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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 17:04

A la fin de son contrat Keystone, Chaplin aspirait à pousser son expérience un peu plus loin en continuant sur la voie qu'il avait tracée avec, hélas, trop peu de films de qualité. La machine à rire de chez Mack Sennett ne lui permettait que peu souvent de vraiment investir le temps nécessaire à la sophistication dont il rêvait. D'où, sans doute, ce film en forme de farce, ou plutôt de rêve: Chaplin s'endort, et se voit à l'age de pierre, couvert de peaux de bêtes, et disputant à Mack Swain les clés du royaume de Wakiki Beach.

Coups de massue, jeunes femmes en peaux de bêtes sauvages (D'ailleurs for mal ajustées, à moins que ce ne soit volontaire... c'est l'actrice Helen Carruthers qui en fait les frais), et quelques anachronismes savamment choisis (notamment les chapeaux) sont la règle de ce genre de films. On sourit forcément, même si on dit que tout ce petit monde avait forcément mieux à faire. Mais après tout, Griffith qui tournait Man's genesis, un court métrage supposé sérieux sur le même sujet deux ans plus tôt, n'était pas forcément moins ridicule.

A noter que Lloyd, Keaton et Laurel & Hardy feront à leur tour le détour préhistorique: Respectivement avec When clubs are trump (1917), The three ages (1923), et Flying elephants (1927). Par contre, pas de Langdon en peaux de bêtes à ma connaissance...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Mack Sennett Charles Chaplin Groumf
21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 18:32

S'il est un film qui est célèbre pour des raisons inattendues, c'est bien celui-ci: un acteur inconnu y faisait l'une de ses premières apparitions à l'écran, la plus courte et la plus obscure en réalité. Et c'est pour cette raison et cette raison que la découverte de ce film très moyen, dont l'intrigue est très très ténue, est en réalité un événement majeur!

Les policiers poursuivent une bande de malfrats, mais le pauvre Ford Sterling est pris entre deux feux: pris pour un bandit par les pandores, et poursuivi par les voleurs parce qu'il les a vus. Bref, c'est un peu David Vincent.

Allez, on va le dire quand même: c'est Chaplin, et il a beau n'être vraiment visible sur l'écran que durant 25 secondes en tout, il marque. Ce garçon avait du talent, quand même...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Mack Sennett Charles Chaplin
24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 17:47

Ce qui est sans doute le troisième film interprété par Chaplin à la Keystone, après Making a living et Kid auto races at Venice est un film de l'actrice Mabel Normand: une excellente occasion de rappeler l'importance de celle qui, non contente d'être la star féminine numéro un du studio de Mack Sennett, avait aussi pris en charge la réalisation de certains de ses films. Plus que Henry Lehrman, metteur en scène des deux premiers, c'est finalement à elle qu'on doit la vraie apparition du personnage de Chaplin, même si il ne faut pas se leurrer: elle lui a certainement attribué un rôle, mais la gestuelle, l'incroyable contrôle, et cette vie intérieure trahie par le moindre mouvement de canne, c'est du Charles Chaplin à 100%! De là à faire comme tous les premiers historiens du cinéma, qui ont directement imputé à Chaplin seul la création de tous ces films de jeunesse, il y a un pas qu'on ne peut pas franchir... La preuve en images.

D'ailleurs, dans Mabel's strange predicament, Chaplin est la valeur ajoutée: il est un client saoul dans un hôtel, qui vient ajouter un grain de sel rigolo dans la routine d'un lieu de villégiature qui se transforme aisément en une mine d'embarras. Mabel est, avec son chien, cliente de l'hôtel; elle y reçoit (en tout bien tout honneur) son petit ami, et elle a des voisins qui sont un vieux couple dot l'épouse ressemble à une définition vivante du mot "irascible". Suite à un incident, Mabel et son chien se retrouvent coincées dans le couloir, la jeune femme étant en déshabillé... Elle se réfugie dans la chambre d'en face, sous le lit en attendant d'y voir plus clair. Mais le voisin revient, suivi par son petit ami à elle, puis l'épouse... et enfin Chaplin, toujours aussi saoul.

Dans cette usine de saucisses filmiques qu'était la compagnie de Sennett, Mabel Normand est celle qui la première a ralenti l'action, afin de donner corps aux personnages, mais aussi afin de laisser son charme mutin agir... Cette situation ne serait pas aussi embarrassante si Mabel Normand n'était pas une jeune et jolie demoiselle, bien sur. Mais que de chemin parcouru entre les films tournés-montés improvisés dans la rue (Kid auto races) et ce petit mélodrame rigolo de la non-infidélité...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin Mack Sennett
19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 16:55

Donc, pour finir, il convient d'abord de passer par ce mauvais film, une comédie romantique qu'il a cru bon de réaliser afin de reprendre pied dans le cinéma mondial, avec des stars pour changer... La médiocrité du film est un fait assez facile à remarquer, je dirais qu'il suffit de le voir pour s'en rendre compte; le cinéaste abandonne la rigueur sèche de son style pour meubler son film(Qui réussit le tour de force d'être supposé se passer sur un bateau, mais qui est à 95% situé dans d'hermétiques cabines sans âme qui pourraient aussi bien être d'hypothétiques chambres d'hôtel) en multipliant les angles de prise de vue d'une façon inattendue et assez gauche. D'autre part le dialogue prend de la place, et si le metteur en scène a choisi des acteurs de renom pour peupler son film, il n'en a pas moins dirigé chaque geste, chaque virgule, et si dans le cas de Sophia Loren elle ne s'en sort pas trop mal, c'est franchement gênant en ce qui concerne Brando, et pire encore avec Tippi Hedren, qui est un glaçon sans vie. Enfin, le scénario n'a pas grand intérêt:

Un diplomate Américain quitte Hong Kong et rentre chez lui, vers sa carrière prometteuse et son mariage détruit. Durant la croisière, il se lie avec une passagère clandestine, une Russe Blanche réduite à la semi-prostitution. il faut la cacher, puis réussir à la faire paser aux Etats-unis, au nez et à la barbe de la douane, des services d'immigration et de l'épouse légitime.

 

Chaplin, je pense, a survécu au muet; s'il a fait du cinéma dans les années qui ont suivi l'arrêt de ce style dont il était l'un des plus brillants représentants, force est de constater qu'il a perdu beaucoup. Mais passé Limelight, il a aussi du composer avec des circonstances qui ne lui convenaient pas: au lieu de tourner dans ses studios, à son rythme, il a du se compromettre en tournant plus vite dans des lieux pas toujours appropriés, deux films. A king in New York passait encore, et la satire qu'il proposait montrait qu'il n'avait pas perdu sa rancoeur à l'égard des Etats-Unis, mais ce nouveau film en forme d'exil perpétuel montre que les sentiments ont évolué. Bien sur, il s'en prend au culte de la richesse, mais tape aussi bien sur les Britanniques, par le biais de riches désoeuvrées qui sont bien idiotes, que sur les américains via l'épouse de Ogden, le personnage de Brando. Et tous ces personnages en quête d'un nouveau souffle nous rappellent que tous sont des ex: Ogden Mears, le diplomate, n'y croit plus, et Natascha est une comtesse d'un pays qui ne veut plus d'elle et de ses semblables. Après tout tous ces gens rentrent aux Etats-Unis, un message subliminal de la part de l'ex-roi d'Hollywood?

 

Celui-ci apparait dans on film, mais il est clair que la vieillesse est  là. De même, il a perdu son oeil exceptionnel pour le placement de la caméra, et c'est un crève-coeur que de le voir essayer de rendre drôle ce qui ne l'est pas, en demandant à Brando de roter aussi souvent que possible, en jouant le jeu d'une comédie de boulevard à coup de sonnettes intempestives et de portes qui claquent. Sans oublier l'humour autour de la saoulographie d'un personnage de majordome (Patrick cargill, qui sauve pourtant quelques scènes du film). Bref: Chaplin a réussi à exercer son métier durant 52 années, il faut forcément s'en réjouir. Que son dernier film soit médiocre, c'est une évidence, mais tant pis, au moins, il pu essayer de se maintenir à flot jusqu'au bout. Après ce film, il n'a plus rien fait de nouveau, a essayé de réexploiter certains de ses films, avec succès, a taillé dedans, ce qu'on est en droit de désapprouver, a recueilli enfin l'admiration de ses pairs à hollywood, dans une cérémonie émouvante, et nous a fait en 1975 le pire cadeau de Noêl de tous les temps... Oubliez ce film, mais quoi qu'il arrive, Chaplin est un génie, un mythe, un géant.

 

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Navets
30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 18:44

Un roi en exil, chassé par une révolution, qui se retrouve coincé à New York entre deux mondes, et pris au piège d'une vie Américaine moderne, à lquelle il ne comprend rien: forcément, sur ces fondations, on s'attend à l'expression d'une vengeance de celui qui a été longtemps l'idole du public, le roi de Hollywood, et qui est un proscrit depuis quelques années: non seulement on ne veut plus de ses films, qui ont fini par révolter (M. Verdoux) puis par lasser (Limelight), mais on ne veut plus de lui, et dans la chasse au sorcières, Chaplin savait bien qu'il y avait une petite place pour lui... Après ce qui est bien un exil en Suisse, il a choisi d'en parler dans son premier film Anglais (Mais oui), mais ce n'est pas via son personnage que cette partie du règlement de comptes va avoir lieu... Ca restera du chaplin, toutefois.

 

Bon, soyons franc, ce film n'est pas bon. il est poussif, ennuyeux, trop démonstratif, et fait trop vite dans un contexte ou Chaplin n'était pas à l'aise. Pour s'en convaincre, regardons les scènes de comédie de la dernière partie, qui voient le roi Shadohv essayer d'achapper à un homme qu'il soupçonne de vouloir lui refiler une convocation au tribunal: c'est essentiellement de la comédie muette, mais tout se passe comme si le metteur en scène avait été incapable de trouver le bon angle; le résultat, c'est que la scène ne fonctionne que de façon lointaine, un peu comme ces recréations échappées de la télévision américaine des années 50, lorsque les comédiens de Sennett, de Roach, ou Buster Keaton étaient invités à recréer leurs gags... Un comble.

 

Le roi Shadohv d'Estrovia a fui la révolution pour aller à new York. Escroqué par un homme de confiance, il a du mal à joindre les deux bouts, et est plus ou moins recruté par une publicitaire, Ann Kay, pour faire de la réclame. Lors de ses activités protocolaires, il rencontre un jeune garçon, Rupert Macabbe, dans un foyer pour jeunes enfants doués. ses parents ont des ennuis avec la justice pour leurs opinions, et rupert, qui lit Marx, a des vues très arrêtées sur la politique de son pays...

 

D'une part, le metteur en scène règle donc ses comptes avec les Etats-Unis d'un point de vue général, la vie moderne, l'obsession du capital, l'escroquerie permanente des médias, et bien sur la méfiance à l'égard des étrangers, épinglée à travers l'une des premières scènes du film, lorsque Shadohv vante l'accueil des Américains tout en laissant un fonctionnaire lui prendre ses empreintes digitales. Le manque cruel de sophistication (le choix des accents est ici primordial), et un cinéma qui se mord la queue, tout y passe. C'est parfois drôle, surtout dans la première demi-heure, et Chaplin est à son aise dans le petit jeu du roi décalé lâché chez les lions tous plus ignares les uns que les autres. Mais on ne construit pas un film entier avec ça...

 

Donc, d'autre part, l'autre attaque du film, plus virulente et plus amère, vise l'obsession anti-communiste, encore virulente en cette fin d'années 50. Rupert, incarné par un Michael Chaplin assez franchement irritant avec son index sentencieux levé avec obstination, affirme haut et fort être communiste, non pas parce qu'il l'est, mais parce que dit-il, il en a marre de répondre aux mêmes questions sur ses parents. Autant l'être, puisque c'est ce que tout le monde veut, affirme-t-il... En représentant l'absurde soupçon qui a pesé sur tant de gens dont le simple souci était de construire un monde meilleur, semble dire Chaplin (qui sait de quoi il parle dans la mesure ou il a été aux premières loges), Michael Chaplin incarne non seulement son père, mais aussi tous les gens victimes du soupçon, et on peut aller jnusqu'à imaginer qu'à travers les maccabee, la famille de Rupert, le pas tendre Chaplin parle aussi des Rosenberg, les époux exécutés en 1953 pour espionnage. Si ici les deux époux échappent ne serait ce qu'à la prison, le traumatisme de l'enfant qu'on a forcé à parler est suffisant pour que le constat soit amer. Donc on est bien loin de la comédie burlesque, avec un Chaplin qui confirme sa dent dure...

