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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 23:14

How to make movies n'a jamais été exploité entier du vivant de chaplin, et est fascinant à plus d'un titre: d'une part, il s'agit d'un documentaire, réalisé par Chaplin pour présenter son personnel, son environnement de travail et bien sûr la vision de son nouveau studio pour First national est fascinante: c'est de là que sont partis The KidShoulder armsThe pilgrim ou ses films United artists!

Ensuite, le projet a été longuement mûri, puisque il incorpore des plans pris sur le lieu de construction du studio avant l'ouvrage: on y voit Chaplin, auquel un génie (Albert Austin, semble-t-il) accorde son rêve le plus précieux: un studio. Puis des prises de vue enchaînées nous montrent en quelques secondes la construction, et enfin, Chaplin heureux comme un gosse arrive sur place. Le maquillage est là, mais pas la moustache, et le patron est en costume de ville. Le tour du studio est vu avec humour, et on assiste à des recréations de tournage et de répétition (D'après les costumes de Loyal Underwood et Henry Bergman, c'est au moment du tournage de Sunnyside que ces plans ont été tournés), mais qui sont l'objet de vrais gags. On voit aussi les pin-ups convoquées par Chaplin pour la danse de Sunnyside faire les bathing beauties au studio, le minuscule Loyal Underwood se faire malmener, les acteurs (Bergman, Underwood, Purviance, Wilson...) bullant, se mettant soudain à travailler à l'approche du patron, etc. On voit aussi Chaplin en plein montage, seul, comme le veut la légende, et Albert Austin, sans maquillage, supervisant le développement de la pellicule. Enfin, un exemple de film est montré, et pour le film Chaplin a recyclé un film Mutual inédit sur le golf, avec Eric Campbell et John Rand. Il a du l'abandonner assez tôt, et il est fascinant, non parce qu'il anticipe sur les séquences de golf de The Idle Class, mais surtout parce que Chaplin y est encore au stade du tâtonnement, et du coup improvise beaucoup: on voit son personnage rire, mais... ce n'est plus son personnage, c'est lui.

Le fait de tourner ce film consistait pour Chaplin en une déclaration d'amour au cinéma, une affirmation aussi de sa puissance, il est clairement le patron. La forme, très pince sans rire, est une excellente surprise même si elle ne doit pas nous tromper sur la vraie personnalité de ce géant du cinéma. La joie d'un studio nouveau était certainement une autre motivation de faire ce film récréatif, mais le choix de ne pas le montrer fut sans doute du à une volonté de contrôler au maximum son image, et son influence: il ne se fera pas facilement photographier, ou filmer par la suite en pleine action, à part pour Souls for sale (1923). Le film de 16 minutes a été heureusement préservé par Chaplin, et monté par Kevin Brownlow et David Gill qui en ont montré des extraits dans Unknown Chaplin. Finalement ils en ont assumé sur instruction de la famille Chaplin le montage intégral... Il me semble un passage obligé pour qui s'intéresse à Chaplin, à son art, et à son style, parce que ce faux documentaire est totalement empreint de son esprit...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin
18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 09:08

Voilà ce que j'écrivais sur ce film en 2011:

"Pourquoi s'intéresser à The professor, aujourd'hui, film inachevé de Chaplin car abandonné? Après tout, on a déja fort à faire avec les films qu'il a finis, avant de s'intéresser à ceux qu'il a lui-même mis de côté... seulement voilà, le décidément indispensable documentaire Unknown Chaplin a mis un coup de projecteur sur ce film, qu'on a donc découvert dès 1983, et qui s'est mêlé de façon indissociable aux nombreux souvenirs liés à la vision des films de Chaplin. Et puis en regardant bien les scènes achevées, on s'aperçoit qu'il est plein d'intérêts...

Pour commencer, le film est situé dans un asile de nuit, ou le héros se rend. Ce décor ne quitte pas Chaplin depuis sa tentative avortée de Life, lui qui y retourne encore et encore... il s'en souviendra pour The Kid.

Ensuite, The professor présente un Chaplin inattendu, au maquillage différent, au caractère différent, avec une identification forte: le "Professeur" Bosco est montreur de puces savantes. Son allure se rapproche de celle du vagabond, avec des vêtements qui ont connu de meilleurs jours, des grosses godasses, et la tignasse proverbiale de l'acteur, mais la moustache est plus vaste, le regard vide, et un chapeau très démodé, façon Dickens, achève de parfaire l'illusion. On note aussi la présence d'une de ces petites pipes en bois sensées compléter l'attirail de son personnage lorsqu'il est doté d'un emploi stable. Chaplin, qui n'allait pas tarder à laisser de côté son personnage le temps d'un long métrage, avait déjà envie de se débarrasser de lui 4 ans auparavant... La transgression n'a pas abouti, et on peut comprendre pourquoi. Ce professeur se comporte d'une façon différente. Son visage trahit une lassitude, un dégout presque, qui fait froid dans le dos. Lorsque les puces s'échappent de sa boîte, il fait usage d'une surprenante autorité, usant de son fouet. Une assurance qui étonne...

Les puces reviendront, dans une séquence rêvée de Limelight, le clown Calvero se voie dans un numéro assez similaire à celui du Professeur Bosco, sauf que les puces seront, là, imaginaires. Ici, elles sont réelles, ce qui entraîne une épidémie de gratouille chez les pensionnaires, par ailleurs très passifs, de l'asile. Un mot, d'ailleurs, au passage, pour parler de cette étonnante tendance au grossier et à la vulgarité assumée, chez Chaplin, qui va de pair avec une pudeur paradoxale. Ici, il s'agit d'utiliser la crasse, le manque d'hygiène associés à la présence de puces à des fins de pantomime...

Mélanger une fois de plus le pathos et le comique, noir, c'est devenu une habitude chez Chaplin. mais peut-être avait-il besoin de motivation? Peut-être ne sentait-il plus son personnage, en passe de rentrer dans le rang (il en fait un homme au costume de ville soigné dans The bond, un homme à tout faire dans Sunnyside, donc employé, un soldat dans Shoulder arms...), peut-être avait-il besoin de redéfinir de nouveaux contours afin de repartir à zéro avec le public. L'échec de la tentative le mènera de toute façon à The kid. Sans doute avait-il besoin d'un angle d'approche différent... ce film le lui a peut-être fourni: il n'est donc pas si anodin."

Et maintenant, il faut bien admettre que la donne a changé, car The professor, tourné selon le biographe et ancien secrétaire de Chaplin en 1919, durant la période troublée qui précède la sortie de The Kid, a effectivement été abandonné, mais le titre a resurgi dans le studio pour une possible sortie... En 1922, au moment de quitter la compagnie First National, Chaplin a tenté de faire un film complet avec des chutes de Shoulder arms et de Sunnyside, plus l'intégralité de la séquence décrite ci-dessus. Il a donc imaginé une continuité, qui a été préservée, et qui intègre les scènes domestiques coupées de Shoulder arms (afin de montrer le quotidien peu reluisant de son héros), la séquence du barbier non intégrée dans Sunnyside, avec Albert Austin et Edna Purviance (pour indiquer qu'au moins, le personnage a un emploi), la scène mémorable du conseil de révision supprimée de Shoulder arms, et enfin la séquence de l'asile de nuit placée en fin de deuxième bobine, pour montrer que le héros s'est choisi un destin...

Toutes ces chutes ayant été préservées, la continuité et la liste d'intertitres retrouvées, David Robinson a donné son feu vert à la reconstitution du film, dont no ne s'étonnera pas qu'il n'est pas sorti, en bout de course: ça ne ressemble à rien d'autre qu'à une série de chutes mises bout à bout, et ça montre essentiellement, d'une part que Chaplin pouvait parfois être à court d'idées, et pleine crise, au point d'être tenté par le recyclage (How to make movies part un peu de la même intention, mais a au moins le mérite de l'originalité); d'autre part, le fait que le film n'est pas sorti montre aussi que le metteur en scène savait aussi s'arrêter à temps.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet
18 juin 2018 1 18 /06 /juin /2018 08:20

Très officiellement la première comédie burlesque de long métrage, premier long métrage aussi bien de Mack Sennett réalisateur que de son studio, le film possède une importance historique indéniable, et on peut ajouter par dessus qu'il s'agit aussi du premier long métrage de Charles Chaplin, même si l'implication de ce dernier est limitée.

