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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 10:47

Il y a toujours quelque chose de vaguement insatisfaisant avec les films de Hardaway et Dalton, qu'on les compare à leurs contemporains Freleng, Jones, Tashlin ou Avery, ou leurs successeurs Davis, Mc Kimson et Clampett. Le dessin rondouillard et malhabile renvoie plutôt à la préhistoire du dessin animé, et les intrigues sont surtout le prétexte à des collections de gags parfois drôles, mais dont l'accumulation ne débouche généralement pas contrairement à ce qui se passe chez Avery par exemple, dont le sens du chaos est justement célébré. C'est pourqui il est cocasse de constater que ces deux metteurs en scène vont être à l'origine de la pus brillante carrière d'un personnage de dessin animé... qu'en toute justice d'autres metteurs en scène bien sur sauront bien mieux utiliser...

La véritable petite graine, ce n'est pourtant pas ce film. La première apparition significative d'un lapin dans un court métrage WB a lieu dans Porky's hare hunt, en fin 1938. C'est un film (Looney tune) en noir et blanc, qui reprend la situation de base de Porky's duck hunt, de Tex Avery, avec un lapin fou au lieu d'un canard. Celui-ci en est plus ou moins un remake en couleurs (Merrie melody), avec un nouveau personnage anonyme en lieu et place de Porky Pig (Qui était à cette époque cantonné aux films en noir et blanc), qui préfigure le chasseur malheureux Elmer Fudd. Il lui est d'ailleurs donné une motivation: il se sent harcelé par le gouvernement et les impôts, donc pour ne rien devoir à personne il va chasser... Mais l'intérêt principal de ce film est d'apporter cette fois au lapin un design plus intéressant, avec ce mélange de gris et de blanc qui fera la distinction du futur Bugs Bunny. Pour le reste, il ne mâche pas une carotte, mais du céléri, et la voix de mel Blanc n'est pas encore en place. Et enfin, c'est un insaisissable, énervant rongeur sans grand intérêt, qui bien sur ne se laissera pas facilement attraper...

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Published by François Massarelli - dans Animation Bugs Bunny Looney Tunes
10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 10:24

Bien que particulièrement anecdotique de prime abord il est intéressant de se pencher sur ce film de 1939, un court métrage de la série Merrie Melodies de la WB (Et non Loney tunes comme on le dit un peu trop souvent, il y avait bien deux séries de dessins animés distinctes à la Warner...), du à la direction de Chuck Jones, et qui met en scène deux "héros" qui ne feront pas long feu, les two curious puppies, soit "deux chiots curieux". D'une part, ces deux héros qui ne parlent pas, et sont confrontés à d'étranges phénomènes dans la maison d'un illusionniste, sont l'une des premières occurrences de la veine animalière pour les plus petits de Chuck Jones, un trait finalement paradoxal pour cet animateur spécialisé dans la peinture cynique des désastres les plus tragiques de l'âme, et de l'échec à son plus ridicule. Bref, comment accepter sans broncher que l'auteur immortel du coyote soi aussi celui qui a créé la gentille souris Sniffles, ou le mignon petit chat qui vit avec le gros chien tendre Marc Anthony?

Ensuite, le film pose une question, qui résonne aussi dans un certain nombre de dessins animés de court métrage Disney: comment se fait-il que le surnaturel ne passe pas facilement dans les cartoons? L'absurde, oui. Le surréalisme, totalement, en particulier dans les films de Tex Avery, dans les Felix ou dans un film comme Porky in Wackyland, de Bob Clampett... Mais le plus souvent, un personnage qui va débarquer dans un endroit et être confronté à des phénomènes inexplicables, doit au préalable être doté d'une raison solide afin de permettre au surnaturel de sonner juste! C'est ce qui ne fonctionne pas vraiment dans ce film: les deux chiens se réfugient dans une maison qui est celle d'un illusionniste, et sont confrontés au comportement hallucinant d'une créature, un lapin qui apparaît, disparaît, les terrifie, et semble n'avoir aucune réalité physique.

Quant à la troisième et dernière raison de se pencher sur ce film insatisfaisant, c'est sans doute parce qu'il est, justement, l'histoire de la rencontre avec un lapin! En 11938, Ben Hardaway avait tourné une variation sur Porky's duck hunt, de Tex Avery, avec un lapin fou furieux. C'est donc la deuxième fois que cet anonyme rongeur vient perturber des héros de cartoons de la WB, et comme dans le film précité, on est encore loin d'avoir une forme notable pour l'animal, mais en tout cas l'idée faisait son chemin, et n'allait pas tarder, en deux films (Hare-um, scare-hum, de Hardaway et Dalton, puis Elmer's candid camera, de Jones) à aboutir à la création d'un héros, un vrai, un gros. Donc pas de bugs ici, mais déjà un "Proto-Bunny"...

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Published by François Massarelli - dans Animation Bugs Bunny Looney Tunes
28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 17:41

Il n'y a pas si longtemps, disons il y a un peu plus de dix ans, on avait de Pixar une autre image, celle d'un groupe de génies qui étaient tous unis dans la création de films tous plus beaux les uns que les autres... Et d'autre part, on avait un peu le sentiment, lié à l'image de moderniité et de progrès absolu incarné par le studio, que les films Pixar ne pouvaient aller que de l'avant, et que le dernier était forcément le meilleur. C'est naïf, mais heureusement, Cars y a mis bon ordre... Donc désormais, il y a des bons et des moins bons films chez Pixar, c'est comme ça, et si le studio continue à faire des films situés en marge de l'être humain, que ce soit chez les fourmis, chez les jouets qui s'animent en notre absence, chez les monstres qui vivent dans une dimension parallèle à la notre, ou dans notre subconscient, on sait aujourd'hui aussi que Pixar, c'est d'abord et avant tout un studio qui permet à des auteurs de faire des films, et quels films! Brad Bird, John Lasseter, Pete Docter et Andrew Stanton y ont finalement le loisir de développer leur style personnel, leur univers, comme avant eux à la Warner Bob Clampett, Chuck Jones, Tex Avery ou Friz Freleng...

Inside out (Vice Versa en Français) est donc un film de Pete Docter (Monsters Inc., Up), qui part d'une idée géniale, mais difficile à mettre en images: on assiste à une petite aventure pour une jeune pré-adolescente, vue du point de vue de son cerveau, où agissent cinq personnages qui contrôlent et provoquent ses émotions: La Joie, la Tristesse, La Colère, Le Dégoût et la Peur... Ils gèrent aussi les souvenirs qui s'accumulent, et finissent par former la personnalité de la jeune fille. Celle-ci est une jeune insouciante, hockeyeuse de talent, qui vient hélas de quitter le Minnesota avec ses parents pour s'installer à San Francisco, et ça lui pose de gros problèmes... A plus forte raison lorsque dans le poste de commande, une série de bourdes privent la jeune fille de deux personnages cruciaux: la Joie et la Tristesse, en effet, sont envoyées par erreur à l'autre bout de l'univers-cerveau, et vont avoir les pires difficultés à revenir...

Difficile à mettre en images, disais-je, mais c'est réussi sur toute la ligne. Comme on est chez Pixar, aucun risque de se tromper ou de dissimuler l'étrangeté de cette histoire derrière le vieux procédé du rêve, c'est en effet uniquement le point de vue des coulisses qui nous est montré ici! Et l'esthétique est constamment cohérente, renvoyant sans cesse à l'image d'une jeune fille de 11 ans, à peine sortie de l'enfance, et qui commence son adolescence par une fugue irraisonnée. les deux personnages principaux, la Joie et la Tristesse, sont bien sur antagonistes, mais il va leur falloir apprendre à vivre et travailler ensemble. 94 minutes de bonheur plus tard, on en redemande, tant le film tient la route. On espère qu'il ne sera pas gâché par un Inside out 2...

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Published by François Massarelli - dans Pixar Animation Pete Docter Disney
19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 09:33

Le sixième long métrage d'animation des studios Aardman prend sa source dans une série d'animation pour la télévision Britannique, qui est elle-même une petite merveille... Mais Shaun the sheep, en réalité, est un spin-off. Rappelons-nous la fin du moyen métrage Wallace & Gromit: A close shave, de Nick Park (1995): un mouton plus intelligent que ses congénères fait son apparition, et Wallace le baptise Shaun... Mais cette série évolue dans un autre univers, toujours aussi Britannique, dans lequel Shaun est le mouton qui mène par son intelligence le troupeau d'une petite ferme, sous la responsabilité d'un fermier, lui, pas vraiment intelligent! Ces aventures qui ne dépassent pas une dizaine de minutes sont remarquables pour leur humour muet, basé sur une observation tendre du quotidien de la petite ferme... Pourtant, le film quitte justement cet environnement bucolique pour amener Shaun et sa troupe (Les moutons, mais aussi le chien Bitzer, et bien sur le fermier improbablement humain) dans une grande ville, qui s'appelle justement The Big City.