 

Mais bon, tout cela fait un film qui a du mal à tenir debout. Ce qu'on a du mal à accepter de Chaplin, avouons le. En voulant rire de l'anachronisme qu'il est devenu, il montre aussi le fait qu'il ne comprend lui même as grand chose aussi bien au cinémascope qu'au rock 'n Roll (En avait-il déja entendu? on se posera la question...). Pourtant l'acteur est bien là, avec sa grâce naturelle pas trop contenue par l'age et un début d'embonpoint, si on a bien sur les inévitables références au corps et aux fonctions corporelles: l'odeur en particulier, à travers les deux publicités dites en direct par Ann Kay lors de la scène du dîner, ou encore l'utilisation du postérieur comme réceptacle de pâtisserie (Qui contient beaucoup de choses, puisque la pâtissier juvénile se met les doigts dans le nez), ou comme cible d'un jet d'eau. Mais tout ça, vite fait dans un studio ou il n'a pas la possibilité de reconstruire un New York à sa convenance, sans ses petites habitudes, sans la possibilité de faire son film deux ans durant s'il le faut, il peine. Et nous aussi.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin
29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 17:28

Voir Chaplin dans Limelight, après avoir revu au préalable tout ce qui a précédé, c'est être frappé par la nudité de son visage quand on le voit ici pour la première fois; d'ailleurs, c'est de dos qu'il fait sa première scène, en homme agé, de petite taille, à la silhouette encore bien fine pour son age, mais saoul; il monte avec peine un escalier, qui mène à une porte que l'alcool n'aidera pas à s'ouvrir; il ttitube, et sa gestuelle nous permet immédiatement de le reconnaitre. Mais sous son vrai visage, tel qu'en lui-même, sans aucune moustache lui, qui a toujours ou presque utilisé cet artifice, et a construit sa carrière, sa célébrité, sa fortune même sur un petit tas de poils qu'il se collait sous le nez...

 

Le film ne mettra pas longtemps à nous rassurer: si Chaplin a décidé d'apparaitre à visage découvert pour ce film, c'est sous un autre masque qu'il se dissimule, celui autour duquel il a tant tourné, depuis The bank ou The tramp en 1915: Limelight est un mélodrame, un film qui s'éloigne des leçons parfois embarrassantes que le metteur en scène et acteur a cru bon de vouloir donner dans les années 40. Et de fait, tout de suite devant cette histoire de vieux clown décati amoureux d'une jeune étoile, on ne peut s'empêcher de se demander: quelle part d'autobiographie contient ce film? une seule réponse s'impose: tout le film et rien, bien sur. Chaplin n'a finalement pas dérogé ici à ses vieux démons, et on se rappelle d'un autre clown, celui du Cirque, qui à la fin du film s'asseyait par terre avant de repartir vers de nouvelles aventures, pendant que le cirque pour lequel il avait travaillé partait dans une autre direction...

 

Calvero est un vieux clown lessivé et alcoolique, qui rentre chez lui un matin pour trouver une étrange odeur de gaz dans l'escalier: une voisine est en train de se suicider: il la sauve et appelle un médecin; elle s'uinstalle chez lui, et le vieil homme va patiemment lui redonner confiance en elle et en la vie, en son art aussi: elle est danseuse. Terry (Elle s'appelle Thereza) va en échange soutenir le vieil homme dans ses tentatives de retourner sur scène, en particulier lorsque la santé lui reviendra, et que sa nouvelle carrière de prima ballerina prendra son envol...

 

Rien de nouveau? Si, bien sur: d'une part, Chaplin situe son histoire dans le Londres de 1914, tout un symbole, et revit avec affection une nouvelle jeunesse par le biais de la peinture du monde du spectacle dans la capitale Anglaise, en cette année ou il l'a quittée pour devenir le phénomène que l'on sait... D'autre part, le dialogue aidant, Chaplin laisse à Terry (Claire Bloom, excellente) le soin de prononcer les mots d'amour qu'on attribuerait le plus souvent au vagabond, éternel ver de terre amoureux d'une étoile. Ici, c'est Terry qui se consume d'amour pour un homme trop vieux pour accepter cette offrande. c'ets là qu'il faut voir le principal thème entrepris par Chaplin: l'age. Celui qui, depuis qu'il vit le parfait amour avec Oona, a enfin paradoxalement admis son age, souhaite donc passer le relais, et ce passage de témoin doublé d'une mort en scène est relaté en deux bonnes heures, et parfaitement symbolisé par ce plan absolument sublime d'un Calvero mort, transporté sur un divan dans les coulisses immédiates de la scène ou se produit Terry. Sait-elle, alors qu'elle danse, que l'homme qu'elle aime est déja mort? Le film se clôt sur sa prestation, the show must go on, of course...

 

Il y a des défauts dans ce film, même si la plupart du temps, ce qui lui est reproché constitue en fait sa force: cette immersion dans le mélodrame, sans honte ni remords, est parfaitement assumée. Non, bien sur, le film possède déja le défaut d'être un film parlant; le metteur en scène, l'acteur sont des génies, c'est un fait, mais le dialoguiste ne peut s'empêcher d'en rajouter des tonnes... Sinon, la distance maintenue par la caméra de Karl Struss lors des scènes de danse, rendue indispensable par le fait que Claire Bloom était doublée, est gênante, nous empêchant de partager l'émotion resentie par Calvero par exemple lors de l'audition. Alors que Calvero, dans ses numéros, bénéficie d'une caméra virevoltante (Un exploit pour l'austère metteur en scène, on en conviendra, mais il n'a sans doute pas engagé le collaborateur de Murnau sur Sunrise pour lui faire clouer une caméra au sol...), on peine à voir autre chose dans ces scènes qu'une doublure brune del'actrice principale qui danse à la perfection: des plans purement génériques, en fait...

