur bande-son. Les différences se font sensibles sur deux scènes: celle du meurtre, qui se voit ajouter un accessoire intéressant avec un piano, et celle, célèbre, dans laquelle le mot "knife" est prononcé tellement de fois devant la coupable, qu'elle en perd le reste du dialogue...

La version parlante est riche en superbes idées, mais possède un défaut rédhibitoire: le son. Pas au point, bien sur, on est en 1929... Mais le film reste vraiment très intéressant, ne serait-ce que par le naturel (Relatif) des débits et des accents. Il y a quand même un souci de rythme, et une ou deux scènes qui traînent inutilement en longueur. Mais on peut noter que si la version muette est clairement supérieure, elle n'est à peine plus courte! Et l'essentiel du film est là dans les deux, avec cette histoire de jeune femme qui, cette fois-ci, est bien coupable de meurtre! Qu'il soit justifié ou non importe peu, car d'une part le film développe quand même une situation propre à alimenter la misogynie (Un défaut qu'Hitchcock n'est pas près d'abandonner!), et on peut quand même se demander quelle était la motivation de cette jeune femme, pour abandonner son fiancé, et venir chez ce peintre! Mais, et ça, le metteur en scène le sait déjà, le public se fait avoir dans les grandes largeurs: oui, elle a tué, et que ce soit légitime ou non importe peu: nous sommes désormais de son côté, instinctivement... Comme son fiancé qui va tout faire pour qu'elle se disculpe. Ce qui nous arrange, c'est qu'il y a bien pire qu'elle, et on peut applaudir la prestation de Donald Calthrop en maître-chanteur, il est fantastique!

En fait, en se frottant pour son dixième film à une nouvelle histoire policière à suspense (Et ce n'est que la deuxième fois après The Lodger), Hitchcock retrouve une situation qui le motive, qui lui permet d'organiser ses idées visuelles, les rendre très efficaces, et faire ses gammes: il joue avec le son pour passer d'une séquence à l'autre (La découverte du corps, un procédé qui reviendra dans The 39 steps), il imagine des visions délirantes (La jeune femme pour laquelle les enseignes lumineuses "rejouent" la scène du crime), et il utilise avec une maestria impressionnante le procédé Shüfftan pour faire croire au spectateur que'une scène de poursuite a été tournée au British Museum! Bref, il s'amuse, beaucoup plus que dans The Manxman, ou Champagne et on sait combien c'est important pour ce réalisateur! Et tout en nous attirant dans ses filets pour nous obliger à endosser une part de responsabilité dans un crime en en développant le suspense, il nous montre le renoncement d'un homme, un policier qui est désormais motivé pour que la vraie coupable d'un meurtre ne se fasse pas prendre! 

Avec ce film, certes, le cinéma Britannique fait brillamment le passage vers le parlant, mais Hitchcock, lui, trouve enfin sa vocation.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Noir Muet 1929