Le film commence par une évocation de la jeunesse de Shaun et Bitzer, nés à la même période, et leurs débuts dans la vie semblent marqués par une camaraderie, et une joie de vivre, qui fait défaut avec le temps: la routine s'est installée, et les moutons ne supportent plus leur fermier. Shaun se dit qu'il serait bon de pouvoir se reposer, il imagine un stratagème, par lequel les moutons endorment leur fermier, le posent dans une caravane, et prennent possession de la maison... Mais ça va être un fiasco, d'autant que la caravane part toute seule avec l'infortuné fermier, vers la grande ville... Où les moutons vont se rendre pour le récupérer, mais ça ne va pas être facile: il est amnésique, suite à un accident survenu à son réveil, et la ville, où patrouille un dangereux psychopathe de la fourrière, n'est pas un endroit confortable pour une troupe de moutons...

L'animation est impeccable, comment aurait-il pu en être autrement... Mais la mise en scène de ce film obéit d'abord à une série de règles rigoureuses, toute respectées à la lettre: pas de dialogues, juste des borborygmes indicateurs de communication. Les gags s'enchaînent à un rythme soutenu, sans pour autant étouffer le spectateur, et l'humour y est multiple: de situation, d'observation, jamais vulgaire, toujours inventif. L'impression d'assister à un concentré d'Angleterre, qui fait le charme des films du studio depuis les années 90, est toujours là, sans aucun des clichés du genre: contrairement à Wallace & Gromit, Shaun le campagnard vit dans l'Angleterre d'aujourd'hui, et le film se moque gentiment de nos travers actuels, avec tendresse mais impitoyablement! Et surtout le film est visuel, comme les burlesques muets, comme les films de Tati, et c'est un bonheur, qui plus est à partager en famille... Bref, une merveille.

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Published by François Massarelli - dans Animation
31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 09:37

Comme tous les gens qui aiment Astérix, et Goscinny et Uderzo, on ressent un embarras profond lorsqu'une conversation porte sur les films adaptés de l'oeuvre. Si on se réjouit que la renommée de cette bande dessinée lui ait permis d'être aussi souvent transcrite au cinéma (13 fois si on excepte le court métrage Deux romains en gaule, pour la télévision, qui n'était qu'un hommage appuyé, sans réellement s'aventurer dans l'univers du petit Gaulois à la potion magique), on ne peut pas dire que c'est jusquà présent marqué par la réussite. On apprécie les efforts d'un Alain Chabat, dont le Mission Cléopâtre est l'hommage fervent d'un connaisseur, mais le film est qund même sérieusement déséquilibré, comme si le metteur en scène faisait tout pour mettre Christian Clavier et Gérard Depardieu à l'écart... En me relisant, je pense que je le comprend, remarquez... Tout ça pour dire qu'après des films embarrassants, et des dessins inanimés, dont les deux premiers (Astérix le Gaulois, Astérix et Cléopâtre) qui étaient adaptés au plus près des oeuvres d'origine, sont sans doute les plus indigents, ça fait le plus grand bien d'avoir devant soi une adaptation qui prend le meilleur d'un album, ou presque, et s'en tire avec les honneurs, sans pour autant négliger l'un des aspects les plus importants: oui, ça doit bouger et faire rire, mais le dessin d'Uderzo doit quand même y être rappelé, et à ce niveau, le choix de la 3D s'avère, enfin, la bonne solution. Louis Clichy n'est pas n'importe qui, puisqu'il a fait ses classes d'animateur chez Pixar, et Astier (Principal scénariste, dont la part de réalisateur a essentiellement consisté à diriger les acteurs avant qu'ils soient animés) est désormais établi comme un humoriste rigoureux dont l'univers est fait d'une imprégnation dans une époque, avec des anachronismes surtout basés sur des comportements: voilà qui fait une équipe à même de traiter à sa juste valeur un classique de la série. Et ça marche! le rythme est soutenu sans être hystérique, les personnages y sont globalement respectés, les dialogues bien ouvragés, avec la dose appropriée de réinvention. Et on a en prime l'apparition de trois patronymes Romains rigolos, ingrédient indispensable pour qui doit passer son examen de Goscinnysme: PetitMinus, Appeljus, et le facile mais de bon aloi Travaillerpluspourgagnerplus.

