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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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14 juillet 2022 4 14 /07 /juillet /2022 10:06

Une mère (Kim Hye-ja) vit seule avec Do-joon (Won Bin), son grand fils, handicapé mental très timide et effacé, sauf quand on e provoque: il n'aime pas du tout se faire traiter d'idiot. La mère vit dans l'espoir absurde qu'un jour son grand fils se fasse accepter et pourquoi pas avoir une vraie histoire d'amour. Par contre, pour l'instant, le jeune homme est surtout occupé à faire des bêtises avec son copain Jin-tae (Jin Goo)

Mais tout le monde est catégorique: quand on retrouve le cadavre d'une jeune femme, exposé en haut d'une terrasse à la vue de tous, la présence sur les lieux d'une balle de golf sur laquelle il avait signé son nom (il voulait "l'offrir à une fille") accuse Do-joon, et le fait qu'il n'ait aucun souvenir que ce soit pour confirmer ou démentir l'accusation le met dans une position délicate. La mère, pour sa part, refuse en bloc et parallèlement aux efforts assez mous de la police, pas dégoûtée par le peu d'intérêt manifesté par l'avocat qu'elle a engagé, elle mène l'enquête à sa façon.

C'est un film aux inspirations riches et variées: alors qu'on attendrait une enquête policière, un climat sombre, le réalisateur choisit de passer par l'apparence de la comédie et de suivre les divers personnages dans leur quête de la vérité: les policiers, qui gardent une forte sympathie pour Do-joon, sont de plus en plus embarrassés par les preuves qui s'accumulent et l'absence de quelque indice que ce soit; Do-joon lui même qui par une stimulation mentale, réussit à réveiller sa mémoire défaillante, et surtout la mère qui va trouver de l'aide pour remonter la piste, ,et aboutir à la vérité... Une vérité qui passe par la vie peu reluisante d'Ah-jun, la victime, une fille qui toute sa vie et jusqu'au bout, aura été abusée par les hommes. Une vérité qui ne sera plaisante pour personne...

Mais aussi, on voit à travers le film le portrait sans concession d'un amour maternel assez malsain, malgré des intentions très louables. Un amour maternel qui prend d'ailleurs des formes inattendues, et il y a une bonne dose de non-dit (une question revient comme un gag récurrent, mais aucune réponse ne sera jamais totalement satisfaisante: as-tu couché avec ta mère? ...ce qu'une séquence semblerait confirmer!). Surtout, on apprend par un flash-back soudain, qui réveille les souvenirs embrumés du garçon, que la mère a tenté un double suicide quand Do-joon avait 5 ans. 

Jusqu'où une mère peut-elle aller dans son amour absolu, délirant et grotesque pour son grand fils? derrière le vitriol, il y a malgré tout une tendresse pour les personnages, et Bong Joon-ho va nous fournir des réponses dures à cette question. Mais sachez-le: elles ne font pas plaisir...

 

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Published by François Massarelli - dans Bong Joon-Ho
11 juillet 2022 1 11 /07 /juillet /2022 16:07

La famille Kim (le père, la mère, la fille, une jeune adulte et le fils, un adolescent, vient dans un sous-sol miteux du pire quartier de la ville. Tous chômeurs, ils survivent en pliant des boîtes de pizza, et avec un minimum de débrouille, quand une opportunité se présente: un copain de Ki-woo, le fils, donne des cours d'Anglais à une jeune fille de la bourgeoisie, et comme il doit s'absenter, il lui confie son remplacement... Ki-woo, sous le pseudonyme de Kevin, vient avec un faux diplôme concocté par sa soeur grâce au système D sur internet (dont ils profitent grâce à la i-fi de leurs voisins); puis il présente sa soeur comme une amie qui fait de l'art-thérapie quand Mme Park, son employeuse, désire donner des cours de dessin à son fils traumatisé. Le troisième membre de la famille à s'infiltrer sera le père, qui remplacera le chauffeur que la fille réussit à faire renvoyer, et enfin les trois Kim se débarrassent de la gouvernante quand ils découvrent son allergie aux pêches... La mère peut donc à son tour faire son entrée dans le personnel de maison. Mais quand on est un parasite, il y a une règle du jeu à bien comprendre: tout le monde a des parasites, y compris... les parasites eux-mêmes. A la faveur d'un départ de la famille Park pour faire du camping, les Kim vont faire une découverte effarante et qui va tout bouleverser dans leur plan un peu trop optimiste...

Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce film n'est pas passé inaperçu, ayant été fêté et multi-fêté, au point de décocher non seulement la Palme d'Or en 2019, et le trophée du meilleur film étranger (c'est-à-dire non anglophone) à la cérémonie des Oscars, mais surtout, ce qui n'est pas banal, il  obtenu par dessus le marché l'Oscar du meilleur film, une première pour un film Coréen... Ou non-anglophone.

C'est que cette comédie très méchante au vitriol premier choix frappe fort et juste, dans sa peinture d'un monde à deux vitesses où les parasites sont, au choix, les pauvres de la famille Kim, qui s'invitent frauduleusement, par des manipulations honteuses et se rendent indispensables par tricherie auprès des Park... Ou les riches de la famille Park, qui considèrent qu'à partir du moment où on les paie, les employés de maison sont taillables et corvéables à merci, et d'ailleurs, pour tout leur argent, de fait, les Park ne travaillent pas. Du coup, leur fils couvé à l'extrême fait des maladies de riche: il a un traumatisme, qui lui vient d'une nuit où il a vu un fantôme... Ce qui aura une explication, car en effet il a bien vu quelque chose! 

Et ce monde à deux vitesses, c'est bien sûr le notre, dans un récit hilarant et à la verve particulièrement acérée, où une gouvernante ivre de pouvoir se retrouve à prodiguer des massages à son mari en imitant les actualités Nord-Coréenne tout en tenant une famille en joue, où M. Park, le richissime et par ailleurs totalement inutile propriétaire d'une villa tellement moderne qu'elle en devient ridicule, passe son temps à deviser sur l'odeur des gens et en particulier celle de son chauffeur: il dit à son épouse que M. Kim "sent le métro". Ce à quoi elle répond qu'elle n'a pas pris le métro depuis bien longtemps...

Donc dans ce jeu de massacre qui débouchera sur une étrange mais bien agréable mélancolie quand même (et franchement, il fallait le faire), il y a énormément de plaisir à prendre. On sait que Bong Joon-ho (The host, Memories of murder) excelle à se glisser dans la peau de metteur en scène de tous les genres, ici il combine la sature sociale grinçante, le film criminel et la fable, pour une réussite exceptionnelle, qui a bien mérité tous les prix qu'il a raflés. Pour une fois, je suis bien content de l'admettre!

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Bong Joon-Ho
29 avril 2021 4 29 /04 /avril /2021 09:50

Un inspecteur de police, Park Doo-man (Song Kang-ho) mène une enquête compliquée et qui ne mène à rien, autour des meurtres de plusieurs femmes, tous liés par les circonstances: toutes jeunes, violées et étranglées, et tuées durant une averse carabinée. Il est rejoint par un inspecteur de Séoul, Seo Tae-yoon (Kim Sang-kyeong), qui va sérieusement remettre en cause et bouleverser ses "méthodes"...

Les guillemets s'imposent: confrontés à un serial killer en pleine cambrousse, Park et ses collègues sont bien incapables de quoi que ce soit, si ce n'est harceler la population jusqu'à trouver un coupable... Torturer? Pourquoi pas! D'ailleurs ils sont tellement désespérés qu'ils sont prêts à tout, y compris à "inventer" un coupable en désignant à la justice un gamin avec des problèmes mentaux, proie facile et qu'ils manipulent afin de lui faire dire tout et n'importe quoi...

Le film est âpre, violent, tourné dans des couleurs trafiquées pour être toutes plus moches que les autres, avec une teinte générale entre le brun et le verdâtre... Sauf deux nuances: les crimes ont souvent lieu dans un champ de céréales dont la blondeur tranche avec le reste. Et les victimes (pas toutes) ont en commun de porter des vêtements rouges... On oscille entre des scènes à la limite du burlesque, avec les pieds nickelés du poste de police qui se comportent comme des gosses ou des voyous, et le professionnel de Séoul qui n'en peut plus de leur immaturité... Mais le rire s'étrangle très vite, car si les méthodes changent vers plus de logique et d'efficacité, les résultats, eux manquent à l'appel.

Au final, le film nous offre une vision de la façon dont le crime et le mal finissent par tout corrompre, avec la rigueur d'une mise en scène qui choisi de s'arrêter aux faits, saisissant dans l'urgence uniquement les comportements des inspecteurs. La caméra se met presque à les suivre y compris dans leurs égarements, comme pour en suivre la véracité... ca en est même dérangeant, mais c'est voulu: voilà une approche fascinante du film de serial killer, qui semble prendre le genre là où il était, pour le bouleverser totalement.

 

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Published by François Massarelli - dans Bong Joon-Ho Noir