 

Mais on est heureux de retrouver plus d'une allusion au passé de Chaplin, son don pour le geste sur, et ce personnage de Calvero qui ressemble tant à notre vagabond favori; il a les mêmes obsessions aussi, une sorte de vague tendance artistique qui cache un insatiable désir de séduire (Le deuxième rêve de l'ivrogne, qui revoit ses succès passés en songe, le voit jouer la comédie avec Terry justement, et tenter de la séduire avec toute une batterie d'allusions parfois douteuses), avec cette gestuelle sensuelle (Toucher, gout et odeurs compris), et cette incroyable faculté à tout exprimer avec ses yeux. Mais plus encore, il rend un hommage appuyé à toute la profession, en invitant Snub Pollard (Figurant à ses côtés durant l'année 1914), Loyal Underwood (Un acteur minuscule, qui jouait dans ses films mutual) et bien sur le grand Buster Keaton a jouer à ses côtés. Les scènes qui immortalisent la collaboration des deux génies sont placées à la fin, un peu comme une apothéose de la partie "comédie" du film, même s'il convient d'être mesuré: ce n'est sans doute pas le feu d'artifice qu'on attendrait; il convient aussi de remettre les pendules à l'heure: contrairement à la légende, Keaton était très heureux de sa participation au film, et de fait, il est beaucoup plus qu'une silhouette, contrairement à son apparition dans Sunset Boulevard, par exemple... Chaplin envisageait un temps pour Limelight d'être son dernier film, il souhaitait donc ne pas partir sans rappeler d'ou il venait.

 

Voila qui clôt un nouveau chapitre de sa vie, sur une note une fois de plus triste: le film n'aura pas le succès escompté, et du coup le démon de tourner ressaisira Chaplin, qui tournera deux films encore, et je n'ai pas la moindre envie de les revoir, ni l'un, ni l'autre.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin
31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 11:06

Lorsqu'à la fin de ce film Chaplin, dans le rôle de M. Verdoux, se dirige d'un pas résigné vers la guillotine, une immense tristesse se dégage de l'image, qui vient pourtant en écho du premier plan du film: on y voyait la tombe du "héros" du film, dont la voix enjouée et chantante entamait avec une grande légèreté la narration... Humour noir, ou burlesque, la tentation de faire rire est ce qui est peut-être le plus frappant de ce film tant le ton est grave. On peut renvoyer à The great dictator, et le paradoxe de devoir redécouvrir le film alors que nous savons qu'il était finalement très en-dessous de la vérité dans l'horreur de ce qu'il décrivait; ici, Chaplin sait désormais ce que vient de subir l'humanité, et il s'en sert pour nourrir son film... Donc le ton est noir, très noir, et le film a nourri la polémique, a donné à tous les détracteurs de Chaplin des armes et des arguments, et peu d'entre eux se sont retenus. C'est pourtant à un autre qu'il attribue l'étincelle créatrice, puisque au début de ce film il remercie Orson Welles pour l'idée initiale, à savoir une transposition de la vie de Landru. Mais dans le seul choix d'incarner un Landru après tant d'années dans les défroques d'un vagabond au grand coeur, qu'il soit soldat, évadé, golfeur ou ouvrier, Chaplin a commis un acte fort: pour commencer, il assume son age, et apparait presque tel qu'en lui-même à la fin de ce film; ensuite il rappelle à ceux qui l'auraient oublié qu'il n'est en rien un conteur angélique, et qu'il sait convoquer la méchanceté; il l'a jusqu'ici fait de manière déguisée, mais cette fois-ci, l'esprit noir est en pleine lumière.

 

M. Verdoux est un homme pas spécialement gâté par la vie, qui a fait un choix pragmatique simple: utiliser les ressources de veuves esseulées, en les mariant, puis en les tuant, et enfin en disparaissant. On assiste à sa chute, son arrestation, et son procès. Parallèlement, on assiste à l'évolution tumultueuse d'un monde en crise, d'un désastre à l'autre. Chaplin ne nomme pas les évènements, restant dans le vague quant aux dates et aux évènements historiques, mélangeant allègrement les époques (la crise est-elle celle de 1929? il y en a plusieurs...) en montrant par exemple des bistrots 1945, des guinguettes 1910, des toilettes 1947... Il donne une motivation personnelle à son "héros", en lui donnant une vraie famille, avec sa femme invalide, mais le fait que ceux-ci disparaissent du film par la grâce du dialogue les condamne à n'être que des comparses: en vérité, Verdoux est seul contre tous. Et s'il a parfois des gestes de pitié (La jeune femme ramassée dans la rue pour être la cobaye d'un poison, qu'il décide finalement de ne pas lui administrer) c'est parce qu'il se reconnait un peu trop dans sa victime potentielle. Du reste, de la plupart de ses victimes, nous ne voyons rien ou presque; Lydia, la seule de ses "épouses" dont nous faisons la connaissance avant qu'elle soit bel et bien exécutée, est une horrible mégère; des autres, nous voyons deux victimes potentielles, la douce Mme Grosnay, et l'insuportable Annabella Bonheur. Cette dernière justifie à elle toute seule l'épousicide... une façon d'atténuer la criminalité de Verdoux, et d'entrainer le public derrière lui, juste ce qu'il faut. 

 

La construction reprend un peu celle de The great dictator, dans sa suite de scène plus ou moins jointes; évidemment, la quête de la richesse et les meurtres savamment calculés de Verdoux lient assez efficacement l'ensemble; mais comme dans son film précédent, Chaplin s'est réservé une tribune, et il sait après le discours final de son film anti-Hitler qu'il est forcément attendu au tournant... Son "Je vous attend là-haut, nous nous reverrons très vite" est une clé du film, bien sur, une façon de renvoyer la culpabilité de Verdoux à l'ensemble de l'humanité. C'est le sens de la dernière demi-heure, qui est sans doute la partie du film la plus nourrie des dernières années; comme si le criminel nous disait avoir perdu la foi dans le crime, parce qu'il se sent dépassé par l'humanité toute entière et sa propension à faire le mal. En tant que message, c'est peut-être agressif, mais c'est, finalement, un constat totalement valide, hélas.