Marie Dressler, actrice reconnue pour son travail au théâtre, est la véritable vedette de ce film (Adaptée d'une pièce à succès, Tillie's nightmare), et interprète donc Tillie Banks, une jeune femme franchement disgracieuse dont un coureur de dot (Chaplin, en costume pré-vagabond) essaie de faire sa prochaine victime: il a en effet constaté que son père avait un sacré bas de laine. Lorsqu'il apprend par la presse que Tillie est l'héritière de la fabuleuse fortune de son oncle milliardaire, qui a disparu lors d'une chute en montagne, le malfrat l'épouse. Son authentique petite amie, interprétée par Mabel Normand, n'a aucun mal à se faire engager comme soubrette pour y voir clair et récupérer son homme...

C'est gros et gras, et si j'ai parlé d'importance historique, cela ne va pas beaucoup plus loin. Sauf... que Chaplin vampirise l'écran, et n'a aucun mal à s'imposer avec la mise en scène basique de Sennett: il demande au chef-opérateur de poser la caméra, et doit vaguement demander aux acteurs de bouger. Beaucoup d'entre eux s'agitent, certains en font des tonnes, Chaplin, lui, vampirise l'écran; rien que sa première apparition est splendide: il est de dos, et contemple la ville comme s'il prenait une pause avant de fondre sur sa proie. Quelques gestes, et subrepticement, il se place en plein milieu du cadre, tout simplement. En ces mois de mai et juin, il n'en était qu'à tourner ses premiers courts, mais nous qui savons ce qui a suivi,; nous n'avons aucun mal à le reconnaître. heureusement qu'il est là, sinon, le reste du film est bien sur regardable, mais pas franchement extraordinaire. Et pourtant, c'est par ce film qu'est née la comédie de long métrage, pas par The kid comme on le lit parfois.

On remarquera qu'au-delà de l'attraction représentée par le film lui-même qui quoi qu'il en soit était un grand pas en avant pour Sennett, il a fait en sorte que tout le monde participe. On peut s'amuser à reconnaître ses acteurs, de Mack Swain à Chester Conklin, en passant par Minta Durfee, Al St-John ou Charles Parrott. Mais on ne verra ni Sennett, ni Arbuckle, qui ne jouent ni l'un ni l'autre.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1914 Mabel Normand Mack Sennett Charles Chaplin
17 juin 2018 7 17 /06 /juin /2018 10:42

Tout a une fin: avec ce film, Chaplin quitte la Keystone de Mack Sennett pour la compagnie Essanay, ou il avait enfin, et en étant mieux payé, la possibilité de faire ce qu'il voulait au lieu de faire ce qu'il pouvait. Le problème, il allait très vite s'en rendre compte, c'est qu'il fallait pour cela aller à Chicago, ou les conditions météorologiques n'étaient pas propices, mais n'anticipons pas.

Getting acquainted est, une énième fois, la bonne vieille formule "allons au parc, et tournons une histoire de marivaudage endiablé avec deux couples dont les maris sont de fieffés dragueurs". Chaplin et son rival Mack Swain sont mariés respectivement à Phillys Allen et Mabel Normand, et le lieu a déjà servi et resservira. Toutefois, on mesure à quel point la formule, aussi usée soit-elle, a été raffinée par Chaplin, qui a réussi à faire en sorte que la frénésie soit tempérée par un début de caractérisation, qui donne aux épouses un peu plus que le rôle de faire-valoir, qui donne au policier (Edgar Kennedy) un rôle beaucoup plus subtil d'arbitre, et qui structure justement le film autour du ballet des couples, de conciliabules entre les époux et les épouses, et pour finir qui évite comme le note justement Jeffrey Vance dans ses notes de se livrer au moindre jet de briques ou de tartes à la crème...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Mack Sennett Mabel Normand Charles Chaplin
17 juin 2018 7 17 /06 /juin /2018 10:41

A la fin de son contrat Keystone, Chaplin aspirait à pousser son expérience un peu plus loin en continuant sur la voie qu'il avait tracée avec, hélas, trop peu de films de qualité. La machine à rire de chez Mack Sennett ne lui permettait que peu souvent de vraiment investir le temps nécessaire à la sophistication dont il rêvait. D'où, sans doute, ce film en forme de farce, ou plutôt de rêve: Chaplin s'endort, et se voit à l'age de pierre, couvert de peaux de bêtes, et disputant à Mack Swain les clés du royaume de Wakiki Beach.

Coups de massue, jeunes femmes en peaux de bêtes sauvages (D'ailleurs for mal ajustées, à moins que ce ne soit volontaire... c'est l'actrice Helen Carruthers qui en fait les frais), et quelques anachronismes savamment choisis (notamment les chapeaux) sont la règle de ce genre de films. On sourit forcément, même si on dit que tout ce petit monde avait forcément mieux à faire. Mais après tout, Griffith qui tournait Man's genesis, un court métrage supposé sérieux sur le même sujet deux ans plus tôt, n'était pas forcément moins ridicule.

A noter que Lloyd, Keaton et Laurel & Hardy feront à leur tour le détour préhistorique: Respectivement avec When clubs are trump (1917), The three ages (1923), et Flying elephants (1927). Par contre, pas de Langdon en peaux de bêtes à ma connaissance...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Mack Sennett Charles Chaplin Groumf
15 juin 2018 5 15 /06 /juin /2018 16:26

De plus en plus à l'aise avec la mise en scène, Chaplin se sent pousser des ailes, et tourne ainsi une nouvelle comédie en deux bobines, avec encore la participation du gratin de la Keystone: il y interprète le papa d'un ménage très moyen, dont la maman est Mabel Normand dans un rare rôle de femme plus mure, triste et pas vraiment couvée par son mari. Les autres protagonistes sont Mack Swain, en mari d'un couple heureux, dont l'épouse est jouée par Phillys Allen, future Mrs Chaplin dans Pay day tourné pour la First National en 1922 (Mack Swain y jouera aussi, d'ailleurs).

Le film est basé sur un quiproquo: les deux hommes passent un certain temps à déjeuner côte à côte, et vont échanger leur manteau. le problème, c'est que Swain va se retrouver avec un biberon dans son manteau, alors qu'il n'a pas d'enfant, et que Chaplin va quant à lui se promener avec une lettre que Swain a promis à une jeune femme de poster, et qui s'avère être un anonyme billet doux. L'une et l'autre des épouses vont donc sérieusement soupçonner les maris, et tout va (presque) rentrer dans l'ordre pour (presque) tout le monde.

Outre le temps d'écran dévolu à Mabel Normand, ainsi que l'attention que le public va pouvoir porter à sa tristesse (Chaplin lui a même réservé quelques gros plans), on notera dans ce film par ailleurs très moyen le début d'une longue histoire compliquée: Chaplin, qui finira Suisse et couvert d'enfants, n'a jamais manifesté avant sa rencontre avec Jackie Coogan autre chose que de l'antipathie vis-à-vis des enfants, et c'est avec ce film que cet aspect essentiel de sa personnalité est pour la première fois mis en lumière. L'interaction avec Mack Swain est aussi l'occasion d'une digression rare dans les courts métrages Sennett: repas avec une chorégraphie de gestes précis et très drôles, comme un arrêt dans la furie ambiante.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin Mack Sennett
14 juin 2018 4 14 /06 /juin /2018 17:31

Dans un film qui anticipe en de nombreux endroits sur le classique The music box (James Parrott, 1932), avec Laurel & Hardy, Chaplin et Mack Swain sont des livreurs de piano qui ont deux missions: aller chercher un piano chez deux personnes qui n'ont pas les moyens de le garder, et en amener un neuf chez une personne qui vient de l'acheter. Ils vivent tous deux dans la même rue, et c'est bien entendu propice à la confusion... Surtout quand l'un vit au 666, et l'autre au 999.

L'essentiel, ici, c'est Chaplin: sa gestuelle, et le ballet incessant de ses efforts les plus délirants pour remplir sa mission. La précision du geste, alliée à la sûreté de la direction, tout concourt à faire d'un film basique et burlesque un modèle de concision et de préciosité. Si on ajoute le fait que le film a été tourné pour une large part dans la rue, on se retrouve face à une impressionnante capsule temporelle. La qualité d'image des restaurations Lobster nous permet, cerise sur le gâteau, de reconnaître dans le rôle du marchand de pianos le propre frère du réalisateur du film de Laurel & Hardy de 1932, Charles Parrott dit Charley Chase. Le monde est petit.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin Mack Sennett
13 juin 2018 3 13 /06 /juin /2018 18:13

Venue assister aux courses de voitures, une jeune femme (Mabel Normand) doit faire avec la rivalité de deux moustachus (Chester Conklin et Mack Swain). Lorsqu'un troisième larron (Chaplin) plus malotru que les deux autres arrive pour compliquer les choses, la lutte devient serrée.

Cette comédie est finalement très partagée: elle ressemble à s'y méprendre à une concession faite par Chaplin à Sennett, avec son tournage vite fait sur les lieux d'un événement public, et ses intrigues basées peu ou prou sur la drague. Mais Chaplin a manifestement un script, des personnages précis, et ça sent moins l'improvisation que les exercices habituels. Sinon, bien sur, après avoir commencé à développer les cotés plus humains de son personnage (surtout dans The new janitor), on est de retour à l'odieux personnage que jouait souvent Chaplin chez Karno, opportuniste et grossier. Ca se regarde vite, et... ça s'oublie encore plus rapidement.
 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin Mack Sennett
12 juin 2018 2 12 /06 /juin /2018 17:31

Généralement bien vu, ce film en deux bobines, donc particulièrement ambitieux, est une façon intéressante de faire le point sur les progrès de Chaplin en cette année 1914: il y interprète l'un des boulangers d'un établissement, à la fois boutique et salon de thé. Le lieu, ou plutôt les lieux, sont définis, et servent à rythmer le film, qui déroule un montage impeccable, à la lisibilité accrue par des choix définitifs d'angle de caméra. Chaplin y est encore un employé zélé, mais pas modèle, la tentation de se distinguer passant par une tendance innée à la rébellion du geste. La rivalité avec l'autre boulanger, joué une fois de plus par Chester Conklin, agit en provocation constante à l'agressivité, mais on sent les personnages plus posés: ils ont, après tout, un métier, et donc des tâches à accomplir. Le décor, maintenant, ne sert plus de prétexte, il entre en compte dans la comédie même; voilà une autre conséquence de The new janitor.

La dynamite dont il est question tient au fait que d'une part, des boulangers en grève, frustrés par leurs patrons, vont vouloir se venger, et le film suit logiquement le cheminement de la mise en scène: c'est sur le décor qu'il vont se venger, par sur les gens... ne cherchons pas trop loin, le film n'est pas aussi revendicatif qu'un Sadoul voulait le dire, et on n'est en pleine agitation que parce que c'est un ingrédient intéressant pour l'histoire... Curieux film, qui ressemble souvent à du Sennett, mais dont l'architecture globale est du Chaplin pur, et qui restera, voir à ce sujet l'importance des lieux, mentionnés dans les titres comme une sorte de code générique, dans la plupart des films Essanay et Mutual: The bank, Easy Street, The rink, The Pawnshop, etc... Et en 1936, Modern times combinera de nouveau Chaplin et Conklin, travaillant ensemble à l'écart d'une grève qui ne les concernera que peu...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin Mack Sennett
10 juin 2018 7 10 /06 /juin /2018 19:06

Revenu après la tentation de The new janitor à des préoccupations plus terre-à-terre, Chaplin retourne au style de ses premiers films, pour un duo avec Chester Conklin, un complice qui reviendra jusqu'en 1940. Ici, ils sont rivaux en amour, mais avec toutes les femmes de la terre: il les leur faut toutes... Amusant, et on sent la mainmise de Chaplin de plus en plus ferme, mais bon, il faut reconnaître que ça ne va pas chercher loin.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Mack Sennett Charles Chaplin