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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 17:15

C'est tout de suite après Rope, qui n'avait pas eu un grand succès, que Hitchcock a mis ce film en chantier. Ca peut paraître insensé, mais en 1949, le metteur en scène n'était pas encore statufié comme il l'est aujourd'hui comme le maître du thriller, et il avait déjà à son actif deux films "en costumes", comme on dit, l'un tourné en 1933 (Waltzes from Vienna), l'autre en 1939 (Jamaica Inn). Du coup Under Capricorn est partagé, entre ses détracteurs qui veulent en faire un gros caprice du metteur en scène probablement mal avisé, et des zélateurs qui louent le romantisme échevelé du film, sa splendide utilisation des couleurs grâce à l'intervention décisive du grand Jack Cardiff, et les retrouvailles d'Hitch avec Joseph Cotten et Ingrid Bergman. La vérité est bien sur quelque part entre les deux, et on notera que le film reprend, partiellement, le style de découpage de Rope, ou plutôt de non-découpage, et qu'il sera tout autant un flop que ce même film...

L'Irlandais Charles Adare (Michael Wilding) débarque à Sidney, en compagnie de son cousin qui vient d'y être nommé gouverneur des Nouvelles Galles du Sud. Il entend bien faire fortune, et repère assez vite un homme qu'on lui présente comme un modèle de réussite, Sam Flusky (Joseph Cotten) les deux hommes deviennent amis et Charles séjourne chez lui afin de se familiariser avec l'Australie. Il apprendra que Flusky a, comme beaucoup d'Australiens, été un bagnard, puisqu'il a purgé sept ans pour meurtre, et fera la connaissance de Henrietta Flusky: contrairement à Sam, lady Henrietta est noble, et Charles va très vite s'attacher à elle; il va surtout tenter de la guérir de son alcoolisme, et lui donner envie de reprendre la vie sociale qu'elle a abandonné...

Hitchcock réutilise donc beaucoup ces plans-séquences très dynamiques avec lesquels il avait expérimentés dans Rope, sans les rendre systématiques cette fois. Son idée est probablement de donner une vie, et une tension à cette intrusion de Charles Adare dans un monde qu'il ne connait pas. Beaucoup de scènes du film, en effet, sont tournées selon son point de vue, et le jeune intrigant aborde finalement tout, et en particulier la vie sociale, du point de vue d'un noble habitué des coutumes et des manières Anglaises. Il était fatal qu'à un moment ou un autre il n'entre en conflit avec les manières de son hôte, qui au moment de son mariage avec celle qui était Lady Henrietta, était quant à lui un modeste palefrenier... Et c'est précisément le sens de ce film finalement très démocratique, qui tend à démontrer que la véritable noblesse de Sam et Hattie, tient dans leur amour et les sacrifices que l'un et l'autre ont enduré. En bon Londonien, natif des quartiers populaires, Hitchcock avait une leçon à donner, le fait qu'elle l'ait été dans un film romantique en costumes me semble assez cocasse...

Sinon, ce que reprochent les amateurs de l'ouvre d'Hitchcock à ce film tient en un malentendu: ce n'est pas un film d'Hitchcock, pour eux. D'ailleurs Hitchcock lui-même a eu tendance parfois à leur emboîter le pas... Mais ils font, à mon sens, fausse route. Si le film reste un poids léger en raison de ces plans-séquences dont je maintiens qu'ils alourdissent le film sans lui apporter grand-chose, et parce que Michael Wilding n'est pas le meilleur choix, Under Capricorn parle comme on l'a vu de classes sociales et d'évolution vers l'égalité, mais aussi d'amour fou, celui qui amène parfois à tuer (Il y en a plusieurs dans le film, mais je vous laisse découvrir l'intrigue). Under Capricorn est aussi un film, un de plus, qui évalue le poids des conventions et des préjugés face à la notion de culpabilité, mais aussi de partage de la responsabilité du crime. Bref, des thèmes hautement Hitchcockiens, rassemblés dans un film qui tente une expérience inédite, celle du gothique Australien...

 

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 18:42

Le film est adapté d'une pièce de 1929, écrite par Patrick Hamilton. L'adaptation a été co-signée par Hume Cronyn, ce qui ne nous étonnera pas trop: Cronyn est un ami très proche de Hitchcock, qui souhaite effectuer son premier film indépendant en famille, en quelque sorte. Il signe aussi son premier film en couleurs, ce qui ne va pas l'empêcher d'être très à l'aise avec sa nouvelle palette. Non, décidément, avec Rope le problème est ailleurs...

Rappelons que l'intrigue concerne une soirée, sensée se dérouler en temps réel ou presque. Deux jeunes hommes, Brandon (John Dall) et Philip (Farley Granger) ont mis un plan fou à exécution: ils ont étranglé leur ami David, parce que Brandon le prend pour un faible, et ils invitent des gens à une soirée, dont les parents de la victime, et Rupert Cadell (James Stewart), un ancien professeur, qui a souvent professé des théories Nietszchéennes un peu à tort et à travers. Durant la soirée, Cadell observe Philip devenir de plus en plus nerveux, et va aussi trouver des indices sur la présence de David, l'absent dot tout le monde parle... Il en vient à soupçonner très clairement les deux amis d'avoir commis le meurtre.

Le propos est tout de suite aussi clair que possible, puisque dès le deuxième plan, on assiste à un meurtre un peu gratuit: en gros, pour Brandon qui est le principal instigateur, tuer David revient à prouver qu'on peut le faire, et inviter des amis dans la foulée, c'est se rendre maître de la situation en assumant une bravade propre à situer le meurtrier au-dessus de la mêlée. Mais l'invitation de Cadell permet d'une part à Brandon et Philip de faire face à quelqu'un qui va convenablement les juger, elle permet aussi à Cadell de mesurer à quel point ses provocations répétées (Il adore choquer en prônant le meurtre comme sélection sociale) ne tiennent pas face à l'épreuve des faits. Le film conte, d'une certaine façon, le réveil d'un humain face à l'ignoble réalité du mal... A ce titre, Hitchcock choisit de passer expertement d'un point de vue à l'autre: Brandon, Philip et Cadell... Le film est un triangle entre les trois, même si une intrigue secondaire, qui fait un peu plus passer Brandon pour un monstre, nous conte comment ce dernier invite la petite amie de sa victime en compagnie d'un autre garçon, dans le but de les rapprocher maintenant que la voie est libre... Cela a au moins le mérite de faire partir tout le monde plus tôt, car décidément, seul les trois personnages qui vont rester dans la confrontation sont vraiment importants.

Et bien sur, il faut aborder les sujets qui fâchent: Brandon et Philip vivent ensemble, et il semble que toutes et tous soient au courant. La première scène, celle qui les voit étrangler David (avec difficulté, bien sur, comme souvent chez Hitchcock qui ne nous a jamais caché que même s'il est tentant de faire le mal, le meurtre n'est en rien une chose physiquement facile), se termine par une conversation qu'il n'est pas difficile de prendre pour ce que les Anglophones appellent le pillow talk, les conversations sur l'oreiller: Philip essoufflé reprenant ses esprits (Ce que d'ailleurs il ne parviendra pas à faire), Brandon rassasié, assumant parfaitement ce qu'ils viennent de faire, et se payant le luxe d'allumer une cigarette dont il tire une longue bouffée... Plus tard, il apparaît que Brandon a invité Cadell précisément pour impressionner ce dernier... Hitchcock, toute sa vie durant, a confondu le crime et l'homosexualité, et les a liés, notamment dans certains personnages (Leonard dans North by Northwest, Bruno dans Strangers on a train, la liste serait longue), toujours intimement liés au crime. Cete profonde assimilation de l'homosexualité et du mal est hélas indissociable de son oeuvre...

Mais ce n'est pas le seul motif de fâcherie de ce film. S'il réussit à créer un suspense avec des moyens proprement cinématographiques, s'il tire de son nouveau jouet, la couleur, des effets convaincants (Il l'utilise en particulier pour faire passer le temps de manière convaincante, une nécessité pour un film en temps réel tourné en studio), en revanche, Hitchcock sacrifie beaucoup à une lubie: il a désiré tourner le film en plans-séquences... Oubliez la légende qui nous rabâche que le film est en fait un seul plan, c'est doublement faux: d'une part, le magasin de pellicule utilisé à l'époque ne peut contenir que minutes de négatif; donc des raccords bien pensés mais parfois embarrassants (La caméra plonge soudain sur un vêtement sombre pour obtenir une fraction de seconde de noir permettant un imperceptible changement de bobine, mais le mouvement de caméra ne peut en aucun cas se justifier pour quelque autre raison que ce soit) permettent de prolonger certains plans, mais à quatre reprises, Hitchcock coupe, pour de frai, et ces passages sont souvent parmi les plus convaincants. De la part de quelqu'un qui a souhaité prouver la supériorité du cinéma sur le théâtre filmé, cette idée était de toute façon purement et simplement idiote. Propice à faire parfois monter la tension, mais aussi à apporter tellement de problèmes à résoudre que le dispositif, ne s'imposait absolument pas. Plus grave, le dispositif vient parfois se substituer à toute possibilité de mise en scène, et pour un génie comme Hitchcock, c'est impardonnable...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 16:34
Shadow of a doubt (Alfred Hitchcock, 1943)

Celui de ses films qu'a longtemps préféré Hitchcock commence par une séquence qui utilise un motif qui reviendra: comme l'oeil d'un entomologiste, la caméra s'insinue à New York, visitant un quartier puis une rue, puis une maison, puis une fenètre, et enfin pénètre dans une chambre où un homme, allongé sur un lit, fume un cigare. A coté de lui, sur une table de nuit, des billets de banque... On reverra ce dispositif, plus fluide encore, à l'ouverture de Psycho. On va très vite savoir que Charlie Oakley (Joseph Cotten) est un tueur de veuves, un Landru moderne, et que la police est à ses trousses. Il échappe d'ailleurs de peu à une confrontation avec deux détectives. Il prend la décision de partir vers l'ouest ou il va visiter la famille de sa soeur. Hitchcock nous invite donc à le suivre à Santa Rosa, Californie, et nous présente la famille de "l'oncle Charlie": sa soeur, aimante et aveugle à la nature profondément noire de son petit frère chéri, le beau-frère Joe, un banquier modeste qui trompe son ennui en discutant de criminologie et de meurtre avec son voisin Herb, les deux petits Ann et Roger et surtout la nièce préférée, qui s'appelle elle aussi Charlie. Mais si l'arrivée de l'oncle tueur va bouleverser la famille, c'est surtout la jeune charlie (Teresa Wright) qui va le ressentir: en effet, elle va découvrir la vérité sur son oncle, un homme qu'elle a toujours vénéré, et grandir de façon spectaculaire par la même occasion.

Charlie et Charlie: dès leur introduction, Hitchcock lie les deux membres de la même famille en les présentant dans la même position, pris dans une étrange connection télépathique... Alors que son oncle est en route pour Santa Rosa, la jeune Charlie qui s'ennuie, seule allongée sur un lit comme l'était Charlie Oakley dans sa chambre à New York, finit par aboutir à la conclusion que ce dont la famille (Et elle en particulier) a besoin, c'est de son oncle Charlie, pour les secouer un peu... Au moment d'envoyer un télégramme pour le faire venir, elle apprend qu'il est déjà en route. Cette connection entre eux, est l'élément principal qui précipite le drame: s'il dit souvent que Charlie est "sa nièce préférée", l'oncle sait aussi que la jeune femme est la plus à même de découvrir la vérité sur lui. Elle va en attandant se rendre compte assez vite que l'homme est un misanthrope, et un misogyne qui justifie ouvertement le meurtre de femmes inutiles dans une conversation à table, qui devient glaçante par l'utilisation d'un travelling lent et très précis, qui se termine sur le visage terrifiant du criminel... La dualité entre les deux permet à Hitchcock d'explorer avec bonheur l'idée de l'intrusion du mal dans une famille Américaine aussi conventionnelle que possible (Certes, ils s'en défendent, mais ils sont de braves gens, un peu excentriques, mais comme il en existe des milliers). Un Charlie est-il l'équivalent d'une Charlie? La jeune femme découvre avec effarement la proximité du crime, qui va de pair avec sa proximité avec l'oncle chéri... qui va vite devenir l'oncle dangereux, puis un meurtrier qui menquera par deux fois de la tuer.

Dans ce qui est le prototype de ses films noirs à venir, d'une rigueur impressionnante, Hitchcock observe une ville entière se mettre aux pieds d'un homme tellement flamboyant, si beau parleur, si séduisant, mais qui est le mal incarné. Je ne pense pas qu'il y avaiat chez le metteur en scène une intention de dénonciation des idéologies extrémistes en vigueur en Europe (Même si le discours froid de l'oncle Charlie sur le fait de se débarrasser de vieilles dames inutiles, ou le plan qui voit le voyageur satisfait arriver et laisser toute sa famille courir devant avec ses valises, pendant que lui, l'homme supérieur prend son temps et flâne avec plaisir); il généralise, et fait de Charles Oakley le symbole du crime, qui nous est montré comme étant une possibilité dans des petites bourgades aussi normales et tranquilles que Santa Rosa: sans que personne ne s'en rende compte, le diable est arivé chez eux. Et quand il mourra, tout le monde le pleurera et lui fera même des funérailles en grande pompe, parce que dire la vérité, c'est admettre que le mal est partout, et ni la jeune Charlie ni son grand benêt de fiancé détective ne le souhaitent sans doute...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Noir
21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 17:58

Restauré par le BFI, dont les techniciens ont fait ce qu'ils ont pu avec les pauvres copies en 16 mm qui restent de ce film, Easy virtue est l'un des films mal-aimés d'Hitchcock, et je ne parle même pas du public ici, mais bien du maître lui-même... Cinquième réalisation après The pleasure garden, The mountain eagle, g>The Lodger et Downhill, le film est une adaptation d'une pièce de Noel Coward, donc dès le départ un type de sujet qui n'attirait pas vraiment l'auteur, déireux de poursuivre la voie policière engagée avec The lodger en 1926; il conte les mésaventures d'une femme lâchée dans la jungle de la haute société Britannique après le scandale retentissant de son divorce: à l'instigation de son mari alcoolique et brutal, elle avait posé pour un peintre qui se confondait d'amour pour elle, s'était suicidé et lui avait légué sa fortune. Suite à la publicité malencontreuse autour de cette affaire, Larita Filton décide donc de changer de nom et d'horizon, et part se dorer la pilule sur la Côte d'Azur, ou elle ne tarde pas à rencontrer le grand amour en la personne d'un Anglais jeune, riche, beau, et célibataire. Ils se marient, et rentrent en Angleterre, où il sera bien difficile à Larita Filton (Isabel Jeans) d'affronter les effets pervers de la résurgence du passé.