 

La principale erreur des détracteurs du film et de son auteur est sans doute d'avoir recours à la confusion habituelle entre l'acteur (Cet homme qu'on aime aimer) et son personnage, mais aussi de croire que tout film doit avoir une morale: non, Verdoux n'est pas un héros, et ses crimes sont odieux, c'est un fait.  si le film est une comédie, et si le personnage est bien un avatar de Chaplin, avec sa voix, sa gestuelle étourdissante, son charme naturel, ça n'est en aucun cas une invitation à le suivre. Le constat du film est une grosse claque dans la figure, ne l'oublions pas, et la comédie nous le rappelle en permanence, grâce à la faculté de Chaplin de passer du rire sardonique à l'évocation du drame. S'il recule devant la représentation du crime (L'anecdote de Lydia, qui meurt hors-champ, son exécution symbolisée par un trait musical qui enfle avant de s'arrêter brusquement), c'est qu'il n'est pas fou, et souhaite pouvoir faire passer son film: il avait raison, du reste, la vision du gentil Verdoux qui jardine tranquillement pendant que son incinérateur fontionne à plein régime est suffisamment violente pour ne pas en rajouter. Donc, le film est drôle, parfois trop (Je sais bien que Martha Raye, son faire-valoir en "Annabella" a été choisie parce qu'elle est irritante, mais elle est effectivement insupportable...), mais il est surtout grave, et cette humanité, montrée sous la forme d'une famille éplorée qui se demande ce qu'est devenue l'une d'entre eux, tombée en fait victime du Landru filmique, est en fait incapable de s'exprimer hors de l'agression: cette scène, situé au tout début sert non seulement à présenter de l'extérieur le personnage de Verdoux et le modus operandi du Barbe-Bleue (Femme seule, mariage précipité, ponts coupés avec la famille); elle permet aussi de juger de l'insuportable nature des autres...

 

En tout cas, le film a valu à Chaplin une haine indéfectible de la droite Américaine, dont soyons honnête il est évident qu'elle n'attendait que cela pour le montrer du doigt. La facture sera salée, puisque Chaplin va denoir fuir, et ne fera plus que trois films. plus grave, le succès ne sera plus jamais au rendez-vous, et le règlement de comptes avec l'Amérique va prendre la place de l'humanisme de Chaplin, qui s'exprime ici, paradoxalement, avec force. L'austérité naturelle de chaplin, qui prend ici le contrepied du film noir, se met au service d'un film encombrant et sombre, mais dont l'accès difficile est d'une honnêteté remarquable. Et le film est notable pour être l'un des rares à avoir osé rappeler que le héros d'un film n'est pas forcément un exemple (Il me vient à l'esprit que cette même année, Curtiz réalise The unsuspected, mais c'est un autre sujet...). Quant à la tristesse évoquée plus haut, eh bien, c'est peut-être parce que dans ce dernier plan, c'est un homme qu'on va exécuter; pire: c'est Chaplin.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin
9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 08:36

Le plus gros succès de Chaplin est donc aussi son premier film parlant, celui dans lequel il va à l'instar de ses collègues metteurs en scène ouvrir les portes de son studio à des acteurs qui ne sont pas ses employés, mais des gens connus comme Jack Oakie, Reginald Gardiner ou Henry Daniell. Et puis il y a le facteur de la moustache... né quatre jours avant Hitler, Chaplin rappelle avec ce film que le premier moustachu, c'est lui. Enfin, il exorcise avec ce Dictateur son désir intense et constamment frustré de faire un Napoleon, sur lequel il a tant travaillé entre 1936 et 1939. Je pense que beaucoup de gens aiment particulièrement ce film, mais je n'en suis pas. Comme tous les films parlants de Chaplin, il me semble embarrassant, souvent emphatique, trop long. D'un autre côté je reste persuadé que des cinq oeuvres réalisées par Chaplin après Modern times, celui-ci reste le meilleur et de loin. Voilà, c'est posé, ça ne changera pas, mais il était important de le dire. Et puis paradoxalement, si je n'aime pas particulièrement le film, ou du moins s'il m'agace fort, c'est aussi un film important: rendez-vous compte, Chaplin se paie Hitler! ce n'est évidemment pas rien. Surtout à une époque ou Hollywood se faisait tirer l'oreille pour ne pas succomber au fascisme ambiant (Même si le dictateur préféré restait Mussolini); donc The great dictator reste plus que jamais un film nécessaire, une oeuvre mal fichue mais hautement respectable, un film dont la fin me reste en travers du gosier (et je ne suis manifestement pas le seul), mais dont on sait qu'il avait tout un tas de bonnes raisons pour la tourner telle quelle; ajoutons à ça que l'image de Chaplin en Hitler reste un grand moment de l'histoire du cinéma, tout comme ses discours hallucinants prononcés dans un Allemand de cuisine qui ne rate aucune occasion d'être drôle... tout ça pour dire que ce film est selon moi le cauchemar du critique!

Donc, le film commence avec la guerre, par des plans de bataille qui renvoient directement au burlesque de Shoulder arms, mais cette fois-ci les uniformes ne trompent pas: on est de l'autre côté, chez les Allemands, ou du moins les "Tomaniens". Le soldat interprété par Chaplin quitte le champ de bataille avec un officier, Schultz (Reginald Gardiner); leur avion est abattu, mais ils survivent, à temps pour Schultz d'apprendre la nouvelle de l'armisice. De son côté, le soldat n'a pas de chance: il est sérieusement touché, et amnésique. Lorsqu'il sort de l'hôpital pour retourner à son échoppe de barbier, 20 ans après, il n'est pas totalement guéri, mais la Tomanie est quand à elle totalement guérie de toute vélléité de liberté et de démocratie, s'étant donnée corps et âme à un dictateur moustachu... Le fait que Chaplin interprète les deux hommes ne servira qu'à la fin, c'est l'un de ces mystères de l'intrigue qu'il est très facile d'accepter. après tout, pendant environ 120 minutes, ce film reste une comédie, non? Et du reste, le jeu de Chaplin n'est pas le même suivant le personnage qu'il interprète, il est aussi impossible pour le spectateur de les confondre qu'il ne semble impossible pour les protagonistes de s'apercevoir qu'ils sont des sosies. Et bien sur, la dimension allégorique ne peut nous échapper: profondément humaniste et démocrate, Chaplin a longtemps été fasciné par Napoléon (cet enflé, avec son chapeau à la con), et il sait qu'un dictateur ce n'est finalement qu'un homme. Les deux personnages ne sont finalement que deux facettes d'un même animal. Une façon comme une autre de placer un message humaniste profond...

Comédie, disions-nous; si Chaplin qui se reposait tant sur l'improvisation à partir de la feuille blanche avant Modern Times, le recours à des dialogues passe désormais par un script. Mais le film est largement une collection de scènes, et de sketches même, qui font avancer l'intrigue par des chassé-croisés entre le palais de Adenoid Hynkel et le ghetto ou vit le barbier Juif. De fait, la collection de gags fonctionne plutôt pas mal, mais le rythme du parlant a sans doute posé des problèmes à Chaplin, qui repose beaucoup dans de nombreuses séquences sur la vitesse: beaucoup de scènes ont été tournées en muet, à moins de 24 images par secondes, et sont donc ensuite forcément accélérées, c'est très voyant. Le metteur en scène n'a donc pas totalement oblitéré ses méthodes héritées du muet. Sinon, s'il a recours à de nombreux acteurs extérieurs, c'est peut-être parce qu'il n'a justement pas pour habitude de diriger des acteurs qui parlent, il lui faut donc se reposer sur des interprètes aguerris, et de fait, il a su puiser dans le vivier de la comédie (Jack Oakie en dictateur Napaloni, Billy Gilbert en Maréchal Herring) et parmi les acteurs de second plan expérimentés (Henry Daniell en ministre Garbitsch, et Reginald Gardiner qui incarne le noble Schultz, collaborateur du régime qui s'insurge et est incarcéré.) Si Oakie et Gilbert sont excellents (Gilbert surtout, mais comment aurait-il pu ne pas l'être? il semble que Chaplin ne l'a pas vraiment dirigé, il est tel qu'en lui-même), Schultz joue un peu les militaires d'opérette, et Daniell est absolument atroce. J'ai longtemps été traumatisé par les trémolos insupportables de sa voix dans la scène ou Garbitsch suggère à Hynkel de devenir "emperor of the world"... A propos de Garbitsch, le film fait un grand usage du jeu de mots et de langage, notamment à travers certains patronymes. les plus voyants ont Herring (hareng) pour Goering, et Garbitsch (garbage, ordure) pour Goebbels; une façon pour Chaplin d'appuyer sa farce avec une forme d'humour héritée de la caricature de presse, tout en dénonçant dans l'entourage d'Hitler le vrai danger représenté pare l'idéologue Goebbels, et le côté bouffon de la vieille extrême droite militaire représentée par Goering. Plus généralement, le film tend à faire constamment le mélange entre la farce et la tendance joyeuse au gag burlesque d'un coté et le drame de l'autre des pays sous le joug. C'est un curieux mélange, et on a parfois le sentiment que Chaplin n'a pas su choisir dans son sac de gags... Beaucoup restent excellents, mais certaines scènes se trainent, et l'implication physique du gag selon Chaplin trahit ici un peu trop l'âge du comédien, qui n'est plus aussi souple... A noter aussi ici les recyclages d'idées mises de côté dans les années 20.

Bon, venons-en au sujet qui fâche, a toujours fâché, fâchera toujours. Chaplin le savait, ce qu'on ne lui pardonnait pas dans les années 30, c'était cette manie qu'il avait de commenter la crise, la politique, et (Il faut le reconnaitre) d'avoir généralement raison. Il était clairement marqué à gauche, ce qui allait le pousser dans les années 40 à soutenir activement la Russie dans sa lutte contre Hitler, et du même coup sérieusement énerver la droite Américaine. Mais tout cela c'est l'homme, le personnage public, pas le cinéaste. Ainsi, à la fin du film, l'homme Chaplin prend la place du comédien (Sachant que déja celui-ci joue deux rôles, et que le final reste basé sur le quiproquo inhérent au film, à savoir la méprise qui envoie Hynkel en camp de concentration, et le barbier Juif à la tribune) et délivre un discours sincère, senti, sans doute nécessaire au débat, oui, mais ridicule. Ca ne fonctionne pas, tant au niveau de l'intrigue, des personnages, de la situation. Mais bon: Chaplin vouilait le faire, on ne peut être qu'en accord avec ses sentiments. Ce n'était pas nécessaire, c'est redondant avec le film et ses gags et ça va lui être reproché... Ca l'est d'ailleurs encore. L'impression est que pour Chaplin ce discours final (Mis en scène avec une austérité toute Chaplinienne) justifie à lui seul le film...

Il est toujours dangereux de suivre les Américains dans leur simplification de l'histoire du cinéma, on dit des stupidités: ainsi, The Jazz singer n'est pas le premier film parlant, Steamboat Willie n'est pas le premier Mickey, Greed ne durait pas vingt-cinq heures, etc... De fait, The great dictator n'est pas le premier ou le seul film à aborder le sujet en 1940. C'est le premier à le faire sous la forme d'une superproduction comique, dans laquelle l'un des personnages principaux est un démarquage de Hitler. A ce titre, le film est gonflé, et on peut comme moi être sceptique quant au film dans son ensemble (Surtout en le comparant avec les vrais chef-d'oeuvres qui le précèdent dans la carrière de Chaplin) et considérer malgré tout qu'il était indispensable que quelqu'un se paye la fiole de cette ordure. Après, le film sorti en octobre 1940 ne pouvait pas anticiper sur toutes les découvertes ultérieures (Le camp de concentration, dans le film, fait un peu club de vacances comparé à la réalité), Chaplin a dit après coup que s'il avait su tout ce qu'il a appris sur le régime à la libération, il n'aurait jamais pu faire le film, et on le comprend. Heureusement dans ce cas, il n'est pas revenu en arrière. Mais d'autres films, sans prendre évidemment le ton de la comédie, avaient déja évoqué l'Allemagne de la Nazification, parfois avec une réussite éclatante: The mortal storm (1940), de Frank Borzage, est un exemple fameux de réussute dramatique, dont la comparaison révèle quand même une petite différence curieuse: certains des personnages y sont présentés comme 'non-Aryens', et non 'Juifs'. Ce mot faisait peur dans le Hollywood de 1940. Chaplin, lui, l'a utilisé, dans la bouche de son dictateur, et a au moins réussi à montrer que l'antisémitisme, comme tout racisme (Qu'il fut anti-noir, anti-maghrébin, anti-Auvergnat, anti-Rom...), est une pathologie de fou dangereux, qu'il est indigne de laisser un dirigeant quel qu'il soit en faire usage. Les meilleures scènes de ce film, restent donc les discours enflammés dans lesquel un homme montre que sa seule vraie motivation pour devenir le leader de toute l'humanité, c'est sa profonde haine pour les autres...

Une petite particularité de ce film, enfin, c'est que Chaplin montre dans une série de scènes un Adenoid Hynkel dépassé en matamoritude, en poids, en charisme idiot, par le dictateur Napaloni. De fait, il est aussi clair que Jack Oakie réussit, par petits moments, à voler la vedette à chaplin, qui ne lui en a jamais voulu. De fait, le fait de laisser Oakie tirer la couverture à lui, et composer une caricature hilarante de Mussolini permet à chaplin d'envoyer un message fort à Hollywood, et il lui sera amplement reproché...

Voilà, en tout cas après 1940, Chaplin a réalisé un film qui lui a permis de trouver le chemin de la parole, ce qui a du être difficile. Les équilibres fragiles du film (entre farce et tragédie, entre burlesque et actualité, entre réalisté et caricature) sont parfois mis en core plus en danger par une mise en scène qui, je me permets de le penser, n'est pas vraiment à la hauteur. sa légendaire austérité, ou son économie, sont prises en flagrant délit de trop peu dans certaines scènes, qui cadrent mal avec l'ampleur du projet. On aime les décors incroyables du palais, les scènes de grâce effrayante des ballets du dictateur, mais certaines scènes du ghetto donnent l'impression d'avoir été bâclées (Et on voit un micro dans un plan!), elles sont indignes de Chaplin. Si je voulais soutenir ce film contre tout, il me faudrait sans doute le juger uniquement sur les intentions... A ce niveau, le film est, pendant ses premières 120 minutes, quasi irréprochable.

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Published by François massarelli - dans Charles Chaplin
7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 09:40

Chaplin dans la machine: une icône établie, le reflet d'un immense classique, qu'il était facile de reprendre à toutes les sauces, ce que personne n'a manqué de faire. Tout le film, d'ailleurs, fait office d'étendard, pouvant à lui seul être une vitrine fascinante du cinéma Américain, d'un cinéma de protestation, d'une évolution de la comédie burlesque passée enfin à l'age adulte, et bien sur du cinéma de chaplin. sinon, des coemmntateurs survoltés font aussi de ce film la preuve d'un cinéaste engagé, communiste, ce qui est drôle, mais il faut bien dire que Chaplin n'a pas fait grand chose pour les décourager. Bref, un superbe reflet de son époque, et un film primordial dans la carrière de son éminent metteur en scène.

 

Pour commencer, David Robinson, le précieux biographe de Chaplin, a fait état de la découverte de carnets préparatoires de ce film qui prouvent que City lights aurait du être le dernier film muet de son auteur; ce n'est pas rien, tant ce nouveau film est anachronique: si la Russie, le Japon ou la Chine se sortent tout juste du muet, les Etats-Unis ont bel et bien enterré tout ce qui y renvoie... Donc, Chaplin avait écrit des dialogues pour Modern Times, et a même commencé à tourner certaines scènes. la raison pour laquelle le film est finalement plutôt muet, c'est tout simplement afin de conserver au personnage qui renvoie à son vagabond habituel (Ici crédité comme "un ouvrier d'usine") sa dimension. On n'a jamais entendu sa voix, et sa diction, il fallait pour Chaplin préserver une part de mystère. Sinon, toutes les voix entendues le sont par le biais de machines, radio, télévision, etc... A l'exception de la voix de Chaplin entendue lors de la chanson finale. Si ce film est le dernier balbutiement du muet,c'est donc pour des raisons moins militantes qu'il y parait. Du reste, le désir de faire un film parlant qui avait été l'intention première a eu une conséquence inattendue: Chaplin, je le disais, a écrit un scénario, un vrai. Il a de fait tout tourné en séquence, et a planifié avec soin son tournage. Mais si le film s'en resent au niveau des décors par exemple, il ressemble à tous ses autres films muets... Par contre, il y a fort à parier que Chaplin s'y est retrouvé financièrement, d'autant que si le réalisateur a su conserver sa position financière, son studio inoccupé en 1933 et 1934 n'a pas été épargné par la crise...

 

Le film fonctionne beaucoup comme un ensemble de sketches dont l'unité est toujours, comme à l'époque de la Mutual, ancrée sur un lieu et une idée forte. On a donc la scène de l'usine qui démarre le film, les déambulations citadines, avec la conviction de l'ouvrier moustachu qu'il serait finalement mieux en prison dans cette période de crise, le grand magasin, et enfin à sa sortie de prison, le restaurant avec la "gamine", jouée par Paulette Goddard. Celle-ci évolue seule dans la première moitié du film, et représente un peu une actualisation du personnage de Jackie Coogan dans The Kid, auquel elle renvoie dans un plan, lorsqu'elle fait signe à chaplin de la rejoindre, alors qu'elle se situe au coin d'une rue. ce genre de compositions rappelle évidemment les tribulations de Charlie et Jackie... En dépit de cette structure épisodique (J'ai évoqué les films Mutual, on a même les appareillages sur les quels les gags sont centrés, machine à manger, escalator, patins à roulettes, etc...), le film garde une unité par le recours au contexte, et à la notion de survie.

 

Un reflet de son temps, voilà ce que Chaplin cherchait à faire; cela ne va pas sans quelques coquetteries éditoriales, comme la phrase ironique située à l'ouverture du film, qui rappelle que les Etats-Unis ont comme objectif la recherche du bonheur pour tous, ou les intertitres qui assènent des vérités assassines: dans les années 20, on pouvait en effet aller en prison pour la simple raison qu'on était soupçonné d'être un leader "rouge". Entendez par la "Bolchevik..." Et chaplin, alors, ou se situe-t-il? eh bien, si il se fait en effet arrêter dans ce film pour avoir agité un chiffon rouge devant une man,ifestation, on le voit bien, c'ets un hasard; l'auteur se refuse à faire de son personnage un activiste, tout son comportement dans le film va dans le sens de la survie, face à un système dont il ne fait partie qu'en extrême recours, lorsqu'il a charge d'âme: on le voit en effet courir et dépasser les autres afin d'être le dernier pris dans une usine ou on embauche au compte-gouttes, parce que désormais, il a la jeune femme à ses côtés...

 

Reflet de son temps, oui, et comme souvent reflet de ce qu'il a vu: on a beaucoup polémiqué sur le fameux procès en plagiat de la Tobis, qui accusait Chaplin d'avoir volé des idées à A nous la liberté. Ce n'est pourtant pas un problème: d'une part, en effet, Chaplin a surement vu le film de René Clair, et s'en est inspiré. Il a gardé l'essence des idées, et les a magnifiquement remodelées. René Clair l'en a même remercié, estimant qu'on lui faisait honneur... Ensuite, c'est comme ça que le burlesque a toujours fonctionné, il suffit de rappeler le fameux gag du miroir, qui passe de Chaplin à Max Linder et Billy West, de Billy West à Charley Chase, de Charley Chase aux Marx Brothers, via Leo McCarey... Aucun de ces gens n'a jamais accusé les autres de plagiat! Et du reste, Fritz lang aurait tout aussi bien pu intenter un procès à Chaplin pour l'utilisation de la télévision, qui retransmet les ordres odieux d'Allan Garcia, comme elle transmet les informations de Joh Fredersen dans Metropolis.

