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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 18:33

Voilà encore un film de Keaton qui souffre apparemment d'une construction un peu lâche... Typiquement, Keaton en fait d'ailleurs le sujet même de son film, en nous montrant son personnage obligé, afin de conquérir auprès du père (Joe Keaton) de sa fiancée (Renée Adorée, mais oui!!) le droit de l'épouser, de devenir quelqu'un. Le film est donc divisé, après le prologue qui établit cette situation de base, en quatre parties, toutes introduites par une lettre de Keaton qui arrange un peu la vérité afin de se mettre en valeur et d'exagérer ses progrès dans la vie: il travaille dans un hôpital vétérinaire (Il laisse entendre dans la lettre qu'il est devenu un chirurgien célèbre), devient ensuite "white wing" (nettoyeur de rues) et nettoie Wall Street (Typiquement, Renée croit qu'il est un grand financier), il est figurant dans un théâtre (elle l'imagine en Hamlet), et à la suite de toutes les expériences désastreuses, il est poursuivi par une horde de policiers (il lui fait croire qu'il monte les échelons de la police). L'épilogue voit Buster revenir et se suicider, conformément à l'accord avec le père. mais il est trop nul pour réussir son suicide...

 

Il faut voir ce film pour le croire, mais si certains gags sont très réussis, tout cela manque à la fois de sérieux et d'unité. Chaque segment possède au moins son moment intéressant, avec un gag splendide, fait de non-dits calmement exposés, bien que lié à un putois dans le premier segment; une série de cascades magnifiques et réglées avec précision dans le deuxième, un Buster laché en pleine rue déguisé en soldat romain dans le troisième, et les meilleurs moments du film dans le quatrième. Si on applaudira à la mésaventure de Buster coincé dans une roue à aubes qui se met en route, offrant un spectacle symbolique (Buster, le hamster?), il faut bien dire que le reste du final vient en droite ligne de Cops.

 

Mais une fois de plus, il nous faut peut-être cherrche le sens de ce film en dehors, d'une part dans la vie, dont on sait qu'elle n'est pas rose si on a lu My wife's relations entre les lignes, mais plus encore dans la carrière de Keaton: il lui faut fournir, Joe Schenck attend des courts métrages, et qu'importe que les aspirations de Keaton aillent vers le long métrage, le contrat est là. Contrairement à Chaplin, qui lui peut choisir ce qu'il tourne, mais aussi ce qu'il sort, Keaton lui sort tous ses films, réussis ou ratés. Ici, l'accent mis de façon systématique sur l'échec et l'ineptitude ressemble à un commentaire sarcastique sur la panne d'inspiration... A tel point qu'à la fin du film, il est envoyé en piteux état chez sa petite amie par la poste... Il n'ira sans doute jamais plus bas.

 

Ce film a longtemps été considéré comme un court métrage de deux bobines raté, dans les versions qui en circulent, dont de nombreux pasages trahissent des manques: les "rêveries" de Renée Adorée, imaginant la réussite de Buster (Qui donnent du reste son titre au film), ont à une exception près (Keaton jouant Hamlet) toutes disparu du film. Mais il s'agissait en réalité d'une oeuvre sensiblement plus longue, qui totalisait trois bobines, soit environ trente minutes. Des photos de plateau ont été utilisées pour "restaurer" certains épisodes, et le film a acquis une certaine logique bienvenue, tout en conservant son caractère épisodique. D'une certain façon, Daydreams à l'origine anticipait de bien des façons sur The three ages, qui allait lui aussi être un effort morcelé avec ses trois intrigues à trois époques différentes. Enfin, il a été établi que si Keaton a signé le film seul, Daydreams a été préparé par le comédien en compagnie de son ami Roscoe Arbuckle. On ne sait pas s'ils ont effectivement participé à la mise en scène tous les deux, mais l'intrigue serait imputable à l'ancien patron de Keaton, alors à l'aube d'une série de tentatives peu glorieuses pour reprendre son métier après les injustices dont il a été la victime. Ce qui tendrait à expliquer le destin particulièrement cruel du personnage de Keaton dans ce film, tombé à l'eau puis pêché par un vieil homme qui ne sait tellemnt pas quoi faire de sa trouvaille qu'il va se servir de Buster comme appât... Celui-ci, à la fin, va se résoudre à se suicider, dans l'un des innombrables gags liés à la mort, mais l'acharnement du destin est sans pitié.

