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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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20 juillet 2020 1 20 /07 /juillet /2020 17:00

Le quatorzième film d'Ang Lee part sur les chapeaux de roue, avec une intrigue qui promet du suspense de bonne tenue, et très honnêtement, comme un vague parfum de Jason Bourne... Henry Brogan (Will Smith) est un sniper, donc un tueur, qui a cinquante ans et aspire à la retraite. Il a toujours, du moins le croit-il, travaillé du bon côté, jusqu'à ce qu'un ami ne lui annonce qu'il vient de se faire piéger. Durant leur conversation ils sont épiés, et à partir de là c'est l'apocalypse: des tueurs partout, en voiture, en moto, tous plus entraînés les uns que les autres... Flanqué de Danny, une jeune agente mignonne comme tout (Mary Elizabeth Winstead), l'agent quinquagénaire mais qui a de beaux restes va cavaler pour échapper aux tueurs, mais tomber sur un os: parmi les tueurs, on a envoyé...

Henry Brogan (Will Smith).

Enfin c'est lui mais ce n'est pas lui, il s'appelle Junior, et il a 25 ans à tout casser. Mais c'est...

Un clone.

Et là, je pense, se situe la fin de l'intérêt du film; ça se traîne, ou pire: scène d'action musclée après scène d'action musclée, Ang Lee a soigné le premier tiers de ce film, et après ça il a laissé la malédiction de Hulk faire le travail à sa place, donc ça n'a plus d'importance. Sachez  qu'à la fin, le bon droit triomphe, et les deux Brogan, le vrai et le faux, deviennent copains comme cochons; sinon, la confrontation avec lui-même va résoudre tous les problèmes de Brogan, et si on gratte je suis sûr qu'il y a un soupçon de scientologie là-dedans.

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee
18 juillet 2020 6 18 /07 /juillet /2020 10:51

Ca fait quelques temps qu'Ang Lee s'est attaché à la peinture de désastres, et pas toujours héroïques: The ice storm, déjà, montrait comment la culture de la libération sexuelle débouchait sur du vide; Ride with the devil nous montrait la fin de la lutte de Sudistes acharnés qui n'en finissaient plus de s'enfoncer dans la défaite, entre abandon et fanatisme; Crouching tiger, hidden dragon était une danse de mort, Hulk montrait les effets néfaste d'une expérience malheureuse, Brokeback mountain était une histoire d'amour qui finit mal, et Lust, caution montrait comment un plan compliqué mais glorieux pouvait déboucher sur un échec, que Lee montrait en quelques plans après un long développement... Et il y a eu Taking Woodstock, qui reprenait le flambeau satirique pour montrer les coulisses d'un événement médiatique qui était aussi un pur désastre financier... C'est dans cette lignée que s'inscrit ce nouveau film, qui nous conte une histoire dans la marge de l'engagement des troupes Américaines en Irak durant la première présidence de George W. Bush.

Une patrouille de soldats revenus d'Irak est célébrée au Texas, suite à l'action héroïque de l'un d'entre eux, qui a été captée par hasard et transmises aux télévisions du monde entier... C'est donc à une célébration médiatique que sont conviés les huit soldats autour de Billy Lynn (Joe Alwyn), le héros local. Mais celui-ci est rongé par le doute...

Dès le départ, Lee choisit de se tenir à l'écart de la politique... Mais pas ses personnages, du reste. Ainsi la modeste famille Lynn montre-t-elle toutes les composantes de la nation Américaine par rapport à la guerre en Irak: un père, manifestement diminué, qui rythme ses journées de la vision en boucle des actualités guerrières; la mère qui se refuse à contester un conflit dans lequel son fils est partie prenante; la belle soeur de Billy, totalement confiante dans la destinée de l'Amérique, et sa jeune soeur Kat (Kristen Stewart), victime quelques années auparavant d'un accident qui lui a laissé des cicatrices sur tout le corps, et qui est la principale motivation de Billy: s'il s'est engagé ce n'est pas pour son pays mais parce qu'il veut un jour être capable de subvenir aux besoins médicaux de sa petite soeur. Elle, en revanche, fait partie de la très vocale minorité des opposants à la guerre. Roublardise ou pragmatisme, cette famille sert bien le cinéaste qui peut au moins se targuer d'avoir fait entendre toutes les voix même les plus discordantes, sans jamais avoir eu à se prononcer.

Le film suit Billy, dans un constant aller-retour entre le passé de son acte héroïque (auquel nous assisterons dans une superbe séquence) et le présent de la célébration, qui sert de socle narratif: arrivée des huit soldats, en uniforme, dans une limousine ridiculement trop grande; leur mise en valeur dans un stade aux trois quarts vide, puis un spectacle avec le groupe Destiny's child (avec Beyoncé Knowles), dans lequel les huit troufions mal à l'aise font tapisserie. Pendant tout ce temps, on assiste à des tractations avec un producteur (Chris Tucker) qui cherche un financement pour un film qui raconterait l'histoire du bataillon, à des entrevues avec le potentat local, président d'un club de football (Steve Martin), qui tire les ficelles de la cérémonie, à quelques flash-backs qui éclairent les doutes de Billy dans sa famille, à travers des conversations avec Kat, et sinon ses rencontres étranges, presque rêvées, avec Faison.

Faison Zorn (Mackenzie Leigh) est une cheerleader, une de ces filles dont la mission est d'accompagner les héros durant toute la soirée, et elle a capté l'oeil de Billy Lynn. Celui-ci est vierge, et c'est la première fois qu'il s'intéresse de près ou de loin à une fille, et celle-ci le lui rend bien. Le conte de fées va virer saumâtre, pourtant, quand il va émettre devant elle l'hypothèse de rester pour profiter de leur idylle... Un réveil pénible pour le jeune homme, confronté à ce qu'on attend de lui: retourner, revenir encore plus médaillé...

Ou dans une boîte.

C'est un film au vitriol, une fois de plus, dans lequel Ang Lee cible non pas les soldats, dont les motivations sont rarement soulignées comme patriotiques, mais qui au moins ont eu l'occasion de faire quelque chose. Une fois rentrés, ils sont confrontés au vide intégral autour d'eux, vide des promesses éventuelles de rétributions, vide des célébrations durant lesquelles les écrans agitent l'image de héros, qui sont moqués dans les gradins par tout un tas de malfaisants et de jean-foutres (l'un d'entre eux attaque les huit hommes sur leur prétendues homosexualité, faisant référence au très controversé article de loi "don't ask, don't tell"), un roadie s'en prend même physiquement aux soldats... Le grand cirque médiatique, aussi caricatural soit-il (et je n'ai pas l'impression qu'il le soit tant que ça!), est l'occasion d'une charge violente contre la sous-culture jetable qui invente des héros pour vendre plus de Coca-Cola, et au final, les soldats restent seuls, face à leur mission, leur sacrifice (un mot qui n'en finit pas de ne plus vouloir rien dire) et leur incapacité à revenir au pays. Et quel contraste avec la douce philosophie humaniste du sergent Breem (Vin Diesel), le seul membre de la troupe à avoir donné sa vie en Irak, et qui a motivé l'action d'éclat (irréfléchie, motivée par ses sentiments) de Billy Lynn.

Amer, donc, mais profondément indispensable, le film est bien différent de la démarche de Clin Eastwood, qui ne demande pas, lui, ce qui fait un héros. Que ce soit dans American Sniper, Sully ou même dans son abominable film sur les héros du Thalys, Eastwood partait du principe que ses personnages sont des héros, et évaluait les conflits, remous voire conflagrations nées de leur confrontation au monde. Dans ce film, Lee nous laisse poliment nous faire une idée, car ce qu'il voulait, c'était précisément nous mettre face au doute et au questionnement. Billy Lynn nous dit qu'il n'est pas un héros. Mais quel beau film... Un film qui bénéficie de l'oeil particulier de Lee pour recréer une époque, ce qu'il avait si bien fait dans Taking Woodstock, paradoxalement le film du cinéaste qui me semble le plus proche de celui-ci.

 

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee
17 juillet 2020 5 17 /07 /juillet /2020 11:21

Chu (Sihung Lung) est un ancien cuisinier, qui a trois filles toutes devenues adultes; l'étudiante Jia-Nin (Yu-Wen Wang) qui paie ses études en travaillant dans un fast-food; la businesswoman Jia-Chien (Chien-Lien Wu) qui est de plus en plus l'étoile montante de sa compagnie; enfin l'aînée, Jia-Jen (Kuei-Mei Yang) est professeure de chimie dans un gigantesque lycée. Ils vivent tous les quatre ensemble et Jia-Nin n'a pas le loisir de trouver un petit ami contrairement à une de ses collèges du restaurant, qui cherche à se débarrasser d'un ex devenu un boulet. Jia-Chien a une vie totalement libérée, s'étant pour sa part affranchie de son petit ami avec lequel elle continue à coucher épisodiquement. Enfin, Jie-Jien est "la vieille fille" du lot, l'expression pas tendre est effectivement prononcée dans le film, qui a trouvé refuge dans la religion, s'étant convertie au Christianisme.

Avant peu, deux des filles seront mariées, et l'autre sera plus proche que jamais de son père. Pourtant, quand le film commence on sent une tension, voire une irritation des filles face à leur père qui passe son temps à cuisiner pour douze, et montre de plus en plus des signes d'avoir perdu le goût, ce qui combiné à la distraction n'arrange pas les choses... C'est le père qui donne son titre au film, lorsqu'il énumère les choses dont un être humain ne peut se passer, et c'est lui qui rythme la comédie, faite essentiellement d'une chronique douce-amère sur le temps qui passe, les opportunités qui se présentent, et le fond des choses: chacune des trois filles, mais aussi le père, vont questionner leurs choix, et chacun des quatre protagonistes va avancer, parfois dans la douleur et parfois dans la drôlerie.

Même si le portrait de la jeune femme vieillie prématurément qui a trouvé son refuge, voire son excuse, dans la religion, est un peu forcé, on apprécie le moment où Jia-Jien, prise d'une folie soudaine, se présente soudain à son lycée habillée et maquillée à la dernière mode; et le suspense autour de la probabilité d'un remariage du veuf Chu débouche sur un grand moment de comique d'embarras, qui prouve que le Ang Lee de The Ice Storm n'avait pas attendu d'être aux Etats-Unis pour se révéler. Mais surtout, c'est la profonde humanité du quotidien, rythmé avec bonheur dans l'exposé des petits rites (en particulier bien sûr les repas), qui enchantent dans ce beau film.

 

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee
22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 11:32

Wei-Tung (Winston Chao) et Simon (Mitchell Lichtenstein) vivent tous deux ensemble, ce sont les années 90, donc pas question pour eux de mariage, mais leur couple est en harmonie... pas avec les voisins, certes, mais sinon tout va bien. Wei-Tung, émigré de Taïwan et parfaitement intégré, n'a en revanche jamais osé dire à ses parents, qui aimeraient tant le voir marié et père, qu'il est gay. Il doit donc se coltiner des questionnaires en provenance du pays, et des correspondances avec des jeunes femmes conseillées par sa mère! Pour mettre fin à la situation, il accepte la proposition de Simon: il va se marier avec Wei-Wei (May Chin), une jeune artiste en mal de carte verte, et inviter ses parents, qui ainsi le laisseront enfin tranquille... Mais ça va souvent s'avérer une mauvaise idée...

Il y a un soupçon de Billy Wilder, propice à la comédie triste, dans l'idée de départ de ce film formidable. Le fait de construire sur du vide, ou en tout cas sur un gros mensonge, nous rapproche en effet de l'univers du grand cinéaste tout en permettant à Ang Lee de parfaire sa réflexion douce-amère sur les contraste et oppositions violents, liés à la culture Chinoise à la fin du XXe siècle: les effets de la mondialisation, avec la diaspora Chinoise, le choc des générations qui se complique du fait de la libéralisation des moeurs en occident, et un superbe portrait de la pérennité des traditions chinoises, sont en effet au menu.