Pas de crime ici, pas d'enquête: juste une culpabilité affichée, stigmatisante, pour une femme qui n'a rien fait que d'être désirée. Bien sur, on comprend ce qui a pu rebuter HItchcock a posteriori dans ce film (Ainsi que dans d'autres oeuvres Anglaises qui l'embarrassaient à la fin de sa vie): cette impression d'insularité, d'impossibilité pour le film d'avoir un sens réel à l'exterieur d'un contexte Britannique, est gênante comme l'est du reste souvent toute intrigue mélodramatique. Mais Larita est coupable aux yeux de la société, d'avoir inspiré le divorce, et de ne pouvoir faire rien d'autre que de provoquer à la fois désir et méfiance chez les hommes... Hitchcock, tout en remplissant son contrat (Le film est donc un mélodrame froid sans humour, situé en partie sur les rives ensoleillées de la méditerranée), offre quelques séquences personnelles, dont celle du procès qui ouvre le film, dans laquelle le cinéaste s'amuse à mélanger le temps présent et les flash-backs en cadrant sur un objet, en rebondissant sur une idée. Comme d'habitude, il sait à merveille inspirer chez le spectateur l'impression de palper la culpabilité, qu'elle soit réelle ou ressentie... Et il réussit une courte scène sur une idée géniale: une déclaration d'amour au téléphone nous est livrée par les réactions d'une belle standardiste qui entend toute la conversation. Nous savons ce qui se dit grâce à ses impressions qu'il nous suffit de lire sur son visage. Une belle idée, donc, et quelques minutes à sauver. C'est bien peu pour un film, mais c'est bien plus que ce que je sauverais de The Skin game ou de Juno and the paycock... Signalons par ailleurs que le film a fait l'objet d'un remake en 2008.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Muet 1927
27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 16:49
Saboteur (Alfred Hitchcock, 1942)

Un homme injustement accusé d'avoir commis un crime court à travers les Etats-Unis pour se disculper, et au fur et à mesure passe d'une situation rocambolesque à l'autre, tout en entrainant une jeune femme persuadée de sa culpabilité mais attirée quand même par lui... Cette intrigue rappelle vraiment The 39 steps, bien sur, et on sent d'ailleurs Hitchcock à l'aise, dans ce qu'il sait faire au mieux: un film aux dimensions modestes mais aux frissons maximum, qui plus est parfaitement orchestrés. On est en guerre, et à sa façon Saboteur est un film de propagande, comme la majorité des films du metteur en scène durant la période. Il est aussi sa première rencontre avec la Universal, qui distribue le film produit par Frank Lloyd; je ne sais pas ce qu'il faut attribuer vraiment à Lloyd, tant le film est purement Hitchcockien.

Le film commence dans une usine Californienne: on y construit des avions, et les premiers plans nous montrent de nombreux hommes armés, à cause de la crainte des saboteurs en cette période de guerre. Un homme, Barry Kane (Robert Cummings) perd son meilleur ami dans un attentat, dont il sait que c'est un nommé Fry (Norman Lloyd) qui l'a perpétré; le problème, c'est d'une part que personne ne connait Fry, pas même les supérieurs de Kane, et que personne ne l'a jamais vu; d'autre part, des témoins sont près à jurer qu'ils ont vu le héros tendre à son ami le piège qui lui a couté la vie. Incapable de se disculper, Kane s'échappe et part en quête de Fry, déterminé à faire justice et se laver de tout soupçon. En chemin, il rencontrera beaucoup de monde: un camionneur sympathique, un aveugle particulièrement clairvoyant, sa nièce particulièrement soupçonneuse (Priscilla Lane), des "monstres" de cirque, et bien d'autres encore...

Hitchcock, à mon sens, avait tout à perdre à se retrouver estampillé réalisateur de films de prestige comme le souhaitait David O. Selznick, et c'est la raison pour laquelle le metteur en scène était en souvenir de ses années en Grande-Bretagne, attiré par ce genre de films, populaires et mouvementés. Aux commandes de cette oeuvrette qui a la bougeotte (On y traverse les Etats-Unis du Sud-Ouest jusqu'au Nord-Est), Hitch se plait à replacer la structure de The 39 steps jusque dans de nombreux détails, et il serait d'ailleurs intéressant de se livrer à une comparaison des deux! il revisite son propre univers avec gourmandise, et nous livre une galerie de méchants qui sont tous plus raffinés les uns que les autres, des scènes de décalage inattendu, comme ce référendum improvisé entre les phénomènes de foire d'un cirque qui votent pour savoir s'ils vont aider Kane ou le donner à la police, et bien sur il nous donne avec Kane un homme du peuple, foncièrement innocent mais qui porte sa part de culpabilité innée comme tous les grands héros du metteur en scène. Celui-ci était plutôt satisfait de Robert Cummings, mais s'avérait exaspéré qu'on lui ait imposé Priscilla Lane. C'est franchement injuste: elle est excellente... Le film aussi, d'ailleurs: avec Suspicion, il est l'un des premiers classiques Américains du metteur en scène, qui s'en prend cette fois au Mal avec un grand M, incarné dans un plan superbe, qui voit l'usine dont les murs sont clairs, soudain envahie de fumée noire qui s'infiltre partout...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 07:09
The trouble with Harry (Alfred Hitchcock, 1955)

The trouble with Harry, ou... Le problème avec Harry, c'est qu'il encombre out le monde, mais Hitchcock n'en a cure. Pour révéler l'étrange humanité des habitants d'un petit coin tranquille du Vermont (Discrètement appelé Highwater, ce qui me fait irrésistiblement penser à une phrase parfois utilisée pour parler d'un cas de force majeur: "come hell or high water". Ce qui associe automatiquement de façon langagière le nom de la ville avec l'enfer...), Hitchcock, inspiré par un roman du même nom de Jack Trevor Story, leur balance dans les jambes un cadavre. Découvert par les uns e les autres, il est bien vie revendiqué par son épouse, la jeune Jennifer Rogers qu'il a abandonné, et qui lui a donné un coup lorsqu'il lui a rendu visite le jour même; le Capitaine Wiles, un retraité un peu braconnier sur les bords, a quant à lui tiré trois coups de feu, et pense avoir tué Harry; enfin, sa voisine mademoiselle Gravely a vaillamment combattu pour son honneur lorsque Harry déboussolé (Ivre? Sonné par le coup porté par Jennifer?) a tenté de l'emmener dans un buisson... Comme le tire Français, on peut donc s'amuser à poser la question: Mais qui a tué Harry?

Et pourtant, ce film n'a rien d'un whodunit. On assiste surtout à un jeu de chat et de souris entre les braves gens nommés ci-dessus (Aidés par Sam Marlow, un peintre raté qui vit lui aussi sur ces lieux idylliques) d'un côté, et le représentant de la loi, un deputy Sheriff pas très futé, du nom de Calvin Wiggs. Si Hitchcock s'amuse à nous rappeler le crime en nous montrant souvent le corps de Harry, c'est que les gens qui le revendiquent collectivement sont obligés pour une raison ou l'autre de l'enterrer et de le déterrer constamment. Et le corps de Harry, vu le plus souvent par la base, c'est à dire les pieds, devient de plus en plus encombrant au fur et à mesure que la journée passe...

le film a été boudé par le public, qui attendait un autre genre de frisson, et c'est bien dommage, tant cette histoire de cadavre récalcitrant est séduisante par son humour noir, et la mise en scène en mode mineur de Hitchcock qui s'amuse à nous donner à voir le meurtre sous un autre angle: comme parie intégrante, en fait, de la vie: à la vérité, tous semblent avoir une bonne raison d'avoir tué l'encombrant Harry, qui est parfois plaint, mais du bout des lèvres, par ceux qui doivent s'en débarrasser. Et le fait que les quatre protagonistes s'apprêtent au terme de cette journée à former deux couples leur fait trouver de nouvelles raisons... Mais on peut se pencher sur ce film qui s'amuse à triturer la morale, et constater que dès le départ, Hitchcock cadre (Pour les deux premiers plans du film) une église, flambant neuve et toute de blanc, qui est probablement le centre du village. On ne la verra plus, car tout ce qu'on verra, même si c'est en mode mineur, est du péché. Et ça va assez loin, car une bonne partie des dix commandements s'en prennent dans la figure: le Capitaine a des vues sur Miss Gravely, et braconne, ce qui fait automatiquement de lui un pécheur, qui convoite les biens d'autrui. Miss Gravely sélectionnant "une tasse pour une main masculine" fait dans la métaphore, et semble s'intéresser au péché de chair. Sam et Jennifer sont au bord de l'adultère, puisqu'elle est veuve (Deux fois!). Le fiston de Jennifer semble vivre sa vie à l'écart des adultes, une section qui est aussi couverte par les dix commandements: Tu honoreras ton père e ta mère! Enfin, le meurtre, ou sa revendication, est bien entendue couverte, sans compter que de tous ces gens, pas un ne semble avoir une pensée émue pour le défunt.

Hitchcock nous livre avec ce film aux couleurs automnales magnifiques, situé dans un des plus bucoliques endroits des Etats-Unis, un film profondément noir, mais en bon Britannique, il assène sa soupe au vitriol avec une histoire au charme certain, aux dialogues décalés marqués d'un humour à froid, qui a détourné les spectateurs des salles, ce qui est dommage. En tout cas, ce film noir déguisé en bonbon a fini par atteindre un statut de classique paradoxal, bien mérité à mon humble avis. Et Hitchcock a quand même permis au pauvre Harry d'avoir son mot à dire: en jouant à trois reprises avec une porte qui s'ouvre intempestivement, en nous montrant jusqu'à l'ombre des grands pieds tous raides, il lui autorise à hanter le film... C'est bien le moins.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 17:14

C'est le premier film d'Alfred Hitchcock, et si le Maître lui-même n'a pas beaucoup vanté les mérites de ce film, préférant considérer son troisième long métrage (The Lodger, son premier film policier, ceci expliquant cela) comme le premier de ses "vrais" rejetons, il vaut bien mieux que ce que le metteur en scène pouvait en dire. Il est vrai que la situation était probablement frustrante: comme The mountain Eagle, son deuxième film (Dont aucune copie n'a survécu), The Pleasure Garden est un film Britannique, mais tourné par le producteur Michael Balcon dans les studios Allemands. Hitchcock se trouvait donc confronté à un cinéma riche (Il aurait selon la légende assisté à quelques heures de tournage de Faust de Murnau!!) et inventif, tenté de suivre cette voie, mais contraint de rendre une copie aussi tiède que possible à ses commanditaires Anglais. Pourtant, ce mélodrame haut en couleurs et en improbabilité est tout sauf commun...

On y assiste à la rencontre entre deux femmes, Patsy, une "chorus girl" (Virginia Valli) qui travaille dans la boîte "The Pleasure garden", et Jill, une aspirante danseuse que Patsy accueille chez elle. Sous l'apparence d'une oie blanche (Elle s'agenouille pour prier avant de se coucher), elle est en fait dotée d'une redoutable ambition. Lorsque Hugh, le petit ami de Jill débarque, celle-ci lui promet monts et merveilles mais s'offre à des mécènes, pendant que Patsy qui est vaguement amoureuse de Hugh cède à la cour effrénée du partenaire de celui-ci, et accepte sa proposition de mariage. Mais les deux hommes doivent repartir pour les colonies pour des raisons professionnelles, et Patsy ne sait pas que son mari est en ménage avec une indigène...

Il y a de tout dans ce premier film d'Hitchcock, de tout et même de n'importe quoi... D'une part, HItchcock utilise le monde du spectacle pour montrer un microcosme, comme il le refera souvent durant sa période Anglaise, et il montre surtout son amour des petites gens, incarnés par Patsy, par opposition à l'ambition démesurée de Jill, et aux hommes riches et au monde faux qui l'entourent. Puis il questionne les sentiments des uns et des autres avant de nous montrer, de façon surprenante (Dans la meilleure scène du film, bien sur), son premier meurtre. Une curiosité, certes, qui a souffert des ravages du temps... Mais quelle carrière... et ce n'était que le début.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Muet 1925
13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 16:28

Rebecca était, c'est un fait établi, plus le film de Selznick que celui d'Hitchcock. Il a reçu l'Oscar du meilleur film en 1940, c'est entendu, ce qui ne veut pas dire qu'il était forcément meilleur que d'autres films qui concouraient cette année là pour la précieuse statuette: après tout, parmi les concurrents, on trouvait par exemple The grapes of wrath de John Ford, The great dictator de Chaplin... et Foreign Correspondent. Ce n'était pas l'habitude de Selznick de garder pour lui ses poulains, qu'ils soient acteurs ou metteurs en scène, et tant mieux. Dès le travail d'Hitchcock accompli sur Rebecca, le producteur l'a laissé se dégourdir les jambes sur cette audacieuse production qui lui correspondait tellement plus... Et qui a un peu le statut de film de vacances. C'est étonnant, quand on y pense, tant cette production indépendante (Due à l'intéressant Walter Wanger) ressemble à un état des lieux Hitchcockien, un catalogue conçu par le metteur en scène avant d'aborder la suite de sa carrière Américaine! Un grand nombre de thèmes qui reviendront sont ici abordés, de la dangereuse tentation de mêler amour, espionnage et politique, à la difficile survie sur une embarcation bien fragile en plein océan...

Johnny Jones (Joel McCrea), rebaptisé Huntley haverstock par son patron, est nommé correspondant de presse pour un journal Américain. On est en 1939, et la guerre menace en Europe; le patron veut des reportages véridiques, du vécu, pas du prédigéré comme ont trop souvent l'habitude de lui envoyer ses autres employés envoyés en Europe. Avec "Huntley Haverstock", il va en avoir pour son argent! Très vite, le jeune reporter met les pieds dans une drôle de situation, étant témoin du meurtre d'un homme politique Hollandais, poursuivant des bandits jusque dans des moulins, survivant à un attentat sur sa personne perpétré par un vieux traître cockney (Edmund Gwenn)... et surtout rencontrant la belle Carol Fisher (Laraine Day), la fille d'un important diplomate (Le suave Herbert Marshall) aux étranges fréquentations.

 

Un peu à l'image de Scott ffoliot, le personnage à l'étrange patronyme (L'absence de majuscule pour la consonne double qui ouvre le nom de famille est non seuelemnt intentionnelle, elle est explicitée dans le film et devient même à une ou deux reprises un signe cinématographique important!), qui apparait et disparait de façon inattendue, les péripéties s'enchaînent sans temps morts... On sent qu'Hitchcock est totalement à son aise avec son histoire, qui lui permet finalement d'accumuler les ruptures de ton, passant du film d'aventures improbable (Poursuite sur le plat pays, d'un moulin à l'autre) à la propagande pro-interventionniste (Ce qui n'était pas en 1940 du gout de tous, rappelons-le), tout en explorant ses thèmes et ses types de personnages préférés. disons qu'avec Herbert Marshall, l'espion devenu presque si Anglais qu'il a des regrets à trahir le pays de sa fille, il a trouvé un "méchant" passionant et à la hauteur. Et Joel McCrea, préfiguration de ce que Hitch fera de Cary Grant quelques années plus tard, on sent le metteur en scène prèt à tout: ce n'est sans doute pas à Laurence Olivier qu'il aurait demandé de tourner une scène en caleçon et peignoir, et McCrea qui a tourné quelques comédies avec Preston Sturges, incarne à merveile le décalage du 'straight man' dans le panier de crabes de l'espionnage.

 

Se terminant sur un plaidoyer pour l'intervention Américaine, un rappel de l'importance de la démocratie et de la décence dans le monde de1940, le deuxième film Américain d'Hitchcock renvoie un peu à certains de ses meilleurs films Anglais, à commencer par The lady vanishes, dans lequel le spectre de la guerre était déjà bien présent. Et il inaugure une série de films qui se poursuivra jusqu'à Notorious, dans lesquels la présence inévitable, ou les souvenirs des conflits lointains se feront ressentir aux Etats-Unis. Cette série de films de propagande prend sa source dans ces 120 minutes bondissantes, mais toujours justes, qui mériteraient mieux que d'âtre constamment considérées comme appartenant à 'un Hitchcock mineur'.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 17:44

The 39 steps étant la réussite -et le succès- que l'on sait, il est intéressant de voir Hitchcock battre le fer tant qu'il est chaud, avec un film adapté d'un roman de Somerset Maugham qui semble dans la même veine: espionnage, aventure, rebondissements, et étude très poussée du suspense... Comme le précédent, le nouveau film d'Hitchcock se paie en prime le luxe de partir d'une situation légère, avec une intrigue bien dans la ligne du genre choisi par l'auteur, avant de se diriger vers un drame amer, dont le pessimiste metteur en scène fait une réflexion très en avance sur son temps, sur le devoir, le meurtre, et les apparences trompeuses...

 

1916: Un auteur Britannique en vue (John Gielgud), engagé volontaire, apprend sa soi-disant mort à l'arrivée à Londres. On a décidé de le supprimer, afin de faire de lui l'agent idéal: il s'appelle désormais Richard Ashenden, et a pour première mission de se rendre en Suisse pour y mettre fin aux activités d'un agent Allemand. De cette mission dépend l'issue de la guerre au moyen-orient. Sur place, il est rejoint par un autre agent, un Mexicain (Peter Lorre) qui répond au surnom de General, coureur de jupons et spécialiste sans trop de scrupules de la mort violente; une surprise de taille attend 'Ashenden': il apprend à son arrivée à l'hôtel qu'il est marié, et rencontre en même temps qu'Elsa (Madeleine Carroll), son "épouse", un touriste Américain qui s'appelle Marvin (Robert Young), et qui courtise Elsa ouvertement. Les trois espions ne mettent pas très longtemps avant de découvrir un suspect potentiel en la personne d'un homme charmant (Percy Marmont), et marié à une Allemande... Le plus dur va être pour Ashenden, qui goute assez peu cet aspect de son travail, de supprimer l'espion.

 

Le film cesse de n'être qu'un simple divertissement, ou du moins de faire semblant de l'être, avec un épisode au suspense très appuyé: Le général et Ashenden ont réussi à pousser l'homme qu'ils soupçonnent à se porter volontaire pour une promenade dangereuse en montagne, et Ashenden va assister de loin, par le biais d'un telescope, au meurtre effectué par son complice; pendant ce temps, Elsa est restée en arrière, et discute avec l'épouse du supposé espion, en compagnie du chien de cette dernière, et de Marvin son éternel soupirant. Le montage alterne les deux lieux, et lie de façon inextricable la montée des trois hommes et l'inquiétude grandissante du chien, relayée par le visage d'Elsa qui se rend enfin compte de la situation... L'amertume manifestée par Ashenden est enfin montrée au grand jour, partagée par Elsa qui va pouvoir faire part à son "mari" de ses vrais sentiments. Pendant ce temps, l'inhumanité profonde de leur "ami" le Général apparaît de façon plus forte encore. Et comme bon nombre de ses futurs ennemis des héros, Hitchcock choisit de faire de son "méchant", l'espion recherché par les principaux personnages, un homme aimable, affable, foncièrement sympathique: simplement acquis à une autre cause. Le dégoût ressenti par Ashenden et Elsa est alors à son comble... L'espionnage sportif et bien propret se transforme en une découverte horrible de la nature humaine.

Mais le film se poursuit, vers une conclusion mi-figue, mi-raisin, qui évite autant de plonger dans le manichéisme que de renvoyer les protagonistes dos à dos. On y différencie Elsa et Ashenden, d'une part, et les Général et l'espion d'autre part, dans un accident qui ressemble à s'y méprendre à la main du destin: le train Allemand qui emmène tous nos protagonistes est en effet attaqué par l'aviation alliée... au milieu de la boucherie, seuls les deux héros en réchapperont. Une façon comme une autre de botter en touche, ce qui n'empêche pas Hitchcock de nous avoir gratifié d'une belle leçon d'humanisme, à l'encontre du rire désarmant et diabolique du général lorsqu'il apprend qu'il a tué un innocent! En pleine montée des périls, Hitchcock montre que son attachement à la cause de la liberté ne se fait pas sans conditions, ni dans la confiance aveugle en l'idéologie dont se réclame son pays.

Pour finir, ce petit film mené tambour battant n'oublie pas de nous gratifier de l'humour typique de son auteur, qui s'amuse beaucoup en ouvrant sur une cérémonie funéraire se terminant par un des exécutants qui part en emportant un  cercueil vide... Les passages obligés de la Suisse, un exercice en utilisation des clichés auquel Hitchcock est passé maître, font qu'Ashenden et le général vont bien sur mener leur enquête dans une fabrique de chocolat... Sans être aussi brillant que The 39 steps, ce film déséquilibré entre l'excellence de Lorre, la bonhomie de Robert Young, l'énergie de Madeleine Carroll d'un côté, et un Gielgud encore un peu transparent est une étape notable dans l'évolution d'Hitchcock.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 17:43

Au moment d'aborder son quatrième film lors de ses entretiens avec François Truffaut, Hitchcock sur la défensive part bille en tête sur l'hypothèse que Downhill est un fort mauvais film. Ce qui est étonnant, et Truffaut de son côté ne manque pas de le noter... Peut-être Hitchcock a-t-il difficilement digéré, après avoir réussi à imposer son style et ses idées dans un film entièrement fait selon son coeur (The lodger) de devoir à nouveau composer avec d'autres (Producteur, scénariste en vue, et pour couronner le tout, ce dernier est aussi l'acteur en vue de ce film...). On a pourtant ici un aspect plus qu'intéressant: le film parle après tout d'un thème qu'il a déjà abordé dans The lodger, et dont on sait à quel point il lui sera cher toute sa carrière durant: le faux coupable...

 

Roddy Berwick (Ivor Novello) est un jeune étudiant auquel tout réussit: son père est justement fier de lui. Mais un jour, tout bascule: une jeune femme qui travaille dans une boutique proche de l'université l'accuse d'avoir piqué dans la caisse; il ne l'a pas fait, mais connait le coupable, et pour l'honneur de l'université refuse de le dénoncer. Il est exclu, puis son père le déshérite... il doit quitter le confortable domicile familial, son avenir, et toute perspective de bonheur, tout ça pour rien... Il se retrouve vite dans la déchéance, fait un héritage imprévu qu'il va dilapider dans un mariage absurde, et va aller plus bas encore...

 

Les motifs de satisfaction ne manqueraient pas pour le jeune Hitchcock ici: d'une part, son désir de tout faire passer par l'image à l'instar de son maître Murnau se concrétise souvent, et avec d'excellentes idées; ensuite, il donne à voir un film bien de son temps, rythmé par une musique omniprésente, ce qui est étonnant pour un film muet! Et surtout, il donne vie au titre et à l'idée de déchéance qu'il contient, en montrant à l'issue de chaque nouvelle expérience Roddy Berwick sur une pente descendante, avec à chaque fois une nouvelle façon de le dire, toujours intégrée dans la dynamique de l'histoire: l'escalier chez ses parents, un escalator, un ascenseur, jusqu'à un escalier miteux dans une maison Marseillaise, ou une passerelle qui le mène, à demi-conscient vers un bateau.

 

Mais là ou on suivrait malgré tout le metteur en scène, c'est lorsqu'on s'aperçoit que toute cette déchéance repose sur du vide... Ce qui rend The lodger si fort, c'est l'ambiguité du personnage principal... Cette impression qu'il ne lui faudrait pas grand chose, comme tant de héros Hitchcockiens dont certains franchiront la ligne jaune d'ailleurs, pour être un vrai coupable. Roddy Berwick et son code d'honneur, coupable de rien, mais qui perd son droit d'appartenance au système de valeurs conservatrices hérité de dizaines de Lords hautains et condescendants, manque cruellement d'intérêt, aussi bien pour nous que pour un Hitchcock qui a si souvent dépeint la classe ouvrière Londonnienne avec tant d'esprit et d'affection. Et on serait parfois presque tenté de ricaner, notamment lorsqu'il tombe dans les griffes d'une chasseuse d'héritiers en mal d'épouse, interprétée par Isabel Jeans, accompagnée de l'excellent Ian Hunter qui joue son complice en affaires. Là se niche sans doute la raison du désamour d'Hitchcock pour ce film, et le fait qu'il s'agit quand même d'un long métrage mineur, assurément.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Muet 1927