Le Domaine des dieux raconte comment César, avec l'aide de l'architecte Anglaigus, tente de vaincre les Gaulois en leur imposant une invasion d'un genre nouveau: ils font en effet construire des logements de luxe au plus près du village, en poussant (Par des moyens publicitaires) les citoyens Romains à s'y installer. Les Gaulois répugnant à s'attaquer à des civils, on voit bientôt le village envahi par des voisins et voisines qui viennent s'approvisionner, les Gaulois découvrent alors le pouvoir capiteux du miracle économique...

On notera au passage dans le film quelques changements, inhérents au processus d'adaptation d'un album de 44 pages qu'il convient de transformer en un film de 80 minutes, des manques mêmes, sans parler sèchement... La principale transformation consiste surtout en l'absence d'une sous-intrigue marrante comme tout, dans laquelle Obélix se faisait passer pour fou furieux pour provoquer un départ d'une famille du Domaine des Dieux, résultant en l'infiltration des Gaulois. ici, il y a bien infiltration, mais elle se fait de manière plus frontale, et ce n'est pas l'aspect le plus convaincant. Mais j'ose l'avancer, s'il est un détail par lequel on peut juger de la validité d'une adaptation d'Astérix (Au-delà du plaisir de n'y retrouver aucun acteur Sarkozyste, bien entendu), c'est bien...

...Les poules. Car Uderzo, de son propre aveu, ne peut s'empêcher de dessiner des gallinacés dans quasiment toutes les cases de son village Gaulois. Eh bien Clichy l'a vu, l'a intégré, et ça me fait rire comme un gosse. Voilà.

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Published by François Massarelli - dans Animation
9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 10:51

Ce film, par ailleurs mais on ne le dit pas souvent adapté d'un livre pour enfants de Judi Barrett, est une petite merveille d'animation, avec un trait assez beau, et une histoire par moment impertinente, mais qui n'en fait pas toute une montagne: bref, ce n'est pas Shrek. C'est une bonne nouvelle. L'intrigue se tient, et c'est quand même une prouesse, puisque je rappelle qu'il y est question d'une météorologie détraquée, qui provoque des chutes de nourriture (D'où les titres Américains, Français et Québécois, respectivement "Nuageux avec une possibilité de boulettes de viande", "Tempête de boulettes géantes", et "Il pleut des hamburgers".). Il y est aussi question de poulets mangeurs d'hommes, ce qui ne manque pas d'être particulièrement intéressant... Mais comme il pleut, donc, de la boustifaille sur les Américains, leurs réactions ne manquent pas de saveur: le "toujours plus" fonctionne ici à plein régime, et la manne providentielle finit par provoquer une dangereuse rupture de toute valeur et de tout code moral... Le maire se laisse aller à une boulimie dangereuse, Les parents cessent de s'occuper de leurs enfants, et dans ces conditions, le jeune responsable de la curiosité météorologique Flint Lockwood, un être "différent", qui est frustré de manquer totalement de reconnaissance depuis sa plus tendre enfance, ne se prive pas de se réjouir égoïstement de son nouveau statut. Un égratignage de l'Amérique auto-satisfaite? Une piste qui ne va quand même pas trop loin, et tant pis: le film est surtout l'occasion (Entre deux allusions graphiques plus ou moins discrètes, voir illustration avec l'inévitable "Le Cri") de séquences mémorablement idiotes, dans lesquelles les gens ont a subir des averses dégoutantes, ma préférée restant bien sur le twister de spaghetti. On ne se refait pas... Ah, et pour ceux que cela intéresse, la voix originale du singe Steve est fournie par... Non, je ne vous le dirai pas, ce serait trop facile.

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Published by François Massarelli - dans Animation
2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 16:55

Il est probable que bien des personnages mythiques de dessin animé de court métrage ont ainsi commencé leur carrière: par une apparition dans un one-shot, soit un film à part. Il siffit de penser à One froggy evening du même Chuck Jones, ou pour quitter la Warner Bros, à Screwball Squirrel, inventé par Tex Avery pour les besoins d'une attaque virulente anti-Disney à la MGM. Marc Anthony, le gros chien, n'a pas fait bien sûr une carrière proche de celle d'un Bugs Bunny ou d'un Daffy Duck, loin s'en faut, mais son apparition dans trois Merrie melodies de la WB entre 1951 et 1953 a assuré au gros chien tendre et ami inconditionnel inattendu d'un tout petit chat, un culte durable...

 

Rapellons les trois intrigues des dessins animés, tous réalisés par Jones avec son équipe habituelle, et tous contemporains de quelques-uns des premiers films du Coyote: Dans Feed The Kitty (1951), le plus connu, le bouledogue Marc Anthony croise la route d'un minuscule chaton, commence par se comporter en chien vis-à-vis du petit, qui n'en a cure: il adopte tout de suite le gros animal, qui fond littéralement, et le rapporte chez lui; ça tombe mal, la patronne est justement en pétard dans la mesure ou le gros chien a tellement de jouets qu'elle n'en peut plus de ranger. Il va donc falloir dissimuler la présence du petit chat... Puis, dans Kiss Me Cat (1952), Marc Anthony entend ses patrons (Oui, ils ont adopté le petit chat, qui répond au patronyme de Little Pussyfoot) discuter de l'efficacité du chaton en matière de chasse aux souris. Craignant de voir le couple se débarrasser de son ami, le chien déploie des trésors d'ingéniosité pour élever sa réputation; enfin, dans Feline frame-Up (1953), Jones fait intervenir un autre animal parfois vu dans d'autres films, le chat Claude: Marc Anthony doit défendre le petit chat contre l'inventivité de l'autre félin en matière de méchanceté, tout en se défendant lui-même: son maître trouve en effet que le gros chien se comporte de façon indigne avec les deux chats, ce que Claude va très vite mettre à profit.

 

On est donc en territoire domestique, un domaine cher à Hanna et Barbera avec leur série fétiche Tom et Jerry; le succès de celle-ci explique sans doute le fait que la WB ait demandé à Jones de revenir de temps à autre à ce couple paradoxal d'animaux. Pour autant, on peut commencer par douter que le metteur en scène soit le créateur idéal pour ce type de dessin animé, ce qui expliquerait sans doute le fait que seuls trois courts métrages aient été réalisés: Jones avait besoin d'espace, de folie, pas vraiment de quotidien et de quiétude. Mais en trois dessins animés, il va se livrer à une observation, en axant toute la dynamique de ces films sur l'ingéniosité muette et le dialogue gestuel permanent de Marc Anthony, l'un des personnages les plus gentils (Un terme souvent gênant!) de toute l'histoire du dessin animé. Par ailleurs, Jones mise sur le contraste entre l'hyper-conscience de Marc Anthony, devenu le narrateur de ces histoires, et l'inconscience absolue du petit chat, due autant à la jeunesse qu'à l'insouciance, un état enfantin qu'il faut maintenir coûte que coute! Et le résultat est là: ces trois films, jamais mièvres, sont parmi les films les plus tendres faits à la Warner. Lorsque, dans Feed the kitty, Marc Anthony a caché le chaton dans la farine, et qu'il voit sa maîtresse se lancer dans la préparation de cookies, il ne sait bien sur pas que le petit a quitté sa cachette, et le film devient ensuite basé sur les réactions du chien devant l'horreur de ce qu'il imagine: il ne peut rien faire contre sa maîtresse qui utilise un robot mixeur pour la pâte à gâteaux, et s'imagine à la fin que le cookie qu'on lui donne est tout ce qu'il reste de son ami. Les réactions du chien sont drôles, inventives (Et seront d'ailleurs reprises dans Monsters Inc, de Pete Docter, en guise d'hommage appuyé), mais elles sont surtout sincères et déchirantes, au premier degré...

 

Il y a fort à parier que Jones, qui souhaitait toucher à tout, tout expérimenter, a accepté de se lancer dans l'entreprise avec gourmandise; on retrouve sa patte dans la gestuelle des trois films, et le rythme lui est propre. Qu'il n'y soit pas revenu longtemps ne nous étonnera pas: il était plus attiré par le fait d'explorer la noirceur dans la plupart de ses films, et il avait après tout déjà fort à faire avec ses propres séries, notamment le Coyote, ainsi qu'avec les nombreux films de Bugs Bunny, Daffy Duck, Pepe le Pew ou les all-stars qu'il tournait. Que le premier des trois films soit devenu un classique prouve au moins que l'alliance de la tendresse et de l'humour visuel décalé de Chuck Jones fonctionnait... Et ces films d'un autre âge insouciant fait de confort et de conformité, les années 50 aux Etats-Unis, n'ont pas vieilli, réussissant à provoquer le rire encore aujourd'hui. Qu'un metteur en scène touche-à-tout ait mis à profit des dessins animés plus volontiers destinés aux enfants pour se concentrer sur l'alliance amicale inattendue entre deux animaux qui ont habituellement tendance à se faire la guerre ne manque finalement pas de piquant, mais je ne me rendrai pas sur ce terrain, me contentant de dire qu'en ces temps ou la méfiance entre les communautés refait surface de manière alarmante, on peut toujours se réfugier auprès de Marc Anthony et Little Pussyfoot.

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Chuck Jones
16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 09:08

Up ne commence pas vraiment comme on l'attend d'un film animé de long métrage, à plus forte raison distribué par Disney: une séquence de 11 minutes qui détaille la rencontre, puis le mariage et enfin la longue vie en commun de deux personnes, Carl et Ellie. Unis dès l'enfance par l'amour à distance de l'aventure avec un grand A, ils ont une vie somme toute pépère, Carl étant vendeur de ballons! Ils s'aiment, mais n'ont pas d'enfants, et un jour Ellie décline, puis meurt. C'est poignant, et c'est essentiel pour le reste du film qui va s'attacher à la personne de Carl, un brave vieil homme devenu acariâtre par les circonstances, et qui pour finir sa vie en beauté, a décidé d'échapper à la réalité quotidinne, et en particulier à la menace d'éviction dont il fait l'objet dans son quartier en pleine rénovation, en attachant à sa maison des milliers de ballons qui vont le transporter vers l'endroit d'Amérique du Sud où Ellie et lui rêvaient d'aller vivre des aventures, des vraies... ce qu'il n'avait pas prévu, c'était d'emmener un scout.

 

Les longs métrages Pixar, dans les années 2000, se suivaient et se ressemblaient, du moins par leur excellence. Celui-ci adopte un style qui se veut gentiment caricatural, subtilement géométrique: au corps presque carré du vieux Carl, on oppose le rondouillard Russell... Par contre, le décor magnifique du haut plateau où l'essentiel de l'action se déroule est plus réaliste; manifestement inspiré par un voyage sur place, c'est un décor rêvé qui rappellera des souvenirs à ceux qui ont vu The lost world, de Harry Hoyt et Willis O'Brien (1923)... On se rappelera aussi du Capitaine Nemo en découvrant le destin étrange de Charles Muntz, l'explorateur admiré de Carl et Ellie, qui a disparu en allant en Amérique du Sud chercher cet oiseau rare qui lui a valu d'être la risée du monde scientifique...

 

La clé de ce film, c'est bien sur la façon dont Carl va progressivement se rendre compte qu'il ne devrait pas vivre dans le passé: il s'accroche littéralement à sa maison, lui parle en l'appelant Ellie, veut conserver intacts tous les objets même les plus insignifiants qui le rattachent à ce passé devenu douloureux par la mort de celle qu'il aimait; mais d'une part, la découverte de Muntz, encore plus vieux et plus fou que lui, qui ne survit que par le souvenir d'une humiliation vieille de plus de cinquante ans qu'il souhaite réparer, et qui collectionne fossile sur fossile, va lui renvoyer un portrait caricatural de son propre attachement à des choses révolues; ensuite, les arrivées dans sa vie de Russell, scout inepte, et de Dug, chien qui parle, vont forcer Carl à s'attacher (Ce sera un travail de longue haleine, bien sur...) à autre chose qu'à des souvenirs. Enfin, un message laissé pour carl par Ellie mourante dans un album photo qui résume leur bonheur passé va lui faire ouvrir les yeux, enfin. A l'opposé de Muntz qui continue à chasser l'oiseau pour en faire un glorieux squelette à exhiber dans les musées, Carl va s'attacher à sauver la progéniture de la bête en question, le regard enfin tourné vers l'avenir...

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Published by François Massarelli - dans Animation Pete Docter Pixar Disney
12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 09:46

Après le spectaculaire premier film de Bird pour Pixar, qui marquait définitivement l'arrivée du petit studio dans la cour des grands en proposant le poste de metteur en scène à une personnalité extérieure, et non à un membre de l'équipe (Au prix de quels renoncements? L'histoire ne le dit pas), Ratatouille est plutôt inattendu; basé après le film de super-héros qu'était The incredibles sur une histoire de rat qui vit dans l'ombre des humains, et imite l'une de leurs particularités (La cuisine) au point d'avoir du génie, on pouvait craindre une hyper-Dineyisation, si j'ose créer un verbe un peu lourd de sens... Mais comme The incredibles n'était pas qu'un film de super-héros, Ratatouille n'est pas non plus qu'un film sur un gentil animal qui vient faire de la cuisine pour les humains...

Rémy est un rat qui n'est pas comme les autres; là ou ses congénères sont des voleurs de nourriture qui ne sont pas très regardants quant à la qualité de ce qu'ils ingurgitent, Rémy est un esthète de la nourriture, versé sur la grande cuisine, et qui a absorbé les leçons prodiguées à la télévision par le grand chef mythique Gusteau. Non que Rémy ait la télévision, non: il n'est pas ce genre de rat. Dans la campagne Française ou il vit, il a repéré une maison dans laquelle la vieille dame qui l'habite s'endort tous les après-midis devant une émission culinaire, il lui suffit donc de s'installer tranquillement et de rêver devant les émissions de son héros. Mais son talent pour la délicatesse gustative n'a aucune utilité pour la horde, sauf... la capacité à détecter une odeur de mort-aux-rats dans la nourriture. Rémy, de fait indispensable à la tribu mais qui s'ennuie profondément, attend son tour.... Qui viendra lors d'une fuite de la famille de rats vers les égouts, puis vers Paris. Séparé des autres, Rémy atterrit dans les cuisines de chez Gusteau. Le chef étant décédé, le restaurant vit sur ses acquis, mis à mal par les coups de boutoir d'un critique, Anton Ego. Lorsqu'il arrive, Rémy est amené à aider un commis, Alfredo Linguini, à réaliser une soupe qui sera si appréciée que les cuisiniers de chez Gusteau vont se prendre à croire à un renouveau du restaurant... Mais ça ne fait pas les affaires de Skinner, le nouveau chef, qui a déjà pré-vendu des abominables plats surgelés sous le nom terni de Gusteau, et qui entend bien développer cette activité au détriment de l'établissement; de son côté, Linguini fait un pacte avec Rémy pour continuer à prétendre qu'il est le nouveau chef du prestigieux restaurant.

En effet, Rémy le rat n'est pas si gentil, après tout. Sommé de choisir entre sa famille et ses nouveaux maîtres, il choisit... de ne pas choisir, et de montrer qui est le patron: lui. la famille? des pique-assiettes, uniquement utiles quand on les commande et qu'ils n'ont pas le temps de réfléchir. Les maîtres? Coincés par la réputation de leur restaurant, ils sont surtout désireux de retrouver ne serait-ce que des bribes des succès d'autrefois. Et de fait, tous, y compris Linguini le faux chef, et Colette la vraie cuisinière qui évite de trop faire d'expériences, sont finalement des médiocres, le rat ne se cache pas de le montrer... Il est sûr de lui, à juste titre en ce qui concerne d'ailleurs ses talents culinaires, et souvent sceptique sur la devise de Gusteau: tout le monde peut cuisiner, pensait le maître; le rat, lui ajoute: "mais certains feraient mieux de ne pas le faire..."

Le film est brillant, parfaitement rythmé: aucun temps mort, aucune chanson pour tout casser, pas non plus de ce mauvais esprit sur commande qui transforme le visionnage des films Dreamworks en calvaire, et un suspense ascendant: on a compris très tôt que la véritable confrontation dans le film n'est pas celle de Rémy avec Linguini, ce garçon n'étant pas de taille; ce n'est pas non plus avec l'inspection sanitaire, encore moins avec Skinner. Non: LA confrontation dans le film, celle qui fait le sel d'une dernière demi-heure enlevée, c'est bien sûr avec l'impitoyable critique Anton Ego... Ce qui nous amène inévitablement au sujet du film, sur l'art et la critique: Ego, critique, le reconnaît, la position de l'écrivain qui fait son métier de critiquer les autres est paradoxale; on peut sans doute attribuer mille fois plus de sens et d'intérêt à l'objet d'art critiqué qu'au texte qui en prouve l'ineptie et le manque de valeur... La réflexion menée dans le film, incarnée par Rémy le rat, est basée sur le fait que quand l'art doit s'exprimer, il faut le laisser faire, qu'on soit un homme, une femme, un peintre, un écrivain, un cuisinier ou un rat... Et Bird, qui connaît bien son art lui-même, s'est fait un point d'honneur de représenter la rencontre entre la cuisine de Rémy et les papilles gustatives des protagonistes. Voilà où se situe le véritable théâtre des opérations, pas dans la cuisine, pas dans les casseroles, pas dans la salle: là où on mange, vraiment... Et les critiques ne sont pas à proprement parler des ogres non plus, puisque Ego montre qu'il peut aussi devenir un allié, et va mettre sa réputation en jeu à la fin du film.

Tout ça est réalisé avec le talent habituel des films Pixar: pas de vulgaire gros ogre sous-développé du bulbe et horriblement mal dessiné à l'horizon, Ratatouille est du 100% Shrek-free, heureusement. Le film est d'une beauté formelle rare, avec son Paris pour univers parallèle pas si éloigné de la vision d'un Jean-Pierre Jeunet, et sa mise en scène bouillonnante qui se situe à hauteur de rongeur est d'une énergie folle. Le film n'est sans doute pas aussi fédérateur qu'a pu l'être The Incredibles (Le Citizen Kane de Brad Bird, quand on y pense: arrivée extérieure d'un metteur en scène, carte blanche... sauf qu'il n'était pas à son coup d'essai), mais c'est aussi un film qui nous amène avec délicatesse à voir une forme de vérité rassurante qui est en face de nous: il y aura toujours des Rémy, qu'ils soient peintres, cinéastes, ou... confectionneurs de ratatouille. A propos de ratatouille, le titre est génial, puisque trois fois justifié. Deux fois de façon limite, donc ça ne compte pas: Linguini bafouille, et en vient à dire "ratatouille", bon; le rat est cuisinier, donc rat-atouille... mouais; mais le plat choisi pour répondre à l'impossible défi du très inquiétant Anton Ego, c'est bien sûr le rustique plat aux légumes du soleil... Une façon de dire, exactement comme dans The incredibles, que c'est parfois les plus vieilles recettes qui font les meilleurs plats. Et les films d'animation n'ont pas besoin de plus que de trouver la bonne histoire, le bon rythme, le bon suspense, et le bon graphisme... a part des bons artistes, s'entend.

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Published by François Massarelli - dans Animation Pixar Disney
25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 15:59

5 minutes! un artiste éloquent n'a pas forcément besoin de plus. Ces cinq minutes représentent, évidemment, plus du double du premier film réussi de Pixar, Luxo Jr... Mais si on les compare aux courts MGM de Tex Avery (En particulier Magical Maestro, une évidente influence), ou à ceux de Chuck Jones pour la Warner qui ont manifestement compté dans le style de ce film, on est loin du compte: ils faisaient plutôt sept minutes...

 

Chuck Jones, Tex Avery, ou deux réalisateurs mythiques, qui aimaient à faire passer le gag (Avery) et les personnages (Jones) devant l'histoire, et c'est un peu ce qu'on a ici: Un prestidigitateur est en retard pour son numéro, il remet donc à plus tard le diner de son collaborateur, un lapin. Celui-ci se venge en sabotant son numéro grâce à un dispositif qui me semble bien difficile à décrire... Magicien, lapin, théâtre, on est bien dans un cartoon classique... et c'est là qu'on se trompe: Presto dépasse tout ce qui a pu être fait en la matière, transcende le genre et va plus loin encore, en introduisant dans le monde du cartoon à gags (Et non des moindres, l'ensemble du film est à tomber par terre à force de rire) des éléments inattendus: d'une part, l'impression de vérité des lieux, le théâtre, sa loge et sa scène, les sièges avec les spectateurs; d'autre part, l'impression renforcée par la 3D que ce monde de cartoon est réel... Et tordant.

 

Pixar, bien sur, ce sont des longs métrages superbes et des courts qui ont systématiquement pour mission de faire avancer la technologie de la 3D d'animation. Je ne sais pas quel a été l'apport technique de ce chef d'oeuvre, mais en tant qu'admirateur des riches heures de la Warner, je le considère comme un tour de force cinématographique, un chef d'oeuvre de timing, et le tout (A l'heure des très laids dessins animés que sont Shrek ou The ice age) en prime est d'une beauté plastique idéale. Bref, c'est admirable...

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Published by François Massarelli - dans Animation Pixar Disney