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet Comédie
27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 17:43

Dans le grand nord, l'arrivée de Buster Keaton ne passe pas inaperçue: mu par la collère et la vengeance, il laisse libre cours à ses passions, lâche sa femme, court après une autre, et tue tout ce qui passe à sa portée. Je sais, ce résumé n'est pas tout à fait fidèle au film, mais celui-ci est tellement absurde qu'il est inracontable. Comme tout ceci n'est qu'un rêve, en prime, on sera pour une fois pardonné de qualifier cet étrange court métrage de "surréaliste": fonctionnant avec la logique du rêve, il sied plutôt bien à cet adjectif, pour une fois...

 

Keaton aimait particulièrement ses films les plus étranges, en commençant par Hard Luck, bien sur. C'est que Roscoe Arbuckle et lui partageait cet humour étrange qui les faisait parfois commettre des films qui s'auto-détruisaient dès la première minute. On appréciera ici la tentative ratée de faire un hold-up, les diverses tentatvives du héros pour séduire une femme, et la scène durant laquelle il est à la maison avec son épouse (Sybil Seely), et celle-ci est assommée par sa faute. Pour déjouer l'attention d'un policier qui passait par là, Keaton impassible danse avec sa femme inconsciente... les inventions miteuses sont au rendez-vous, comme l'automobile-traineau, tirée par des chiens qui n'ont rien du huski. A ce propos, Keaton en tournant ce film s'est livré à des cascades spectaculaires dans la neige, le spectaculaire étant assuré par les efforts qu'il a sans doute fallu faire pour tenir dans ce froid.

 

Pour finir sur un film qui n'apporte ni ne retranche rien à la carière de Keaton, on notera deux allusions marrantes qui font définitivement de ce film une parodie parfaitement assumée: le personnage de Keaton est un décalque de William S. Hart, jusqu'au chapeau; et lorsqu'il apparait face à la femme qu'il convoite, elle le voit déguisé en Sergius Karamzin, le héros de Foolish Wives, de Stroheim, probablement l'un des films les plus commentés de cette année 1922. Superbe gag pour un film somme toute assez dispensable. Néanmoins la référence à Hart me semble importante à commenter à la lumière d'un fait historique: lors du procès Arbuckle, l'acteur de western était l'un des plus virulents, à Hollywood, pour dénoncer la moralité douteuse de celui qui s'avérerait au final innocent, et ça, Buster ne l'a sans doute pas oublié...

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet
26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 19:02

Alors que le complice Eddie Cline est de nouveau remplacé par Mal St-Clair, Keaton après avoir donné sa vision de l'affaire Arbuckle (Cops) et sa vision du mariage (My wife's relations), semble revenir au slapstick pur. Et de fait, jusquà la dix-neuvième minute, ce film est un concentré de gag classique, sur un thème typiquement Américain, dans lequel on dénote avec intérêt l'appartenance de Buster Keaton à un cinéma presque lyrique, qui fait de lui l'héritier d'un Griffith (Ce qu'il revendiquera) et l'égal d'un Ford, qui lui aussi quittait déja son univers westernien en cette année 1922 pour s'intéresser à des sujets sur l'Amérique profonde (The village blacksmith, justement, chez Fox). Le maréchal ferrant de ce film est comique, source de gags, oui, mais il est si typiquement Américain... pendant longtemps, on n'a connu de ce film qu'une copie qui était en fait une version abandonnée du film, et elle contenait une introduction-gag basée sur des intertitres imités de poésie populaire, qui allaient dans ce sens, de placer le maréchal-ferrant au coeur de la vie Américaine.

L'assistant (Buster Keaton) d'un maréchal-ferrant (Joe Roberts) suscite la colère de ce dernier par son inefficacité; alors que la police maitrise et enferme la grosse brute, l'assistant est donc laissé à charge de l'échoppe, et doit assumer seul toutes les tâches: ferrer un cheval difficile (On lui fait choisir les fers comme dans un magasin de chaussures), aider une dame dont les dons en matière d'équitation sont limités (Keaton lui installe un siège avec suspension hydraulique afin de limiter les mouvement sur son pauvre dos), et réparer une voiture magnifique dont le blanc virginal va bientôt se parer de toutes les taches de graisse possibles. Mais le patron revient vite, et entre deux tâches, il lui faut trouver le moyen de calmer la colère du monstre...

Dans la version intermédiaire, un gag était redondant: un des deux chevaux était blanc, et Keaton le salissait consciencieusement, diminuant l'effet produit par la séquence avec la voiture. Dans une version définitive du film, récemment retrouvée, la séquence du cheval blanc est abandonnée au profit d'une splendide course-poursuite entre Buster et Joe Roberts, qui a plusieurs avantages: exit la redite, d'une part; d'autre part, Buster sort de l'atelier, et le film en ressort grandi... Disons que même amélioré, ce n'est pas son meilleur, mais il se laisse de toute façon voir.

A l'exception de la fin, c'est un film très classique, et qui aurait pu être tourné chez Roach, avec Laurel par exemple. Sauf que Buster conclue en effectuant, une fois de plus, le torpillage du mariage. Cette fois, et sans raison valable, Keaton se marie avec Virginia Fox, mais les dernières images nous montrent un Buster marié qui baille de tout son être...

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet
11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 15:46

La photo qui accompagne cet article est strictement une photo de plateau, et aucune scène n'y correspond vraiment. Par contre la voiture désossée est bien du voyage... On peut imaginer que Roscoe Arbuckle et Buser Keaton savaient ce qui se tramait en coulisse lors du tournage de ce film, qui donne l'impression de les laisser joyeusement brûler le studio avant d'aller voir ailleurs: Buser vers sa propre série, et Roscoe vers des longs métrages impersonnels avant d'affronter cette saloperie de destin. Quoi qu'il en soit, ce film jovialement destructeur, qui voit les deux comiques affronter le monde en tandem, à l'écran comme derrière, est réjouissant: une salve de gags sublimes, ou grotesques... Ou les deux.

Nos deux héros sont donc les employés d'un garage, où ils font à peu près tout. Le patron (Dan Crimmins) est un vieux gâteux, dont la fille (Molly Malone) est fort avenante et du coup les prétendants se bousculent... Par exemple, Harry McCoy joue le rôle d'un type qui vient lui conter fleurette au garage, ce qui occasionne une scène durant laquelle le dandy particulièrement bien habillé veut offrir des fleurs à Molly (A droite de l'écran) pendant que les deux mécaniciens manipulent de la graisse (à gauche): le mélange des deux, comme le film du reste, est très salissant.

Par ailleurs, les trois hommes du garage sont aussi pompiers, ce qui nous occasionne une fausse alerte incendie qui e pour conséquence... l'incendie du garage en leur absence! Inracontable, mais proprement irrésistible, le film multiplie les gags Keatoniens, liés donc à de la machinerie, de la mécanique, et beaucoup de prouesses physiques: il était prêt! Ce qui autorise un certain nombre de commentateurs à spéculer sur le fait que Buster ait co-dirigé ce film. Peu importe, après tout...

Notons pour finir que des amis sont venus pour participer au film, sans y être crédités. On reconnaîtra Monty Banks qui avait remplacé Buster pendant que celui-ci était parti sauver le monde en France, et Polly Moran dans un gag idiot mais mémorable.

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet Comédie
7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 18:43

Pour certains, c'est parce qu'il est précédé (Back stage) et suivi (The garage) par d'excellents courts métrages que ce retour à un comique rural apparaît un peu léger. Mais ça ne tient pas debout: ce film de deux bobines est effectivement léger! Il y a des gags, certes, et l'équipe habituelle (Moins Al St-John) fait ce qu'elle peut, mais... ce n'est en rien un film historique.

Le décor, donc, est rustique: une petite localité dans laquelle le même immeuble sert pour à peu près tout ce qui est officiel ou d'intérêt public. On y trouve donc un magasin, où travaille Roscoe Arbuckle (Qui peut de nouveau se servir de denrées pour construire ses gags, ici ce seront du fromage, et des oignons), et la poste (Lieu des activités de Buster Keaton). Un troisième larron, joué par John Coogan, est le shérif local. Lui est Roscoe sont rivaux pour le coeur de Molly Malone. La rivalité prend un tour vicieux lorsqu'il est question d'acheter un bijou à la jeune femme: Roscoe prend un faux, parce qu'il na pas les moyens, mais le shérif, décidé à acheter un vrai diamant, vole à la poste...

Pas grand chose à dire, le film tourne bien, même si c'est parfois en rond. Buster recycle une énième fois sa routine des balais qui volent, et Roscoe Arbuckle mesure le doigt de sa petite amie... en le plantant dans du gruyère. Toujours nous ramener au sol, là où ça sent et ça suinte: on peut faire confiance à Arbuckle pour ça!

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Published by François Massarelli - dans Muet Buster Keaton Comédie
6 août 2016 6 06 /08 /août /2016 17:22

Buster Keaton ayant gagné la guerre, il est revenu, et... c'est la fête! Back stage est sans doute le premier film vraiment rigoureux d'Arbuckle depuis... depuis très longtemps en fait. Pour autant il ne change rien à son univers, mais il ne se contente définitivement plus de le peupler. ET dans cette histoire de music-hall, qui semble prendre ses sources dans les carrières de tous ses protagonistes, il y a beaucoup de choses qui resserviront, pour notre plus grand plaisir...

L'atmosphère générale, tout d'abord, anticipe sur The playhouse... Buster, Al St-John et bien sur Roscoe sont tous les trois employés d'un music-hall, au service du spectacle et de ses artistes. Ils sont en charge du décor, sont machinistes, collent des affiches, effectuent des réparations, et doivent parfois supporter les caprices des stars, comme l'homme fort (Charmes Post) qui est infect avec sa jolie assistante (Molly Malone), ou le "danseur excentrique" (Et franchement efféminé), interprété par John Coogan Sr, le père d'un petit jackie qui n'allait pas tarder à prendre la relève, qui s'offusque qu'on ne lui accorde pas le moindre regard. Quant les artistes font la grève, nos amis les remplacent, aidés par Molly...

Parmi les numéros notables, une danse, exécutée avec le plus grand sérieux par Keaton et Arbuckle... mais aussi une scène au balcon, à la Roméo et Juliette, mais durant laquelle la fausse façade d'une maison tombe sur Roscoe, le laissant toutefois indemne, car il était à l'endroit exact ou se situe la fenêtre une fois la façade tombée. Un gag qui allait resservir deux fois chez Keaton: d'abord dans One week, puis de façon spectaculaire dans Steamboat Bill Jr. A qui fait-il l'attribuer? Peu importe, les compères font du travail d'équipe, ce qu'ils revendiqueront tous jusqu'à la fin de leurs vies, Buster en tête. Et ils le font bien!

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Published by François Massarelli - dans Muet Buster Keaton Comédie
4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 16:19

Avec ce nouveau film, Arbuckle reprend partiellement son sérieux, qu'il avait totalement jeté aux orties lors de la réalisation du chaotiquement sauvage Moonshine. Ce qui n'empêche pas le réalisateur et son équipe d'avoir recours à des clowneries, des gags idiots et des trucs... Dont le plus ancien au monde, celui du rêve. Keaton prend de plus en plus d'importance sur ce film, aussi, dans lequel comme d'ailleurs Al St-John, il a deux rôles: une petite apparition de rien du tout, totalement déguisé, mais aisément reconnaissable à ses acrobaties, puis dans le rôle important du directeur d'une clinique...

Tout commence par une de ces journées dont le sud de la Californie semble avoir le secret dans les comédies burlesques muettes: il y pleut énormément... Mais Roscoe "Fatty" Arbuckle n'en a cure: il est déjà trempé à l'intérieur... imbibé, saoul, quoi! Il rentre chez lui après deux ou trois bêtises, et son épouse qui n'en peut plus décide de le faire soigner dans le sanatorium du bon Dr Hampton (Buster Keaton). L'endroit est intéressant (...Et s'appelle la Clinique "No Hope", soit "sans espoir"!), sitôt arrivé, Arbuckle y est accueilli par une patiente (Alice Lake) que le médecin lui présente comme étant folle, et qui se jette à son cou pour l'embrasser. Mais ce n'est qu'après qu'on ait endormi Roscoe que la fête commence vraiment...

L'intrigue, il fait bien le reconnaître, vole en éclats après l'arrivée de notre héros à la clinique, et on y assistera à des gags joyeux, orchestrés avec la complicité non seulement de Keaton, de Al St-John en infirmier avec une incroyable coupe en brosse, mais aussi de Katie Price, la future partenaire de Keaton dans Our relations. Ce n'est certes pas la meilleure comédie du monde, mais ne boudons pas notre plaisir...

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Published by François Massarelli - dans Muet Buster Keaton Comédie
3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 16:40

Ce film de deux bobines fait partie de l'ensemble de comédies réalisées pour la Paramount par la Comique film Corp, soit le producteur Joseph Schenck, allié à la vedette Arbuckle, qui interprétait également le premier rôle de tous ces films. Il est sans doute moins connu que les autres (The Butcher Boy, Coney Island,...) car les deux bobines ont connu des avanies sérieuses: il ne subsiste aucune copie 35mm satisfaisante (Mis bout à bout, les seuls fragments 35 connus totalisent 6mn), et les copies les plus complètes étaient jusqu'à la restauration récente par Lobster films des 16mm délavés.Pour couronner le tout, c'est le plus Keatonien des films d'Arbuckle, tendance dure: c'est donc une fête ininterrompue de surréalisme idiot et revendiqué.

Roscoe y est un agent de la lutte anti-contrebande, en pleine prohibition, dans les montagnes de Virginie. Il lui faut lutter contre les habitudes sordides d'une famille de bootleggers sauvages, dont Alice Lake et Al St-John sont des représentants. Il est aidé dans sa tâche par Buster Keaton, et les deux compères n'ont pas résisté à la tentation d'inventer un gag à la fois coûteux, absurde, inutile et grandiose: non seulement à la suite de Buster, une quarantaine de policiers en armes sortent de la voiture qui a amené Roscoe dans les montagnes, mais en plus ce dernier après qu'ils se soient tous déployés dit à son lieutenant qu'il n'aura pas besoin d'eux... Et tout le film est de cet acabit, en gags douteux et qui ne nous cachent jamais que le film est un film. Comme le dit un des trafiquants à Arbuckle, "C'est ton film, après tout, tu fais ce que tu veux...". Et comme d'habitude, Al St-John en fait des tonnes, et Alice Lake se comporte d'une façon qui tranche sur les rôles habituellement dévolus aux stars féminines à Hollywood en ces glorieuses années muettes.

Bref, cette entrée mineure et rare dans l'oeuvre Arbucklo-Keatonnienne est certes un plaisir coupable, mais c'est un plaisir quand même. Et comment ne pas imaginer que dans ce plan menaçant d'Al St John qui s'avance vers la caméra, jusqu'à emplir le champ de sa tête grimaçante, Buster Keaton n'ait pas trouvé une inspiration pour ses films futurs, aux gags si frontaux?

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet Comédie Western
2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 16:28

De retour en Californie, avec encore une fois une très bonne comédie en deux bobines, Arbuckle applique un principe qui était aussi celui de Chaplin: établir un lieu, qui à y faire allusion dans le titre, et définir les personnages, leurs rapports de force, et l'intrigue en fonction. Le lieu est donc un hôtel d'un petit trou perdu Californien, qui est un établissement "de troisième ordre" pratiquant des "prix de première classe". Buster Keaton y est groom, Al St-John cuisinier et préposé aux ascenseurs, et Roscoe y fait tout le reste, y compris tenir le salon de coiffure (Un panneau y annonce fièrement qu'on y rase sans douleur!). Une nouvelle manucure (Alice Lake) vient d'arriver, et les trois hommes vont se mettre en quatre pour l'épater, y compris en simulant un cambriolage dans lequel Arbuckle pourrait être le héros...

Le film est extrêmement bien tenu, en dépit de ses digressions multiples. Les gags liés à de la mécanique étrange, notamment l'ascenseur le plus stupide qui puisse être imaginé (Il est actionné avec un cheval...) et les cascades perpétrées par Keaton père et fils, font merveille. Bon, ce film n'a sans doute pas révolutionné e septième art, mais il est un plaisir constant.

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Published by François Massarelli - dans Muet Buster Keaton Comédie
1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 18:02

Roscoe Arbuckle, comme son personnage, se rend dans l'Ouest, avec un grand O... Et ça l'inspire! Il avait déjà, à l'époque de la Keystone, tourné en Californie, et là il s'y retrouve totalement. Le film commence par la vision d'un train qui avance dans le désert, et il a un passager clandestin. Repéré, il s'échappe (En tombant littéralement du train), et une séquence typique nous montre l'acteur-réalisateur trouver instinctivement son ton, en virtuose du gag inattendu: pendant que ses poursuivants continuent de courir sur les rames du train qui avance à toute vitesse, Roscoe reste sur le bord des rails, se roule une cigarette, et... frotte une allumette sur le train pour l'allumer. Puis il s'agrippe nonchalamment au dernier wagon, et remonte dans le train.

Il s'arrêtera plus loin, et s'enfoncera dans le désert. Poursuivi par un trio d'Indiens (Authentiques, même s'ils parlent du fait que grâce à leur rencontre avec "Fatty", ils auront de quoi manger tut l'hiver...), il se réfugie dans un endroit peu recommandables, le Saloon de la dernière chance, dont le patron n'est autre que Bill Bullhorn (Buster Keaton), un dur. Le saloon est justement en train de subir une attaque des hors-la-loi de Wild Bill Hiccup (Al St-John). Arbuckle résout rapidement le problème, mais le barman a été tué dans l'assaut: notre héros le remplacera. Puis une jeune femme (Alice Lake) fait irruption, elle fait partie de l'armée du salut, et s'insurge contre la moralité de l'endroit. Touché au vif, Arbuckle décide de s'amender, mais Hiccup qui n'a pas dit son dernier mot revient au saloon, et s'en prend à la jeune femme...

Unité de lieu, cohérence de l'histoire, et un héros qu'on a un peu plus envie de suivre, il semble qu'Arbuckle se soit enfin remis en selle avec ce film (Si j'ose dire...). Ca reste souvent dynamité par le second degré, et c'est une parodie de western après tout, mais c'est fait avec sérieux, et le travail de caméra et les compositions sont impeccables. On retrouve d'ailleurs un motif courant chez Arbuckle, quand le paysage lui en donne les moyens: les poursuites sur une crête, un toit, voire le toit d'un wagon, filmées à distance, avec les silhouettes de poursuivants en accéléré qui se détachent nettement. Sinon, il y a fort à parier que Keaton a été influent sur le passage en train, un moyen de locomotion qui le fascinait... Son père Joe Keaton fait d'ailleurs partie des employés du chemin de fer dans la première bobine.

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Published by François Massarelli - dans Muet Buster Keaton Comédie