Et si le metteur en scène est tendre avec ses personnages, il se fait acide dans la peinture d'un mariage, qui, aussi bidon soit-il, dégénère exactement de la même façon dans un milieu Asiatique que partout ailleurs, avec ses rituels d'intrusion dans l'intimité, l'accent sur la bouffe, les pratiques d'un autre âge et sa cohorte de viandes saoûles... ce qui va ajouter un degré de confusion quand We-Tung et Wei-Wei vont se retrouver seuls, complètement saouls, ne fois la noce passée... 

Il y a des clashs, mais comme je le disais c'est tout en délicatesse. Sihung Lung, qui interprétait le père de famille dépassé par les événements dans Pushing hands, incarne cette fois un père digne, qui a beaucoup plus d'intelligence qu'on ne le soupçonnerait au départ, et permet finalement à la jonction entre orient et occident de se faire. Le film aussi, d'ailleurs, qui a obtenu un énorme succès et a consacré Ang Lee comme l'un des réalisateurs les plus doués de sa génération.

 

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee
16 mai 2020 6 16 /05 /mai /2020 08:45

Immigrer, oui, mais pourquoi? Et une fois sur place, comment se reconstruire, surtout quand les différences de valeur d'un pays à l'autre agissent comme une barrière? Ce sont deux parmi les nombreuses questions et les thèmes abordés par le premier film de Ang Lee, dans lequel un homme d'âge mûr, qui est venu de Chine pour rejoindre son grand fils, marié et avec un enfant, ne parvient pas à, voire refuse de s'intégrer comme sa belle-fille le souhaiterait... 

le film est structuré autour du vieil homme et prend un point de vue qui permet d'incorporer la compréhension du spectateur de ce qu'il vit (notamment dans les premières séquences qui le voient se heurter à l'hostilité de sa belle-fille, qui lui reproche ne serait-ce que son refus d'apprendre l'anglais), mais qui ne nous empêche absolument pas de comprendre à quel point ce personnage qui s'invite et perturbe tout le quotidien, peut etre assez lourd à gérer.

Et si la comédie est omniprésente, en demi-teintes, le personnage est poignant, par sa gaucherie, mais aussi son côté forcément lunaire... Mais le film dévie vers ce qui s'apparente à 'histoire d'une renaissance, celle du vieil homme qui finit, à son rythme, par trouver le moyen de donner du sens à sa présence dans le pays de la liberté qu'il ne comprend pas... 

Evoquant le respect des anciens, comparaison de situations (le vieil homme finit par se dire qu'il préfère la torture qu'il a subi en Chine par les dirigeants, à la solitude dans laquelle on le cantonne en Amérique), le film nous montre aussi l façon dont le vieux Chu devient un membre actif de la communauté Chinoise, en donnant des cours de Tai-chi. Il va aussi y faire la rencontre d'une veuve, avec laquelle il va peut-être se dessiner un avenir.

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee
13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 09:31

Dans un récit à tiroirs, Pi Patel, un natif de Pondichéry raconte à un écrivain attiré par le fait d'avoir flairé une belle histoire, son périple marin de fortune entre l'Inde et le Mexique, sur un canot de sauvetage en compagnie d'un... authentique tigre du Bengale nommé Richard Parker...

Le récit est forcément initiatique, et l'histoire est contée d'une fort plaisante manière. Sur la durée du film, nous sommes les premiers auditeurs de Pi lorsqu'il raconte son histoire, au terme d'un magnifique générique haut en couleurs, situé dans un zoo, et qui sert à permettre quelque chose qu'Ang Lee a énormément fait dans on film: noyer le poisson... Installer le spectateur du film dans un dimension qui lui permettra de se faire cueillir comme un nouveau-né lors des nombreuses scènes absolument délirantes quand on y réfléchit bien. Et le générique et le prologue servent à installer aussi une proximité particulièrement importante de Pi avec les animaux, en même temps qu'à nous familiariser avec sa famille au destin tragique.

C'est donc à un tall tale qu'on est convié, un récit incroyable installé sentencieusement au statut de vérité première par le conteur? En tant que film (et en tant que roman, car il y a bel et bien un livre de Yann Martel à la base de ce beau film), définitivement... Pour le reste, voyez le film pour prendre votre décision.

Mais Ang Lee prend son temps il est vrai pour installer Pi Patel dans son histoire, en développant sa jeunesse. Déjà son nom est un diminutif de Piscine, en français dans le texte un prénom inattendu (surtout quand on le met dans la perspective d'une communauté où on parle Anglais, aïe aïe!); mais l'explication rocambolesque de ce prénom nous satisfait et baisse un peu notre garde quant à la suite... et la suite, c'est donc l'histoire d'un gamin situé au confluents de tris religions, l'Hindouïsme, le Catholicisme et l'Islam, qui a préféré les embrasser toutes les trois plutôt que de se priver en en choisissant une. Come lui dit son père, il prend le risque de ne croire à rien, mais ce n'est pas sa façon de faire, et dans sa perspective, ou u moins dans la perspective de son récit, c'est ce qui sauvera Pi...

Quand arrive le voyage proprement, dit, qui commence par une confrontation déplaisante sur le bateau avec un cuisinier qui est odieux et vulgaire au possible, on a droit à une collection de grands moments spectaculaires de cinéma qui s'enchaînent de façon ininterrompue... Tempête, noyades, dérives, invasion d'animaux sur le canot de sauvetage, phénomènes marins miraculeux (la mer illuminée par les méduses), étrange île flottante peuplée de suricates, proximité d'animaux mythiques (un rorqual, un requin baleine, et un certain nombre de ses cousins plus dangereux)... et une hyène, un orang-outang et un tigre. Alors comment voulez-vous analyser quoi que ce soit, ou décrire un tel film? Voyez-le plutôt. Avec gourmandise, et un esprit d'enfant: cyniques, s'abstenir.

 

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee
18 avril 2018 3 18 /04 /avril /2018 17:30

Le virtuose des arts martiaux Li Mu Bai (Chow Yun Fat) confie son bien le plus précieux, son épée "Destinée" à Shu Lien (Michelle Yeoh), la femme dont il est depuis toujours secrètement amoureux, afin qu'elle la donne au seigneur Té. c'est chez ce dernier qu'elle fait la connaissance de Jen (Zhang Ziyi), une jeune femme mystérieuse qui est promise à un homme qu'elle ne connaît pas. Shu Lien et Jen sympathisent... Mais pendant la nuit, un voleur particulièrement adroit déjoue toutes les protections, et s'empare de l'épée... Shu lien décide de le retrouver...

Un film d'arts martiaux, situé en pleine Chine médiévale, et rempli de toutes les conventions narratives et d'effets spéciaux du genre. Quel rapport avec les Sino-Américains d'aujourd'hui, la Nouvelle-Angleterre des années 70, le Sud des Etats-Unis à l'époque de la guerre civile, Woodstock, Hulk, une idylle entre deux cow-boys dans les Montagnes du Nord Ouest Américain, ou la Chine des années 30 sous l'occupation Japonaise? La réponse est facile: Ang Lee, bien sûr, le metteur en scène d'origine Taïwanaise qui a exploré et recréé tous ces univers, ainsi que d'autres d'ailleurs. Il s'est lancé dans ce film de genre avec la gourmandise d'un novice, mais l'intérêt esthétique d'un connaisseur, et le résultat, d'abord et avant tout, est une merveille de beauté picturale. Maintenant, la question, forcément, devient: est-ce plus?

Il est probable qu'on trouvera des cousinages entre les regrets a posteriori des personnages de The Ice Storm, qui sont à l'heure où les squelettes sortent des placards, ou encore avec les vies gâchées à attendre ce qui ne viendrait jamais, des protagonistes de Sense and sensibility, ou Brokeback Mountain. Si l'intérêt de ce film-clin d'oeil est essentiellement décoratif, le cinéaste a imprimé sa marque sur le script, comme d'habitude. 

On se réjouira de voir que dans ce film les femmes sont la principale force, et laissent volontiers les hommes derrière elles. Et une scène d'anthologie, durant laquelle Zhang Ziyi détruit à elle seule une auberge, par sa dextérité, et ridiculise une vingtaine d'hommes avec son talent, est extrêmement jouissive. Reste que ces combats totalement chorégraphiés, de gens aux pouvoirs étranges, qui défient les lois de la gravité, peuvent aussi laisser un brin sceptique...

 

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee
7 avril 2018 6 07 /04 /avril /2018 09:50

Dans la continuité de ses relectures d'anecdotes si occidentales, Ang Lee a frappé très fort avec ce long métrage qui est plus ou moins l'Oscar virtuel du meilleur film de 2005... Cette chronique d'un amour impossible a eu un certain succès, d'ailleurs largement mérité.

Jack Twist et Ennis Del Mar, deux cowboys, sont embauchés pour un été; ils vont devoir garder les moutons d'un gros propriétaire, dans la montagne, à Brokeback. L'amitié solide se mue assez vite en une complicité troublante, avant qu'ils ne cèdent l'un et l'autre à un désir qu'Ennis (Heath Ledger), qui doit se marier quelques mois plus tard, a du mal à appréhender. Jack (Jake Gyllenhall) est lui plus à l'aise avec la situation, même s'il ne se définit pas comme gay. Mais l'été se passe, et ils partent chacun de leur côté... Quelques années plus tard, ils se recontactent. Tous les deux sont mariés, mais ils sont bien décidés à faire cohabiter, dans leur vie, la "normalité" et leur secret...

C'est un film essentiellement douloureux, sur le temps qui passe et la difficulté à faire coexister dans une même vie ce qu'on souhaite et ce qu'on attend de nous. Ang Lee, qui a du se battre à ses débuts avec une censure corsetée (et pas qu'à ses débuts si on en croit l'accueil Chinois au film Lust, Caution en raison de ses scènes érotiques), sait de quoi il parle. Mais arrêtons de tourner autour du pot: si à aucun moment le film de Lee ne vire au militantisme, il a su magnifiquement aborder le sujet d'une aventure entre deux hommes, de façon directe, et en se reposant sur le don de soi de deux acteurs fabuleux, tout en préservant l'impression d'un film universel. 

Jack et Ennis sont différents, très différents, et ce sera l'une des difficultés. L'un (Jack) est plus joueur que l'autre, plus volubile aussi, et l'une des grande orientations du film est de suivre le point de vue d'Ennis. Heath Ledger joue avec un immense talent le poids des émotions sur le corps et l'âme de son personnage, qui a du mal aussi bien à exprimer, qu'à vivre des sentiments. Et son registre est celui de la masculinité en plein naufrage, qui découvre une nouvelle facette de lui-même. Jack aura plus de facilité à s'adapter, mais c'est aussi celui des deux qui va le plus s'intéresser à cette identité sexuelle qu'il se découvre, au point d'être tenté par d'autres aventures. Pour Ennis, l'amour avec Jack est son amour, point final... Jack, lui, va partir de cette relation fondamentale pour explorer sa propre sexualité.

Au-delà de cette différence, c'est à la fois dans le regard cruel de la société que le film développe son intrigue. Celui-ci est exprimé à travers quelques anecdotes dures, mais aussi à travers le parcours d'Alma, l'épouse d'Ennis (Michelle Williams) qui même si elle ne l'avouera que très tardivement, sait. Son point de vue, crucial, est d'abord celui d'une femme trompée, délaissée, et trahie. Ce qui apporte une difficulté supplémentaire: ça ne fait pas d'elle la "méchante"... Le véritable ennemi, sans doute, est le temps qui passe, qui laisse deux hommes s'accrocher à des souvenirs de plus en plus lointains, de plus en plus insaisissables, et de plus en plus bouleversants.

