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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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26 mai 2020 2 26 /05 /mai /2020 08:08

Le cinéma Français a très tôt raté le train du cinéma fantastique, malgré les efforts non négligeables d'un Méliès. Toujours cette idée que l'art devait rester réaliste, d'où un apport important en matière de proto-film noir... Mais la fantaisie, ce n'était pas suffisamment sérieux, ou alors ça entrait dans le cadre de l'avant-garde. Alfred Machin, qui n'était pas n'importe qui, s'est distingué essentiellement par un film pacifiste visionnaire en 1913, Maudite soit la guerre, des films animaliers et des films de safari (qui ont atrocement mal vieilli) ainsi qu'une envie de mettre en route la machine du cinéma en Belgique, ce à quoi il s'est employé. Mais en France, au milieu des années 20, il avait eu aussi cette envie de créer un cinéma du mystère à la Française...

Et pour bien faire, prêtons attention au deuxième nom qui est crédité ici en tant que réalisateur: Henry Wulschleger était aussi et avant tout un chef-opérateur, et cela se voit; le double crédit nous signale une collaboration parfaite entre un metteur en scène et un chef-opérateur qui fait un travail absolument remarquable dans ce film dont l'essentiel des scènes fut tourné de nuit, et qui en dégage un style très impressionnant.

Dans un petit village provençal à la quiétude trompeuse, un inconnu (Romuald Joubé) vient s'installer. La mine austère, un grand chapeau vissé sur la tête et ne se séparant jamais d'une grande cape, il intrigue puis fait peur: d'ailleurs, il s'est installé dans le grand manoir vide, derrière le cimetière. Des événements commencent à se produire la nuit, qui vont semer la panique.

L'intrigue se double aussi d'une histoire sentimentale, qui n'est pas le plus réussi du film: un jeune violoniste (Gabriel de Gravone) et une jeune femme du village (Lynn Arnell) mais le père de celle-ci ne veut pas de cette union. Et puis il y a l'acteur Cinq-Léon, acrobate, acteur comique et homme de cirque, qui joue un énigmatique (lui aussi) valet de l'homme en noir, gardant un chimpanzé. Il apparaît très tôt que cet homme poursuit un but malhonnête et que le chimpanzé est utilisé dans des cambriolages, ce qui a d'ailleurs pour tendance à affadir le mystère... Le fait qu'il y ait un animal, aussi, est à porter au crédit de l'intérêt de Machin pour toutes les bestioles, qui peuplaient ses films dans tous les genres.

Avec son histoire naïve, le film a le bon goût de rester relativement court, et de maintenir l'intérêt et la curiosité, jusqu'à une sombre histoire de poison qui va causer un accident ferroviaire, générant ainsi du suspense: rocambolesque, mais il est à porter au crédit des réalisateurs d'avoir réussi leur coup sans jamais perdre de vue le spectateur! Enfin, le film est certes assez mineur, avec ses personnages comme empruntés à Gance (Gabriel de Gravone et son violon comme dans La Roue) et Feuillade (Romuald Joubé en remake de Judex) mais franchement la photographie est une splendeur, avec ses trouvailles stylistiques qui feront date, comme cette vision d'un homme inconnu derrière la fenêtre...

 

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Published by François Massarelli - dans 1924 Muet Alfred Machin
13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 16:21

Déjà, rien que le titre inspire le respect. On ne se rend sans doute pas bien compte, mais filmer en 1913 une histoire d'amour transfrontalière, et montrer qu'elle est vouée à l'échec à cause de cette propension qu'ont les hommes à se foutre sur la gueule pour un oui ou pour un non, c'était quand même une belle transgression. A tel point que ce film Franco-Belge, tourné à la fin de l'été à grands frais par l'un des metteurs en scène de prestige de Pathé, a attendu huit mois, avant de bénéficier d'une sortie en... juin 1914. Ironique...

Machin, ce n'est pas n'importe qui. Toutes proportions gardées, il avait pour Pathé l'importance d'un Feuillade ou d'un Tourneur, et il lui a confié la mission d'aller en Belgique créer une production Pathé afin d'installer, de dominer et de contrôler le marché du Nord. Et Machin a tourné en toute liberté un certain nombre de films, dont celui-ci qui imagine une guerre fictive entre deux pays, à travers lesquels on devine aisément la Hollande et la Belgique.

Il imagine donc l'histoire d'un jeune homme envoyé par sa famille (Du pays du Nord) chez des amis (Du sud), afin qu'il puisse bénéficier de l'apprentissage militaire de l'aviation. Logé chez les amis le Morzel, le jeune Adolf apprend très vite, et non content de se faire beaucoup d'amis à l'académie militaire, il s'éprend aussi de la fille de ses hôtes. Mais bien sur, la guerre entre les deux pays éclate, et les deux amoureux doivent se dire adieu... Adolf, devenu un pilote émérite, on demande à un jeune as de l'aviation du Sud de l'abattre. C'est son ami personnel, le frère de sa fiancée qui exécutera la basse besogne, y trouvant lui même la mort...

L'heure est grave, et comme au Danemark Benjamin Christensen avec L'X mystérieux (1913), Machin anticipe sur le conflit inévitable qui hante les esprits de l'époque, en représentant des batailles qui bien sur seront dépassées en sauvagerie par la réalité; c'est néanmoins un bel effort, d'autant que le cinéaste a décidé d'utiliser beaucoup de ressources et d'effets spéciaux afin de rendre son film percutant: le plus spectaculaire étant l'utilisation de la couleur au pochoir, présente dans la copie restaurée sur la quasi totalité de ces trois solides bobines. Il va plus loin en utilisant la surimpression (Pas la meilleure idée) pour "ajouter" dans l'image des explosions, et des flash de rouge vif pour figurer le choc des explosions; il use abondamment de split-screen "à l'ancienne" aussi, en insérant ainsi les souvenirs et la pensée de ses héros...

Le film est engageant par la sincérité de son propos, par son économie, le jeu des acteurs qui n'en font jamais trop (Machin avait assemblé, au bout de quelques années, une troupe authentique), et par sa construction magistrale. Bon, par contre, si le film a été salué à sa sortie, ça n'a pas empêché l'inévitable. Mais il est temps de rendre à Machin sa place...

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Published by François Massarelli - dans Muet Alfred Machin 1914