 

Comme d'autres films (On va refaire la liste, il convient de le rappeler, tant il me semble qu'on est trop indulgent avec Chaplin vis-à-vis de cette sale manie: The Kid, A woman of Paris, The gold Rush, Limelight, A king in New-York, et selon Pierre Leprohon, The circus), Chaplin a légèrement coupé ce film dans les années 50. Il me semble que la raison de la coupe est on ne peut plus claire, mais ce n'est selon moi pas celle qui est généralement invoquée; en tout cas, on peut juger sur pièces, la séquence étant en bonus sur les DVD MK2 et sur la magnifique et indispensable édition http://deadwrite.files.wordpress.com/2011/01/modern-times.jpgAméricaine Criterion... la coupe concerne un dernier couplet de la chanson en langage inventé, qui manifestement raconte une histoire très précise. Officiellement, Chaplin l'a coupée parce qu'il estimait qu'elle était trop longue. Mais elle recèle une caricature maladroite d'usurier Juif, qui a du quand même sembler embarrassante. ce n'est pas de l'antisémistisme, mais un autre reflet de son temps, et d'une époque ou l'humour ethnique était monnaie courante, comme chez Keaton, Larry Semon voire Harold Lloyd....

 

Bon, tout le monde connait sans doute ce classique, qui est de fait le denier film Américain muet historique, et l'un des films les plus connus de son auteur; les images fortes y abondent, les gags inoubliables aussi; on y retriouve tout ce qu'on aime de Chaplin, sa lisibilité, sa dextérité (Hallucinante partie de patins à roulettes), son goût pour les gags limites (Le ballet de l'ouvrier fou devenu un satyre, les borborygmes...) son univers de conscience sociale qui contraste tant avec la douceur de vivre Californienne, dont il donne une parodie avec la cabane délabrée au bord des eaux boueuses du port... Et puis il y a un final justement célèbre, qui résume à lui tout seul l'idée que le bonheur est peut-être au bout de la route, pour tout le monde, mais qu'en attendant il n'y a qu'à marcher.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet 1936
20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 17:18

Réalisé sur une longue période, alors que Chaplin, comme indifférent au temps et aux problèmes personnels qui s'accumulaient, s'enfermait plus avant dans son studio ou il travaillait comme seul, à un projet plus austère que les précédents, The circus est une fois de plus un miracle de comédie, une épure d'un genre alors en pleine mutation, comme l'était le cinéma Américain du reste, sous l'influence alors des grands cinéatses étrangers, et en particulier Allemand. D'une part, en effet, Keaton avait évolué dans ses films, et en 1927-1928, tournait College et Steamboat Bill Junior: un film bien de son temps, et une prouesse technique. Lloyd faisait suivre son évocation rurale sur le carcatère d'un homme timide et effacé (The Kid Brother) d'un film qui situait le combat entre l'ancien et le nouveau en pleine ville, avec Speedy, au film mené à 100 à l'heure. D'autre part, le film est sorti (Janvier 1928) peu après le beau doublé de la Fox (Sunrise, Seventh Heaven), après The Jazz singer et The Student prince, quelques mois avant The wedding march et The wind... Bref, le cinéma de Chaplin risquait plus que jamais d'apparaitre anachronique en cette période de remise des compteurs à zéro.

Et puis, le metteur en scène ne va pas bien; si en surface, sa vie mondaine continue plus que jamais, il sait, pour avoir vu le mal qu'on avait fait à Arbuckle, qu'il était dangereux d'être un homme à femmes... Son deuxième mariage était une catastrophe, dont entendait semble-t-il bien profiter son épouse Lita Grey, et qui commençait à lui coûter cher: il lui avait fallu détruire un film sur décision de justice (The seagull ou Woman of the sea, de Josef Von Sternberg, qu'il avait produit). De même que The gold rush avait pris une solide année de travail, The circus était pour Chaplin un exutoire qui prendrait le temps qu'il faudrait, indifféremment aux évolutions des autres studios...

Un cercle, marqué en son centre d'une étoile: voilà le premier plan du film. Belle image du cirque tel que le verra le vagabond, arrivé au cirque par hasard, et une fois de plus amoureux d'une jeune femme impossible à atteindre... A la fin du film, dans une séquence célèbre, c'est au milieu d'un cercle, marqué sur le sol par la tente éphémère du cirque qu'il a choisi de laisser partir sans lui, que le vagabond se retrouve seul avant de repartir vers d'autres aventures... Comme si rien ne s'était passé, à l'extérieur comme à l'intérieur du cercle. Entre temps, pourtant, des péripéties qui vont opposer Chaplin à un irascible patron de cirque (Allan Garcia), dont la fille (Merna Kennedy) sera un temps la raison de vivre du héros, avant qu'il ne laisse un autre que lui (Harry Crocker), plus talentueux, plus beau, plus tout, la courtiser et finalement l'épouser. Chaplin, dans ce film, est à la fois partie intégrante du show (Il est clown malgré lui) et dans les coulisses, et on ne quitte que très rarement les allées du cirque pour aller voir ce qui se passe dans le spectacle...

Métaphore aussi bien de la vie que du spectacle, dans lequel on doit laisser faire ceux qui savent, le film n'est pas tant une métaphore de Chaplin lui-même; il savait ce qu'il faisait, contrairement à ce petit homme qui n'est jamais si drôle que quand il ne sait pas qu'il est employé pour faire rire. Mais ce qu'il sait, lui qui a goûté au bide avec son projet le plus ambitieux, c'est que le public est versatile... Et qu'on ne peut pas forcer sa nature, d'où cette séquence superbe dans laquelle le clown malgré lui s'essaie à la corde raide pour notre plus grand bonheur; d'où aussi un film qui ne cherche pas à suivre les tendances virtuoses du cinéma de l'époque... S'il n'est pas le meilleur des Chaplin, et à ce niveau on ne mesure plus, en fait, The circus est un film qui passe tout seul, un concentré Chaplinien qui tient sacrément la route, une fois de plus.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet 1928