C'est d'ailleurs ce qu'on remarque dans la structure quasi strictement chronologique du film: la première partie, durant quarante minutes, est entièrement consacrée à l'aventure de Brokeback Mountain, dans laquelle les deux acteurs sont presque seuls au monde, confrontés à la météo, et vivant leur idylle inattendue. Le seul témoin, qui le gardera presque pour lui, est leur patron (Qui est fort loin d'approuver). La deuxième partie oscille entre leur désir de donner le change et de vivre leur vie à l'écart de ce souvenir (l'un et l'autre se marient, et ont des vies particulièrement différentes), avant de se retrouver et de tenter d'intégrer leur relation. La dernière partie montre l'effilochement du temps, et le caractère mythique pris par le souvenir de Brokeback Mountain. Ennis est celui que le destin laisse comme seul gardien de ce secret de moins en moins bien gardé...

Ang Lee avait su s'approprier la Nouvelle Angleterre des années 70 dans The Ice Storm, le Sud en proie à la guerre dans Ride with the devil, ou le Woodstock de 1969 dans Taking Woodstock: il n'a aucun problème à intégrer l'Ouest (Wyoming, Montana, le rodéo, les cow-boys, l'accent rocailleux) à son tableau de chasse. Il nous gratifie d'une vision lyrique des grands espaces qui est, franchement, la cerise sur le gâteau d'un film essentiel. 

 

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee
30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 21:55

Après avoir vu Pride and prejudice, de Joe Wright, et son traitement à la fois "moderne" et respectueux, la comparaison est intéressante.

Bien sûr, pour cet autre roman de Jane Austen, Ang Lee a fait du cinéma "à l'asiatique", lent et contemplatif, laissant les dialogues mener leur affaire, installant ses acteurs dans un espace très académique, sans pousser la brillance de l'image ou installer un dispositif de caméras aussi complexe que celui de Joe Wright; cette distance aussi polie et discrète que celle observée dans le magnifique The ice storm (Qu'il tournera juste ensuite) est à la fois un atout et un défaut: un atout, lorsque le roman s'accomplit sous nos yeux, aidé par le scénario fantastiquement adapté de Emma Thompson. Un défaut, lorsque notre soif de cinéma se solde par une petite frustration.

Je suppose qu'il fallait passer par ce bel exercice de style avant d'attaquer The ice storm, Crouching tiger, hidden dragon, Brokeback mountain et surtout le fabuleux Lust, caution.

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee
7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 15:08

Un instinct maniaque de reconstitution aussi complète, parfaite que possible, dans un univers aussi complexe que le cinéma, peut être une source infinie de reproches et réserves, et c'est probablement le principal aspect des crtiques souvent faites à Ang Lee, qui a au cours de sa carrière "internationale" reconstitué la Nouvelle-Angleterre des années 70 (The Ice Storm), Bethel en 1969 (Taking Woodstock), les sous-bois ce la guerre de Sécession (Ride with the devil), et j'en passe... Avec ce très beau film en forme de retour aux sources Chinoises de son art, il s'attaque à la recréation de l'occupation Japonaise de la Chine, donnant à voir une impressionnante version de Hong-Kong et de Shanghai entre 1938 et 1945... Mais bien sur ce n'est pas là l'essentiel du film, qui situe son action dans un passé palpable et hyper-réaliste pour mieux toucher du doigt un drame humain de plus... Lust, Caution (Littéralement, "La luxure, la prudence", deux mots qui sont bien un portrait des deux extrêmes dans lesquels les personnages évoluent) s'attache à décrire la vie d'une jeune femme, une étudiante qui découvre le frisson du jeu théâtral, et va aller au bout de l'interprétation, jusqu'à se perdre quand la vérité va s'en mêler.

Wong Chia Chi est une jeune femme un peu paumée lorsque les Japonais étendent leur domination sur la Chine avec l'intensification de la guerre. Elle intègre par hasard une troupe de théâtre menée par Kuang, un jeune agitateur idéaliste, devient une impressionnante actrice, trouvant dans un flirt permanent avec la réalité des émotions une source infinie d'inspiration. Mais lorsque Kuang, dont elle et amoureuse, décide de proposer à la troupe de quitter le théâtre pour utiliser leur art à des fins de résistance, elle le suit dans une opération risquée: infiltrer l'entourage d'un haut dignitaire de la Chine collaborationniste, Yee, afin de l'assassiner. Elle ne va pas tarder à attirer ce dernier qui décide la séduire. Le jeu va devenir dangereux, et Chong Chia Chi, au coeur de la tempête, va devoir aller très loin... Séduire un homme telleemnt rompu au jeu de la duperie qu'il semble impossible de s'en approcher, et se jeter corps et âme dans une relation brûlante qui rendra bien floues les limites du jeu et de la réalité.

Le film possède une structure globalement linéaire, mais un épisode situé vers la fin de sa chronologie est mis volontairement en ouverture du film: un moment durant lequel Chong, sous le nom de Mak Tai Tai, lance la dernière opération, qui va mener à la mort de sa cible, alors qu'elle l'attend dans un café. L'attente nous permet de la suivre dans un flash-back. On y apprend qui elle est, en l'occurrence: une jeune femme laissée au pays par un père qui a pris la fuite pour Londres avec son fils, en abandonnant derrière lui une fille dont il n'a que faire. La troupe de théâtre devient la seule raison d'être pour Chong, à plus forte raison quand il s'agit de séduire l'homme qu'elle aime. mais celui-ci ne se réveillera que trop tard. L'éducation sexuelle, à défaut de sentimentale, de celle qui se prétend une jeune mariée, mais est en réalité vierge, va passer par une épreuve filmée frontalement, de façon glaciale: puisque qu'il s'agit ouvertement de séduire un homme pour mieux l'éliminer, "Mak Tai Tai" va devoir perdre sa virginité, et vite. Le seul des étudiants théâtreux à être expérimenté se charge donc de la besogne durant quelques jours qui devront suffire à donner suffisamment d'expérience à la jeune femme. L'art théâtral, durant cette première partie, mène donc l'héroïne à un état proche de la prostitution...

La deuxième partie du film voit les ex-étudiants, dont la couverture bien fragile a failli être exposée au grand jour, rattrapés par une résistance bien mieux organisée, et tout naturellement, on leur demande de reprendre leur tâche là on ils l'avaient laissée. C'est à ce stade que la jeune femme semble faire définitivement don de son corps, et devient effectivement la maîtresse de Yee. Les scènes de leurs rencontres furtives possèdent une vérité rare (Qui a failli coûter très cher à l'actrice Tang Wei, dans un pays où on ne plaisante pas avec la nudité d'une actrice, et encore moins avec une représentation aussi explicite de l'acte sexuel), qui nous permet de comprendre la vérité des sentiments découverts par la jeune femme dans les bras de celui dont elle doit provoquer le meurtre... Il est inutile de dire que ce film à la beauté glacée et maniaque finit fort mal, par un choix sacrificiel de la jeune femme, qui entraînera la mort d'autres personnes. Le jeu, qui lui a permis de toucher sa propre vérité, a conduit la jeune femme à sa perte. Actrice, elle l'a été jusqu'à un certain point puisqu'elle a compris, lors d'un  rendez-vous avec l'homme qu'elle trahit, que celui-ci est arrivé à l'aimer plus que tout, et qu'elle a vu en son geste naïf (L'achat d'un énorme diamant) un reflet de son propre amour.

Avec des acteurs exceptionnels, Tang Wei bien sur, mais aussi Tony Leung aussi extraordinaire que d'habitude, le film palpite, regorge de moments intimes, liés au détail, non seulement d'une décoration maniaque, mais aussi de toilettes, vêtements, parfums, moments de calme (des parties de Mah-Jong, des salons de thé, etc) moments de suspense, moments de violence (Certains ébats se font dans la douleur). Un homme qui est généralement un monstre se révèle une créature fragile, complexe et contradictoire, prêt sans doute lui aussi à franchir la ligne de démarcation entre son camp et celui de ses assassins potentiels. Ang Lee ne fait pas de quartier, et comme pour The ice storm, nous a installés dans une fascinante reconstitution pour mieux asséner sa réflexion pessimiste, noire, ironique et si humaine sur des temps révolus et des passions extrêmes.

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee