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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 17:13

La boule de feu, autant le dire, c'est Barbara Stanwyck! Et avec cette histoire gentiment loufoque, on n'est pas très loin de Blanche-neige et les sept nains, mais la figure de prince charmant serait en fait un huitième nain... Je m'explique: dans cette histoire de Brackett et Wilder, les scénaristes qui étaient sur le point de lancer leur propre production pour la Paramount, un groupe de huit scientifiques, tous vieux et barbus sauf un, se sont lancés huit années auparavant dans la rédaction d'une encyclopédie définitive. Ils ne touchent pas encore au but et on sent bien poindre derrière certaines vieilles barbes, comme une certaine lassitude. Sauf chez le plus jeune, le professeur Bertram Potts (Gary Cooper): celui-ci s'est dédié corps et âmes à la langue anglaise, et ne voit pas ce qui pourrait empêcher leur tâche de s'accomplir! Mais il fait un jour un constat alarmant: ayant vécu à l'écart du monde toutes ces années, il se rend compte que sa connaissance de l'argot est limitée, et dépassée. Il se rend donc en quête de gens, pour assembler un panel de spécialistes. Parmi les perles rares, une jeune femme, la belle chanteuse Sugarpuss O'Shea (Barbara Stanwyck) le trouble d'autant plus qu'elle refuse de participer à ses recherches. Mais lorsque le petit ami de celle ci (Dana Andrews) est arrêté, elle est recherchée et doit se réfugier, pourquoi pas, dans la gentilhommière des professeurs, dont les sept plus vieux se réjouissent: elle leur rend la jeunesse... Bertram Potts tente vaillamment de résister...

C'est donc, quatre années après Bringing up baby, un retour de Hawks à la comédie et à sa critique railleuse de l'intellectualisme. Mais derrière le loufoque déballage d'obsédés en tout genre, mathématiques, biologie, langage ou histoire, il y a malgré tout une certaine tendresse qui s'affiche pour ces professeurs décalés, déphasés, qui sont tout à coup confrontés à une époque dont ils ne connaissent rien. Hawks, lui, la connait et on a droit à Gene Krupa et son big band, et à la conga, dont Stanwyck fait une rapide démonstration. Et puis il y a le monde du crime, et des dialogues marqués par un usage effréné de l'argot! Cela étant dit, sans faire la fine bouche, le film prend son temps, et ne laisse pas derrière lui la même dévastation loufoque de toute raison que Bringing up baby, et on est loin ici de l'abattage meurtrier de Twentieth century. le genre était en pleine mutation, et même si Gary Cooper est à son plus vulnérable et que les sept "crânes d'oeuf" sont adorables, Hawks, décidément, n'est pas Lubitsch. Donc on passera du bon temps, dans l'ensemble... Hawks aussi, puisque il "refera" le film avec A song is born en 1948, un film musical qui n'est pas souvent visible, et qui a assez mauvaise réputation. Quant à Wilder et Brackett, qu'on n'ait pas la moindre inquiétude pour eux, ils s'en sont très bien sortis...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Howard Hawks Billy Wilder
22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 18:56

Ce film a été réalisé avec le concours d'un groupe de jeunes et moins jeunes cinéastes, qui tous auront un avenir important dans le cinéma, notamment à Hollywood: le metteur en scène Robert Siodmak, et son frère Curt (Auteur de l'idée du film), Edgar G. Ulmer le co-réalisateur, Eugen Schüfftan le talentueux chef-opérateur révélé par Fritz Lang, et Billie (Futur Billy aux Etats-Unis) Wilder, le jeune journaliste qui assurait avoir participé au script, ou du moins à l'idée de départ, et dont des photographies assurent qu'il a bien participé au tournage, en qualité d'assistant et d'homme à tout faire, tout en multipliant les articles de journaux pour promouvoir le film. C'était une production indépendante d'un collectif qui s'intitulait Filmstudio, dont ce sera l'unique production, et si le film a été tourné en plein été 1929, il a été montré pour la première fois à Berlin en février 1930, alors que la révolution du parlant battait son plein. Mais il est resté, heureusement, muet, et n'a pas eu à subir de travestissement avec l'adjonction d'une post-synchronisation (Contrairement par exemple à Prix de beauté de Augusto Gennina, qui lui est strictement contemporain) qui en aurait sérieusement détourné le caractère.

J'ai à deux reprises parlé de "l'idée" plutôt que de l'intrigue, voire du script. car selon tous les témoignages, il a été improvisé, les acteurs faisant au jour le jour ce que leur demandaient les cinéastes. A l'origine de l'idée, il s'agissait de tourner une histoire située dans les environs de Berlin au début de l'été, un dimanche. On y verrait les jeunes gens dans leurs occupations de détente. Et bien sur, la caméra en profiterait pour capter la vie de la capitale Allemande sous un jour insouciant... Et c'est exactement ce qu'on a: imaginons un film qui serait comme le fameux Berlin: Die Sinfonie der Großstadt (1927) de Walter Ruttman, mais sous la forme d'une fiction.

Les acteurs du film, au nombre de cinq, sont tous des amateurs, recrutés pour leur photogénie. Aucun n'avait la moindre vraie expérience(Même si l'une d'entre eux était mannequin, et une autre figurante), mais ils font un travail remarquable. il s'agit de Wolfgang Von Walthershausen, Erwin Splettstosser, Christl Ehlers, Annie Schreyer et Brigitte Borchert. Cette dernière fait plus ou moins office de star du film... L'intrigue est simple: un samedi, Wolfgang rencontre Christl dans la rue, l'aborde et ils conviennent de se retrouver le lendemain pour une sortie au lac. Wolfgang demande à son ami Erwin de venir avec sa petite amie Annie. Le lendemain, Wolfgang et Erwin retrouvent comme convenu Christl, qui a amené sa meilleure amie Brigitte. Annie est en retard, et... le restera du début à la fin de la journée. Les autres, quant à eux, vont passer une après-midi baignade-pique-nique classique, sauf que deux d'entre eux vont, à un moment, disparaître discrètement dans les bois...

Clairement, ce film extrêmement maîtrisé est à la croisée des chemins. d'un côté, il reprend des éléments de la vague de films sociaux de la fin du muet, que ce soient ceux de Lamprecht, ou Pabst; il s'inspire du documentaire sous toutes ses fores: Ruttman vient à l'esprit, et l'influence en est évidente: la vision mi-objective, mi-amusée de ces Allemands en pleine délectation dominicale (Le film bifurque souvent de son intrigue principale pour nous régaler de ces portraits distanciés de vrais gens qui vivent leur vraie vie à côté des héros) est à mettre sur la même longueur d'ondes que le beau portrait de Berlin cité plus haut. On sent aussi l'influence Soviétique, le film citant ouvertement Eisenstein dans une parodie affectueuse du montage de Potemkine...

Et il se passe un de ces miracles dont le cinéma, il est vrai, n' a jamais été trop avare. La qualité exceptionnelle de la photo de Schüfftan, son oeil de peintre allié à la beauté de ces images captées sous un soleil complice font merveille. On se laisse complètement emporter dans le portrait tendre et un peu cruel aussi de ces vies de petites gens, dans la vie et l'insouciance aujourd'hui disparues de ces humains du dimanche. Et l'identification est immédiate, même si les coutumes, les modes de fonctionnement, ont bien sur changé, ce qui fait de ces fantômes et ombres sur l'écran des humains (Représentatifs selon un intertitre de "4 million d'Allemands"), est évident. Les cinq personnes sont, dans leur simplicité tranquille, leur manque de surjeu, leurs réactions aussi authentiques, parfaits pour un tel film, et plus on le voit, et plus on l'aime...

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Published by François Massarelli - dans Muet Billy Wilder 1929
16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 14:41

A la fin de sa vie, interrogé sur ses films, Wilder disait vouloir les serrer sur son coeur, tous sauf Buddy Buddy, qu'il souhaitait "essayer d'ignorer". De fait, le film est né de la conjonction de trois facteurs: le succès (Relatif) de la sortie de L'emmerdeur (1973), de Edouard Molinaro, d'après une pièce de Francis Veber, aux Etats-Unis; le fait que Diamond et Wilder sentaient l'envie de faire un film leur démanger, et le manque total de succès des deux derniers films de Wilder, qui l'avaient poussé à réviser ses ambitions, c'est-à-dire à accepter la première commande qui vienne. Donc, voici le film que vous aimerez haïr, sorte d'anti-chef d'oeuvre officiel, film mauvais auto-proclamé... C'est un peu court, on va essayer d'y voir clair, avant de dire adieu à Wilder, je pense qu'il faut le faire proprement...

 

Le script, signé de Wilder et Diamond, respecte la trame originale jusqu'à un certain point; dans cette nouvelle version, le tueur à gages Trabucco, qui doit finir un contrat (il a déjà tué deux de ses trois victimes programmées), se retrouve dans le même hotel que Victor Clooney, un médiocre employé de CBS (il est censeur) que sa femme sexuellement insatisfaite a quitté pour le flamboyant et charismatique Docteur Zuckerbrot, un sexologue proriétaire d'un clinique spécialisée dans le sexe, donc. Bien sur, Victor Clooney, suicidaire, va être l'épine dans le pied de Trabucco, et son propre problème va passer devant celui de Trabucco, qui va avoir toutes les peines du monde à exécuter son contrat.

 

Bien sur, le titre fait référence à la "camaraderie" forcée de Trabucco et Clooney, qui tient plus de la thématique obsessionnelle de Francis Veber que de l'apport de Wilder et Diamond, mais l'idée qui sauve partiellement le film, c'est bien sur celle de confier à Lemmon et Matthau les rôles qui leur vont plutôt bien. Par opposition au neurologue de l'histoire originale, le fait que le docteur Zuckerbrot soit un spécialiste du sexe éclaire le film d'une lueur peu glorieuse... Là ou les piques à la censure dans les films précédents de Wilder étaient généralement de savoureux sous-entendus et des actes de bravoure salutaires, cette idée, et les scènes se relatant à cette fameuse clinique du sexe sont plus embarrassantes qu'autre chose, et comme Wilder est Wilder il en a parsemé dans tout le film, avec un Klaus Kinski aussi insupportable que d'habitude dans le rôle du docteur. On rit, principalement  des aventures désastreuses de Trabucco et Clooney, et des personnages en particulier. Wilder reste Wilder lorsqu'il fait agir Lemmon en censeur, y compris dans les plus infimes détails de la vie quotidienne, lui dont le métier est de compter les gros mots et de raboter les scènes trop suggestives dans les fictions montrées sur CBS, il s'exclame, en voyant le pendentif en forme de pénis en érection du bon docteur (Quel gout exquis, mais passons): "Oh! that's the P-Word", un mot qui commence par P, pour Pénis. Mais Wilder, finalement, après avoir contribué à libérer l'écran, ne sait pas trop quoi faire de cette liberté, et elle pèse vite bien lourd.

 

Finalement, Clooney et Trabucco sont deux Américains que tout oppose, mais qui représentent bien le vide de la nation tel qu'il pouvait être ressenti en ces années pré-reaganiennes. La suite allait faire du vide des valeurs un cheval de bataille pour célébrer le culte de l'individu et de la réussite personnelle, avec les conséquences désatreuses que l'on sait, mais en attendant, Clooney et son incapacité sexuelle d'un coté, Trabucco et son obsession pour son objectif, qui fait de lui un tueur surdoué, sont un peu les deux facettes de l'Américain moyen: le trop plein de doute qui mène à l'abattoir, allusion à la contestation tous azimuths qui n'a mené nulle part, et l'absence totale de valeurs, trop encombrantes pour ne pas gêner l'efficacité. Wilder les voue tous deux à l'exil...

 

Voilà, il y a des restes quand même, en dépit de la sale réputation de ce film, et de ce qu'en ont dit non seulement Wilder, mais aussi ses acteurs. Si Lemmon s'est semble-t-il peu exprimé sur le film, Matthau et Kinski ne se sont pas privés, quoique Kinski ait surtout nié être dedans. Il reste soigné, plus soigné (et surtout moins prétentieux) que son prédecesseur, avec un scope de bon aloi, et une musique due à Lalo Schifrin, qui ne cache pas son gout pour l'auto-parodie... Il reste difficile à trouver, signe d'un film qui embarrasse même les ayant-droits, comme si la MGM (A moins que ce film ait été récupéré par Warner comme les autres films de la MGM d'avant 1982) avait elle aussi envie de passer ce film sous silence... le plus triste, c'est que ce film clairement médiocre va signer l'arrêt de la carrière de Diamond et Wilder. Dommage, mais j'en ai donc fini.

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder Navets
12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 17:26

Une star se tue: elle se jette sous un train près de Paris, comme Anna Karenine, et comme Garbo dans la deuxième version qu'elle a interprétée du classique de Tolstoï. Fedora (Marthe Keller), l'actrice décédée, vivait en recluse auprès de quelques amis dans une villa à Corfou, mais personne ne l'a oubliée: ses funérailles sont grandioses, et un producteur Américain, Barry Detweiler (William Holden), vient rendre un dernier hommage à une femme qu'il a cotoyée... et entame alors un monologue en voix off, racontant comment il se sent responsable de cette mort depuis que, venu tenter de sortir la star, miraculeusement restée jeune malgré les années, il a mis les pieds dans ce qui est un sacré panier de crabes, découvrant en particulier l'actrice sequestrée par ses "amis", et maintenue dans une solitude qu'elle suporte de plus en plus mal... mais le producteur n'était décidément pas au bout de ses peines.

 

Ce scénario, adapté d'une nouvelle, Wilder se l'est approprié dans la mesure ou après avoir refait The front Page, il voulait à nouveau s'attaquer à Hollywood. Mal lui en a pris; non qu'il ait subi une censure de la part d'Hollywood, mais le moment était mal chaoisi: après l'échec commercial de The front page, les producteurs de la universal voyaient d'un oeil maussade le has-been Wilder revenir à ses vieilles amours de Sunset Boulevard, et prédisaient un nouvel échec. de fait le film se fera loin de Hollywood, en co-production, entre la France et l'Allemagne. Loin de Hollywood, Wilder avait réussi un tour de force avec son Holmes, avait accompli des miracles en Italie avec Avanti... Mais pas ici. Les intentions de Wilder concernant ce film sont une chose, le film fini en est une autre: c'est un ratage.

 

Le miroir aux alouettes, depuis Sunset Boulevard, a encore bien changé. Je dis "encore", puisque c'était déjà le sujet du film de 1950, avec le regard incompréhensif de Norma Desmond sur une ville du cinéma qui ne la reconnaissait plus, elle dont les films avaient bâti toute l'industrie, du moins le pensait-elle; ce n'est donc pas un hasard si de nouveau le "passeur" pour Fedora, est joué par william Holden, de nouveau, et de nouveau lui aussi dépassé: producteur, mais indépendant: lorsqu'il l'apprend, l'hotelier lui propose sa plus petite chambre. De fait, les allusionsà ces changements subis par le cinéma américain sont nombreux dans le film, que ce soit de la part de Holden, de Fedora (ou de son alter ego, la diabolique Comtesse qui séquestre "Fedora"), ou de Wilder lui-même: lorsque Holden se plaint de la profusion de Barbus qui "tournent sans script, avec une caméra sur lépaule", comment ne pas penser au dédain de Wilder pour une industrie qui se jette effectivement à corps perdu dans de nouveaux défis, et à une incompréhension du vieil artisan pour les méthodes d'improvisation des Coppola, Scorsese et autres Spielberg? De fait, ils sont bien barbus, concédons-le.

 

Fedora, l'actrice, est donc obsédée par son apparence, ce qu'elle va prouver dans ce film, qui possède une petite énigme: quelle folie pique Fedora, et pourquoi est-elle séquestrée ainsi par son amie la comtesse, et le curieux Docteur vando, l'homme qui depuis 25 ans maintient l'actrice de nombreuses façons (Chirurgicales, pharmaceutiques, etc) en état de constante jeunesse? Disons que si on reconnait bien Wilder qui dissimule l'indice principal dans des gants blancs qui sont l'un de ces petits cailloux narratifs qu'il aiamit tant, le secret est pourtant bien éventé, à tel point qu'il est révélé au public au bout d'une heure, mais c'était cousu de fil blanc. Plus intéressante est l'analogie entre Fedora et son petit monde, plus son retrait de la vie publique, et bien sur Greta garbo, souvent nommée dans les dialogues, et par des allusions plus ou moins discrètes: son manque total de pudeur sur les plateaux, son film avec Robert Taylor (Camille, ici attribué à Fedora), sa fed.jpgcarrière à la MGM, ses étranges amis, et son obsession de la santé par les plantes ou encore par l'alimentation (Elle a eu une amitié prolongée avec le diététicien Gayelord Hauser). Wilder, qui a cotoyé Garbo pour laquelle il n'avait humainement aucune admiration ni affection, a repris de nombreux traits du pesronnage, mais il ne faut pas y voir un film à clef: le fait est que le personnage de Greta Garbo, par son sens du secret et du mystère, étrait un modèle bien pratique. Elle servait ainsi le propos de montrer une vedette qui avait tant à coeur de rester jeune qu'elle en était arrivée à des extrémités inattendues, y compris en mettant en scène sa mort d'une façon morbide et déplacée. Le cinéma, on ne le quitte jamais, semble dire Wilder... Qui s'amuse à méler le vrai et le faux, en évoquant la culture populaire, mais aussi en convoquant le jeune Michael York et le moins jeune Henry Fonda pour jouer leurs propres rôles. Mais la scène de la remise à Corfou de l'oscar est intéressante: Fonda, président de l'Académie du cinéma, vient chez elle présenter à Fedora un Oscar pour l'ensemble de son oeuvre. Le vieux comédien est très ému, mais sait-il que la femme qu'il a en face de lui n'est pas Fedora? non, et c'est sans importance: Fedora n'est qu'une image, presqu'un label. De son coté, le vrai Henry Fonda est présenté comme 'Le monsieur', 'le gentleman', voire, 'le président'... On oublie manifestement bien vite qui est Henry Fonda, mais on n'est pas près d'oublier Fedora, qu'importe si c'est elle ou son reflet. Non, Wilder n'aime plus tellement Hollywood, en cette fin des années 70.

 

Le problème, donc, n'est pas dans les intentions, mais dans deux aspects du film, l'un selon moi rédhibitoire, et l'autre furieusement embêtant. Dans cette histoire de la plus grande vedette que la terre ait jamais portée, on n'a à voir son talent que dans une scène d'un de ses films, ou la vedette n'a qu'à barboter nue (voir photo plus haut), allusion par ailleurs à une jolie scène de nu de Myrna Loy dans The barbarian, de Sam Wood (ci-contre). Bref, on n'en verra pas grand chose, sinon les caprices et le coté Star intouchable et imbue d'elle même... De plus, Marthe Keller n'est pas à l'aise en Anglais, et j'en viens à l'aspect rédhibitoire. Production internationale, le film a été tourné surtout en Anglais, et majoritairement doublé. Ni Marthe Keller ni Hildegarde Knef (la Comtesse) ne gardent leur voix, et au moins la moitié des dialogues sonnent faux. Ajoutons que loin des studios Américains, Wilder se lâche. Beaucoup de plans donnent l'impression d'avoir été tournés à la sauvette, vite fait mal fait. On sait quelles difficultés Wilder a du rencontrer pour tourner son film, mais le résultat n'est pas à la hauteur techniquement.

 

Quoi qu'il en soit, le vieux Wilder est désabusé, et ne tournera qu'un seul film, de retour aux Etats-Unis, pour la MGM, encore en plus... mais la MGM en 1978, comme le dit Barry Detweiler, ce n'est plus ça: c'est exactement ce qu'on pourrait dire de ce film, hélas: Wilder, ce n'est plus ça. Les intentions étaient louables, mais on obtient un étrange film, parfois gauche, parfois attachant, mais dont les coutures craquent de partout.

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder
24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 17:06

Retour en arrière? oui, forcément, et par quatre aspects. D'une part, la presse Américaine est un sujet déjà abordé et ce avec une verve impressionnante dans Ace in the hole, en 1951... Ensuite, après deux films en Europe, Wilder retourne en Amérique, et fait comme si, décidément, la nouvelle vague et les nouvelles façons de mettre en scène (Taxi driver, French Connection?) n'avaient pas eu lieu. Il n'y a rien pour distinguer la mise en scène de ce nouveau film de la manière maniaque et rigoureuse qui gouvernait déjà les films de Wilder des années 60, ou 50. Puis, bien sur, le fait est qu'il s'agit d'un remake non pas d'un classique, mais de deux: The Front Page, de Lewis Milestone, 1931, et His girl friday, de Howard Hawks, en 1940... Enfin, Wilder revient à un style dans lequel il ne s'est pas vraiment illustré, celui du film pré-code, mais qu'il aborde avec la même gourmandise intellectuelle que celle qui lui a permis de se mettre dans la peau d'un Américain de 1929 pour Some like it hot: ici, il y aura donc ce fameux argot au débit de mitraillette, qui fait encore aujourd'hui le charme de certains films tournés entre 1930 et 1934, et comme pour appuyer cet hommage discret, il donne à la fin du film un tout petit rôle au vétéran Allen Jenkins, souvent présent dans les films Warner de l'époque (Jimmy the gent, I am a fugitive from a chain gang, par exemple...) dont il était presque un élément ethnique avec son accent New-Yorkais. Mais en matière de langage, Wilder sait désormais pouvoir appeler un chat un chat, et avec Matthau et Lemmon aux commandes, le verbe est haut, souvent coloré, et bien sur riche en gags...

L'histoire de The front page, c'est celle de Hildy Johnson (Lemmon), journaliste vedette du journal dont Walter Burns (Matthau) est le rédacteur en chef: Johnson veut se marier (Avec Susan Sarandon), et Burns veut conserver son atout majeur, à tout prix. C'est, en plus, le moment de faire monter la pression, puisque à Chicago, une exécution se prépare... le "couple" Lemmon - Matthau ne joue jamais aussi bien que lorsqu'ils ne jouent pas ensemble, mais en antagonistes. Avec les coups fourrés de Burns pour retenir Johnson, on est évidemment servis. mais si Wilder et Diamond ont respecté la pièce, dans l'ensemble, et rendu hommage explicitement aux deux films qui ont précédé celui-ci, ils ont quand même adapté à leur façon l'intrigue, et ont plus sorti Burns de sa rédaction que les deux films précédents. Du coup, après le net ralentissement des deux films précédents, The front page revient à la folie, tout comme il revient d'ailleurs à Lemmon et Matthau. rendons leur d'ailleurs justice: ils restent bien le principal atout du film...

 

Fidèle à sa manière, le metteur en scène a rendu donc de discrets hommages aux deux autres films adaptés de la pièce de Hecht et McArthur: dans le cinéma ou travaille Peggy, la fiancée de Hildy (Elle est organiste), une affiche bien en vue: celle de All quiet on the Western Front (1930), de Lewis Milestone, qui tournera ensuite la première adaptation de la pièce. Sinon, alors que Peggy va pratiquement renoncer à partir aux cotés de Hildy, on voit les deux hommes, presque amoureusement enlacés, Lemmon à la machine à écrire, Burns qui lui souffle des idées, et on pense au couple formé par Rosalind Russell et Cary Grant dans les mêmes rôles dans le film de Hawks... Sinon, les allusions variées à la culture de l'époque, très bien mises en valeur par une reconstitution toujours aussi belle, et une auto-allusion, via Some like it hot, au massacre de la St-Valentin, achèvent de rendre ce film assez honnête, mais pas vraiment indispensable, un aimable passage dans la carrière de Wilder. M'est avis que celle-ci touche à sa fin, d'ailleurs, mais ce qu'on peut dire de cet unique film tourné pour la Universal (Oui, Wilder a enfin tourné définitivement la page des Mirisch et de la United artists...) c'est que si on ne peut que se réjouir de voir Wilder s'attaquer de nouveau à la presse, le film n'apporte pas grand chose de nouveau, et le fait qu'il le fasse à travers ce classique filmé et re-filmé rendrait même l'intention gênante. N'y voyons pas non plus un réquisitoire contre la peine de mort, puisque le film date de l'époque bénie durant laquelle les Etats-unis, aidés par une clairvoyante cour suprême et une préoccupation de l'exécutif de plus en plus tourné vers le Vietnam, avaient enfin, et pour neuf ans seulement, arrêtés d'assassiner les gens de façon légale. De plus, en parlant d'époque bénie, on peut aussi remarquer que pour une fois, Wilder se plie à une mode du cinéma mondial, puisque à la même période, les retours en arrière (vers les années 20 ou 10 principalement) étaient nombreux dans le cinéma: The Sting de George roy Hill, Valentino de Ken russell, The magnificent Gatsby de Jack Clayton... Alors ne boudons pas notre plaisir, la prochaine fois qu'on retrouvera Wilder, Lemmon et Matthau, ce sera pour Buddy Buddy, un autre remake. Une autre paire de manches, c'est moi qui vous le dis...

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder Comédie
30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 10:03

Avanti, ou l'art de rebondir d'une façon inattendue. l'échec public de The private life of Sherlock Holmes avait de quoi rendre bougon, et le tour de cochon joué à Wilder par ses producteurs aurait pu le terrasser de façon durable, mais deux ans après cette douloureuse expérience, voici un film drôle, sentimental, impertinent, et léger, en dépit de sa longueur. Situé entre la gravité du précédent, et la frénésie du suivant (The front page, 1974), c'est une halte bienvenue... 

"Permesso?" Cette demande à la fois polie et obligée, c'est bien sur ce que dans un hôtel le personnel demande au client afin de savoir s'il a ou non le droit d'entrer. "Avanti!": voilà la réponse à donner, et voilà donc ce que nous dit Wilder, et de fait le rythme du film est au début du moins, apparemment rapide: Avanti! Wendell Armbruster Jr (Jack Lemmon) a un avion à attraper, et le voilà, sur l'écran, qui quitte le jet privé de la compagnie qui porte le nom de son père. On le distingue bien même à distance, il porte un gilet rouge par dessus une tenue de golf. Il prend donc l'avion, avec si peu de bagages, et trouve un homme avec lequel échanger ses vêtements. on apprendra, à la douane Italienne, qu'il est venu en quatrième vitesse, parce qu'il a eu une mauvaise nouvelle. On apprend, en même temps, que le monsieur est un type pressé, manquant totalement d'humour, et assez franchement désagréable, ce que les fonctionnaires Italiens commencent gentiment à lui faire payer dès l'aéroport. Il doit donc se rendre à Ischia, dans la baie de Naples, ou son père qui prenait ses vacances annuelles a eu un accident de voiture, et est décédé. Comme il va devenir sous peu le remplaçant de son père, et que la situation de l'entreprise n'est pas brillante, il faut faire vite. 

Seulement Wendell Armbruster Jr n'est pas seul: dans le même train, dans le même bateau, et bientôt dans le même hôtel, une jeune Anglaise, Pamela Piggott (Juliet Mills) semble le suivre. Armbruster apprend la raison: son père n'était pas seul dans l'accident, il y avait aussi une femme, Katherine, la mère de Pamela. Par ailleurs, Armbruster apprend que les deux tourtereaux en étaient à leur dixième période de vacances ensemble...

A coté de la rencontre entre miss Piggott, l'Anglaise complexée et minée par son obsession du surpoids, et Wendell Armbruster, l'homme pressé et conservateur qui n'a jamais pris le temps d'apprécier la vie, on fera la connaissance aussi de signor Carlucci (Clive Revill), un gérant de l'hôtel particulièrement arrangeant pour les enfants de ceux qu'il considérait comme ses amis; on verra aussi Bruno, maitre d'hôtel et maître chanteur, qui possède un certain nombre de photos compromettantes, ainsi qu'une maitresse encombrante; sinon, il y aura la famille Trotta, Napolitaine pur jus, qui a une vision de la vie qui implique l'abduction éventuelle des êtres chers, en échange de rétribution, et tout ce petit monde est mené au pas de charge dans une intrigue sans temps mort, du moins le croit-on tant que Wendell Armbruster, éternel homme pressé, tient la barre. Seulement, de la découverte de la double vie de son père, à la désagréable habitude des habitants de la région de prendre leur temps, en passant par les désirs de Miss Piggott, qui vont à l'encontre de siens en ce qui concerne les arrangements funéraires, Armbruster voit vite que la partie est loin d'être à son avantage... En dépit donc de son obsession d'imposer son rythme personnel à tout ce qui passe autour de lui, Armbruster va finalement, comme Miss Piggott, se laisser aller, et succomber au charme de l'endroit, comme l'avaient fait avant eux leurs parents...

Golfeur au début du film, un homme comme Wendell ne pouvait faire que ce sport de riches. Le vêtement en est d'ailleurs aussi codé que ridicule en toute autres circonstances, ce qui permet aux premières scènes de charger le pauvre Lemmon de tout un poids satirique: voilà bien un Américain de la bonne société; comme il s'appelle Armbruster, on sent l'homme habitué à diriger: son nom est doté d'un suffixe (Er) qui l'identifie comme un actif. De fait, il se comporte au début en véritable dictateur, ou comme une armée en conquête. Le seul autre Américain vivant du film, le diplomate-barbouze qui vient en hélicoptère pour chercher le corps paternel, se comporte de façon encore pire: il passe son temps à pester contre les Italiens, qu'il appelle "Foreigners", soit étrangers, assure que c'était mieux sous Mussolini, et n'a aucune ouverture d'esprit. On juge d'autant mieux la transformation du personnage principal...

Miss Piggott, quant à elle, est affublée d'un nom qui la condamnait en effet à cultiver des complexes, et les allusions à son poids sont nombreuses; mais au moins, elle vient préparée: c'est elle, dans le bateau, qui rappelle à un Armbruster indifférent qu'en Italien, le simple fait de demander du savon, revient à chanter un opéra... Elle succombera d'autant plus vite à la magie des lieux. d'autant que contrairement à Wendell, elle savait ce qui se passait tous les étés. A ce sujet, Roger Ebert à la sortie du film se plaignait que le personnage de  Lemmon mette si longtemps à comprendre la nature des vacances de son père, et estimait que ça mettait le personnage en porte-à-faux vis-à-vis du public; il me semble que c'est justement le but de Wilder.

Cette délicieuse comédie qui se laisse vite porter par le rythme particulier du lieu, et ralentit considérablement sur la dernière heure, a bénéficié de la permissivité du début des années 72, ce qui apparaît dans un certain nombre de scènes. La première est un gag splendide, entièrement visuel, qui repose sur le fait qu'Armbruster doit se changer une fois dans l'avion. Il trouve un homme auquel proposer un échange de vêtements, et ils vont tous les deux dans les toilettes. Pas un mot n'est prononcé, mais la réaction de tout le monde dans l'avion est hilarante. Sinon la fameuse scène de la baignade, durant laquelle les deux acteurs sont totalement nus, à l'exception des chaussettes noires de Lemmon, est justement célèbre; certains commentateurs du film se plaignent de ces scènes de nudité pour leur manque d'érotisme! C'est vrai quà notre époque de silhouettes calibrées, ces scènes détonnent. Tant mieux: de fait, les acteurs, aussi peu habitués à se déshabiller que leurs personnages, révèlent une peau peu habituée à être si exposée. Il me semble que cette franchise sert plutôt bien le film... Sinon, on est définitivement dans le monde magique des comédies de Wilder, avec ses personnages de conte de fée, son Carlucci-bonne fée, qui arrange tout en avance. C'est la deuxième fois que Clive Revill joue pour Wilder; la fois précédente, c'était pour incarner un Russe, ici, c'est avec l'accent Italien que le maitre de cérémonies arrange tout, à la façon dont Moustache tirait quelques ficelles dans Irma la douce. les dialogues, toujours aussi riches, nous gratifient des passages obligés de tout film de Wilder qui se respecte: on a droit aux sous-entendus, à des allusions vachardes à la culture de l'époque (Lemmon, en particulier, dont le personnage cherche à se montrer au goût du jour, mais montre surtout qu'il est à coté de la plaque, lorsqu'il fait l'éloge de la libération des moeurs, tant qu'elle n'est pas entachée d'amour. Mais Miss Piggott nous montre une photo assez ridicule de son ex-fiancé Bertram, guitariste dans un groupe de rock progressif... ). 

La bonne chère, la musique Napolitaine, la douceur de la Méditerrannée, le charme de Miss Piggott... tout comme Pamela qui "devient sa mère" en jouant la manucure de l'hôtel  lorsqu'il faut dissimuler à un visiteur intempestif la nature de leur relation, Wendell Armbruster Junior devient enfin son père. Si on en revient à l'importance du dernier mot dans un film de Wilder, on constatera que la dernière chose importante ici, c'est Lemmon qui la dit: "Miss Piggott, si vous perdez ne serait-ce qu'un gramme, c'est fini entre nous", lui dit-il avant de partir. Lui qui lui disait, lorsqu'elle mentionnait ses kilos en trop lors de leur premier échange: "Oui, j'ai remarqué.". Lui qui l'a appelé d'un terme insultant qui faisait allusion à l'imposante taille de son arrière-train, d'ailleurs surestimée à mon avis. Bref, de butor, goujat, détestable personnage, il se laisse enfin aller et devient un brave homme, nous permettant au bout de deux heures et vingt minutes de l'aimer. Si The private life of Sherlock Holmes était à bien des égards un testament noir pour Wilder et Diamond, Avanti! et sa célébration de l'amour simple, son plaidoyer pour ralentir et prendre le temps, ressemble à une résurrection. Les deux films n'ont peut-être pas la même importance par rapport à la carrière de leur auteur, mais celui-ci nous permet de nous laisser aller complètement.

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder Comédie
8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 08:22

Premier film Paramount, première réalisation en solo, première réalisation aux Etats-Unis, première comédie à la Wilder, aussi. On lira de-ci, de-là, les commentateurs parler au sujet de ce film comme du "premier Wilder". Ce genre d'approximations est rendu inévitable. Surtout que The major and the minor est à la fois un film d'une immense signification, et un modeste (presque) début; vrai, cette gentille comédie avec ses airs de ne pas y toucher, semble déja porter en elle les germes de ce que sera la carrière du grand metteur en scène, son oeuvre, ses personnages, ses dialogues... Ses gags allusifs et sa petite manie (Délicieuse) de mélanger le grandiose et le trivial, le sublime et le vulgaire. Après tout, l'argument fera des petits: une jeune femme, Susan Applegate, lassée d'esayer de percer à New York, et fatiguée des avances de vieux cochons auxquels elle prodigue des massages du cuir chevelu, choisit de repartir vers son Iowa natal, mais son argent ne le lui permet pas; elle se fait donc passer pour une enfant de douze ans, Sousou, et à la faveur d'une poursuite dans le train, se réfugie dans le compartiment du major Philip Kirby, instructeur d'une académie militaire, dans laquelle elle va rester environ une semaine: elle y aura fort à faire, repoussant les avances de cadets tous plus entreprenants les uns que les autres, et réalisant qu'il lui faut empêcher le mariage de 'son' major avec une abominable pimbêche, Pamela Hill. Son passé revient toutefois la hanter, puisque c'est un des vieux dégoutants auxquels elle a refusé de céder qui la reconnaitra et le dira à Miss Hill, justement...

Au delà des recours Wilderiens au sous-entendu et de l'inévitable obsession sexuelle de 80% des males (le reste de l'oeuvre portera ce pourcentage à 99% mais ici les plus obsédés sont des adolescents en uniforme, qui utilisent tous le même vieux trucs, prétexte à quelques allusions verbales réjouissantes), le mensonge et la dsimulation, accompagnés d'occasionnels déguisements ou inversion de personnages, reviendront en force: Some like it hot, bien sur, mais aussi Kiss me stupid, The private life of Sherlock Holmes, The fortune cookie, Irma la douce, et dans un autre genre Witness for the prosecution!


D'autre part, le film est vraiment un conte de fée, baigné évidemment dans l'Amérique de 1942 (Parmi les signes extérieurs de culture populaire, on remarquera le gag des élèves de l'école voisine qui se prennent toutes pour Veronica Lake, la passion pour Benny Goodman d'un jeune cadet doué en claquettes...), avec sa Cendrillon à l'envers, son prince charmant, sa grenouille : un véritable petit caillou, isolé durant le film par une des bonnes fées, Lucy, la seule à connaitre la vérité: à douze ans, et très précoce, elle est passionnée de science et a isolé un tétard à fins d'expérimentation. A la fin, le don de cette grenouille à Susan va permettre la rencontre du Major et de la vraie Susan. Et le film a bien sur sa méchante fée; cette tendance reviendra chez Wilder, lui inspirant d'authentiques contes (Sabrina) ou des histoires plus détournées (Irma), mais les mélangeant toujours au vulgaire avec méthode et délectation.


La méchante fée, c'est l'abominable fiancée, Pamela Hill, flanquée en guise de balise d'un tic verbal: elle passe son temps à dire l'adjectif "Beguiling". Une manie qui permettra à Susan-Sousou de l'imiter efficacement pour se faire passer pour elle et accélérer la promotion voulue par Kirby. Par ailleurs, pour une femme qui vit dans un contexte militaire, le nom de Hill, renvoie à une colline à prendre: entre miss HIll et sa carrière de soldat, Kirby doit choisir sa bataille. Si Kirby est un nom neutre et vaguement sympathique, Miss Applegate, qui habite à Stevenson, Iowa, renvoie à l'amérique profonde, celle qu'on retrouvera des années plus tard à Climax, nevada, ou dans l'Arizona de Ace in the hole. Bien sur, Applegate renvoie aussi à cette si Américaine denrée qu'est la tarte aux pommes, même si Mrs Applegate vend... des fraises.


Ainsi, film-matrice plus marquant que le sympathique mais brouillon Mauvaise graine, The major and the minor est-il un digne début pour son metteur en scène; cependant, si on prend plaisir à la comédie, certains aspects restent encore embryonnaires. Ginger Rogers, déja revenue de tout, peine à aller au-delà de l'amertume d'une vie déja vécue. On aura plus tard, plus d'affection pour les personnages à venir, et cette grande andouille de Ray Milland est plus attachant, finalement. Mais quelle naïveté! L'histoire ne tient pas vraiment debout, au-delà de son charme et de sa joliesse... Un moment durant lequel le cinéaste, avec la complicité de son chef opérateur Leo Tover, met Susan en danger, puisqu'elle a décidé de dire la vérité à son major, et s'ets habillée en femme, la voit déambuler dans les couloirs désert, et peu éclairés de l'académie militaire, et bien sur au lieu de rendez-vous, le major est absent, et Miss Hill, qui a flairé le pot-aux-roses, l'attend. la gravité affleure, et la lutte entre les deux femmes reste courtoise, mais la photo louche vers le noir... Cet aspect marquera durablement l'oeuvre de Billy Wilder, les trois films suivants en fourniront l'essence: Five graves to cairo, Double indemnity, The lost week-end, trois films noirs, dont un joyau, permettront à Billy Wilder d'enfin donner à sa verve sa vraie couleur, et de signer, toujours avec son co-scénariste Charles Brackett, des comédies plus graves qu'il n'y parait. A foreign affair, avec marlene Dietrich, sera une meilleure introduction à la comédie selon wilder: drôle, toujours. Caustique, bien sur. Mais surtout noire, noire...

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder Comédie
30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 18:47

En 1970, l'arrivée d'une nouvelle génération de metteurs en scène, qui sont conscients des révolutions, tant formelles qu'idéologiques, qui ont agité les années 60, va donner au cinéma une nouvelle jeunesse, de nouvelles directions, et va sonner le glas de la censure d'antan, mais aussi du cinéma d'hier. Comment se situer par rapport à cette nouvelle vague, c'est la question que ne se pose absolument pas Billy Wilder, jusqu'à présent garant sans aucun militantisme d'une certaine façon de faire du cinéma, apprise à la Paramount dans les années 40, et perpétuée tranquillement depuis: c'est un style, c'est sa façon de faire, il est pour lui hors de question d'en changer. Du reste, il a aussi agi (à sa façon, toujours) pour faire reculer les limites de l'acceptable au cinéma, on l'a vu, et a imposé de façon éclatante sa manière. Il a aussi, et c'est ressenti d'autant plus cruellement par ses commanditaires en cette période d'implosion des studios et de leur système, perdu son crédit auprès du public en accumulant échec sur échec.

C'est donc un Wilder fort fragile qui s'attaque à une nouvelle extravagance: un film épique, énorme, sur Sherlock Holmes, dans lequel le personnage de fiction serait traité comme un homme ayant existé, et bien sur dans lequel la voix du Dr Watson allait pouvoir être entendue à sa juste valeur. Ce film, on le sait, on ne le verra probablement jamais, puisqu'il a été mutilé avant sa sortie par les Mirisch, et qu'aucune des quatre scènes qui ont été enlevées n'a survécu intacte. Ce qui reste, ce sont les 125 minutes de la version que les Mirisch ont assemblée, afin de capitaliser sur un tournage somme toute cher, et prestigieux. Néanmoins, y compris une fois ramené à une longueur moins effrayante, ce film est un bien bel anachronisme en 1970: situé à la fin du XIXe siècle, il épouse le verbe de Conan Doyle, ça et là rehaussé de ces brillants traits d'humour Wilderiens. Le prologue actuel, commençant pendant un générique d'une grande dignité, nous fait comprendre que nous allons assister à une succession d'affaires laissées de coté par Watson du vivant de Holmes afin de ne pas écorner la légende, mais on n'en aura en vérité que deux: d'une part, une convocation à l'opéra, lorsqu'une grande ballerine Russe de passage à Londres essaiera de convaincre Holmes de devenir le père de son enfant, puis une sombre histoire d'espionnage qui commence par l'arrivée d'une mystérieuse cliente Belge et amnésique, qui recherche son mari, une affaire dans laquelle les petits cailloux chers à Wilder vont se multiplier, permettant à l'auteur d'exposer encore plus que jamais son sens de la structure à ciel ouvert, permettant à Holmes, Watson, et celle qui répond au nom de Gabrielle Valladon de commenter au fur et à mesure la progression d'une intrigue dont le seul but est, bien sur, de nous perdre.

 

Avec sa narration mystérieuse, ses personnages engoncés dans une morale authentiquement Victorienne (Victoria fait d'ailleurs objectivement partie du puzzle), ce film fait tout pour avoir l'air d'un autre age. Bien sur, Wilder a fait appel à la couleur, comme il le fera de nouveau dans ses quatre prochains films, mais cette couleur est diffusée, délicate, travaillée. La musique de Miklos Rosza ajoute à cette impression de classicisme excessif, et le ton très Anglais des deux acteurs retenus par Wilder pour interpréter ses personnages enfonce plus avant le clou: Robert Stephens est un grand Holmes, à commencer par le fait qu'il se situe "en dehors" de la fiction, qu'il dénonce dès la première scène: il reproche en effet à Watson de l'avoir agrandi pour ses chroniques, et s'autoparodie en permanence, citant la prose du dr Watson... celui-ci est interprété avec un grand bonheur par Colin Blakely, qui est de toute évidence dirigé par Wilder dans l'optique de faire du Jack Lemmon: il possède un coté faire-valoir, un décalage génial, et tel Gerry devenant Daphné dans Some like it hot, il rend son "déguisement" de valet très à coeur dans le dernier acte du film. Le déguisement qui devient réalité, c'est un thème toujours présent chez l'auteur... 

Le terme de "private life" adopté dans le titre, et qui était déja dans la version de 180 minutes, fait allusion à la nature scabreuse du film, et au fait que dans les sujets ici retenus, il est largement question de sexe, et d'une manière générale des rapports de Holmes avec les femmes en général. L'épisode avec la ballerine se conclut sur un mensonge de Holmes: afin de ne pas devenir l'amant occasionnel d'une femme qui en veut à ses spermatozoïdes, il feint d'être l'amant de Watson. celui-ci prend très mal la chose, et lors d'une discussion avec Holmes, demande à celui-ci de confirmer qu'il a bien des rapports avec les femmes, ce que Holmes refuse de faire... Avec Gabrielle Valladon, c'est une autre affaire. Le soir ou les deux hommes recueillent la jeune femme, Holmes la retrouve nue dans sa propre chambre, s'adressant à lui et l'invitant clairement à la rejoindre dans le lit. Holmes s'intéresse alors à un indice pour son identité: elle a une marque d'encre sur la paume. On coupe ensuite au lendemain, et Watson découvre la jeune femme seule, couchée dans la chambre de son ami. Le retour de Holmes dissipe l'équivoque, néanmoins Madame Valladon et Holmes vont maintenir une étrange relation, distante, mais pas trop, laisant flotter une certaine équivoque quant à la nature de leurs relations. Le pot-aux-roses ne sera jamais dévoilé, seuls les sentiments de l'un et de l'autre seront, eux, parfaitement clairs.

Entièrement dévoué à son projet, Wilder a laissé libre cours à son inspiration, et signe constamment le film. J'ai déja parlé de la direction d'acteurs, notamment sur Colin Blakely, de ses balises, particulièrement Hitchcockiennes (le film possède l'un des plus beaux Mac Guffins de tous les temps, du reste). La visite de l'Ecosse  a elle aussi des accents Hitchcockiens, l'auteur s'amusant à inventorier tous les clichés du lieu (Ses monuments, ses chateaux sinistres, ses cornemuses, son Loch Ness et son monstre); Les thèmes de la dissimulation, du mensonge, du déguisement sont à la fête aussi, avec une intrigue qui repose autour d'un mystère dans lequel Holmes finit par trouver son propre frère impliqué, pour une cliente qui n'est pas ce qu'elle prétend, qui contient un monstre qui n'en est pas un, des enfants qui sont des nains, et des canaris blancs... Holmes, est un obsédé, encore un: obsédé par sa propre image, mais aussi par ses petites déformations, comme lorsqu'il visite le Club ou réside son frère Mycroft: en pleine étude technique sur les différentes cendres de tabac, il avise un membre endormi du club dont le cigare s'est consumé, et regarde l'échantillon, avec d'ailleurs l'approbation de Watson, qui partage décidément tous les aspects de la vie de son ami...  Le jeu entre fiction et réel est savoureux, depuis cette solennelle découverte durant le générique, dans le Londres de 1970, de documents jusqu'alors cachés selon la volonté de feu le Dr Watson. La reine Victoria, en rencontrant Holmes, lui demande si elle pourra bientôt lire ses aventures, mais Holmes admet ne pas le souhaiter, l'affaire ne tournant pas à son avantage; ainsi, les mensonges sur lui-même qu'il reprochait à son ami sont devenu un moyen de préserver sa propre vanité. Le film plus long allait plus loin encore aussi bien sur les mensonges et les stratagèmes que sur les aspects graveleux (Un épisode concernait les raports ambigus de Holmes et d'une prostituée, un autre voyait Watson tenter de résoudre une affaire impliquant des fêtards nus dans un lit, etc): Watson y entrait d'ailleurs en compétition avec Holmes, lui soumettant une affaire truquée par ses soins, infaisable, mais dont Holmes triomphait sans souci. une touche discrète reste dans le film, de façon insistante: Holmes n'est pas infaillible. Son propre frère le roule dans la farine d'une façon évidente, il n'a pas vu venir la ruse de sa propre cliente, et il refuse au début de s'intéresser à une affaire (Des nains de cirque ont disparu) qui a des répercussions importantes sur l'affaire Valladon. Tout ceci, bien sur, par vanité...

Mais ce qui surprendra le plus dans ce film souvent plein d'esprit, c'est son atmosphère triste, voire morbide. Le rire, la politesse du désespoir, est un sport que ne pratique pas beaucoup Holmes. Il est plus friand de déductions, de recherches, et bien sur de cocaïne. La scène splendide qui voit Holmes tenter de jouer du violon, puis l'abandonner pour s'adonner à son autre passe-temps, est vue sous le regard de watson, son approbation tranquille à l'écoute des notes de musique, puis son inquiétude en entendant le violon s'arrêter, et sa désapprobation totale lorsque sans un mot Holmes se dirige vers la petite malette qui contient la drogue. Une scène dans laquelle toute la science de Wilder, sa délicatesse, mais aussi son amour du détail, vont droit au but, et en disent plus long sur Holmes, et aussi sur Watson, que les paragraphes entiers de Sir Arthur Conan Doyle, j'en ai peur. De la narration, en quelques images. Bref, du cinéma. Un très grand film, à n'en pas douter, avec ou sans ses minutes manquantes....

The private life of Sherlock Holmes (Billy Wilder, 1970)
The private life of Sherlock Holmes (Billy Wilder, 1970)
The private life of Sherlock Holmes (Billy Wilder, 1970)
The private life of Sherlock Holmes (Billy Wilder, 1970)
The private life of Sherlock Holmes (Billy Wilder, 1970)
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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder Sherlock Holmes
29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 11:07

Le dernier mot, voilà ce qui a pu caractériser la perfection accomplie par Wilder dans ses deux films les plus brillants de la période qui nous occupe. Aussi bien le « Nobody’s perfect » de Some like it hot que le « Shut up and deal » de The apartment sont des conclusions d’une grande élégance, des affirmations absolues de la maitrise du cinéaste sur son œuvre, qui résonnent encore longtemps après avoir fini le visionnage. Autant dire tout de suite qu’il me semble un peu alarmant que le titre choisi pour ce 20e film soit précisément cette dernière réplique. La dévoiler d’entrée de jeu, c’est vendre la peau de l’ours de façon un brin prématurée. Mais c’est aussi que cette réplique est celle qui va tout exorciser, et par tout, je veux dire 120 minutes corrosives, vulgaires, provocantes et particulièrement épicées…
http://alt.coxnewsweb.com/shared-blogs/austin/austinmovies/upload/2009/07/the_austin_film_society_is/kiss%20me%20stupid%20poster.jpg
Climax, Nevada, la ville dans lequel se déroule le film, existe : on ne pourra donc pas (trop) accuser Wilder d’avoir cherché la provocation jusque dans ses moindres recoins, mais bien sur il a choisi la ville dont le nom est synonyme d’orgasme comme lieu de la rencontre d’un certain nombre de personnages pour une suite d’évènements qui vont entrainer un certain nombre de péripéties inévitables, et des changements dans un certain nombre de vies. Et puis on est dans l’Amérique profonde, celle ou le puritanisme des uns s’accommode fort bien du relâchement des autres, à quelques encablures de las Vegas : le chanteur Dino (Dean Martin), en route pour L.A., s’arrête à Climax pour un plein. Il ne sait pas qu’il est tombé sur un pompiste qui a de l’ambition : Barney (Cliff Osmond) écrit les paroles de chansons composées par son ami Orville (Ray walston). Ils prennent la décision d’empêcher le chanteur, connu pour être un séducteur, de repartir, afin de placer des chansons. Le problème, c’est qu’Orville est marié et très amoureux, et donc très jaloux, et qu’en plus Barney entend bien profiter de la faiblesse de Dino pour le beau sexe, afin d’endormir son sens critique. Les deux hommes conviennent donc d’échanger Zelda (Felicia Farr), l’épouse légitime, contre Polly ( Kim Novak), une serveuse d’un bar louche, ce qui permettra à Orville de laisser Dino la séduire et de rendre le placement de chansons plus facile.

Prostitution, déjà évoquée dans les grandes largeurs sous son aspect mythologique dans Irma La Douce, crise de la quarantaine, obsession sexuelle, envies soudaines au beau milieu de l’après midi, douches à deux, adultères, les figures évoquées dans le film ne manquent pas, et pour Wilder, il ne s’agit plus d’appeler un chat autrement qu’un chat. Les dialogues, souvent effectués en duo (Orville – Barney, Dino – Zelda, Orville - Polly) sont truffés e gaillardise, comme il sied… Et pourtant c’est assez triste. Un drame se joue dans ce film, celui de la frustration, mais pas de tout le monde : les deux femmes sont non seulement l’objet d’un troc assez crapuleux (l'une sans le savoir, mais l'autre en est amèrement consciente), mais en plus elles souffrent. Bien sur Zelda est mariée à un homme qui a un cœur d’or, mais il est aussi si jaloux qu’elle n’en peut plus, et il est clair qu’elle avait besoin d’un prétexte pour aller faire une pause. C’est donc approprié que cette fan de Dino, le chanteur, puisse trouver comme par enchantement au milieu de cette pause Dino lui-même, servi sur un plateau, dans une scène de séduction assez délicate somme toute en dépit des circonstances (dans une caravane au milieu du désert) ; de son coté, Polly, la serveuse revenue de tout pour repartir vers rien, découvre en Orville un homme aimant et délicat, et se laisse séduire par lui, alors que ce n’était bien sur pas prévu, mais cela lui permet l’espace d’un instant d’être Mrs Orville Spooner, au lieu d’être une marchandise. Bien qu’il les oppose, en mettant en avant la douceur conjugale tranquille de Zelda et le coté charnel de Polly (C’est Kim Novak, quand même), il les rend complémentaires, et on a presque l’impression qu’elles pourraient être amies…

Obsession, maitre mot d’un grand nombre de personnages de Wilder : ici, on a trois obsédés : Dino, bien sur, joué avec un grand sens de l’autodérision par lui-même, ou presque, est annoncé dès l’ouverture : chanteur talentueux, mais qui boit sur scène, et qui truffe ses chansons d’apartés exposant ses deux passions, les femmes et l’alcool. Sitôt mis en présence des traces d’une femme (nuisette, mannequin), il se met en marche, et n’aura de cesse que de l’ajouter à sa collection; un temps, il croit ou feint de croire devoir se reposer un peu, ayant peut-être atteint un climax en matière de relations. Il est intéressant de constater que la seule relation sexuelle qu’il consommera durant le film sera avec Zelda, qui pourrait, vu ses fréquentations, être la seule vraie dame qu’il ait jamais eue. Sauf que lui ne s’en est jamais aperçu, persuadé qu’il faisait la rencontre de Polly… Barney est, lui, obsédé par la chanson, dans son versant économique. Il écrit, oui, mais elles sont toutes nulles, et la seule chose qu’il en retire, c’est d’imaginer le futur succès en espèces sonnantes et trébuchantes. Son nom, ingrédient Wilderien, est Millsap : mélange entre « mill » (moulin : le coté besogneux d’un homme qui ne ménage pas ses efforts ?) et « sap », andouille, et le fait est qu’il n’est pas précisément d’une grande classe. Quant à Orville J. Spooner (Encore un nom de minable), le prof de piano aux pulls en hommage à Bach et Beethoven, on aurait pu croire qu’il était obsédé par la musique, mais non : sa manie, c’est la jalousie maladive, du même calibre que l’obsession manifestée par Tom Ewell dans The seven year itch, les fantaisies visuelles en moins. Wilder a décidé d’être aussi réaliste que possible dans ce nouveau film, et laisse donc à André Prévin le soin de commenter ironiquement la jalousie obsessionnelle du héros en truffant la partition de Fur Elise, de Beethoven, de rajouts de contrebasse à l’archet à chaque fois qu’Orville est jaloux. Un petit caillou, en apparence anodin, lie d’ailleurs la jalousie et l’aventure improvisée à la fin du film entre Zelda et Dino : un mot laissé à l’attention du laitier par Zelda dans la bouteille de lait vide (afin d’effectuer une commande) trouve un écho parfait dans les billets de banque laissés par le chanteur pour récompenser « Polly » dans une bouteille de whisky.

Fidèle à ses penchants pour l’amour vache qui le lie à son pays d’adoption, Wilder retrouve paradoxalement dans ce film à vocation satirique les accents méchants de son Ace in the hole : rien de mieux que les déserts pour faire la radiographie de la médiocrité, semble-t-il… sauf que si les femmes sont ici les deux clés du film, elles renvoient toutes les deux à Orville, le minable prof de piano, que l’une a épousé, et que l’autre a convoité, alors qu’on lui promettait des frissons dans les bras du bellâtre à la mode. Et d’ailleurs, Orville aura gagné le droit de passer la nuit avec Polly après s’être conduit de façon chevaleresque avec elle, puisque comme toujours chez Wilder (Daphné dans Some like it hot, Lord X dans Irma la Douce peuvent tout à fait en témoigner), à force de prétendre, comme ici que Polly soit Zelda, elle devient vraiment la femme légitime d’Orville. Dino, lui, n’aura comme seul geste de remerciement qu’un lâcher négligent et contractuel de billets… Eloge de la médiocrité, film qui montre un visage de l’Amérique qui cache de moins en moins son obsession sexuelle, Kiss me stupid est un film qui vaut bien mieux que sa réputation.

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder
29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 11:01

Le dix-neuvième film de Billy Wilder, et son quatrième en couleurs, est adapté d’une comédie musicale, on attendrait donc assez logiquement qu’on y chante. Il y a bien de la musique, de grande classe, signée d’André Prévin, et un intermède chanté ou deux, mais ils sont systématiquement en situation : une jeune prostituée met un disque dans le juke box, et tout le monde danse, et sinon il y a une adaptation de Alouette, gentille alouette, interprétée par une cargaison de « poules » ( pour reprendre le terme choisi, en Français dans le texte, par Wilder et Diamond), qui menacent assez clairement de faire subir les derniers outrages à l’agent Nestor Patou qui les a embarqué dans un panier à salade. Bref : ne faisant rien comme tout le monde, et ayant de toute façon décidé de faire rendre gorge à la censure et au (toujours en vigueur)code de production de 1934 qu’il a continuellement attaqué, Wilder fait un film totalement personnel à partir d’une comédie musicale Parisienne, et c’est un plaisir.

Mais un plaisir parfois un peu long, c’est le principal défaut de ce petit plaisir coupable. L’argument vaut bien sur une fois de plus d’être exposé : à Paris, Rue Casanova, dans le quartier des Halles, les « poules » et leurs « macs » (Toujours en Français dans le texte) vivent en bonne intelligence avec les gens de la police, qui ne les empêchent nullement d’exercer leurs lucratives activités, et y puisent de temps en temps de quoi les aider à fermer les yeux. Au milieu de cette situation bien établie, arrive Patou , un flic honnête, mais un peu distrait, qui met du temps à comprendre la dite situation. Pourtant une fois qu’il ouvre les yeux, il n’est pas long à réagir, et opère une rafle, qui se passe tellement bien, que le pauvre Nestor Patou va devoir ensuite abandonner son uniforme, ayant un peu molesté certains clients, dont son supérieur hiérarchique. Il trouve alors refuge auprès d’Irma La Douce, la plus populaire des prostituées de la rue, dont il devient assez rapidement le souteneur. Le problème, c’est qu’il est aussi très amoureux, et surtout très jaloux…

Grace au rythme franchement indolent de cette mini-épopée des faubourgs, on peut voir la machinerie Wilder à l’œuvre. C’est aussi ce que beaucoup de commentaires reprochent au film, le fait de tourner un peu à vide, parfois. Admettons, d’une part, que le film pêche parfois par trop de fausse guimauve (ces couleurs !!), voire par excès de mauvais gout, franchement revendiqué. Ajoutons que certaines situations rappellent un peu trop d’autres films, notamment la scène lors de laquelle, seule avec un client (qui s’avère être Nestor déguisé, prétendant être irrémédiablement impuissant) Irma réveille de façon inattendue ses ardeurs, ce qui nous renvoie à Some like it hot, mais le champagne en moins. Il faudrait ajouter qu’en dépit de la ressemblance, la scène dans Irma ressemble à une provocation : dans le film précédent, sis en 1929, on y parlait d’embrassade, ce qui évidemment ne trompe personne. Là, on parle à mots à peine couverts, d’érection, d’impuissance, de rapports sexuels. C’est d’ailleurs la franchise du film, plus que son bricolage pour le rendre faussement naïf, qui en fait la force. Mais aussi les limites ; Wilder, en France, avec les décors d’Alexandre Trauner, et les mêmes comédiens (et quels!) que dans The apartment, ne pourra pas faire un film aussi beau que celui qu’il a fait aux Etats-Unis. Si ni Irma ni Nestor ne sont dénués d’intérêts, s’ils sont décidément bien mignons, et si leurs aspirations peuvent passer pour tendrement comiques (Irma, qui souhaite se dédier à son métier), ou si adorablement naïves (Nestor, qui se dévoue pour son Irma, sans que celle-ci ne s’en aperçoive, va travailler dès le lever du soleil afin de lui éviter le trottoir), il faut bien dire que la France présentée dans ce film tient vraiment de la fantaisie poétique, et qu’il est bien difficile de prendre le film au sérieux, ce qui n’est d’ailleurs nullement l’intention. Le film, après tout, tient une fois de plus du conte de fées : il y a même une authentique fée, en la présence de Constantinescu, dit Moustache, un homme qui a tout fait : la guerre, avocat, médecin, et qui va aider le proxénète Patou afin de donner un revenu à Irma dans pour autant qu’elle couche avec un autre que lui, et tous deux vont inventer Lord X. Drôle de prince charmant, joué par un Jack Lemmon qui se lâche, mais qui n’oublie pas de se retrouver un moment avec une seule des chaussures de sa Cendrillon vêtue de collants verts. Mais lord X, lui aussi, va échapper à ses créateurs, dans un final ouvertement fantastique.

Placé entre deux charges grossières, irritantes, mais si féroces à l’égard des Etats-unis (One, two, three, et bien sur Kiss me stupid), Irma est une petite halte, en forme de bluette, mais une bluette qui permet à Wilder d’être l’un des premiers au cinéma à montrer une femme enceinte avec un relief convaincant, dans un film qui voit Shirley McLaine se coucher nue dans un lit, et faire un regard lourd de promesses à Jack Lemmon. Le film a démontré l’inutilité du code de production, qui n’allait pas tarder à rendre l’âme. Quant à ce film mal fichu, mais adorable, il continue à intriguer, placé au cœur des années 60, et constamment sur le fil du rasoir : hautement provocateur, revendicatif et sordide, mais tourné avec un soin de maniaque, par des artistes du cinéma à l’ancienne… Pour ma part, et sans que je puisse l'expliquer, c'est l'un de mes préférés.

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder